Tous les articles par Jean Stouff

L’illettrisme : esquisse de biblio-webographie

Parfois, je me demande si mon travail en bibliothèque universitaire est bien utile par rapport à celui des collègues des bibliothèques municipales dont le rôle dans la découverte de la lecture et la lutte contre l’illettrisme est essentiel. L’ABF y consacre le n° 90-91 de la revue Bibliothèque(s).

Y figure entre autre un entretien avec Philippe Munsch, auteur du mémoire Combattre l’illettrisme en lecture publique (Enssib, 2017). Ce dernier a écrit un article de fonds sur ce même sujet dans le dossier sur les publics empêchés paru dans le n° 11 du Bulletin des bibliothèques de France. De nombreux articles sur ce thème sont d’ailleurs parus dans cette revue depuis les années 1980, ce qui peut donner une idée de l’évolution de la réflexion sur le sujet.

Dans la bibliothèque numérique de l’Enssib vous trouverez plusieurs travaux universitaires (mémoires, rapports de stage), un rapport ministériel, l’Outil bibliothèque qui favorise l’intégration des personnes éloignées de l’écriture et de la lecture et des populations étrangères dans les bibliothèques édité par le ministère de la culture de la Communauté française de Belgique. Toujours sur le site de l’Enssib, plusieurs questions/réponses portent sur le sujet et la notice du dictionnaire est plutôt bien faite

Enfin, je vous signale cette bande dessinée sensible parue en 2014. Elle nous décrit le quotidien d’une petite fille et de son papa illettré selon 2 points de vue différents. Une petite merveille.

Cliquez sur l’image pour lire les premières pages sur le site de Glénat
Dernière page de l’histoire du point de vue de la petite fille
Dernière page de l’histoire du point de vue du papa

Quelques ouvrages du XIXe siècle sur le bouddhisme

Je rassemble ici quelque ouvrages du XIXe siècle sur le bouddhisme. C’était le temps de la (re)découverte de cette école de pensée par l’Occident, avec ce que cela peut comporter de  fascination et de malentendus  soulignés par Roger-Pol Droit (Le culte du néant : les philosophes et le Bouddha) et Frédéric Lenoir (La rencontre du bouddhisme et de l’Occident).

La présente liste fera l’objet de mises à jour plus ou moins régulières. Les titres y figurent en ordre chronologique avec des renvois vers les versions en ligne quand elles existent et vers les notices biographiques des auteurs.

1830

Jean Jacques Boechinger (1802-1831). La vie contemplative, ascétique et monastique chez les Indous et chez les peuples bouddhistes. Strasbourg : F. G. Levrault, 1831. Voir un autre exemplaire en ligne

1840

Félix Nève (1816-1893). De l’état présent des études sur le bouddhisme et de leur application. Gand: impr. P. van Hifte, 1846. Extrait de la Revue de Flandre Tome Ier p.  457-477 ; p. 527-549.

1850

Schoebel, Charles (1813-1888). Le Bouddha et le bouddhisme. Paris : Benjamin Duprat, 1857.

1860

James-Alfred Porret (1843-1924).  Le Bouddha et le Christ : fatalité ou liberté. Lausanne : Imer, 1879.

1870

Eugène Virieux. Le Bouddha, sa vie et sa doctrine : essai d’histoire des religion. Paris : Ernest Leroux, 1884. Avec une préface de James-Alfred Porret.

Edwin Arnold (1832-1904). The Light of Asia or The Great Renunciation. London : Trübner & Co, 1879.

Cet ouvrage eut un grand succès et fut traduit en plusieurs langues. La première édition en français, La Lumière de l’Asie : le grand renoncement, paraît en 1899 chez Chamuel, dans une traduction de Léon Sorg. D’autres éditions suivront, cette fois aux éditions Adyar, qui dépendent de la Société théosophique. La troisième édition, publiée en 1931, est accessible en ligne. La dernière date de 2017.

1880

Henry Steel Olcott (1832-1907).  A Buddhist catechism. Madras, 1881.

Ce catéchisme a été rédigé par le président de la Société théosophique du temps où, nouvellement converti, il s’était mis en tête de revivifier le bouddhisme Ceylan. L’ouvrage a même été approuvé par un éminent moine bouddhiste, Hikkaduwe Sumangala (1827-1911). Dès 1883 à Paris paraît chez Ghio une traduction en français, Le Bouddhisme selon le canon de l’Église du Sud, sous forme de catéchisme de Dominique, Albert Courmes (1843-1914),  théosophe et traducteur de plusieurs ouvrages de membre de la Société théosophique. Cette traduction sera plusieurs fois rééditée et certaines de ces éditions sont accessibles en ligne : celle de 1905 aux Publications théosophiques ou celle de 1830 publiée par les Editions Adyar.  Ces dernières ont réédité cet ouvrage en 2017 sous le titre Premiers principes du bouddhisme.

