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Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée

Revue pluridisciplinaire proposant des dossiers thématiques sur l’ensemble du monde musulman actuel et sur son histoire

A multidisciplinary journal offering thematic issues on the Muslim world, past and present

Revista pluridisciplinaria que ofrece asuntos tematicos sobre el mundo musulman entero actual y sobre su historia

140 | 2016 – Arbitrage et conciliation dans l’Islam médiéval et moderne

TableauV2 de M. Lucas Robiquet

Les études sur la justice en terre d’Islam se sont surtout concentrées, jusqu’ici, sur la résolution des conflits dans le cadre institutionnel mis en place par les autorités musulmanes, les tribunaux, dont les juges étaient nommés par le pouvoir politique. Or, l’exemple de sociétés musulmanes contemporaines (comme au Yémen) montre combien, encore aujourd’hui, la justice coutumière prend souvent le pas sur la justice étatique, et l’on peut supposer qu’il n’en allait pas autrement aux époques médiévale et moderne.

L’arbitrage est ici défini comme un mode d’adjudication dans lequel les plaideurs choisissent d’un commun accord la personne qui devra les départager. L’arbitre n’a pas l’autorité de faire comparaître un individu contre son gré ; ce type d’adjudication est, en général, extra-étatique.

De son côté, la conciliation correspond à un mode extra-judiciaire de résolution des conflits. Les parties s’en remettent à un médiateur qui orchestre des négociations conduisant en général à la formulation d’un compromis.

Ces deux modes de résolution des conflits, quoique traités de façon marginale, ne sont pas absents  des sources islamiques médiévales : des chapitres de fiqh y furent dévolus dès une époque ancienne, des documents sur papyrus ou papier y font allusion, et les sources narratives recèlent également, à l’occasion, de précieuses informations sur ces deux formes de résolution des conflits.

Il s’agit ici de mieux comprendre les pratiques et les enjeux de l’arbitrage et de la conciliation dans l’Islam médiéval et moderne (époque ottomane), de mettre en évidence le fonctionnement et les usages qui purent être faits de ces modes de résolution des conflits et comment ces instances sont-elles définies, comment articulent-elles leurs rapports avec les institutions étatiques et quels sont les acteurs de cette justice parallèle.

139 | 2016 – Les Fatimides et la Méditerranée centrale Xe-XIIe siècles

ISBN 979-10-320-0065-6

Si la Méditerranée centrale (Adriatique, Grèce, Italie, Sardaigne, Sicile, Libye, Maghreb central et Ifrîqiya) a été perçue comme un ensemble pendant la première moitié du Moyen Âge, la structuration des domaines de spécialité, géographiques ou dynastiques, a amené à une sorte d’amnésie de l’histoire de cet espace. Les Fatimides eux-mêmes sont le plus souvent envisagés avant tout en relation avec l’Égypte, l’Orient et la mer Rouge. Or, dans le prolongement de tendances qui avaient émergé au ixe siècle, la Méditerranée centrale semble acquérir une importance particulière au moment du morcellement durable du califat, qui débute au xesiècle et se poursuit jusqu’au xiie siècle alors que les Byzantins reprennent l’offensive en Méditerranée et au Levant. Elle voit naître un nouveau califat, fatimide, qui s’affirme à partir de cette base régionale (Ifrîqiya, Sicile dont la conquête est achevée après un siècle et demi), où elle développera des formes de délégation après son transfert en Égypte à partir de 973. Les circulations intellectuelles, artistiques et commerciales apparaissent plus clairement aujourd’hui que par le passé et permettent peut-être de retracer une histoire révisée de cet espace au cours de ces trois siècles. Une ouverture sera ménagée vers al-Andalus et le Maghreb al-Aqsâ sans lesquels il est difficile de comprendre une partie de ces circulations. La compétition califale ne se joue en effet pas seulement avec l’Orient du Dār al-islām, mais aussi beaucoup avec le califat d’Occident, avec pour enjeu, non seulement l’emprise territoriale proprement dite, mais aussi le contrôle de la mer et des pistes transsahariennes. Si ce point est bien établi aujourd’hui, il est important d’en tirer toutes les conséquences.

