Category Archives: Migration

Jeudi 9 février 2017, Conférence à l’Espace Mendès France

L’Espace Mendès France et le laboratoire MIGRINTER ont le plaisir de recevoir  jeudi 9 février 2017 l’historienne Delphine Diaz, MCF, Université de Reims Champagne-Ardenne, pour une conférence sur le thème:

L’asile dans la France du premier XIXe siècle

La conférence aura lieu à 18h30 à l’Espace Mendès France, 1 place de la Cathédrale, à Poitiers.

Entrée libre

Résumé

Entre la fin du Premier Empire et les derniers jours de la Seconde République, la France, qui avait hérité de l’époque révolutionnaire un embarrassant devoir d’asile envers les étrangers « bannis pour la cause de la liberté », est devenue l’une des terres d’accueil les plus libérales avec la Grande-Bretagne. Cette conférence se propose de croiser deux approches souvent dissociées dans l’étude de l’asile accordé aux étrangers en France : l’analyse des dispositifs qui ont encadré l’accueil, et celle des formes d’engagement que ces étrangers venus pour motifs politiques ont pratiquées dans le pays d’asile. Si ce double regard semble impératif, c’est que les interactions entre les exilés politiques et la société d’accueil ont été fortes en cette première moitié du siècle, en raison de leur participation aux débats et aux combats qui ont animé, voire déchiré la scène politique française. Symétriquement, les dispositifs d’accueil élaborés en réponse à l’arrivée des exilés ont contribué à construire une certaine identité de la France, qui se projetait comme une terre d’asile pour tous les peuples opprimés.

19 janvier 2017, conférence à l’Espace Mendès France

L’Espace Mendès France et le laboratoire MIGRINTER ont le plaisir de recevoir ce jeudi 19 janvier 2017 l’historien Ilsen About (CNRS), pour une conférence intitulée:

L’Europe des passages et l’histoire des communautés tsiganes en mouvement, des années 1860 aux années 1930

La conférence aura lieu à 18h30 à l’Espace Mendès France, 1 place de la Cathédrale, à Poitiers.

Entrée libre

Résumé
L’histoire des communautés tsiganes et de ceux que l’on appelle aujourd’hui les Roms ne peut s’envisager seulement à travers la série des lieux communs qui les accompagnent habituellement et, en premier lieu, l’image d’un peuple défini par un nomadisme irrépressible. L’histoire contemporaine de ces populations laisse découvrir, à l’échelle du continent européen, une diversité étendue sur le plan social et professionnel et une inscription territoriale variée qui échappe aux définitions traditionnelles de la mobilité. On insistera ici sur la pluralité des mondes tsiganes dans l’Europe occidentale, de la fin du 19e et du premier 20e siècle, et sur les intersections qui relient entre eux les cercles d’une circulation aux dimensions remarquables. Les déplacements observables, du local au régional, du national au transnational, du transcontinental au transocéanique, déroutent en effet par leur amplitude, leur temporalité et leur organisation tout en s’inscrivant, à des degrés particuliers, dans l’histoire courante d’une Europe des passages. Les communautés tsiganes en mouvement dessinent ainsi les formes d’une mobilité certes singulière mais aussi ordinaire qui constituait, jusqu’aux années 1930, une composante à part entière des dynamiques sociales, économiques et culturelles de l’Europe.

Us et abus de la gouvernance des migrations: le droit des Etats contre le droit des personnes

Nous publions une série de 5 billets rédigés par les animateurs des plénières du colloque des 30 ans de Migrinter.

Cette semaine, nous vous présentons le cinquième et dernier volet de cette série :  » Us et abus de la gouvernance des migrations «

Conférence de Catherine Wihtol de Wenden (CERI, CNRS-Sciences Po), Eduardo Ruiz Vieytez (Université de Bilbao)

Par Thomas Lacroix (Migrinter)

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La globalisation contemporaine est à plus d’un titre une globalisation contradictoire. L’extension du champ des possibles permis par la croissance économique et le progrès technique s’est accompagnée d’une multiplication des contraintes et des contrôles exercés sur les individus. Libéralisme et obsession sécuritaire coexistent dans un même élan. La « crise des réfugiés » de 2015 aux frontières de l’Europe est le symptôme des contradictions de notre temps. Catherine Wihtol de Wenden, politiste, et Eduardo Ruiz Vieytez, juriste, en explorent les tenants politiques et juridiques. Au delà d’une introuvable gouvernance globale, c’est une incompatibilité fondamentale entre droits de l’homme et droits des Etats qui serait en cause.

La crise des réfugiés a mis en lumière l’incapacité des pouvoirs publics à administrer de manière directive les flux migratoires. Pour Catherine Wihtol de Wenden, cette limite est d’abord inhérente à une vision politique cloisonnée qui ne prend pas en compte les interdépendances à l’œuvre sur la scène internationale. De fait, les politiques migratoires des Etats d’accueil sont elles mêmes en contradiction avec les effets générés par leurs propres politiques commerciales ou leurs engagements internationaux. Ainsi les interventions militaires dans les pays fragiles ont généré des millions de déplacés vers des pays autres que ceux qui interviennent dans les conflits. De même, les variations des cours mondiaux peuvent avoir des effets considérables sur le niveau de vie des producteurs dans les pays du Sud. Une autre aporie politique concerne la politique de coopération au développement et les politiques migratoires : le droit à la mobilité, restreint pour les deux tiers de la population mondiale, est pourtant un facteur essentiel du développement humain. Ainsi, les migrants ont beaucoup moins de droits que ceux qui ne migrent pas, voire demeurent dans des situation de sans-droit : sans-papiers, déboutés du droit d’asile, déplacés environnementaux, apatrides.

