Appel à projet 2017

La date limite de dépôt des dossiers par voie électronique est fixée au 4 septembre 2017 à minuit

Le GIS Moyen-Orient et mondes musulmans est en mesure d’accorder 5 000 euros destinés à financer un projet, porté par des équipes partenaires du GIS.

L’objectif de cette aide est de permettre la préparation d’une proposition de plus grande envergure en réponse à un appel d’offre (notamment ANR, ERC).

Porteur du projet : Tout chercheur ou enseignant chercheur statutaire et en activité appartenant à l’une des institutions partenaires du GIS Moyen-Orient et mondes musulmans peut être porteur de projet.

Participants : La participation des doctorants et jeunes chercheurs non-statutaires aux projets est très souhaitée et constituera un atout supplémentaire.

La participation des doctorants et jeunes chercheurs non-statutaires aux projets est très souhaitée et constituera un atout supplémentaire.

Les critères de sélection des projets sont les suivants :

  • une thématique en relation avec les thématiques GIS ;
  • association d’au moins deux équipes partenaires du GIS, sans exclure d’éventuels partenaires extérieurs ;
  • innovation et originalité (les projets déjà financés ne seront pas éligibles pas plus que l’achèvement des projets en cours) ;
  • interdisciplinarité, transversalité et comparatisme;
  • faisabilité et bonne adéquation entre les objectifs et la demande de moyens

Les fonds attribués pourront être utilisés pour des dépenses d’équipement et de fonctionnement (documentation, numérisation, frais de déplacements, prestations de service sur facture…), mais ne pourront pas servir à des dépenses de personnel (rémunérations, vacations, honoraires ni des achats du matériel informatique). Ils ne devront pas servir non plus au seul financement de colloques.

Pour la constitution des dossiers qui sont dématérialisés, un formulaire accompagne le présent appel d’offre. Tout projet soumis devra comporter le visa des directeurs des unités concernées. La date limite de dépôt des dossiers par voie électronique est fixée au lundi 4 septembre 2017 à minuit.

Les dossiers seront envoyés à la direction du GIS (mail dans le formulaire joint) pour évaluation aux membres du conseil scientifique selon leur spécialité, éventuellement à des experts extérieurs (deux évaluations par dossier). La décision finale sera prise par le conseil scientifique du 18 octobre 2017 sur la base des rapports fournis. Le financement du projet retenu sera versé dans le courant du premier trimestre 2018. Le porteur devra rendre compte précisément de l’emploi des fonds mis à sa disposition, grâce à un rapport qui sera joint au rapport d’activité du GIS.

Formulaire à remplir

Analyse des résultats du référendum constitutionnel et décryptage des dynamiques électorales

Le 16 avril dernier, les électeurs turcs se sont prononcés sur le projet de réforme constitutionnelle proposé par le Parti de la Justice et du Développement (Adalet ve Kalkınma Partisi – AKP), au pouvoir depuis 2002. Contrairement à la plupart des précédentes consultations électorales sous l’ère Erdoğan, ce scrutin s’est caractérisé jusqu’au bout par son incertitude quant à son résultat final. La volatilité des estimations délivrées par les différents instituts de sondages locaux ont alimenté ce climat de confusion. À titre d’exemple, rappelons que l’institut Gezici affirmait (dans une enquête d’opinion publiée le 1er-2 avril) que les intentions de vote en faveur du Oui s’élevaient à 53,3 %, tandis que le Non était donné perdant avec 46,7 %1. Une autre étude, publiée le 12 avril par SONAR prévoyait 51,2 % pour le Non et 48,8 % pour le Oui2. D’autres sondages annonçaient, quant à eux, un score extrêmement serré3. En outre, les instituts ANAR et Gezici expliquaient – en février – que 35 % des électeurs de l’AKP refuseraient de voter pour le Oui4. L’issue du scrutin s’avérait donc particulièrement incertaine, avec une victoire sur le fil pour le camp du vainqueur. À l’inverse, rappelons qu’en 2010, un premier référendum sur un amendement constitutionnel proposé par le gouvernement AKP avait été approuvé par une nette majorité d’électeurs (soit 57,9 % des suffrages exprimés). Un tel climat d’incertitude contribue à expliquer la campagne menée par le parti au pouvoir auprès des citoyens turcs émigrés en Europe5. Ce référendum était également l’occasion, pour Recep Tayyip Erdoğan, de mesurer sa popularité auprès de l’électorat de droite dans un contexte de purges massives (contre le mouvement güleniste6 et les sympathisants présumés du PKK au nom de la lutte antiterroriste). A ces purges s’ajoute l’affirmation d’une pratique de plus en plus autoritaire du pouvoir qui s’exprime notamment par la recrudescence des arrestations dans les milieux journalistique, syndical et associatif. Dans ce contexte de réaction agressive à la tentative de coup d’État, il n’était pas inenvisageable d’annoncer une désaffiliation à l’égard de l’AKP des électeurs victimes directement ou indirectement de ces limogeages  massifs, ou plus généralement des électeurs libéraux inquiets de l’orientation prise par le gouvernement. En effet, selon un sondage publié par AKAM en avril 2016, en cas d’élections législatives, les intentions de vote en faveur du Parti d’Action Nationaliste (Milliyetçi Hareket Partisi – MHP) seraient montées à 18,7 % dans l’hypothèse d’un remplacement de Devlet Bahçeli par la frondeuse Meral Akşener7 : eu égard au passé de centre-droit de cette ancienne ministre de l’Intérieur, ce résultat tend à montrer que la frange libérale de l’électorat AKP serait en voie de désaffiliation potentielle à l’égard du tournant autoritaire pris par R. T. Erdoğan : le référendum du 16 avril avait donc doublement valeur de test pour l’AKP.

Ce référendum constituait également un défi pour les partis d’opposition, à commencer par le Parti Démocratique des Peuples (Halkların Demokratik Partisi – HDP) du fait de l’incarcération de plusieurs de ses élus (parmi lesquels ses deux vice-présidents). En outre, après l’échec du putsch de juillet 2016 le HDP avait été marginalisé par les autres partis dans le cadre de l’« esprit de Yenikapı » : Selahattin Demirtaş avait d’ailleurs critiqué la dimension unanimiste et nationaliste de cet événement8. De son côté, Figen Yüksekdağ avait affirmé que la défaite des putschistes ne constituait pas pour autant un retour à la démocratie (voir notre édition du 20 juillet 2016). Dans les provinces du Sud-Est, le HDP subit également la concurrence de l’AKP, qui reste populaire auprès de la fraction conservatrice de la population kurde (voir notre édition du 19 novembre 2015). Le Parti de la Justice et du Développement n’a d’ailleurs pas hésité à faire campagne en mobilisant la mémoire du Cheikh Saïd : ce chef religieux d’origine kurde mena, en 1925, une insurrection régionaliste à forte coloration islamique, centré sur la défense du califat face aux prétentions laïcisantes de la République turque naissante. Ainsi, dans la ville de Diyarbakır, une banderole fut déployée sur laquelle était écrit : « Chaque ‘’Oui’’ est une prière pour le repos de l’âme de Cheikh Saïd et ses compagnons »9.

Traduction : Chaque ‘’Oui’’ est une prière pour le repos de l’âme de Cheikh Saïd et ses compagnons

À l’autre extrémité du champ partisan, le Parti d’Action Nationaliste faisait face à une situation interne plus contrastée. Depuis le revers électoral du MHP lors des législatives de novembre 2015, son leader fait face à une fronde interne (incarnée par Sinan Oğan, Meral Akşener, Koray Aydın et Ümit Özdağ) critiquant sa stratégie et ses orientations10. D. Bahçeli répondit à ces critiques en accusant ses adversaires d’être soutenus par la confrérie Gülen11, et fit part de son soutien aux réformes constitutionnelles proposées par l’AKP12 et aux déclarations de R. T. Erdoğan sur un éventuel rétablissement de la peine de mort13. Malgré cela, plusieurs enquêtes d’opinion réalisées durant la campagne référendaire montrèrent qu’une majorité de l’électorat nationaliste semblait réticente envers ce changement constitutionnel14, rejoignant ainsi les critiques émises par les dissidents du MHP15.

Face à cette division interne au sein de la droite nationaliste, la gauche kémaliste affichait une certaine unité autour de l’opposition à la réforme constitutionnelle proposée par le pouvoir islamo-conservateur. Aussi bien les leaders que l’électorat du Parti Républicain du Peuple (Cumhuriyet Halk Partisi – CHP) affirmèrent leur ancrage dans le camp du Non : en janvier dernier, Gezici estimait à 93 % la proportion d’électeurs du CHP ayant l’intention de voter contre le projet de l’AKP16. Toutefois, la fraction kémaliste de l’opinion publique turque ne pouvait pas à elle seule faire basculer la tendance générale dans le camp du Non : l’opposition de la majorité de l’électorat nationaliste, ainsi que d’une minorité non négligeable des partisans habituels de l’AKP rendaient l’issue du scrutin particulièrement ouverte.

Par conséquent, le contexte politique dans lequel s’inscrivait ce vote nous oblige à analyser le référendum sur la présidentialisation du régime turc à travers la perspective suivante : en quoi les résultats du 16 avril nous renseignent-ils sur les dynamiques partisanes actuellement à l’œuvre en Turquie, ainsi que sur les évolutions électorales en cours dans ce pays ?

I / Les raisons du référendum

1) Modifier la constitution, un objectif  de longue date

Réclamer des modifications constitutionnelles est un élément récurrent des revendications de l’AKP. Il s’agit d’inscrire dans la loi suprême des positions symboliques de l’AKP, afin d’y imprimer une marque durable au niveau de la structure de l’État. L’appareil d’État – traditionnellement un bastion kémaliste – a longtemps  en effet un lieu plus hermétique à l’influence de l’AKP que la sphère gouvernementale et politique. De plus, la dispute entre l’AKP et la confrérie Gülen fin 2013 et les scandales de corruption révélés avait mené le gouvernement à craindre que les cadres de l’État affiliés à Gülen, ne constituent des réseaux hostiles à l’État, notamment au sein de la magistrature, de l’Éducation et de la Police. (Pour une analyse complète de la dispute AKP-Gülen, voir nos traductions de Ruşen Çakır  https://ovipot.hypotheses.org/author/rcakir) Ainsi, les projets de modification de la Constitution sont allés crescendo, à mesure que l’AKP a pérennisé sa domination sur la vie politique turque. La possibilité d’un amendement constitutionnel avait été déjà été évoquée par Recep Tayyip Erdoğan lors des débats sur le port du voile à l’université en 200817.  Rappelons également que la réforme de 2010 avait été présentée comme une adaptation de la Constitution aux critères de l’Union européenne et avait permis – entre autres – de diminuer les prérogatives des militaires dans la vie politique (voir nos éditions des 11 et 14 septembre 2010). Ainsi, l’initiative du référendum de 2017 prolonge cette dynamique et les arguments afférents. Il s’agit pour l’AKP de revenir sur une constitution jugée inadaptée à la Turquie contemporaine18.  La tentative de coup d’État du 15 juillet et le traumatisme qu’il a généré dans l’opinion publique ajoute un nouvel argument : il serait indigne pour la démocratie turque de continuer à fonctionner sur une Constitution elle-même héritée du coup d’État militaire de 198019.  Le putsch du 15 juillet soulignerait ainsi l’urgence d’une modification constitutionnelle. Cependant, il ne s’agit plus en 2017 de proposer des modifications ponctuelles de la loi suprême, mais bien de changer la structure du régime en entérinant sa présidentialisation. Cette transformation s’inscrit pleinement dans la continuité du scrutin présidentiel d’août 2014, à la suite duquel Recep Tayyip Erdoğan fut élu au suffrage universel direct avec 51,7 % des voix (voir notre édition du 10 août 2014).

            2 ) Un scrutin fortement politisé

La dynamique référendaire a pour caractéristique d’évoluer vers un scrutin de sanction ou d’approbation de l’action gouvernementale : le scrutin turc ne fait pas exception.

L’enjeu premier de la modification constitutionnelle est la présidentialisation du régime. Étienne Copeaux revient sur le détail des amendements et de leurs conséquences institutionnelles20. Dans les faits, il s’agit bien d’élargir les pouvoirs de la fonction présidentielle et de réduire ceux du Parlement. La réforme entérinerait ainsi une forme d’exercice du pouvoir déjà à l’œuvre : l’état d’urgence turc, en vigueur depuis le 20 juillet, permet à l’exécutif de passer outre la validation parlementaire, tandis que le président Erdoğan est omniprésent sur la scène politique. De même, l’article qui dispose que le président de la République pourrait rester président de son parti ne constituera qu’une rupture législative avec la situation actuelle en Turquie, la personnalité du président dominant largement celle du Premier ministre et président du parti.

Ainsi, les enjeux autour de ce vote allaient bien plus loin qu’une simple réforme constitutionnelle. Il s’agissait de valider, à travers la personne de R. T. Erdoğan, le projet de société qu’il incarne désormais à presque tous les niveaux. Par exemple, à Şalpazarı (une localité située dans la région de Trabzon), une banderole déployée par la municipalité (MHP) liait le Oui au référendum avec la poursuite des chantiers d’infrastructures et de développement local21.  À l’inverse, le vote Non tend à être assimilé, par les tenants d’une ligne pro-gouvernementale stricte, à un vote anti-national affilié au terrorisme et à la trahison. Nous pouvons à ce titre retenir le sondage publié par le maire d’Ankara Melih Gökçek auprès de ses abonnés Twitter, les options de justification de leur vote pour les partisans du Non étant les suivantes22 :

Traduction : Vous avez réclamé un sondage sur le non, le voici La question « Pourquoi dites-vous non ? » 9% parce que je suis de FETÖ [Fethullahçı Terör Örgütü – Organisation Terroriste Fethullahiste] 8% parce que je suis du PKK 52% parce que je suis du CHP 31% parce que je suis un ennemi de la Turquie 7558 votes – résultat final

Bien que les résultats de ces enquêtes soient invalides car ils échappent à toute rigueur méthodologique, une telle formulation, par un élu nous renseigne sur la polarisation souhaitée de l’électorat. Celle-ci consisterait à désigner les ennemis de l’État au-delà des affiliations partisanes, voire de l’opinion des citoyens à l’égard de la réforme constitutionnelle.

Une interrogation subsiste cependant. Le recours aux urnes – en dehors des échéances prévues – a déjà été sollicité par l’AKP pour relégitimer son action et sa représentativité. Ce fut par exemple le cas des élections locales puis présidentielles de 2014 après les contestations de Gezi en juin 2013.   De même, les élections législatives anticipées de novembre 2015 prirent la forme d’une démonstration de force de l’AKP après que le scrutin de juin 2015 ait donné à voir une baisse de ses scores électoraux habituels, et que plusieurs scandales financiers aient entaché la réputation du gouvernement AKP.

Illustration de la convergence des différents scrutins vers un but unique. Traduction : la volonté du peuple / la force du peuple / objectif 2023 / objectif 2053 / objectif 2071

En outre, depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet, la défense de la démocratie turque est devenue l’élément central du discours gouvernemental et de la mobilisation des milieux favorables au Parti de la Justice et du Développement. Dans ce discours, la résistance populaire au putsch, ajoutée à la majorité électorale détenue par l’AKP, ferait du parti au pouvoir l’expression de la « volonté nationale » (milli irade), un thème régulièrement mobilisé pour défendre l’action ou les projets du gouvernement23.  La rhétorique de l’AKP promeut ainsi l’équation selon laquelle : le gouvernement est majoritaire, donc le gouvernement représente le peuple, ainsi s’opposer aux initiatives du gouvernement revient à s’opposer au peuple. Ce syllogisme a par exemple été opposé à ceux qui critiquaient le débat sur le rétablissement de la peine de mort au lendemain du putsch24.   Aussi le scrutin du 16 avril voit l’AKP mettre en jeu sa précieuse légitimité populaire, c’est-à-dire sa principale ressource politique tant sur le plan domestique qu’à l’échelle internationale. En ce sens, l’incertitude que les sondages donnaient à voir inquiétait déjà les milieux pro-gouvernementaux, qui ne pouvaient se contenter d’une victoire sur le fil du rasoir dès lors que le referendum prenait la forme d’un plébiscite25. La nature « césariste » donnée à ce scrutin constitue d’ailleurs une stratégie récurrente pour le Parti de la Justice et du Développement, qui manifeste une approche plébiscitaire de la démocratie relativement similaire à celle des autres formations populistes26.