Il s’agit donc moins de préciser l’histoire de la dynastie fatimide ou de la Méditerranée centrale entre les xe et xiie siècles que d’avancer des éléments nouveaux permettant de repenser les circulations méditerranéennes en redonnant toute sa place à un espace qui n’a pas toujours fait l’objet de l’attention que l’importance de son rôle aurait justifié.

138 | 2015 – Révolutions arabes : un événement pour les sciences sociales ?

Le Caire

Les soulèvements aussi inattendus que spectaculaires qui se sont produits à partir de la fin de l’année 2010 au sud et à l’est de la Méditerranée ont bouleversé des sociétés entières, bien au-delà du champ politique. Leurs prolongements tout aussi divers, imprévisibles et parfois dramatiques continuent d’affecter l’ensemble de la région, au-delà même des pays directement concernés.

Face à l’accélération de l’histoire, la demande sociale s’intensifie pour mieux comprendre. Dans le concert d’expertise mobilisée, l'ensemble des sciences sociales et humaines est mis à contribution. Ce dossier propose d’examiner à partir d’expériences concrètes et comparées comment les chercheurs de diverses disciplines (histoire, science politique, sociologie, anthropologie, linguistique…) ont pu répondre à l’épreuve de cette interpellation.

D’un point de vue théorique, les textes rassemblés dans ce volume s’interrogent sur l’évolution des grilles de lecture, l’émergence d’objets originaux ou de pistes de recherche inédites, l’activation de nouveaux débats à l’intérieur des disciplines ou entre elles. Mais leurs auteurs se penchent aussi sur les conditions pratiques de la recherche à un moment où autant de terrains d’enquêtes se ferment qu’il ne s’en ouvre de nouveaux, où l’apparition de sources, l’ouverture d’archives ne peut faire oublier que des pans entiers de sociétés sont menacés de destruction.

Investissement professionnel et personnel à la fois, la recherche en sciences sociales ne peut faire l’économie d’une réflexion sur les conditions de production du savoir, sur la façon d’écrire et de décrire une histoire dans laquelle les observateurs sont eux-mêmes engagés. Les révolutions arabes invitent à une démarche réflexive qui interroge la position du chercheur, la spécificité de son métier et sa capacité à rendre intelligibles les événements majeurs de l’histoire récente.

137 | 2015 – La nationalité dans le monde arabe des années 1830 aux années 1960

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ISBN 978-2-85399-986-1
La nationalité est devenue une clé d’accès à des droits sociaux, économiques et politiques : marchés du travail, élections, possibilité de se déplacer dans le monde… Du fait de cette centralité dans nos vies contemporaines, la nationalité a surtout suscité pour le monde arabe des études juridiques, de sociologie voire de sciences politiques tandis que l’écriture de son histoire a longtemps été reléguée, éclipsée par celle de la nation, jugée plus fascinante. Dans la lignée de récentes recherches sur la nationalité dans le monde arabe, ce présent dossier propose d’explorer les dimensions historiques de cette notion comme lien légal noué entre des États et des individus. Les études ici réunies permettent de confronter les appréhensions et usages de la nationalité au Maghreb et au Proche Orient, des années 1830 au cours des années 1960, de la fin de l’emprise ottomane aux lendemains des temps coloniaux. Deux premiers articles suivent des trajectoires de vie du second xixe siècle selon les effets et usages du droit de la nationalité. Un second ensemble de contributions se situe à l’échelle des empires ottoman, britannique et français afin d’explorer les capacités d’actions de sujets et de groupes, dans des successions d’États, lorsque des normes juridiques d’appartenance aux États sont transformées ou renégociées. Un troisième et dernier volet explore enfin l’enjeu qu’ont constitué les migrants et la migration pour les États, pour la définition de leur souveraineté et de leurs limites d’action.