Les efforts en direction de la définition d’une gouvernance mondiale des migrations se sont multipliés depuis le début des années 2000. Outre une mise une coordination des pratiques et points de vue des Etats d’origine et de départ, cette gouvernance devait introduire une transversalité entre des domaines politiques jusqu’ici compartimentés. La déclaration du secrétariat général de l’ONU en 2001, suivi de la tenue du Dialogue de Haut Niveau sur les Migrations et le Développement en 2006 sont des événements fondateurs de ce projet de gouvernance. Aujourd’hui plusieurs instances existent : le Global Migration Group, le Forum Mondial Migrations et Développement en sont deux exemples. Mais ces institutions restent des espaces de discussion sans réel pouvoir décisionnel. L’édification d’une gouvernance mondiale des migrations se heurte à la résistance des Etats qui entendent préserver leurs compétences souveraines en la matière. De fait, les débats produits par ces instances internationales avancent sur un terrain consensuel et dépolitisé : développement, transferts financiers, circulation des personnes qualifiées, protection contre les trafics humains, etc. Mais les intérêts contradictoires entre parties en présence nécessitent une capacité de décision qui dépasse de loin les capacités de ces institutions.

L’inertie politique au niveau international contraste de façon saisissante avec le déferlement législatif observé dans les grands pays récepteurs de migrations depuis 25 ans. C’est particulièrement le cas en Europe avec la mise en place des accords de Schengen et de la politique d’asile commune dans les années 1990, puis des régimes de contrôle et de sélection des migrations dans les années 2000 et 2010. La loi est l’instrument privilégié de régulation des flux. Les Etats entendent contrôler les mouvements internationaux des personnes, les limites de la communauté des citoyens, l’insertion sur le marché du travail ou encore l’inclusion culturel des migrants. Au delà de son efficace sur les comportement sociaux, la loi est d’abord l’expression d’une volonté souveraine dans le contexte de la globalisation. Mais, comme le rappelle Eduardo Ruiz, malgré sa force symbolique, les effets du droit sont limités. Elle est tributaire des moyens de sa mise en œuvre concrète et elle est toujours en décalage avec une réalité en évolution permanente. De plus, c’est un objet complexe inscrit dans plusieurs sphères et sous-tendues par différentes traditions : Droit des Etats et Droit de l’Homme d’un côté, droits nationaux et internationaux de l’autre. Les tensions internes entre les différentes formes de droit et les tensions externes avec la réalité sociale sont génératrices de multiples contradictions.

L’externalisation de la politique migratoire européenne peut se lire comme un effort trouver pour dépasser cette double contradiction: la délégation des fonctions de contrôles aux pays de la rive Sud de la Méditerranée (Maroc, Algérie, Turquie, etc.), ou encore à des acteurs privés (agence Frontex, agences de sécurité…) permettent aux Etats membres de mettre en œuvre une politique qui déroge aux obligations du droit international (Convention de Montego Bay sur le droit maritime), du droit des réfugiés (convention de Genève) ou des Droits de l’Homme (Déclaration de 1946) en utilisant des opérateurs qui ne sont pas tenus de les respecter. Les hot spots créés en Méditerranée pour gérer l’afflux de migrants sont au cœur de ce régime dérogatoire : le Haut Commissariat aux Réfugiés s’est retiré de ce dispositif au motif qu’il contrevient aux exigences de la Convention de Genève. Pour autant les dynamiques migratoires sont un phénomène social qui ne se décrète pas par un acte juridique et les moyens mis en œuvre restent impuissants à canaliser une réalité qui dépasse les capacités de l’Etat.

Cette double incapacité à générer un cadre de gestion des flux de population à un niveau international et la tension entre droits des Etats et dynamiques sociales au niveau infranational ne sont pas pour rien dans la montée de l’extrême droite. Les promesses de contrôle données mais impossibles à tenir alimentent les frustrations sociales et le sentiment anti-immigration. La tentation du populisme s’est concrétisée en Autriche, dans les pays de l’Est, en Grande-Bretagne et peut-être demain aux Etats-Unis ou en France, lorsque ce n’est pas les électeurs eux-mêmes comme en Suisse, qui court-circuitent le Parlement par le canal de la démocratie directe pour renforcer la fermeture des frontières. Le populisme contemporain est la traduction politique des contradictions irrésolues de la globalisation inégalitaire.

The documentary « 2 Girls » (Marco Speroni, 2016), based on Katarzyna Grabska’s research programme « Time to Look at Girls: Adolescent Girls Migration and Development », wins two awards

Katarzyna Grabska, associate researcher at CEDEJ Khartoum and at the Graduate Institute of International and Development Studies of Geneva (IHEID), coordinated from January 2014 to December 2015 the research programme « Time to Look at Girls: Adolescent Girls Migration and Development »  with Nicoletta Del Franco and Marina de Regt (with the support of the Swiss Network of International Studies – SNIS).

This research programme resulted in the making of « 2 Girls » (2016), a documentary by Marco Speroni. « 2 Girls », which focuses on the migration trajectories of two teenage girls in Bangladesh and Ethiopia, was rewarded twice in 2016, winning the Grand Prix for the Best Foreign Film at the Warsaw International HumanDoc Film Festival and the Rome International Film Festival (RIFF) Award for the Best Italian Documentary.

