Archives de catégorie : Méditerranée

Méditerranée Revue géographique des pays méditerranéens

Revue promouvant une approche géographique des pays du pourtour méditerranéen

A geography journal focusing on the Mediterranean area

Hassani Célia

Doctorante allocataire de recherche depuis le 01.10.2016 Contact : hassanicelia@gmail.com ; celia.hassani1@etu.univ-amu.fr   Directeur de thèse : Catherine Miller, Aix-Marseille Université/IREMAM Co-directeur de thèse : Gilles Suzanne, Aix-Marseille Université/LESA Sujet de thèse Scènes artistiques libanaises et demande de politiques culturelles : quels enjeux sociétaux ? Résumé L’observation de l’émergence de politiques culturelles dans les pays du pourtour sud de la méditerranée rend compte des phénomènes de recompositions sociétales en cours et pose la question du rapport à l’art et de sa place dans les sociétés concernées. … Continuer la lecture de Hassani Célia

123 | 2014 – La qualité environnementale en milieu urbain

Couverture Méditerranée 123
ISBN 979-1-03200-013-7
A4, 158 p.

Ce numéro de la revue Méditerranée rassemble des études en géographie, écologie, urbanisme, paysage… qui interrogent la qualité environnementale du cadre de vie dans 15 villes d’Europe et du Bassin méditerranéen.

Il propose de mettre en question les approches normatives qui sous-tendent aujourd'hui les produits immobiliers ou urbanistiques qui mobilisent la notion de « haute qualité environnementale », ainsi que le discours consensuel sur la « ville durable »…

Le numéro vise d’abord à enrichir les critères d'évaluation classiques de la QE urbaine qui habituellement procèdent « top down » et par indices ou combinaisons multicritères.

Pour ce faire, les articles mettent en relation les paramètres matériels et mesurables de la qualité environnementale des aménagements urbains (par exemple : végétation urbaine, bruit/calme, pollution, confort thermique etc.) avec les perceptions sensibles et évaluations subjectives des habitants, ainsi qu'avec les enjeux politico-économiques de la relation à l’environnement.

L'objectif est de comprendre la construction sociale de « systèmes de valeurs environnementales » dans leur globalité, en tenant compte de leurs enjeux politiques, des rapports socio-économiques, et des pratiques, représentations, ou revendications territoriales des habitants dans les contextes analysés.

La Méditerranée Sud à l’heure chinoise

Malgré les turbulences qui secouent la région, les pays du sud et de l’est de la Méditerranée demeurent des espaces-clés afin d’observer comment l’arrivée de produits made in China reconfigure les centralités commerciales et les réseaux marchands en Algérie, mais aussi au Maroc, au Kurdistan irakien, en Tunisie… et en Chine.

En France, c’est principalement dans le comptoir marseillais que s’est construite la figure de l’entrepreneur migrant dans le contexte post-fordiste lié à la crise industrielle, à la montée du chômage et au contrôle de l’immigration. Durant les années 1980, dans un contexte de pénurie et de contrôle des importations en Algérie, les premiers porteurs de cabas se sont lancés dans des navettes entre le port français et les villes du Maghreb où ils revendaient les marchandises acquises. Ces formes entrepreneuriales diffèrent de celles que l’on associe au commerce dit « ethnique », c’est-à-dire le commerce des biens communautaires (épicerie, services) à destination des communautés immigrées.

  • Les cabas sont des sacs de plastique tissé, désormais fabriqués en Chine. On les appelle ainsi sur quasiment tout le pourtour méditerranéen. Selon Michel Péraldi, « Leur présence familière sur tous les marchés de rue en Europe signe, mieux que n’importe quel uniforme, une communauté de pratique ».

Durant les années 1990 et 2000, ces activités internationales de négoce et de colportage se sont massifiées en termes de volumes de marchandises importées via les conteneurs, mais aussi diversifiées en termes de places marchandes d’approvisionnement avec la montée en puissance d’Istanbul, du Golfe arabo-persique (notamment Dubaï), enfin et surtout de la Chine. Des réseaux d’entreprises et d’acteurs se développent désormais, capables d’organiser des « filières » marchandes transnationales. En se globalisant, celles-ci se sont en grande partie émancipées de leur creuset initial, celui des échanges organisés au sein des communautés immigrées, émoussant le cadre géographique et communautaire post-colonial du commerce au cabas.

Repérer les places marchandes

Aujourd’hui, on peut repérer une pluralité d’espaces urbains situés le long de chaînes commerciales très étendues, même les plus banals d’entre eux, qu’il s’agisse des places marchandes fréquentées par les consommateurs (souks ruraux très anciens, centres commerciaux, galeries marchandes…), de celles où les détaillants viennent s’approvisionner auprès des négociants en gros, ou encore de celles où se rencontrent les entrepreneurs transnationaux.

