Category Archives: Migration

Le fonds documentaire de MIGRINTER labellisé Collections d’excellence

Le groupement d’intérêt scientifique CollEx-Persée (http://www.collex.eu/) vient de labelliser le fonds documentaire de Migrinter. Il est attribué pour 5 ans (2018-2022).

CollEx-Persée est une infrastructure en information scientifique et technique, inscrite dans la feuille de route nationale 2016 des infrastructures de recherche. Elle vise à contribuer à la performance de la recherche française en développant des services documentaires au plus près des besoins des chercheurs.

CollEx-Persée a pour mission d’accompagner la mise en œuvre des actions de préservation mutualisées menées en coopération entre les bibliothèques de recherche et les opérateurs en IST sur lesquels elles peuvent s’appuyer (Centre technique du livre de l’enseignement supérieur, Bibliothèque nationale de France, CNRS-INIST, CINES).

Le fonds MIGRINTER

Le fonds Migrinter (Migrations internationales) est spécialisé dans l’étude des migrations internationales et des relations interethniques. Il compte plus de 5000 ouvrages liés aux thématiques des migrations internationales, plus de 4000 fascicules de revues dont une trentaine de titres de périodiques vivants, plus de 600 documents dits de «littérature grise» et des dossiers de presse réalisés de 1990 à 2000 (15 à 20000). Essentiellement en français et anglais, il couvre l’ensemble des disciplines de sciences humaines et sociales.

Ce fonds possède sa propre base de données bibliographique, « Migrinternet », actuellement en reformatage pour être plus accessible. Créée en 1996 et aujourd’hui constituée de plus de 23000 notices bibliographiques, elle offre un catalogue spécialisé donnant accès aux documents issus du fonds.

Migrinter a également créé en 2008 sa propre collection dans l’archive ouverte HAL-SHS (https://halshs.archives-ouvertes.fr/MIGRINTER) destinée au dépôt et la diffusion d’articles scientifiques émanant de ses propres chercheurs. Cette archive contient près de 1300 signalements bibliographiques, avec 675 documents directement accessibles en texte intégral, et environ 200 autres en passant par des plateformes en « open access« .

Dans l’année qui suit, MIGRINTER prévoit de réaliser le catalogue du fonds « ancien », de lancer une campagne de reliure des revues disparues mais qu’il possède au complet (Documentation réfugiés, Migrations études, Actualités migrations…) et compte réorganiser ses collections pour leur offrir une meilleure visibilité.

Bienvenue à José Manuel Maroto Blanco

José Manuel Maroto BlancoLe laboratoire est heureux d’accueillir pour une période de trois mois (d’avril à juin) José Manuel Maroto Blanco qui a obtenue une bourse ERASMUS.

José Manuel est chercheur à l’Institut des migrations et membre du Département d’Histoire Contemporaine de l’Université de Grenade.

Actuellement, il prépare une thèse de doctorat sur la représentation des Africains noirs en Espagne et leurs l’expériences vécues depuis le régime de Franco  jusqu’à présent. La réalisation de cette thèse est possible grâce au soutien du Ministère de l’Education, de la Culture et du Sport du Gouvernement espagnol (FPU15 / 01266).

Parmi ses thèmes de recherche, nous pouvons souligner la coopération espagnole au développement en Afrique, les préjugés et le racisme dans l’histoire récente de l’Espagne.

Sélection de publications de José Manuel Maroto Blanco :

  • La Ayuda Oficial al Desarrollo española en Guinea Ecuatorial: un análisis crítico (2014) en Cuadernos Geográficos
  • Os problemas internos da África Central e Ocidental francófona como entravesaodesenvolvimento económico e social: umavisâo crítica das elites africanas (2015) en Simbiotica
  • The Lack of European Awareness Regarding the African Continent The Case of Spanish Universities (2016) enG200 Youth Forum
  • “Ayudarnos es parte de nuestra cultura”. Estrategias de los migrantes ante la crisis económica: El caso de la población senegalesa en Granada (2017) en la Revista Internacional de Estudios Migratorios
  • Miedos y prejuicios de una nación. La negritud y la figura del negro en la historia reciente de España a través del cine (1959-2002) en Revista de Historia Social.

