Tous les articles par Sylvie Ayimpam

Circulations incommodes

Circulations incommodes

Perspectives comparatives sur la production des hiérarchies, des limites et des règlements sociaux concernant le recyclage et la réutilisation des matériaux mis au rebut
International Workshop

Sale 10, Département Economie et Gestion, de l’Université Nationale de Quilmes, Roque Saenz Pena 352, Bernal

Jeudi, 18 mai 2016
 
  • Indétermination et valeur décriée des objets rejetés à Rio de Janeiro. – Maria Raquel Passos Lima, Professeur Département de Sociologie do IFVS/UFRJ
  • Valeur et importance dans les objets rejetés: cinq déplacements analytiques: Sébastien Carenzo. – chercheur associé au Conicet, Institut d’études sur la science et la technologie, Université nationale de Quilmes

Camille Dugrand a lu pour Politique Africaine “Economie de la débrouille”

COMPTES-RENDUS, LECTURES
SYLVIE AYIMPAM, 2014, ÉCONOMIE DE LA DÉBROUILLE À KINSHASA. INFORMALITÉ, COMMERCE ET RÉSEAUX SOCIAUX

LU PAR CAMILLE DUGRANDCOUV 16x24 economie-5_19_Juin4

 

Compte-rendu paru dans « La revue des livres », Politique africaine 2015/1 (N° 137)

A lire aussi dans le Carnet de la revue Politique Africaine

 

Plongeant dans les méandres des marchés et des circuits commerciaux du Kinshasa d’hier et d’aujourd’hui, l’ouvrage de Sylvie Ayimpam enrichit considérablement les approches de l’économie urbaine et marchande dans la mégapole congolaise.

Anecdotes, scènes de marchés, récits livrés par les commerçants, etc., la longue immersion de l’auteure auprès de ceux qui animent le « petit commerce » vient nourrir des analyses approfondies du quotidien des citadins mobilisés dans des formes d’auto-emploi, au cœur d’activités dites « informelles » devenues dominantes à Kinshasa. Au long de ses pérégrinations, notamment au cœur de deux marchés de la ville – l’immense Grand marché, et celui de Mikondo – Sylvie Ayimpam saisit les contours complexes du champ du commerce de détail. Elle s’intéresse aux expériences des détaillants, mais aussi au fonctionnement de réseaux d’approvisionnement multiples et mondialisés, portés par une pléiade d’acteurs fournissant la ville en produits d’alimentation et en biens de consommation. Tous les maillons de la chaine commerciale sont analysés : détaillants, micro-détaillants, grossistes, semi-grossistes, réseaux d’approvisionnement régionaux et internationaux – de l’Asie du Sud-Est à la Belgique, en passant par les Pays-Bas et Dubaï –, rôle des multiples intermédiaires qui permettent d’acheminer les produits vers la capitale congolaise. Générateur de nouveaux métiers – tels les « par-colis », commerçants itinérants collectant leurs produits en milieu rural pour les revendre en ville, les bana kwata, intermédiaires entre grossistes et détaillants dans le cadre de la commercialisation de fripes, et autres « mamas-bonheur », spécialisées dans l’achat de grandes quantités de marchandises qu’elles revendent à crédit aux détaillants –, le « petit commerce » a aussi favorisé l’émergence de nouvelles figures de la réussite économique qui doivent notamment leur succès à leur art de la ruse dans le cadre d’activités situées à la croisée des chemins de la légalité et de l’illégalité. Il en va ainsi des « mamas-manœuvres » qui sont par-venues à s’imposer comme des intermédiaires incontournables entre colporteurs de produits par voie fluviale et revendeuses locales. Grâce à leur ingéniosité et leur réseau personnel d’interconnaissance, ces courtières se sont spécialisées dans le contournement des extorsions et des taxes fallacieuses sur les marchandises, imposées par les nombreux fonctionnaires d’État œuvrant autour des ports fluviaux.

Sylvie Ayimpam analyse « par le bas » les processus d’adaptation citadine à la « multicrise » congolaise. En ayant, par exemple, développé des formes de vente au micro-détail accessibles au plus grand nombre au cœur de tous les quartiers de la gigantesque mégapole, les détaillants permettent aux Kinois de continuer de vivre. L’auteure décrit encore l’ambivalence des liens sociaux qui se nouent au sein des milieux commerçants, où relations et échanges s’établissent sur des rapports d’endettement et de confiance. Sa plongée dans les marchés kinois campe une fine illustration de l’émergence de formes de sociabilité qui offrent aux commerçants une sécurisation face à la précarité, l’incertitude quotidienne et la fragilisation des cellules familiales éprouvées par la crise. Groupes de prière, « sociabilité cérémonielle » et tontines apparaissent alors comme des espaces de gestion des problèmes individuels par l’intermédiaire de la solidarité, de la convivialité, d’un cycle de la dette autour duquel se fondent des relations de confiance, d’entraide et d’assurance mutuelle.

L’auteure ne sombre jamais dans des approches simplistes. Elle décrit, au contraire, des relations sociales oscillant entre solidarité et rivalité, coopération et arnaque, soutien et violence, comme dans le cas, par exemple, des accusations de sorcellerie liées à des conflits interpersonnels parfois violents.

On peut toutefois regretter que la vie des marchés apparaisse parfois analysée en vase clos. En effet, l’ouvrage aurait pu fournir davantage d’informations quant aux relations quotidiennes se nouant entre commerçants et consommateurs ou sur la violence exercée au cœur des marchés par d’autres acteurs que les commerçants eux-mêmes, sur les vols, rackets, voire émeutes dont ces espaces – et singulièrement le Grand marché – sont le théâtre. Il en est de même pour ce qui est de la violence étatique. Si la violence policière est succinctement évoquée, celle de l’État et des autorités provinciales est quasiment absente. Qu’en est-il, par exemple, de ces épisodes lors desquels les autorités se proposent d’« assainir » la ville en incendiant ou en détruisant les activités des « petits » marchands « informels » ? Un intérêt plus soutenu pour ces questions aurait sans doute pu enrichir les analyses relatives à la violence ou aux comportements opportunistes attribués dans l’ouvrage à une « perte des repères moraux » (p. 249) dans une situation de pauvreté et de concurrence sur le marché de la débrouille. De tels comportements ne sont-ils pas également liés à la longue histoire d’un État établi sur des valeurs analogues et sur une violence faisant office de ressource politique, d’instrument pour gouverner et réguler les comportements des masses ?