Repérer ces places marchandes conduit aussi à reconstituer les liens que de multiples acteurs tissent en effectuant des navettes vers les places régionales, nationales ou les comptoirs transnationaux d’approvisionnement. Ils relient les villes aux campagnes, les petites villes et les métropoles, des lieux situés de part et d’autre d’une frontière ou sur différents continents…

CC Wikipedia Commons Marianne Casamance

CC Wikipedia Commons Marianne Casamance

Cette cartographie déroge aux hiérarchies urbaines conventionnelles et redessine les centralités au sein des espaces nationaux ou transfrontaliers. Ces centralités se sont construites selon des logiques qui ne sont pas toujours immédiatement visibles ; elles doivent autant à des accumulations de capital marchand ou non-marchand (argent de l’émigration, change de devises…), qu’à l’histoire de réseaux oubliés, ceux des marchés au bétail, des souks Libya ou Dubaï ; ou encore au rythme des mutations des routes d’approvisionnement soumises aux aléas de la géopolitique aussi bien qu’à l’efficacité des opérateurs qui animent ces routes ou aux navettes entre le Maghreb et ses communautés transnationales. Tous ces facteurs renouvellent sans cesse flux et pratiques du commerce au cabas, déclinées au masculin et au féminin.

Emergence des places marchandes

Il s’agit ici de places marchandes qui participent pleinement de la reconfiguration des paysages urbains. Ce phénomène touche toutes les grandes villes de la région, notamment en Algérie. C’est ainsi que Médina J’dida à Oran, un quartier-marché d’ancienne tradition commerciale est aujourd’hui en plein renouvellement urbain, montrant la vitalité de ce commerce et de cette place au rayonnement régional. Comparer Médina J’dida et Choupot, une autre place oranaise issue du même phénomène commercial, conduit à pondérer toute impression d’uniformisation car leurs histoires urbaines, différentes, ont redéfini des fonctions complémentaires et des publics différents qui aboutissent à des formes de structuration distinctes : un marché pour tous (Médina J’dida) et une rue commerciale dans un quartier pavillonnaire discret de la ville (Choupot) où s’invente un nouveau lieu du consumérisme des couches moyennes. Deux places qui se développent en prenant de court les politiques publiques urbaines et qui illustrent les processus de reconfiguration de la ville algérienne.

CC Pixabay Gavilla

CC Pixabay Gavilla

Sidi Mabrouk à Constantine, comme Choupot à Oran, est un ancien faubourg pavillonnaire de l’époque coloniale. En l’espace d’une décennie, il est devenu la nouvelle polarité commerciale de la ville destinée aux couches moyennes. Le processus du passage de l’immeuble familial au local commercial, son effet diffuseur sur l’ensemble du quartier, ses figures d’entrepreneurs marchands pionniers participent à la construction de nouvelles ambiances urbaines et aux pratiques de consommation qui y sont associées.

Deux visions conflictuelles de l’urbanisme

CC Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

CC Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Dans certains cas, « l’urbanisme commercial de fait » s’est imposé et a pris de court les pouvoirs publics qui n’ont fait au mieux que l’accompagner. Mais dans d’autres situations, il entre en concurrence avec les projets des pouvoirs publics. Cette cohabitation entre deux visions de l’urbanisme devient alors conflictuelle et remet à l’ordre du jour le fait que ces dynamiques portent en elles des enjeux socio-économiques considérables : le contrôle de l’espace urbain, de la ville.

La double polarité qui s’est constituée dans un quartier d’habitat populaire à Salé (Maroc) montre comment des places marchandes informelles, tout en étant un élément incontournable des paysages urbains au Maghreb, entrent en opposition avec les projets étatiques. Ce sont deux processus d’urbanisation qui cohabitent, producteurs de centralité, l’un officiel et planifié, l’autre issu des dynamiques marchandes informelles. En effet, la requalification positive du quartier qu’a entraîné l’activité marchande n’est pas forcément prise en compte par les projets étatiques porteurs d’une autre vision de la modernité. Il se trouve alors contrarié par un grand projet urbain qui remet en cause la cohabitation.

Cette dynamique « informelle » met à jour de nouveaux enjeux, qui posent la question de savoir si les centres commerciaux récents qui apparaissent au Maghreb, symbole officiel de la modernité consumériste, sont appelés à se généraliser. Un quartier issu de l’habitat informel dans la périphérie du Sud-Est d’Alger, Cherarba, nous introduit dans l’enchevêtrement entre formel et informel. Il nous révèle en outre un enjeu qui se dessine autour des métropoles : l’émergence d’une place marchande dans les périphéries urbaines devient enjeu de contrôle, dont la maîtrise a donné lieu, dans les années 1990, à des luttes violentes et meurtrières avec les islamistes radicaux.

Routes, comptoirs et mobilités des individus

Cette circulation de marchandises renvoie aussi aux routes, aux comptoirs qui les jalonnent et aux différentes formes de mobilités des individus – hommes et femmes – qui parfois s’y installent. Ils irriguent les territoires urbains et ruraux et alimentent les marchés. Ces effets sont visibles là où les grossistes s’approvisionnent, comme à Yiwu (Chine), considéré comme le plus important marché du monde dans le domaine des menus articles.

CC Pixabay Kraej

CC Pixabay Kraej

Dans cette ville-marché transnationale, loin du modèle de la ville globale, on croise une multitude d’acheteurs venant du monde entier et notamment des Arabes qui ont une visibilité urbaine à travers le « quartier musulman » de la ville chinoise et l’installation de bureaux permanents qui organisent directement l’expédition des marchandises. Avec ce comptoir, c’est aussi une forme de migration d’un nouveau genre qui se met en place, celle de jeunes entrepreneurs transnationaux qui rompent avec les schémas classiques de l’émigration économique vers l’Europe.

