Category Archives: Religious persons/communities

Les Crucifiés de la terre. La correspondance d’Henri Burin des Roziers.

L’AFHRC signale la parution du livre Les Crucifiés de la terre. Lettres du Brésil et d’Amérique centrale (1978-1995) d’Henri Burin des Roziers, édition critique établie par Sabine Rousseau avec la collaboration de Claude Billot, dans la collection « Religions et sociétés » dirigée par Tangi Cavalin et Nathalie Viet-Depaule chez Arbre bleu Éditions (2018).

Présentation :

Henri Burin des Roziers. Un nom associé au combat des paysans pauvres en Amazonie. L’avocat des « sans-terre ». Frère dominicain de la Province de France, arrivé sur des terres pionnières dans la forêt amazonienne en 1979, resté fidèle aux luttes des petits paysans du Pará pendant plus de trente ans. De son arrivée à São Paulo en décembre 1978 jusqu’au début de l’année 1995, Henri Burin des Roziers écrit de nombreuses lettres à ses parents, déjà âgés et très éloignés de l’univers qu’il décrit si différent du confort bourgeois parisien. Il partage avec eux sa découverte du Brésil et d’autres pays d’Amérique centrale qu’il parcourt au cours de l’année 1990, son étonnement devant les espaces à la fois immenses et isolés qu’il sillonne sans relâche. Il leur dit sa révolte face aux injustices et à la misère des habitants, son admiration pour leur courage face à la violence. Il relate ses rencontres, les moments de joie simple avec les villageois et de tensions avec les gros propriétaires et la police, les échanges avec ses frères et sœurs de lutte, ses conversations avec les évêques dont il apprécie l’humilité et l’engagement auprès des pauvres. Il ne tait pas son rejet d’une autre Église, complice des puissants, et exprime sa détermination dans les combats menés, les occupations de terre, les manifestes, communiqués et pétitions, les réunions dans les paroisses et à Brasilia, les nombreux procès contre les fazendeiros et les tueurs à gages. Il raconte son quotidien, ses attentes à la gare routière ou à l’aéroport, sa fatigue quand il écrit sur ses genoux dans un car ou à la lueur d’une chandelle, le plaisir rare d’un bon vin ou d’un repos salvateur pour mieux retourner ensuite auprès des paysans sans terre qui luttent pour leur survie. Dans ses lettres d’Amérique latine, Henri Burin des Roziers partage avec ses parents l’immense tendresse qu’il éprouve pour ces « crucifiés de la terre ».

Sabine Rousseau est professeure agrégée et docteure en histoire, chercheuse associée au LARHRA (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes).

Claude Billot est maître de conférences en génie mécanique et productique, retraité de l’IUT d’Annecy.

Pour tout renseignement ou commande, merci de contacter : Nathalie Viet-Depaule — Champ-la-Lioure — 07210 Chomérac (n.vietdepaule@arbre-bleu-editions.com).

Site de l’éditeur: https://arbre-bleu-editions.com/les-crucifi%c3%a9s-de-la-terre.html

Appel à communication. L’Action catholique spécialisée dans les années 1968

Le PAJEP (Pôle de conservation des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire) organise une journée d’études consacrée à l’histoire des mouvements d’Action catholique pour les adolescents et les jeunes hommes et femmes (Jeunesse Étudiante chrétienne, Jeunesse Indépendante chrétienne, Jeunesse Maritime chrétienne, Jeunesse Ouvrière chrétienne, Mouvement rural de la Jeunesse chrétienne). Cette manifestation, qui porte sur la période 1965-1979, est le prolongement d’une première journée d’études traitant du même sujet pour la période antérieure (1945-1965) tenue en décembre 2017. Elle se tiendra à Paris à l’automne 2019.
Elle doit permettre d’illustrer la diversité des expériences de base, selon les mouvements, les lieux, les époques, les âges, le genre, et ainsi de nuancer notre connaissance de l’Action catholique spécialisée, et de stimuler de nouvelles recherches. Pour ce faire, elle alternera des témoignages d’anciens militants, des communications de chercheurs et d’archivistes.

L’Action catholique spécialisée est engagée dans plusieurs mutations fondamentales de la période post-conciliaire, comme la politisation, la radicalisation des analyses sociales et religieuses autour des « années 68 », la « crise » du militantisme et de l’intelligence catholique en France, l’effondrement de la pratique. Son identité, son modèle éducatif entrent en crise avant que l’épiscopat français ne renonce, en 1975, à lui attribuer un mandat et qu’il ne relativise sa place dans le dispositif apostolique. L’analyse du tarissement de ce mode d’encadrement et d’apostolat, parce qu’il s’accompagne d’une rupture dans la transmission de la culture de l’engagement au nom de la foi, constituera l’axe central de la réflexion de cette journée d’étude. Il s’agira cependant de montrer la diversité des situations et des évolutions.

Seront privilégiées les interventions qui aborderont cette rupture en suivant un ou plusieurs des axes suivants :

La datation et la temporalité

Faut-il en voir l’amorce dès les années cinquante, ou plutôt l’associer au contexte des années soixante, ou encore la lier à la déstabilisation des mouvements dans les années soixante-dix ? Comment combiner la prise en compte de mutations inscrites dans le temps long, qui tendent à s’accélérer dans les années soixante, et les événements qu’ont constitués les crises internes à certains mouvements, le Concile, les mobilisations autour de mai-juin 1968 ?