L’ouvrage de Sylvie Ayimpam se clôt sur d’importantes réflexions à propos des « normes » et d’une informalité qui pose question. L’auteure démontre que, loin du désordre apparent, les citadins forgent de nouveaux principes et normes pratiques, de nouvelles modalités de sanctions et d’obligations contraignantes réduisant l’incertitude et consolidant une solidarité nécessaire pour continuer de vivre. Entre détresse et alternatives, violence et innovation sociale, la société kinoise plurielle et composite produit des reconfigurations normatives, de « nouvelles formes de gouvernance susceptibles de pallier la situation sinistrée léguée par l’État postcolonial » (p. 312). Revers de la médaille, selon l’auteure : la multiplicité de régulations concurrentes en ville tend à engendrer des conflits et une violence considérée comme « une des grandes limites de l’économie de la débrouille » (p. 313).

Vient de paraitre: Real Governance and Practical Norms in Sub-Saharan Africa

Just published

REAL GOVERNANCE AND PRACTICAL NORMS IN SUB-SAHARAN AFRICA

THE GAME OF THE RULES

EDITED BY TOM DE HERDT, JEAN-PIERRE OLIVIER DE SARDAN [1]

Routledge – 2015 – 268 pages

SERIES: Routledge Studies in African Politics and International
Relations

Although international development discourse considers the state as a
crucial development actor, there remains a significant discrepancy
between the official norms of the state and public services and the
actual practices of political elites and civil servants.

This text interrogates the variety of ways in which state policies and
legal norms have been translated into the set of practical norms which
make up real governance in sub-Saharan Africa. It argues that the
concept of practical norms is an appropriate tool for an ethnographic
investigation of public bureaucracies, interactions between civil
servants and users, and the daily functioning of the state in Africa. It
demonstrates that practical norms are usually different from official
norms, complementing, bypassing and even contradicting them. In
addition, it explores the positive and negative effects of different
aspects of this ‘real governance’.

This text will be of key interest to academics, students and researchers
in the fields of development, political science, anthropology and
development studies, African studies, international comparative studies,
implementation studies, and public policy.

1 Introduction: the game of the rules _Tom De Herdt & Jean-Pierre
Olivier de Sardan_

PART I A NEW CONCEPT?

2 Informal regulations of public bureaucracies in Africa and beyond:
practical norms as an exploratory concept _Jean-Pierre Olivier de
Sardan_

3 Traditionalist Africanist culturalism: Analysis of a scientific
ideology and a plea for an empirically grounded concept of culture
_Jean-Pierre Olivier de Sardan_

4 Hybrid orders and practical norms: a Weberian view _Tom De Herdt_

PART II REAL GOVERNANCE IN PRACTICE

5Juggling with the norms. Everyday practice in an emergency service in
Niger _Eric Hahonou_

6 The King is not a kinsman; Multiple accountabilities in the
postcolonial State in Africa _Giorgio Blundo_

7 Ethnography of everyday ethics in a South African Medical Ward
_Frédéric Le Marcis and Julien Grard_

8 Local prison governance with global human rights – the merging of
professional and practical norms in Ugandan prisons _Tomas Max Martin_

9 The evolution of practical norms through bricolage: ‘good’ local water
governance in Zimbabwe _Frances Cleaver_

10 Evident but elusive: practical norms in the gold sector in
South-Kivu, Democratic Republic of Congo _Sara Geenen_

11 Beyond Corruption. The everyday life of a court of the peace in the
Democratic Republic of Congo _Benjamin Rubbers and Emilie Gallez_

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Les violences ordinaires dans l’Afrique contemporaine


Les Violences ordinaires dans l’Afrique contemporaine:

la vie quotidienne, la sphère étatique, le monde humanitaire

 
Leiden Universiteit, 1-5 juillet 2015

Lipsius Bulding, Cleveringaplaats 1, Leiden

Projet “Connecting in Times of Duress”

Master’class, Universiteit Leiden, 1-5 juillet 2015

Thème :
Les violences ordinaires dans l’Afrique contemporaine: la vie quotidienne, la sphère étatique, le monde humanitaire

Nous consacrerons cette Master Class aux violences ordinaires dans l’Afrique d’aujourd’hui. L’étude des violences ordinaires — définies par Alain Marie et Pierre Janin (2003) comme celles qui prennent place dans le quotidien des rapports sociaux et qui sont banalisées par la société — suppose de porter l’attention sur des formes de violences qui seraient « admises » par la société et plus ou moins « tolérées » par  les personnes concernées. Ces violences tireraient leur légitimité du fait qu’elles se rattacheraient à des « traditions » ou à des formes de régulation sociale « anciennes ». Le principe totalitaire qui gouverne beaucoup de sociétés africaines, se décline en violences permanentes faites à l’individu. Les contextes contemporains en Afrique donnent à percevoir dans la longue durée une violence ordinairement silencieuse des relations sociales, parfois les plus ordinaires, entre citoyens ordinaires dans la vie quotidienne, entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés, entre ceux qui aident et ceux qui sont aidés. Nous allons ainsi les aborder en trois principaux points :
1.     Les violences au quotidien : violences dans diverses relations sociales au quotidien

2.     Les violences dans le domaine étatique, entre gouvernants et gouvernés : coercitions étatiques, contestations politiques, oppositions informelles