Le rayonnement de cette place contraste avec une multitude de circuits et de lieux d’échanges plus discrets. Ce sont en effet les marchandises plus que les migrants qui proviennent de Chine car les réseaux d’importateurs algériens contrôlent l’intégralité de la chaîne. Le quartier chinois de Boushaki à Alger, n’en est pas moins l’objet de légendes urbaines et de stéréotypes nombreux contrairement à Casablanca (Maroc), où les commerçants chinois ont réussi à se faire une place au Derb Omar et à s’appuyer sur les souks qui font désormais partie du maillage de ces connexions transnationales pour approvisionner l’ensemble du pays.

Dans un Proche-Orient en guerre, les commerçants du Kurdistan irakien jouent un rôle de passeurs entre les mondes arabe, perse et turc, tandis que les réseaux qu’ils constituent fonctionnent comme un assemblage de maillons d’une longue chaîne. Dans le même ordre d’idée, dans la région de la Jeffara tunisienne, autour de la place marchande de Ben Gardane, à proximité de la frontière libyenne, les réseaux de l’échange transnational se recomposent dans le contexte d’une transition politique mouvementée en Tunisie et dans les pays voisins depuis 2011, année de ce que l’on nommait alors les « Printemps arabes ».

La labilité des réseaux sociaux et territoriaux, les lieux qu’ils relient, les personnes qui les animent, contribuent à la résistance de ces lieux et de ces liens vis-à-vis des aléas économiques, politiques et sécuritaires qui secouent l’ensemble d’une région en pleine mutation. Ces réseaux ne peuvent évidemment pas être seulement considérés dans leur expansion. Il faut aussi prendre en compte leur réversibilité et la fragilité des architectures transnationales qui n’est bien souvent qu’apparente. Mais ils signalent avec force une dynamique nouvelle, produit de cette mondialisation silencieuse qui agit en profondeur par la diffusion d’un nouveau type de consommation de masse, la restructuration des villes et des places commerciales et enfin par l’émergence d’entrepreneurs marchands, nouvelles figures sociales de ce commerce transnational.

CC Pixabay Geralt

CC Pixabay Geralt

Crédits image à la Une : CC Wikimedia Commons Styx

APPEL À CANDIDATURES DU PRIX DE THÈSE 2017

APPEL À CANDIDATURES DU PRIX DE THÈSE 2017

L’Institut d’étude de l’islam et des sociétés du monde musulman (IISMM) et le GIS Moyen-Orient Mondes musulmans du CNRS organisent en 2017 trois prix de thèse ciblés ayant trait au Moyen-Orient et aux mondes musulmans. Sont éligibles des travaux soutenus en français ou en France entre le 1er septembre 2014 et le 31 décembre 2016, dans toutes les disciplines des lettres et sciences humaines et sociales.

Trois prix seront attribués et remis solennellement le mercredi 5 juillet 2017 :

  • Le prix Relations internationales/Sciences politiques soutenu par le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie du ministère des Affaires Étrangères.
  • Le prix Rémy Leveau, sur l’islam de France et d’Europe soutenu par le Bureau des Cultes, au ministère de l’Intérieur.
  • Le prix de la Thèse francophone décerné par le Bureau Maghreb de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF).

Conditions générales de candidature :

  • Avoir soutenu entre le 1er septembre 2014 et le 31 décembre 2016 une thèse en français ou en France sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans en lettres et sciences humaines et sociales. Cette thèse doit avoir un rapport avec les domaines des prix indiqués ci-dessus : sciences politiques, relations internationales, islam de France, islam d’Europe. Pour le prix de la thèse francophone, se reporter aux conditions particulières infra.
  • Avoir obtenu les félicitations du jury (dans les universités où cela se pratique).
  • Avoir envoyé un dossier complet à l’IISMM selon les modalités ci-dessous, au plus tard le 15 janvier 2017.

Conditions particulières pour le prix de l’AUF :

  • Le candidat, citoyen d’un des trois pays couverts par le Bureau Maghreb de l’AUF (Algérie, Maroc, Tunisie), doit avoir soutenu sa thèse en français, soit dans son pays, soit en France même, dans les délais indiqués ci-dessus et sur quelque sujet que ce soit ayant trait au Moyen-Orient et aux mondes musulmans, dans toute discipline des lettres et sciences humaines et sociales
  • Il convient de noter que si son dossier remplit les critères requis, un candidat au prix de la thèse francophone est éligible aux autres prix.

Composition du dossier :

  • Un exemplaire électronique de la thèse au format PDF.
  • Deux exemplaires du rapport du jury sur papier. Pour les universités étrangères où il n’existe pas de rapport, prière de joindre deux lettres de recommandation : la première du directeur de thèse, la seconde d’un autre universitaire.
  • Un CV et une liste des publications sur papier.
  • Pour les candidats éligibles au prix du Bureau Maghreb de l’AUF, une preuve de nationalité (photocopie de la carte d’identité ou passeport).

Dossier à envoyer :

  • par e-mail (thèse en PDF) : appels.iismm@ehess.fr etprixthese2017@gmail.com
  • par courrier (rapport de soutenance, CV) : Prix de thèse 2017 – IISMM, 96 boulevard Raspail, 75006 Paris.

