Category Archives: Religious persons/communities

Deux soutenances de thèse sur l’histoire et la sociologie du catholicisme en France

L’AFHRC annonce deux soutenances de thèse de doctorat qui se tiendront dans les prochains jours.

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Caroline Muller, professeure agrégée en histoire contemporaine (PRAG) à l’Université de Reims Champagne Ardenne, doctorante en histoire contemporaine à l’Université Lumière – Lyon 2 / LARHRA (UMR 5190), soutiendra sa thèse de doctorat intitulée :

La direction de conscience au XIXe siècle (France, 1848-1914). Contribution à l’histoire du genre et du fait religieux.

le vendredi 29 septembre 2017 à 14h, à l’Institut des Sciences de l’Homme, à Lyon (14, avenue Berthelot), en salle Élise Rivet (4e étage du bâtiment).

Composition du jury :

Guillaume Cuchet, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Paris Est Créteil, rapporteur

Bruno Dumons, Directeur de recherches CNRS, LARHRA, directeur de thèse

Carol E. Harrison, Professeure d’histoire contemporaine, Université de Caroline du Sud, examinatrice

Manuela Martini, Professeure d’histoire contemporaine, Université Lyon 2, examinatrice

Denis Pelletier, Directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études, examinateur

Rebecca Rogers, Professeure en histoire de l’éducation, Université Paris Descartes, rapporteure

Résumé de la thèse :

La direction de conscience est une pratique catholique qui connaît un nouveau succès dans la seconde partie du XIXe siècle. Dans ce cadre, femmes et hommes détaillent à leur directeur leur vie personnelle et les mouvements de leur âme, à des fins de moralisation et de progression spirituelle. Pour l’Église catholique, c’est l’un des vecteurs de transmissions d’un système de valeurs qui place les femmes au cœur de la régénération morale de la France, en les transformant en agents de conversion de leurs familles. Le renouveau de la direction de conscience constitue ainsi une réponse pastorale au projet de reconquête de la société française par l’Église catholique, dans un contexte de contestation de ses prérogatives. Les projets des personnes dirigées ne peuvent cependant se résumer à ceux de leurs directeurs : la direction de conscience donne accès à des ressources concrètes et symboliques qui permettent d’aménager les normes de genre. Le directeur est sollicité pour jouer le rôle d’intermédiaire et d’arbitre de la vie conjugale des couples des élites pour qui la discrétion des échanges est primordiale. Le rôle du directeur dépasse ainsi largement la régulation des pratiques de dévotion, fonction qui lui est donnée par les manuels de piété. Si les directeurs s’acquittent de ce travail d’encadrement spirituel jusqu’aux années 1880, les attentes des personnes dirigées s’infléchissent ensuite vers une demande d’accompagnement dont la dimension spirituelle s’affaiblit, ce qui fait naître des conflits. Cette transformation de la pratique de la direction de conscience doit être reliée à l’évolution générale des « techniques de soi » (Foucault) et notamment au développement de la médecine psychologique.

 

Merci de confirmer votre présence par mail à caroline.muller[at]univ-reims.fr

 

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Ludovic Bertina, chargé d’enseignement à l’Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne, à l’Institut catholique de Paris et à l’Institut d’Etudes politiques de Paris, doctorant à l’EPHE/GSRL, soutiendra sa thèse de doctorat intitulée :