« 2 Girls » tells the story of Lota and Tigist, two girls living in two very different countries, Bangladesh and Ethiopia, who are linked by the same journey. They were both born in rural areas, they both faced poverty or abuse. Their only option was to run away. Their next destinations were the mega-cities of Dhaka and Addis Ababa. They embark on parallel, incredibly harsh journeys through which they meet their destinies. In Dhaka, young girls like Lota work in garment factories, which are a sort of slammer, exposed to every kind of imposition and restriction. In Addis Ababa, young girls like Tigist quickly fall into the hell of sex work on the streets or in hotels. Yet, despite their tough lives, they reveal an inner strength and great dignity. They come from poverty, they fall into even worse conditions, but they never stop striving to improve their state. They both fight for a life that – maybe tomorrow – will be better.

Watch the trailer of the movie « 2 Girls ».

Read the summary of the research program « Time to Look at Girls: Adolescent Girls Migration and Development ».

 

Genre, intersectionnalité et migrations

Nous publions une série de 5 billets rédigés par les animateurs des plénières du colloque des 30 ans de Migrinter.

Cette semaine, nous vous présentons le quatrième volet de cette série :

 » Genre, intersectionnalité et migrations « 

Conférence de Mirjana Morokvasic, (ISP, CNRS-Université de Paris Ouest), Nouria Ouali, (Université Libre de Bruxelles), Adelina Miranda (Migrinter)

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Au cours de ces dernières années, nous avons assisté à une mise en visibilité grandissante de la thématique « genre et migrations ». Les publications, les colloques, les séminaires se succèdent et ce champ d’études présente désormais une légitimité académique, comme le montre l’augmentation du nombre de thèses discutées.

Mirjana Morokvasic dresse les enjeux épistémologiques qui ont accompagné la rencontre entre les études du genre et des migrations. Placer le genre au cœur des migrations a permis d’établir des passerelles entre deux domaines qui ont longtemps évolué sans se croiser : celui sur l’immigration (privilégiant l’homme comme le référent universel) et celui sur les femmes et les rapports sociaux de sexe (remettant en cause les principes de la neutralité de la connaissance). L’adoption de la perspective du genre a contribué à renouveler les questionnements dans ces deux domaines, en quête de reconnaissance scientifique depuis longtemps. De plus, elle n’a pas simplement dévoilé la « partie cachée » des migrations pour savoir si les femmes migrent « comme », « plus » ou « moins » que les hommes : en ôtant le caractère exceptionnel attribué aux migrations féminines, elle a ouvert des pistes et des perspectives d’investigation nouvelles.

Lorsqu’au cours des années 1970, les études sur les migrations ont abordé la question des femmes, elles se sont appuyées sur une représentation androcentrique, évolutionniste et ethnocentrique du phénomène. Deux démarches critiques ont contribué à déconstruire cette vision paradigmatique. D’une part, la mise en crise du modèle « émigration-immigration-assimilation » a ouvert des champs d’études qui ont constaté les « connexions en mouvements » que les migrant.e.s créent au-delà des frontières nationales entre institutions, pratiques et représentations. L’analyse des enchevêtrements entre lieux, identités, cultures et économies a révélé la composition hétérogène des processus migratoires disposés entre les niveaux local, national, international et supranational. D’autre part, les questionnements féministes ont contribué à interroger le biais sexué à la base des catégories interprétatives. La prise en compte des dispositions combinatoires entre les sphères reproductive et productive dans les expériences migratoires féminines a renouvelé et/ou donné une nouvelle visibilité à certaines problématiques ignorées dans le passé, comme celle de la famille, de la division internationale du travail du care, du Welfare state, de l’agency, de la vieillesse, du choix du conjoint, de la sexualité, du développement, des mobilités sud-sud, de l’exil, des mouvements sociaux, des affects. La perspective de genre a également stimulé un regard comparatif entre hommes et femmes migrant.e.s ainsi qu’entre femmes migrantes et non migrantes. De plus, la collaboration interdisciplinaire a permis de repenser les catégories euro-américaines-centrées qui ont été longtemps mobilisées dans les études classiques sur les migrations.

Les propositions épistémologiques et méthodologiques qui s’inspirent de l’intersectionnalité semblent ouvrir de nouvelles perspectives pour ce champ d’études. Comme le souligne Nouria Ouali, l’intersectionnalité a gagné en légitimité dans le monde académique mais cette approche est très hétérogène et ses approches sont interdisciplinaires, voire anti-disciplinaires. L’intersectionalité est en effet un ensemble non unifié d’outils théoriques et conceptuels qui pense la complexité du social en essayant de comprendre et d’expliquer comment les systèmes d’oppression (sexisme, racisme, classisme, homophobie, etc.) et les différentes relations de pouvoir agissent, s’articulent et se renforcent mutuellement. L’intersectionnalité se propose comme une posture intellectuelle, politique et militante ancrée dans l’expérience concrète des groupes subalternes qui vise le développement de stratégies afin de rendre l’égalité réelle. L’intersectionnalité, en particulier dans sa variante du féminisme noir américain, a été conçue à la fois comme un outil théorique et épistémologique critique et comme une praxis située qui offre un nouvel espace intellectuel et scientifique pour penser et changer notre monde. Cette approche a été élaborée à partir des expériences et des luttes politiques des lesbiennes, des féministes noires américaines membres du Collectif Combahee River, et des militantes telles qu’Angela Davis, Barbara Smith, bell hooks, Crenshaw. En Europe, dans les années 1970 et 1980, les féministes telles que Colette Guillaumin en France ou Floya Anthias et Nira Yuval Davis en Angleterre ont produit des cadres d’analyse pour saisir les systèmes d’oppression et de leur imbrication. En France, le Sixième Congrès international des recherches féministes francophones organisé à Lausanne en 2012, intitulé « Imbrication des rapports de pouvoir : discriminations et privilèges de genre, de race, de classe et de sexualité », a fourni une importante occasion de faire avancer les débats.