3 ) L’organisation du vote

Comme nous l’avons précédemment mentionné, le vote de la diaspora fut particulièrement mobilisé durant le référendum (eu égard aux résultats serrés annoncés par différents instituts de sondages). En effet, l’on estime à 2 972 67627 le nombre de citoyens turcs résidant à l’étranger (dont la moitié d’entre eux en Allemagne28). Ces derniers pouvaient voter entre le 27 mars et le 9 avril 201729, dans l’un des 120 bureaux de vote mis à disposition dans les 57 pays où réside la diaspora turque30, indépendamment de leur lieu de résidence31. Du point de vue de l’AKP, l’enjeu de la mobilisation de l’électorat émigré était d’autant plus fondamental que le vote islamo-conservateur s’avère être fermement enraciné au sein des communautés turques expatriées (notamment en France et en Allemagne).

En Turquie même, le vote avait lieu le 16 avril et se terminait à 16h dans les provinces de l’Est et du Sud-Est anatolien32, et à 17h dans le reste du pays. Plus généralement, 58 291 898 citoyens turcs âgés de 18 ans et plus avaient le droit de voter, à l’exception des conscrits en opération, des étudiants en écoles militaires et des personnes incarcérées pour crimes internationaux (soit 570 000 citoyens non autorisés à voter)33. Le 11 février, le Conseil Supérieur des Élections (Yüksek Seçim Kurulu – YSK) annonça que, sur les 95 partis qu’elle reconnaît officiellement, 10 d’entre eux avaient rempli les conditions requises pour être autorisés à participer à la campagne référendaire34. L’enregistrement des citoyens sur les listes électorales est également réalisé par le YSK, sur la base de données (mises à jour quotidiennement) délivrées par le ministère de l’Intérieur. Les électeurs avaient la possibilité de vérifier les données les concernant entre le 18 et le 26 février. Les listes électorales définitives furent adoptées le 10 mars, et incluaient 467 984 modifications des listes précédentes, parmi lesquelles 442 458 changements d’adresses et 25 526 nouveaux électeurs35.

II / Le climat préréférendaire

1 ) Un contexte économico-social tendu

La tentative de coup d’État, le regain des violences dans le Sud-Est anatolien depuis juillet 2015 (voir notre édition du 20 août 2015) et les diverses crises diplomatiques avec l’Europe ont gravement entamé le miracle économique turc. La livre atteint ainsi un de ses niveaux de change les plus bas depuis une décennie, loin de l’époque où cette monnaie s’échangeait presque à parité avec le dollar américain (v. le graphique ci-dessous).

Taux de change livre turque – dollar américain depuis 2007, sur les années récentes, les différents chocs : Gezi, la dispute avec la Cemaat et les scandales de corruption, Suruç et la tentative de coup d’État sont particulièrement visibles

La croissance turque est elle aussi en panne, desservie par l’instabilité régionale et intérieure à laquelle Ankara fait face ; elle est présentement de 4,1%. Parallèlement à ce ralentissement, un quart des Turcs de moins de 25 ans sont au chômage et la consommation des ménages ralentit.36

Sur le plan social, la principale variable inconnue susceptible d’impacter la dynamique est une conséquence de la réaction du gouvernement à la tentative de coup d’État. Selon le site Turkey Purge qui met en ligne un bilan des radiations, détentions et fermetures ordonnées depuis le 15 juillet 2016 à la faveur de l’état d’urgence, environ 134 000 personnes ont été inquiétées (suspendues ou radiées) dont 93 000 ont été ou sont en détention/garde à vue.37 Ces purges ont un effet qui s’étend aux familles et aux proches des individus visés, formant un contingent de plusieurs centaines de milliers de personnes affectées par les suites du coup d’État. Mise au ban de la société, il est difficile d’imaginer cette nouvelle catégorie de personnes se prononcer en faveur d’un renforcement des pouvoirs de Recep Tayyip Erdoğan. Toutefois, il n’est pas plus aisé d’évaluer leur positionnement politique, d’autant que ce mécontentement ne s’exprime pas publiquement.

La situation sécuritaire affecte également le scrutin, du fait des menaces intérieures et extérieures auxquelles fait face Ankara. Du point de vue gouvernemental, la Turquie est en proie à au moins trois menaces intérieures qui menacent son existence, par ordre décroissant : le FETÖ, le PKK/PYD et le terrorisme islamiste.38 La lutte contre ces organisations – dont les deux premières sont souvent comparées voire assimilées – occupe une place prépondérante dans l’actualité turque et chaque semaine convoie son lot d’opérations judiciaires et militaires. Ce climat donnait à voir une radicalisation de la campagne, dans la mesure où l’accusation de trahison glissait vers les partis traditionnels d’opposition ainsi que vers l’Europe, offrant une dimension nouvelle au « syndrome de Sèvres »39.

Traduction : Les intellos aux mains souillées de sang, les CHP, HDP, FETÖ, PKK, PYD-YPG, DHKP-C, s’y opposent on a l’habitude, mais c’est quoi le problème dans les pays européens ? À quel jeu jouent-ils ?

Ainsi, le 13 mars dernier, D. Bahçeli lançait : « Les intellos aux mains souillées de sang, les CHP, HDP, FETÖ, PKK, PYD-YPG, DHKP-C, s’y opposent on a l’habitude, mais c’est quoi le problème dans les pays européens ? À quel jeu jouent-ils ?  ». Cette criminalisation de l’opposition rejaillissait sur la campagne du référendum. Ainsi, le quotidien pro-gouvernemental à grand tirage Sabah se faisait, le 6 avril, l’écho d’une rumeur selon laquelle le FETÖ distribuerait 50 dollars aux citoyens turcs qui voteraient Non, le journaliste avertissant : « Si dans les heures qui suivront l’ouverture des urnes le ‘Non’ l’emporte, les sections militantes du CHP, du HDP, de FETÖ, du PKK et du DHKP-C se répandront dans les rues pour déclencher une rébellion »40. Ainsi, la menace de la guerre civile et de la déstabilisation est brandie par les franges les plus agressives du camp pro-gouvernemental, entretenant une certaine fébrilité sociale à l’approche du scrutin (voir notre édition du 13 avril 2017).

2 ) La conjoncture partisane avant le début de la campagne : point de situation

D’après le dernier rapport annuel publié par Freedom House, la Turquie serait le deuxième pays à avoir connu le plus grand recul en termes de liberté depuis une décennie (derrière la République Centrafricaine et devant la Gambie)41. Les données du projet Polity IV42 offrent toutefois un regard plus contrasté sur l’évolution de la situation politique turque depuis l’élection du Parti de la Justice et du Développement : Polity IV nous propose un indice de démocratisation structuré autour d’une échelle allant de 0 à 10. Or, au niveau du cas turc, l’on constate que cet indice s’élevait à 8 de 2002 à 2010, et progressa même jusqu’à 9 entre 2011 et 2013, avant de décliner brusquement à 4 de 2014 à 201543. En témoigne l’actuelle situation de la presse turque : le tiers des journalistes emprisonnés dans le monde le sont en Turquie (où plus de 80 membres de cette profession sont actuellement derrière les barreaux).4445

L’année 2016 constituera sans doute une annus horribilis  pour la situation de la démocratie en Turquie. Rappelons que douze députés membres du Parti Démocratique des Peuples furent arrêtés dans la nuit du 3 au 4 novembre46, accusés d’entretenir des liens avec l’organisation séparatiste PKK (Partiya Karkerên Kurdistan – Parti des Travailleurs du Kurdistan). De surcroît, le vice-président du HDP (Selahattin Demirtaş) fut condamné le 21 février dernier à cinq mois d’emprisonnement pour « dénigrement de la nation turque, de l’État et des institutions de la République de Turquie ». Accusé de soutien au terrorisme, l’ex-candidat à l’élection présidentielle pourrait être aussi condamné à une peine de 142 ans de prison47. Le parquet a également requis 83 années d’emprisonnement pour son homologue Figen Yüksekdağ48.

Cette année fut également marquée (comme nous l’avons précédemment évoqué) par l’affirmation de dissensions internes au sein du Parti d’Action Nationaliste, certains cadres réclamant le départ de Devlet Bahçeli de son poste de secrétaire général. La justice, après moult atermoiements, décida de ne pas autoriser la tenue d’un congrès qui devait initialement avoir lieu le 15 mai (à la suite duquel l’actuel leader du MHP aurait sans doute été destitué). L’intervention de la police en vue d’empêcher la tenue de ce congrès fut d’ailleurs interprétée par Meral Akşener comme étant la preuve d’un soutien implicite du pouvoir islamo-conservateur à Devlet Bahçeli49. Par la suite, le congrès qui devait théoriquement avoir lieu le 10 juillet fut également annulé par le Conseil Supérieur des Élections (Yüksek Seçim Kurulu – YSK)50. Le contexte post-coup d’État s’avéra encore moins propice à la contestation interne de l’actuelle direction du MHP, le site d’Ülkücü TV allant jusqu’à diffuser une vidéo où l’on pouvait entendre Meral Akşener dire « Je deviendrai Première ministre », ou encore « Après le 15, les choses vont changer »51 (entretenant l’idée d’une proximité entre l’ex-ministre de l’Intérieur et les putschistes du 15 juillet). Ces images furent d’ailleurs relayées par une partie de la presse tabloïd pro-gouvernementale, comme Yeni Akit52.

Bénéficiant d’une plus grande cohésion interne, le Parti Républicain du Peuple n’en demeure pas moins confronté à un certain problème de leadership. Kemal Kılıçdaroğlu, l’actuel président général du parti kémaliste, est à la tête du CHP depuis 2010 (date à laquelle il succéda à Deniz Baykal, alors pris dans un scandale de mœurs). Or, cet économiste de formation n’a jamais bénéficié d’une forte cote de popularité dans l’opinion : selon le Turkey’s Pulse de Metropoll, le taux d’approbation à l’égard du travail politique de K. Kılıçdaroğlu aurait toujours oscillé entre 20 et 30 % (à l’exception d’un taux de satisfaction de 43,4 % en janvier 2011). L’on constate d’ailleurs qu’en février 2017, une proportion non négligeable d’électeurs kémalistes (24,8 %) n’approuvait pas le travail du leader du CHP. Plus généralement, 66,5 % des Turcs évaluaient négativement le rôle de Kemal Kılıçdaroğlu. En outre, la décision prise par le président général de participer au meeting de Yenikapı fut critiquée au sein même du Parti Républicain du Peuple, notamment par Fikri Sağlar, Ali Şeker et Tanju Özcan, respectivement députés de Mersin, Istanbul et Bolu.

Même si la base électorale actuelle du CHP oscille autour de 25 % et peine à conquérir de nouveaux votes, une vivacité kémaliste perdure à travers certaines figures de la société civile, tel que l’avocat Metin Feyzioğlu, président de l’Union des Barreaux de Turquie (Türkiye Barolar Birliği – TBB). Fils du politicien Turhan Feyzioğlu53, celui-ci avait gagné en notoriété suite à son discours violemment critique envers le bilan de l’AKP, prononcé en présence de Recep Tayyip Erdoğan lors du 146e anniversaire du Conseil d’État54. Or, Metin Feyzioğlu critiqua virulemment (en janvier 2017) le projet constitutionnel défendu par l’AKP, en l’accusant de transformer la présidence de la République en une institution partisane55. Faisant montre d’une verve assez combative, le président de la TBB alla jusqu’à comparer la nouvelle Constitution à un « jeu de marionnettes global »56. R. T. Erdoğan l’accusa, de son côté, de faire campagne auprès du CHP et du HDP, et l’accusa même d’entretenir des liens avec des individus liés à des organisations terroristes57. Le cas Feyzioğlu démontre donc l’existence d’une combattivité kémaliste résiduelle dans certaines institutions, même si celle-ci tient plutôt de la réaction que de la proposition. L’avenir de ces derniers bastions d’opposition au pouvoir islamo-conservateur constitua d’ailleurs l’un des enjeux de la campagne référendaire.

III / Une campagne clivée

1 ) Les stratégies des forces politiques

Comme nous l’avons précédemment évoqué, la campagne électorale du Parti de la Justice et du Développement en faveur du Oui s’est caractérisée par un usage inédit du référentiel religieux. Rappelons que le 5 mars dernier, le ministre de la Santé Recep Akdağ fit campagne pour le Oui dans une mosquée à Trabzon. L’AKP bénéficia d’ailleurs de l’appui de figures religieuses renommées. Le théologien Vehbi Güler accusa les partisans du Non d’être inspirés par Satan58, tandis que son collègue Hayrettin Karaman déclara : « La plupart d’entre eux sont des membres notoires du CHP et du HDP, des ‘’Turcs blancs’’59, des kémalistes, des opposants à l’islam, des admirateurs de l’Occident qui sont aliénés par leurs propres valeurs, ceux qui ne veulent pas que la Turquie soit forte, ceux qui ne veulent pas que le monde islamique soit uni, ceux qui ne veulent pas que la Turquie et l’Orient quittent l’orbite défini par l’Occident.60 » Dans le district stambouliote d’Ümraniye, l’imam local Hüseyin Güleç accusa les partisans du Non d’être des ignorants, et Masum Bayraktar (l’une des autorités spirituelles de la confrérie İsmailağa) décrivit ces électeurs comme étant « étrangers », « infidèles »61. En France, la mobilisation du référentiel religieux peut être illustrée par la décision des autorités turques de se servir de plusieurs infrastructures abritant des lieux de culte pour y organiser le vote. Cette décision a été notamment critiquée par des membres d’associations identitaires alévie et kurde.62

Face au vote Non pressenti de la part de l’électorat nationaliste, la campagne du Parti de la Justice et du Développement fut ponctuée par plusieurs appels aux partisans du MHP. Le 21 février 2017, durant une réunion du groupe parlementaire AKP, le Premier ministre Binali Yıldırım effectua le salut des « Loups Gris » et déclara : « Mes frères nationalistes et idéalistes ont dit ‘’Mon pays d’abord, ma nation d’abord’’ et nous avons pris la route ensemble. Comment oublier cela ?63 » Le climat de tension avec l’Europe fut également mobilisé au sein d’une rhétorique nettement nationaliste. Par exemple, lors d’un meeting organisé à Ardahan le 15 mars dernier, B. Yıldırım expliqua que « La politique européenne est désormais déterminée par la Turquie » et qu’« Ils ne peuvent pas nous  détourner de notre voyage sacré. Le 16 avril, la Turquie rugira ‘’Oui’’ en direction de l’Europe »64. Par ailleurs, le contexte sécuritaire troublé dans lequel est plongé la Turquie depuis la multiplication des attentats influença la rhétorique du mouvement islamo-conservateur : le chef du gouvernement affirma (lors du meeting ayant eu lieu à Ankara, le 25 février dernier) que « Le nouveau système mettra fin au terrorisme, éliminera le terrorisme65 » et accusa le PKK, Daesh et les gülenistes de faire campagne pour le « non »66. Vingt jours auparavant, B. Yıldırım avait également tenu les propos suivants : « Pourquoi disons-nous ‘’oui’’ ? Le PKK dit ‘’non’’, c’est pourquoi nous disons ‘’oui’’. Le FETÖ dit ‘’non’’, c’est pourquoi nous disons ‘’oui’’. Le HDP dit ‘’non’’, c’est pourquoi nous disons ‘’oui’’. Regardez les ‘’nonistes’’ et prenez votre décision en conséquence. En disant ‘’oui’’ face au séparatisme, en disant ‘’oui’’ face au FETÖ, cette nation leur donnera une bonne leçon durant le référendum d’avril.67 » De même, lors d’un meeting ayant eu lieu à Ordu le 13 avril, Recep Tayyip Erdoğan affirma qu’ « Après le 16 avril, la Turquie pourra lutter contre les organisations terroristes et les pouvoirs qui soutiennent ces organisations d’une manière plus déterminée »68.

