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Cahiers d’Asie centrale

Revue pluridisciplinaire dédiée à la recherche en science humaine et sociale dans l’aire centrasiatique

A multidisciplinary journal focusing on the study of Central Asia

25 | 2015 – L’eau en Asie centrale

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ISBN 978-2-84743-131-5

Asie centrale est terre de contrastes et de paradoxes. Comme son nom l’indique, cette Asie se situe au cœur du continent le plus massif, ce qui lui confère sa tonalité aride bien reconnaissable à l’extension des vastes étendues désertiques. En dépit de cette aridité continentale, la région n’est pas pour autant dépourvue d’eau, car de puissants fleuves la traversent et fécondent des cités entourées d’oasis parfois millénaires et de vastes périmètres irrigués développés depuis plus d’un demi-siècle. Ce singulier paradoxe de l’abondance de l’eau au cœur de l’immensité aride tient à l’existence d’un puissant encadrement montagnard méridional étiré de la Caspienne à la Chine. Les montagnes jouent le rôle de château d’eau pour les territoires de plaine et de piémont où se concentrent les sociétés humaines.
Pour autant, la question de l’eau en Asie centrale est désormais source de préoccupations. Sa disponibilité ne cesse de diminuer sous l’effet combiné de la croissance démographique, des progrès du développement urbain et des activités extractives. Il en résulte une inéluctable augmentation de la mobilisation de la ressource ainsi qu’une dégradation de la qualité des eaux, avec l’accroissement des rejets. La pénurie se mesure à l’aune de la disparition des écosystèmes humides (région de l’Aral, du Balkhach et du bas Tarim) et au recul des terres irriguées dans certaines régions d’Ouzbékistan, du Turkménistan et du Xinjiang.
Cette menace du manque d’eau exacerbe les réactions concurrentielles entre secteurs économiques (agriculture irriguée, hydroélectricité, demande urbaine ou industrielle), mais surtout entre États. Comme l’eau en Asie centrale a surtout pour caractéristique d’être internationale en raison de l’existence de nombreux cours d’eau transfrontaliers, la question du partage de l’eau est source de tensions. Il règne à l’heure actuelle une lutte d’intérêt entre les États montagnards de l’amont (Kirghizstan, Tadjikistan), pourvoyeurs de la ressource, et les États de l’aval, surtout consommateurs de la ressource (Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan).
Ce numéro présente huit contributions qui explorent la problématique générale de la gestion de la ressource, laquelle nécessite de se pencher sur les acteurs, les usages, les pratiques et les territoires de l’eau. Les analyses riches et variées sont portées par des chercheurs occidentaux et centrasiatiques qui recouvrent un large spectre disciplinaire (géographie, histoire contemporaine, économie, ethnologie, anthropologie, science politique, droit international). Elles invitent à débattre des tensions liées à l’eau qui relèvent surtout d’une crise de gouvernance.

Central Asia is a land of contrasts. This Asia is at the heart of the most massive continent, which gives its dry tone recognisable to the extension of its large desert stretches. Despite this continental aridity, the region is not lacking water. Powerful rivers have irrigated and fertilised ancient oasis cities and large agricultural lands for over half a century. This singular paradox of water profusion in the heart of an arid vastness is made possible thanks to a strong mountain range stretching from the Caspian Sea to China. Mountains are a water tower for plains and piedmonts concentrating human societies.
For all that, water has become a source of concern in Central Asia. Its availability has never stopped declining because of population growth, urban development and mining activities. This results in an inevitable increase of water withdrawal and a deterioration of water quality. The shortage can be measured through the disappearance of wetland ecosystems (regions of Aral, Balkhash and lower Tarim) and the decline of irrigated land in some regions of Uzbekistan, Turkmenistan and Xinjiang.
The threat of water scarcity exacerbates competitive responses between economic sectors (irrigated agriculture, hydropower, urban and industrial demand), but most importantly between states. In Central Asia water has an international dimension because of the existence of many transboundary rivers. The issue of water sharing is a source of tension, in particular between upstream states providing the resource (Kyrgyzstan, Tajikistan), and downstream states consuming it (Uzbekistan, Turkmenistan, Kazakhstan).
This issue of Cahiers d’Asie centrale regroups eight contributions, which explore water management through actors, uses, practices and water territories. The rich and varied analyses are provided by Western and Central Asian researchers from a wide disciplinary spectrum (geography, contemporary history, economics, ethnology, anthropology, political science, international law). They invite us to discuss water-related tensions falling mainly within a governance crisis.