Appliquée aux études sur les migrations, ces apports sont essentiels car l’intersectionnalité permet de regarder les migrations comme des processus situés, genrés, classistes et racisés. Cette vision politise les productions scientifiques en les inscrivant dans les relations de pouvoir au sein du monde académique ; elle exhorte à intégrer les groupes subalternes dans les lieux de la production des savoirs ; elle réhabilite leur point de vue en les reconnaissant comme des sujets politiques. Elle nous invite à repenser tant les modes d’action et d’interaction entre divers collectifs et groupes sociaux et culturels que les formes de hiérarchisation des luttes pour l’émancipation sur le plan de l’action politique et de l’émancipation. De ce fait, l’intersectionnalité permet de regarder les situations migratoires comme étant intégrées dans des systèmes de hiérarchisation variables et réversibles tout en attirant l’attention sur les dynamiques de genre qui traversent les migrations déterminant différentes relations et échelles de pouvoir.

Nous retiendrons la charge épistémologique de ce débat foisonnant et encore ouvert. L’étude des faits migratoires à partir d’une perspective intersectionnelle peut-elle concourir à la décolonisation/désoccidentalisation d’un savoir qui se veut universel et neutre ? Peut-elle contribuer à la déconstruction des essentialismes élaborés tant en terme de genre qu’en termes d’appartenances aux groupes migrants ? Et surtout : considérer les migrations comme un rapport social permettrait de mieux saisir les articulations entre les différentes formes de mobilités et les appartenances de genre-classe-race ?

 

Mineur(e)s et jeunes en mobilité

Nous publions une série de 5 billets rédigés par les animateurs des plénières du colloque des 30 ans de Migrinter.

Cette semaine, nous vous présentons le troisième volet de cette série :

« Mineur(e)s et jeunes en mobilité »

 conférence de Nelly Robin et Daniel Senovilla (Migrinter), Hawa Ba (Open Society West Africa), Andreas Vonkanel (Université de Neuchâtel) et Florian Aumond (Université de Poitiers)

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Depuis le début des années 2000, le laboratoire Migrinter a initié plusieurs recherches sur la migration indépendante des enfants ; ces travaux ont pour singularité de croiser les disciplines des sciences juridiques et sociales, de placer l’observation tant dans les pays d’accueil que dans les pays d’origine et de transit et d’envisager la multitude des pratiques et des situations vécues par les enfants qui bougent (traite, migration, déplacement, aventure, etc.).

En ce sens, les travaux engagés par D.Senovilla déplacent l’observation vers des champs juridiques et géographiques encore peu explorés. Ainsi, à partir d’une approche pluridisciplinaire, combinant analyse juridique à différentes échelles (droit international ; droits nationaux ; interprétation du droit, pratiques administratives et jurisprudence) et réalisation d’enquêtes qualitatives de terrain, l’objectif est d’évaluer l’impact et les conséquences des normes et de leur application dans la réalité quotidienne des mineurs migrants présents dans différents contextes, fondamentalement à l’intérieur du périmètre de l’Union européenne. Ces actions de recherche ont permis d’analyser d’une part les éléments du droit des migrations, parfois générateurs de situations de vulnérabilité à partir de la création d’une catégorie juridique artificielle à laquelle un traitement juridique souvent sécuritaire et lacunaire est associé et, d’autre part la capacité d’adaptation, de réaction et de réponse des mineurs migrants aux contraintes législatives et administratives auxquelles ils sont soumis. Ces travaux ont été enrichis par une pratique affirmée de la recherche comparative.

Aujourd’hui encore, dans les études juridiques, il s’agit pour l’essentiel de porter l’analyse sur la situation des immigrés dans l’État de destination, parfois, de considérer les candidats à l’émigration dans l’État de départ ; en revanche, il est moins fréquent de considérer l’état du migrant au cours de son parcours migratoire ; c’est ce que proposent les juristes et les géographes de Migrinter, notamment en déplaçant l’observation dans les lieux de transit, là où se nouent et se dénouent les contraintes et les dangers de la migration ; ils élargissent ainsi le champ scientifique. L’objectif est de rendre compte des risques et des opportunités autour desquels se construit l’expérience migratoire des mineurs. Les travaux présentés par N.Robin abordent cette question sous l’angle des Mineur(e)s en transit dans la zone sahélo-saharienne, dont l’objectif est de rejoindre l’Union Européenne. La circulation des mineurs dans cette zone sahélo-saharienne est en fait un sujet encore peu traité. De plus, la multiplication des études sur le trafic et la traite des enfants donne une vision partiellement tronquée de la réalité. La migration des mineurs ne se réduit pas à une dimension criminelle et à des causes économiques, elle procède aussi d’opportunités, dimension souvent méconnue et occultée. Les logiques qui la sous-tendent sont individuelles, familiales et communautaires. Pour saisir et rendre visible la fragilité tangible et l’immense continuité des processus migratoires, avec ce souci constant de placer le mineur au cœur de l’analyse, une nouvelle voie de recherche a été explorée réunissant la géographie et les mathématiques ; cette alliance insolite, associée à la cartographie, prend différentes formes, de l’image géographique aux nuages de mots. Ce dialogue entre les disciplines et les méthodes a permis d’explorer le rapport que les mineur(e)s entretiennent avec les mots ; ce contenu « caché » donne à voir des alliages d’objets et de sujets inattendus, articulés à un réseau très enchevêtré d’incertitudes et d’opportunités. Ces réalités nouvelles invitent à considérer la mobilité des mineur(e)s sous un paradigme nouveau et quelque peu insolite entre territoires multisitués et pluriparentalité .

