APPEL À COMMUNICATIONS : Second Forum du GIS Moyen-Orient et mondes musulmans « (D’)ÉCRIRE LES MONDES ARABES ET MUSULMANS »

APPEL À COMMUNICATIONS

Pour le colloque et les tables rondes du second Forum du GIS Moyen-Orient et mondes musulmans

1-4 octobre 2018

« (D’)ÉCRIRE LES MONDES ARABES ET MUSULMANS »

Lieu : Ecole Supérieure du Professorat et de l’Éducation (ESPE) – Aix Marseille Université

2 Avenue Jules Isaac
13626 Aix en Provence

Tous les deux ans, le Groupement d’Intérêt Scientifique Moyen-Orient et Mondes musulmans (http://majlis-remomm.fr/) organise un forum destiné à engager un dialogue entre les chercheurs travaillant sur cette aire culturelle et les acteurs de la société civile (enseignants du secondaire, journalistes, associations, grand public, etc.).

Écriture, production et circulation de la connaissance

A l’automne 2018, ce forum portera sur les pratiques d’écriture à travers lesquelles chercheurs, enseignants, mais aussi d’autres acteurs de la société (artistes, blogueurs, journalistes, éditeurs, réalisateurs) pensent, représentent et discutent des mondes arabes et musulmans. L’écriture ici est envisagée dans une acception élargie pour englober les textes, les arts plastiques, les films, les documentaires, le théâtre, les dispositifs numériques, etc.

Interroger les pratiques d’écritures présente un double intérêt : d’une part, celui de mieux comprendre les processus d’élaboration du savoir et, d’autre part, celui de mieux cerner ses modalités de circulation.

Les recherches sur les textes académiques ont montré combien ceux-ci sont consubstantiels à la production de la connaissance scientifique[1], et combien l’écriture est au cœur du processus de construction de nos objets de savoir[2]. Sur le terrain ou lors de recherches dans les archives, c’est à travers elle que sont consignées les données récoltées ainsi que les premières réflexions. Les processus de classement et d’indexation participent à des mises en forme et « font sens »[3], faisant de nos pratiques d’écriture des dispositifs à la fois d’objectivation et de subjectivation[4].

Loin d’être neutres, les textes académiques sont profondément normés, standardisés. Depuis le 17ème siècle, l’écriture scientifique s’est progressivement constituée en opposition à la littérature en excluant un certain nombre de mécanismes expressifs de son répertoire légitime (la rhétorique, la fiction et la subjectivité)[5]. Forte de ces conventions et de celles que leur ont imposées progressivement les différentes disciplines, les formes d’écritures académiques ont fonctionné comme de puissants facteurs de reproduction sociale et ont régulé les conditions de production et de circulation du savoir. En définissant les façons légitimes de rendre compte du réel, les conventions d’écriture qui régissent la production des textes scientifiques fonctionnent comme autant de répertoires de distinction et de hiérarchisation. Ils jouent un rôle fondamental dans la reproduction des frontières entre les disciplines, mais aussi entre le monde académique et le reste de la société.[6]

Écriture et production de savoirs scolaires

Les mondes arabes et musulmans constituent également un objet de l’histoire scolaire que les évènements récents ont parfois conduit à appréhender au seul prisme du problème et de l’urgence, gommant l’appréhension d’enjeux culturels et artistiques indispensables à la compréhension plus fine du monde contemporain. La valorisation de telles approches passe par l’usage de nouveaux supports de transmission qui convoquent les outils numériques autant que la production artistique pour une mise en récit renouvelée.

Enseignants et étudiants sont donc invités à s’approprier les différents moments de cette rencontre en proposant retours d’expériences et projets innovants. La présence d’acteurs issus de divers milieux (scientifiques, artistes, journalistes, …) permettra par ailleurs aux publics scolaires de découvrir une palette de mondes professionnels intéressés à une thématique commune.

Un format inédit

Afin d’engager une réflexion critique autour des pratiques d’écritures sur les mondes arabes et musulmans, ce forum adoptera un format inédit en mettant en tension sept dispositifs de communication et d’échanges avec le public : un colloque international, des tables rondes, une exposition d’œuvres arts-sciences, des projections de films, des représentations de spectacles vivants, un parcours éducatif et des workshops avec des artistes-enseignants.