José Manuel est installé dans le bureau des doctorants où on peut le rencontrer. Il participera au cinquième Séminaire Annuel organisé à la M.S.H.S. de Poitiers sur le thème « Humanité et fermeté : lire les frontières au prisme des discours et des dispositifs migratoires ».

Pour en savoir plus, rendez-vous sur sa page personnelle sur le site de l’Université de Grenade : https://ugr.academia.edu/JoseManuelMarotoBlanco

Et pour le contacter : jmmaroto[at]ugr.es

Carmen Clara Bravo Torres à MIGRINTER

Le laboratoire est heureux d’accueillir pour une période de trois mois (avril / juin) Carmen Clara Bravo Torres qui a obtenue une bourse ERASMUS. Clara est chercheuse à l’Institut d’Anthropologie et des Migrations de l’Université de Grenade, elle prépare une thèse de doctorat sur la gestion de la diversité dans le contexte éducatif grâce à une subvention du Ministère de l’Education espagnol (FPU).

Clara est anthropologue diplômée de l’Université de Grenade (2011-2015), elle a étudié pendant un an à l’Université de Maynooth, en Irlande (2013-2014) où elle a terminé une maîtrise en études sur la migration (2015-2016) et préparé une maîtrise en politique et démocratie.

Actuellement, elle enquête dans le cadre de sa thèse sur l’identification de la diversité dans l’environnement normatif et politique concernant le contexte éducatif. Par conséquent, ses sujets d’étude sont le contexte éducatif, les migrations, l’altérité, la politique européenne, entre autres.

Elle participe à deux projets de recherche :

  • Construyendo diferencias en la escuela. Estudio de la trayectoria de las ATAL en Andalucía, de su profesorado
    y de su alumnado
  • Multilevel Governance of cultural diversity in a comparative perspective EU-Latin America

Installée dans le bureau des doctorants où on peut la rencontrer, elle analyse les discours politiques et normatifs concernant l’immigration. Prochainement, elle assistera au congrès EVASCOL qui se tiendra à Paris et participera aux différents séminaires qui auront lieu à MIGRINTER.

Pour la contacter : bravotorres93@ugr.es

Omar Tcham à MIGRINTER

Le laboratoire Migrinter est heureux d’accueillir depuis le 12 mars dernier M. Omar TCHAM, enseignant à l’École Supérieure d’Économie d’Oran et doctorant en Sciences Économiques à l’Université d’Oran 2 –Mohamed Ben Ahmed.

Il prépare une thèse sous la direction du professeure Najat ZATLA, dont la problématique de recherche est axée sur la fuite des cerveaux, la circulation des compétences et le développement en Algérie, avec un intérêt pour la migration des médecins.

Il a bénéficié d’un stage de courte durée de l’ESE-Oran, et compte profiter de son séjour dans notre laboratoire pour enrichir sa bibliographie en exploitant le fonds du centre de ressources, et s’entretenir avec les chercheurs, les enseignants-chercheurs et les doctorants afin de discuter et éclaircir les différents questionnements auxquels il est confronté dans son travail de recherche.

Omar Tcham restera dans nos murs jusqu’au 21 mars.

Courriel :tchamomar@gmail.com

Les campagnes françaises à la loupe des migrations internationales

Qu’il s’agisse du rôle que les migrants peuvent jouer dans le peuplement d’espaces en déclin démographique, dans le développement économique de secteurs en crise ou encore du redéploiement actuel des dispositifs d’accueil des demandeurs d’asile, la contribution potentielle des migrations internationales à la dynamique des territoires ruraux fait l’objet d’une attention renouvelée de la part de la communauté scientifique et des décideurs politiques.

Les dynamiques migratoires européennes et mondiales, en lien avec l’instabilité politique de certaines régions du monde, l’intensification de la circulation en Europe et l’internationalisation du marché du travail, ne vont pas sans poser de nombreuses questions de société. Plus que par le passé, les campagnes françaises sont concernées par l’ampleur et la diversification des mouvements migratoires de portée internationale. À la présence déjà ancienne d’immigrés sud-européens et maghrébins et des saisonniers agricoles étrangers, sont venus s’ajouter de nouveaux résidents d’origine nord-européenne (Britanniques pour la plupart) et plus récemment des demandeurs d’asile issus de pays « en crise ». Il en résulte une diversification des profils de migrants dont les parcours et les modes d’insertion locale demeurent largement méconnus.