 

Disponible à la médiathèque : le Dictionnaire de la Méditerranée

Le dictionnaire de la Méditerranée vient de paraître aux éditions Actes Sud en coédition avec la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme. De nombreux chercheurs de la maison ont participé à sa rédaction. Dionigi Albera, Maryline Crivello et Mohamed Tozy en ont assuré la direction scientifique, en collaboration avec Gisèle Seimandi pour la coordination et la préparation éditoriale. Une version en arabe est prévue pour fin 2016 ainsi qu’une édition électronique sous la responsabilité d’Abdelmajid Arrif. Cet ouvrage est disponible à la médiathèque sous […]

Compte rendu : « Jeunes et jeunesses en Méditerranée »

 Seconde Rencontre UMIFRE-EFE   Tunis, 10-11 février 2016

Le 10 et 11 février 2016, l’IRMC de Tunis accueillait les directeurs des écoles françaises (EFE) et des instituts de recherches français à l’étranger (UMIFRE) du pourtour méditerranéen. Ils se réunissaient pour la deuxième fois dans le but de développer un projet de coopération scientifique autour du thème des jeunesses méditerranéennes. Cette année, la Méditerranée Orientale fut à l’honneur avec la participation des directeurs et représentants du Centre Jacques Berque (Maroc) du CEDEJ et de l’IFAO (Egypte), du l’IFPO (Liban), du CRFJ (Israël), et de l’IFEA (Turquie). Le vaste spectre d’implantation géographique couvert par cette assemblée marquait d’emblée la volonté de ne pas reproduire un certain « ancrage préférentiel, et comme congénital, sur les rives nord » (Bromberger, Durand 2001) qui a longtemps caractérisé les études anthropologiques portant sur l’espace méditerranéen, ou encore la division artificielle entre une Méditerranée orientale et une Méditerranée occidentale aujourd’hui amplement remise en cause par les historiens. Cette rencontre annuelle fut cependant tout particulièrement placée sous les auspices de l’École Française de Rome (EFR) avec la participation active de sa directrice et de plusieurs de ses directeurs des études.

Tenue à l’hôtel Sidi Abou Saïd, la première journée fut animée par les présentations successives des travaux en cours de doctorants et post-doctorants tunisiens et français en sociologie, histoire, géographie ou encore anthropologie. J’ai eu le privilège de revenir ainsi sur le travail de recherche que j’ai effectué en 2012 auprès d’une association ankariote, une enquête ethnographique de trois mois pendant laquelle j’avais observé les relations entre aînés et cadets au sein de l’un des plus anciens clubs de folklore de Turquie.

Le second jour, lors de la session générale, il a fallu se livrer, rétrospectivement, à l’exercice de déconstruction des catégories en présence dans le sujet qui nous préoccupe, en l’occurrence « jeune(s) » et « méditerranéen(s) ». Car, ainsi que le souligne Bourdieu dans un  célèbre entretien, « c’est par un abus de langage formidable que l’on peut subsumer sous le même concept des univers sociaux qui n’ont rien en commun »  (Bourdieu, 1992). Partant de là, comment se saisir de l’objet « jeunesse »? Et de quelle Méditerranée parle-t-on ?

Jeune(s) et jeunesse(s) tout d’abord. Cela a t-il du sens finalement de sociologiser les « jeunes », c’est-à-dire de produire une catégorie d’analyse sociologique et de lui attribuer des qualités distinctives? A défaut d’apporter une réponse catégorique, cette rencontre a levé le voile sur certains écueils de la généralisation, certes, mais aussi sur les potentialités que recèle cette thématisation, notamment sur la question de la minorisation de certaines franges de la société. Lors de ces journées, il fut question aussi bien de la jeunesse comme projet existentialiste dans le monde contemporain que du poids très lourd de l’héroïsme et de la violence révolutionnaire que les sociétés d’hier, et d’aujourd’hui, font peser sur une catégorie « mineure » de la société.

Les recherches conduites par des chercheurs « juniors » furent la charpente de la réflexion collective. Par là, c’est une attitude empirico-déductive qui a été mise à l’honneur lors de cette rencontre. « Penser par cas » et croiser les champs disciplinaires fut en effet le mot d’ordre d’une démarche qui consiste à définir progressivement des objectifs de recherche et un agenda d’actions scientifiques en commun. Cette entrée par l’étude de cas présentait l’avantage de fournir des éléments concrets pour la fabrique d’un langage commun. Mais avant tout, les enquêtes et réflexions poursuivies par les doctorants ont beaucoup révélé sur les impensés à partir desquels nous opérons nos recherches. Les travaux exposés, depuis la minutie d’une enquête sociologique de terrain jusqu’aux grandes élaborations théoriques d’Axel Honneth et de la philosophie de la reconnaissance, nous ont permis de poser quelques balises. Venons-en aux premiers constats. Bien que « jeunesse » soit une catégorie sociologique difficile à tracer, elle n’en est pas moins un trope entretenu au sein des sociétés concernées par cette rencontre. Mais par delà la banalité de l’axiome, qu’avaient à nous dire les études hétérogènes qui furent présentées? Qu’y avait-il de généralisable et à même de fonder les bases d’une réflexion commune?

Du fait d’une actualité ardente, la nécessité pour la recherche de s’emparer du thème de la jeunesse semblait teintée d’évidence. Suite aux évènements politiques de ces dernières années, penser la jeunesse en Méditerranée suggère en effet une réflexion sur le rapport de la jeunesse au politique, sur la participation active des populations dites jeunes aux mouvements de contestation et les formes variées que prend la mobilisation (Clémence Lehec, Aymen Belhadj). En effet, les fameux Printemps Arabes ont placé la jeunesse méditerranéenne sur le devant de la scène médiatique. La question de l’emploi, du déficit de reconnaissance sociale que produit le chômage et ses conséquences mortifères chez les jeunes Tunisiens implique de chercher à comprendre ce qui se trame sous la banalité du quotidien d’une jeunesse sans guère de perspectives d’embauche (Kaouther Graidia), ou d’analyser le rejet des formes de la politique conventionnelle telle que le geste électoral (Safaa Bessalah). La détresse sociale et la recherche de nouveaux équilibres est une réalité partagée du monde méditerranéen, au sens large.