L’objectif de cet évènement n’est donc pas de valoriser une forme d’écriture aux dépends d’une autre, ni de revendiquer une nouvelle doxa, mais plutôt d’articuler et de confronter différentes modalités de production de la connaissance et de la création qui se rencontrent encore trop rarement. Ce faisant, le forum du Groupement d’intérêt scientifique Moyen-Orient et Mondes Musulmans ouvrira un espace d’expérimentation au sein duquel l’ensemble des participants pourront aborder et mettre à l’épreuve librement des formes d’échange et de circulation de la connaissance qui ne sont pas toujours reconnues comme légitimes dans leurs champs respectifs. Ce format permettra donc de réfléchir et d’expérimenter d’autres formes d’engagement du chercheur dans la société. Reposant sur divers supports, il offrira également différents niveaux de lecture accessibles à tous types de publics.

Intervenants

Cet appel à communication s’adresse aux étudiants, enseignants et aux chercheurs de toutes disciplines, ainsi qu’à l’ensemble des acteurs impliqués dans la production d’écritures sur les mondes arabes et musulmans : artistes, éditeurs, blogueurs, journalistes, réalisateurs, documentaristes, etc.

Thèmes des communications présentées pour le colloque et tables rondes

Les communications pourront porter sur l’un des six thèmes suivants :

  • Les écritures contemporaines : enjeux épistémologiques, méthodologiques et politiques,
  • Les défis des écritures contemporaines à l’aune d’expériences passées,
  • Traduction, édition, diffusion, valorisation : les passeurs de savoir,
  • Supports et formats de l’enseignement,
  • Écritures et expérimentations art-science,
  • Recherche et écritures dans le monde numérique.

Envoi des projets de communication

Les projets de communication seront envoyés au comité de sélection à l’adresse forumgismom@sciencesconf.org avant le lundi 2 avril 2018, sous la forme d’un résumé de 300 à 400 mots. Les projets artistiques ou documentaires pourront être appuyés par des visuels (formats PDF) ou des liens vers des vidéos.

Sélection

La sélection des communications sera faite par le comité scientifique et artistique du Forum. Les résultats seront communiqués aux candidats le 2 mai 2018.

Membres du comité scientifique et artistique :

Cédric Parizot (IREMAM, CNRS/AMU ; IMéRA, AMU)
Katia Boissevain (IDEMEC, CNRS/AMU)
Jean Cristofol (Ecole supérieure d’art d’Aix en Provence)
Sylvie Denoix (Orient Méditerranée)
Karima Direche (TELEMME, AMU, CNRS)
François Dumasy (IEP, Aix-en-Provence)
Aurélia Dusserre (IREMAM, AMU, CNRS)
Benoit Fliche (IDEMEC, CNRS/AMU)
Anna Guilló (LESA, AMU)
Juliette Honvault (IREMAM, CNRS/AMU)
Julien Loiseau (IREMAM, AMU/CNRS)
Elise Massicard (CERI, CNRS/Sciences Po, GIS MOMM)
Christine Mussard (IREMAM, CNRS/AMU)
Manoël Pénicaud (IDEMEC, CNRS/AMU)
Audes Signoles (IEP, Aix-en-Provence)

Comité d’organisation

Cédric Parizot (IREMAM, CNRS/AMU ; IMéRA, AMU)

Katia Boissevain (IDEMEC, CNRS/AMU)

Jean Cristofol (Ecole supérieure d’art d’Aix en Provence)

Sylvie Denoix (Orient Méditerranée)

Karima Direche (TELEMME, AMU, CNRS)

François Dumasy (IEP, Aix-en-Provence)

Aurélia Dusserre (IREMAM, AMU, CNRS)

Aurélie Fillod Chabaud (IREMAM, CNE, AMU, CNRS)

Benoit Fliche (IDEMEC, CNRS/AMU)

Anna Guilló (LESA, AMU)

Juliette Honvault (IREMAM, CNRS/AMU)

Julie Karsenty (Ecole supérieure d’art d’Aix en Provence)

Carole Le Cloierec (IDEMEC, CNRS/AMU)

Frédéric Leval (DAAC, Académie d’Aix Marseille)

Julien Loiseau (IREMAM, AMU/CNRS)

Élise Massicard (CERI, CNRS/Sciences Po, GIS MOMM)

Christine Mussard (IREMAM, CNRS/AMU)

Manoël Pénicaud (IDEMEC, CNRS/AMU)

Boris Petric (CNE, EHESS/CNRS/AMU)

Audes Signoles (IEP, Aix-en-Provence)

Partenaires

Institut de recherche et d’études sur les mondes arabes et musulmans (IREMAM, CNRS, AMU)