Rendre visible la diversité des profils

Des géographes se sont récemment engagés dans le programme CAMIGRI visant à éclairer la dynamique de changement des campagnes à partir d’une analyse centrée sur les migrations internationales. Leur attention est principalement portée sur les enjeux de cohésion sociale qui évoluent dans des campagnes où les habitants ont des expériences de mobilité, des modalités d’insertion dans des circuits économiques, des engagements, des valeurs et des modes de vie de plus en plus diversifiés, et souvent, des intérêts divergents… Les lacunes de l’appareil statistique et la perception pérenne dans les représentations collectives du « migrant » comme personne « immigrée » ou « étrangère » au sens des définitions statistiques, amène l’équipe de chercheurs à proposer une lecture des campagnes en termes de « circulation internationale », se situant ainsi dans le prolongement des travaux développés depuis plusieurs décennies au laboratoire MIGRINTER. Le laboratoire est spécialisé dans l’étude des migrations internationales et des relations inter-ethniques. Il contribue notamment à défendre, dans ses travaux et la conduite de son projet scientifique, une approche dynamique des migrations internationales en termes de « circulation » qui anime et transforme à la fois les espaces de départ, les espaces traversés et les espaces d’accueil des migrants.

«…connaître leurs parcours de vie et leurs modes « d’habiter la campagne ».»

Le projet s’attache d’abord à dresser un portrait détaillé des migrants internationaux dans les campagnes françaises. Les données statistiques ont été obtenues suite à une demande auprès du Centre d’Accès Sécurisé aux Données qui permet un accès à des données individuelles très détaillées* et donc soumises à des conditions de sécurité élevée pour les chercheurs. Elles feront l’objet d’analyses descriptives à l’échelle nationale qui seront approfondies, à l’échelle de terrains d’étude ciblés, par de nouvelles sources** susceptibles de relier les dynamiques migratoires aux dynamiques rurales locales. Ce premier corpus de données sera complété par des observations prolongées et des enquêtes de terrain conduites dans l’Ouest de la France. Trois zones d’études ont été sélectionnées. Elles correspondent approximativement aux limites des Parcs Naturels Régionaux (PNR) : Loire-Anjou-Touraine, Périgord-Limousin et Pyrénées ariégeoises.

Comprendre les nouvelles dynamiques d’installation

Partant des principales fonctions constitutives de la vie des campagnes – résidentielle, agricole et politique – il est question d’illustrer le rôle des différentes figures migrantes dans l’évolution des campagnes. Des enquêtes par questionnaires biographiques sont envisagées auprès des migrants afin de mieux connaître leurs parcours de vie et leurs modes « d’habiter la campagne ».

De nombreuses interrogations demeurent sur les pratiques résidentielles et les conditions de logement des migrants, surtout lorsqu’ils sont installés de manière temporaire mais récurrente dans les territoires ruraux, comme c’est le cas par exemple de nombreux britanniques ou des ouvriers saisonniers. Grâce aux enquêtes menées dans le Périgord Vert en particulier, il s’agit également de voir si les migrants produisent des formes particulières de systèmes productifs agricoles ou s’ils s’insèrent dans des formes agricoles communes sur un territoire. Enfin, une attention particulière est portée à la gestion locale de l’installation des populations migrantes. En effet, les campagnes du Grand Ouest sont particulièrement affectées par l’installation de nouveaux migrants et le redéploiement du dispositif d’accueil des demandeurs d’asile dans le cadre de la dynamique de placement suite à la fermeture de la « Jungle de Calais ». L’observation porte certes, sur les centres d’accueil pour demandeurs d’asile implantés dans les campagnes, mais aussi sur d’autres pratiques de prise en charge des migrants en transit, des mineurs isolés, des demandeurs d’asile non accueillis en CADA.