«  La « conversion » écologiste de l’Eglise catholique en France : sociologie politique de l’appropriation du référent écologiste par une institution religieuse »
 le mercredi 27 septembre 2017 à 9h30 à l’EPHE, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris, Escalier E, 1er étage, salle Gaston Paris, D064.
Composition du jury : 
Mme Céline BERAUD, Directrice d’études à l’EHESS.
M. Dominique BOURG, Professeur à l’Université de Lausanne (rapporteur).
M. Vincent DELECROIX, Directeur d’études à l’EPHE.
M. Philippe PORTIER, Directeur d’études à l’EPHE (directeur de thèse).
M. Bruno VILLALBA, Professeur à AgroParis Tech, (rapporteur).
M. Jean-Paul WILLAIME, Directeur d’études à l’EPHE.
Résumé :
La publication de l’encyclique Laudato Si’ a contribué à la médiatisation du processus de « conversion » de l’Église catholique à l’écologie. Par l’analyse de ce mouvement dans le contexte français, nous entendons isoler les effets structurels de l’intégration du référent écologiste sur une institution religieuse. Trois niveaux d’analyse sont ici adoptés : un niveau philosophique qui traite du discours papal sur l’écologie, un niveau individuel qui s’intéresse à l’identité des militants, et un niveau institutionnel qui évalue la portée du mouvement catholique en faveur de l’écologie.
À chacun de ces échelons, l’Église catholique adopte une posture d’accommodement, en mettant l’accent sur la nécessité d’une spiritualisation des enjeux écologistes, qui valorise la relation au détriment de l’individualisme. Légitimé par le Vatican, le mouvement catholique écologiste s’organise ainsi autour d’initiatives locales sous le contrôle bienveillant et souple d’une minorité épiscopale. Cette autonomie acquise par les militants n’affaiblit cependant pas la hiérarchie, certains acteurs trouvant un avantage à perpétrer l’image d’une institution susceptible de répondre aux incertitudes engendrées par nos sociétés.
La « conversion » de l’Église à l’écologie génère donc un double mouvement d’individualisation de l’engagement militant et d’implication institutionnelle dans les controverses écologistes. Ce mouvement contraire favorise, assurément, l’institutionnalisation de l’écologie. Mais cette « conversion » ne sera effective que si l’Église s’inscrit dans une quête de cohérence, où le maintien d’une ligne politique sera aussi décisif que la valorisation d’une spiritualité écologiste.

Pour des raisons d’accès sécurisé, merci de bien vouloir prévenir de votre présence (ludovic.bertina[at]gmail.com] et de vous munir d’une pièce d’identité.

Les conversions à l’islam sur France culture

J’ai été l’invité de Ghaleb Bencheikh dans son émission questions d’islam (sur France-culture) dimanche 17 septembre 2017 pour discuter, avec Dominique Thewissen des conversions religieuses à l’islam. Vous pouvez retrouvez ci-dessous le lien vers l’émission. Merci à Ghaleb Bencheikh et à Dominique Thewissen pour les échanges fructueux. Voir aussi l’URL de l’émission (avec une belle photo).

Partenariat avec l’association Ethnoméditerranée pour la valorisation du projet (2014-2017)

De 2014 à 2017, l’association Ethnoméditerranée a été chargée de la valorisation scientifique du projet ANR « Circulations religieuses et ancrages méditerranéens. États et internationalisation des faits religieux. Europe du Sud, Maghreb, Moyen-Orient (ANR-12-TDEM-002-01) (Cirelanmed) auprès du jeune public. Dans le cadre d’une convention avec l’IDEMEC associant Aix-Marseille Université et le CNRS, l’association a conçu et réalisé, à Marseille, trois ateliers sur le thème des pèlerinages et des pratiques culturelles qui les entourent. Animés par Guylaine Bouvÿ-Thabourey et Julie Giabiconi, ethnologues, et Elise Oudin Gilles, plasticienne, les ateliers, … Continuer la lecture de Partenariat avec l’association Ethnoméditerranée pour la valorisation du projet (2014-2017)

Appel à communications : Jésuites et protestants, XVIe-XXe siècles.

L’AFHRC relaie l’appel à communications pour le colloque « Jésuites et protestants, XVIe-XXe siècles » organisé par Philippe Martin (Université Lumière Lyon 2 / LARHRA) et Yves Krumenacker (Université Jean Moulin – Lyon 3 / LARHRA) qui se tiendra à Lyon les 24 et 25 mai 2018.

Face à la naissance du protestantisme au XVIe siècle, l’Église catholique a développé deux stratégies : la lutte contre la réforme ; la transformation du catholicisme. Une institution semble résumer ces deux politiques : la Compagnie de Jésus qui mène des missions contre les protestants, participe à des controverses, créé des collèges pour former l’élite catholique…. Placer « protestants » et « jésuites » dans un affrontement systématique est un des a-priori de l’historiographie ; a-priori qui a été mis en place dès le XVIe siècle. Il est régulièrement repris et développé ; à tel point qu’une légende est née : Ignace de Loyola, fondateur des jésuites, et Luther, père du protestantisme, se seraient rencontrés à Paris ; ils auraient partagé le même rejet d’une Église corrompue ; mais si le premier aurait décidé d’agir de l’intérieur, le second aurait décidé de construire une nouvelle confession. L’anecdote, même si elle est fausse, dit parfaitement l’opposition entre les deux hommes, plus encore entre deux courants.