Institut d’ethnologie européenne méditerranéenne et comparative (IDEMEC, CNRS, AMU)

Centre Norbert Elias (EHESS, CNRS, AMU)

Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE, AMU)

Groupement d’Intérêt Scientifique Moyen Orient Monde Musulman (CNRS)

CHERPA (Institut d’études politiques d’Aix en Provence)

École Supérieure d’Art d’Aix en Provence

Institut d’études avancées d’Aix

Marseille Université (IMéRA)

Institut de recherche sur le

Maghreb contemporain (MAEDI, CNRS)

Revue Moyen-Orient

 

[1] David Pontille, 2003, « Formats d’écriture et mondes scientifiques », Questions de communication [En ligne], 3, mis en ligne le 01 juillet 2003, consulté le 22 avril 2017. URL : http://questionsdecommunication.revues.org/7445 ; DOI : 10.4000/questionsdecommunication.7445

[2] Jack Goody, 1979, La Raison graphique, Paris, Éd. de Minuit.

[3] Jérôme Denis et David Pontille, 2002, « L’écriture comme dispositif d’articulation entre terrain et recherche », Alinéa, Revue de Sciences Sociales et Humaines, n°12, p. 93-106.

[4] Béatrice Fraenkel, 2007, « Actes d’écriture : quand écrire c’est faire », Langage et société, 3/2007 (n° 121-122), p. 101-112 ; voir aussi Bernard Stiegler (Dir.), 2014, Digital Studies : organologie des savoirs et technologies de la connaissance, Limoges, Fyp éditions.

[5] James Clifford et George E. Marcus, 1986, Writing Culture, The Poetics and Politics of Ethnography, Berkeley, UCP.

[6] David Pontille, 2003, op. cit.

Comparing property markets on an international scale

While many scholars compare property markets from the same urban area or compare the way these markets distinguish urban areas within a given country, very few propose an international comparison. And yet, this is a main scientific issue. Such comparisons would provide a new angle for studying metropolitan development as well as its internal trends relating to inequality and gentrification.

Quel avenir pour le Moyen-Orient ?

En février 2016, le Collège des Bernardins avait organisé en partenariat avec iReMMO un important colloque sur la situation du monde arabe « entre rupture et renaissance ? ». Aujourd’hui, le risque de la rupture semble l’emporter sur les perspectives d’une renaissance. Les profonds bouleversements qui traversent le Proche et le Moyen-Orient ont crée une situation extrêmement complexe dans laquelle la déliquescence de certains États a atteint un point critique peut être irréversible. Il faut reposer la question suivante : les États actuels vont-ils pouvoir prendre en compte leur pluralité religieuse, ethnique, sociétale, ou allons-nous vers une recomposition à terme de cette région à partir d'une faillite irréversible des États ?

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ISBN 979-10-320-0114-1

Communiqué de presse : « Un partenariat pour renforcer la recherche en islamologie »

Le CNRS et la Fondation de l’Islam de France signent aujourd’hui un partenariat autour d’une mission commune : renforcer la recherche en islamologie, c’est-à-dire l’étude scientifique du fait religieux islamique, en France. Le CNRS est représenté par le Groupement d’intérêt scientifique Moyen-Orient et mondes musulmans (GIS MOMM), un réseau créé en 2013 à son initiative pour rassembler les centres de recherche français spécialisés sur l’étude de l’Islam.

Le GIS MOMM a pour but de soutenir les filières de formation et de recherche sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans. Renforcer l’islamologie, l’étude scientifique du fait religieux islamique, est l’un de ses principaux objectifs. Ce groupement a montré en 20141 que la plupart des domaines composant cette discipline, les études coraniques, l’étude des hadîths2, le droit musulman (fiqh) et la méthodologie du droit (usûl al-fiqh), la théologie (kalâm), le soufisme et la philosophie, n’étaient que très peu enseignés et étudiés au sein des universités françaises. Ils souhaitent ainsi rapprocher cette discipline des standards internationaux de la science, qui reposent sur les principes de l’analyse critique et du dialogue avec les différentes sciences humaines et sociales (notamment l’histoire, la philosophie, la sociologie et l’anthropologie).

De son côté, la Fondation de l’Islam de France, fondation laïque reconnue d’utilité publique créée en 2016, compte parmi ses missions le soutien au développement de pôles d’enseignement et de recherche en islamologie. C’est à ce titre que le GIS MOMM et la Fondation de l’Islam de France ont établi un partenariat. Dans ce cadre, trois actions principales du GIS MOMM seront soutenues par la Fondation :

–    fédérer et accompagner la constitution d’un réseau de formateurs et de chercheurs français en islamologie notamment grâce au financement de contrats doctoraux et de bourses de master sur une période de trois ans (2018-2021) et le financement d’un séminaire de formation doctorale.