Les causalités

Quelles places accorder aux phénomènes internes à l’Action catholique ou à l’Église catholique d’une part, aux mutations externes (la massification de la jeunesse, l’entrée dans une ère de consommation, le déclin des modes et des cadres traditionnels de socialisation de l’individu…), d’autre part ?

L’ampleur

Il s’agit de mesurer le déclin des mouvements, dans leurs effectifs comme dans leur influence dans l’Église catholique et dans la société.

Le contenu

Il s’agit de préciser ce qui, parmi les « composants de la culture de l’Action catholique » telle qu’elle s’est élaborée depuis les années vingt, a continué d’être transmis par les mouvements, et ce qui s’est épuisé.

Les propositions sont à communiquer avant le 30 novembre 2018 à l’adresse suivante : contact[a]pajep.fr.

Les interventions feront, après sélection par le comité scientifique, l’objet d’une publication dans un ouvrage collectif après 2020.

Félicité de Lammenais : une pensée politique.

L’AFHRC signale la parution en langue anglaise de l’ouvrage de Sylvain Milbach et Richard A. Lebrun, Lammenais : a Believer’s  Revolutionary Politics, Leyde, Brill, 2018. Ce livre se compose d’écrits politiques de Félicité de Lammenais traduits et annotés.

Lamennais: A Believer’s Revolutionary Politics, edited by Richard A Lebrun, offers English translations (by Lebrun and Jerry Ryan) of the most influential and controversial writings of Félicité de Lamennais, a French priest who began his career as a Traditionalist, became the founder of Liberal Catholicism in the early 1830s, and then left the Church after his ideas were condemned by Rome. Sylvain Milbach’s comprehensive Introduction and Annotations place these writings in the context of the author’s intellectual history and the political, religious, and intellectual situation in France in the first half of the 19th century.
Lamennais challenged traditional religious, political, and social thinking, leaving a fiercely debated reputation. The writings translated here allow 21st century readers to judge him for themselves.

La religion au travail. Approches sociologiques contemporaines

L’AFHRC relaie un appel à intention d’articles de la revue Sociologies pratiques pour la constitution de son numéro 39 sur le thème « La religion au travail ».  Les intentions d’article (5000 signes espaces compris) sont à adresser avant le 26 août 2018 par voie électronique à socioprat39@gmail.com.

Coordination scientifique : Claire de Galembert ENS Cachan, CNRS Institut des Sciences Sociales du Politique.

Coordination éditoriale : Julien Tassel, GRIPIC, Sorbonne Université

Le monde des relations professionnelles n’échappe pas à la réaffirmation des identités religieuses et aux crispations qu’elles génèrent. La question n’est certes pas totalement nouvelle. Chronologiquement elle s’articule fortement à l’apparition du « problème musulman » dont les grèves dans l’industrie automobile du début des années 80 marque une séquence importante (Mohammed, Hajjat, 2013 ; Gay, 2015). Mais les tensions liées à des revendications religieuses (vestimentaires, alimentaires, sanitaires, demandes de jours fériés pour les fêtes religieuses, aménagement d’horaire, refus de la mixité, de manipulation de certains produits etc.) prennent de l’ampleur en France comme dans d’autres pays. C’est ce qu’indiquent des enquêtes quantitatives (OFRE et Randstad, 2013, 2014, 2015) comme les récentes polémiques qui ont émaillé l’actualité (affaire Baby-loup, celle des « barbus » de la RATP, des nounous voilées etc.). Si l’islam tient une place importante dans ce phénomènene, il n’est pas la seule confession en cause ainsi que le révèlent, par exemple, les problèmes de soignants confrontés à des refus de soin de patients juifs, catholiques ou témoins de Jehova justifiés par des motivations religieuses ou encore ceux d’enseignants faisant face à la revendication émanant de personnes juives ou sikhs. C’est aussi à travers la problématique de gestion de la diversité ou de la discrimination religieuse à l’embauche que le sujet de la religion dans le monde du travail a émergé (Simon et al. 2010 ; Valfort 2015 ; Simon, Eberhardt 2015).

Il a été beaucoup question de cette poussée de la problématique religieuse au sein de l’entreprise privée (Banon, 2006 ; Bouzar 2008 ; Bouzar, Bouzar, 2009 ; Maillard 2016). Mais d’autres univers professionnels sont concernés tels que celui de l’intervention sociale (Guélamine, Faïzia, 2014), des grandes entreprises publiques ou encore d’administrations publiques (Bowen et al. 2013), et en particulier l’école, l’hôpital (Levy, 2011), l’armée (Bertossi, 2013), la prison (Béraud, Galembert, Rostaing 2016), l’institution judiciaire. Ces univers sont eux aussi bousculés par des pratiques et revendications non seulement de leurs publics ou usagers mais aussi parfois des agents qui y interviennent.

La multiplication des chartes, des directives sur les bonnes pratiques[1],[2], les évolutions législatives[3], la formalisation ou codification de règles[4], l’apparition de cabinets de conseils ou de formations spécialisées, la montée du contentieux dans les juridictions aussi bien nationales qu’européennes témoignent bien que les normes ne vont plus de soi. La problématique de la lutte contre la radicalisation qui a germé depuis les attentats commis en France en 2015 n’a fait qu’exacerber les doutes, interrogations et demandes de repères pour régler ces situations problématiques. D’autant plus qu’il revient désormais à un certain nombre de professionnels, (enseignants, juges, travailleurs sociaux, surveillants de prison etc.) non pas seulement de réguler le religieux mais aussi d’en évaluer la dangerosité potentielle.