24 | 2015 – Littérature et Société en Asie centrale

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ISBN 978-2-84743-112-4

La littérature de ce que l’on a convenu d’appeler « l’Asie centrale » a été composée dans une grande variété de langages sur un vaste territoire qui inclut non seulement les cinq républiques de l’ex-Union soviétique (Turkménistan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan), mais aussi l’Azerbaïdjan, l’Afghanistan, la Mongolie, le Tibet, le Népal, le Bhoutan, ainsi que certaines régions de la Russie et de la Chine (la région autonome ouïgoure du Xinjiang pour ne citer qu’elle). Inutile de dire que les œuvres produites dans ce vaste ensemble forment une somme considérable de matériaux, à la fois écrits et oraux, qui auraient peut-être requis davantage d’attention que celle que l’on leur a accordée jusqu’ici, au moins dans les recherches réalisées en Occident. Compte tenu du déficit de publications dans ce domaine, le fait que les Cahiers d’Asie centrale consacrent un numéro à ce sujet mérite toute notre attention.

Mais ce volume est certainement plus qu’une contribution à l’étude de la littérature centrasiatique. En se concentrant sur les défis sociétaux tels qu’ils se reflètent dans la production littéraire, cet ouvrage aimerait bien entendu apporter des réponses, mais aussi des nouvelles formes de questionnements sur la façon dont les différentes sociétés et les populations de cette aire ont représenté leur propre cheminement historique. Avec la perspective d’étudier comment la littérature pouvait être utilisée telle une véritable source historiographique, et plus généralement avec l’intention d’évaluer le niveau d’intrication de la littérature avec la société qui la produit, les différents contributeurs ont consacré une attention particulière au problème des relations établies entre culture et pouvoir. A cet égard, la période historique ici considérée s’étend du XVe siècle jusqu’à nos jours. Elle commence avec la fin de l’époque médiévale, lorsque la Renaissance Timouride offre ses plus belles heures, et s’achève avec la situation de la littérature kirghize contemporaine, incluant dans l’intervalle l’époque pré-moderne envisagée du point de vue des écrits mystiques d’un poète du Turkestan oriental, ainsi que la période de la colonisation russe et l’ère soviétique qui lui succède directement.

 The literature of what has been labelled ‘Central Asia’ has been produced in a variety of languages and across a huge area, which includes not only the five republics of the former Soviet Union (Turkmenistan, Uzbekistan, Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan), but also Azerbaijan, Afghanistan, Mongolia, Tibet, Nepal, Bhutan, and parts of Russia and China (the Uyghur Autonomous Region). Needless to say the literary works produced in this vast space represent a considerable amount of material, both oral and written, which would maybe require more attention than they are actually given thus far, at least in the Western academic world. Given the scarcity of publications in the field, the fact that the Cahiers d’Asie centrale is devoting a single issue to this matter is something that deserves due attention.

But this issue is certainly more than a contribution to the study of Central Asian literature. Indeed, by aiming to focus on the societal challenges reflected by Central Asian literary production, this volume would like to bring answers, as well as new kinds of question regarding the way the various societies and peoples of this geographic area have depicted their own historical trajectories. Within the perspective of examining the way literature can be used as a source of historiography, and more generally speaking with the aim of assessing the interconnectedness of society and literature, the various contributors have devoted a specific attention to the issue of the relationships between culture and power. In this regard the historical timeline that is encompassed extends from the fifteenth century up to the present day. It begins with the end of the medieval times, when the Timurid Renaissance achieved the production of its finest hours, and ends with the situation of contemporary Kyrgyz literature, including in the period between the early modern times looked at from the viewpoint of the mystical writings of an Eastern Turkestanese poet, as well as the Russian colonisation and the Soviet era.