Ouvrir le dialogue

Si le programme de recherche a vocation à produire de nouveaux éléments de connaissance sur les questions migratoires et de développement rural, il ouvre aussi l’espace de débat et de réflexion au-delà des mondes scientifique et académique. En effet, les politiques publiques sont à la fois confrontées aux problèmes et aux carences en termes de moyens financiers et professionnels pour la gestion de l’accueil et de l’insertion des populations migrantes sur le territoire et, en parallèle, au défi du développement local dans certains espaces ruraux en déclin (vieillissement, disparition de l’offre de services, fermeture de commerces etc.). Le projet CAMIGRI est une occasion de constituer au fil de la recherche et des enquêtes de terrain, un répertoire d’acteurs (politiques, économiques, associatifs) à mobiliser afin de diffuser les résultats scientifiques et de nourrir le dialogue public. Un effort particulier de vulgarisation des travaux sera porté sur la production de supports photographiques et dessinés (BD) pour stimuler les échanges avec ces différents acteurs.

 

  • * Recensements de la population, échantillon démographique permanent, enquête famille logement
  • ** Recensement agricole, base de données PERVAL sur les transactions foncières et immobilières par nationalité, données OFPRA et OFII, Chambres de commerce et Offices de tourisme etc

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CAMIGRI « Campagnes françaises dans la dynamique des migrations internationales » est un projet de recherche financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Il implique une équipe de 10 chercheurs rattachés à MIGRINTER (MIGRINTER – UMR 7301 CNRS/Université de Poitiers) et RURALITES (Rural, URbain, Acteurs, Liens, Territoires, Environnement, Sociétés – EA 2252 Université de Poitiers), PASSAGES (UMR 5319 – CNRS/Université Bordeaux Montaigne/Université de Bordeaux/Université Pau Pays de l’Adour/ENSAP Bordeaux) et associe des compétences multiples et complémentaires en matière d’enquêtes, d’observations ethnographiques et de traitement de données sur les mobilités spatiales et les territoires.

Migration and Displacement In and From Darfur

Program Title: Migration and Displacement in and from Darfur: Conflict, livelihoods and food insecurity. A research project to examine migration trends and inform policy”

Partners: SOAS, ODI, Faculty of Economic and Social Studies – University of Khartoum, CEDEJ Khartoum, Oxfam Sudan

Project sponsored by: SOAS/EU Trust Fund REF; the Dutch Embassy in Khartoum

Summary

The proposed research aims to examine trends, processes and drivers of migration and displacement in and from Darfur, with a particular focus on migration flows during its protracted conflict.  The research will provide insights into current mobility patterns, explore the reasons for migration and displacement, how it builds on past migration patterns, and the decision-making processes of actual and potential migrants and refugees. The findings will lead to better understanding of the recent changes in migration flows, in particular towards Europe, and of the effect of current interventions targeting migrants.  The study also aims to identify appropriate responses to reduce levels of irregular or unsafe migration or create opportunities to stay safely at home.  This proposal provides the justification for doing the research, the proposed research questions, methods, timeframe and budget.  It also provides background information on the nature and types of migration in Darfur.

In 2015 and 2016, Sudanese formed the fifth and sixth largest categories of migrants coming into Italy respectively, representing between 6.5-7% of migrants, or an estimated 10,600 in 2015 and 8,600 in 2016 by September (UNHCR, 2016a and b). Refugee sites in Europe report a large proportion of Sudanese, for example a survey in the Calais camp in France in July 2016 found that out of 7,037 refugees, 32% were Sudanese (Refugee Rights Data Project, 2016).

However, beyond these aggregate figures little is known about the trends and causes of migration in and from Sudan, and specifically Darfur in terms of changing patterns, destinations, reasons, processes of migration, or who is leaving.  Migration is rarely covered in aid agency assessments.

  • To explore current trends, drivers and constraints in migration in and from Darfur, particularly into Europe.
  • To inform policy and programming responses, in Europe and in Sudan, and to advise on appropriate interventions and the likely effect of current interventions targeting potential and actual migrants and refugees.

Geographical scope and purposive sampling

Within Sudan the geographical focus of the research will be Khartoum and Darfur, most likely North Darfur State and Central and/or West Darfur States, where different patterns of migration have traditionally been an important part of livelihoods, and which are known to be the geographic point of origin for migrant flows to Europe.   In Europe, the geographic focus will be Italy, France and the UK, where Sudanese migrants are known to have congregated, or to pass through.