3.     Les violences dans le champ de l’humanitaire : violences des normes, réactions violentes des populations

En effet, ces violences ordinaires on peut les retrouver autant dans l’espace domestique que dans les rapports de voisinage, dans les rapports professionnels que dans les rapports d’affinité, etc. Dans l’espace domestique et familiale, en milieu urbain ou en milieu rural, elle se manifeste souvent dans les relations entre les aînés et les cadets, entre les hommes et les femmes. En dehors de l’espace domestique, elles prennent souvent la forme d’affrontements ordinaires, de violences ordinaires des gens ordinaires : entre agriculteurs et pasteurs, élèves et enseignants, parents d’élèves et enseignants, etc. Une telle violence peut avoir son enracinement dans la longue durée historique. Elle peut produire des antagonismes et se banaliser au point que certaines de ses manifestations soient perçues par beaucoup, comme relevant du fonctionnement ordinaire de la société.
En ce qui concerne la sphère étatique et les relations entre gouvernants et gouvernés, on observe que la violence tend à devenir réciproque et à s’extérioriser, lorsque les individus réagissent par la violence à la violence réelle ou supposée de l’Etat. Cette forme d’autoritarisme étatique qui régule les relations entre l’Etat et les citoyens dans les sociétés africaines et l’exercice d’une violence coercitive – qui ne requiert pas l’adhésion explicite des dominés, mais au besoin les contraint par l’usage de la force brute– peuvent permettre de comprendre que les sociétés africaines soient des sociétés violentes, animées souvent par des rapports de force sous-jacents aux hiérarchies instituées. Ces hiérarchies dans les sociétés de type communautaire utilisent autant la force brute que les pouvoirs occultes fidèlement traduits par l’idiome de la sorcellerie. On observe ces dernières années que l’autoritarisme étatique soulève de plus en plus des mouvement d’oppositions et de contestations violents, comme cela a été le cas récememnt au Tchad, au Burkina Faso, ou encore actuellement au Burundi. Cependant les oppositions collectives en Afrique relèvent parfois de processus non explicitement politiques, et prennent des formes d’opposition et de contestation politique et sociale peu manifestes, plus insidieuses, informelles mais visibles. Oubliés des pouvoirs publics, nombre de citoyens s’opposent de multiples manières en pratiquant la subversion des normes, en opposant la récurrence de leurs actes aux représentations de l’ordre public qu’ils refusent de reconnaître.
Quant au champ de l’humanitaire, il devient l’un des lieux où s’articulent de plus en plus en Afrique la violence spectaculaire (celle des guerres, rébellions, conflits ethniques ou politiques, avec leurs conséquences multiples) et les violences ordinaires (celles qui prennent place dans le quotidien des relations sociales). Plusieurs événements ces dernières années ont jeté une lumière crue sur les conceptions négatives que les populations locales, bénéficiaires de l’aide, se faisaient du personnel humanitaire et des interventions humanitaires en général. Le personnel humanitaire se fait de plus en plus agressé dans les camps des réfugiés ou des personnes déplacées ou encore dans les zones de conflit, et cela pour diverses raisons ; il y a le fait que les populations locales ressentent comme violentes les normes qui sous-tendent l’intervention humanitaire et auxquelles elles doivent se conformer pour en bénéficier ; il y a également le fait que se développent de plus en plus des représentations sociales selon lesquelles les organisations humanitaires entretiendraient l’insécurité afin de se reproduire par le renouvellement de leurs financements. Dans ce domaine, il serait intéressant de passer de l’analyse que l’on fait en général de la vulnérabilité des personnes déplacées et prises en charge par des organisations humanitaires, à l’analyse de la propre vulnérabilité du personnel humanitaire sur le terrain. Il y a donc lieu d’étudier ici les cycles d’échanges de violences entre les deux catégories de protagonistes que l’intervention humanitaire met face à face, tout comme on peut étudier ces cycles d’échanges de violences dans entre gouvernants et gouvernés, et dans le cadre de la vie quotidienne.


 

Vient de paraitre: La deuxième vie des objets

Vient de paraître: La deuxième vie des objets

Sous la direction d’Elizabeth Anstett et Nathalie Ortar

La deuxième vie des objets, recyclage et récupération dans les sociétés contemporaines,  Paris, Éditions Pétra, avril 2015

208 p.

22 €

cover DVOLes crises économiques qui touchent les sociétés de consommation, les conséquences de la surexploitation des ressources naturelles, tout autant que l’émergence d’un impératif de développement durable ont partout favorisé l’apparition de pratiques de récupération et de réutilisation d’objets ou de matériaux usagés. Malgré leur grand nombre et leur diversité, ces pratiques restent pourtant encore peu documentées et peu questionnées par les sciences sociales.
Or les logiques qui président au tri, à la collecte et au réemploi de rebuts ou de matériaux déqualifiés, mettent en lumière la modification de rapports économiques ou sociaux tout autant que des changements de systèmes de valeurs. Elles amènent à se demander comment, où et quand passe-t-on du déchet à l’objet ré-appropriable? Et selon quelles modalités notamment culturelles, sociales et sexuées s’effectue ces transformations ?
Prenant appui sur des situations de recyclage observées en France, en Europe et ailleurs dans le monde, cet ouvrage qui associe anthropologues, sociologues et géographes, propose de s’attacher à la « deuxième vie » des objets en montrant que ces pratiques de récupération et de réemploi sont révélatrices des transformations les plus récentes de nos sociétés.

Avec les contributions d’Élisabeth Anstett, Jérémie Cavé, Aurélie Dehling, Anne Gagnebien et Akila Nedjar-Guerre, Valérie Guillard, Cecilia Montero Mórtola, Nathalie Ortar, Stavroula Pipyrou et Manuel Valentin.

Le livre est en vente sur le site de l’éditeur ici

Visitez le carnet de recherche La deuxième vie des Objets

La fabrique des espaces publics dans les villes « non-occidentales »

La fabrique des espaces publics dans les villes « non-occidentales »

Aperau_RENNES-2015_Affiche2Le collectif de recherche pour un urbanisme ouvert sur les mondes (CORUM) organise une conférence / table ronde sur le thème: La fabrique des espaces publics dans les villes « non-occidentales ». Elle réunira  de jeunes chercheurs et praticiens  travaillant sur les villes « non-occidentales ». La conférence / table ronde se déroulera dans le cadre des XVIIe rencontres internationales en urbanisme – APERAU, qui se tiendront à Rennes du 1er au 5 juin 2015 sur le thème “La fabrique de la ville”.

  • Comment les espaces publics participent-ils à la structuration ou à la restructuration des territoires urbains au sein des villes « non-occidentales » ?
  • Quels sont les mécanismes de production passés, présents et à venir des espaces publics dans les villes « non-occidentales » ?
  • Quelles sont les nouvelles formes d’espaces publics aujourd’hui, et qui en sont les acteurs ?
  • De quelle manière ces espaces publics participent-ils à la production de nouveaux territoires urbains, et comment procèdent-ils de nouvelles manières de construire la cité ?
  • Enfin, quelles sont les expériences singulières qui peuvent alimenter le débat autour de la fabrique des espaces publics au sein des villes « non-occidentales » ?

La notion « d’espace public », accordée au singulier ou au pluriel, occupe une place toujours plus importante au sein des débats et approches scientifiques sur la ville. Aujourd’hui, « l’espace public » ne renvoie pas seulement à un espace d’expression, de débat et de confrontation politiques ; il désigne, tantôt plus largement, tantôt plus précisément, un ensemble d’espaces et de lieux « accessibles » aux habitants de la cité. Cependant, ces derniers ne sont donc pas toujours définis par la loi comme étant « publics » : en effet, des espaces privés, tels que des centres commerciaux, peuvent avoir un caractère public[1]. De même, la notion « d’espace public » est aujourd’hui mobilisée dans des contextes de régimes politiques et de propriété très variés. Ce fait illustre que la participation des populations aux affaires politiques en général dépasse, pour bon nombre de chercheurs, les cadres légaux particuliers.