23 | 2014 – Le Kazakhstan en mutation

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ISBN 978-2-84743-095-0

Peu connue dans nos contrées, l’histoire des steppes kazakhes nous interpelle. Elle nous fascine par le puissant appel au voyage qu’elle suscite en Europe depuis le Moyen Age, comme par l’énigme géopolitique qu’elle continue de poser depuis le début du xxe siècle, quant à sa réalité et son impact dans l’histoire de ses voisins.

Conçu comme une succession de terroirs parfois difficilement identifiables, l’espace kazakh résiste à l’analyse des structures de pouvoir, des échanges, des flux économiques, des contraintes sociales, des permanences culturelles, telle qu’on la pratique pour les sociétés sédentaires voisines de Transoxiane, comme de Russie ou de Chine. Il faut donc s’efforcer de combler ces lacunes, au moins d’y contribuer, car il existe une nouvelle école d’études kazakhes qui, à l’échelle locale comme internationale a porté ses fruits depuis deux décennies. La tâche est ardue tant elle est d’envergure, par le silence des sources sur de nombreuses questions et leur forme parfois difficilement exploitable scientifiquement. C’est pourquoi il faut privilégier les études « micro-régionales » ponctuelles, sur des thèmes précis, tout en croisant des approches différentes : historique, politique, sociologique, démographique, anthropologique.

C’est là le but du présent ouvrage qui a toute sa place dans la prestigieuse bibliographie des Cahiers d’Asie centrale. Offrir au lecteur occidental soucieux de mieux connaître ce nouvel État du Kazakhstan surgi des décombres de l’Urss, en plein essor économique aujourd’hui, un détour historique par le xixe siècle et le début du xxe, afin d’éclairer ce qui fonde sa personnalité spécifique dans le concert des nations contemporaines.

Dédié à Nurbulat Massanov, disparu prématurément le 6 octobre 2006, ce recueil dirigé par Catherine Poujol rassemble, outre les dédicaces d’Irina Erofeeva et de Vincent Fourniau et un article d’érudition de Nurbulat Massanov, les contributions de plusieurs spécialistes du monde kazakh, historiens et anthropologues : Kassym Aouelbekov, Laure du Teilhet, Xavier Hallez, Marlène Laruelle, Isabelle Ohayon, Sébastien Peyrouse, Laura Yerekesheva, qui, en une succession de chapitres très documentés, offrent au lecteur français, un livre rare, s’appuyant sur un corpus de sources difficilement accessibles et pourtant fort utiles pour découvrir la richesse historique et culturelle d’un pays et d’un territoire encore largement méconnus.

21/22 | 2013 – L’archéologie française en Asie centrale

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ISBN 978-2-7018-0347-0
638 p.
L’archéologie est une discipline scientifique, complexe mais de plus en plus précise, dontl’objectif essentiel est de mieux connaître l’Homme et la société, depuis la Préhistoirejusqu’à l’époque moderne, grâce à l’étude des éléments matériels mis au jour (édifices, infrastructures,poteries, outils, armes, ossements...). L’archéologue, dans une approche diachronique,trouve l’essentiel de sa documentation grâce à des travaux de terrain (prospections, sondages,fouilles, voire études de collections). Les résultats permettent de mettre en lumière une culture ouune civilisation, une ou des population(s), les étapes d’un passé méconnu. L’Histoire de l’Asie centrale est complexe et jalonnée d’épisodes mouvementés. La grande diversitégéographique et orographique en a fait un lieu privilégié où se sont développés de grandes civilisationset de puissants empires, dont il nous reste encore beaucoup à découvrir : la civilisation del’Oxus, les empires des Achéménides, d’Alexandre le Grand, des Kouchans, des Sassanides, des Turcs,des Arabes, des Mongols... Il y a douze ans, le numéro IX des Cahiers d’Asie centrale publiait les résultats des découvertesarchéologiques françaises réalisées dans cette région. Cette abondante moisson prenait en compteun immense travail initié par Jean-Claude Gardin en 1979. Aujourd’hui, ce nouveau numéro doubledes Cahiers amplifie notre connaissance de l’Asie centrale grâce aux trente deux articles pluridisciplinairesassociant les sciences humaines et sociales aux sciences de la terre ; et il nous faitdécouvrir les résultats des recherches archéologiques menées depuis plus de trois décennies,mettant en exergue le travail scientifique et la méthodologie, l’excellente coopération entre leschercheurs centrasiatiques et français, le souci de formation et de valorisation. Et nous espéronsqu’au fil des pages l’archéologue, l’historien ou les lecteurs avertis trouvent dans cet ouvrageles éléments d’une histoire pluridisciplinaire, constamment enrichie.