Within the respective Darfur states selected for the study, a purposive sampling frame of different population groups will be constructed, that takes account of traditional and recent migration patterns, different livelihood and ethnic groups, and different experiences of the conflict in Darfur, according to the following draft criteria:

  • groups with a long history and tradition of migration as part of their livelihood strategy, for example the Zaghawa from north-west Darfur, or the Fur from Jebel Si and Kebkabiya in west-central Darfur.
  • groups from which it is known that some have migrated to Europe, and that have experienced violent conflict and displacement, for example in camps for the displaced such as Abou Shook or Zamzam camps near El Fasher town.
  • groups in selected state capitals within Darfur, for example El Fasher or Geneina, from where it is known that migrants have left[1]
  • if possible, groups in opposition-controlled areas (for example in Central Darfur state) from where it is known that migrants have left, as well as in government-controlled areas
  • if feasible, groups living in areas where EU funded projects have been/are being implemented

Final report to be issued first semester of 2018.

Team

Coordinators: Susanne Jaspars, Research Associate, SOAS, London; Margie Buchanan-Smith, Senior Research Associate, HPG/ODI.

 

[1] There will be overlap between groups 1-3.  Some of those with a long history of migration will have been displaced, including both the Zaghawa and Fur.  Those with a long history of migration will also present in state capitals.

Programme de recherche : Negotiating the Nation: Implications of ethnic and religious diversity for national identity (NATION) (2012-2017)

Negotiating the Nation: Implications of ethnic and religious diversity for national identity (NATION).

Programme de recherche, Peace Research Institute, Oslo

https://www.prio.org/Projects/Project/?x=1564

NATION workshop

L’importance des partis d’extrême droite sur la scène européenne mais aussi les référendums en Ecosse, en Catalogne ou encore les mouvements d’opinion publique au lendemain des attentats terroristes rendent compte de la résurgence du fait national. Les expressions du nationalisme contemporain apparaissent comme fortement liées à la perception des migrations. La mutation des ethnoscapes occidentaux, pour reprendre l’expression d’Arjun Appadurai, pose à nouveau frais la question de l’idée nationale. Le programme NATION se propose d’analyser les avatars du nationalisme occidental au regard des transformations induites par la globalisation des mouvements humains.

Le colloque de clôture du programme NATION s’est tenu à Oslo ce lundi 20 Novembre à l’Université de Oslo. Piloté par Marta Bivan Erdal, il a rassemblé sept chercheurs de Norvège, Grande Bretagne et France. L’équipe, constituée de géographes et de sociologues, s’intéresse à l’idée de Nation telle qu’elle est vécue par les individus, notamment au contact de groupes issus de l’immigration. Une attention particulière est accordée aux moments de crise de l’identité nationale que sont les attentats : commis par Anders Breivik en Norvège, attentats islamistes depuis 2015 en France. Le projet s’articule autour de trois questions :

  • Quelles sont les limites autour desquelles les conflits relatifs au sens de l’identité nationale se cristallisent ?
  • Quels sont les effets de la diversité ethnique croissante sur l’expression de l’identité nationale ?
  • Comment les identités ethniques et religieuses interagissent-elles dans les négociations concernant le sentiment d’appartenance nationale ?

Pour aborder ces questions, le projet se décline en trois axes. Le premier porte sur l’idée de Nation telle est reproduite par les acteurs étatiques par le biais des législations ou encore des discours. Le second axe est centré sur le discours médiatique portant sur les questions migratoires et après les attentats. Le troisième porte sur le sentiment national exprimé par les individus, dans les salles de classes pour les jeunes, au moment de conflits tels que la construction de mosquées, etc…