Lady Caithness (1830-1995). La théosophie universelle : théosophie bouddhiste. Paris : Georges Carré, 1886.

L’ouvrage de la fondatrice de la Société théosophique d’Orient et d’Occident, branche française de la Société théosophique.

1890

Charles Dollfus (1827-1913). La plainte humaine. Paris : Fischbacher, 1891.

La deuxième édition de 1893 porte le titre La plainte humaine : Jésus, Bouddha, Darwin.

Paul Carus (1852-1919). The Gospel of Buddha. Chicago : The Open Court Publishing Company, 1894.

Cet ouvrage a été écrit pour populariser cette religion en Occident à la suite des conversations de l’auteur lors du Parlement des religions en 1893 et a connu un certain succès en Occident. Une traduction en français réalisée par Léon de Milioué, L’Évangile du Bouddha. a été publiée à Paris chez Ernest Leroux en 1902. Plus récemment, une édition de cette traduction a paru à Paris en 1996 aux éditions Bibliothèque et archives des grands initiés.

1900

Hendrik Kern (1833-1917). Histoire du bouddhisme. Paris : Ernest Leroux, 1901-1903. 2 volumes : tome I ; tome 2.

Ouvrage d’un éminent professeur de l’université de Leyde.  Initialement paru en néerlandais, il a été traduit par Gédéon Huet (1860-1921). La traduction a d’abord été publiée dans la Revue de l’histoire des religions :

Tome 4 (1881) p. 149-165 : Introduction

Remarque 1

Peut-être aurez-vous remarqué que plusieurs auteurs ou éditeurs  font partie de la Société théosophique. Comme pour les Yoga Sutras de Patanjali , celle-ci a joué un certain rôle dans la diffusion de la connaissance du bouddhisme en Occident.

Remarque 2

La liste ci-dessus a notamment été réalisée en explorant les richesses de Gallica avec la clé de recherche suivante, astérisque servant de troncature :

(mot du titre = bouddha*) ou (mot du titre = bouddhique*) ou (mot du titre = bouddhisme*) ou (mot du titre = bouddhiste*) ou (mot du sujet = bouddha*) ou (mot du sujet = bouddhique*) ou (mot du sujet = bouddhisme*) ou (mot du sujet = bouddhiste*)

Cela donne au moment où j’ai cherché 374 résultats, mais de nouvelles mises en ligne sont toujours possible. Parmi eux, 106 livres imprimés que j’ai triés par date croissante pour obtenir une liste de travail que vous pouvez  consulter si vous le souhaitez.

Mais bien évidemment, il faut compléter cette recherche par d’autres dans Archive.org, Google livres…

L’Alsace en 1903 et en 1910

J’ai trouvé dernièrement dans Gallica un ouvrage d’André Hallays paru en 1911, En flânant à travers l’Alsace. L’auteur y évoque plusieurs voyages successifs et y confie ses réflexions sur l’état de cette province perdue, notamment dans deux chapitres intitulés « L’Alsace en 1903 » et « L’Alsace en 1910 » que je vous invite à découvrir. Ils constituent tout autant un témoignage sur l’Alsace de l’époque que sur ce que pouvait en penser un visiteur français cultivé plutôt bien informé.

Lettres à Émilie sur la mythologie et quelques autres ouvrages sur le même sujet

Quand j’étais enfant, je m’étais familiarisé avec la mythologie grecque dans un livre de Mario Meunier intitulé La Légende dorée des Dieux et des Héros. Plus tard, je découvrais l’ouvrage plus ardu de Robert Graves sur Les mythes grecques.

Aurais-je vécu à la fin du XVIIIe ou dans la première moitié du XIXe siècle, ç’aurait sans doute été grâce aux Lettres à Émilie sur la mythologie que j’aurais abordé ce domaine. L’édition en trois volumes pubilée à Londres conservée dans une annexe de la bibliothèque familiale date de 1797, mais cet ouvrage en plusieurs volumes de Charles-Albert Demoustier a connu de nombreuses éditions de 1786 à 1883.  Selon certains, la première édition un peu soignée est de 1801 et celle publiée par Antoine-Auguste Renouard en 1809 est, paraît-il, particulièrement élégante. Pour plus d’informations, je vous renvoie  à l’étude sur les éditions illustrées de cet ouvrage publiée en 1894 par Armand Després. D’autre part, si vous souhaitez lire cet ouvrage, plusieurs éditions sont en ligne de manière plus ou moins complète, notamment celles de 1835, de 1860, de 1870 et de 1883.  