Bien que lon assiste à une multiplication des publications produites par les entreprises et organismes publics (Observatoire de la laïcité, 2013), les syndicats, les juristes ou professionnels du management (Honoré, 2016 ; Maillard, 2017) sur le sujet de la religion au travail, les éclairages sociologiques demeurent encore très lacunaires et épars (Bowen et al. 2013 ; Verba, Guélamine, 2014 ; Chessel, Pelletier, 2015 ; Valfort 2015). Si tel est le cas c’est aussi que, malgré la rréflexion fondatrice de Max Weber sur les affinités électives entre l’ascétisme calviniste et le développement du capitalisme (Weber, 2004 [1905]), l’articulation entre religion et travail est demeurée à ce jour une thématique sous-explorée tant en sociologie du travail qu’en sociologie de la religion.

Dans une perspective exploratoire ou de défrichage, le dossier voudrait contribuer à susciter et/ou faire connaître des travaux empiriques en cours et à livrer des pistes d’analyses utiles aussi bien à la réflexion théorique qu’aux praticiens confrontés à des problèmes concrets. Il paraît heuristique de ne pas réduire l’articulation entre religion et travail à la seule situation de conflictualité qui est loin d’épuiser la réalité des liens qui se tissent entre vie professionnelle et religion. Au-delà de l’intérêt pour le sujet de la religion au travail, il s’agira de se demander en quoi religion et travail sont susceptibles de tenir lieu d’analyseurs réciproques des transformations à l’œuvre aussi bien dans l’un que dans l’autre.

Les articles pourraient s’orienter selon l’un ou plusieurs des axes suivants.

1- La religion au travail : un nouveau problème public

Dans un souci de mise en perspective historique, les contributions pourraient s’attacher à examiner la manière dont la question de la religion au travail s’est transformée en un nouveau problème public. Dans la perspective classique de sociologie de l’action publique, il s’agirait ici d’analyser les ressorts, événements, cadrages et acteurs ayant contribué à cette mise à l’agenda public de la question et d’examiner aussi la production des décisions publiques relatives à la religion en monde professionnel ainsi que leurs effets. Il y a lieu de s’interroger sur la place qu’occupe l’apparition du « problème musulman » (Mohammed, Hajjat, 2013) dans l’émergence de ce nouveau problème public. Comment s’articule l’injonction au demeurant paradoxale consistant à prôner, d’un côté des politiques de valorisation de la diversité, de lutter contre la discrimination, et à exiger, de l’autre, une forme d’invisibilité religieuse au travail ?

Une des questions en effet qui pourrait être posée, s’agissant de la France en particulier, concerne l’évolution de la laïcité selon laquelle le principe de neutralité religieuse, concernant à l’origine exclusivement les agents de la fonction publique, tend aujourd’hui à s’étendre non seulement aux usagers des institutions publiques mais encore aux entreprises privées (Hennette-Vauchez, Valentin, 2014). Cette réflexion sur le cas français n’exclut pas une réflexion sur l’international qu’on en traite soit pour rendre compte des jeux d’échelle entre le national et l’international (et en particulier le niveau européen) dans la production et la mise en œuvre des normes de régulation du religieux dans le monde professionnel ; soit qu’on mobilise des comparaisons internationales permettant de dépasser le seul cas français ou d’en faire ressortir l’éventuelle tonalité spécifique.

Quoiqu’il en soit il conviendrait de se demander dans quelle mesure l’accent mis sur le marqueur religieux est (ou non) révélateur d’un glissement dans les lectures du monde social menant à la relativisation des enjeux sociaux et économiques d’égalité et de domination ?

2. Professionnalisation au religieux

De manière corrélative, et dans une perspective articulant sociologie de l’action publique et sociologie du travail, il y aurait matière à se pencher sur la question de la professionnalisation à la gestion du fait religieux. Il s’agit là d’une question émergente qui concerne aussi bien les milieux de l’entreprise privée que ceux des administrations ou personnels de la fonction publique. Alors que se font jour des actions de consulting sur le fait religieux, on assiste notamment à la mise en place, à l’initiative des pouvoirs publics, de formations tout azimut (à la lutte contre la radicalisation, au droit de la laïcité, aux valeurs de la république[5], à la gestion du fait religieux et à la laïcité) et d’une ampleur sans précédent.

Symétriquement pourrait être évoquée la question de la professionnalisation des cadres religieux ou associatifs aussi bien aux « métiers » religieux (Béraud, 2006, Jouanneau 2010) qu’aux valeurs de la république (DU de formation civile et civique rendu obligatoire pour les aumôniers intervenants au sein des administrations publiques). N’y-a-t-il pas ici un laboratoire exceptionnel pour examiner, au-delà de la prétendue ligne de séparation de la religion et du politique, la manière dont s’imbriquent sphères privées (normes religieuses, normes d’entreprises) et publiques dans la définition des normes de bonne gestion du religieux et/ou de bonne religiosité?