L’objectif de ce projet est de confronter l’idée de Nation telle qu’elle transparaît dans les discours et textes officiels avec cette même idée telle qu’elle est vécue par les acteurs au quotidien. Tout semble opposer ces deux modalités d’expression. La première s’articule autour de mythes fondateurs immuables, elle est naturalisée par des rituels et discours sans cesse répétés. La seconde est le plus souvent tacite, contingente, soumise à d’infinie variations qui évoluent en fonction des évolutions sociales, politiques, religieuses, économiques… L’idée de nation se construit d’abord à partir d’une ligne de séparation. Elle définit un intérieur, une cohésion par delà les différences de ses membres forgée à partir d’une mythologie commune. Et dans un même mouvement, elle construit un extérieur, une limite stable dans le temps et l’espace. Or la migration vient brouiller cette limite : comment considérer des étrangers comme ne faisant pas partie de cet ensemble national alors même qu’ils partagent le vécu quotidien des nationaux ? La ligne de séparation externe devient une ligne de fracture interne qui déstabilise l’idée de nation, et suscite controverses, négociations, reformulations. Ce qui était tacite s’objective et se problématise au contact avec l’autre. Les travaux sur ce nationalisme du quotidien montrent à quel point l’idée de Nation est une construction instable. Les enquêtes menées dans les classes montrent que les enseignants n’abordent que très rarement la question, de peur de susciter des débats qu’ils ne sauraient résoudre. La recherche s’est penchée sur différents types d’événements qui font « surgir » l’idée de Nation dans l’espace public.

Une première catégorie d’événements s’inscrit dans le quotidien des individus. Les analyses qui portent sur le choix des quartiers de résidence montrent que l’idée d’appartenance nationale est aussi présente parmi les étrangers. Les entretiens montrent que le choix d’un quartier avec ou sans concentration immigrée à Oslo est aussi relatif au choix de l’école pour leurs enfants et à l’adhésion à une identité norvégienne que ces derniers doivent adopter (ou pas). Le choix du lieu de résidence entre, pour les foyers d’immigrés, dans une logique de positionnement à l’égard de la communauté nationale norvégienne. Certains choisissent de sortir des quartiers de concentration immigrée pour que leurs enfants ne deviennent pas des « Yalla-Norvégiens ». En France, la question du voile islamique dans les espaces publics est à l’origine d’un débat sur l’identité nationale en 2009, débat d’ailleurs soigneusement cadré afin d’éviter que ne s’ouvre la boite de pandore des identités particulières. La cristallisation autour du voile est un avatar contemporain de la dispute qui caractérise le nationalisme français à propos de la place qui doit être faite à la religion. Elle trouve un écho dans les débats sur la place des juifs dans la société française au 19e siècle et sur le rôle de l’Eglise dans l’éducation au 20e siècle. En Grande-Bretagne, les chercheurs se sont penchés sur les négociations qui ont accompagné la construction de mosquées (architecture, sources des financements, etc.). Ces confrontations ne permettent pas de construire un consensus définitif. Tout se passe comme si ces micro événements ne permettaient que de fixer les lignes de fracture, de trouver un accord sur les désaccords qui traversent la société.

Il est une autre catégorie d’événements qui semble pourtant générer de tels consensus, du moins à court terme : les attentats. Par contraste avec les événements précédemment cités, ces derniers sortent du fonctionnement normal des sociétés. Or l’extra-ordinaire, pour reprendre les termes de Michel Maffesoli, est un terreau propice pour la formation d’un sentiment d’appartenance partagée. L’analyse des discours politiques et médiatiques qui suivent ces attentats montre à quel point ces derniers font référence à l’unité nationale. Cette dernière est un sentiment qui n’existe que dans sa spatialisation. Le besoin de s’approprier un espace commun, par des manifestations de rue (celles qui ont suivi les attentats du bataclan sont à ce titre exemplaire) ou encore par le dépôt de fleurs et de bougies sur le lieu de l’attentat. Mais cet élan d’unité ne dure pas et cède bientôt la place à de nouvelles lignes de fracture. L’accusation faites aux « beurs » de ne pas avoir participé aux manifestations post-« Charlie hebdo », ou plus récemment le débat sur « radicalisation de l’islam vs islamisation de la radicalité » montrent à quel point l’immigration et la diversité ethno-religieuse restent des points d’achoppement dans la formulation d’une idée nationale.