Durant cette campagne, le Parti de la Justice et du Développement reçut le soutien du Parti de la Libre Cause (Hür Dava PartisiHüda-Par), un mouvement kurde d’obédience islamiste, issu du Hizbullah69. Bien que jugeant les changements constitutionnels proposés par l’AKP « incomplets » et « insuffisants », le leader du Hüda-Par (Zekeriya Yapıcıoğlu) estima que cette réforme constituait un premier pas vers une Constitution civile, et appela donc à voter « oui »70. Il semblerait d’ailleurs qu’une alliance tacite unisse désormais l’AKP et le Hüda-Par contre le HDP. Rappelons qu’aux élections législatives du 1er novembre 2015, le Parti de la Libre Cause ne présenta pas de candidats71 : sans doute s’agissait-il d’une stratégie de soutien implicite à l’AKP, en vue de ne pas diviser le vote kurde conservateur face au Parti Démocratique des Peuples.

Comme nous l’avons précédemment mentionné, la réforme constitutionnelle portée par le Parti de la Justice et du Développement fut également défendue par Devlet Bahçeli. Écartant d’un revers de la main les risques de voir un régime autoritaire s’installer en Turquie, le leader du Parti d’Action Nationaliste alla jusqu’à déclarer qu’une dictature ne pouvait être instaurée « puisque ‘’dictateur’’ n’est pas un mot turc72 ». D. Bahçeli présenta le vote Oui comme une réponse aux gülenistes, au PKK, au PYD, au DHKP-C, ainsi qu’aux « ennemis du monde turc »73. Le 7 février, lors d’une réunion du groupe parlementaire du MHP, il appela également à dire « oui pour la nation, oui pour l’État, oui pour la survie de la turcité74 », et critiqua violemment le Parti Républicain du Peuple75. Cette attitude critique à l’égard du CHP (apparue suite au rapprochement entre l’AKP et le MHP, consécutif à l’attentat d’Ankara du 13 mars 201676) constitue d’ailleurs une rupture notable par rapport à la stratégie précédemment employée par D. Bahçeli : rappelons que ce fut le leader nationaliste qui proposa une candidature commune entre le CHP et le MHP pour l’élection présidentielle du 10 août 201477. Toutefois, la position du leader du MHP était loin de faire l’unanimité au sein de son propre parti. Ainsi, le 18 février 2017, Sinan Oğan, Koray Aydın, Meral Akşener et Ümit Özdağ constituèrent une plateforme intitulée « Les nationalistes turcs disent ‘’Non’’ »78. Cette fraction du MHP accusa d’ailleurs le PKK, le HDP et les gülenistes de soutenir secrètement le Oui : cet argument était notamment présent dans les colonnes du journal Yeniçağ79 (connu pour sa proximité avec les dissidents du MHP) et par Sinan Oğan lui-même80. Cette fraction du Parti d’Action Nationaliste mobilisait également l’argument sécuritaire durant sa campagne pour le Non, en accusant le gouvernement AKP d’incompétence sur l’enjeu de la lutte antiterroriste81. De plus, vers la fin de la campagne (le 13 avril), Devlet Bahçeli lui-même critiqua l’évocation d’une fédéralisation de la Turquie par les conseillers de R. T. Erdoğan82, ce qui fut interprété par une partie de la presse comme un « signal pour le non »83.

D’autres partis de droite radicale manifestèrent leur opposition à la présidentialisation du régime turc. Les islamistes du Parti de la Félicité (Saadet Partisi – SP) se prononcèrent contre cette réforme constitutionnelle. Tout en affirmant ne pas être opposé par principe au régime présidentiel84, le dirigeant nouvellement élu de ce parti (Temel Karamollaoğlu) dénonça un « empire de la peur » et critiqua le bilan social des gouvernements AKP successifs85, mais fit également part de ses inquiétudes quant à l’affirmation éventuelle d’un « régime dictatorial »86. Néanmoins, T. Karamollaoğlu fit savoir dès février que son parti ne ferait pas campagne pour le Non afin de « ne pas attiser les tensions »87. Une telle attitude relève sans doute d’un calcul stratégique de la part du Saadet : partageant la même base électorale que l’AKP, il est probable que l’organisation erbakanienne n’a pas souhaité s’aliéner la fraction de son électorat qui serait tentée par le Oui.

Enfin, le Non fut également défendu par les deux principaux partis d’opposition : le Parti Républicain du Peuple et le Parti Démocratique des Peuples. Le HDP fit campagne en insistant sur le risque d’un tournant autoritaire plus affirmé en cas de victoire du Oui. Par exemple, le député d’Izmir Ertuğrul Kürkçü expliqua (dans une interview publiée par Kom News) que le projet constitutionnel défendu par l’AKP ne respectait pas le principe de séparation des pouvoirs, et affirma aussi que le référendum ne pouvait être organisé dans un contexte d’état d’urgence. Il alla jusqu’à déclarer qu’« Un vote ‘’oui’’ conduirait à une institutionnalisation du fascisme en Turquie », et qu’une dérive « trumpiste » pourrait alors se manifester du fait de la faible autonomie du pouvoir judiciaire turc. E. Kürkçü redoutait, par ailleurs, le non-respect du scrutin par R. T. Erdoğan en cas de victoire du Non88. Lors d’un meeting ayant eu lieu à Izmir, le député d’Ankara Sırrı Süreyya Önder interpella directement le leader de l’AKP, en reprenant les paroles  tenues par Selahattin Demirtaş lors d’un discours prononcé avant les législatives du 7 juin 2015 (à la suite desquelles le Parti de la Justice et du Développement perdit sa majorité absolue) : « Nous ne ferons pas de toi le président.89 » Par conséquent, le Parti Démocratique des Peuples adopta le slogan suivant durant cette campagne référendaire : « Pour une république démocratique et une patrie commune, non ! »90

Le Parti Républicain du Peuple mena également une vigoureuse campagne d’opposition à la présidentialisation du régime turc. Le 15 mars dernier, Kemal Kılıçdaroğlu mena une charge contre le bilan sécuritaire des gouvernements AKP successifs : « Ils disent ‘’Si le oui l’emporte, nous allons mettre un terme au terrorisme’’ ; cela fait quinze ans que vous êtes aux afffaires, qui vous a empêché d’y mettre un terme ?91 » Durant ce même discours, le dirigeant kémaliste critiqua également la politique étrangère menée par Recep Tayyip Erdoğan, notamment son  interventionnisme sur le dossier syrien : « Nos enfants partent à Al-Bab, nos enfants meurent en martyrs, mais leurs enfants en sont dispensés.92 » Commentant la polémique entre les autorités turques et néerlandaises, Kemal Kılıçdaroğlu accusa (le 13 mars) les pays européens de connivence avec le pouvoir islamo-conservateur : « Ces gouvernements soutiennent évidemment le camp du ‘’oui’’. Comment pouvez-vous renvoyer l’avion du pays d’un ministre étranger ? Cela est fait pour créer du désordre.93 » En outre, le leader du CHP blâma (lors d’un meeting ayant eu lieu à Amasya, le 15 mars) le tournant partisan pris par la présidence de la République, ainsi que l’absence de contre-pouvoir dans le projet constitutionnel de l’AKP : « Dans ce système, si vous persuadez le président, vous pouvez contrôler la Turquie en vingt-quatre heures maximum. Il n’y a aucun mécanisme [de contre-pouvoir].94 » K. Kılıçdaroğlu ironisa également sur la rhétorique anti-güleniste de l’AKP, afin de critiquer une approche jugée trop personnalisante du pouvoir : « ‘’FETÖ’’, ‘’FETÖ’’, ‘’FETÖ’’, disent-ils. Combien de temps l’organisation FETÖ a-t-elle agit pour contrôler l’État ? ‘’Ils ont agi pendant 30-35 ans’’, disent-ils. Inutile, cette fois-ci, d’attendre 30-35 ans, car en manipulant une personne, vous vous emparez de tout l’État.95 » En plus de souligner le risque d’une excessive personnalisation du pouvoir, le Parti Républicain du Peuple dénonça (à l’instar de l’ensemble des partis d’opposition ayant soutenu le Non) une dérive autoritaire du pouvoir islamo-conservateur. Les tensions ayant ponctué la campagne référendaire ne sont sans doute pas pour rien dans l’émergence de ce thème de campagne.

Tableau récapitulatif – Les positions des principaux partis politiques sur le référendum :

Partis ayant soutenu le « Oui » Partis ayant soutenu le « Non »
Parti de la Justice et du Développement :

Fondé en 2001

Au pouvoir depuis 2002

Islamo-conservateur

Parti de la Libre Cause :

Fondé en 2012

Issu du Hizbüllah

Islamiste et pro-kurde

Parti de la Patrie :

Fondé en 1992

Faible électoralement, mais influent au sein de l’armée et de la haute fonction publique

D’inspiration socialisante, kémaliste et nationaliste

Parti d’Action Nationaliste (la direction du parti soutenait le « Oui », mais une fronde interne défendait le « Non ») :

Fondé en 1969

Nationaliste et pantouraniste

Parti de la Félicité (s’est prononcé pour le « Non », mais a refusé de faire campagne) :

Fondé en 2001

Héritier du mouvement Vision Nationale (Millî Görüş)

Islamiste

Parti Démocratique des Peuples :

Fondé en 2012

Pro-kurde, multiculturaliste et écologiste

Parti Républicain du Peuple :

Fondé en 1923, refondé en 1992

Kémaliste, laïc et social-démocrate

2 ) Le déroulement de la campagne

La campagne fut caractérisée par un climat de tension politique, couplé à une certaine intimidation des partis d’opposition. Par exemple, le 15 mars 2017, Bülent Yener Bektaşoğlu (député kémaliste de Giresun) fut agressé dans un café par un groupe d’individus, aux cris de : « Vous êtes des traîtres à la patrie, vous êtes des communistes ! »96 D’autres membres du CHP subirent ce type de pressions : ainsi, l’Université du Bosphore annula l’organisation d’un sommet avec Selin Sayek Böke (députée d’Izmir et porte-parole du parti), qui devait prononcer un discours le 19 mars. Un semblable événement qui devait avoir lieu à l’Université Bilgi, en présence d’Aylin Nazlıaka (ex-membre du CHP, actuellement sans étiquette), fut également annulé : sur son compte Twitter, la députée d’Ankara accusa le recteur d’avoir évoqué une « pression intense » au téléphone (ce que nia l’intéressé)97. De plus, dans le district stambouliote de Beykoz, des militants du CHP en train de déployer une banderole en faveur du Non essuyèrent des coups de feu98.

Le Parti Républicain du Peuple n’est cependant pas le seul parti à avoir subi des menaces et de ce type. Comme nous l’avons précédemment souligné, certains dirigeants du Parti Démocratique des Peuples sont incarcérés ou connaissent des déboires avec la justice. Rappelons également que le ministre de l’Intérieur (Süleyman Soylu) se félicita d’avoir fait interdire la diffusion de l’hymne de campagne du HDP, écrit en langue kurde : « Bejin na » (« Dites non ! »)99. Les partisans du Non au sein du Parti d’Action Nationaliste subirent également ce genre de pressions. En effet, cette fraction du MHP (en  particulier Meral Akşener) est fréquemment accusée par la presse pro-gouvernementale d’entretenir des liens avec le mouvement güleniste100. Sinan Oğan subit d’ailleurs une agression le 4 mars dernier, alors qu’il donnait une conférence à l’Université Bahçeşehir101.

Plus généralement, cette campagne fut marquée par une forte polarisation de la scène partisane, ponctuée d’attaques ad hominem entre les différents dirigeants politiques : par exemple, vers la fin de la campagne, Recep Tayyip Erdoğan alla jusqu’à accuser Kemal Kılıçdaroğlu d’avoir eu une conversation téléphonique avec les putschistes du 15 juillet102. De son côté, le leader kémaliste avait violemment critiqué, le 24 mars dernier, la rhétorique anti-européenne adoptée par le président turc (« Veut-il dire effectivement ‘’Je suis responsable pour al-Qaïda, je suis responsable pour Daesh’’ ? »103 ) et déclara que « Ceux qui ne peuvent contrôler leur langage ne peuvent pas administrer l’État104 ».

IV / Des résultats contrastés

1 ) Un scrutin caractérisé par une forte mobilisation électorale

Le taux de participation fut, durant le référendum du 16 avril 2017, particulièrement élevé. En effet, le lendemain du scrutin, les journaux Hürriyet (centre-gauche), Milliyet (centre), Sabah (centre-droit) et Yeni Şafak (droite) s’accordaient à dire que la participation s’éleva à 85,3 %105. Or, il convient de souligner qu’habituellement, la participation électorale aux référendums est relativement faible en Turquie (si on la compare avec ce même taux durant les élections législatives). Ainsi, rappelons que les deux précédents référendums organisés sous l’ère AKP (ceux de 2007 et de 2010) avaient respectivement obtenus 67,5 % et 73,3 % comme taux de participation106. Le vote sur la présidentialisation du régime turc constitue donc, depuis l’élection du Parti de la Justice et du Développement, le référendum ayant connu la plus forte participation électorale. Cependant, si l’on adopte une perspective plus large, nous pouvons remarquer que ce taux était encore plus élevé lors des consultations référendaires de 1988 (88,8 % de participation) et 1987 (93,6%). Nous choisissons ici de ne pas retenir la participation importante durant le référendum de 1982 (91,3%), qui portait d’ailleurs sur l’adoption de la Constitution turque actuelle, eu égard aux pressions subies par l’électorat durant ce scrutin107 (le pays était alors dirigé par la junte militaire du général Kenan Evren).

Par ailleurs, si ce taux de 85,3 % était confirmé par le YSK, la participation au référendum du 16 avril constituerait un record depuis l’élection de l’AKP. Par exemple, le taux de participation, durant les élections législatives de 2002, 2007, 2011, juin et novembre 2015, s’éleva respectivement à 79,1 %, 84,2 %, 83,2 %, 83,9 % et 85,2 %. En ce qui concerne l’élection présidentielle d’août 2014, le taux de participation ne s’élevait qu’à 74,1 %.

2 ) Une victoire en trompe-l’œil pour le camp du Oui

Le 16 avril 2017, le Oui remporta le scrutin avec le soutien de 51,4 % des suffrages exprimés (contre 48,5 % pour le Non)108. Cette victoire sur le fil a obtenu le soutien déterminant de la diaspora (qui fut particulièrement sollicitée par le Parti de la Justice et du Développement durant la campagne référendaire) : à l’étranger, le Oui reçut le soutien de 59 % des voix, face à 40,9 % pour le non (avec 48,1 % de participation, contre 44,7 % durant les législatives de novembre 2015). Si l’on s’intéresse plus spécifiquement au cas français, nous pouvons constater que la communauté turque locale se mobilisa un peu moins que l’ensemble de la diaspora (avec seulement 43,7 % de participation). La mobilisation la plus élevée eut lieu à Bordeaux (50,8 % de participation), tandis que c’est à Paris que la population turque se déplaça le moins pour ce scrutin (40,8 % de participation). À l’exception de Marseille (qui opta pour le Non à 52,4 %), le Oui parvint en tête dans tous les autres consulats turcs de France : 60,2 % à Bordeaux, 86 % à Lyon, 67,8 % à Nantes, 54 % à Paris et 68,2 % à Strasbourg. Plus généralement, nous pouvons constater d’importants contrastes entre les différentes communautés turques composant la diaspora : le Oui obtint 63 % des voix en Allemagne (avec 46,2 % de participation), 70,9 % aux Pays-Bas (46,8 % de participation), 74,9 % en Belgique (53 % de participation) et 73,2 % en Autriche (48,5 % de participation). À l’inverse, le Non gagna 86,6 % des suffrages exprimés au Qatar (avec 45,2 % de participation), 83,8 % aux États-Unis (32,9 % de participation), 72 % au Canada (46,1 % de participation) et 73,2 % en Chine (43,5 % de participation). Bien que les écarts d’effectifs entre les différents pays doivent nous inciter à la prudence109, ce contraste électoral entre communautés turques expatriées nous incite à formuler l’hypothèse suivante : un clivage social diviserait la diaspora turque entre les personnes d’origine rurale et populaire ayant émigré eu Europe (les Gurbetçi) et les cols blancs diplômés insérés dans la globalisation, ayant opté pour l’Amérique du Nord ou les marchés émergents. L’on constate cependant que certaines communautés turques d’Europe ont pourtant voté pour le Non : ainsi, les Turcs du Royaume-Uni ont voté à 79,7 % pour le Non (avec 38,6 % de participation). Leurs compatriotes d’Italie et de Suisse ont également placé le Non en tête, avec respectivement 62 % des voix (40 % de participation) et 61,9 % des voix (53,5 % de participation). Or, il est probable que ces résultats soient la conséquence d’une forte présence kurde au sein des populations turques locales : nous pouvons constater que ces trois communautés expatriées avaient mis en tête le Parti Démocratique des Peuples en novembre 2015 (bien qu’avec une courte avance dans le cas italien110 ).