Suivre l’évolution de la question sociale et comprendre les motivations politiques de la jeunesse implique aussi de réinventer les pratiques de terrain. Il faut être en mesure de suivre des formes labiles et multi-situées de la contestation (Aymen Belhadj) et prendre garde également à ne pas nous limiter à une approche a priori par la négative de la contestation. Peut-être au contraire, convient-il d’envisager les différentes formes de mobilisation sous l’angle de la co-présence de divers répertoires d’action politique, un spectre de pratiques qui s’étend de la participation des jeunes à la scène politique conventionnelle jusqu’aux diverses formes de « résistances cachées » ou « détournées », c’est à dire des formes expressives qui sont autant de modalités d’existence de la jeunesse sur la scène politique (Clémence Lehec).

Le geste de révolte révèle de nouvelles formes de politisation, tout autant qu’il manifeste les forces de destruction latentes de nos sociétés. La violence est-elle un mal nécessaire? Un certain existentialisme sartrien n’en aurait pas dénié la nécessité. Ici, les « jeunes » sont supposés en découdre avec un héritage. On fait peser sur eux le poids de porter la violence révolutionnaire, de faire basculer les régimes, et d’initier le changement. Mais ces responsabilités lourdes que l’on fait peser sur la jeunesse en font une frange de la population sur-exposée. C’est également une population régulièrement stigmatisée par une civilisation des moeurs qui voit en elle les germes de la décadence morale (Nessim Znaien).

Il n’en demeure pas moins que les « jeunes » – nous en sommes encore à tenter de définir une catégorie homogène – optent pour des attitudes variées envers la chose publique. Sommes-nous face à cette  « révolte confuse » dont parle Bourdieu ? Comment intégrer cette autre tendance, celle du  « conformisme nécessaire » soulignée par Demet Lüküslü? Il apparaît difficile de définir ainsi la jeunesse méditerranéenne par une attitude politique. Pouvons-nous alors substituer à une supposée attitude politique « jeune », en outre la révolte, une attitude morale – c’est-à-dire le rejet de ce qui a vieilli? On obtiendrait ainsi : la jeunesse et la nouveauté versus la conservation et l’ordre ancien. Comment ce second axiome a t-il été pensé lors de la réflexion collective ?

Pour ma part, je fus tentée de souligner l’existence de « jeunes » qui s’impliquent volontairement dans des « niches conservatrices », le club de folklore et son caractère enveloppant, par exemple. Cela étant dit, cette tendance conservatrice correspond peut-être moins à une « nostalgie restauratrice » (Boym, 2001) qu’à la nécessité ressentie par une certaine jeunesse de s’appuyer sur les modèles du passé pour défier le néo-libéralisme.

Il fut remarqué par ailleurs que le champ politique conventionnel reprend aussi des formes de représentations qui sont associées à la jeunesse et à la contestation (Séverine Gabry-Thienpont). Dés lors, on peut s’interroger : le trope « jeunesse » n’est-il pas finalement une autre forme du marketing politique, celle-ci servant de « façade de renouveau » aux vieilles légitimités ? Car, en Méditerranée, comme ailleurs : faire advenir, c’est faire oublier.

La question pourrait alors être reposée de la sorte : quels sont les processus qui produisent de la jeunesse?  La tendance actuelle à isoler une catégorie « jeune », ne doit pas nous faire oublier que la jeunesse ne peut être pensée autrement « qu’en relation ». C’est d’ailleurs le parti pris d’une récente publication de l’Atelier d’Anthropologie du LESC dont l’objectif des contributeurs est de « spécifier la relation et l’écart entre des individus accomplis et d’autres qui ne le sont pas » (Rivoal, Peatrik 2015). Cette dernière distinction, relative à l’accomplissement, nous éclaire sur les réserves émises par les historiens en présence. En effet, appeler l’histoire à la rescousse en guise de conclusion de cette rencontre correspondait à la volonté commune d’échapper, dans la mesure du possible, aux impératifs de pensée de notre temps. Il s’agit alors de s’interroger à l’aune des sociétés du passé pour déplacer l’objet « jeunesse » et de prendre ainsi de la distance par rapport aux évidences contemporaines. Le dernier acte de la première journée de présentation fut donc de convoquer l’histoire à des fins de relativisation. Il nous fut-il rappelé que dans l’antiquité romaine, la question de la « capacité » était plus importante que la question de l’âge, ce qui suggère de penser l’objet jeunesse moins en termes de groupes sociaux qu’en terme de minorisation. Là encore, il fut démontré que la jeunesse n’est pas une catégorie qui va de soi. Dans le monde antique, pouvaient ainsi être considérés comme « jeunes », c’est-à-dire « en capacité », les 28 – 50 ans. L’âge dans le monde antique et médiéval correspondait plus à un ordre juridique qu’à des normes sociales et il n’y avait à proprement parler de constitution d’un groupe « jeune » autonome. Riche de ces perspectives, la question du statut (ou de l’absence de statut) de la jeunesse à travers l’histoire sera ainsi très probablement au coeur d’une prochaine rencontre EFE-UMIFRE prévue au début de l’année 2017.