Cependant, dans l’imaginaire collectif, les espaces publics urbains restent le plus souvent représentés par des rues, places, parcs ou jardins. Il s’agit, dans la majorité des cas, d’espaces ouverts situés dans les interstices de villes avant tout constituées d’espaces ayant pour vocation à être utilisés de manière privée. Ces interstices assurent des liens et connexions entre différents espaces bâtis ; c’est notamment d’eux que dépend la qualité de l’environnement urbain. En effet, comme le dit Serge Salat, « la qualité de la vie urbaine […] dépend de la structure de ces espaces, de leur caractère ordonné et signifiant, ou bien chaotique, amorphe et vide de sens »[2]. Au sein de villes de plus en plus fragmentées et étalées, les espaces ouverts prennent alors une importance considérable dans les approches contemporaines de la ville. Ces espaces apparaissent, comme le formule Bernardo Secchi, « comme des matériaux urbains fondamentaux »[3] qui pourraient assumer le rôle d’intermédiaire entre les différents fragments de la ville.

La question des « espaces publics » semble d’autant plus importante au regard des transformations contemporaines des villes à l’échelle globale. Le paradigme du progrès dans les pays dits du « Nord » et le paradigme du développement dans les pays dits du « Sud » ont contribué à fragmenter l’ensemble des territoires urbains. L’espace dit « public » est, en effet, bien souvent réduit à l’espace résiduel entre le bâti et les infrastructures[4]. Par ailleurs, la reconfiguration, voire la disparition ou le recul, des espaces pédestres produisent des articulations spatiales de plus en plus complexes et non « homogènes », faisant éclater autant les distances et les échelles que les « rythmes » de la ville[5]. La notion « d’espace public » est d’autant plus cruciale qu’elle permet justement de dépasser la notion de fragmentation, qui peine parfois à expliquer comment les pratiques, les discours et les représentations des citadins s’émancipent des frontières morphologiques et sociales de la ville.

Il semble alors important de mieux considérer les actions spatialisées des différents acteurs du territoire, porteurs de discours et de logiques de productions urbaines qui leur sont propres. La question des espaces publics est ainsi assez large pour être traversée par un ensemble très varié de sujets partagés par la plupart des urbanistes et aménageurs, tout comme par bon nombre de chercheurs évoluant dans le champ des études urbaines, ou des sciences sociales en général. Les espaces publics sont ainsi tributaires de l’évolution des modes et des logiques d’occupation de l’espace, des dynamiques foncières, du développement d’infrastructures de transport, des politiques et de la production de logements, de la planification urbaine, ou encore de la réorganisation du rapport entre espaces centraux et périphériques. Ces éléments structurants dépendent par ailleurs de stratégies d’acteurs (tant les urbains, que les urbanisant ou les « urbanisés ») qui s’inscrivent au sein de logiques de productions urbaines à la fois globalisées et localisées.

Les « espaces publics » renvoient alors directement aux actions des « acteurs publics », particulièrement lorsque ces derniers sont faiblement actifs dans l’encadrement de la production urbaine, ou lorsque leurs actions sont sectorielles et non concertées. Cette situation est bien souvent considérée comme étant partagée par bon nombre de villes dites du « Sud ». Cependant, la question des espaces publics se pose tout aussi bien, mais certes en d’autres termes, dans des contextes où les acteurs publics sont particulièrement interventionnistes. Dans un cas comme dans l’autre, la (néo)libéralisation économique que beaucoup de pays ont connu ces trente dernières années a renforcé le rôle des acteurs privés dans la création, la destruction ou la mutation des espaces publics urbains, en même temps que la privatisation de la production urbaine contribue à augmenter la fragmentation des villes à travers des réalisations de plus en plus isolées des tissus existants.

Dans ces contextes urbains contemporains, la construction du vide comme objet urbain semble être une préoccupation importante. Elle permettrait certainement de retrouver des connexions et des liens non seulement entre les différentes parties des territoires urbains, mais aussi entre les acteurs de ces territoires. L’espace public peut constituer en ce sens le support ou le socle d’une nouvelle structuration de ces espaces. Il peut être au cœur de l’intégration des infrastructures de transport, notamment du transport en commun ; il peut être au cœur de la fabrication de nouveaux rapports villes/campagnes en redéfinissant la place des grands espaces ouverts, des espaces agricoles et de leur enchevêtrement avec l’espace bâti ; il peut être au cœur de la pacification de la ville et de l’apaisement des conflits sociaux ou, à l’inverse, de la contestation politique pour un plus grand « droit à la ville » ; enfin, il peut être au cœur de la construction d’un espace public au sens d’espace de débat politique.

 

La fabrique de l’action publique

 La fabrique de l’action publique dans les pays « sous régime d’aide ». 

Acteurs, processus, négociations 

Colloque international 2015 de l’APAD, 17-20 novembre 2015 Cotonou (Bénin)

Appel à communications 

L’action publique peut se définir comme la façon dont des acteurs, étatiques, privés, associatifs, à différentes échelles, agissent sur des problèmes définis comme problèmes publics ou collectifs et contribuent ainsi à réguler les rapports sociaux. Le Colloque 2015 de l’APAD vise à interroger les modalités actuelles de production et de mise en oeuvre de l’action publique, dans les pays sous régime d’aide, à partir d’analyses empiriques approfondies, portant sur différents secteurs d’action publique. 

Les « nouvelles modalités de l’aide », une évolution des stratégies et des pratiques de développement ? 

Du fait de leur histoire coloniale et post-coloniale, de crises politiques ou humanitaires, de la chute du mur de Berlin, un nombre croissant de pays peuvent être qualifiés de « sous régime d’aide » au sens où l’aide internationale y a pris une place prépondérante dans les budgets nationaux, dans la circulation des idées, dans le fonctionnement des institutions. Depuis trente ans, cette prégnance de l’aide va de pair avec des politiques de désengagement de l’Etat, de libéralisation et de privatisation, avec une multiplication d’ONG et de fondations. Ces réformes ont abouti à une prolifération d’acteurs impliqués dans la définition et la mise en oeuvre des politiques publiques, suscitant des questions sur leur efficacité et leur impact sur l’Etat : contournement et affaiblissement de l’administration, forte dépendance aux modèles importés, hétérogénéité des stratégies mises en place par les différentes institutions d’aide, manques de coordination à l’échelle sectorielle ou locale, hétérogénéités spatiales et temporelles liés au financement par projet, etc. Soumis à des processus récurrents de réforme, ayant des difficultés à institutionnaliser leur action, les Etats sont en permanence « en chantier ».