3- Conflits, gestion et résolution de conflits autour du religieux en contexte professionnel

L’examen minutieux (par études de cas ou comparaison) de conflits impliquant la manifestation de convictions religieuses en situation professionnelle pourra utilement compléter le premier axe de cet appel. Les rares études de cas existant, permettent d’aller au-delà d’une essentialisation du religieux en le resituant dans des logiques sociales plus larges qui en influencent à la fois les mobilisations et représentations (Gay, 2016). Une telle analyse, qui pourrait d’ailleurs mobiliser la sociologie des organisations, ne saurait se faire indépendamment des différents modes de résolution, logiques d’accommodement et de régulation mis en œuvre pour les apaiser ou les prévenir. Elle devrait aussi prendre en considération les logiques d’action collective mises en œuvre qu’il s’agisse de militer pour la neutralisation du fait religieux dans les relations de travail ou au contraire de défendre la légitimité de certaines pratiques et revendications.

On n’oubliera pas évidemment d’interroger les effets de cette montée en charge du religieux dans le travail sur le syndicalisme. Des travaux d’historiens relatifs au syndicalisme chrétien ont éclairé le rôle qu’il a joué au XXe siècle (Duriez et al. 2001). L’on dispose également de quelques études relatives à la manière dont les syndicats en France ont, des années 60 aux années 80, pris en considération les demandes d’islam dans l’industrie automobile (Mouriaux 1986, Gay 2016). Mais on sait peu de choses de la période plus immédiatement contemporaine. Comment les organisations syndicales se saisissent-elles de tels problèmes ? Quelles incidences la montée de la référence religieuse au travail a-t-elle sur les organisations syndicales elles-mêmes ? Comment les problématiques de discriminations religieuses sont-elles (ou non) prises en compte ? Les dénonciations récurrentes d’entrisme religieux et la création de groupes de travail, de même que l’élaboration de guides sur le fait religieux, indiquent que la question est loin d’être absente de leur champ de préoccupation. Dans un contexte où le mouvement ouvrier est affaibli, comment la variable religieuse intervient-elle aussi bien dans l’engagement syndical des individus que la vie des organisations ? Un dialogue avec les travaux d’histoire contemporaine serait ici bienvenu pour pointer les évolutions et recompositions en cours.

Le conflit autour du religieux au travail et sa gestion pourraient enfin, à un niveau plus micro, être analysés au niveau individuel. Alors qu’un certain nombre d’études objectivent la réalité de la discrimination religieuse à l’embauche (Valfort 2015, Eberhardt et Simon 2015) quelles stratégies les sujets pieux développent-ils pour concilier obligations religieuses et les normes professionnelles avec lesquelles ces obligations sont a priori incompatibles ? Quelles formes concrètes prennent ici les options de voice, exit, loyalty de la célèbre trilogie dHirschmann (1970) ?

4- La religion comme ressource de régulation et outil de travail

L’évocation des tensions suscitées par la religion dans le monde de travail ne doit pas interdire d’explorer les situations où le religieux est susceptible de s’offrir comme une ressource ou un outil de travail. Ceci pourrait être abordé sous divers angles :

D’une part à travers la manière dont un ethos religieux peut avoir un impact sur le rapport au travail (par exemple au sein du pentecôtisme les théologies de la prospérité qui valorisent l’aisance financière et voient dans la pauvreté le signe d’une malédiction). Cette problématique, qui n’est évidemment pas sans évoquer l’hypothèse wébérienne des affinités électives entre protestantisme et capitalisme, pose la question de la manière dont les convictions religieuses informent le rapport au travail. Mais elle renvoie aussi à la manière dont de telles convictions peuvent être à l’origine de réseaux et segmentations religieuses au sein du marché du travail. Dans cette perspective, une attention pourrait être portée en premier lieu aux organisations ou réseaux professionnels jouant sur le lien affinitaire de nature confessionnelle (mouvements des cadres chrétiens, patronat chrétien, action catholique ouvrière, Synergie des Patrons Musulmans de France etc.) et revendiquant d’articuler l’éthique professionnelle aux convictions religieuses. Il y aurait, en second lieu, matière à se pencher sur l’entreprenariat religieux ou ethno-religieux (Benaïssa, 2015) de type halal business qui se développent à la croisée d’enjeux économiques et idéologiques (Bergeaud-Blackler 2015). Quelles places tiennent dans ce développement, notamment en France, les logiques de discrimination religieuse et le durcissement des normes s’agissant de la manifestation ostensible de ses convictions religieuses au sein de l’entreprise ? Faut-il conclure à des formes de communautarisation du marché du travail ? Pourraient être examinées également les entreprises dites « de tendance » (ayant vocation à défendre des principes idéologiques, philosophiques ou religieux, avec lesquels elles sont en droit d’exiger que leurs salariés soient en harmonie) trèss présentes dans le champ de l’humanitaire ou du caritatif au sein duquel les acteurs confessionnels ou d’origine confessionnelle sont bien représentés (Duriez et al. 2007).

D’autre part, on pourra se pencher sur les usages que les organisations peuvent être amenées à faire du religieux comme vecteur de paix sociale et outil de gouvernementalité. Des travaux révèlent des instrumentalisations possibles comme par exemple dans les usines de l’industrie automobile dans les années 70 et 80 (Barou 1985, Mouriau et Withol de Wenden 1986) ou en milieu carcéral (Galembert, Béraud, Rostaing 2018) et invitent à creuser cette piste. Pourra être explorée également la manière dont la religion est mobilisée comme une ressource pour prévenir des dérives ou lutter contre des phénomènes de radicalisation (usage des aumôniers musulmans en prison, mobilisation de médiateurs religieux comme dispensateurs de contre-discours ou dans la prise en charge de personnes jugées radicalisées par exemple).