136 | 2014 – Les empreintes du temps : calendriers et rythmes sociaux

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ISBN 978-2-85399-969-4
L’histoire du temps, telle qu’elle a été jusqu’alors construite par l’historiographie, a porté essentiellement sur l’expérience occidentale. Le regain récent des études sur le temps, lié au phénomène d’accélération et de déstructuration de celui-ci dans la modernité, a encore enrichi les savoirs, notamment sur la diversité des temps sociaux (temps du travail, du loisir, de la famille…). Or la place des espaces non-occidentaux dans ces réflexions demeure assez modeste. En outre, en ce qui concerne ces derniers, le temps est d’abord référé à la culture, et donc essentiellement à la dimension religieuse. Si celle-ci a une part importante dans la structuration du temps, notamment à travers l’élaboration des calendriers, le temps est aussi façonné par les multiples pratiques sociales imposées par les pouvoirs politiques et les autorités sociales et religieuses dominantes, ou initiées par les acteurs eux-mêmes. Les scansions calendaires et les cadres temporels nés des diverses activités induisent à leur tour des rythmes sociaux, à de multiples échelles, dont l’observation permet de saisir la façon dont ces temporalités sont choisies, appropriées, vécues par les individus et les groupes. Ce numéro propose quelques incursions dans l’espace arabe et musulman à partir de ces questionnements nouveaux sur et par le temps. Elles révèlent la façon dont s’est construite, sur la longue durée, une pluralité de références temporelles et calendaires dans cette région. Le temps ne peut en effet y être réduit à un seul « temps de l’islam », mais il s’inscrit dans un système complexe de circulation de modèles, d’emprunts, et aussi de conflits.  Dans ce contexte, les acteurs ont appris à développer des compétences particulières pour passer d’un registre de temps à un autre.

135 | 2014 – Sociétés de montagne et réforme religieuse en terre d’Islam

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ISBN 978-2-85399-935-9
Après la mer, sujet thématique d’une précédente livraison de la revue, le présent dossier propose de poursuivre l’exploration du rapport entre espace et sacralité en terre d’Islam par un nouveau territoire : la montagne. Dans le domaine islamique, celle-ci est souvent associée à la marge et la périphérie, aux confins de l’emprise exercée par l’État et la culture des élites lettrées citadines. Les paradigmes historiographiques classiquesen font également un lieu de refuge et de dissidence, où s’expriment depuis le Moyen Âge des doctrines hétérodoxes ou sectaires, rétives à toute autorité centrale. À l’heure où les médias ravivent certains de ces stéréotypes à propos des zones montagneuses du Proche et du Moyen-Orient, cette livraison de la remmm offre un regard en profondeur sur les modalités de l’islamisation des espaces montagnards au long de l’histoire. Les diverses contributions rassemblées ici s’attachent plus précisément à mesurer la place de l’idée de réforme dans le système cognitif et la pensée religieuse des sociétés de montagne. L’exigence de rénovation spirituelle anime périodiquement ces dernières, dans le cadre d’un processus d’auto-islamisation. La réforme apparaît par conséquent comme un moment-clé dans la construction d’une culture religieuse qui s'alimente à la fois à la source d'un fonds local susceptible de nombreuses réélaborations, et d'apports idéologiques exogènes. Le numéro offre un panorama en diachronie de diverses situations d’occurrence de la réforme : des premiers murābiṭ-s à la réforme du druzisme, de l’Atlas des tribus almohades au Rif des saints, pour s’intéresser ensuite au réformisme algérien, au travers des exemples kabyle et aurésien. À l’inverse de l’image souvent véhiculée de l’enfermement, de l’immobilisme et de la résistance opiniâtre des espaces montagnards, ces contributions éclairent le processus d’intégration de la religion des montagnes dans les valeurs culturelles de la société englobante, et l’enracinement géographique de pratiques et de doctrines religieuses susceptibles de constituer les bases spirituelles de nouveaux pôles religieux : les « montagnes savantes », qui vont durant l’époque moderne participer pleinement à la production d’un savoir et d’un encadrement de haute réputation.

134 | 2013 – Cinémas arabes du XXIe siècle. Nouveaux territoires, nouveaux enjeux

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ISBN 978-2-85399-896-3

Loin des feux qui ont fait jadis sa gloire, le cinéma des pays arabes se réinvente sous l’effet de dynamiques de production et d’exposition des films, dans des expérimentations visuelles inédites et dans un nouveau rapport à la prise et à la consommation d’images. Ce sont ces mutations et ce qu’elles disent de ce territoire, qui va de l’Atlantique au Golfe, que ce recueil explore. Par l’étude des œuvres, des conditions de production des films, de leur circulation et de leur réception, le cinéma permet en effet aussi d’interroger les évolutions sociales et politiques à l’œuvre dans cette région du monde.