Il convient de dépasser ces a-priori qui ne reposent que sur la volonté de simplifier les choses ou sur un cloisonnement des études puisque l’historiographie a l’habitude d’envisager les jésuites ou les protestants. En fait les choses sont bien plus complexes car jésuites et protestants partagent bien des choses : des études communes ; des devises communes ; un fonctionnement identique des collèges…

Il convient donc de dépasser les traditionnels a-priori. D’autant plus que les liens entre les deux groupes ont toujours été complexes. Ainsi, jésuites et protestants se retrouvent souvent pour favoriser l’œcuménisme au XXe siècle.

Ce colloque envisage le temps long : de la naissance du protestantisme au XXe siècle. Cela permet d’envisager « l’ancienne compagnie » (la compagnie de Jésus du XVIe au XVIIIe s.) et la « nouvelle » (XIXe et XXe s.) ; de dépasser le cadre des luttes confessionnelles ; de mesurer les occasions de rapprochements (ex. : lors du concile de Vatican II)…

Ce colloque se propose d’explorer trois axes :

  1. les oppositions
  2. les points de convergence
  3. la présentation de cas (pays ou personnages)

Comité d’organisation

KRUMENACKER Yves, professeur d’histoire moderne, Université Lyon 3.

MARTIN Philippe, professeur d’histoire moderne, Université Lyon 2.

Comité scientifique

FABRE Pierre-Antoine, directeur d’études, EHESS.

MOSTACCIO Silvia, professeur d’histoire moderne, Université de Louvain (Belgique).

Propositions à envoyer à Yves Krumenacker (yves.krumenacker[at]univ-lyon3.fr) avant le 30 septembre 2017.

Il y a 90 ans naissait la JOC à Lille…

La Fédération de la JOC de Lille organise le 18 novembre 2017 une journée d’étude consacrée à la naissance de la Jeunesse ouvrière chrétienne en 1927 et à l’histoire de ses développements dans la région lilloise. Cette manifestation scientifique intitulée « Il y a 90 ans, la JOC naissait à Lille… » se déroulera de 9h30 à 18 h à la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales (Université Lille 2) 1 place Déliot 59000 Lille, Métro « Porte de Douai ».

Programme :

Introduction à la journée

Jean-Marc Guislin (professeur d’histoire à l’Université de Lille, chercher à l’IRHiS) : Le contexte politique, économique et social de la création de la section JOC de Lille-Moulins (1926).

Bruno Duriez (directeur de recherche émérite au CNRS, chercheur au CLERSE) : Les débuts fulgurants de la JOC/F à Lille.

Paul Wallez (sociologue) : La figure du jeune ouvrier dans les revues Jeunesse ouvrière et Équipe ouvrière de la fin des années 1920 au début des années 1930.

Christophe Bellon (maître de conférences en histoire à l’Université catholique de Lille, chercheur au C3RD) : La place de la JOC dans la formation des « missionnaires du travail » – Lille, 1932-1940.

Stefan Gigacz (doctorant en histoire à l’University of Divinity, Melbourne) : Deux théologiens lillois de la JOC/F, Palémon Glorieux (1892-1979) et Pierre Tiberghien (1880-1963).

Pierre Outerryck (professeur agrégé d’histoire) : Des mouvements de jeunes face aux périls des années 1930. Affrontements et/ou coopérations.

Eric Belouet (chercheur associé au CHS, Paris) : Que sont devenus les permanents et permanentes lillois de la première génération de la JOC/F (1927-1937) ?

Des anciens et anciennes de la JOC/F du Nord de plusieurs générations feront part de leur découverte et de leur expérience du mouvement.