Il serait toutefois simplificateur de prétendre que le vote kurde se serait unanimement porté sur le Non. Au contraire, il convient de souligner que les provinces de Muş et de Bitlis (qui avaient d’ailleurs accordé la majorité de leurs suffrages au HDP en novembre 2015, avec respectivement 60,6 et 48,6 % des voix) ont chacune mis le Oui en tête le 16 avril, avec 50,5 et 59,3 %. Même si ce facteur explicatif n’est pas entièrement satisfaisant, il est probable qu’une partie des électeurs du HDP aient opté pour l’abstention : la participation électorale a baissé de 2,5 points à Bitlis entre novembre 2015 et avril 2017, et a régressé de 5,5 points entre ces deux scrutins à Muş. Il semble toutefois qu’une fraction des électeurs locaux du HDP a opté pour le Oui au référendum du 16 avril, étant donné que l’AKP n’avait obtenu que 44,1 % à Bitlis et 34,5 % à Muş lors des dernières élections législatives. Cependant, du fait des nombreuses allégations de fraude ayant entouré l’annonce des résultats, notamment concernant les bulletins en provenance du Sud-Est, il convient d’être prudent au sujet des scores obtenus par le Oui dans ces deux provinces.

Eu égard aux divisions internes que manifesta le MHP durant la campagne référendaire, il est nécessaire de s’interroger sur le vote des nationalistes durant cette campagne. Nous avons ici sélectionné trois provinces ayant la particularité d’être ou d’avoir été les anciens fiefs électoraux des frondeurs du MHP111 : Gaziantep (où Ümit Özdağ est député depuis juin 2015), Trabzon (où Koray Aydın a été député jusqu’en novembre 2015) et Iğdır (où Sinan Oğan a été député de 2011 à juin 2015). Nous avons également pris dans notre échantillon Osmaniye (fief de Devlet Bahçeli, partisan du Oui, depuis 1999), ainsi que toutes les provinces où le Parti d’Action Nationaliste avait obtenu plus de 20 % des suffrages exprimés lors des dernières élections législatives : Isparta, Mersin, Kırıkkale, Kırşehir et Gümüşhane.

Commençons par les (ex-)fiefs des nonistes du MHP. Dans la province de Trabzon, l’AKP avait obtenu 66,5 % des voix en novembre 2015. Or, l’on remarque une quasi-similarité entre ce résultat et le score du Oui le 16 avril, qui s’éleva à 66,4 %. Cela nous conduit à penser que dans cette province, les 12,9 % d’électeurs qui avaient opté pour le MHP lors des dernières législatives ne se sont pas reportés sur le Oui. Un phénomène similaire est d’ailleurs observable à Gaziantep : en novembre 2015, le Parti de la Justice et du Développement avait reçu le soutien de 61,5 % des électeurs locaux, tandis que le Parti d’Action Nationaliste n’avait obtenu que 9,5 % des suffrages exprimés. Là aussi, la majorité des électeurs du MHP semble avoir boudé le Oui, puisque celui-ci fut approuvé avec un score presque symétrique (62,4 %) avec celui de l’AKP durant le scrutin précédent. Le cas d’Iğdır s’avère être particulier, puisque le Non arriva en tête dans cette province avec 65,2 % des suffrages exprimés (contre 34,8 % pour le Oui). Cependant, comme dans les deux précédents exemples mentionnés, l’on constate ici une certaine continuité dans les comportements électoraux : 31,7 % des électeurs locaux avaient choisi l’AKP, tandis que les scores cumulés du HDP (arrivé en tête en novembre 2015) et du MHP totalisaient 64,2 % des suffrages exprimés. Cette similarité dans les résultats nous incite à penser qu’à Iğdır, la majorité des électeurs nationalistes n’ont pas voté pour le Oui. Une certaine continuité électorale entre les votes pour l’AKP et ceux en faveur du Oui peut être également constatée à Kırıkkale : les électeurs de cette province votèrent à 62,4 % pour le Oui lors du référendum d’avril et furent 62,2 % à voter pour le mouvement islamo-conservateur durant le précédent scrutin. Dans ce cas également, on relève que le Oui a obtenu le soutien presque exclusif des électeurs de l’AKP, alors que le MHP recueillait 20,5 % des suffrages exprimés en novembre 2015.

La situation s’avère être un peu différente à Osmaniye : en novembre 2015, l’AKP et le MHP avaient obtenu respectivement 47 et 33,8 % des votes. Contrairement aux trois exemples que nous avons évoqué tout à l’heure, le score du Oui en avril 2017 s’avère être supérieur à celui de l’AKP lors des dernières législatives : 57,8 % des électeurs locaux ont voté pour le Oui. Il s’agit néanmoins d’une victoire locale en demi-teinte pour la stratégie de Devlet Bahçeli : la somme des électorats de l’AKP et du MHP totalisait 80,8 % des électeurs en novembre 2015. Les 57,8 % obtenus par le Oui démontrent donc que, si une fraction des nationalistes a bien approuvé le projet de réforme constitutionnelle porté par R. T. Erdoğan et D. Bahçeli, celle-ci demeure toutefois minoritaire par rapport à la majorité de l’électorat MHP d’Osmaniye. Un phénomène similaire semble avoir eu lieu à Gümüşhane : le score local du Oui (75,1 %) s’avère être supérieur à celui obtenu par l’AKP au précédent scrutin (68 %). Toutefois, si les 22,7 % d’électeurs nationalistes de novembre 2015 s’étaient massivement reportés sur le Oui, ce dernier aurait pu obtenir théoriquement 90,7 %. Les 75,1 % du Oui dans cette province tendent à démontrer que les électeurs locaux du MHP furent minoritaires à suivre les recommandations de Devlet Bahçeli. Nous observons des phénomènes similaires à Isparta, Mersin et Kırşehir : dans ces trois provinces, le Oui obtint un score supérieur (respectivement 56 %, 35,9 % et 53,2 %) à celui réalisé par le mouvement islamo-conservateur durant le précédent scrutin (53,3 %, 31,7 % et 50,8 %). Cela nous incite à penser qu’une partie des électeurs du MHP a voté en faveur de la réforme constitutionnelle proposée par l’AKP, mais que cette tendance est minoritaire au sein de l’électorat : eu égard aux suffrages recueillis par le MHP à Isparta (20,1 %), à Mersin (21 %) et à Kırşehir (23,8 %), le Oui aurait dû bénéficier d’une avance électorale bien plus large en cas de report massif des électeurs nationalistes.

Par ailleurs, nous pouvons souligner que dix-sept provinces ayant voté majoritairement pour le Parti de la Justice et du Développement pendant les législatives de novembre 2015 ont voté pour le Non durant le référendum du 16 avril : Çanakkale, Balıkesir, Manisa, Uşak, Denizli, Antalya, Mersin, Adana, Hatay, Yalova, Zonguldak, Istanbul, Ankara, Bilecik, Artvin, Ardahan et Eskişehir. Si l’on adopte une échelle plus fine, nous pouvons également remarquer le basculement du côté du Non de dix ilçe (districts) stambouliotes qui avaient placé l’AKP en tête lors du précédent scrutin : il s’agit de Kartal, Üsküdar, Eyüp, Ataşehir, Esenyurt, Beylikdüzü, Avcılar, Sarıyer, Küçükçekmece et Büyükçekmece. Un même phénomène (bien que d’ampleur moindre) se manifeste à Ankara, où quatre ilçe ayant voté pour la formation de R. T. Erdoğan durant les dernières législatives se sont néanmoins portés sur le Non le 16 avril : Mamak, Etimesgut, Yenimahalle et Elmadağ. Ces basculements d’Istanbul et d’Ankara dans le camp du Non sont d’autant plus surprenants que ces deux villes sont administrées par un maire islamo-conservateur depuis 1994112.

Une telle évolution politique nous renseigne peut-être sur les dynamiques actuellement à l’œuvre au sein de l’électorat AKP : la base électorale de ce mouvement s’avère être assez hétéroclite, et regroupe aussi bien des islamistes et certains nationalistes que des conservateurs modérés et des libéraux. Il est probable que les électeurs de centre-droit aient voulu manifester, à travers leur opposition à cette réforme constitutionnelle, leur défiance à l’égard du tournant autoritaire pris par Recep Tayyip Erdoğan. En outre, les difficultés économiques que traverse actuellement la Turquie113 ont sans doute contribué à alimenter le vote Non dans une partie de l’électorat habituel du Parti de la Justice et du Développement.

V / Les conséquences politiques du référendum

1) Les conséquences des résultats en termes de politique nationale : l’issue du référendum, loin d’apaiser le climat social attise des tensions déjà vives.

Dans la soirée du 16 avril, plusieurs polémiques concernant des accusations de fraude prennent de l’ampleur. La première concerne la décision du YSK, prise dans la journée, de comptabiliser les bulletins de votes provenant d’urnes non-scellées.114 Cette décision a été particulièrement critiquée par les partis d’opposition, alors que plusieurs vidéos amateur faisant état de supposés bourrages d’urnes circulaient sur les réseaux sociaux.

De plus, les représentants de l’opposition ont interrogé les estimations données par l’agence de presse pro-gouvernementale Anadolu Ajansı, alors que le YSK, qui n’avait alors validé que la moitié des bulletins de vote, donnait le Non légèrement en tête. Meral Akşener déclara, vers 20h30, avoir été informée par son représentant que le Non était en tête selon le compte du YSK.115 Simultanément, Eren Erdem, député du CHP, lançait un appel dénonçant des irrégularités depuis son compte Twitter.

Traduction : Les amis. / Les données d’A[nadolu] A[jansı] sont diffuées partout. / D’après celles que nous avons, le NON est en tête. / Le YSK n’a pas annoncé les résultats. / Stop ce n’est pas encore fini…

Peu de temps après, le site internet du YSK se trouva hors-ligne, suscitant, dans l’opposition des accusations de fraude. Sur la base de cette décision, le CHP et le HDP firent savoir, dans la soirée, leur intention de contester une partie des votes116. Suite à cet imbroglio, des manifestants se rassemblèrent spontanément devant les locaux du YSK à Ankara, rapidement sécurisé par la police ; des incidents mineurs ont été rapportés117.

Du côté pro-gouvernemental, le premier discours de victoire fut prononcé par le Premier ministre aux alentours de 21h. Saluant une décision « historique » et l’ouverture d’une « nouvelle page », B. Yıldırım a remercié la nation turque, le président Erdoğan ainsi que D. Bahçeli pour avoir « contribué à la victoire ».118 Le président Erdoğan, quant à lui, s’est exprimé peu de temps après à la foule, dans une déclaration où il a réitéré son intention de signer le rétablissement de la peine de mort si celui-ci était approuvé par le Parlement et, dans le cas contraire, de soumettre ce débat à un nouveau référendum.119 Simultanément, le Conseil National de Sécurité a prononcé une recommandation en faveur d’un troisième prolongement de l’état d’urgence pour trois mois, une position retenue par le conseil des ministres du 17 avril, présidé par Recep Tayyip Erdoğan.120 Ces deux événements confirment que l’action du gouvernement continue de s’inscrire dans la réaction au putsch du 15 juillet dernier. En effet, le débat sur le rétablissement de la peine de mort et la prolongation de l’état d’urgence furent deux thèmes marquants du contexte post-coup d’État. Ainsi, malgré les déclarations faisant état de l’ouverture d’une nouvelle ère, la rhétorique et les thématiques mobilisées par le gouvernement dans leurs éléments de langage n’ont pas encore évolué.

De la même façon, les polémiques et tensions qui ont eu lieu au soir du référendum confirment l’extrême polarisation de la société. D’un côté, l’opposition ne peut se résoudre à voir l’AKP gagner et préfère dénoncer des fraudes, de l’autre, le gouvernement montre déjà sa volonté de persévérer dans son action sans se remettre en question, alors que sa victoire est mince et sujette à plusieurs controverses. En effet, ce résultat serré ne satisfait personne mais exacerbe les tensions : ainsi que le souligne Ali Kayalar, éditorialiste à Hürriyet, il sera difficile de faire accepter à ceux qui avaient voté pour la continuité du système parlementaire la légitimité d’un nouveau système approuvé sur le fil du rasoir, au terme d’une campagne que leurs leaders ont qualifié de biaisée ou de frauduleuse.121 C’est pourtant dans ce nouveau cadre que les partis d’opposition devront évoluer dès 2019.

En outre, la controverse concernant les allégations de fraude se poursuit et continue de générer des tensions. Les 16 et 17 avril, plusieurs rassemblements dénonçant les irrégularités du scrutin ont vu intervenir les forces de l’ordre face à eux.122 La remise du rapport de l’OSCE sur le référendum devrait alimenter la polémique, la mission d’observation ayant estimé que : « De manière générale, le référendum n’a pas été à la hauteur des standards du Conseil de l’Europe. Le cadre légal était inadéquat pour que s’y tienne un processus réellement démocratique. ».123 Ces déclarations ont été immédiatement critiquées par le gouvernement turc, par la voix du président Erdoğan qui a conseillé à l’OSCE « de savoir quelle était sa place », mais aussi par celle du ministre des Affaires étrangères turc qui a dénoncé un « manque d’objectivité et d’impartialité ».124 Ces événements devraient alimenter chez l’opposition le sentiment que le gouvernement turc n’a aucune intention de composer avec les 48,7% de la population qui se sont opposés à son projet. Les soupçons de fraudes, quant à eux, font penser à cette même opposition que la victoire électorale contre l’AKP, est une chimère puisque les règles de la compétition sont faussées et ainsi, que l’opposition politique se réduit à un jeu de dupe. Enfin, l’agressivité de la réponse gouvernementale interroge la capacité de l’exécutif à accepter sereinement, un jour, une potentielle défaite dans les urnes.

 2 ) Les réactions européennes au scrutin : pas de réconciliation en vue

À l’international, la diaspora turque européenne, qui avait fait l’objet de tentatives de mobilisation particulières au cours de la campagne et qui s’est majoritairement exprimée en faveur du projet de réforme, a exulté à l’annonce des résultats.

Les partenaires européens de la Turquie, quant à eux, ont publié des déclarations discrètes et mitigées. La chancelière allemande et les autorités françaises ont communiqué de façon similaire, appelant le gouvernement turc à mettre en place un « dialogue respectueux » avec l’opposition et soulignant les « résultats serrés » du scrutin.125 Le Premier ministre danois L.L. Rasmussen a déclaré : « Il est étrange de voir la démocratie restreindre la démocratie. La majorité a le droit de décider mais je suis assez inquiet à propos de la nouvelle Constitution turque. »126. La tiédeur des réactions en Europe est symptomatique de la dégradation des relations turco-européennes, qui n’a cessé de s’amplifier durant la campagne référendaire. De son côté, le vice-Premier ministre Mehmet Şimşek a fait savoir qu’il s’attendait à un apaisement des relations turco-européennes.127 Cependant, la reprise, dès le soir du vote, des thèmes litigieux avec l’UE (le rétablissement de la peine de mort, la potentialité d’un référendum en Turquie pour mettre fin au processus d’adhésion, etc.) montre que la réconciliation avec l’UE n’est pas à l’ordre du jour à Ankara. Au contraire, le gouvernement turc pourrait percevoir les réactions en Europe comme un aveu de leur exaspération à l’égard de la politique européenne de la Turquie, puisqu’aucun de ses interlocuteurs européens ne se réjouit de l’issue du scrutin. D’ailleurs, la mission d’observation de l’OSCE a été rapidement assimilée à une tentative européenne de décrédibiliser l’issue du scrutin et le triomphe de l’AKP128.