–    combler la pénurie de manuels universitaires et d’ouvrages de référence en islamologie en langue française en proposant notamment un programme de traduction d’ouvrages de synthèse, à l’origine en anglais ou en allemand. Ce programme sera accompagné par la réalisation de quatre manuels universitaires en langue française sur les études coraniques, sur l’étude des hadîths, sur le droit musulman et sur la théologie. La création de recueils de textes bilingues, rassemblant des textes en arabe (ou, le cas échéant, en turc, persan, ourdou) et leur traduction en français, et la traduction d’auteurs réformistes musulmans en français sont également prévues.

–    contribuer au développement des ressources numériques sur la connaissance du fait religieux musulman afin que tous puissent aborder, avec tous les outils de l’analyse critique à disposition, les questions qui sont au cœur des débats et des représentations sur cette religion et son histoire, et de déconstruire, de façon argumentée et en s’appuyant sur les textes, les visions simplificatrices de l’Islam.

Télécharger le communiqué de presse

Notes :

1 Voir Le livre blanc des études sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans élaboré par le GIS (2014).
2 Recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons, à propos de commentaires du Coran ou de règles de conduite.

Source et auteur de l’article : Alexiane Agullo, presse CNRS
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/5425.htm?theme1=9

Masculinités et engagements chrétiens, Europe, XIXe-XXIe s.

L’AFHRC relaie l’appel à communications pour le colloque « Qu’est-ce qu’un homme chrétien ? Masculinités et engagements,Europe, du XIXe siècle à nos jours », workshop organisé dans le cadre de l’axe 6 « Genre et Europe » du LabEx EHNE, qui se tiendra à Paris, les 11 et 12 juin 2018.

Quels sont les liens entre construction des masculinités, pratiques religieuses et engagements politiques dans l’espace européen du XIXe siècle à nos jours ? Une attention à l’engagement religieux des hommes pourrait enrichir notre compréhension de la construction des masculinités d’une part, et du politique d’autre part, en tentant de dégager des logiques transnationales. Ces engagements s’inscrivent tout à la fois dans l’espace public et l’espace privé, en portant une attention à la famille, peu étudiée sous cet angle.

Engagements politiques et croyances religieuses au masculin

Dans l’historiographie française, le schéma narratif dominant trace l’histoire d’un recul progressif du religieux au profit du politique à partir des libéralismes nés de la Révolution française (utilisation en histoire du concept de sociologie de « sécularisation »). Dans cette perspective, les travaux ont insisté sur la « féminisation » de la religion en Europe et l’éloignement des hommes de la pratique religieuse (Fouilloux, 1995).

L’histoire politique dresse, quant à elle, le portrait d’un anticléricalisme porté par les hommes soucieux de défendre leur autonomie de pensée et les valeurs démocratiques face à des religions féminisées et contrôlées par des clercs à la masculinité problématique (Healy, 2001). Ce récit n’a pas réellement questionné, avec plus de nuances, le lien entre religion, masculinité et politisation. “L’homme anticlérical” est quelque part devenu un lieu commun peu interrogé (Lalouette, 2001).

Du côté de l’histoire des femmes puis du genre, les travaux se sont intéressés aux modalités de politisation des femmes via l’engagement religieux, réponse à leur exclusion de la sphère du suffrage. La question des hommes liant engagement politique et religieux reste peu traitée, à l’exception peut-être de travaux éclairant les tentatives post-révolutionnaires de conciliation entre religion, modernité politique et masculinité (Harrison, 2014).

Étudier ces questions à l’échelle européenne permettrait de sortir de ces analyses en les confrontant à la diversité des régimes politiques et des situations confessionnelles.  Plusieurs chercheurs ont commencé à s’atteler à ce travail, notamment dans les espaces germanique (Healy 2001, Verhoeven 2008), ibérique (Blasco Herranz 2003, Minguez Blasco 2012), ou encore en Europe du Nord (Werner, 2011). Leurs travaux montrent un lien structurel différencié selon les pays d’Europe entre les identités de genre, nationales et confessionnelles. L’approche comparatiste permettra de confronter les historiographies et de tenter des hypothèses communes.