Pascal Verbeke (accompagnateur fédéral de l’agglomération lilloise, accompagnateur de liaison de la JOC du Nord / Pas de Calais) : Conclusion.

Entrée sur inscription (de même que les repas). Renseignements au 03-20-54-37-47 ou joc.lille@gmail.com

 

Enquête sur les conversions au « renouveau islamique »

Les conversions à l’islam ne sont peut-être pas les plus nombreuses dans la France actuelle [1], mais ce sont  celles qui suscitent le plus d’intérêt dans les médias en raison de la présence, parmi les « jihadistes » français partis en Syrie depuis 2014, de jeunes Français convertis [2]. La « radicalisation rapide » serait ainsi une conversion à « la religion djihadiste », une forme sectaire que Jean-Pierre Filiu, spécialiste du Moyen-Orient contemporain, préfère détacher du référent islamique [3]. Cependant, les enquêtes menées par les chercheurs de différentes disciplines (sociologie, sciences politiques, … Continuer la lecture de Enquête sur les conversions au « renouveau islamique »

Parution de « Pouvoir politique et conversion religieuse. 1. Normes et mots » (Rome, 2017)

« Normes et mots », la première rencontre thématique du programme Pocram qui s’est tenue en janvier 2015 à l’École française de Rome, proposait trois axes de recherche : le lexique de la conversion, l’autorité sur la conversion et le statut des convertis. Les articles recueillis dans ce volume sont le fruit de cette rencontre. LIENHARD, Thomas (dir.) ; POUTRIN, Isabelle (dir.). Pouvoir politique et conversion religieuse. 1. Normes et mots. Nouvelle édition [en ligne]. Rome : Publications de l’École française de Rome, 2017 (généré le 07 août 2017). Disponible … Continuer la lecture de Parution de « Pouvoir politique et conversion religieuse. 1. Normes et mots » (Rome, 2017)

L’action sociale des chrétiens au XIXe siècle

Vient de paraître, sous la responsabilité scientifique de Catherine Maurer, dans la revue Source(s). Cahiers de l’équipe de recherche Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe un dossier consacré à « La dynamique charitable. Nouvelles recherches sur l’action sociale des chrétiens au XIXe siècle ». Se penchant notamment sur les œuvres charitables se multipliant dans la France protestante d’alors, le dossier revient également sur la grande visibilité des congrégations féminines en ce domaine.

Table des matières :

Catherine Maurer : Présentation.
Céline Borello : Gestes et devoir d’assistance dans les Églises protestantes françaises du premier XIXe siècle.
Anne Jusseaume : Dévoiler les sœurs, retrouver le soin. L’histoire des congrégations hospitalières au XIXe siècle, entre archives privées et publiques.
Hélène Fluck : Œuvre sociale, œuvre spirituelle. La congrégation du Bon-Pasteur d’Angers et l’éducation des filles « perdues » au XIXe siècle à Strasbourg.
Nicolas Champ : Les « tard venues ». Naissance et (sur)vie de congrégations de vie active dans les débuts de la IIIe République en Charente-Inférieure.

Catherine Maurer (dir.), « La dynamique charitable. Nouvelles recherches sur l’action sociale des chrétiens au XIXe siècle », Source(s). Cahiers de l’équipe de recherche. Arts, Civilisation et Histoire de l’Europe, n° 10, 2017, p. 7-79 (contact et informations : catherine.maurer[a]unistra.fr).

Appel à communication. Tempérance, abstinence et religion

Les 14 et 15 mars 2018, à Arras, sous la responsabilité scientifique de Mokhtar Ben Barka (Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis), Christophe Leduc (Université d’Artois) et Olivier Rota (Université d’Artois), se tiendra un colloque portant sur L’épreuve de la limite. Tempérance, abstinence et religion.