19-20 | 2011 – La définition des identités

La définition des identités
ISBN 978-2-84743-041-7

Que signifie être Sarte, Kirghize, Tatar, membre de telle mahalla, de telle corporation, de tel lignage, originaire de telle vallée ou de tel aoul en Asie centrale contemporaine ? Ce numéro 19-20 des Cahiers d’Asie centrale consacré à la définition des identités tente de jeter un éclairage nouveau sur la question. Il analyse différents aspects de la construction identitaire dans plusieurs pays de la zone concernée : Ouzbékistan, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan, mais aussi Iran, Afghanistan, Azerbaïdjan, principalement au cours des XXe et XXIe siècles.

Si le terme identité a été largement galvaudé ces dernières années, la question identitaire revêt une acuité toute particulière sur le terrain centrasiatique. Sur quels éléments se sont construits et se construisent encore les identités collectives en Asie centrale ? Comment ces éléments se combinent-ils entre eux ? Quel rôle y joue l’État ? Quelle place est réservée aux minorités ? L’identité est-elle essentiellement liée à l’appartenance à un territoire ? Comment certains artefacts culturels sont-ils exploités pour aiguiser la conscience identitaire ?

À la recherche d’un équilibre entre les tenants de l’école soviétique, naguère adeptes d’une conception essentialiste de l’ethnos, et les chercheurs occidentaux, actuellement enclins à une position constructiviste, vingt chercheurs – occidentaux et centrasiatiques – tentent de répondre à ces questions, en démêlant les multiples composantes de l’identité et leur imbrication.

L’ensemble du volume permet de comprendre que, sans être des créations ex-nihilo totalement artificielles, les identités collectives centrasiatiques, toujours multidimensionnelles, ont été manipulées et se sont construites par des processus de simplification et de modélisation, consistant à gommer certaines différences pour en accentuer d’autres et à remplacer des structures complexes et enchevêtrées par des structures plus simples et plus lisibles, juxtaposées ou emboîtées.

1/2 | 1996 – Inde-Asie centrale : routes du commerce et des idées

cac-01-02
ISBN 2-85744-870-8

Pendant plus de deux millénaires, entre Boukhara, Samarcande, Kashghar, d’une part, et Multan, Lahore, Srinagar, de l’autre, malgré des montagnes meurtrières, Hindou-Kouch, Pamirs, Himalayas, un incessant va-et-vient de caravanes ou d’armées a fait circuler les marchandises, les techniques, les idées... Marchands, soufis, militaires ont parcouru ces routes, ensemble ou séparément, parfois confondus. Les ressacs de la colonisation, puis des indépendances, les découpages frontaliers inédits, les conflits au Cachemire et en Afghanistan, ont peu à peu fragmenté, étranglé, voire complètement fermé leurs itinéraires. Devenus lieux de trafics irréguliers, ils font l’objet de tentatives de réouverture, via la Chine et le Pakistan, mais le désenclavement de l’Asie centrale tend aujourd’hui à prendre d’autres directions et d’autres voies, sans que disparaisse l’attente d’une véritable renaissance des routes traditionnelles… C’est leur description, dans toute la durée de leur histoire, que propose ce premier numéro des Cahiers d’Asie centrale, revue de l’Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFÉAC). Il ne s’adresse pas seulement aux spécialistes de l’Asie centrale et aux chercheurs, mais se veut accessible au grand public. Ce volume adapte les contributions d’un colloque réuni à Tachkent, du 23 au 25 octobre 1995, par l’Institut. Confrontant pour la première fois les points de vue des savants de “l’intérieur” (l’ex-Union soviétique) et de l’extérieur, de l’Est et de l’Ouest, il rassemble un matériel riche et parfois inédit, propre à susciter réflexion et interrogations sur une région dangereuse à plus d’un égard, mais si attirante…