Cette ouverture sur la complexité et la diversité de la mobilité des enfants incite à analyser les logiques d’appartenance, notamment pour les mineurs immigrés dans le pays d’origine de leurs parents. H. Ba explore cette question à partir de la migration féminine sénégalaise à New York ; elle interroge ainsi les « nouveaux » rôles féminins et le statut des enfants dans un contexte transnational. Les stratégies adoptées vis-à-vis et sur le sort des enfants obéissent a des logiques plurielles, conflictuelles par endroit : logiques d’appartenance des parents, l’identification de soi dans le contexte de migration comme dans celui d’origine, la perception de l’environnement immédiat comme la projection de soi dans le temps et dans l’espace transnational global. En définitive, ces choix essaient de répondre à un questionnement central qui est celui de la conception d’une socialisation réussie des enfants pour des parents pris aux prismes de logiques migratoires, successivement et simultanément perçues comme présentant à la fois des opportunités et des menaces sur les identités, l’être et le devenir, dans l’Ici et l’Ailleurs.

Sur un autre terrain, dans un camp de réfugiés congolais en Tanzanie, M.Fresia et A.Vonkanel proposent de revisiter la problématique de l’enfance dans un contexte de politique d’encampement et d’action humanitaire. En prenant comme porte d’entrée les écoles, il s’agit d’aller au-delà d’une interprétation du camp de réfugiés comme un espace de confinement pour rendre visible d’autres manières selon lesquelles ces espaces sont investis. Depuis le début des années 1980, on assiste à une montée en puissance de l’éducation dans l’action humanitaire ; ainsi, l’étude exposée ici pose les enjeux de l’entrée en scène des acteurs humanitaires dans le champ éducatif à une période où le bien scolaire devient l’objet d’une préoccupation globale.

Ces facettes moins connues des enfants migrants déplacent l’analyse dans de nouveaux lieux et posent la question de l’émergence d’une nouvelle catégorie juridique, les adolescents migrants (F.Aumond). Les mineurs en mobilité sont encore souvent considérés comme un ensemble indifférencié au regard de leur âge. Toutefois, l’adolescence fait l’objet depuis peu d’une certaine attention au niveau international. S’inscrit dans ce contexte l’adoption en 2014 par l’Assemblée générale des Nations Unies d’une première résolution concernant les « enfants et adolescents migrants ». Elle fait suite à un rapport du Secrétaire général de l’Organisation (2014) portant sur le même sujet, mais dont elle modifie substantiellement la perspective. Leur comparaison constitue dès lors un biais pour interroger les incidences juridiques de l’attention ainsi portée aux adolescents migrants, voire questionner leur constitution en nouvelle catégorie juridique. En conclusion de la plénière, Florian Aumond précise qu’une telle identification est vouée à l’échec dès lors qu’il s’agit seulement, à la suite de l’Assemblée générale, de faire valoir que les adolescents migrants sont des enfants (migrants) à part entière (non-discrimination). Elle pourrait en revanche utilement s’appuyer sur les spécificités mises en avant par le Secrétaire général, conséquence du fait que l’adolescence se situe à la charnière entre l’enfance (post-minorité) et l’âge adulte (pré-majorité). Pour l’heure, cependant, cette caractérisation demeure à l’état d’ébauche.

Travail et globalisation: Le travailleur immigré comme variable d’ajustement pour le marché du travail

Nous publions une série de 5 billets rédigés par les animateurs des plénières du colloque des 30 ans de Migrinter.

Cette semaine, nous vous présentons le deuxième volet de cette série de 5 billets: « Travail et globalisation: Le travailleur immigré comme variable d’ajustement pour le marché du travail »,  conférence de Marilyne Poulain (CGT), Alain Morice (CNRS, URMIS) et Lionel Ragot (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

par Florence Boyer, IRD, URMIS

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Dans le cadre européen en particulier, l’argument démo-économique est mis en avant soit dans le sens d’une ouverture aux migrations internationales, soit dans le sens d’une fermeture. Cependant, dans un contexte de segmentation du marché du travail, cette approche pose la question d’une adéquation entre la demande et l’offre de main d’œuvre qui serait issue de ces mouvements migratoires. Par ailleurs, elle interroge les politiques migratoires, leur construction au regard non seulement des logiques du marché du travail, mais aussi du droit des migrants et des travailleurs. Lionel Ragot, économiste, Alain Morice, sociologue et Marylin Poulain responsable immigration à la CGT Paris, débattent de ces liens contradictoires entre fonctionnement du marché du travail, politique migratoire et droit des travailleurs et/ou des migrants.

L’argument démographique permet de comprendre des politiques radicalement opposées entre les Etats de l’Union européenne, malgré des situations du marché du travail proches, comme en Allemagne et au Royaume-Uni. S’appuyant sur ces deux exemples, L. Ragot montre comment, alors que ces deux Etats au taux de chômage relativement bas, ils mettent en place des politiques migratoires opposées. Au Royaume-Uni, partisans comme opposants au Brexit s’accordent sur le fait que les flux migratoires de ressortissants européens surtout, posent problème, bien que l’ensemble des études s’accordent sur le très faible effet de l’immigration sur le marché du travail, que ce soit en termes de salaires ou de financement des systèmes de protection sociale. A l’inverse, l’Allemagne met en place une politique d’ouverture importante, non seulement depuis deux ans avec l’accueil de centaines de milliers de réfugiés, mais antérieurement, par des mesures favorisant l’accueil d’étudiants étrangers par exemple. Cette politique d’ouverture est à mettre en lien avec le contexte démographique allemand, marqué par un vieillissement de la population par le bas de la pyramide des âges, alors que le Royaume-Uni connaît, à l’instar de la France, uniquement un vieillissement par le haut.