La première partie de cet ensemble est construite autour des notions de territoire et de frontière. Celles-ci concernent aussi bien les nouvelles logiques de production et d’exposition de films dans les festivals que l’effacement des frontières entre champs artistiques, et bien entendu la façon dont les films eux-mêmes prennent en charge de multiples manières les questions de représentation territoriale.

La seconde partie s’attache à la représentation du pouvoir dans les films et aux liens tissés entre pouvoirs et cinéma au cours de ces dix dernières années. A travers les bouleversements filmés et mis en scène durant les Printemps arabes (voire même avant), cette partie traite bien évidemment du rapport entre cinéma et révolution, mais elle questionne aussi les rapports de pouvoir quand celui-ci se situe à d’autres niveaux, entre les hommes et les femmes, entre les producteurs et les réalisateurs, entre les spectateurs et le film. Elle interroge tout autant la façon dont des partis politiques ou des médias utilisent le film pour accroître leur influence qu’à l’inverse, l’action du cinéma lui-même sur les pouvoirs politiques et sur leurs évolutions. Cette partie s’achève sur une réflexion qui, partant des territoires arabes et des contestations politiques avec et par l’image, interroge de façon plus ample ce qui définit le cinéma au regard des autres images au xxiesiècle.

133 | 2013 – Guerre et terre en Afghanistan

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ISBN 978-2-85399-884-0

L’enjeu foncier semble bien avoir été au cœur des logiques de la guerre de trente ans qui déchire l’Afghanistan depuis la fin des années 1970, en séquences successives. Sans doute serait-il exagéré de voir dans la terre « la » cause des  conflits qui se sont enchaînés. Mais elle en est devenue la rationalité principale, et demeure le premier enjeu de la nouvelle période qui s’ouvre avec le retrait programmé des forces occidentales.

La réforme agraire a été l’un des facteurs déclencheurs de la guerre civile en 1978 et de l’intervention militaire soviétique qui s’en est suivie. La « guerre des commandants » (1992-1996) qui a rapidement succédé au retrait des forces russes s’est accompagnée de stratégies d’accaparement du domaine foncier, notamment dans les villes en pleine expansion démographique et économique, du fait de l’exode rural, du retour des réfugiés, des investissements étrangers et des remises de la diaspora. Par ailleurs, les différentes réformes agraires, les migrations, les déplacements de population ont modifié en profondeur les rapports sociaux et ethniques dans les campagnes, en particulier entre cultivateurs et nomades, et ont rendu encore plus fragile le statut indécis de la propriété dans une société où prévalent le droit coutumier – plutôt que le droit musulman – et les arrangements informels, en l’absence de tout cadastre et titres dignes de ce nom. L’une des ressources de légitimité des talibans, jusqu’à aujourd’hui, tient précisément au fait que leurs tribunaux et leurs arbitrages s’avèrent plus efficaces et moins arbitraires que ceux de l’État, gangrenés par la corruption et soumis à la violence des « commandants » et des notables.

Tributaires de la guerre de trente ans, les conflits fonciers contemporains renvoient aussi à des contentieux remontant à la formation de l’Etat afghan au xixe siècle, en particulier aux déplacements de populations, à l’écrasement de la rébellion des Hazara et à la délivrance de droits de pâturage que le roi Abdurrahman a ordonnés. Mais la question agraire en Afghanistan est tout sauf « traditionnelle ». Elle est le fruit de transformations politiques et de changements sociaux accélérés, dont  la guerre a été le véhicule, et qui se traduisent surtout, aujourd’hui, par l’appropriation privée de la terre, jadis indivise, et par son exploitation immobilière dans le cadre de grands projets d’aménagement urbain. Elle signale le processus de centralisation de l’Etat, sous le couvert des conflits qui l’ont ensanglanté, et la naissance d’une classe dominante que ceux-ci ont portée au pouvoir en marginalisant la domination des notables locaux. 

Reposant sur des enquêtes de terrain, ce numéro donne à comprendre un Afghanistan moderne dont on parle peu, et qui ne se réduit pas à un simple affrontement entre son occidentalisation et le retour d’un obscurantisme islamique.