Cela étant dit, qu’y avait-il de proprement « méditerranéen » dans ce que s’est dit au cours de cette réunion de recherche? Il faut reconnaître, et peut-être regretter, que la « question méditerranéenne » est demeurée périphérique dans nos débats. En soi, l’objet « Méditerranée » connaît des définitions et des approches extrêmement variées, ce qui rend impossible la tâche d’une définition restrictive et objectiviste de cet espace. Cela dit, une réification de la Méditerranée supposerait de souscrire à une certaine unité culturelle du monde méditerranéen, et de parvenir à tracer et extraire des catégories opératoires pertinentes pour le projet. Or, dans le cadre d’une telle démarche exploratoire, déterminer des critères de comparabilité devrait peut-être moins être l’amorce que la résultante du projet. Par contre, une « Grande Méditerranée » se dessine néanmoins. Celle des arrière-pays et des empires successifs. Celle de l’interconnectivité, des réseaux et des flux mondialisés. Alors, peut-être fut-il raisonnable, d’envisager en premier lieu la Méditerranée de ces rencontres sous l’angle de la matérialisation d’un espace de circulation française en sciences humaines et sociales, et de s’atteler à l’objectif du partage des savoirs et des pratiques de terrains à partir de l’étude d’un thème transversal : la jeunesse. Il est remarquable de constater que lors de cette rencontre, il ne fut guère question de Braudel, la grande figure tutélaire des études méditerranéennes. Mais comme le souligne Renée Koch Piettre dans un compte rendu d’ouvrage, la Méditerranée orientale constitue un angle mort de l’épistémè braudelienne. Ce qui rend d’autant plus crucial l’enjeu de cette rencontre et des coopérations scientifiques futures.

Références

  • Bourdieu, Pierre (1992), « La jeunesse n’est qu’un mot », Questions de Sociologie, Éditions de Minuit, pp. 143-154, 1984
  • Boym, Svetlana (2001), The future of Nostalgia, New York, Basic Books
  • Bromberger Christian & Durand Jean-Yves « Conclusion. Faut-il jeter la Méditerranée avec l’eau du bain ? », in Albera Dionigi & Blok Anton & Bromberger Christian (dir.), (2001), L’Anthropologie de la Méditerranée, Paris, Maisonneuve et Larose – Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme
  • Koch Piettre, Renée ( 2013), « Fernand Braudel, Les Mémoires de la Méditerranée : une histoire à suivre », Le Proche-Orient ancien à la lumière des sciences sociales, Yod n°18
  • Lüküslü, Demet (2013), « Necessary conformism: An art of living for young people in Turkey », New Perspectives on Turkey 48
  • Peatrik Anne-Marie & Rivoal Isabelle (dir.), (2015), « Les jeunes dans le sud de la Méditerranée. Cadres conceptuels pour l’étude de sociétés sous tension » , Ateliers d’Anthropologie, n°42

Appel à contributions « Espaces urbains transformés et rapports de genre dans les sociétés arabes et méditerranéennes » (jusqu’au 30 juin 2016)

Tout en privilégiant la prise en compte des rapports de genre et les approches comparatives, le colloque insistera sur les processus de transformation des espaces et de leurs fonctions. L’espace est ici entendu dans un double sens : celui qui l’indexe aux lieux et aux paysages, celui qui renvoie à une délimitation abstraite pour dire, par exemple, l’espace politique ou l’espace littéraire. Les contributions de chercheurs, mais aussi d’autres types d’acteurs (associations, artistes …), ayant pour terrain les sociétés arabes et méditerranéennes seront privilégiées sans exclure d’autres régions du monde.

Nous avons assisté ces dernières années à des crises et à des ruptures politiques et sociales qui se sont traduites par des mobilisations identifiées ou associées à des places ou à des lieux emblématiques. Les manifestations en Égypte et dans d’autres villes arabes en constituent de spectaculaires illustrations. Les lieux apparaissent dans une telle conjoncture avec une forte charge symbolique alors que leur accès constitue un enjeu parfois déterminant pour la suite des événements. Cette mise en visibilité fait encore mieux ressortir que les espaces adviennent par l’appropriation qui en est faite par celles et ceux qui les pratiquent d’une manière ou d’une autre. Les usages dans cette perspective gagnent à être questionnés en considérant aussi bien les dynamiques urbaines dans leur contexte historique, que les personnes ou les groupes selon leur ancrage social. Les rapports de genre à cet égard sont de puissants analyseurs. On le voit bien ces dernières années où les revendications portent autant sur le dépassement de régimes autoritaires que sur l’égale considération des femmes et des hommes pour instaurer des systèmes politiques reposant sur une symétrie de statut.