Pratiques religieuses et définition des masculinités

Considérant comme une évidence la prise de distance des hommes à l’égard de la pratique religieuse, l’historiographie perd souvent de vue que l’on parle principalement du culte dominical. Or, dans les différentes confessions chrétiennes, il ne s’agit que d’une activité religieuse proposée par les Églises parmi un panel bien plus large. D’autres propositions comme les pèlerinages ou les processions sont, par exemple, mixtes. Des engagements de différents types et natures (électoral, syndical, associatif) peuvent aussi être des lieux de défense et d’adhésion des hommes à des idéaux et des valeurs religieuses. Il existe également des dévotions ou des exercices spirituels qui ont pour cadre l’espace privé masculin. Des travaux pionniers commencent par exemple à documenter la participation des hommes à des dévotions domestiques, comme celle au Sacré-Coeur en Belgique (Van Osselaer, 2013).

Plusieurs travaux ont montré que des femmes inscrivent leur engagement politique dans des gestes à valeur spirituelle (Della Sudda, 2007). Quelles pratiques religieuses définissent les hommes qui demeurent croyants ? Cela conduit à interroger ces dernières dans leurs dimensions spirituelles et dévotionnelles mais également dans leur dimension politique. En effet, les acteurs ne dissocient pas nécessairement religion et politique. Une telle réflexion nous pousse également à tracer le continuum qui peut exister entre engagement politique masculin et engagement politique féminin.

Des travaux ont depuis longtemps l’image d’ouvriers détachés de la religion et aujourd’hui l’approche intersectionnelle permet de renouveler les études de genre. Si les classes supérieures valorisent une identité masculine qui passe par une sociabilité particulière, par exemple dans les cercles de charité (Brejon de Lavergnée, 2008) , qu’en est-il dans les autres milieux sociaux ? Que signifie être un homme chrétien quand on est un paysan, un ouvrier, un bourgeois ou un noble ? De même, on peut s’intéresser à ce qui unit les hommes chrétiens au-delà de leurs classes sociales.

Pistes de réflexion

Les participants sont particulièrement invités à réfléchir sur les thèmes suivants, croisant identités masculines, croyances et engagements politiques :

  1. Engagement politique et identité religieuse : Dans plusieurs espaces européens, l’identité nationale revendique une dimension confessionnelle forte. Ainsi, le sujet modèle de l’Empire britannique est anglican tout comme le Prussien est luthérien, à l’inverse du citoyen français teinté d’anticléricalisme. La démocratisation conduit-t-elle nécessairement à une masculinité libre-penseuse et contestataire des autorités religieuses ?  Comment les masculinités se construisent-elles dans les pays où le nationalisme passe par une religion d’État et où, plus généralement, l’appartenance religieuse est compatible avec la participation politique ? À l’inverse, en contexte de régime autoritaire ou totalitaire, la religion peut-elle être davantage investie par les hommes et devenir le support d’un refuge voire d’une résistance ?
  2. Le genre de l’athéisme, de l’agnosticisme ou de l’anticléricalisme : Les formes de distance vis-à-vis des Églises sont nombreuses : refus d’adhésion, fidélité sans croyance, ou combat déclaré contre le clergé. Ces différentes attitudes peuvent être relues grâce au concept de genre, pour intégrer ceux et celles qui les manifestent tout autant que les rhétoriques mobilisées. Les travaux sur la libre-pensée n’ont pas réellement interrogé le caractère genré de l’anticléricalisme. La virulence du discours et de la politique anticléricale renouvellent-elles en retour les processus d’identification des hommes ?
  3. Masculinités laïques et religieuses en guerre : les guerres et conflits militaires ouvrent des temps de crise propices à la reconfiguration des liens entre identités de genre et appartenance politique. En France, la camaraderie des tranchées crée un entre-soi masculin qui dépasse le clivage entre laïcs et clercs, qui avaient jusqu’ici interdiction de prendre les armes. Dans les guerres civiles et les résistances (guerre civile espagnole), les ministres du culte sont-ils des hommes comme les autres ? Plus généralement, est-ce que l’attachement religieux des hommes est compatible avec la définition du guerrier soumis à la loi martiale ? Le discours religieux peut-il devenir un élément de légitimation du combat ?
  4. Maris et pères chrétiens : Comment les hommes chrétiens se pensent-ils comme père et mari au sein de leur foyer et de la société ? Est-ce un élément secondaire ou essentiel du discours qu’ils tiennent sur eux-mêmes ? Comment le foyer est-il politisé par des engagements publics divers comme par exemple les ligues au tournant des XIXe et XXe siècles ? Dans un contexte valorisant de plus en plus l’espace domestique et familial, notamment par rapport à la vie religieuse, assiste-t-on à une nouvelle définition du rôle du père et du mari au sein du foyer ?
  5. Le genre des émotions, croyances et pratiques religieuses : À l’heure où se développent les approches d’histoire des émotions, il serait pertinent de s’interroger sur le lien entre les types de dévotion dominants et les régimes de genre. Par exemple, les dévotions du XIXe siècle insistent sur la dimension affective du lien à Dieu, fondé sur l’amour et sur la piété mariale : quelle a été la réception de ce modèle chez les hommes ? Comment une forme de dévotion considérée comme “féminine” a-t-elle pu être rejetée ou appropriée, par eux ? Dans quelle mesure le religieux vient-il reconfigurer les normes de la masculinité laïque ?