« Le corps ne nous mène jamais à la sagesse », affirmait Platon dans Phédon. Les traditions abrahamiques identifient habituellement le corps au siège des passions. Quant aux traditions abrahamiques elles-mêmes, elles se présentent volontiers comme une voie d’ascèse : le judaïsme rabbinique n’invite-t-il pas le fidèle à « accepter le joug de la Thora » afin de dompter la violence qui est en lui ? De fait, le corps occupe une place centrale dans la pensée morale des religions. Que ce soit pour le nier ou le canaliser, les traditions abrahamiques se sont largement apparentées dans l’histoire à une discipline des corps, navigant entre appel à la modération et appel à l’abstinence.
Des distinctions doivent cependant être apportées entre les traditions abrahamiques et, à l’intérieur de chaque tradition, des périodes doivent être déterminées.
De ces nécessaires distinctions, sera retenu tout particulièrement combien le christianisme hérite des conceptions platoniciennes et stoïciennes en matière de rapport au corps, et combien ces conceptions ont irrigué l’enseignement moral de l’Église, mais aussi, in fine, une partie de sa théologie. Le paradoxe est là, qui va nourrir une tension au sein du christianisme : le corps, perçu comme voué à la corruption, est aussi le lieu de la transfiguration. Or, le christianisme, dont l’acte de naissance se fait par l’Incarnation de l’Infini dans le Fini, véhicule avec lui une profonde méfiance du corps, et derrière lui de la sensualité et des plaisirs – perçus, non comme une trace du divin ou un chemin d’extase, mais bien comme autant de tentations initiant un chemin de perdition, identifié par le pape Grégoire le Grand à autant de « péchés capitaux », que la prédication, notamment après le IVe Concile de Latran (1215), identifie à l’orgueil, l’envie, la colère, l’apathie, l’avarice, la gourmandise et la luxure.
La jonction entre platonisme et moralité chrétienne date probablement des écrits d’Ambroise de Milan. Dans ses Devoirs, ce Père de l’Église définissait les quatre vertus cardinales de la morale chrétienne : la force (d’âme), la prudence, la justice, et la tempérance « qui observe la mesure et l’ordre en tout ce que nous estimons devoir faire ou dire ». Allant plus loin, saint Thomas d’Aquin faisait de la tempérance « cette disposition de l’âme qui impose un frein à toutes les passions et à toutes les actions pour les empêches d’aller au-delà des limites qui doivent les circonscrire » (Somme théologique, quest. LXI, art. IV). Plus tard encore, Fénelon se plaisait à enseigner « les principales vertus [que] sont la prudence, la justice, la force, la tempérance qui nous enseigne à être modérés en tout, principalement dans ce qui regarde les plaisirs des sens ». L’injonction d’user de modération dans toutes les choses nécessaires à la vie trouvait alors à s’appliquer aux sensations que le corps éprouve.
Sous-jacente à cette pensée de la modération, se trouve l’affirmation platonicienne et chrétienne de la primauté spirituelle sur le charnel. Cette affirmation démarque, si ce n’est décentre, le christianisme de son héritage juif. Elle servit aussi, incidemment, à prouver la supériorité de la foi chrétienne (jugée « spirituelle ») sur le carcan de la loi juive (comprise comme « charnelle »). Elle représente ainsi une forme de rhétorique corporalisée, dans laquelle toute l’affirmation de la vérité chrétienne passerait pas l’affirmation d’une forme d’ascèse supérieure à celle pratiquée par le judaïsme.
Tempérance, frugalité, sobriété, modestie… La liste des termes renvoyant, dans la tradition chrétienne, à la modération est des plus longue. L’épreuve de la limitation apparaît ici particulièrement patente : à l’hybris de la passion, le christianisme oppose la limite d’un comportement vertueux défini par sa capacité à se limiter.
Notion éminemment chrétienne, la temperantia, la modération, a donné lieu à tout un courant de pensée, qui s’est traduit en une littérature morale, mais aussi en controverses modernes et contemporaines (entre catholiques et protestants ; entre chrétiens et athées), ainsi qu’en mouvements. Les mouvements dits de « tempérance », prônant la limitation de la consommation de l’alcool, d’abord en Angleterre, Irlande et États-Unis, mais aussi en France, se sont présentés comme autant de traductions sociales de la moralité chrétienne entre le milieu du XIXe et le milieu du XXe siècles. Ces derniers mouvements se présentent tantôt comme des mouvements de modération, et tantôt comme des mouvements d’abstinence – ce qui nous pousse à envisager l’étude de la tempérance au regard de celle de la continence, à la fois dans le domaine de la consommation d’alcool ou de nourriture, et de manière plus large dans celui des plaisirs.
Prenant la parole devant l’Académie française en 1934, Paul Valéry s’exclamait : « VERTU […], ce mot Vertu est mort, ou du moins, il se meurt. Vertu ne se dit plus qu’à peine. J’avoue ne l’avoir jamais entendu. Ou, plutôt, et c’est plus grave, les rares fois où je l’ai entendu, il était ironiquement dit. Je ne me souviens pas, non plus, de l’avoir lu dans les livres les plus lus et les plus estimés de notre temps. » Paul Valéry constatait par ces quelques mots du doute et du sarcasme qui commençait à planer devant les injonctions de la morale traditionnelle. De fait, les mouvements de tempérance et d’abstinence semblent avoir difficilement survécu à la Seconde Guerre mondiale. Si l’on retrouve encore, pendant la période du conflit, des appels à la continence des soldats (à l’exemple de l’appel lancé en Angleterre par la Catholic Women’s League par la voix de sa fondatrice, auteur d’un pamphlet intitulé : The Bright Shield of Continence), le langage de la vertu chrétienne semble devenir de plus en plus inaudible dans un monde aux interactions sociales hautement complexifiées. Le corps commence alors lui aussi à se privatiser et à échapper à la discipline d’Église, comme les réactions à l’encyclique Humanae Vitae le confirment en 1968.
Or, après une éclipse liée aux traumatismes de la guerre et de la formation des corps au service de la patrie, l’attention au corps retrouve depuis peu, entre autre sous l’influence d’un discours hygiéniste, une nouvelle actualité dans nos sociétés contemporaines. Parallèlement, la tempérance et l’abstinence semblent enregistrer depuis quelques années de nouvelles résurgences au sein de courants chrétiens conservateurs (Opus dei, mouvements évangéliques, etc.), appelant notamment à une nouvelle moralité limitatrice, en termes de sexualité notamment. L’idée, sous-jacente à ces nouvelles résurgences, est, là encore, que seul un corps maîtrisé permet d’aboutir à une passion maîtrisée. Cependant, n’est-il pas possible de voir aussi dans cette résurgence une instrumentalisation identitaire dont l’objectif est de délimiter un groupe : celui des élus ?