Cette approche par le genre permet de rapporter les rôles et les statuts à une conjoncture sociale sans les isoler, en soulignant la tension relative à leur construction sociale et leur mise à l’épreuve. Les travaux de Judith Butler[1] qui a largement contribué à le diffuser, comme ceux d’Irène Théry[2] montrent les apports et les multiples débats qui accompagnent un tel concept. Pour cette dernière, le genre met en relief le « relationnel » et prend, bien davantage que le concept identitaire, ses distances avec l’héritage de la pensée de la « nature humaine » qui attribuait à une identité intérieure masculine ou féminine notre « vocation sociale ». De ce point de vue, loin de se contenter de remplacer l’hypothèse du déterminisme de la nature par celui du déterminisme de la culture, l’approche relationnelle place au centre une interrogation sur l’être humain en général comme être affilié aux « institutions du sens ». Parler de genre ne se limite donc pas à repérer ce qui participe d’une redéfinition de la position sociale des femmes. Par ce prisme les sociétés n’apparaissent pas comme une succession d’étapes, ou même comme un blocage sur des structures héritées du passé[3], mais comme des communautés se caractérisant par des institutions résultantes de rapports de force. On peut de la sorte se demander comment saisir plus précisément d’éventuels repositionnements et de quelles manières les femmes et les hommes perpétuent les rôles qu’elles et ils ont appris ou s’en dégagent. Il conviendra de mieux appréhender l’espace relationnel et la fabrication des ressources qui autorisent les adaptations, les aménagements ou les ruptures.

Concernant la spatialité, l’espace ressort d’une construction relationnelle ou d’une objectivation comme le montre Martina Löw[4]. Son appréhension est conditionnée par les socialisations et les trajectoires socialement différenciés. Les manières de délimiter les lieux, de les indexer à une fonction, à un groupe ou à des activités données se comprennent selon les configurations d’apprentissages d’une part, et sont confirmées ou non par les pratiques ordinaires ultérieures, d’autre part. Mettre en question des espaces transformés par des manifestations, notamment politiques, permet d’insister sur le processus de leur déstabilisation. Ces rapports à l’espace, bien logiquement, adviennent en relation étroite avec la détermination sociale des temporalités[5]. Les évènements politiques sont, à cet égard, des analyseurs des recompositions et mettent à l’épreuve la distinction élaborée par Henri Lefebvre entre espace conçu, espace vécu et espace perçu[6]. Les découpages jour/nuit ou par des tranches horaires, la référence au temps court et au temps « réel » illustrent les conceptions des rythmes mais aussi des engagements et des perspectives, différents sur les registres de la vie quotidienne, ceux des médias ou du calendrier politique. Les temps sociaux ne sont pas les mêmes si on les réfère au travail salarié, au travail domestique, au loisir … Là encore, le genre constitue une approche révélatrice de la naturalisation des rôles et de leur éventuelle redéfinition en lien avec les épisodes de transformation sociale et politique. Les changements, lorsqu’ils ont lieu, ne sont pas perceptibles de la même manière même si on observe des similitudes de condition dans différentes sociétés méditerranéennes et ne peuvent être réduits aux seuls événements repérables (par exemple les manifestations). Sans ignorer le retentissement médiatique, politique et leurs effets difficilement mesurables auprès des citoyens, il convient de rapporter ces évolutions à des processus s’inscrivant dans la durée.

Tout en privilégiant la prise en compte des rapports de genre et les approches comparatives dans le prolongement de ceux du Caire (Genre, villes et gouvernance locale dans le monde arabe et en Méditerranée, avril 2010)[7] et de Paris (Recherches actuelles sur le genre dans le monde arabo-musulman et en France, novembre 2014) sur le genre et la ville, le colloque insistera cette fois sur les processus de transformation des espaces et de leurs fonctions. L’espace est ici entendu dans un double sens : celui qui l’indexe aux lieux et aux paysages, celui qui renvoie à une délimitation abstraite pour dire, par exemple, l’espace politique ou l’espace littéraire. L’espace en littérature pose la question de sa perception : produit et/ou reflet d’une transcendance, donnée objective ou objet médiatisé par les filtres du langage, de la culture, de la littérature, etc. et dont l’appréhension ne peut être que subjective. L’espace pose aussi celle de sa représentation dans l’œuvre littéraire, qui obéit, en grande partie, à des codes esthétiques liés aux différents genres littéraires et époques. Espaces imaginaires, référentiels, narratifs, dramatiques, scéniques, etc. sont l’objet de différents types de transformations, que ces transformations affectent l’espace lui-même ou le regard qui est porté sur lui dans et par l’œuvre littéraire. On interrogera la manière dont l’œuvre littéraire rend compte de l’espace transformé par les phénomènes naturels/surnaturels (déluge, malédiction divine), par le pouvoir politique (guerre, conquête, exil), par la société (modernisation), par les individus ou les collectifs (à travers ses différents types d’appropriation) par la narration, etc. ; mais aussi comment elle met en scène un espace transformé par le regard : espace transfiguré, espace défiguré, espace fantasmé.

Des chercheurs de différentes disciplines aborderont ainsi cette dimension. Les analyses proposées reposeront donc aussi bien sur le recueil de données selon diverses sources, sur des corpus ou discours, ou sur des enquêtes quantitatives ou qualitatives fondées sur des entretiens ou des observations directes et des ethnographies. En littérature, les approches anthropologique, sémiotique,… contribueront utilement à interroger ces espaces transformés et à en dégager les enjeux dans l’œuvre littéraire. Les contributions de chercheurs, mais aussi d’autres types d’acteurs (associations, artistes …), ayant pour terrain les sociétés arabes et méditerranéennes seront privilégiées sans exclure d’autres régions du monde.