En ce qui concerne l’écart serré des résultats, nous pensons qu’il pourrait se transformer en ressource politique pour chacune des parties, laquelle sera mobilisée pour servir leurs positions dans le cadre des relations bilatérales. Pour Ankara, les résultats prouvent le caractère démocratique du scrutin et de la conduite du pouvoir, nonobstant les récurrentes critiques venues d’Europe qui ont dénoncé la dérive « autoritaire » du pouvoir. À l’inverse, les Européens pourraient utiliser ces résultats comme une justification pour tempérer les exigences d’Ankara sur les dossiers sensibles (la libéralisation des visas, la coopération antiterroriste, etc.). Ainsi, le referendum est en passe de s’ajouter aux multiples crises et escalades rhétoriques qui émaillent désormais la relation turco-européenne. Si, conformément aux déclarations du président Erdoğan, le rétablissement de la peine de mort devait être voté puis ratifié, le divorce entre la Turquie et l’UE devrait être effectif. Ce thème prend donc la forme d’un baromètre de la relation turco-européenne.

Les résultats du référendum du 16 avril permettent de dégager plusieurs tendances au sein du paysage politique turc. La résilience du vote kurde, qui semble avoir suivi les consignes de vote données par le HDP (dont la visibilité officielle dans l’espace publique s’est beaucoup amoindrie suite aux arrestations), montre que l’AKP n’a pas réussi à convaincre le Sud-Est, rongé par les affrontements entre le PKK et les forces de sécurité. Le vote CHP quant à lui, maintient son ancrage sur la côte égéenne et confirme une certaine incompressibilité de ses scores, en dépit de l’impopularité croissante de K. Kılıçdaroğlu jusque dans les rangs de son parti. Ainsi, l’opposition kémaliste voit émerger des figures plus jeunes et populaires sur les réseaux sociaux à l’instar de Metin Feyzioğlu ou d’Eren Erdem qui – chacun incarnant des lignes différentes – pourraient devenir les prochains chefs de file d’une opposition de centre-gauche rajeunie. Du côté du MHP, la désobéissance constatée de l’électorat aux consignes de votes données par D. Bahçeli (un des plus fervents défenseurs du Oui qui n’appartient pas à l’AKP) montre que la division du parti est toujours d’actualité. La dispute entre les frondeurs majoritaires et D. Bahçeli – arrivée à son paroxysme en juin 2016 – avait été éclipsée par la tentative de coup d’État et les soupçons selon lesquels Meral Akşener aurait eu des liens avec la confrérie Gülen. Elle réapparait lors de ce scrutin et pourrait être exploitée par des frondeurs ravis de constater la faible capacité de mobilisation de D. Bahçeli auprès de l’électorat MHP. Enfin, la (courte) victoire du Non à Istanbul et Ankara permet d’envisager l’existence d’un « vote libéral de droite » qui s’est éloigné de l’AKP. Les franges urbaines, peut-être inquiètes de la dégradation économique et sécuritaire et marquées par les purges qui ont affecté les fonctionnaires, semblent avoir refusé l’extension des pouvoirs demandée par le président turc.

L’AKP de son côté continue de pouvoir compter sur une très large majorité en Anatolie et sur les côtes de la mer noire qui constituent son bastion électoral traditionnel. À celui-ci s’ajoutent des scores non négligeables obtenus dans le Sud-Est, probablement fruits du soutien de mouvements conservateurs qui contestent la ligne politique du HDP.

Enfin nous observons que le déroulement de la campagne et l’annonce des résultats sont des générateurs importants de tensions politiques qui tendent à s’exprimer violemment, sur le plan rhétorique et parfois physique, sur le territoire turc mais aussi à l’étranger. Nous en concluons que le vote du 16 avril, contrairement à ses objectifs initiaux, devrait peiner à stabiliser et apaiser la Turquie contemporaine.