3/4 | 1997 – L’héritage timouride : Iran – Asie centrale – Inde, XVe-XVIIIe siècles

cac-03-04
ISBN 2-85744-955-0

Le public occidental, même orientalisant, est plus habitué à associer le nom de Tamerlan à des conquêtes foudroyantes, impitoyables et destructrices qu’à des œuvres de paix. Or, paradoxe, de cet Empire qui semble s’être défait plus rapidement encore qu’il n’avait été rassemblé, est sortie l’une des plus brillantes cultures du monde islamique, qui devait rayonner bien au delà du siècle – notre XVe siècle – dévolu par l’histoire à la dynastie des descendants de Timour pour régner dans sa région d’origine. Et il ne s’agit pas seulement de culture artistique, de ce mécénat auquel les conquérants s’adonnent volontiers. Certes, ses vestiges resplendissent encore à Samarcande, Shahr-i Sabz, Turkestan/Yasi, et dans les villes d’art martyres que sont devenues Hérat et Mazar-e Sharif. Mais la culture timouride a aussi été politique, économique, religieuse et bien sûr militaire. Sans être, sans doute, le seul modèle, elle a imprégné profondément les sociétés turco-iraniennes, au moins jusqu’au XIXe siècle où les derniers héritiers de Timour durent s’incliner devant la puissance coloniale, anglaise à Delhi, russe à Boukhara, cependant que l’Iran Qadjar, une fois de plus, réagissait aux pressions extérieures par une recherche de l’authenticité nationale.
Exploration sans conformisme ni préjugés d’un domaine tellement partagé et déchiré, depuis le XIXe siècle, qu’on en oublie son unité ancienne, ce volume apporte aussi des éléments de compréhension du présent, où Timourides et Moghols, voire Safavides, servent une fois de plus de référence, cette fois aux nouvelles nations de la zone. 

5/6 | 1998 – Boukhara-la-Noble

cac-05-06
ISBN 2-7449-0034-6

Boukhara est, avec Samarcande, la ville phare de l’Asie centrale. Elle a conservé son caractère de ville orientale, mystérieuse et imprégnée d’islam. Elle a marqué l’histoire moderne en étant, du début du XVIe siècle jusqu’à 1920, la capitale du principal État de la région. Ce numéro de la revue des Cahiers d’Asie centrale éclaire les aspects les plus fascinants et les plus difficiles d’accès d’une civilisation méconnue. Aspects matériels tout d’abord, car non seulement ce dossier nous emmène, avec les marchands de Boukhara, sur les dernières routes de la soie, mais il nous fait comprendre ce qu’étaient les centres commerciaux de la ville, et comment ils formaient des ensembles où la religion, l’hygiène et la vie sociale ne se séparaient pas des affaires.
Aspects spirituels et religieux ensuite, car, pour la première fois, un des plus étranges sanctuaires de la ville, la “Fontaine de Job” est expliqué, la légende islamique de la guérison de Job à Boukhara mise en pleine lumière, un rituel de descente au puits expliqué, les raisons du transfert de la légende situées dans le cadre de l’islamisation de l’Asie centrale. Un ensemble d’articles éclaire les conditions de vie intellectuelle à Boukhara : ses bibliothèques, ses auteurs favoris, son école de miniatures, la relation entre littérature et pouvoir, l’existence d’une satire politique au cœur même du “despotisme oriental”.
A côté de ce dossier sur Boukhara, une partie “Mises au point” apporte notamment deux articles très neufs sur un sujet capital et très actuel, la réislamisation en cours de l’Asie centrale. Elle traite aussi des thèmes originaux, voire inédits : un morceau de poésie orale kirghize, entre autres. Ce numéro à la rigueur scientifique irréprochable est destiné à tous ceux qui, ayant voyagé ou s’apprêtant à voyager en Asie centrale, ont le souci de comprendre le monde qu’ils vont traverser, ainsi qu’à tous ceux qui s’interrogent sur le devenir de l’Islam, de son premier élan aux drames contemporains.