Certes, la migration peut constituer un outil pour faire face au vieillissement et à la baisse de la population active, mais son efficacité reste limitée, en raison notamment de la configuration du marché international de la main d’œuvre et d’une potentielle insuffisance de l’offre. Toujours est-il que plus globalement, la politique migratoire ne peut être envisagée comme une solution au vieillissement, dans la mesure où il s’agit d’une politique cumulative, la population immigrée étant elle-même appelée à vieillir.

Aux côtés de cette approche globale du marché du travail, les politiques migratoires ont aussi été envisagées comme des politiques de gestion de certaines pénuries sur le marché du travail, comme ce fut le cas de la politique dite d’immigration choisie mise en œuvre en France en 2006. Hormis l’échec de dispositifs telles que la carte de séjour « Compétences et Talents », la liste des métiers considérés comme en tension est biaisée. Ces dites tensions sont plutôt le fait d’un mauvais fonctionnement du marché du travail, qui ne peut se résoudre que par des modifications de ce marché et non par des politiques migratoires.

En regard de cette discussion autour de l’argument démographique et de la gestion du marché du travail et des migrations, A. Morice met en avant la logique permanente d’oscillation entre l’attraction et le rejet de la population migrante en lien avec le marché du travail. Avançant la notion de précarité comme caractérisant cette population, « l’utilitarisme migratoire » consiste à adosser les besoins de main d’œuvre aux besoins supposés de l’économie. Autrement dit, et dans le contexte français notamment, A. Morice décrit cette doctrine qui veut « avoir le travail sans le travailleur », c’est-à-dire disposer d’une main d’œuvre tout en restreignant l’installation définitive des personnes. Cette logique d’empêchement de l’installation qui accompagne l’utilitarisme migratoire pose la question de l’intégration des descendants, qui reste un échec des politiques en matière de discrimination et de ségrégation.

Dans cette perspective utilitariste, les politiques sont plutôt de l’ordre du bricolage, que ce soit par la mise en place de la liste des métiers en tension en 2006, les procédures de régularisation effectives mais non publicisées, les circulaires envoyées aux préfets concernant certains métiers à favoriser… Est constatée une relative souplesse dans les actions, alors que l’affichage est plus ferme, renvoyant à des logiques politiciennes. Deux cas sont emblématiques de ces logiques de précarisation des travailleurs migrants et de l’utilitarisme des politiques. Dans le domaine de l’agriculture, la demande de travailleurs saisonniers doit répondre à des questions de disponibilité et de docilité, plus que de coût. Ainsi, l’Etat français conclut des accords avec des pays tiers, organisant une double pénurie : les employeurs n’ont jamais tout à fait la main d’œuvre souhaitée et dans les espaces de départ, s’installe une logique de concurrence entre les travailleurs potentiels. Le renouvellement des contrats d’une année sur l’autre est à la discrétion de l’employeur, ce qui contribue à précariser la situation des travailleurs. Autre cas, celui des travailleurs détachés, renvoyant à une directive européenne de 1996, autorisant des entreprises à prêter leurs salariés à des employeurs français. Ce procédé est tellement l’occasion de fraude, qu’il est actuellement en cours de révision au sein de la commission européenne. Ainsi, ce travailleur détaché n’est plus un migrant, mais une personne prêtée ; il n’a pas accès aux mêmes droits et notamment à une carte de séjour.

La précarité constitue donc une dimension fondamentale de ces politiques, comme le souligne M. Poulain, particulièrement pour ce qui est du droit de s’installer et plus globalement de l’égalité des droits. Ainsi, l’importance des travailleurs sans-papiers dans certains secteurs (restauration, bâtiment, confection…) pose la question de la dérèglementation du droit du travail et de la délocalisation sur place. Dans ce contexte, la responsabilité des employeurs est certes forte, mais l’Etat est tout autant responsable, dans la mesure où il laisse volontairement des travailleurs en situation de précarité pendant des années, avant qu’ils puissent prétendre à une régularisation. Cette position de l’Etat se renforce actuellement, que ce soit au travers de son refus de reconnaître les travailleurs sans-papiers comme étant en situation de traite[1], ou par le vote de la loi Caseneuve en mars 2016, qui remet en avant l’immigration dite choisie, via l’augmentation de la délivrance de carte de séjour « travailleur temporaire » au détriment de la carte « salarié » d’un an. Dans les deux cas, le travailleur est tributaire de son employeur pour le renouvellement de sa carte de séjour. Cette loi pénalise également l’utilisation des « alias » par les travailleurs sans-papiers, ce qui conduit certaines entreprises à porter plainte contre leurs employés lorsqu’ils présentent un dossier de régularisation. Dans ce contexte, les travailleurs sans-papiers, et de façon plus globale, les travailleurs migrants, sont utilisés comme des variables d’ajustement selon les besoins, et leur précarité est entretenue par les politiques migratoires.

[1] Au regard de la loi, la reconnaissance de la situation de traite obligerait l’Etat à attribuer à ces personnes une carte de séjour « vie privée et familiale »

Le transnationalisme à travers le prisme de l’histoire, Roger Waldinger et Laurent Vidal

Nous publions une série de 5 billets rédigés par les animateurs des plénières du colloque des 30 ans de Migrinter.

Cette semaine, « Le transnationalisme à travers le prisme de l’histoire »,  conférence de Roger Waldinger (UCLA) et Laurent Vidal (Université de la Rochelle)

par Yann Scioldo-Zürcher, CNRS, Centre de recherche français à Jérusalem.