  1. « Gezici Araştırma’ya göre ‘rüzgar tersine döndü’: ‘Evet’ yüzde 53.3, ‘Hayır’ yüzde 46.7 », Diken, 6 avril 2017. Disponible sur : http://www.diken.com.tr/gezici-arastirmaya-gore-ruzgar-tersine-dondu-evet-yuzde-53-3-hayir-yuzde-46-7/
  2. « SONAR’dan son referandum anketi », T24, 12 avril 2017. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/sonardan-son-referandum-anketi,398854
  3. « Anket şirketleri: Evet-Hayır başa baş gidiyor », DW Türkçe, 8 avril 2017. Disponible sur : http://www.dw.com/tr/anket-%C5%9Firketleri-evet-hay%C4%B1r-ba%C5%9Fa-ba%C5%9F-gidiyor/a-38350585#
  4. YÜNCÜLER Zeynep, « Gezici beklenen anketi BirGün’e açıkladı: ‘HAYIR’ sürpriz değil! », BirGün, 3 février 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/gezici-beklenen-anketi-birgun-e-acikladi-hayir-surpriz-degil-145625.html Voir aussi « ANAR: AKP’nin yüzde 35’i ‘evet’ demiyor », BirGün, 17 février 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/anar-akp-nin-yuzde-35-i-evet-demiyor-147266.html
  5. WINTOUR Patrick, « Why is Erdoğan picking a fight with the EU over the Turkish referendum? », The Guardian, 14 mars 2017. Disponible sur : https://www.theguardian.com/world/2017/mar/14/erdogan-turkey-referendum-diplomatic-row
  6. En janvier dernier, l’on estimait à plus de 100 000 le nombre de fonctionnaires suspendus de leurs fonctions ou limogés depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet. Voir « Turquie : nouvelle vague de purges, des milliers de limogeages », Le Monde, 7 janvier 2017. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/01/07/turquie-nouvelle-vague-de-purges-des-milliers-de-limogeages_5059097_3214.html
  7. « AKAM’ın anketine göre, Meral Akşener genel başkan olursa MHP’nin oyları yüzde 18.7’ye çıkıyor », T24, 17 avril 2016. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/akamin-anketine-gore-meral-aksener-genel-baskan-olursa-mhpnin-oylari-yuzde-20lere-cikiyor,336685
  8. FIRAT Ümit, « HDP ve Yenikapı Mitingi », Al Jazeera Türk, 10 août 2016. Disponible sur : http://www.aljazeera.com.tr/gorus/hdp-ve-yenikapi-mitingi
  9. « AK Parti’den Diyarbakır’da ‘Her Evet Şeyh Sait’e fatiha’ pankartı açıklaması », CNN Türk, 24 mars 2017. Disponible sur : http://www.cnnturk.com/turkiye/ak-partiden-diyarbakirda-her-evet-seyh-saite-fatiha-pankarti-aciklamasi
  10. AKYOL Mustafa, « Nationalist party may hold key to Turkey’s political future », Al Monitor, 13 avril 2016. Disponible sur : http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2016/04/turkey-nationalist-party-determine-countrys-future.html
  11. « Meral Akşener’den Bahçeli’nin Gülen figürü göndermesine yanıt », Cumhuriyet, 1er décembre 2015. Disponible sur : http://www.cumhuriyet.com.tr/haber/siyaset/438711/Meral_Aksener_den_Bahceli_nin_Gulen_figuru_gondermesine_yanit.html
  12. « Opposition MHP chair pledges strong support for constitutional reform referendum », Daily Sabah, 7 février 2017. Disponible sur : https://www.dailysabah.com/politics/2017/02/07/opposition-mhp-chair-pledges-strong-support-for-constitutional-reform-referendum
  13. « Bahçeli: If AKP Is Ready For Death Penalty, Count Us in Too », Bianet English, 19 juillet 2016. Disponible sur : http://bianet.org/english/politics/176901-bahceli-if-akp-is-ready-for-death-penalty-count-us-in-too
  14. « Gezici Araştırma Şirketi: Halkın yüzde 58’i başkanlığa karşı; MHP’li seçmenin yüzde 64’ü ‘hayır’ diyor », T24, 27 décembre 2016. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/gezici-arastirma-sirketi-halkin-yuzde-58i-baskanliga-karsi-mhpli-secmenin-yuzde-64u-hayir-diyor,379669 Voir aussi « MAK Danışmanlık: AKP’lilerin yüzde 10’u, MHP’lilerin yüzde 70’i « Evet » demiyor; evet oyları 45-47 bandında », T24, 24 mars 2017. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/mak-danismanlik-akplilerin-yuzde-10u-mhplilerin-yuzde-70i-evet-demiyor-evet-oylari-45-47-bandinda,395354
  15. « MHP’de içeriden ‘karşı atak’: ‘Türk Milliyetçileri ‘Hayır’ Diyor’ platformu kuruldu », Diken, 31 janvier 2017. Disponible sur : http://www.diken.com.tr/mhpde-iceriden-karsi-atak-turk-milliyetcileri-hayir-diyor-platformu-kuruldu/
  16. « Evet mi önde Hayır mı? İşte son ‘Başkanlık’ anketi », Cumhuriyet, 26 janvier 2017. Disponible sur : http://www.cumhuriyet.com.tr/haber/turkiye/665850/Evet_mi_onde_Hayir_mi__iste_son__Baskanlik__anketi.html
  17. KORTEWEG Anna, YURDAKUL Gökçe, The Headscarf Debates: Conflicts of National Belonging, Stanford, Stanford University Press, 2014, p. 73.
  18. « Rejim Değişikliği Değil, Sistem Değişikliği », T. C. Adalet Bakanlığı – Basın ve Halkla İlişkiler Müşavirliğinin, 9 janvier 2017. Disponible sur :  http://www.basin.adalet.gov.tr/Etkinlik/rejim-degisikligi-degil-sistem-degisikligi
  19. Les propos tenus par Bilal Erdoğan lors du conseil consultatif de la Fondation pour la Jeunesse de Turquie (Türkiye Gençlik Vakfı – TÜGVA) relèvent pleinement de cette rhétorique. Voir « Tügva Yüksek İstişare Kurulu Üyesi Erdoğan Açıklaması », Haberler, 8 avril 2017. Disponible sur : http://www.haberler.com/tugva-yuksek-istisare-kurulu-uyesi-erdogan-9475833-haberi/
  20. COPEAUX Étienne, « Référendum du 16 avril – Comment Erdoğan veut étendre son pouvoir », Susam-Sokak, 10 avril 2017. Disponible sur : http://www.susam-sokak.fr/2017/04/referendum-du-16-avril-comment-erdogan-veut-etendre-son-pouvoir.html
  21. « Salih Cora: Tek Devlet, Tek Millet, Tek Vatan için Kararımız EVET », Şalpazarı Gündem, 20 mars 2017. Disponible sur : http://salpazarigundem.com/salih-cora-tek-devlet-tek-millet-tek-vatan-icin-kararimiz-evet/
  22. « Melih Gökçek’ten ilginç referandum anketi », Mynet, 28 mars 2017. Disponible sur : http://www.mynet.com/haber/guncel/melih-gokcekten-ilginc-referandum-anketi-2956058-1
  23. Nous pouvons par exemple voir ce thème être développé pour défendre la succession des « objectifs » 2023, 2053 et 2071 ; le  projet de rétablissement de la peine de mort (voir : http://www.sabah.com.tr/gundem/2016/07/18/erdogandan-halkin-idam-cezasi-talebine-yanit) ; et actuellement, le oui au referendum (voir : http://www.haylayf.com/dernekler-vakiflar/6853717/milli-irade-platformu-buyuk-ve-guclu-turkiye-icin-evet).
  24. En témoignent les propos suivants de Recep Tayyip Erdoğan : « Nous avons aboli la peine de mort, et qu’est-ce qui a changé ? Maintenant si vous êtes dans un État de droit démocratique, qui a la parole dans les démocraties ? N’appartient-elle pas au peuple ? Que dit le peuple en ce moment ? Il demande la peine de mort ». Cité dans « Erdoğan: Halk idam istiyor », DW Türkçe, 26 juillet 2016. Disponible sur : http://www.dw.com/tr/erdo%C4%9Fan-halk-idam-istiyor/a-19426833
  25. JEGO Marie, « En Turquie, un référendum devenu plébiscite pour ou contre Erdoğan », Le Monde, 10 avril 2017. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/04/10/en-turquie-un-referendum-devenu-plebiscite-pour-ou-contre-erdogan_5108849_3214.html
  26. MUELLER Jan-Werner, « Erdoğan and the Paradox of Populism », Project Syndicate, 11 août 2014. Disponible sur : https://www.project-syndicate.org/commentary/jan-werner-mueller-examines-the-underpinnings-of-the-new-turkish-president-s-political-staying-power?barrier=accessreg Pour un autre exemple d’approche plébiscitaire de la démocratie, se référer à BARNEY Darin D., LAYCOCK David, « Right-Populists and Plebiscitary Politics in Canada », Party Politics, Vol. 5, N°3, 1999, pp. 317-339.
  27. ODIHR – OSCE, Interim report : 17 March – 7 April 2017, 7 avril 2017, p. 1. http://www.osce.org/odihr/elections/turkey/310646?download=true
  28. « Voting starts in Europe for Turkish referendum », BBC News, 27 mars 2017. Disponible sur : http://www.bbc.com/news/world-europe-39405210
  29. « Référendum en Turquie : que sait-on du vote des Turcs installés en France ? », Le Monde, 15 avril 2017. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/04/15/referendum-en-turquie-que-sait-on-du-vote-des-turcs-installes-en-france_5111690_3214.html
  30. « Voting starts in Europe for Turkish referendum », art. cit.
  31. ODIHR – OSCE, Interim report, op. cit., p. 1.
  32. Il s’agissait des provinces suivantes : Adıyaman, Ağrı, Artvin, Bingöl, Bitlis, Diyarbakır, Elazığ, Erzincan, Erzurum, Gaziantep, Giresun, Gümüşhane, Hakkari, Kars, Malatya, Kahramanmaraş, Mardin, Muş, Ordu, Rize, Siirt, Sivas, Trabzon, Tunceli, Şanlıurfa, Van, Bayburt, Batman, Şırnak, Ardahan, Iğdır et Kilis.
  33. ODIHR – OSCE, Interim report, op. cit., p. 5.
  34. Ibid, p. 1.
  35. Ibid, p. 5.
  36. « Turquie – Données générales », Le Moci. Disponible sur : http://www.lemoci.com/fiche-pays/turquie/
  37. Site disponible à l’adresse suivante : https://turkeypurge.com/
  38. EYNAUDI, Matthieu, « Terrorisme et contre-terrorisme en Turquie en 2016 » (2 parties), Les Clés du Moyen-Orient, 11 janvier 2017. Disponible sur http://www.lesclesdumoyenorient.com/Terrorisme-et-contre-terrorisme-en-Turquie-en-2016-1-2.html
  39. Sur cette notion, se référer à SCHMID Dorothée, « Turquie : le syndrome de Sèvres, ou la guerre qui n’en finit pas », Politique Etrangère, Vol. 79, N°1, printemps 2014, pp. 199-213.
  40. RAMOĞLU Ersin, « FETÖ her ‘hayır’a 50 dolar mı veriyor? », Sabah, 6 avril 2017. Disponible sur : http://www.sabah.com.tr/yazarlar/bolgeler/ramoglu/2017/04/06/feto-her-hayira-50-dolar-mi-veriyor
  41. FREEDOM HOUSE, Populists and Autocrats: The Dual Threat to Global Democracy, 2017, p. 10.
  42. Base de données disponible sur : http://www.systemicpeace.org/inscrdata.html
  43. Sur la construction de cet indice de démocratisation, voir MARSHALL Monty G., GURR Ted Robert, JAGGERS Keith, POLITY IV PROJECT: Dataset Users’ Manual, 19 mai 2016, pp. 14-15.
  44. MARCOU Jean, « La quête obsessionnelle d’un pouvoir fort », Le Monde diplomatique, avril 2017, p. 9.
  45. Le site Turkey Purge estime quant à lui que 231 journalistes ont été détenus depuis le 15 juillet 2016, voir https://turkeypurge.com/journalism-in-jail
  46. « Turquie. Arrestation de députés du HDP dans un climat de répression grandissante contre l’opposition kurde », Amnesty international, 9 novembre 2016. Disponible sur : https://www.amnesty.fr/presse/turquie-arrestation-de-dputs-du-hdp-dans-un-climat
  47. « Le leader kurde Demirtaş condamné à 5 mois de prison par la justice turque », L’Orient-Le Jour, 22 février 2017. Disponible sur : https://www.lorientlejour.com/article/1036526/le-leader-kurde-demirtas-condamne-a-5-mois-de-prison-par-la-justice-turque.html
  48. ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE DU CONSEIL DE L’EUROPE, Le fonctionnement des institutions démocratiques en Turquie (version provisoire), 2017, p. 27.
  49. WEISE Zia, « The Turkish Marine Le Pen », Politico, 24 juin 2016. Disponible sur : http://www.politico.eu/article/the-turkish-marine-le-pen-meral-aksener-president-erdogan-politics/
  50. « YSK: MHP kurultayı 10 Temmuz’da toplanamaz », T24, 28 juin 2016. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/ysk-mhp-10-temmuzda-kurultay-toplayamayacak,347557
  51. Vidéo disponible à l’adresse suivante : http://www.ulkucutv.com/meral-aksener-ayin-15-inden-sonra-isler-degisecek-basbakan-olacagim
  52. « Sosyal medya bu videoyu konuşuyor! », Yeni Akit, 24 juillet 2016. Disponible sur : http://www.yeniakit.com.tr/haber/sosyal-medya-bu-videoyu-konusuyor-196565.html
  53. Turhan Feyzioğlu fut le fondateur du Parti Républicain de la Confiance (Cumhuriyetçi Güven Partisi – CGP), issu d’une fraction du CHP contestant l’orientation du parti vers le centre-gauche.
  54. « TBB Başkanı Feyzioğlu’nun Başbakan’ı Kızdıran Konuşması », Haberler, 10 mai 2014. Disponible sur : http://www.haberler.com/tbb-baskani-feyzioglu-adaletsiz-demokrasi-olmaz-6009479-haberi/
  55. « Feyzioğlu’ndan yeni anayasa açıklaması », Cumhuriyet, 14 janvier 2017. Disponible sur : http://www.cumhuriyet.com.tr/haber/turkiye/660078/Feyzioglu_ndan_yeni_anayasa_aciklamasi.html
  56. « TBB Başkanı Feyzioğlu: Yeni anayasa küresel kuklacıların oyunu », Hürriyet, 23 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyet.com.tr/tbb-baskani-feyzioglu-yeni-anayasa-kuresel-kuk-40405199
  57. « President Erdoğan slams Turkey bar head over ‘No’ campaign », Hürriyet Daily News, 14 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/president-erdogan-slams-turkey-bar-head-over-no-campaign.aspx?pageID=238&nID=110800&NewsCatID=338
  58. « Beyaz TV’de rezillik… İlahiyatçı Vehbi Güler ‘hayır’ diyenleri ‘şeytan’ ilan etti », Cumhuriyet, 7 février 2017. Disponible sur : http://www.cumhuriyet.com.tr/video/video_haber/671798/Beyaz_TV_de_rezillik…_ilahiyatci_Vehbi_Guler__hayir__diyenleri__seytan__ilan_etti.html
  59. Sur la notion de « Turc blanc », se référer à « White Turks, black Turks and grey debate », Hürriyet Daily News, 11 octobre 2010. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/default.aspx?pageid=438&n=the-search-for-steps-of-wasps-around-anatolia-2010-11-22
  60. Cité dans « İlahiyatçı Yeni Şafak yazarı Karaman: İslam karşıtları da ‘hayır’cı! », T24, 5 mars 2017. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/ilahiyatci-yeni-safak-yazari-karaman-islam-karsitlari-da-hayirci,392130
  61. TREMBLAY Pınar, « How Erdoğan uses Turkey’s mosques to push ‘yes’ vote », Al Monitor, 12 avril 2017. Disponible sur : http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2017/04/turkey-erdogan-uses-mosques-to-win-referendum.html
  62. « Referendum sur la constitution : les Turcs de France refusent d’aller voter dans des locaux religieux », L’Humanité, 18 mars 2017, Disponible sur : http://www.humanite.fr/referendum-sur-la-constitution-des-turcs-de-france-refusent-daller-voter-dans-des-locaux-religieux
  63. Cité dans « Başbakan’dan Bozkurt selamı », Milliyet, 21 février 2017. Disponible sur : http://www.milliyet.com.tr/basbakan-binali-yildirim-dan-siyaset-2400342/
  64. Cité dans « Başbakan Yıldırım: Avrupa’nın siyaseti de artık Türkiye’den belirleniyor », T24, 15 mars 2017. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/basbakan-yildirim-avrupanin-siyaseti-de-artik-turkiyeden-belirleniyor,393840
  65. « Başbakan Yıldırım: Yeni sistem terörü yok edecek », Anadolu Ajansı, 25 février 2017. Disponible sur : http://aa.com.tr/tr/gunun-basliklari/basbakan-yildirim-yeni-sistem-teroru-yok-edecek/758971
  66. « AK Parti ‘Evet’ kampanyasına başladı », Milliyet, 25 février 2017. Disponible sur : http://www.milliyet.com.tr/ak-parti-evet-kampanyasina-siyaset-2402972/
  67. Cité dans « Yıldırım: PKK, FETÖ, HDP ‘Hayır’ dediği için ‘Evet’ diyoruz », Al Jazeera Türk, 5 février 2017. Disponible sur : http://www.aljazeera.com.tr/haber/yildirim-pkk-feto-hdp-hayir-dedigi-icin-evet-diyoruz
  68. « Erdoğan asks for ‘Yes’ vote in charter referendum to ‘fight terrorism’ », Hürriyet Daily News, 13 avril 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/erdogan-asks-for-yes-vote-in-charter-referendum-to-fight-terrorism.aspx?pageID=238&nid=111994&NewsCatID=338
  69. Sur cette organisation, se référer à DORRONSORO Gilles, « La nébuleuse Hizbullah », Les dossiers de l’IFEA (série : « La Turquie aujourd’hui »), N°17, mars 2004, 28 p. http://books.openedition.org/ifeagd/228
  70. « HÜDA PAR ‘Yetmez ama evet’ dedi », Al Jazeera Türk, 15 février 2017. Disponible sur : http://www.aljazeera.com.tr/haber/huda-par-yetmez-ama-evet-dedi
  71. HAMSİCİ Mahmut, « Hüda-Par’ın oyları nereye gidecek? », BBC Türkçe, 28 octobre 2015. Disponible sur : http://www.bbc.com/turkce/haberler/2015/10/151028_hudapar_hamsici
  72. Cité dans « Bahçeli: Türkiye’de diktatör olamaz çünkü diktatör Türkçe değil », BirGün, 20 mars 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/bahceli-turkiye-de-diktator-olamaz-cunku-diktator-turkce-degil-151714.html
  73. Cité dans Ibid.
  74. Cité dans « Bahçeli’den ‘Evet’ savunması: Perinçek ile Erdoğan arasında tercihimiz Erdoğan », Diken, 7 février 2017. Disponible sur : http://www.diken.com.tr/bahceliden-evet-savunmasi-akintiya-karsi-kurek-cekmek-yerine-istikamet-vermek-akillica/
  75. KOZAN Ümit, KESKİN Nursima, « Bahçeli: Kudursalar da ‘evet’ diyeceğiz », Hürriyet, 7 février 2017. Disponible sur : http://www.hurriyet.com.tr/bahceli-millet-icin-evet-devlet-icin-evet-40357985
  76. « Turkey’s nationalist opposition leader asks for meeting with PM after terrorist attack », Hürriyet Daily News, 14 mars 2016. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/turkeys-nationalist-opposition-leader-asks-for-meeting-with-pm-after-terrorist-attack.aspx?pageID=238&nID=96414&NewsCatID=338 Voir aussi « PM Davutoğlu calls on CHP to take clear stance against terror, thanks MHP for support », Daily Sabah, 22 mars 2016. Disponible sur : https://www.dailysabah.com/war-on-terror/2016/03/23/pm-davutoglu-calls-on-chp-to-take-clear-stance-against-terror-thanks-mhp-for-support
  77. KÜÇÜKŞAHİN Şükrü, « MHP suggests joint opposition candidate », Hürriyet Daily News, 7 mai 2014. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/mhp-suggests-joint-opposition-candidate.aspx?pageID=517&nID=66093&NewsCatID=338
  78. « MHP’de içeriden ‘karşı atak’: ‘Türk Milliyetçileri ‘Hayır’ Diyor’ platformu kuruldu », Diken, 31 janvier 2017. Disponible sur : http://www.diken.com.tr/mhpde-iceriden-karsi-atak-turk-milliyetcileri-hayir-diyor-platformu-kuruldu/
  79. « HDP, PKK ve Hüda-Par referandumda ‘evet’ diyecek!», Yeniçağ, 19 février 2017. Disponible sur : http://www.yenicaggazetesi.com.tr/hdp-pkk-ve-huda-par-referandumda-evet-diyecek-155825h.htm
  80. « Sinan Oğan: PKK da HDP de FETÖ de evet diyor », Sözcü, 7 février 2017. Disponible sur : http://www.sozcu.com.tr/2017/gundem/sinan-ogan-pkk-da-hdp-de-feto-de-evet-diyor-1665923/
  81. « Sinan Oğan:  »Evet deyin terör bitsin » diyorlar; 15 yıldır elinizi kolunuzu bağlayan mı oldu? », Yeni Asya, 9 avril 2017. Disponible sur : http://www.yeniasya.com.tr/politika/sinan-ogan-evet-deyin-teror-bitsin-diyorlar-15-yildir-elinizi-kolunuzu-baglayan-mi-oldu_428659
  82. « Turkish opposition MHP leader slams Erdoğan’s advisors for ‘federal structure’ remarks », Hürriyet Daily News, 13 avril 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/turkish-opposition-mhp-leader-slams-erdogans-advisors-for-federal-structure-remarks.aspx?PageID=238&NID=112009&NewsCatID=338
  83. « Bahçeli’den referanduma günler kala ‘#HAYIR’ sinyali! », BirGün, 13 avril 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/bahceli-den-referanduma-gunler-kala-hayir-sinyali-155296.html
  84. « Saadet Partisi Genel Başkanından 5 maddelik Hayır açıklaması », BirGün, 13 avril 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/saadet-partisi-genel-baskanindan-5-maddelik-hayir-aciklamasi-155175.html
  85. « Saadet Partisi Başkanı: Referandum sürecinde korku imparatorluğu yaşıyoruz », BirGün, 10 avril 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/saadet-partisi-baskani-referandum-surecinde-korku-imparatorlugu-yasiyoruz-154741.html
  86. « Saadet Partisi’nden dolaylı ‘Hayır’: Bu haliyle destek veremeyiz », Diken, 25 février 2017. Disponible sur : http://www.diken.com.tr/saadet-partisinden-dolayli-hayir-bu-haliyle-destek-veremeyiz/
  87. « Saadet Partisi’nden referandum kararı: Hayır oyu kullanacağız ancak… », Cumhuriyet, 20 février 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/hdp-grup-baskanvekili-ahmet-yildirim-hayir-simdiden-kazandi-155146.html
  88. « Turkey’s future worse than Trump’s America if yes wins in referendum, says opposition HDP deputy », Kom News, 22 février 2017. Disponible sur : http://komnews.org/turkeys-future-worse-than-trumps-america-if-yes-wins-in-referendum-says-opposition-hdp-deputy/
  89. Cité dans « HDP launches ‘no’ vote campaign for charter referendum », Hürriyet Daily News, 2 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/hdp-launches-no-vote-campaign-for-charter-referendum-.aspx?pageID=517&nID=110365&NewsCatID=338
  90. « HDP’nin referandum sloganı: Demokratik Cumhuriyet Ortak Vatan İçin HAYIR! », BirGün, 6 février 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/hdp-nin-referandum-slogani-demokratik-cumhuriyet-ortak-vatan-icin-hayir-145866.html
  91. Cité dans « Kılıçdaroğlu: « Evet çıkarsa terör bitecek » diyorlar; 15 yıldır iktidardasınız, bitirmemeniz için size kim engel oldu? », T24, 15 mars 2017. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/kilicdaroglu-evet-cikarsa-teror-bitecek-diyorlar-15-yildir-iktidardasiniz-bitirmemeniz-icin-size-kim-engel-oldu,393814
  92. Cité dans Ibid.
  93. Cité dans « Europeans working for ‘yes’ side: Main opposition », Hürriyet Daily News, 14 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/europeans-working-for-yes-side-main-opposition.aspx?pageID=238&nID=110786&NewsCatID=338
  94. Cité dans « Turkey can fall in a day in system suggested by charter draft: Main opposition leader », Hürriyet Daily News, 15 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/turkey-can-fall-in-a-day-in-system-suggested-by-charter-draft-main-opposition-leader-.aspx?pageID=238&nID=110847&NewsCatID=338
  95. Cité dans « Kılıçdaroğlu: « Evet çıkarsa terör bitecek » diyorlar; 15 yıldır iktidardasınız, bitirmemeniz için size kim engel oldu? », art. cit.
  96. KARACA Ekin, « Giresun’da CHP Vekiline Saldırı », Bianet, 15 mars 2017. Disponible sur : https://bianet.org/bianet/insan-haklari/184534-giresun-da-chp-vekiline-saldiri
  97. BAŞARAN Rifat, « Boğaziçi University bans event with main opposition CHP deputy head Böke », Hürriyet Daily News, 17 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/bogazici-unversity-bans-event-with-main-opposition-chp-deputy-head-boke-.aspx?pageID=238&nID=110925&NewsCatID=338
  98. « ‘Hayır’ pankartı asan CHP’lilere otomobilden ateş edildi », BirGün, 8 avril 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/hayir-pankarti-asan-chp-lilere-otomobilden-ates-edildi-154509.html
  99. « İçişleri Bakanı: Geçen gün HDP bir şarkı çıkarmış, hemen Vali’yi aradım, ‘Bu şarkı yasaklanacak’ dedim », T24, 8 avril 2017. Disponible sur : http://t24.com.tr/haber/icisleri-bakani-gecen-gun-hdp-bir-sarki-cikarmis-hemen-valiyi-aradim-bu-sarki-yasaklanacak-dedim,398103 Voir aussi « Soylu, HDP’nin şarkısına gelen yasağı anlattı: Hemen valiyi aradım, bu kadar basit », Diken, 8 avril 2017. Disponible sur : http://www.diken.com.tr/soylu-hdpnin-bejin-na-sarkisina-gelen-yasagi-anlatti-hemen-valiyi-aradim-bu-kadar-basit/
  100. « İşte Meral Akşener ve FETÖ ilişkisi! », Sabah, 23 avril 2016. Disponible sur : http://www.sabah.com.tr/gundem/2016/04/23/iste-meral-aksener-ve-feto-iliskisi
  101. « Sinan Oğan konuşurken saldırıya uğradı », Hürriyet, 4 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyet.com.tr/sinan-ogan-konusurken-saldiriya-ugradi-40384592
  102. « ‘Yes’ and ‘no’ camps in fierce race as polls near », Hürriyet Daily News, 14 avril 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/yes-and-no-camps-in-fierce-race-as-polls-near-.aspx?PageID=238&NID=111989&NewsCatID=338
  103. Cité dans « CHP head Kılıçdaroğlu slams Erdoğan over Europe comments » , Hürriyet Daily News, 24 mars 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/chp-head-kilicdaroglu-slams-erdogan-over-europe-comments.aspx?pageID=238&nID=111212&NewsCatID=338
  104. Cité dans Ibid.
  105. Les données de l’Agence Statistique de Turquie (Türkiye İstatistik Kurumu – TÜİK) sur le référendum du 16 avril n’étaient, au moment de la rédaction, pas encore disponibles.
  106. À l’exception des données concernant le scrutin d’avril 2017, tous les autres résultats électoraux que nous mobilisons sur les précédentes consultations électorales proviennent du TÜİK. Données disponibles à l’adresse suivante : http://www.tuik.gov.tr/Start.do
  107. BOZARSLAN Hamit, Histoire de la Turquie contemporaine, Paris, La Découverte (coll. « Repères »), 2010 (1e éd. : 2004), p. 67.
  108. Nous nous appuyons ici sur les données d’Hüriyet, disponibles à l’adresse suivante : http://secim.hurriyet.com.tr/referandum-sonuclari-2017
  109. Par exemple, le nombre d’électeurs turcs s’élève à 1 430 132 personnes en Allemagne, contre 2 077 en Chine.
  110. 2019 voix pour le HDP, contre 2012 pour l’AKP.
  111. Pour des raisons de représentativité, nous avons choisi d’écarter Istanbul de notre échantillon (bien que Meral Akşener ait été élue à de nombreuses reprises dans cette province).
  112. Melih Gökçek est maire d’Ankara depuis 1994. À Istanbul, Recep Tayyip Erdoğan, Ali Müfit Gürtuna et Kadir Topbaş se sont succédés à ce poste depuis cette même année.
  113. « One in four Turkish youth unemployed as unemployment rate rises to 13 pct », Hürriyet Daily News, 17 avril 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/turkeys-unemployment-rate-rises-to-13-pct-highest-in-seven-years.aspx?pageID=238&nID=112103&NewsCatID=344
  114. « YSK’dan flaş karar! Kanıtlanmadıkça geçerli sayılacak… », Milliyet, 16 avril 2017, Disponible sur : http://www.milliyet.com.tr/ysk-dan-flas-karar–gundem-2433493/
  115. « Vekilimizin söylediğine göre YSK’dan gelen verilerin sonucunda şu anda yüzde 52 hayır, yüzde 48 evet », cité dans « Son dakika: Meral Akşener’den referandum sonuçlarıyla ilgili ilk açıklama », CNN Türk, 16 avril 2016. Disponible sur : http://www.cnnturk.com/turkiye/son-dakika-meral-aksenerden-referandum-sonuclariyla-ilgili-ilk-aciklama
  116. « Turquie/Referendum : l’opposition dénonce des manipulations, va contester le résultat », L’Orient-Le jour, 16 avril 2017, Disponible sur https://www.lorientlejour.com/article/1046997/turquie-referendum-lopposition-denonce-des-manipulations-va-contester-le-resultat.html
  117. « YSK’nin önüne, polis duvar ördü », Birgün, 16 avril 2017, Disponible sur http://www.birgun.net/haber-detay/ysk-nin-onune-polis-duvar-ordu-155715.html
  118. « Binali Yildirim s’adresse à la foule rassemblée devant le siège de l’AK Parti », TRT, 16 avril 2017. Disponible sur : http://www.trt.net.tr/francais/turquie/2017/04/16/binali-yildirim-s-adresse-a-la-foule-rassemblee-devant-le-siege-de-l-ak-parti-713960
  119. « Cumhurbaşkanı Erdoğan’dan İkinci Referandum Sinyali », Haberin Gündemi, 17 avril 2016. Disponible sur : https://www.haberingundemi.com/gundem/cumhurbaskani-erdogan-dan-ikinci-referandum-sinyali-h589896.html
  120. « CNN Türk: OHAL bir kez daha uzatılacak », Birgün, 17 avril 2017. Disponible sur : http://www.birgun.net/haber-detay/cnn-turk-ohal-bir-kez-daha-uzatilacak-155782.html
  121. Ali Kayanlar, « Referendum results ask CHP new questions », Hürriyet Daily News, 17 avril 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/referendum-result-asks-chp-new-questions.aspx?pageID=238&nID=112100&NewsCatID=338
  122. « At least 49 detained at referendum protests across Turkey », Hürriyet Daily News, 18 avril 2017. Disponible sur http://www.hurriyetdailynews.com/at-least-49-detained-at-referendum-protests-across-turkey.aspx?pageID=238&nID=112156&NewsCatID=338
  123. « Observer mission delivers report on referendum to election board », Hürriyet Daily News, 18 avril 2018.  Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/observer-mission-delivers-report-on-referendum-to-election-board-.aspx?pageID=238&nID=112153&NewsCatID=510
  124. « Ankara slams international election observers’ criticism of referendum », Hürriyet Daily News, 18 avril 2018.  Disponible sur http://www.hurriyetdailynews.com/ankara-slams-international-election-observers-criticism-of-referendum-result.aspx?pageID=238&nID=112140&NewsCatID=510
  125. « Turquie, résultats du référendum », France Diplomatie, 16 avril 2017. Disponible sur http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/turquie/evenements/article/turquie-resultats-du-referendum-16-04-17 Voir aussi « Merkel’den son dakika referandum açıklaması ». Hürriyet, 17 avril 2017, http://www.hurriyet.com.tr/son-dakika-merkelden-turkiyeye-cagri-40429399
  126. « US, EU to wait for OSCE report on referendum before evaluating results », Hürriyet Daily News, 17 avril 2017. Disponible sur http://www.hurriyetdailynews.com/us-eu-to-wait-for-osce-report-on-referendum-before-evaluating-results-.aspx?pageID=238&nID=112101&NewsCatID=359
  127. « Ties with EU to be area of ‘common interest’ for Turkey in post-referendum era – Deputy PM », Hürriyet Daily News, 17 avril 2017. Disponible sur : http://www.hurriyetdailynews.com/ties-with-eu-to-be-area-of-common-interest-for-turkey-in-post-referendum-era-deputy-pm.aspx?pageID=238&nID=112107&NewsCatID=344
  128. « Ankara slams international election observers’ criticism of referendum », Hürriyet Daily News, 18 avril 2018.  art. cit.