Articles attendus et procédure de soumission

La revue Sociologies pratiques s’adresse aux chercheurs académiques et universitaires tout autant qu’aux professionnels, intervenants, consultants qui mobilisent la sociologie pour leurs travaux. Les articles attendus peuvent être de deux natures. D’une part, des analyses réflexives et sociologiques fondées sur des recherches empiriques récentes (analyses de témoignages, études de cas, débats critiques, etc.). D’autre part, des analyses de pratiques professionnelles (témoignages de pratiques et réflexion sur les conditions de l’action, les justifications de l’action et les conséquences sur l’action). Dans l’un comme dans l’autre cas, les articles doivent être analytiques et traiter de l’une ou de plusieurs des questions soulevées dans l’appel. Les articles qui croisent différents axes développés dans l’appel sont les bienvenus.

Les intentions d’article (5000 signes espaces compris) sont à adresser avant le 26 août 2018 par voie électronique à socioprat39@gmail.com. Elles devront contenir une présentation du questionnement sociologique, du terrain, de la méthodologie et des résultats proposés. Après examen, la revue retournera son avis aux auteurs le 30 septembre 2018. Les auteurs devront alors proposer une première version complète de leur article (25000 signes espaces compris, bibliographie non comprise) pour le 20 novembre 2018. La revue paraîtra en octobre 2019. Toute intention d’article, comme tout article, est soumis à l’avis du Comité de lecture de la revue, composé des deux coordinateurs, des membres du Comité de rédaction et d’un relecteur externe. L’acceptation de l’intention d’article ne présume pas de l’acceptation de l’article.

Présentation de la revue

Sociologies pratiques est une revue de sociologie fondée en 1999 par Renaud Sainsaulieu et l’Association des professionnels en sociologie de l’entreprise (APSE). Elle est aujourd’hui éditée par les Presses de Sciences Po. La revue est intégrée dans la liste des revues scientifiques reconnues par le Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). Elle est répertoriée sur les bases Francis et Cairn. Sociologies pratiques paraît deux fois par an. Ses numéros thématiques (environ 200 pages) donnent la parole à des chercheurs et à des praticiens afin de témoigner de réalités sociales émergentes et de comprendre les mouvements de notre monde. Le projet éditorial de la revue rend compte d’une sociologie appliquée. En ce sens, il recherche un équilibre entre monde académique et monde professionnel, entre compréhension et action, tout en portant un regard clairement sociologique pour comprendre le changement social. La volonté de croiser témoignages d’acteurs de terrain – qui agissent au cœur des transformations – et réflexions de chercheurs – qui donnent les résultats de leurs enquêtes les plus récentes – fait de Sociologies pratiques un espace éditorial et intellectuel original qui s’adresse à tout lecteur intéressé par la sociologie en pratique.

Appel à contribution permanent

Outre le dossier thématique composé des articles retenus à partir de l’appel à contributions, Sociologies pratiques propose d’autres rubriques ; par exemple : Sociologies d’ailleurs, Le Métier, Lectures, Échos des colloques, Bonnes feuilles des Masters. Des varia peuvent aussi être publiés.

Rubrique « Échos des colloques »

Qui n’est pas un jour passé à côté d’un colloque auquel il serait bien allé ? « Sociologies Pratiques » propose à ses lecteurs une rubrique « Échos des colloques ». Il s’agit d’évoquer sous une forme concise et personnelle (7.000 signes maximum), les colloques auxquels des lecteurs, désireux de faire partager à d’autres leurs impressions, ont participé.

Rubrique « Le métier »

La rubrique « Le métier » est l’un des marqueurs éditoriaux de Sociologies pratiques, revue ouverte sur les usages non académiques de la sociologie. En valorisant l’expérience d’une sociologie appliquée (recherche-action, étude, expertise, conseil, évaluation de politiques publiques…), cette rubrique offre à des intervenants qui « font » de la sociologie, mais aussi la « déforment » du fait de leurs usages, l’opportunité de rendre compte de leur pratique et de signifier ce qu’apporte le détour sociologique aux organisations pour lesquelles ils travaillent. Il est attendu des auteurs qu’ils fassent preuve de réflexivité et qu’ils exposent, outre leur terrain et leurs résultats saillants, les stratégies qu’ils parviennent (ou non) à mettre en place pour faire accepter leur approche sociologique, qui déconstruit souvent les certitudes des commanditaires et va à l’encontre des discours convenus dans les organisations.

Bibliographie indicative 

Banon, Patrick, 2006, Dieu et l’entreprise. Comprendre et gérer les cultures religieuses. Editions d’Organisation.

Barou, Jacques, 1985, « L’Islam facteur de régulation sociale », Esprit, n° 6, 207-215.
Barou, Jacques, Moustapha Diop et Subhi Toma, 1995, « Des musulmans dans l’usine », in Renaud Sainsaulieu et Ahsène Zehraoui (dir.), Ouvriers spécialisés à Billancourt : les derniers témoins, l’Harmattan : 131-161.

Benaïssa, Hicham, 2015, Islam et capitalisme. Les entrepreneurs musulmans en France. Entreprises et histoire, 81(4), 111-125.

Benaissa, Hicham, et al., 2015, « Les religions dans l’entreprise », Entreprises et histoire, vol. 81, no. 4, pp. 126-142.

Béraud, Céline, de Galembert, Claire, Rostaing Corinne, 2016, De la Religion en prison, Presses Universitaires de Rennes.

Béraud, Céline, 2006, Le métier de prêtre. Approche sociologique. Paris, Editions de l’Atelier.