Calendrier et modalités de soumission :

Le workshop se tiendra à Paris, les 11 et 12 juin 2018. Les communications seront d’une demi-heure et un temps important sera laissé à la discussion. Les propositions de communication, d’une demi-page et évoquant l’approche, la méthodologie et les sources mobilisées, peuvent s’inscrire dans un ou plusieurs axes. Elles doivent être accompagnées d’une courte biographie de l’auteur. Le comité valorisera les travaux de jeunes chercheurs et les recherches inédites, ainsi que l’exploration de nouvelles archives. Les propositions et les communications peuvent être en français ou en anglais.

Les propositions de communication doivent être envoyées simultanément à Anthony Favier (anthony.favier@live.com), Anne Jusseaume (genreeurope@gmail.com) et Caroline Muller (caroline.muller@univ-reims.fr ), pour le 1er mars 2018. Une réponse sera donnée aux participants fin mars.

Comité d’organisation :

Anthony Favier – Laboratoire de Recherche Historique Rhône Alpes (LARHRA)

Anne Jusseaume – LabEx EHNE, UMR Sirice/Centre d’Histoire de Sciences Po (CHSP)

Caroline Muller – LARHRA/Centre de Recherche en Histoire Culturelle (CERHIC)

Comité scientifique :

Matthieu Brejon de Lavergnée (Maître de conférences HDR à Sorbonne Université – Centre d’Histoire du XIXe siècle), Bruno Dumons (Directeur de recherche, CNRS – LARHRA), Julie Le Gac (Maîtresse de conférences à Paris Nanterre, ISP/LabEx EHNE), Manuela Martini (Professeure d’histoire moderne, Université Lyon 2 – LARHRA), Florence Rochefort (Chargée de recherche au CNRS, GSRL – EPHE/CNRS), Régis Schlagdenhauffen (Maître de conférences à l’EHESS – IRIS/LabEx EHNE)

Références citées :

Immaculada BLASCO HERRANZ, Paradojas de la ortodoxia, política de masas y militancia católica femenina en España (1919-1939), Zaragoza, Prensas universitarias, 2003, 433 p.

Matthieu BREJON DE LAVERGNEE, La Société de Saint-Vincent-de-Paul, 1833-1871 : un fleuron du catholicisme social, Paris, le Cerf, 2008, 713 p.

Magali DELLA SUDDA, Une Activité politique féminine conservatrice avant le droit de suffrage en France et en Italie : socio-histoire de la politisation des femmes catholiques au sein de la Ligue patriotique des Françaises (1902-1933) et de l’Unione fra le donne cattoliche d’Italia (1909-1919), thèse d’histoire sous la direction de Laura Lee DOWNS et Lucetta SCARAFFIA, EHESS, Université de la Sapienza (Rome), 2007, 816 p.

Étienne FOUILLOUX, “Femmes et catholicisme dans la France contemporaine”, Clio, Histoire, femmes et sociétés, 2, 1995.

Carol E. HARRISON, Romantic catholics : France’s postrevolutionnary generation in search of a modern faith, Ithaca : Cornell University Press, 2014, 328 p.

Róisín HEALY, “Anti-Jesuitism in Imperial Germany : the Jesuit as Androgyne”, dans Helmut SMITH (éd.), Protestants, Catholics and Jews in Germany, 1800-1914, Oxford, New York, Berg, 2001, p. 153-183.

Jacqueline LALOUETTE, La Libre pensée en France, 1848-1940, Paris, Albin Michel, 2001, 636 p.

Raúl MÍNGUEZ BLASCO, “Monjas, esposas y madres católicas : una panorámica de la feminización de la religión en España a mediados del siglo XIX, Amnis, revue de civilisation contemporaine Europe/Amériques, 11, 2012.