Alors que les décennies 1980 et 1990 avaient vu une mise en cause de l’Etat et des stratégies de contournement par les institutions internationales, l’Etat est remis en avant dans les années 2000. Signée en 2005, la Déclaration de Paris promeut « l’ownership » des politiques sectorielles par les Etats, l’alignement de l’aide derrière les politiques nationales, la coordination des bailleurs de fonds. Mais ce retour de balancier intervient alors que les administrations sont affaiblies, que les stratégies d’extraversion et d’instrumentalisation de l’aide n’ont jamais été aussi fortes. La notion d’ownership est ambigüe.

Une action publique multi-acteurs et extravertie 

Dans les pays industrialisés, le tournant néo-libéral a aussi induit une multiplication d’acteurs intervenant dans les politiques publiques. Les politiques de décentralisation, d’une part, les processus de construction supranationale, d’autre part, multiplient les échelles de gouvernance. L’Etat n’est plus le seul acteur prenant en charge les problèmes publics ou collectifs. La notion d’action publique vise à marquer ce changement et met en avant une analyse multi-acteurs et multi-niveaux. Mais les modalités et les effets de cette pluralité d’acteurs sont controversés : là où certains voient une plus grande pertinence et efficacité, du fait de politiques négociées et d’une meilleure prise en compte des réalités, d’autres pointent le risque « d’ingouvernabilité croissante des sociétés ».

Après plusieurs décennies d’ingérence du système d’aide, la capacité de l’Etat à définir ses propres politiques et à les négocier avec les bailleurs de fonds est en débat. La cohérence des politiques des bailleurs de fonds, leur capacité à mettre en oeuvre leurs propres conditionnalités, sont discutées. Les Etats ont des capacités de résistance, de subversion, de détournements des politiques imposées. Des pays, voisins par leur histoire et leur dépendance à l’aide, ne font pas les mêmes choix en termes de politiques dans des domaines considérés comme prioritaires, tels que l’eau, l’éducation, la santé ou le foncier. Issus d’initiatives diverses, des dispositifs institutionnels innovants ont été conçus par les acteurs locaux (associations, collectivités locales, initiatives privées….), en cohérence ou en opposition avec les politiques nationales. Des questions de sociétés nouvelles sont portées par des acteurs, qui les prennent en charge en dehors de toute intervention étatique ou développementiste, ou cherchent à les faire émerger dans l’espace public. Il convient alors d’interroger empiriquement les rapports concrets entre les différents acteurs de l’action publique, en analysant les processus par lesquels l’action publique est produite, négociée, mise en oeuvre, contestée, adaptée, détournée.

Une perspective empirique sur les processus de formulation et de mise en oeuvre de l’action publique et leurs enjeux en termes de « politics » et de « polity » 

L’action publique peut être définie comme la construction et la qualification des problèmes collectifs par une société, ainsi que comme l’élaboration de réponses, de contenus et de processus pour les traiter et ainsi réguler les rapports sociaux. Très large, cette définition pose la question de la façon de définir les problèmes, celle des instances prenant en charge le problème et de leurs rapports, celle de la mise en oeuvre concrète des réponses. Elle permet de rendre compte de l’hétérogénéité des « services » collectifs, qui peuvent être produits par des acteurs variés (pouvoirs locaux, administration, Ong internationales, organisations locales, etc.) dans des rapports eux-mêmes divers de concurrence, de substitution ou de complémentarité.

Les politiques sectorielles (policies), sont toujours, à des degrés variables, marquées par des enjeux de pouvoir entre acteurs et groupes professionnels et entre populations et acteurs externes, liées aux stratégies des élites au pouvoir (politics). Elles posent à des degrés variables, des questions de conception des rapports entre Etat et citoyens, de rapport au marché, de place des normes locales, bref des questions de choix de société, de « polity ».

La sociologie politique et les sciences politiques proposent une analyse constructiviste de l’action publique, comprise comme une action d’acteurs variés sur des sujets d’intérêt public. Ces approches permettent de penser des modes complexes d’action publique, mettant en jeu des échelles de gouvernance emboîtées et des processus pluri-acteurs. L’action publique se révèle comme des processus complexes et ambigus, croisant logiques d’intérêts, combats d’idées et dépendances institutionnelles. Ces perspectives complètent et répondent aux riches acquis de la socio-anthropologie du développement.

Pistes pour les communications 

Le Colloque 2015 de l’APAD vise à interroger les modalités actuelles de production et de mise en oeuvre de l’action publique, dans les pays sous régime d’aide, à partir d’analyses empiriques approfondies, portant sur différents secteurs d’action publique. Issues de perspectives de socio-anthropologie du développement, de sociologie politique, d’économie institutionnelle, de science politique, etc., les communications pourront porter sur différents thèmes, qui explorent la problématique de l’action publique, sur des secteurs différents (santé, éducation, foncier, eau, etc.).

Les politiques publiques dans les processus de construction des Etats 

La sociologie de l’Etat a longtemps mis l’accent sur les luttes de pouvoir pour la conquête et le contrôle de l’Etat, et la question de la domination sur un territoire et des populations. Les travaux récents de socio-anthropologie des services publics ou collectifs mettent en avant une autre dimension structurelle de l’Etat : la production de services aux citoyens. Elle montre aussi l’ampleur des réformes successives et leurs impacts sur les administrations, sur la capacité de l’Etat à assurer cette fonction. Si les Etats sont « en chantier », une lecture historique de l’émergence des différents secteurs d’action publique révèle des processus progressifs de différenciation et de sédimentation de l’intervention de l’Etat, de construction de dispositifs institutionnels, d’accroissement de la présence sur le territoire. Les communications sur ce thème pourront porter sur une histoire politique et institutionnelle des secteurs d’action publique, prenant en compte la pluralité des normes dans le secteur, et les enjeux de policy et de politics sous-jacentes aux choix de policy et de dispositif institutionnel. Elles pourront questionner les liens entre politiques sectorielles et logiques d’intérêts des élites politiques et économiques, et la façon dont les politiques sectorielles contribuent ou non à renforcer l’ancrage local de l’Etat, sa capacité à peser sur les rapports sociaux et les dynamiques sociales, économiques et politiques locales.