Bergeaud-Blackler, Florence, 2015, « Le halal World pour les marchands. Un conte néo-libéral du XXIé siècle ? », in Bergeaud-Blackler, Florence (dir.) Les sens du Hala. Une norme dans un marché mondial, CNRS éditions.

Bouzar, Dounia & Bouzar Lydia, 2009, Allah a-t-il sa place dans l’entreprise ? Albin Michel

Bouzar, Dounia, 2008, Allah, mon boss et moi, Editions Dynamique Diversité.

Bowen, John R., Bertossi Christophe, Duyvendak Jan Willen, Krook Mona Lena (dir.), 2013, European States and their Muslim Citizens. The impact of Institutions on Perceptions and Boundaries, Cambridge University Press.

Chessel MarieEmmanuellePelletier Denis (dir.), 2015, « Entreprises et religions », Entreprises et histoire, n° 81, décembre 2015, p. 5-14.
Eberhardt, Mireille et Simon, Patrick, 2015, Expérience et Perception des discriminations en Île de France, Rapport INED pour l’Observatoire régional des discriminations.

Chessel, Marie-Emmanuelle, Brémon d’Ars, Nicolas, Grelon, André, 2018, L’entreprise et l’évangile, Presses de Science Po.

De Galembert, Claire, Béraud Céline, Rostaing Corinne, 2018, « La religion, rouage de gouvernementalité dans les prisons françaises », Revue de droit pénal et de criminologie, vol 98 (3), 283-311.

Duriez, Bruno, Mabille François, Rousselet Kathy, 2007, Les ONG confessionnelles, L’Harmattan, 2007.

Gay, Vincent, 2015, « Grèves saintes ou grèves ouvrières ? Le « problème musulman » dans les conflits de l’automobile, 1982-1983 », Genèses (n° 98), p. 110-130.

Guélamine, Faïza, 2014, « L’inscription du fait religieux dans le champ de l’intervention sociale. Enjeux, paradoxes et modalités de traitement », Interventions sociales et faits religieux. Les paradoxes des logiques identitaires. Presses de l’EHESP, 2014, pp. 129-144.

Hajjat, Abdellali et Marwan Mohammed, 2013, Islamophobie : comment les élites fabriquent le « problème musulman », La Découverte.
Henette-Vauchez, Stéphanie et Valentin Vincent, 2014, L’affaire Baby-Loup ou la nouvelle laïcité, Paris, LGDJ.

Jouanneau Solenne, 2013, Les Imams en France, Editions Agone.

Hirschman, Albert O., 1995, Parole et défection, Fayard.

vy, Isabelle, 2011, Menaces religieuse sur l’hôpital- L’enquête, Editions des Presses de la Renaissance.

Lionel Honoré, 2016, « L’entreprise et les managers face à la radicalisation religieuse au travail », Management & Avenir, vol. 90, no. 8, pp. 39-59.

Maillard, Denis, 2017, Quand les religions s’invitent dans l’entreprise, Fayard.

Mouriaux René, Wihtol De Wenden Catherine, 1987, « Syndicalisme français et islam », Revue française de science politique, n°6, pp. 794-819.

Observatoire de la laïcité, 2013, La gestion du fait religieux dans l’entreprise privée.

OFFRE (Observatoire du fait religieux en entreprise) et Ranstad, 2013, Synthèse des résultats.

OFFRE (Observatoire du fait religieux en entreprise) et Ranstad, 2014, Synthèse des résultats.

OFFRE (Observatoire du fait religieux en entreprise) et Ranstad, 2015, Synthèse des résultats.

Simon, Patrick et al., 2010, « Les discriminations : une question de minorités visibles », Population et Sociétés, n° 466.

Valfort, Anne-Marie, 2015, Discriminations religieuses à l’embauche : une réalité, Etudes de l’Institut Montaigne.

Verba, Daniel et Guélamine, Faïza, 2014, Interventions sociales et faits religieux. Les paradoxes des logiques identitaires. Presses de l’EHESP.

Weber Max, 2004 [1905], L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Pocket-Plon.

Histoire des filles de la Charité XIXe-XXe siècles

L’AFHRC signale la parution de l’ouvrage de Matthieu Bréjon de Lavergnée, Le temps des cornettes. Histoire des Filles de la Charité, XIXe-XXe siècles, Paris, Fayard, 2018.

Présentation

Qui ne connaît, au moins par leur riche iconographie, les célèbres cornettes des Filles de la Charité ?

Fondée par Vincent de Paul et Louise de Marillac au XVIIe siècle, la petite communauté parisienne a rapidement gagné la France des villes et des villages pour devenir la principale congrégation de sœurs actives à la fin de l’Ancien Régime. « La rue pour cloître » : telle était la règle de vie originale de ces femmes, ni cloîtrées ni mariées mais célibataires vouées au service des pauvres.

Après un premier tome consacré à la période moderne, l’auteur aborde ici les deux siècles suivants, entre Révolution française et Deuxième Guerre mondiale.

« Le temps des cornettes » : c’est celui d’un nouveau contrat social entre États et Églises pour répondre aux pauvretés de l’âge industriel comme à la forte demande d’éducation, de santé et de loisirs des sociétés urbanisées. Sensibles à la conjoncture politique, les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul connaissent aussi exil et martyre en France, au Mexique ou en Chine.