Fort de son expérience pluridisciplinaire et des divers laboratoires qu’il réunit, l’Institut d’Étude des Faits religieux souhaite mobiliser à la fois l’exégète, l’historien de l’art et des religions, le théologien, le philosophe, le spécialiste des textes littéraires, ou encore le sociologue, afin de s’interroger sur les notions de tempérance, d’abstinence et de limite dans le cadre moral et religieux.
À l’occasion de ce colloque, seront interrogées les notions de tempérance et d’abstinence, mais aussi ses expressions argumentatives, théologiques et historiques. Si ces notions sont intimement liées à l’histoire chrétienne, il serait utile d’entendre de quelle manière l’islam et le judaïsme conçoivent « l’épreuve de la limite » dans le domaine des plaisirs terrestres. L’épreuve de la limite, qui concerne tout croyant, pourra dès lors être aussi conçue comme une épreuve pour la religion elle-même, et sa capacité à limiter ses propres injonctions dans le domaine moral et face à l’excès. La modération n’est-elle pas la condition préalable à la sociabilité ? Et l’appel à la modération plutôt qu’à la privation ne constitue-t-elle pas finalement la seule voie possible à une morale respectueuse de la liberté du croyant ? Quelle place à la tempérance, dans un monde dans lequel la morale, définie par l’institution ou le groupe, est interrogée par la conscience individuelle ?

Les propositions de communication (titre et résumé de 1500 signes) accompagnées d’une courte présentation de l’auteur doivent être envoyées conjointement à : christophe.leduc[a]univ-artois.fr, olivier.rota[a]univ-artois.fr et mokhtar.benbarka[a]univ-valenciennes.fr.
La date limite d’envoi des propositions est le 1er octobre 2017. La réponse sera faite au courant du mois de novembre.

Instances organisatrices :
CREHS (EA 4027), avec Textes & Cultures (EA 4028), CALHISTE (EA 4343) et Institut d’Étude des Faits Religieux.