L’idée de Nation n’a pas été emportée par la mondialisation. Elle continue à unir et diviser nos sociétés par sa force de mobilisation collective. Cette recherche montre comment cette idée est manifeste non seulement dans les discours et pratiques de l’Etat, mais aussi dans le quotidien des individus. Elle montre également que le principe de la nation n’est pas simplement de tracer une limite entre « eux » les étrangers et « nous » les citoyens. Cette limite ne suffit pas à résoudre la complexité croissante de nos sociétés. Il s’agit dès lors de reconnaître pour transcender les lignes de fracture qui les traversent, de fonder un accord sur les désaccords.

Arrivée d’un stagiaire

Le CEDEJ Khartoum est heureux  de vous annoncer l’arrivée de Vladimir Cayol. Il sera présent au CEDEJ jusqu’au 31 mars 2018. Il travaillera sur les implications du processus de Khartoum. Il tachera dans le cadre d’une publication à venir de comprendre comment ce programme se met en place à l’échelle locale et comment se coordonnent les différents acteurs chargés de le mettre en oeuvre.

Crise des réfugiés, l’impasse des mots

En juillet 2016, l’Office des publications de l’Union européenne livrait un texte à destination de tous les citoyens européens sous le titre « L’UE et la crise des réfugiés » (1). Sa rédaction, faite en des termes très pédagogiques, est articulée autour de deux questions : 1. Qu’est-ce que la crise des réfugiés ? et 2. Que fait l’Union européenne ?

Les réponses apportées à la première des deux interrogations placent le lecteur dans un climat de tensions en réaffirmant dans un même mouvement d’écriture qu’un « grand nombre de personnes vulnérables viennent dans l’Union européenne pour y demander l’asile. Il s’agit d’une forme de protection internationale qui est accordée aux personnes qui fuient leur patrie et ne peuvent y retourner en raison d’une crainte fondée de persécution. » et que « toute personne arrivant en Europe n’a toutefois pas besoin de protection. ».

La structure de rédaction choisie pour répondre à la seconde question laisse se développer l’idée que l’action de l’UE s’exerce selon un gradient qui va d’une responsabilité empathique à une nécessaire reprise en mains de la situation comme en témoigne le crescendo des six objectifs définis pour faire face à la « crise des réfugiés » : 1. Aide humanitaire et aide au développement, 2. Sauvetages en mer et protection des frontières de l’UE, 3. Relocalisations, réinstallations et retours, 4. Accord avec la Turquie, 5. Arrêt de la migration irrégulière incontrôlée, et 6. Réforme des règles de l’UE en matière d’asile.

À l’approche du premier anniversaire de cette publication, nous apprenons par le Haut Commissariat des Nations unies (HCR) que les premiers mois de l’année 2017 ont vu le nombre de migrants disparus en mer atteindre un niveau encore jamais atteint : plus de 1700 morts, dont plusieurs centaines d’enfants (2) ; aujourd’hui même, dans un article publié par Libération (3), la presse française nous révèle les attaques dont sont l’objet les ONG qui œuvrent pour organiser le sauvetage de personnes embarquées au péril de leurs vies sur des embarcations de fortune dans l’espoir de trouver un refuge en Europe. On peut y lire que si le HCR tend à défendre l’engagement des ONG, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) n’hésite pas brandir l’argument que ces associations créent un « appel d’air » pour remettre en cause le bien-fondé de ces initiatives ; et hier, nous apprenions par la voix de Jacques Toubon, le Défenseur des droits, « les conditions de vie inhumaines que subissent les exilés à Calais (…) Des atteintes aux droits fondamentaux d’une exceptionnelle et inédite gravité. » (4).

La lecture de ces éléments ne peut que nous conduire à poursuivre l’interrogation engagée par l’UE. L’expression « Crise des réfugiés » signale-t-elle d’un son juste la réalité et l’urgence de la situation ?  Pour reprendre une expression chère aux organisations internationales en charge des migrations et de l’asile, « le partage du fardeau » est-il ici équitable ? L’usage de cette expression tend à placer la responsabilité de cette situation d’un seul et même côté… Si la situation humanitaire à laquelle doivent faire face les États européens est indéniablement complexe et difficile à gérer, il n’en reste pas moins vrai que leurs gouvernants doivent s’astreindre à plus de réflexivité. S’il doit y avoir une crise des réfugiés, il y a avant tout une crise des valeurs européennes, une crise de l’hospitalité…