132 | 2012 – L’ibadisme, une minorité au cœur de l’islam

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ISBN 978-2-85399-809-3

Parmi les courants qui composent l’islam, l’ibâḍisme est l’un des plus méconnus. Aujourd’hui réduit à une minorité infime – sans doute pas plus de trois millions de personnes –, il n’a survécu qu’à Oman, le seul pays où il est dominant, sur la côte orientale de l’Afrique (principalement Zanzibar) et au Maghreb. En Libye, les Ibâḍites sont implantés dans le Djebel Nafûsa, en Tunisie sur l’île de Djerba, et en Algérie à Ouargla et dans le Mzâb, leur principal bastion. Des flux migratoires parfois anciens ont rajouté des points d’ancrage à cet archipel dynamique, à la fois sincèrement attaché à ses îlots de culture traditionnelle et profondément soucieux de développer son insertion dans des réseaux internationaux. 

Bien qu’ils récusent cette parenté, les Ibâḍites sont les derniers descendants de la troisième branche de l’islam, le khârijisme, naguère singularisée par sa contestation d’un califat héréditaire et absolutiste réservé aux seuls Quraysh. L’apparition de l’ibâḍisme à Baṣra, vers la fin du viie siècle, est indissociable de la recherche d’une solution de compromis et de coexistence avec les autres courants de l’islam. Ses pères fondateurs – parmi lesquels figurait peut-être le mystérieux Ibn Ibâḍ – récusaient en effet l’intransigeance des Azraqites, dont la politique de terreur et l’activisme militaire sont à l’origine de la légende noire qui entoure le khârijisme. L’ibâḍisme n’en a pas moins hérité du khârijisme une vision élective et collégiale du pouvoir qui met en avant le choix de la communauté et l’exemplarité religieuse du gouvernant, dont la destitution est jugée légitime en cas de rupture du pacte initial.

Dans le contexte actuel des révolutions arabes, les Ibâḍites aiment d’ailleurs à se définir comme des « démocrates de l’Islam ». Au Maghreb, l’historiographie communautaire rappelle volontiers la participation du mouvement aux révoltes qui secouèrent l’empire omeyyade finissant, son rôle actif dans la propagation de l’islam en milieu berbère et en Afrique noire, l’engagement de ses intellectuels dans la Naḥḍa et la contestation anticoloniale dès la fin du xixe siècle, ainsi que la lutte contre le « tyran » Kadhafi. Du côté d’Oman, pays devenu la vitrine mondiale de l’ibâḍisme, l’historiographie officielle vante la « renaissance » impulsée, grâce aux ressources de l’or noir, par le sultan Qâbûs, mais aussi l’esprit de « tolérance » qui caractériserait la société locale.

Ce volume tisse une réflexion sur la façon dont cette minorité s’est façonnée au cœur de l’Islam et met l’accent sur ses modèles fondateurs, des origines à l’époque contemporaine, et sur ses lieux et enjeux de mémoire.

131 | 2012 – Enseignement supérieur, pouvoirs et mondialisation dans le monde arabe

Plus d'une décennie de réformes universitaires dans le monde arabe, menées au nom de la « crise de l'enseignement supérieur » et de la « mondialisation », permet de premiers bilans. Comme dans d'autres régions du monde, les systèmes universitaires connaissent des mutations de grande ampleur, résultant tant des réformes mises en œuvre par les États que de l’arrivée de nouveaux acteurs transnationaux. De nouvelles missions leur sont attribuées. Transmission de savoirs efficaces, production de diplômés employables, préparation de l'ère post-rentière, arrimage aux normes internationales, préservation de l'ordre social, préférence nationale à l'emploi, objectif d’excellence et d’acquisition de références internationales : ces injonctions sont ambivalentes.

Si la marchandisation de l'enseignement supérieur tend à uniformiser les modes de « gouvernance », l’adaptation de ces derniers aux contextes nationaux et politiques singuliers est souvent problématique. Le présent dossier dresse un bilan contrasté des nouvelles dynamiques académiques dans le monde arabe. Diversifiant les perspectives – études de cas ou comparaisons régionales, il traite des questions suivantes : qui sont les acteurs des réformes universitaires ? Comme ces réformes sont-elles justifiées et appliquées et avec quelles conséquences ? Peut-on déceler, à travers elles, de nouvelles formes d'exercice du pouvoir et de légitimité ? De nouvelles hiérarchies sociales, régionales et politiques émergent-elles, ou bien assiste-t-on à la consolidation d'anciennes ?