Comité scientifique :
Charles Coutel (professeur de Philosophie, dir. IEFR), Anne Daguet-Gagey (professeur d’Histoire romaine, dir. UFR Histoire-Géographie-Patrimoine, UA), Charles Giry-Deloison (professeur d’Histoire moderne, dir. CREHS, UA), Jan Goes (professeur de Linguistique, dir. Grammatical, UA), Agnès Walch (professeur d’Histoire moderne).

La prédication chrétienne à travers l’histoire

La vingt-cinquième session du Carrefour d’histoire religieuse, tenue à Toulouse en 2016 et dont les actes viennent d’être publiés, a placé au cœur de sa réflexion la question des transformations de la prédication au cours de l’histoire, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

Table des matières :

Jean-François Galinier-Pallerola : Introduction.

1. Aux sources de la prédication judéo-chrétienne

Cyprien Comte : La prédication des prophètes de l’Ancien Testament.
Daniel Vigne : Comment prêchait Origène ?
Anne-Claire Favry : La prédication de saint Augustin sur les Psaumes.
Régis Burnet : « Je ne suis pas venu chez vous avec la puissance du langage » (2 Co 2, 1). Histoire et réception d’une théorie rhétorique paradoxale sur la prédication des premiers chrétiens.

2. Durant la période médiévale et moderne

Pilar Jimenez Sanchez : La prédication des cathares ou bons hommes dans le Midi de la France.
Estelle Martinazzo : Une manifestation du jansénisme à Toulouse au XVIIe siècle : les conflits entre prédicateurs.
Gilles Danroc : « Les Indiens ne sont-ils pas des hommes ? » Le cri de Fray Anton Montesinos, op.

3. Chez les protestants

Pierre-Jean Souriac : La prédication protestante sous Louis XIII.
Nicolas Champ : La fin d’une exception ? La prédication funèbre réformée dans la France du XIXe siècle.
Bernadette Rey Mimoso Ruiz : Le prédicateur diabolique dans l’Amérique des années 1930 : La Nuit du chasseur (The Night of the Hunter, roman de Davis Grubb, 1953, film de Charles Laughton, 1955).
Benoît Dupin : Prédicateurs religieux en transition en Afrique du Sud, 1980-1990.
Laurent Ducerf : Musique et prédication de Palestrina à Haydn.

4. Chez les catholiques

Catherine Masson : Le père Janvier et la fraternité du Saint-Sacrement.
Yvon Tranvouez : Absinthe et eau de Lourdes : le Père Didon, prédicateur contrarié.
Cyrille Dounot : Aspects juridiques de la prédication dans le droit canonique, des origines à nos jours.
Jean-François Galinier-Pallerola : Du sermon à l’homélie. La prédication de la fin du XIXe siècle à nos jours.
Bernard Minvielle : La formation à la prédication dans les séminaires français après Vatican II.
François Ars : Prêcher en breton, un siècle de méfiance et de rejet, de la Révolution française à la circulaire de Combes en 1902.
Christian Sorrel : Prêcher la mission. Remarques sur la prédication missionnaire à l’époque contemporaine.
Sylvie Bernay : La prédication des femmes.
Olivier Landron : Mgr François Marty (1904-1994), « un homme de paroles ». La prédication du cardinal Marty.
Philippe Foro : Le père Riccardo Lombardi, « microphone de Dieu » dans l’Italie de Peppone et de don Camillo.
Christine Mengès-Le Pape : Religion et état de guerre en Pologne : la prédication de Jerzy Popieluszko.

Mgr Robert Le Gall : Fête de saint Benoît, le 11 juillet 2016 en la chapelle Sainte-Claire de l’Institut catholique de Toulouse, sur « la prédication dans l’histoire ».
Bruno Béthouart : Conclusion générale.

Bruno Béthouart et Jean-François Galinier-Pallerola (dir.), « La prédication dans l’histoire », Les Cahiers du Littoral – 2, n° 16, 2017, 15 € (chèques à l’ordre de Carrefour d’histoire religieuse, à adresser à Bruno Béthouart, 9 avenue du 11 novembre, 62170 Montreuil-sur-Mer).