Dans la première moitié du XIXe siècle, d’autres ouvrages sur ce thème sont utilisés. Ils apparaissent dans les catalogues de libraires et de bibliothèques. En voici quelques uns :

Pierre Blanchard. Mythologie élémentaire à l’usage des écoles et pensions. Paris, Le Prieur, 1805.

Pierre Chompré. Dictionnaire abrégé de la fable pour l’intelligence des poetes, des tableaux et des statues dont les sujets sont tirés de l’histoire poétique. Paris, Desaint et Saillant, 1786; 1 vol. in-12°.

François Noël. Dictionnaire de la fable ou mythologie grecque, latine, égyptienne, celtique, persanne, syriaque, indienne, chinoise, mahometane, rabbinique, slavone, Scandinave, africaine, américaine, iconologique, cabalistique, etc. Paris, Lenormant, 1810; 2 vol. in-8°.

L’abbé de Claustre. Dictionnaire de mythologie pour l’intelligence des poetes, de l’histoire fabuleuse, des monuments historiques, des bas reliefs, des tableaux. Paris, Briasson, 1745; 3 vol. in-12°.

L’abbé deTressan. La mythologie comparée avec l’histoire. Lyon, Rusand, 1830; 2 vol. in-12°.

Le temple des Muses orné de LX tableaux où sont représentés les évènements les plus remarquables de l’antiquité fabuleuse dessinés et gravés par B. Pi car t le Romain et autres habiles maitres et accompagnés d’explications et de remarques qui découvrent le vrai sens des fables et le fondement qu’elles ont dans l’histoire. Amsterdam, Chatelain, 1742; 1 vol. in-f°

Lectures d’enfances, une série d’été France Culture

Quelles sont vos premières lectures, vos lectures d’enfance ? C’est la question posée par la réalisatrice Marguerite Gateau à trente comédiens en 1988. Cette collection toute simple a un double mérite :
Elle s’entend comme une série de rencontres avec des comédiens et comédiennes que nous aimons ou avons aimés, dont les voix nous ravissent. Et elle nous replonge dans nos propres souvenirs de lectures.
S’il existe une mémoire collective, c’est peut-être celle de l’enfance, constituée de toute une littérature transmise de génération en génération. Et l’on s’étonnera d’entendre parler d’une époque où l’on se cachait pour lire, le soir, sous les couvertures. La lampe électrique est l’héroïne de cette collection qui s’entend aussi comme la trace d’une pratique et d’une époque, celle où l’on cherchait tout dans les livres. Cette collection s’adresse aux adultes nostalgiques et aux enfants en quête de belles histoires.
La collection sera suivie en fin d’été par une série de lectures de contes d’Oscar Wilde et de contes du monde entier.

Ecouter les émissions

La polémique autour de L’homme révolté d’Albert Camus

La parution de L’homme révolté d’Albert Camus suscita une de ces polémiques, dont les intellectuels français sont si friants, avec comme principaux protagonistes, outre l’auteur :

les surréalistes autour d’André Breton qui mènent une vigoureuse critique dans plusieurs fascicules de la revue Arts  à partir d’octobre 1951 et un numéro spécial de La rue intitulé Révolte sur mesure,

les existentialistes Francis Jeanson et Jean-Paul Sartre qui écrivent des articles peu amènes  dans les numéros de mai et d’août 1952 des Temps modernes,

Georges Bataille qui prend la défense de Camus contre les surréalistes dans « Le temps de la révolte » paru dans les n° 55 et 56 de la revue Critique en décembre 1951 et janvier 1952, puis en décembre 1952, avec un nouvel article, « L’affaire de L’homme révolté », cette fois contre Sartre, dans le n° 67 de la même revue (ces deux articles sont

Vous trouverez d’autres documents sur l’affaire Camus sur le site dédié à André Breton.

Voir aussi l’article suivant : Marina Galletti. « Notes sur Bataille, Camus et le surréalisme« . Les Temps Modernes, 2005/1, n° 629, p. 35-42.

Contre le travail par Giuseppe Rensi

L’an dernier, en vous présentant le Manifeste contre le travail de Krisis, je regrettais une fois de plus de ne pas avoir trouvé de version en ligne le texte du Contro il lavoro : saggio sull’attività più odiata dall’uomo de Giuseppe Rensi dont j’avais tant apprécié La philosophie de l’absurde  publié aux éditions Allia. Or voici qu’est paru début février chez ce même éditeur une traduction de cet ouvrage réalisée par Marie-José Tramuta et précédée de L’Audace de Giuseppe Rensi par Gianfranco Sanguinetti. Vous en trouverez des extraits sur  Google livres et Pileface.

Charles Toubin, archéologue et linguiste jurassien

Connaissez-vous Charles Toubin (1820-1891) ? Natif de Salins, ce Franc-Comtois a été l’ami de Courbet et le rédacteur avec Champfleury et Baudelaire du Salut public, éphémère périodique du temps de la révolution de 1848. Il est l’auteur de récits jurassiens, parus d’abord en plusieurs livraisons dans la Revue des deux mondes entre 1854 et 1861 (htm|pdf) avant de faire l’objet d’une publication en un volume en 1869.