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Dans l’article « “ Transnationalisme ” des immigrants et présence du passé » publié en 2006 à l’occasion du numéro anniversaire de la Revue Européenne des Migrations internationales, Roger Waldinger dénonçait les conclusions de l’Académie des sciences de New York pour qui, en 1990, les liens transnationaux étaient une nouveauté dans les pratiques migratoires contemporaines. Or, les historiens des migrations savent depuis longtemps que les circulations, physiques, matérielles ou immatérielles, sont le corollaire des expériences migratoires, même les plus anciennes. L’histoire des diasporas juives, par exemple, insiste particulièrement sur les formes de communication entretenues entre communautés internationales, la circulation de leurs membres au sein de groupes parfois géographiquement éloignés les uns des autres (Zink, Sibon, 2012). De même, si les chercheurs réunis autour de l’enquête E.Diaspora Atlas (2012) avaient bien montré le rôle déterminant des nouvelles technologies utilisées par les migrants pour maintenir un lien avec leur pays d’origine, chaque époque a néanmoins su créer des moyens de communication ayant satisfait au mieux les liens transnationaux. De même, nous le savons, ces liens transnationaux entre pays d’origine et pays d’installation se poursuivent parfois jusqu’à la troisième, sinon la quatrième génération. Les réseaux de continuité entre groupes sont ainsi des phénomènes récurrents, qui peuvent s’hériter. Des acteurs politiques et sociaux émergent ainsi en créant et en maintenant des liens sur des territoires multiples et sur lesquels des forces étatiques nationalisantes cherchent parfois à intervenir. Roger Waldinger soulignait ainsi la relative hardiesse des États-nations à mettre en place, coûte que coûte, des systèmes de défense contre l’immigration internationale, et ses formes de transnationalisme, pensées désormais comme un danger : « bien que les migrations internationales aient été fréquentes dans le passé, les efforts des États-nations pour s’en préserver sont une relative nouveauté. Notre question porte donc sur la manière dont des processus récurrents de migrations débordant les États se heurtent à des réactions intolérantes, voire coercitives, visant à circonscrire des sociétés d’États-nations et borner des communautés nationales […] ». En d’autres termes, l’auteur souligne la nécessité d’historiciser les liens transnationaux, tout comme les réponses des États apportées à les soutenir ou à la détruire, puisque dans toutes les formes d’immigration internationales, on retrouve communément des pratiques transnationales (Waldinger, 2015).

Laurent Vidal propose, en écho, de poursuivre les réflexions autour des liens existants entre expériences migratoires et supports territoriaux qui soutiennent les identités sociales des migrants (Vidal et al, 2015). Il nous invite particulièrement à penser les « espaces problématiques » que sont les frontières, les camps de regroupement et « d’attente » dans lesquels se construisent le plus souvent les dualités entre discours d’État et discours des migrants. Si ces deux derniers rendent comptent de l’histoire des migrations internationales, il reste cependant au chercheur d’orienter ses réflexions en insistant sur la façon avec laquelle ces deux registres de discours interagissent l’un sur l’autre. Enfin, dans une approche « mesoscopique », celle où le chercheur est souvent le plus à même de pouvoir observer la finesse des processus historiques et sociaux qui entourent l’acte de migrer (Green, 2002), Laurent Vidal nous invite à porter notre attention au passage du statut d’émigré à celui d’immigrant et à la dualité qu’il porte en lui-même. L’un comme l’autre soutenant évidemment des ressources identitaires qui sont mobilisables au gré des événements individuels et collectifs qui interviennent dans la vie des individus et de leurs groupes.

Ainsi, Roger Waldinger et Laurent Vidal proposent ici des pistes de réflexion pour mieux rendre compte, dans le temps et dans l’espace, des formes de transnationalisme. Que nous apportent-elles en terme de compréhension des phénomènes migratoires du passé, des circulations et des mobilités des individus qui ont eu lieu ? Comment les différents « régimes d’historicité » nous permettent-ils de penser à la fois les migrations internationales et leurs liens transnationaux ? Quelle est la tâche du chercheur pour rendre compte des tensions qui existent dans la production des discours, qu’ils soient étatiques ou autobiographiques ?

Bibliographie :

Sibon, Juliette (2012). Travailler dans une autre communauté de la diaspora au XIVe siècle. Corailleurs et médecins juifs entre Provence, Catalogne et Sardaigne. Cahiers de la Méditerranée, 84, pp. 19-37.

Zink, Anne (1994). Une niche juridique. L’installation des Juifs à Saint-Esprit-lès-Bayonne au XVIIe siècle. Annales. Histoire, Sciences Sociales, 1994, 49, n° 3, pp. 639-669.

Diminescu, Dana (2012). E-Diasporas Atlas, Exploration and Cartography of Diasporas on Digital Networks. Paris : Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, Col. praTICs.

Vidal, Laurent, Musset Alain (2015). Les Territoires de l’attente. Migrations et mobilités dans les Amériques (XIXe – XXIe siècle). Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Waldinger, Roger (2006). « Transnationalisme » des immigrants et présence du passé. Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 22 – n°2 | 2006, mis en ligne le 01 juin 2009, consulté le 19 octobre 2016. URL : http://remi.revues.org/2817.

Waldinger, Roger (2015). The Cross-Border Connection: Immigrants, Emigrants, and Their Homelands. Harvard : Harvard University Press.

Green, Nancy (2002). Repenser les migrations. Paris : Presses universitaires de France.

Appel à contribution: Ecotones 2: Experiences des migrations et des transformations dans les ecotones

https://ecotones2.sciencesconf.org/

Date limite de l’appel: 10 janvier 2017

22-24 juin 2017, Poitiers

Cette rencontre s’inscrit dans un cycle de colloques sur la notion d’ « écotone ». Le terme est initialement utilisé en géographie physique pour désigner des espaces de transition entre deux (ou davantage) environnements écologiques.