L’échelle des cornettes est en effet globale, de l’Europe à ses espaces coloniaux comme aux nouveaux mondes américains. Missionnaires, elles exportent un culte marial si français depuis les apparitions de Catherine Labouré en 1830.

Mais encore institutrices, infirmières, éducatrices ou syndicalistes, les cornettes accompagnent les nouveaux fronts de la professionnalisation féminine au XXe siècle. Elles contribuent ainsi à redessiner les rapports de genre au sein de sociétés dures aux femmes. Féministes les bonnes sœurs ? La question mérite d’être posée.

C’est tout l’intérêt de cet ouvrage, appuyé sur de riches archives publiques comme privées, que d’évoquer avec rigueur le rôle capital joué par des générations de femmes qui ont lié horizon spirituel et travail social.

Matthieu Brejon de Lavergnée est agrégé et docteur en histoire, maître de conférences habilité à la Sorbonne. Il est spécialiste d’histoire sociale et religieuse, et s’attache en particulier à une histoire de la charité, de la philanthropie et de l’assistance.

Pour commander : https://www.fayard.fr/le-temps-des-cornettes-9782213709796

 

Les institutions catholiques d’enseignement secondaire dans la France contemporaine

Dans le prolongement des travaux réalisés dans le cadre du Dictionnaire des lycées catholiques de Bretagne (parution en juin 2018), Samuel Gicquel (Université Rennes 2, Tempora) et Frédéric Le Moigne (Université de Bretagne occidentale, CRBC) organisent un colloque sur « Les institutions catholiques d’enseignement secondaire en France à l’époque contemporaine ». Celui-ci se tiendra à Ploërmel (Morbihan), à la maison-mère des Frères de l’Instruction chrétienne, les 13 et 14 juin 2019.

L’objectif de ce colloque est double :

– Il s’agit tout d’abord de renouveler le regard sur l’enseignement catholique, 25 ans après le colloque de Toulouse organisé par Nadine-Josette Chaline et Gérard Cholvy, en se penchant sur un niveau d’enseignement relativement délaissé par l’historiographie, à savoir le secondaire. Si les monographies d’établissement abondent, rares sont les publications qui offrent une vue d’ensemble sur le fonctionnement de ces institutions. Le but de ce colloque est donc de contribuer à dissiper les zones d’ombre, tant dans le domaine administratif que pédagogique ou pastoral.

– Par ailleurs, au terme de leur enquête circonscrite à l’académie de Rennes actuelle, les organisateurs souhaitent confronter le terrain breton avec la réalité nationale, afin de généraliser ou de nuancer les conclusions auxquelles ils sont parvenus. La question qui se pose en toile de fond est de savoir dans quelle mesure les terres chaudes de l’enseignement catholique se distinguent qualitativement des régions où celui-ci est peu présent.

Les communications proposées peuvent donc s’inscrire dans l’ensemble de l’espace français et porter sur différentes échelles. Les monographies d’établissements ne sont toutefois pas prioritaires. Les contributions sur d’autres pays sont possibles, dans la mesure où elles permettraient de faire ressortir la singularité française. La chronologie retenue couvre la totalité de la période contemporaine, de la période napoléonienne à aujourd’hui, et le champ d’études englobe aussi bien le premier niveau du secondaire (l’actuel collège) que le second (l’actuel lycée).

De manière non limitative, les participants sont invités à inscrire leurs propositions dans les axes  suivants :

1- Les acteurs dans les institutions catholiques d’enseignement secondaire (professeurs, congrégations, directeurs, parents d’élèves, personnels).

2-  La visibilité. Il s’agit ici d’interroger aussi bien la visibilité des institutions dans le paysage, en se penchant sur les aménagements et les constructions, que la visibilité de l’enseignement catholique dans le champ scolaire et l’espace public, en étudiant les mobilisations collectives.

3- La transmission, qu’elle soit pédagogique, comportementale ou religieuse. Dans quelle mesure l’enseignement secondaire dit « libre » et « catholique » est-il réellement libre et catholique ?

4- Les temporalités de l’enseignement secondaire catholique. Toute réflexion éclairant de façon novatrice les périodes de rupture ou de transition est la bienvenue.

Organisateurs :

Samuel Gicquel (Maître de conférences en histoire contemporaine, Rennes 2 / Tempora)

Frédéric Le Moigne (Maître de conférences en histoire contemporaine, UBO / CRBC)

Comité scientifique :

Matthieu Brejon de Lavergnée (maître de conférences HDR en histoire contemporaine, Sorbonne Université).

Yann Celton (bibliothécaire de l’évêché de Quimper).

Charles Mercier (maître de conférences en histoire contemporaine, université de Bordeaux).

Bruno Poucet (professeur en sciences de l’éducation, université de Picardie Jules Verne).

Yann Raison du Cleuziou (maître de conférences en science politique, université de Bordeaux).

Christian Sorrel (professeur d’histoire contemporaine, Lyon 2)

Yvon Tranvouez (professeur émérite d’histoire contemporaine, UBO)

 

Les contributions peuvent émaner de différents champs disciplinaires (histoire, sociologie, sciences de l’éducation, anthropologie, science politique, etc.). Les propositions de contribution sont à adresser sous la forme d’un titre et d’un résumé d’une dizaine de lignes à Samuel Gicquel (samuel.gicquel@univ-rennes2.fr) et à Frédéric Le Moigne (frederic.lemoigne@univ-brest.fr) avant le 30 octobre 2019.