Les propositions de communications s’inscriront dans les approches thématiques suivantes :

1-Epistémologie, recherches internationales et travaux sur le genre et l’espace

Les travaux sur le genre et les dynamiques urbaines se sont multipliés ces dernières années en privilégiant la comparaison internationale. Les communications pourront porter sur les débats théoriques récents sur cette thématique, ou sur les apports et les limites méthodologiques et épistémologiques de monographies ou de recherches multisituées dans ce domaine.

2-Les villes comme espaces de changements politiques et sociaux

Les espaces appropriés selon le genre (la sexualisation des espaces), ceux de la contestation, ceux du repli ou de la conquête. Les recompositions culturelles et les conditions d’accès à l’espace public (par exemple la définition de la pudeur comme enjeu relatif à l’engagement public), les formes d’expression politiques selon les lieux, l’espace en tant qu’enjeu conflictuel et  comme cadre de l’action…

3-La dynamique des lieux et les représentations spatiales

La notion de frontière et autres découpages, révélateurs de changements politiques / État-nation, celle de distance et de proximité … Rapport entre géographie et politique. Les représentations géographique et sociale liés aux différents espaces (cités traditionnelles et villes modernes à titre d’exemple), les modalités d’appropriation des lieux et les usages ordinaires des espaces  (l’espace en tant que cadre de vie familier)… Les processus dans le temps et l’espace, les enjeux relatifs aux lieux de pouvoir, les racines déplacées et les mémoires blessées, la quête d’identité,… L’espace catalyse en effet toutes ces préoccupations fondamentales.

4-Exprimer l’espace et ses transformations

Légitimer les lieux, les dire selon les codes. L’espace comme espace de l’expression de changements. Mémoire et division spatiale, notion de rupture, de blessure et d’éclatement des lieux traditionnellement plus homogènes… Les métaphores de l’espace et les espaces symboliques … L’imaginaire de  l’espace qui se nourrit de fantasmes.

Bibliographie sélective

Boufenik F. L’intégration du genre dans l’approche de l’économie informelle : Le cas de la production domestique en Algérie, Thèse de doctorat, Tlemcen (Algérie), Octobre 2010.

Bourdieu P., La domination masculine, Paris, Seuil, 1998.

Butler J., Défaire le genre, Paris, Amsterdam, 2006.

Chamboredon J-C., Lemaire M., « Proximité spatiale et distance sociale. Les grands ensembles et leur peuplement », Revue française de sociologie, n° XI-1, 1970, pp. 3 à 33.

Foucault M., Dits et écrits 1954-1988, Paris, Gallimard, 1994.

Habermas J., L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Payot, Paris, 1997.

Hammouche A., « Rapports de genre et de génération dans des quartiers en « transition » de la région lyonnaise », Espaces et sociétés, 2008/3, 134, p. 115-130.

Héritier F., Masculin/féminin La pensée de la différence, Paris, Odile Jacob, 1996.

Lefebvre H., La production de l’espace, Anthropos, 1986

Löw M., Sociologie de l’espace, Ed de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2015.

Pouillon F., Vatin J-C. (édit.), Après l’orientalisme. L’Orient créé par l’Orient, Paris, IISMM-Karthala, 2011.

Remy J.,L’espace, un objet central de la sociologieErès, 2015.

Saïd E., L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 1980.

Veauvy C., Azzoug M. (coord.), Femmes, genre, féminismes en Méditerranée, Saint-Denis, Ed. Bouchène, 2014.

Théry I., « La distinction de sexe : une approche relationnelle de la question du genre »,in Abdelhafid Hammouche Violences conjugales, Rapports de genre, rapports de force, Rennes, Presses Universitaires de Rennes – Collection Essais, 2012, p. 69-81.

Tillon G., Le harem et les cousins, ParisSeuil, 1966.

Weber M., La ville, Aubier Montaigne, Paris, 1982.

Young M., Willmott P., Le village dans la ville, Paris, Centre G. Pompidou CCI, 1983.

Notes

[1] Butler J., Défaire le genre, Paris, Amsterdam, 2006.

[2] Théry I., « La distinction de sexe : une approche relationnelle de la question du genre »,in Abdelhafid Hammouche Violences conjugales, Rapports de genre, rapports de force, Rennes, Presses Universitaires de Rennes – Collection Essais, 2012, p. 69-81.

[3]Par exemple le néolithique dans l’ouvrage de Tillon G., Le harem et les cousins, ParisSeuil, 1966.

[4] Löw M., Sociologie de l’espace, Ed de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 2015.

[5] Remy J.,L’espace, un objet central de la sociologieErès, 2015.

[6] Lefebvre H., La production de l’espace, Anthropos, 1986

[7] Denèfle S., Monqid S. (dir.), Gouvernance locale dans le monde arabe et en méditerranée : Quel rôle pour les femmes, Actes du colloque organisé au Cedej, le 14 et le 15 avril 2010, Égypte/Monde arabe nº 9, série 3, janvier 2012.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (1 page maximum, bibliographie comprise avec le prénom, nom, titre de la communication et proposition, ainsi qu’une brève biographie de l’auteur) devront être envoyées

avant le 30 juin 2016

conjointement à Abdelhafid Hammouch  (abdelhafid.hammouche@univ-lille1.fr) et à Safaa Monqid (safaa.monqid@univ-Paris3.fr)

Comité scientifique

  • Abdelhafid Hammouche, Professeur des universités, Université de Lille,  (Clersé-CNRS, UMR 8019)
  • Safaa Monqid, Maître de conférences, Université de Paris 3 Sorbonne Nouvelle, (CEAO