La formulation et la publicisation des problèmes 

Qui décide qu’une question relève d’un problème public/collectif justifiant d’une politique ou d’un traitement ? Comment les problèmes sont-ils formulés ? Par quels types d’acteurs ? Sous quelles formes ? Comment un cadrage s’impose-t-il au milieu d’une série d’autres cadrages possibles, portés par d’autres réseaux d’acteurs ? Quels sont les acteurs influents, au sein de l’Etat ou en dehors ? Quel est le poids réel des bailleurs de fonds et des Ong internationales ? Quel est le rôle des mobilisations ou des groupes de pression, des médias qui sont, dans les pays industrialisés, des éléments déterminants de la publicisation des problèmes et de leur mise sur agenda ? La multiplication des processus « participatifs » associant « la société civile » recouvre-t-elle seulement des stratégies de légitimation d’options pré-établies ou correspond-elle parfois (et dans quels contextes) à des processus plus délibératifs de coproduction des cadrages et des propositions ?

La circulation des référentiels et l’articulation entre les échelles 

La problématique des « policy transfers » et des « modèles voyageurs » est au coeur de l’analyse des politiques publiques. Elle est prégnante au Sud du fait du poids des institutions internationales et des think tanks internationaux dans la production des concepts et des stratégies, et du rôle des bailleurs dans le financement des politiques publiques. Bien qu’un certain nombre de principes et outils soient diffusés à l’échelle globale dans le cadre du référentiel néo-libéral à travers les partenariats publics/privés, la privatisation et la décentralisation administrative, ces modèles sont réinterprétés et adaptés aux contextes locaux. Ces processus passent par des médiateurs, dans des positions institutionnelles spécifiques.

Comment, dans un secteur donné, ont été définis les cadrages des politiques ? A partir de quelles(s) controverse(s), de quelles conceptions en compétition, portées par quels acteurs ? Quelles ont été la place des référentiels internationaux ? Par quelles médiations, quelles reformulations, ont-ils été importés dans l’espace nationale ? Les expériences et références locales ont-elles été intégrées à la réflexion ? Lesquelles ? Dans quelle mesure ? Et par quelles médiations ?

La mise en oeuvre de l’action publique : quels instruments ? Quels dispositifs ? Quelle effectivité ? 

La mise en oeuvre d’une réforme de politique suppose un ensemble d’instruments, pour mettre en place des innovations organisationnelles et institutionnelles, et/ou modifier les pratiques des institutions existantes. La mise en oeuvre est souvent un maillon faible des politiques, qui ont peu de prise sur les pratiques et ont une faible effectivité, que celle-ci découle d’une méconnaissance de la réalité des pratiques à modifier, d’une croyance que le changement de loi suffit à changer la réalité, de l’incapacité à s’affronter aux sources des dysfonctionnements identifiés, ou des capacités de neutralisation des dispositifs de « enforcement » (suivis, évaluations, etc.) par les acteurs qui ont intérêt au statu quo.

Partant du constat que tout dispositif est issu d’un processus de négociation pluri-acteurs (Etat, bailleur, institutions locales, opérateur), et que cette négociation se poursuit lors de la mise en oeuvre, du fait des réactions des populations et des institutions locales, il s’agira d’analyser ces processus et les réinterprétations et dérives qu’ils induisent. Un focus pourra être mis sur le recours accru à la contractualisation et à la sous-traitance, et ses conséquences. Prenant la question de l’effectivité des politiques comme un problème, il pourra s’agir aussi d’analyser les stratégies de mise en oeuvre et leur confrontation aux situations locales, et d’interroger les processus de réinterprétation/adoption sélective/rejet des innovations.

Services, dispositifs institutionnels et modes de coordination entre acteurs 

L’anthropologie du développement mais aussi les sciences politiques, ont depuis quelques années élargi leur champ à la question de l’Etat au quotidien, à travers l’analyse des modes de fourniture des biens et services publics comme porte d’entrée pour une analyse empirique de la gouvernance. Avec plus ou moins de succès, les réformes successives ont cherché à modifier le cadre institutionnel dans lequel s’inscrit la fourniture des services pour changer les pratiques : partenariats public-privé, transferts de compétences aux communes, passage d’une gestion « communautaire » à des Associations d’usagers, mise en place d’institutions hybrides entre pouvoirs locaux et administration pour la régulation foncière, etc. L’économie institutionnelle propose des grilles pour analyser les dispositifs institutionnels dans leur environnement, les rapports entre acteurs, les normes formelles et informelles qui les régissent.

Partant du constat de la diversité des offres de service, proposées par des dispositifs institutionnels de nature très différente (Etat, communes, projets de développement, ONG, associations, etc.), les communications pourront porter sur des dispositifs mis en oeuvre par l’Etat, les collectivités territoriales, les ONG. Il s’agira d’analyser l’ancrage local des dispositifs et les processus d’hybridation et d’adaptation des modèles qui l’ont rendu possible ou l’ont empêché, d’expliciter les rapports concrets d’ignorance, de concurrence, de coordination, etc. qui se nouent entre acteurs producteurs de service.

Les communications s’attacheront ici à analyser les modes concrets de production et de régulation des services, autour des rapports entre les différents acteurs intervenants dans la production du service.

 

Informations pratiques 

Le Colloque est co-organisé par l’APAD (Association euro-africaine pour l’anthropologie du changement social et du développement), le LASDEL (Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local, Niger et Bénin), le LADYD (Laboratoire d’analyse des dynamiques de développement, Faculté d’agronomie de l’Université d’Abomey Calavi, Bénin), en partenariat avec l’Université d’Abomey Calavi et avec l’appui du projet ANR APPI « Une action publique éclatée ? Production et institutionnalisation de l’action publique ».

Le Colloque se déroulera du 17 au 20 novembre 2015. Il sera ouvert par une conférence inaugurale qui se déroulera sur le Campus de l’Université. Les travaux se dérouleront à Cotonou. Les langues de travail de la conférence sont le français et l’anglais. Il n’y aura de traduction simultanée que pour les séances plénières. Un panel principalement en anglais sera organisé à chaque session.

Les résumés, d’une longueur maximale de 500 mots, doivent être envoyés avant le 30 avril 2015 à l’adresse suivante : colloque@apad-association.org. Les auteurs dont les résumés auront été retenus seront informés avant le 20 mai 2015.

Les textes complets des communications (7000 mots ou 40 000 signes espace compris, maximum) sont à envoyer avant le 10 septembre 2015, pour permettre d’organiser les séances.

Les frais d’inscription au colloque sont de 39 € ou 25 000 FCFA. Etudiants africains : 10 000 FCFA. Réduction pour les inscriptions payées avant le 30 septembre 2015 : 30 € ou 20 000 FCFA. Les participants doivent être membres de l’APAD et sont donc invités à adhérer en même temps, ce qui leur permettra de recevoir les numéros 2016 de la revue Anthropologie & développement, qui contiendront les actes du colloque. Informations pratiques prochainement sur le site de l’APAD : www.apad-association.org.