Tine VAN OSSELAER, The Pious sex : Catholic constructions of masculinity and feminity in Belgium, c. 1800-1940, Leuven, University Press, 2013, 271 p.

Timothy VERHOEVEN, “Neither Male nor Female : the Jesuit as Androgyne 1843-1870”, Modern & Contemporary France, 16, 1, février 2008, p. 37-49.

Yvonne Maria WERNER (ed.), Christian masculinity : Men and religion in northern Europe in the 19th and 20th century, KADOC-Studies on Religion, Culture and Society, 8. Leuven University Press, 2011.

Appel en anglais :

What is a Christian Man ?

Commitments and Masculinities in Europe from the Nineteenth Century to the Present

Workshop organized by the research axis 6 ‘Gender and Europe’ of the LabEx EHNE

To take place in Paris, 11th and 12th June 2018.

What are the ties between masculinities, religious practices and political commitments in Europe from the nineteenth century up to the present day ? A close analysis of men’s religious commitments will aid our understanding of both the politics and the construction of masculinities. These commitments take place in both private and public space, while men’s religious role within the family – hitherto little explored by historians – can also provide a new setting for historical analysis of masculine religiosity.

Male Political Commitments and Religious Beliefs

French historiography has emphasized the secularization of society since the French Revolution where politics gained to the disadvantage of religion. It is usually assumed that, as religion in Europe became ‘feminized’, men disengaged from religious practice (Fouilloux, 1995). At the same time, political history has revealed how anticlericalism became a vehicle for men to assert freedom of thought and democratic values in opposition to feminized religions controlled by clergymen with troubled masculinities (Healy, 2001). The ‘anticlerical man’ has become a historiographical commonplace (Lalouette, 2001).

While historians of women and gender have questioned the politicization of women, considering whether religious mobilizations were a response to their exclusion from the political and public sphere, few works have dealt with men’s simultaneous religious and political commitments (e.g. Harrison, 2014). Yet studies of Germany, Spain and Northern Europe have revealed that the configurations of religion, politics and gender vary between countries. Thus, an intersectional approach to masculinities, religion and politics on a European scale will enable us to overcome the limitations and specificities of national approaches.

Religious Practices and Masculinities

Taking for granted that men drifted away from religious practice, historiography often forgets how heavily such assumptions depend on statistics of attendance at Sunday mass. However, Sunday attendance is just one among many religious practices: processions or pilgrimages continued to attract a much more mixed group of participants, while there were also devotions or spiritual practices mainly endorsed by men, such as the Sacred Heart in Belgium (Van Osselaer, 2013). Other political or social commitments could become spaces where men defended religious values and ideas, just as we know that women invested some religious practices with political meaning (Della Sudda, 2007). Are there practices in which Christian men engaged as both religious and political commitments? Such an approach could also shed light on the continuum between male and female political mobilizations.

Historians often portray the working class as highly dechristianized, while the upper classes have a distinct masculinity fostered in charity circles (Brejon de Lavergnée). We would like to mobilize an intersectional approach that incorporates class and gender alongside religion to analyse what it means to be a Christian man as a peasant, a worker, a bourgeois or an aristocrat. To what extent could religion transcend class difference to become something shared and relevant to male identity in general?

Paper proposals could treat one or more of the following issues:

  1. Political commitment and religious identity: in several European countries, religion became an element in the definition of national identity, for example Anglicanism in the British Empire or Lutheranism in Prussia. Consequently, democratization and political participation does not systematically lead to anticlerical masculinities. How are modern masculinities defined in countries where political participation is compatible with religious belonging? On the other hand, in authoritarian or totalitarian regimes, does religion become a particular place where menseek refuge, or a form to resistance?
  2. The gender of atheism, agnosticism and anticlericalism: Distance from the Church runs a wide span, from a simple loss of personal faith through to open war against the clergy. A gendered approach to these attitudes would enrich our understanding of the various forms of estrangement from religious institutions. On the other hand, does the violence of anticlerical discourse strengthen men’s political and religious identity?
  3. Lay and religious masculinities at war: Wars and military conflicts are crisis times prone to define anew gender identities and political belongings. In France, comradeship at the front created a male fraternity that overcame differences between civilians and the clergy who were hitherto forbidden to carry arms. In civil and resistance wars, are clergymen ordinary men among others? Is religious belonging compatible with fighting and military obedience? On the other hand, how can religious discourse legitimate fighting?
  4. Christian husbands and fathers: As home and family became increasingly valued compared to religious orders, how did Christian men consider their role as husbands and fathers? How important are discourses about paternity and marital life in the self-definition of Christian men ? To what extent is home a politicised place at the turn of the twentieth century?
  5. The gender of religious emotions, beliefs and practices: In the wake of history of emotions, we would like to question the relationship between gender and devotional practices. Nineteenth-century religion, more centred on love and marital piety, insists on an affective relationship to God. How did men engage in this kind of piety and devotional practices, mainly considered as ‘feminine’? To what extent does religion create different norms of lay masculinity?