En cette journée du 15 juin 2017, alors qu’une large part de la jeunesse française planche sur l’épreuve de philosophie du baccalauréat, avec notamment pour question de savoir si « la raison peut-elle rendre raison de tout ? ». La tentation est grande d’engager cette discussion au prisme des actions conduites par l’UE, d’exercer la critique sur une raison, dont on peut avoir le sentiment qu’elle est avant tout construite sur le temps court de l’expertise plutôt que sur le temps long de la recherche. Pour exemple, n’oublions pas que les travaux de chercheurs comme ceux de Charles Heller et Lorenzo Pezzani sont venus contredire l’idée que l’action des ONG « favoriserait » l’immigration irrégulière, que leur connaissance peut -doit- nous protéger de la tentation d’experts qui, fort du mandat qui leur est confié, tendent à délégitimer toutes paroles plus modérées, plus mesurées (3 et 5). En contrepoint d’une raison portée par l’obsession sécuritaire, ne faut-il pas aussi laisser s’exprimer une vérité qui offre une place au doute. En 1986, face à la fermeture des portes européennes, Poul Hartling, alors Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, avait eu cette expression pour inciter les États européens à prendre un peu de recul sur leurs choix politiques en matière d’asile : « Accordez-leur le bénéfice du doute » (6).

Dans Le Monde d’hier, Stefan Zweig livrait la pensée d’un européen confronté à la « défaite de la raison » et il avait choisi de mettre en exergue de son livre-témoignage, ces mots de Shakespeare « Faisons face au temps comme il vient et change ». Faire face à la crise, plutôt que perdre la face, nous enjoint à penser entre confusion des sentiments et confusion des temps, et nous invite à veiller à ne pas confondre futur et avenir. Si le projet de société porté par la Commission européenne a besoin d’un futur programmable, expertisé, il doit aussi savoir se produire dans un avenir qui revêt, comme nous l’a si bien expliqué Jacques Derrida, une part d’incontrôlé au sens où il est la venue de l’autre là où je ne peux pas le prévoir. Nier cette distinction, qui donne toute sa richesse à l’humanité, ne fait qu’ajouter à la crise, nous pousser un peu plus dans l’impasse.

Sources :

(1) : L’UE ET la crise des réfugiés, Commission européenne, version HTML, ISBN 978-92-79-60538-3 doi:10.2775/796634 NA-04-16-628-FR-Q, consulté en ligne le 15 juin 2017 : http://publications.europa.eu/webpub/com/factsheets/refugee-crisis/fr/

(2) : Derniers développements sur les opérations de sauvetage en mer en Méditerranée centrale, UNHCR, Point presse du 30 mai 2017 ; consulté en ligne le 15 juin 2017 :  http://www.unhcr.org/fr/news/briefing/2017/5/592dab4ca/derniers-developpements-operations-sauvetage-mer-mediterranee-centrale.html

(3) : Les ONG sont-elles responsables de la crise des migrants en Méditerranée ?, Libération, Tribune rédigée par Antoine Pécoud et Marta Esperti, 14 juin 2017 ; consultée en ligne le 15 juin 2017 :  http://www.liberation.fr/debats/2017/06/14/les-ong-sont-elles-responsables-de-la-crise-des-migrants-en-mediterranee_1576723

(4) : Visite des services du Défenseur des droits le lundi 12 juin à Calais, Défenseurs des droits, mercredi 14 juin 2017, consulté en ligne le 15 juin 2017 : https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/node/23871

(5) : Voir Charles Heller et Lorenzo Pezzani, « Traces liquides : enquête sur la mort de migrants dans la zone-frontière maritime de l’Union européenne », Revue européenne des migrations internationales [En ligne], vol. 30 – n°3 et 4 | 2014, mis en ligne le 01 décembre 2017, consulté le 15 juin 2017. URL : http://remi.revues.org/7106

(6) : L ‘Europe, cœur large et porte étroite, Le Monde, daté du 11 février 1986.  Voir également : William Berthomière (2017) Les espaces de l’hospitalité, fonction-miroir de sociétés se pensant assiégées , Revue Science and Video. URL : http://scienceandvideo.mmsh.univ-aix.fr/Varia/Pages/berthomiere.aspx