Un certain nombre de prises en charge sera possible. Les participants sont invités à rechercher par eux-mêmes les moyens nécessaires pour couvrir le coût de leur participation à la Conférence. Les communicants dont les résumés auront été acceptés et qui n’auraient pas de possibilité de prise en charge pourront faire une demande, sous réserve que leur texte ait été envoyé dans les délais.

L’APAD fournira une attestation aux participants dont les contributions auront été acceptées.

*****

Contact et informations 

Par mail : colloque@apad-association.org 

APAD c/o SUPAGRO c/o IRC-SUPAGRO, 1101 Av Agropolis, BP 5098, 34093 Montpellier cedex 5, France

E-mail : apad@antro.uu.se

http://www.association-apad.org/

LADYD Faculté des sciences agronomiques Université d’Abomey Calavi 01 BP 526 Cotonou, Bénin

Journées d’étude en hommage à Bruno Martinelli

Journées d’étude en hommage à Bruno Martinelli

De la transmission des savoir-faire au traitement des affaires: Le forgeron, le juge et l’ethnologue.

Les 21 et 22 mai 2015 à la MMSH d’Aix-en-Provence

20150114_114949 (2)Bruno Martinelli, professeur d’anthropologie à l’université d’Aix-Marseille et chercheur à l’IMAf, nous a quittés le 12 octobre 2014, la maladie mettant subitement un terme à la présence et à l’œuvre de notre collègue. Bruno Martinelli était un chercheur entrepreneur qui connaissait remarquablement chacun des terrains qu’il a investis et les chantiers de formation qu’il a ouverts (Togo, Burkina Faso, Mali, et plus tard, Centrafrique et Tchad). Refusant de s’enfermer dans l’alternative entre la monographie ethnologique et une anthropologie comparative de survol, il s’efforçait de pratiquer un comparatisme de proximité qui allie le sens aigu de la singularité des sociétés locales et la recherche de ce qui fait la typicité des techniques, des rapports sociaux et des manières de faire. Son entreprise d’investissement de l’étude de la circulation des techniques de la métallurgie du fer en Afrique s’ouvre sur une approche cognitive des voies de la mémorisation visuelle des « yeux curieux » de l’apprenti, des procédés du travail artisanal, d’une mémoire incorporée et de la transmission des savoir-faire, et introduit logiquement à une politique du patrimoine immatériel. L’ethnographie rigoureuse et classique, au meilleur sens du terme, que pratiquait Bruno Martinelli alliait fortement l’épreuve du terrain, la maîtrise des langues vernaculaires, clé incontournable de la compréhension des autres, mais aussi le savoir pratique et technique des matériaux et des outils de l’agriculture aussi bien que les techniques de coiffure (des chaînes opératoires) ou la compréhension des règles de l’amitié et du pardon. C’est aussi en termes de procédures judiciaires, d’enchaînement d’actes ou de système de places qu’il aborda les enjeux des procès de sorcellerie.

Ces journées seront consacrées à l’évocation de l’oeuvre transversale de Bruno Martinelli, autour de collègues, enseignants, jeunes chercheurs invités à venir présenter les aspects de leurs travaux réalisés en collaboration avec Bruno, soit qu’il les a inspirés, soit qu’il les a accompagnés.

 

Programme

Jeudi 21 mai
9h00-12h30
Salle G. Duby

9h : Introduction : Sandra Fancello

9h30-10h30 : Ouverture
Henri Médard (IMAf), Christian Bromberger (Département d’anthropologie), Jacky Bouju (IMAf), Jean-Bruno Ngouflo (Département d’anthropologie de l’Université de Bangui), Séli Djimet (Département d’anthropologie de l’Université de N’Djamena).

10h30-12h30 : Communications
(Modération : Sarah Andrieu)
Caroline Robion-Brunner (Univ. Toulouse), Sous le regard de l’anthropologue : apport de Bruno Martinelli aux archéo-métallurgistes ouest-africains.
Pascale Maîzi (Univ. Montpellier), Théories des apprentissages et de la reconnaissance au cœur de la Technologie Culturelle défendue par Bruno Martinelli.
Tatiana Fougal (MNHN, Paris), Bruno Martinelli ethno-technologue : entre l’Université d’Aix-Marseille et le Musée de l’Homme.

Repas à la MMSH

Jeudi 21 mai
14h30-17h30
Salle G. Duby

(Modération : Henri Médard)
Fabio Viti (Università di Modena e Reggio Emilia), Sous le regard de l’ethnologue : les rapports sociaux d’apprentissage (Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo).
Sarah Andrieu (Univ. Nice) et Anaïs Leblon (Univ. Paris 8), Ethnographier et valoriser les espaces du patrimoine en Afrique.
Pause 10 minutes
Gaetano Ciarcia (Univ. Montpellier), « En attendant l’Unesco », dans la forêt sacrée de Savi (Sud-Bénin)
André Mary (EHESS, Paris), Institutions du pardon et politiques de la délivrance.

Conclusion

Cocktail

Vendredi 22 mai
9h30-13h
salle Paul-Albert Février

(Modération : André Mary)
Sandra Fancello (CNRS-IMAf), Présentation de l’ouvrage Penser la sorcellerie en Afrique (2015)
Andrea Ceriana Mayneri (IMAf), Retour sur dix ans de recherches sur la sorcellerie en Centrafrique (2005-2015) : engagement professionnel, bilan et perspectives futures.
Gervais Ngovon (Bangui), Les procès de sorcellerie en Centrafrique.

Conclusion des journées

Buffet

Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme 
Institut des Mondes Africains
5 rue du château de l'Horloge 
13094 Aix-en-Provence 

Bus n°8 direction Jas de Bouffan 
arrêt Pablo Picasso.

 

Jeux de pouvoirs dans nos poubelles?

Jeux de pouvoirs dans nos poubelles

logo-EHESS

 

 

 

 

Organisée dans le cadre de l’atelier « Deuxième vie des objets » à l’occasion de la venue en France de la professeure australienne Gay Hawkins, auteur de The Ethics of Waste, cette journée d’étude est consacrée à la compréhension des enjeux moraux liés aux diverses manipulations des restes et des déchets.