 

17/18 | 2009 – Le Turkestan russe : une colonie comme les autres ?

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ISBN 978-2-8048-0174-8

Lors que les puissances impérialistes se querellent pour le contrôle du monde, une rencontre coloniale décisive se produit au cours du XIXe siècle entre l’empire russe, le monde des steppes et les khanats centrasiatiques. Tout en découvrant l’Asie centrale réelle, l’élite tsariste crée son propre Turkestan dont elle diffuse aux quatre coins du monde une image qu’elle a construite sur mesure. Des mouvements contradictoires animent l’empire quand le Tsar transforme l’espace eurasiatique qu’il a soumis en territoire cartographié, projetant depuis Saint-Pétersbourg des idées conçues souvent sous l’influence de savants européens. La population locale est vouée à vivre dans ce monde en transformation, soit par une contribution au processus, soit par la résistance. Toutefois, la rhétorique de légitimation de l’occupation russe façonne les représentations mentales que se font les sujets de l’empire, tant du côté des colons que du côté des colonisés.

Le chantier colonial du Turkestan russe est, tout au long de son histoire, parsemé de projets gigantesques, dont la réalisation ne répond souvent pas à l’attente initiale. L’analyse croisée de cette rencontre et de la création d’un empire colonial propre à la Russie constitue le cœur de cet ouvrage. Les contributions des chercheurs, d’origine française, italienne, japonaise, nord-américaine, russe et suisse, s’appuient essentiellement sur des documents d’archives inédits, sur une relecture des publications d’époque et sur une réinterprétation des données iconographiques. Cette synthèse montre comment on peut aujourd’hui réinterpréter l’histoire du Turkestan russe à partir des acquis des études post-coloniales et dévoiler les particularités de cet épisode de la colonisation dans le contexte plus général de l’impérialisme en Asie.

 

7 | 1999 – Patrimoine manuscrit et vie intellectuelle de l’Asie centrale islamique

cac-07
ISBN 2-7449-0110-5

C’est au long de plus de douze siècles, entre le début du VIIIe et le début du XXe siècle, que le patrimoine manuscrit de l’Asie centrale islamique se constitue. Il témoigne aujourd’hui de l’intensité de la vie intellectuelle de cette région aux multiples identités. Ce patrimoine, qui reste encore à exploiter, se compose principalement d’écrits en persan (véhicule privilégié de la transmission de la culture écrite et savante jusqu’à l’arrivée du pouvoir soviétique dans la Transoxiane) et en turc oriental (chaghatây), mais aussi, pour certains types d’écrits, en arabe.
L’importance numérique, historique et artistique des fonds des manuscrits orientaux en Asie centrale a été reconnue, ou pressentie, depuis un certain temps. Les nombreux noms des artisans du livre, calligraphes, relieurs, peintres ou “designers” témoignent de la vivacité de l’art du livre. Ce besoin culturel et social trouve notamment son expression dans un mécénat princier ou privé solidement implanté. Les maîtres artisans, les poètes et les artistes s’établissent dans les cours princières et provinciales, aussi bien à Boukhara, à Samarcande et à Hérat, centres renommés du savoir et de la culture, qu’à Balkh, Shahr-i Sabz, Tachkent, Khiva... Les lettrés, les dignitaires, les souverains rassemblent des bibliothèques qui se transmettent le plus souvent de génération en génération. La composition de ces collections de livres reflète les horizons intellectuels et les centres d’intérêt de leurs propriétaires.
Le but des auteurs qui ont constitué ce recueil est de faire découvrir la diversité et la valeur historique et artistique du patrimoine écrit de l’Asie centrale islamique, et d’attirer l’attention de la communauté des chercheurs et des responsables sur la nécessité et l’urgence d’un véritable plan de sauvegarde.