JED : Journée doctorale du CIHAM, « Écrire l’histoire », Lyon 2 (Salle des colloques), 26 avril 2017

JED CIHAM 26 avril – programme : Salle des colloques, Bât. Erato, ER020 (à droite du Grand Amphithéâtre de Lyon 2), Campus Berges du Rhône, 18 quai Claude Bernard, 69007 Lyon 9h30       Accueil des participants 9h45  Ouverture de la journée « Ma thèse en 5 minutes » 10h   Wahid Tarraf – « La Syrie entre l’Oronte et la Méditerranée à l’époque des Croisades » 10h15 Magali Romaggi – « Narcisse au miroir des eaux » 10h30 Elsa Gabaude – « L’usure en procès au temps des papes d’Avignon » 10h45 Thomas Girard … Continuer la lecture de JED : Journée doctorale du CIHAM, « Écrire l’histoire », Lyon 2 (Salle des colloques), 26 avril 2017

140 | 2016 – Arbitrage et conciliation dans l’Islam médiéval et moderne

TableauV2 de M. Lucas Robiquet

Les études sur la justice en terre d’Islam se sont surtout concentrées, jusqu’ici, sur la résolution des conflits dans le cadre institutionnel mis en place par les autorités musulmanes, les tribunaux, dont les juges étaient nommés par le pouvoir politique. Or, l’exemple de sociétés musulmanes contemporaines (comme au Yémen) montre combien, encore aujourd’hui, la justice coutumière prend souvent le pas sur la justice étatique, et l’on peut supposer qu’il n’en allait pas autrement aux époques médiévale et moderne.

L’arbitrage est ici défini comme un mode d’adjudication dans lequel les plaideurs choisissent d’un commun accord la personne qui devra les départager. L’arbitre n’a pas l’autorité de faire comparaître un individu contre son gré ; ce type d’adjudication est, en général, extra-étatique.

De son côté, la conciliation correspond à un mode extra-judiciaire de résolution des conflits. Les parties s’en remettent à un médiateur qui orchestre des négociations conduisant en général à la formulation d’un compromis.

Ces deux modes de résolution des conflits, quoique traités de façon marginale, ne sont pas absents  des sources islamiques médiévales : des chapitres de fiqh y furent dévolus dès une époque ancienne, des documents sur papyrus ou papier y font allusion, et les sources narratives recèlent également, à l’occasion, de précieuses informations sur ces deux formes de résolution des conflits.

Il s’agit ici de mieux comprendre les pratiques et les enjeux de l’arbitrage et de la conciliation dans l’Islam médiéval et moderne (époque ottomane), de mettre en évidence le fonctionnement et les usages qui purent être faits de ces modes de résolution des conflits et comment ces instances sont-elles définies, comment articulent-elles leurs rapports avec les institutions étatiques et quels sont les acteurs de cette justice parallèle.

Contre le travail par Giuseppe Rensi

L’an dernier, en vous présentant le Manifeste contre le travail de Krisis, je regrettais une fois de plus de ne pas avoir trouvé de version en ligne le texte du Contro il lavoro : saggio sull’attività più odiata dall’uomo de Giuseppe Rensi dont j’avais tant apprécié La philosophie de l’absurde  publié aux éditions Allia. Or voici qu’est paru début février chez ce même éditeur une traduction de cet ouvrage réalisée par Marie-José Tramuta et précédée de L’Audace de Giuseppe Rensi par Gianfranco Sanguinetti. Vous en trouverez des extraits sur  Google livres et Pileface.

Charles Toubin, archéologue et linguiste jurassien

Connaissez-vous Charles Toubin (1820-1891) ? Natif de Salins, ce Franc-Comtois a été l’ami de Courbet et le rédacteur avec Champfleury et Baudelaire du Salut public, éphémère périodique du temps de la révolution de 1848. Il est l’auteur de récits jurassiens, parus d’abord en plusieurs livraisons dans la Revue des deux mondes entre 1854 et 1861 (htm|pdf) avant de faire l’objet d’une publication en un volume en 1869.

Parallèlement il a contribué au débat sur l’emplacement d’Alésia, avec Alesia, Alaise Séquane. Alise en Auxois paru à Besançon en 1857), sa préférence allant à la localité franc-comtoise. A cette production historico-archéologique appartiennent les trois titres suivants, que j’ai trouvé reliés ensemble dans une annexe de la bibliothèque familiale :

Étude sur les champs sacrés de la Gaule et de la Grèce, et en particulier sur celui des Séquanes. Paris : Dumoulin, 1861.

Le Champ sacré des Séquanes, réponse à M. le président Clerc. Paris : Dumoulin ; Besançon : Bulle, 1862. Extrait du Recueil de l’Académie de Besançon.

Du Culte des arbres chez les anciens, étude archéologique. Paris : Dumoulin, 1862.

Voir le compte-rendu de ces ouvrages par Alexandre Tuetey dans Bibliothèque de l’école des chartes, vol. 25 n° 1 (1864), p. 64-67.

Dans les deux premiers, il défend l’idée que la forêt des Moidons sur l’actuelle commune de Molain aurait abrité le mediolan (= lieu sacré central) des Sequanes. Par la suite, il rédigera plusieurs articles parus dans les Mémoires de la Société d’émulation du Jura entre 1869 et 1875 sur les fouilles qu’il a réalisées dans la forêt de Moidons.

« Rapport sur les fouilles faites près des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura,  1869-1870, p. 25-28.

« Nouvelles fouilles dans la forêt des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1874, p. 52-55.

« Fouilles dans les Moidons »,  Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 2e série 1er vol. 1875, p. 7-9.

« Fouilles sur le territoire de Cernans, dans la commune de Clucy », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1880, p. 212-218.

Les recherches linguistiques retiennent son attention

Recherches sur la langue Bellau : argot des peigneurs de chanvre du haut Jura. Besançon, 1868.

Dictionnaire étymologique et explicatif de la langue française et spécialement du langage populaire. Paris, 1886.

Essai sur la dénomination aryenne. Mâcon, 1888.

Essai d’étymologie historique et géographique. Paris, 1892.

 

Le « roman national » arabe et ses médias : un rêve impossible ?

Dans la partie du monde qui m’intéresse dans ces billets, les choses vont si mal que je n’ai pas le cœur de me plonger dans un de mes commentaires habituels. Si je le faisais, j’aurais peur de donner l’impression que je passe sous silence le drame des coptes égyptiens (et des Egyptiens en général), celui des Syriens, des Yéménites, des Libyens, des Irakiens, des Bahreinis, pour s’en tenir à ces seuls exemples.

Je mets tout de même en ligne l’extrait d’un texte publié par la revue Vacarme (n°76, été 2016). La totalité de l’article se trouve bien entendu dans la revue, qu’il faut soutenir, et, à défaut, sur le portail HAL-archives ouvertes, ici.

(…) Les médiations techniques du roman national arabe

En revanche, toute la seconde partie du xxe siècle peut-être analysée, du point de vue de la scène médiatique arabophone, comme une série de solutions réanimant, même provisoirement, la circulation des idées nécessaires au roman national arabe. Symboliquement, les contraintes
entravant les échanges entre les pays de la région furent une première fois levées au temps de l’arabisme triomphant. Alors que la figure de Nasser emplissait toute la scène politique régionale et même internationale, l’utilisation d’un nouveau média, la radio, permit à nouveau le partage du « rêve arabe ». Venue du Caire, celle que l’on appelait la Voix des Arabes (Sawt al-‘Arab) s’adressait à tous les membres de la nation. Bien au-delà de l’espace national égyptien par conséquent, même si ce message était plus souvent qu’à son tour diffusé en dialecte local, à l’image de la plupart des discours du raïs d’ailleurs (à cette différence près que l’égyptien, grâce à la diffusion auprès du large public de ses productions culturelles, était presque devenu, pour nombre d’auditeurs, une sorte de seconde langue nationale).

La défaite de 1967 vint briser, sur le plan politique, une dynamique que la création des chaînes nationales, à diffusion hertzienne à l’époque, redoubla sur le plan médiatique. À nouveau,le roman national arabe se heurta aux frontières étatiques, à un moment où il subissait la concurrence de plus en plus affirmée de l’islamisme politique. Néanmoins, une brèche fut ouverte dans cette nouvelle clôture par les avancées techniques réalisées dans le stockage du son, en l’occurrence la diffusion massive de la cassette audio qui joua par ailleurs un rôle si important dans la révolution iranienne de 1979. Mais, précisément, cette nouvelle possibilité de circulation transnationale profita davantage aux acteurs de l’islam politique, dont la propagande, largement oralisée, résonnait favorablement aux oreilles d’un public familier du registre religieux. De leur côté, les soutiens du nationalisme, ultimes héritiers d’un roman national dévalué politiquement, restaient fidèles à la rhétorique qui les avaient si bien servi jusqu’alors, sans comprendre qu’ils avaient perdu bien souvent l’appui des appareils d’État, et sans avoir gagné celui des nouveaux publics arrivés à l’écrit grâce aux progrès de l’éducation.

La décennie suivante, celle des années 1980, vit une autre avancée technique, celle de la composition électronique et de la transmission numérique des données. L’association de l’une et de l’autre permit à la presse arabe d’effacer les barrières politiques qui avaient entravé la marche de son développement, en lui permettant de renouer avec les promesses de la Renaissance arabe. Différents journaux (Al-Hayat, Al-Sharq al-awsat, Al-Quds al-‘arabi, Al-Qabas…) furent alors créés à l’étranger (Londres en l’occurrence), en dehors du monde arabe et à l’écart de ses susceptibilités étatiques par conséquent, mais en gardant la possibilité, par le biais d’éditions électroniques locales, de s’adresser simultanément à l’ensemble du public arabophone. Pour autant, c’était toujours une partie restreinte de la nation à qui s’adressaient ces nouveaux médias transnationaux car leur diffusion restait doublement limitée : d’une part, en raison de l’obstacle de la langue écrite, fidèle aux canons traditionnels, même si cet obstacle était moins infranchissable qu’au début du siècle pour un nombre toujours plus grand de lecteurs potentiels ; de l’autre, par celui du coût, particulièrement élevé pour ce type de presse, dès lors réservée à une élite urbaine très réduite.

L’apparition des premières chaînes satellitaires, quelques années plus tard, entraîna une nouvelle modification radicale des données. En dépit des résistances des États, alarmés de se voir privés de leur monopole sur la diffusion télévisée, ce type de diffusion, inauguré pour le monde arabe en 1991 avec la chaîne généraliste saoudienne MBC, devait connaître une montée en puissance qu’illustra, quelques années plus tard, le phénoménal succès d’Al-Jazeera à partir de 1996. Particulièrement remarquable, en particulier à ses débuts, au regard de la médiocrité de l’offre télévisée arabophone, la chaîne qatarie suscita d’autant plus l’adhésion du public qu’elle était la première à s’être largement affranchie de la plupart des contraintes qui, jusqu’alors, avait empêché les médias locaux d’être à la hauteur des ambitions du « rêve arabe » : la réception par satellite assurait une couverture à l’échelle de la nation, la diffusion télévisée facilitait considérablement la perception d’un discours utilisant (mais pas exclusivement, en particulier dans les talk shows) l’arabe standard, par ailleurs de mieux en mieux perçu grâce aux progrès de la scolarisation, tandis que les contraintes financières étaient inexistantes grâce au « mécénat » de l’Émirat du Qatar, par ailleurs bien décidé, en réunissant les meilleurs professionnels de tous les pays arabes, à s’imposer comme une grande puissance régionale.