Parallèlement il a contribué au débat sur l’emplacement d’Alésia, avec Alesia, Alaise Séquane. Alise en Auxois paru à Besançon en 1857), sa préférence allant à la localité franc-comtoise. A cette production historico-archéologique appartiennent les trois titres suivants, que j’ai trouvé reliés ensemble dans une annexe de la bibliothèque familiale :

Étude sur les champs sacrés de la Gaule et de la Grèce, et en particulier sur celui des Séquanes. Paris : Dumoulin, 1861.

Le Champ sacré des Séquanes, réponse à M. le président Clerc. Paris : Dumoulin ; Besançon : Bulle, 1862. Extrait du Recueil de l’Académie de Besançon.

Du Culte des arbres chez les anciens, étude archéologique. Paris : Dumoulin, 1862.

Voir le compte-rendu de ces ouvrages par Alexandre Tuetey dans Bibliothèque de l’école des chartes, vol. 25 n° 1 (1864), p. 64-67.

Dans les deux premiers, il défend l’idée que la forêt des Moidons sur l’actuelle commune de Molain aurait abrité le mediolan (= lieu sacré central) des Sequanes. Par la suite, il rédigera plusieurs articles parus dans les Mémoires de la Société d’émulation du Jura entre 1869 et 1875 sur les fouilles qu’il a réalisées dans la forêt de Moidons.

« Rapport sur les fouilles faites près des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura,  1869-1870, p. 25-28.

« Nouvelles fouilles dans la forêt des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1874, p. 52-55.

« Fouilles dans les Moidons »,  Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 2e série 1er vol. 1875, p. 7-9.

« Fouilles sur le territoire de Cernans, dans la commune de Clucy », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1880, p. 212-218.

Les recherches linguistiques retiennent son attention

Recherches sur la langue Bellau : argot des peigneurs de chanvre du haut Jura. Besançon, 1868.

Dictionnaire étymologique et explicatif de la langue française et spécialement du langage populaire. Paris, 1886.

Essai sur la dénomination aryenne. Mâcon, 1888.

Essai d’étymologie historique et géographique. Paris, 1892.

 

Paravents nanban

paraventsnanban-chandeigneCet été, dans la librairie du Museu Nacional de Machado de Castro à Coimbra, je remarquais le livre d’Alexandra Curvelo, Chefs-d’œuvre des paravents nanban : Japon-Portugal XVIIe siècle, publié l’an dernier aux éditions Chandeigne.

Il traite d’un des aspects les plus remarquables de l’art nanban développé par l’école Kanō (狩野派) sous l’effet du commerce entre les Japonais et les Européens, et notamment des Portugais, du milieu du XVIe siècle à la première moitié du siècle suivant. Vous trouverez un interview de l’auteur dans le Journal du Japon et voici ce qu’en dit l’éditeur (j’ai rajouté quelques liens dans le texte) :

Dès 1543 – date de l’arrivée des Portugais en terre nippone –, les Japonais entrèrent en contact régulier avec les nanban-jin (« barbares du Sud »), et ce jusqu’à la fermeture durable du pays à partir des années 1640. Ces commerçants et ces missionnaires, en provenance majoritairement du Portugal, furent à l’origine d’une thématique de l’art japonais aux XVIe et XVIIe siècles.
Les peintures qui ornent les byobu (paravents) nanban décrivent une extraordinaire confrontation de civilisations et sont saisissantes par leur beauté.
L’histoire de l’arrivée des Européens, du point de vue oriental, s’y déroule sous nos yeux, notamment dans les oeuvres des peintres de l’école Kano. Tantôt critiques, tantôt festifs et joyeux, les byobu mettent en images les prémices de l’occidentalisation de l’Asie.
Chefs-d’œuvre des paravents nanban présente treize de ces byobu. Ils sont accompagnés d’un texte sur la passionnante histoire de la rencontre – commerciale, religieuse et culturelle – entre l’Europe et le Japon à cette époque.
Nous avons réuni dans cet ouvrage des paravents du musée Nanban Bunkakan d’Osaka, du Musée municipal de Kobe et du musée national d’Art ancien de Lisbonne – où se trouvent les plus importantes collections d’art nanban –, mais également du Victoria & Albert Museum de Londres, du Rijksmuseum d’Amsterdam, du musée Guimet de Paris, du musée de Soares dos Reis à Porto, du musée d’histoire et de culture de Nagasaki et du musée Idemitsu de Tokyo, ainsi qu’un paravent provenant d’une collection privée aux États-Unis.