Organisation of the conference

The workshop will be held in Paris on the 11th and 12th June 2018. Presentations should last 30min, and be held in French or English.

How to submit a proposal :

Paper proposals (half a page) including sources and methodological approach, should be sent alongside a short biography to Anthony Favier (anthony.favier@live.com), Anne Jusseaume (genreeurope@gmail.com) and Caroline Muller (caroline.muller@univ-reims.fr ) before 1 March 2018. Candidates will be informed of the scientific committee’s decision by the end of March 2018.

Organising committee

Anthony Favier – Laboratoire de Recherche Historique Rhône Alpes (LARHRA)

Anne Jusseaume – LabEx EHNE, UMR Sirice/Centre d’Histoire de Sciences Po (CHSP)

Caroline Muller – LARHRA/Centre de Recherche en Histoire Culturelle (CERHIC)

Scientific committee

Matthieu Brejon de Lavergnée (Maître de conférences HDR à Sorbonne Université – Centre d’Histoire du XIXe siècle), Bruno Dumons (Directeur de recherche, CNRS – LARHRA), Julie Le Gac (Maîtresse de conférences à Paris Nanterre, ISP/LabEx EHNE), Manuela Martini (Professeure d’histoire moderne, Université Lyon 2 – LARHRA), Florence Rochefort (Chargée de recherche au CNRS, GSRL – EPHE/CNRS), Régis Schlagdenhauffen (Maître de conférences à l’EHESS – IRIS/LabEx EHNE)

Bibliography :

Immaculada BLASCO HERRANZ, Paradojas de la ortodoxia, política de masas y militancia católica femenina en España (1919-1939), Zaragoza, Prensas universitarias, 2003, 433 p.

Matthieu BREJON DE LAVERGNEE, La Société de Saint-Vincent-de-Paul, 1833-1871 : un fleuron du catholicisme social, Paris, le Cerf, 2008, 713 p.

Magali DELLA SUDDA, Une Activité politique féminine conservatrice avant le droit de suffrage en France et en Italie : socio-histoire de la politisation des femmes catholiques au sein de la Ligue patriotique des Françaises (1902-1933) et de l’Unione fra le donne cattoliche d’Italia (1909-1919), thèse d’histoire sous la direction de Laura Lee DOWNS et Lucetta SCARAFFIA, EHESS, Université de la Sapienza (Rome), 2007, 816 p.

Étienne FOUILLOUX, “Femmes et catholicisme dans la France contemporaine”, Clio, Histoire, femmes et sociétés, 2, 1995.

Carol E. HARRISON, Romantic catholics : France’s postrevolutionnary generation in search of a modern faith, Ithaca : Cornell University Press, 2014, 328 p.

Róisín HEALY, “Anti-Jesuitism in Imperial Germany : the Jesuit as Androgyne”, dans Helmut SMITH (éd.), Protestants, Catholics and Jews in Germany, 1800-1914, Oxford, New York, Berg, 2001, p. 153-183.

Jacqueline LALOUETTE, La Libre pensée en France, 1848-1940, Paris, Albin Michel, 2001, 636 p.

Raúl MÍNGUEZ BLASCO, “Monjas, esposas y madres católicas : una panorámica de la feminización de la religión en España a mediados del siglo XIX, Amnis, revue de civilisation contemporaine Europe/Amériques, 11, 2012.

Tine VAN OSSELAER, The Pious sex : Catholic constructions of masculinity and feminity in Belgium, c. 1800-1940, Leuven, University Press, 2013, 271 p.

Timothy VERHOEVEN, “Neither Male nor Female : the Jesuit as Androgyne 1843-1870”, Modern & Contemporary France, 16, 1, février 2008, p. 37-49.

Yvonne Maria WERNER (ed.), Christian masculinity : Men and religion in northern Europe in the 19th and 20th century, KADOC-Studies on Religion, Culture and Society, 8. Leuven University Press, 2011.