Mais précisément, les ambitions de l’Émirat devaient nécessairement aller à l’encontre du positionnement initial d’une chaîne en quelque sorte au service de la nation arabe : plus le poids stratégique du Qatar se confirmait et moins Al-Jazeera pouvait prétendre incarner « la voix des Arabes ». Structurelle, la tension entre ces deux pôles est devenue telle, à partir des événements de l’année 2011 notamment, que l’aura de la chaîne a commencé à diminuer, de manière irréversible peut-on penser. En réalité chaîne satellite d’un État, en dépit de son statut fictivement privé, Al-Jazeera avait pu lever, durant un temps en tout cas, la plupart des contraintes qui n’avaient cessé de peser sur la médiatisation du roman national arabe. À l’exception d’une, à tout le moins, celle qui s’opposait à ce qu’une capitale périphérique – Doha en l’occurrence, quelle que soit sa richesse – puisse incarner le « cœur battant de l’arabité » (ce qui n’était pas aussi impossible pour Le Caire, au temps de Nasser).

En l’absence d’une « capitale » arabe reconnue par l’ensemble des acteurs concernés (même si, parmi celles qui n’ont pas été détruites par la guerre, ils s’en trouvent qui s’imaginent mériter ce titre…), les techniques numériques ont apporté une solution : faute d’un seul lieu central d’émission rayonnant dans toute la région, il reste toujours possible, grâce au développement d’internet, d’imaginer un roman national arabe qui se diffuse de manière réticulaire, par une constellation d’acteurs utilisant les multiples réseaux sociaux qui ont pris une importance considérable depuis au moins une décennie. Inexistants ou presque comme fait social au passage du millénaire, les internautes arabes sont toujours plus nombreux, au point de représenter dans peu de temps (2018) plus de la moitié de la population totale. Une telle évolution a pu faire croire trop facilement à des bouleversements immédiats sur le plan politique, ce qui n’exclut pas, loin de là, que le regard que le monde arabe porte sur lui-même soit profondément changé par cette nouvelle forme de communication (tout comme l’irruption de l’imprimé a étroitement participé à la fabrique de son histoire moderne, il y a un siècle et demi de cela). De fait, si l’on peut estimer, surtout rétrospectivement, que les soulèvements dans de nombreux pays de la région en 2011 ne méritaient pas forcément le nom de « printemps », rien n’est venu contredire le qualificatif d’« arabe » qu’on leur a apposé. Les destinées, presque toujours négatives, qu’ont connu ces mouvements n’ôtent rien au fait qu’ils témoignent à leur façon, de par la manière dont ils se sont influencés les uns les autres, de la capacité des nouveaux médias à prendre en charge et à relayer le rêve d’un roman national arabe. Rêve qui reste encore à construire…

L’aide internationale dédiée à la jeunesse réfugiée au Liban du point de vue des acteurs locaux

Logo du programme "Engaging with the youth of Syria" UNRWA

Logo du programme « Engaging with the youth of Syria » UNRWA

Le Liban a connu ces dernières années une augmentation considérable des flux de financement étrangers à des fins humanitaires ou de développement, pour des projets visant à la fois le sol libanais, avec son importante population de réfugiés, et le sol syrien. Il apparaît notamment que les « jeunes » sont un objectif prioritaire des projets financés par les bailleurs de fonds, et ce plus encore depuis 2011, alors que les soulèvements arabes ont largement été interprétés comme le fait d’une jeunesse en révolte contre son exclusion politique, économique ou sociale.

A partir de réflexions menées sur les effets de l’aide internationale dans le contexte palestinien [Labadi 2015], je me suis intéressé aux projets dédiés à la jeunesse réfugiée, palestinienne et syrienne, au Liban. Une enquête préliminaire réalisée fin 2016 dans le cadre d’une mission auprès de l’Ifpo à Beyrouth et du programme WAFAW (ERC) m’a permis de faire un premier état des lieux de la littérature ainsi que du terrain. J’ai ainsi pu (re)nouer quelques contacts et conduire plusieurs entretiens, pour la plupart informels, qui m’ont amené à préciser les contours d’un projet de recherche portant sur les procédés normatifs et de sujétion qui s’exercent dans le champ de l’aide et sur la façon dont ceux-ci impactent les discours et les pratiques des jeunes qui y sont impliqués. La question posée n’est donc pas tant celle de l’efficacité de ces politiques ou même de leur pertinence, que celle des rapports qui s’établissent à travers elles, ici tels qu’ils sont vécus et perçus par les jeunes réfugiés eux-mêmes ainsi que par d’autres acteurs locaux. Je présente ici mes arguments en faveur d’un tel projet.

Les jeunes réfugiés, objets de discours et de l’action publique

Rapports d’expertise ou travaux académiques, une imposante partie de la littérature traitant de la présence des réfugiés palestiniens et syriens au Liban est axée sur l’examen des conditions (politiques, légales, économiques, sociales…) de cette présence ainsi que sur les épreuves auxquelles ceux-ci sont confrontés ou encore sur les défis qu’ils font peser sur la société et l’économie libanaise. En se fixant pour objet de faire connaitre la précarité de leurs conditions et de mettre à jour les multiples formes de vulnérabilité que ceux-ci éprouvent, cette littérature parait, dans l’ensemble, orientée vers l’identification d’une « crise des réfugiés ». S’agissant plus spécifiquement des « jeunes », elle fait généralement état des difficultés et des enjeux liés à leur formation et à leur insertion professionnelle, ou bien à la discrimination et à la marginalisation sociale et politique auxquelles ils sont confrontés, et rend compte des risques de radicalisation et d’embrigadement qu’ils encourent. Ces connaissances, celles développées dans des rapports surtout, viendront éclairer la mise en œuvre de politiques qui leurs sont consacrées, notamment promues et financées par des bailleurs de fonds internationaux [UNHCR 2016 ; VASyr 2016, Verme et al. 2016].

Or cette littérature au caractère explicitement prescriptif ne fait pas que recouvrir une réalité. Elle est porteuse de normes et de représentations de ce que sont les « jeunes », qui forment pourtant moins une catégorie sociale objective qu’un objet consacré par le discours public, et contribue à poser les termes avec lesquels leurs problèmes sont envisagés. Il apparait en l’occurrence que les discours associés aux politiques ciblant la jeunesse dans le monde arabe soient généralement ambigus, se montrant à la fois concernés par les défis que rencontrent les jeunes et par ceux qu’ils viennent à causer [Catusse et Destremau 2016]. Ces discours doivent à ce titre être interprétés comme étant une expression des rapports de pouvoirs qui s’exercent au sein de la société libanaise et participant de leur légitimation. L’intervention croissante d’acteurs non-nationaux dans la formulation et dans la mise en œuvre de ces politiques invite également à penser leur articulation aux rapports de pouvoirs qui sont à l’œuvre sur la scène internationale [Somi 2016]. Il en va ici de même pour les réfugiés, et plus généralement, pour les migrants qui sont aussi devenus ces dernières années un objet majeur de l’action et du discours public sur la scène arabe et internationale.

Logos des principales Agences participant au programme "Syria Regional Refugee Response au Liban"

Logos des principales agences participant au programme « Syria Regional Refugee Response » au Liban

L’aide crée du lien et produit un langage

Parallèlement, la majeure partie des travaux traitant de l’aide internationale consacrée à la région (Liban, Palestine, Syrie, Jordanie) considère ses résultats à l’aune de ses propres objectifs. Leurs auteurs se cantonnent de ce fait à une démarche fonctionnaliste et prescriptive dans laquelle l’aide est un instrument nécessaire et dont il s’agit avant tout d’évaluer et d’interroger l’efficacité. Quelques travaux font exception, notamment s’agissant des territoires palestiniens occupés où l’aide internationale constitue depuis une vingtaine d’année un phénomène à la fois constant et majeur. En examinant les effets de l’aide sur la société palestinienne, et notamment son rôle dans la gestion et dans la dépolitisation du conflit avec Israël, ceux-ci ont ouvert de nouvelles perspectives de recherche qui tiennent compte, au côté d’autres considérations, de l’état de captivité dans lequel se trouvent généralement les bénéficiaires vis-à-vis des bailleurs [Labadi 2015].

Sur le Liban en revanche, le besoin d’un travail académique conséquent détaillant les discours et les pratiques des différents acteurs qui agissent dans le champ de l’aide internationale se fait sentir. Mon enquête me conduit pour le moment à privilégier le point de vue d’acteurs locaux, participants, bénévoles ou salariés des organisations bénéficiaires de l’aide, mais aussi des responsables d’ONG, militants politiques, universitaires et acteurs sociaux. De même, je suis amené à récuser l’approche consistant à appréhender l’aide en tant qu’instrument d’une politique discrétionnaire engagée de la part d’une communauté de donateurs au profit d’une population de bénéficiaires. Aussi, plutôt que de vouloir rendre compte des résultats mitigés de l’aide ou d’en expliquer les contradictions, je suis parti du constat, renouvelé à partir du terrain libanais, que l’octroi de l’aide est à la fois sélectif et conditionné, ce qui ne peut manquer de jouer sur la nature des rapports qui s’établissent entre les bailleurs et les bénéficiaires [Hanafi et Tabar 2004]. Par son biais en effet, les bailleurs choisissent les acteurs et les activités qu’ils reconnaissent comme légitimes et invitent les bénéficiaires à s’engager dans un effort conforme, jusqu’à un certain point, à leurs visions et à leurs intérêts.

La domination du bailleur n’en est pas pour autant absolue, et son intervention doit plutôt être considérée comme le fruit d’un « processus tout à la fois incertain, inachevé et partiel d’actions multiples et de compréhensions diverses et concomitantes de la réalité » [Hibou 2011, p. 170]. Néanmoins de son côté, le bénéficiaire est bien souvent tributaire de cette aide et nourrit dès lors un comportement rentier, mettant tout en œuvre pour continuer à profiter du pouvoir que lui assure cette rente, et ce quel que soit son degré d’adhésion quant aux objectifs du bailleur. De façon analogue à ce qui vaut pour les ONG en Palestine, cette dépendance à l’égard des bailleurs vient notamment se substituer à une dépendance à l’égard des organisations politiques et du travail bénévole militant, participant ainsi d’une reconfiguration des rapports de force au niveau local [Sbeih 2014]. Le versement de l’aide constitue enfin un acte de violence symbolique au sens où le bénéficiaire est appelé à exprimer sa gratitude envers le bailleur et à accepter, tacitement, son statut d’objet-cible des politiques engagées par celui-ci [Labadi 2015].

Tous ces acteurs s’insèrent en définitive dans une configuration au sens où l’entendait Norbert Elias, d’un tissu de relations fait d’interdépendances et de pouvoirs. Dans ces conditions, il s’agit non pas de vouloir déceler des liens mécaniques et immédiats entre le versement de l’aide et l’aliénation du bénéficiaire dans un agenda qui ne serait pas le sien, mais bien plutôt de décrire les conditions d’émergence d’un langage par le moyen duquel les acteurs vont s’entendre et œuvrer en commun. En l’occurrence, les divers projets et appels à projet que j’ai pu consulter jusqu’ici mettent en avant la nécessité de promouvoir le « renforcement des capacités », l’« insertion professionnelle » ou bien encore la « participation civique » des jeunes réfugiés, ceci dans le but de réduire leurs « frustrations » ainsi que les « risques de conflit » qui pourraient « menacer la stabilité et la sécurité » du Liban et de la région. Des objectifs qui semblent bien faire l’unanimité parmi les acteurs de ce champ.

Ainsi, tandis que les relations dans le champ de l’aide sont fondamentalement asymétriques, dans la mesure où elles sont conditionnées par le versement de l’aide qui engagent à la fois matériellement et symboliquement un « bailleur » et un « bénéficiaire », le langage lui est générateur de consensus [Beaud 1984], et passe significativement sous silence les rapports de pouvoir à l’œuvre entre ceux qui versent l’aide et ceux qui la perçoivent. Celui-ci évacue également toute considération quant à la dimension géostratégique et potentiellement problématique du travail auprès des jeunes réfugiés palestiniens et syriens au Liban. Les interventions des uns et des autres répondent pourtant à des logiques passablement contradictoires, voire antagoniques. Ceci transparait notamment dans les représentations divergentes que j’ai pu rencontrer de ce qu’est « la jeunesse », tantôt dangereuse ou en danger, tantôt ressource et force de changement pour demain. Cela vaut également pour ce qui est des acceptations hétérogènes du sens donné à l’exil ou au retour, ou encore à l’installation sur le sol libanais, envisagé comme transitoire ou non.

Je suis dès lors conduit à faire l’hypothèse que l’aide internationale contribue à la production d’un discours de vérité qui s’impose aujourd’hui comme un mode crédible de légitimation des rapports de pouvoir à l’œuvre au cœur de la gestion des « problèmes » associés aux jeunes réfugiés au Liban.

Bibliographie

Pour citer ce billet : Taher Labadi, « L’aide internationale dédiée à la jeunesse réfugiée au Liban du point de vue des acteurs locaux », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 11 avril 2017. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7489

Taher Labadi portrait

Taher Labadi a obtenu un doctorat de Sc. Économiques en 2015 en présentant une thèse sur l’économie politique du conflit en Palestine. Ses recherches actuelles portent sur les procédés de pouvoir ainsi que sur les mécanismes de dépolitisations liés aux politiques de développement, de peace-building et d’intégration économique au Moyen-Orient.

Appels à projets « Islam, religion et société » 2017 – Bureau central des cultes (DLPAJ), Ministère de l’intérieur

Guide des appels à projets de recherche 2017

 « Islam, religion et société »

Ministère de l’Intérieur, Direction des libertés publiques et des affaires juridiques ­ Bureau central des cultes, en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche

En février 2015, le Gouvernement annonçait entre autres mesures le soutien à la recherche en islamologie ainsi qu’en sciences humaines sur l’islam de France. Cette annonce faisait suite au constat d’un déclin de l’islamologie en France (« Livre Blanc » du GIS Moyen-Orient/Mondes Musulmans » et Rapport « Disciplines rares », 2014), contrairement à la plupart des pays européens, et d’un défaut de renouvellement des travaux en sciences humaines portant sur l’islam de France. Une ligne de crédits de recherche intitulée « Islam, religion, et société » a donc été ouverte pour la première fois à la rentrée 2015, avec pour finalité de répondre aux besoins de connaissance de la diversité des institutions, courants, pratiques et discours relatifs à l’islam contemporain en France, de sa composition en mutations et recompositions permanentes. Les usages passés et présents du corpus religieux islamique, l’étude de la production scripturaire ancienne comme contemporaine ne seront pas non plus ignorés. Une approche pluridisciplinaire intégrant sociologues, anthropologues, juristes, économistes, politologues, historiens et islamologues a été privilégiée.

Les appels à projets 2017, qui s’adressent à l’ensemble de la communauté académique francophone, répondent aux besoins de connaissance des pouvoirs publics, dont plusieurs rapports récents estiment qu’ils devraient nouer un dialogue plus soutenu avec le monde de la recherche. Ainsi, après les 7 appels projets lancés en 2016, ce sont 8 nouveaux appels à projets qui seront soutenus cette année. Les sujets ont été retenus en accord avec le Conseil d’administration et le Conseil scientifique de ces crédits de recherche, composé de sept universitaires reconnus, présidé par le professeur Francis Messner (Université de Strasbourg) :

Projet no 16-2017 – L’islam au quotidien: discours, pratiques ordinaires, rapports à la norme (Seine Saint-Denis, Marseille, Lyon, Lille) (2ans).
Projet no 17a et 17b-2017 – L’islam à Mayotte et à La Réunion (2 ans).
Projet no 18-2017 – Engagements féminins dans l’islam de France.
Projet no 19-2017 – Les salons musulmans en France et en Belgique : économie, réseaux et acteurs socioreligieux.
Projet no 20-2017 – Le soufisme en France, entre hétérogénéités, mutations et velléités de rassemblement. Confréries, acteurs et réseaux.
Projet no 21-2017 – L’islam subsaharien et comorien en France métropolitaine.
Projet no 22-2017 – L’humanitaire islamique en France.

La date limite d’envoi des candidatures est fixée au Mardi 6 juin 2017. Elles seront ensuite examinées par le conseil scientifique et le conseil d’administration des crédits recherche, pour une délibération à la fin de ce même mois.