Argumentaire

À l’heure, notamment, de l’émergence de pratiques de « consommation collaborative » ou à celle de la réinvention d’une « économie circulaire », le fait même de jeter, de se séparer d’un bien, se laisse parfois assimiler à une faute, là où à l’inverse, certaines pratiques de conservation et de réparation des objets déchus ou abimés, parce qu’elles emblématisent un futur « soutenable » et souhaitable, sont encouragées, applaudies et considérées comme vertueuses.

Dans le prolongement de The Ethics of Waste, de nombreux questionnements ont vu le jour au sein de diverses disciplines – anthropologie, études culturelles, science studies,sociologie, géographie. Ces travaux viennent interroger les jeux de caractérisation morale qui irriguent des gestes aussi banals et routiniers que ceux de la mise au rebut ou du tri des déchets. Ils soulignent notamment la façon dont, en quelques années, certains discours environnementalistes et campagnes publiques ont pu participer à une culpabilisation des jeteurs et, en même temps, ont contribué à renforcer le principe de disqualification des objets délaissés. Notre journée d’étude se propose donc de questionner précisément les systèmes de valeurs sur lesquels sont adossées les pratiques liées aux restes ou aux déchets, à leur récupération ou à leur mise en circulation.

Plus largement, les relations que nous entretenons avec nos restes constituent-elles désormais des vecteurs de distinctions culturelles et sociales ? Comme en écho à l’analyse de Jean Baudrillard qui, à la fin des années soixante, dans son article sur « la morale des objets » faisait de l’accès aux biens éphémères un critère de domination culturelle, faut-il aujourd’hui affirmer que le goût des restes, de la « récup’ » et du « durable » est un luxe réservé à quelques-uns ?

Les propositions d’interventions peuvent ainsi s’articuler autour des questionnements suivants :

  • Dans quelle mesure les usages du déchet sont-ils adossés à des prescriptions ou à des injonctions d’ordre moral ? Lesquelles ? Avec quel vocabulaire sont-elles formulées ?
  • Les acteurs institutionnels du déchet explicitent-ils dans leur discours un agenda de nature morale et non pas seulement économique ou politique ? Lequel ? De quelle façon ? Avec quel objectif ?
  • Dans quelle mesure la dimension morale du tri ou du recyclage, participe-t-elle de l’actualisation d’une autre dimension morale, structurant certains « grands récits » contemporains – du développement durable, à l’économie circulaire, en passant par la consommation collaborative ?

Conditions de soumission

Les propositions de communication de 500 mots maximum, accompagnées d’un bref curriculum vitae mentionnant les coordonnées complètes de l’auteur et son affiliation institutionnelle, sont à adresser à workshopDVO2015@gmail.com

avant le 1er mars 2015.

Comité scientifique

  • Nathalie Ortar (chargée de recherche du MEDDE)
  • Baptiste Monsaingeon (ATER de l’Université Paris 1)
  • Aurélie Dehling (Enseignant-chercheur de la Skemma Business School)
  • Elisabeth Anstett (chargée de recherche au CNRS).

 

Forthcoming-A new book about Witchcraft in Africa

Forthcoming : Thinking Witchcraft in Africa

A paraitre Mars 2015: Penser la sorcellerie en Afrique

Edited by Sandra Fancello (Sous la direction de)  – Forewords by Peter Geschiere

Penserlasorcellerie

Witchcraft has taken new forms in contemporary Africa : children witches, ritual crimes, steals of sex, diabolical possessions, etc. It no longer refers to an organized system of beliefs and practices but rather polymorphic imaginary triggered by insecurity and injustice experienced daily. The facts of violence associated with witchcraft cases show a deep normative deregulation and require located surveys that ask chains of suspicion and accusation.

This book makes the choice of an ethnographic and comparative approach to health or religious diagnoses and judicial qualifications of witchcraft. Researchers are arraigned as judges and doctors by criminalization process, otherwise politicization of witchcraft cases. How in such a context in and be accepted as a researcher in the courts, churches, families, businesses? How to avoid biases entrance from the perspective of the victims? How to work on qualified business media of “blood libel”? Business, rumors, trial call to think by case, interviewing actors’ strategies and positioning of institutions to the witchcraft.
Edited by Sandra Fancello, with contributions from Peter Geschiere, Bruno Martinelli, Julien Bonhomme, André Mary-Maixant Mebiame Zomo, Andrea Ceriana Mayneri, Jean-Bruno Ngouflo, Sandra Fancello Bernard Coyault and Bénédicte Meiers.

Sandra Fancello is an anthropologist, researcher at the CNRS and member of the African Worlds Institute. Coordinator of the research program “State and institutions facing witchcraft in contemporary Africa,” his works examine witchcraft representations and consultations ways in the religious field of healing in Africa.

Penser la sorcellerie en Afrique

La sorcellerie a pris dans l’Afrique contemporaine des formes inédites : enfants sorciers, crimes rituels, vols de sexe, possessions diaboliques. Elle ne renvoie plus à un système organisé de croyances et de pratiques mais plutôt à des imaginaires polymorphes suscités par l’insécurité et l’injustice vécues au quotidien. Les faits de violence associés aux affaires de sorcellerie témoignent d’une profonde dérégulation normative et exigent des enquêtes situées qui interrogent les chaînes du soupçon et de l’accusation. 

Cet ouvrage fait le choix d’une approche ethnographique et comparative des diagnostics sanitaires ou religieux et des qualifications judiciaires de la sorcellerie. Les chercheurs sont interpelés comme les juges et les médecins par les processus de pénalisation, sinon de politisation des affaires de sorcellerie. Comment dans un tel contexte entrer et se faire accepter en tant que chercheur dans les tribunaux, les églises, les familles, les entreprises ? Comment éviter les biais liés à une entrée par le point de vue des victimes ? Comment travailler sur des affaires qualifiées par les médias de « crimes rituels » ? Les affaires, les rumeurs, les procès appellent à penser par cas, en interrogeant les stratégies d’acteurs et le positionnement des institutions face à la sorcellerie.

Sous la direction de Sandra Fancello, avec les contributions de Peter Geschiere, Bruno Martinelli, Julien Bonhomme, André Mary, Maixant Mébiame-Zomo, Andrea Ceriana Mayneri, Jean-Bruno Ngouflo, Sandra Fancello, Bernard Coyault et Bénédicte Meiers.

Sandra Fancello est anthropologue, chargée de recherches au CNRS et membre de l’Institut des Mondes Africains. Coordinatrice du programme « L’État et les institutions face à la sorcellerie dans l’Afrique contemporaine », ses travaux interrogent les représentations sorcellaires et les itinéraires de consultations dans le champ religieux de la guérison en Afrique.