Dictionnaire des lycées catholiques de Bretagne

L’AFHRC signale la parution du Dictionnaire des lycées catholiques de Bretagne. Histoire, culture, patrimoine, sous la direction de Yann Celton, Samuel Gicquel, Frédéric Le Moigne et Yvon Tranvouez aux Presses universitaires de Rennes, 2018.

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur :

Un peu plus de 40 % des lycéens bretons sont scolarisés dans l’enseignement catholique, qui a puissamment contribué à l’accès du plus grand nombre aux études longues, notamment dans les campagnes. L’essor de ces établissements secondaires, dont les racines remontent parfois aux collèges d’Ancien Régime, doit beaucoup aux religieux, aux religieuses et aux prêtres diocésains, qui ont progressivement laissé la place aux laïcs dans la seconde moitié du XXe siècle. Grâce au concours de près d’une centaine d’auteurs, le Dictionnaire des lycées catholiques de Bretagne présente cet univers foisonnant et son histoire souvent méconnue, en proposant 109 notices d’établissements et 113 notices thématiques. L’iconographie inédite, qui associe documents d’archives et prises de vue actuelles, souligne l’ampleur des changements survenus au fil des décennies, montrant comment l’enseignement catholique breton a su s’adapter à l’évolution de la société.

 

Journée d’étude « Histoire globale » et assemblée générale de l’AFHRC

La prochaine Assemblée générale de l’AFHRC et sa journée d’étude annuelle se tiendront le samedi 29 septembre 2018 à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, 12 place du Panthéon, Paris 5ème, salle 1, de 9 h 15 à 17 h 30. La journée d’étude portera sur le thème « Histoire globale et histoire religieuse contemporaine : quel dialogue ? ».

L’histoire globale, relayée aujourd’hui par l’histoire connectée, n’a plus à démontrer sa légitimité. Depuis les années 1980 dans l’historiographie anglo-saxonne, depuis les années 2000 en France, elle s’est imposée comme un paradigme reconnu au sein de la communauté historienne. En dépit de la variété des démarches et malgré les critiques, fondées ou non, qui lui sont adressées, il n’est plus possible d’ignorer la pertinence d’une approche qui souhaite déplacer les questionnements et rapprocher les chronologies en dépassant la vision classique d’un diffusionnisme unilatéral à partir de centres (souvent occidentaux) vers des périphéries plus ou moins lointaines et passives dans leurs processus d’évolution. Si l’histoire économique et l’histoire culturelle, en particulier pour les Temps modernes, ont largement bénéficié de l’apport de la global history, qu’en est-il de l’histoire religieuse contemporaine ? L’ambition d’écrire une « histoire globale du religieux » a-t-elle une pertinence scientifique aujourd’hui, à quelles conditions peut-elle se construire et pour quels objets ?

Programme de la journée

Matinée

9 h 15      Accueil des participants

9 h 30      Olivier Chatelan (Université Lyon 3 / LARHRA) : Présentation de la journée d’étude.

Présidence : Jean-Dominique Durand (Université Lyon 3).

9 h 40       Charles Mercier (Université de Bordeaux-LACES / IUF) : Histoire globale et histoire religieuse contemporaine : quels rapports ?

10 h 10     Catherine Mayeur-Jaouen (Université Paris-Sorbonne) et Francesco Chiabotti (Inalco) : Islam global et islam local : une dichotomie ancienne reformulée à l’heure de l’histoire globale.

10 h 40     Débat puis pause.

11 h 10     Sébastien Fath (CNRS/GSRL) : Faire l’histoire globale de l’évangélisme à l’heure de la Révolution Zuckerberg. Logiques multipolaires, réseaux numériques, territoires circulatoires.

11 h 40     Florian Michel (Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne) : Thomas d’Aquin globalisé au XXe siècle.

12 h 10     Débat

12 h 30     Déjeuner

Après-midi

Présidence : Florian Michel (Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne)

14 h          Kathleen Sprows Cummings (Cushwa Center, University of Notre Dame) : John Paul II, Philippine Duchesne, and Global Saints.

14 h 30     Nina Valbousquet (Center for Jewish History et New York University) : Diplomatie religieuse et politiques diasporiques : les relations transatlantiques entre Juifs et Église catholique  durant les années 1930.

15 h          Débat

15 h 15     Valentina Ciciliot (Università Ca’Foscari) : Dal locale al globale: la comunità carismatica cattolica The World of God.

15 h 45     Olivier Sibre (Institut Georges-Pompidou) : Gouvernance et représentation pontificale depuis 1500 : nouvelles perspectives d’histoire globale.

16 h 15     Olivier Chatelan (Université Lyon 3 / LARHRA) : Conclusions.

Pause

16 h 45 – 17 h 30 : Assemblée générale de l’AFHRC.

Renseignements : olivier.chatelan[at]univ-lyon3.fr.

 

1965, l’année où les églises françaises se vidèrent

Dans Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Paris, Seuil, 2018), Guillaume Cuchet, Professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil, s’intéresse à un fait majeur, mais relativement délimité, de l’histoire contemporaine de la France : le recul de la pratique du catholicisme au milieu des années 1960 [1]. Le titre fait état d’une catastrophe : l’effondrement du monde « chrétien », « notre monde » c’est-à-dire des cadres dans lesquels « nous » (les Français ?) avons grandi et vécu. Cet effondrement, ce serait le recul massif du christianisme dans ce … Continuer la lecture de 1965, l’année où les églises françaises se vidèrent