L’objectif est ici de revisiter cette métaphore écologique afin d’éclairer sous un nouveau jour les dynamiques de transformations inhérentes aux changements écologiques, aux migrations, installations, formations diasporiques ou aux émergences de cultures hybrides et ce tant sous l’angle des sciences sociales que des études littéraires. Les écotones peuvent être analysés par le filtre des effets qu’ils peuvent avoir sur les personnes et les objets qui les occupent ; des liens qu’ils entretiennent avec les espaces qu’ils mettent en relation ; des processus de transformation qu’ils induisent.

Ce second colloque a pour objectif de poursuivre cette exploration conceptuelle et empirique en prenant pour objet les subjectivités migrantes et la façon dont elles interagissent avec les écotones. Le comité d’organisation sollicite des travaux qui abordent les dynamiques sociales, culturelles et artistiques en lien avec les migrations et les capacités transformatives des écotones. Nous encourageons plus particulièrement une analyse des subjectivités migrantes et de leurs expressions sous différentes formes (objets d’art, romans, récits administratifs et histoires de vie collectées par les chercheurs…). Notre intention est d’ouvrir un dialogue interdisciplinaire par la présentation d’analyses littéraires, la comparaison entre des expressions artistiques, des études anthropologiques ou encore en histoire, économie, géographie ou science politique.

Field note – Fieldwork in Sudan social protection for Sudanese transnational families, by Ester Serra Mingot

A field note by Ester Serra Mingot.

As part of the Marie Curie Initial Training Network (ITN), TRANSMIC (Transnational Migration, Citizenship and the Circulation of Rights and Responsibilities), I am conducting my PhD on “Transnational social protection: How Sudanese migrants in the Netherlands and the United Kingdom and their families in Sudan make use of social protection, locally and transnationally”.

This joint PhD project, between the University of Maastricht (Netherlands) and the University of Aix-Marseille (France), runs from 2014 until 2017.

During the course of the fieldwork in Sudan (mostly Khartoum and Omdurman), from August 3rd to October 16th 2016, I conducted ethnographic research with the families of the migrants I had previously met and interviewed in the Netherlands and the United Kingdom (UK).

CEDEJ-Khartoum supported my fieldwork in Sudan, which was the third and last terrain after conducting seven months of intensive qualitative research in the Netherlands and four months in the UK.

The main goal of this research is to investigate how Sudanese migrants in the Netherlands and the UK, and their families, in Sudan, make use of different forms of social protection, locally and across borders in order to support each other.

For the purposes of this research, I use the concept of “social protection”, rather than “social welfare” or “social security”, which are highly related to the support provided by the state, leaving out the role of other actors in the provision of social protection and support. The aim of my research goes beyond the state-provided support, and tries to understand the different resources available to and used by migrants and their families back home, be it at a state, market, third-sector and/or family levels, in order to provide and receive social protection locally and across borders. For this reason, in this research I use the concept of social protection, which is usually interpreted as having a broader character than social security or social welfare, including different mechanisms of support provided not only at a public, but also at a private, community, and market level in order to cope with the social risks, such as lack of employment, healthcare or education.

This broad approach has allowed me to go beyond the dichotomy of formal and informal forms of social protection, and explore the existing semi-formal mechanisms of support. Moreover, rather than exclusively focusing on how migrants access formal forms of social protection in the Global North or how migrants’ remittances support the health, education and other basic needs of their families back home, by taking the transnational family as the main unit of analysis, I have been able to explore the role of those ‘left behind’ in the provision of diverse services to migrants.

Furthermore, by adopting a comparative perspective between Sudanese migrants in the Netherlands and the UK, an unexpected trend of secondary migration within Europe emerged. While motivations varied according to different personal situations, issues like education, bigger Muslim community, social benefits and feelings of discrimination seemed to play an important role in people’s decision to move from the Netherlands to the UK. Interestingly, nostalgic and even sometimes regretful feelings were expressed by respondents who had moved from the Netherlands to the UK.

The multi-sited approach of my research allowed me to observe social practices produced in different geographic locations, where the object of analysis, in this case “the family”, cannot be accounted for by staying in a single place. By following people’s connections and relationships across the Netherlands, the UK and Sudan, I explored the cross-border flows of goods, services, people and ideas.

Moreover, this approach allowed me to deepen the issue by exploring ‘the two sides of the coin’, that is, both the migrants’ and their families’ accounts on the provision and reception of social protection. In my approach, the units of analysis are the families linked to each other across national boundaries; that is, a “matched sample”.

During my fieldwork in Sudan, I visited around 20 families of the migrants in Europe. While some informal interviews were conducted, most data was collected via observations and informal conversations in English and Arabic. With each family I spent a different amount of time, from 5 hours to one week, depending on their availability. Nevertheless, even those with whom I could spend less time, getting to know their living arrangements, their household configuration and their living standards was insightful to understand Sudanese family norms and the relationships with migrants in Europe.

The project is half way to completion and an in-depth analysis still to be conducted, yet fieldwork in Sudan has yielded some preliminary findings. First, acquiring a European education in order to access better-paid jobs in the Gulf countries or elsewhere, seems to be a strong motivation for many Sudanese moving to Europe, especially the UK. Second, the strong family links in Sudanese families play a role on how migration is organized at the family level. Rarely are parents left behind alone; they either migrate with a child or (more frequently) one of their children stays behind with them. This comes with collective or individual sacrifices. Third, the provision of care to elderly parents or family arrangements (e.g. marriage) seems to be a source of occasional conflict between those left-behind and the migrants, who, upon visiting or sending remittances, may try to decide how things should be done.