Category Archives: Geographical areas, countries

SEMINAR – GAAFAR ELSOURI « OMDURMAN 1956-1969 : A SOCIAL HISTORY OF THE ‘NATIONAL CAPITAL’ »

We are very pleased to announce CEDEJ Khartoum next Seminar on « Omdurman (1956-1969) : a social history of the ‘national capital’ » by Gaafar Elsouri, on Tuesday 14 August- 5pm

 

Through Omdurman’s Town Planning Board’s sources and oral testimonies of the town’s inhabitants, Gaafar Elsouri will share his Master thesis research on the social history of Omdurman and of the birth and creation of the imaginary of a ‘national capital’ in the early years of Sudan as an independent State.

Gaafar Elsouri is a graduate student in History and Civilization with a specialization on the history of the Global South, at Paris 7 Diderot University.

The « Connect Talent » International Call for Applications

 

 

The purpose of the “Connect Talent” call for applications is to provide support for hosting world-class researchers at a laboratory in the Pays de la Loire region, on the west coast of France. “Connect Talent” seeks to attract technological or scientific breakthrough projects with unquestionable social and economic impact.

Beneficiaries

“Connect Talent” is intended for leading international scientists, alone or with a team. A leading scientist means a researcher with unquestioned international recognition: quality and dynamics in terms of scientific production, number of citations, distinctions (from the European Research Council, for example), international openness, scope of existing industrial relations, etc.

Topics

The call for applications is open to all scientific disciplines. Special attention will be paid to projects that will accelerate the development of an existing dynamic in the region, notably in the fields of production technologies, healthcare, the sea, plants, food, as well as cross-cutting topics in digital technologies, electronics and the human and social sciences.

Eligibility requirements

The award criteria are the following:
– the applicant must have a high academic level and international recognition;
– risk-taking and ambition of the scientific project;
– social and economic impact;
– acceleration of the scientific and technological dynamic in the Pays de la Loire region;
– feasibility (cost, schedule, support methods, governance, collaborations, etc.)

Applications

When you go to the Connect Talent website, you can:
1) read the text of the call for applications, which presents the objectives of “Connect Talent”, the selection process and the assessment criteria;
2) learn about research in the region and contact a host institution;
3) download and fill in the application file.

The deadline for filing applications is Monday, October 1 st, 2018. All applications must be posted on the website by the researcher’s host institution.

For further information, you can contact the Region’s services by email: aap.recherche@paysdelaloire.fr.

Call for Papers: Fourth ACSS Conference « Power, Borders and Ecologies in Arab Societies: Practices and Imaginaries »

The Arab Council for the Social Sciences (ACSS) is pleased to announce its fourth conference, titled “Power, Borders and Ecologies in Arab Societies: Practices and Imaginaries” to be held in Beirut, Lebanon on April 12-14, 2019.

The Fourth ACSS Conference will be organized around the following three major axes:

  1. Power, Actors and the Political
  2. Borders, Migrations and Displacement
  3. Ecologies, Societies and Violence

Application Instructions

The ACSS invites proposals for individual paper presentations and organized panels.

1) Individual Papers
To submit a paper proposal, please complete the online application form including an abstract of 1 page (or approximately 500 words).

2) Organized Panels
To submit a panel proposal (3-4 papers), please fill out the online application form including an abstract of 1 page (or approximately 500 words).

Application Deadline: September 10, 2018

Find more information here.

Postdoctoral position – IFRA IBADAN, Nigeria

L’IFRA-Nigeria recrute pour septembre 2019 un(e) nouveau/elle chercheur(e) contractuel(le) en sciences humaines et sociales.

Le/la chercheur(e), titulaire d’un doctorat en sciences humaines et sociales et fort(e) d’une expérience de recherche en Afrique sub-saharienne, travaillera à l’élaboration de programmes de recherche, notamment dans les domaines suivants : Dynamiques religieuses, Villes et environnement, Mobilisations et identités. Il/elle participera également à l’animation scientifique et pédagogique de l’Institut et à sa gestion administrative aux cotés de la directrice.

Il s’agit d’un contrat de deux ans renouvelable jusqu’à 4 ans en poste.  Ce poste est ouvert aux candidats de nationalité française ou ressortissant d’un autre pays de l’Union européenne, de l’espace économique européen, de la Suisse ou de Monaco.

La procédure de candidature est ouverte jusqu’au 15 octobre 2018 au soir.

Toutes les informations utiles sont disponibles dans la fiche de poste ci-jointe.

OBSERVATOIRE AFRIQUE DE L’EST – Dernières notes

Découvrez les dernières notes de l’Observatoire par ici : http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/observatoire-de-l-afrique-de-l-est

  • Markus Höhne, « Elections in Somaliland 2017 and their Aftermath », Avril 2018

Summary: In November 2017, a presidential election was held in Somaliland. This report focuses on the technical and political aspects of the most recent voters-registration and the election. For the first time in Somaliland’s history (and even world-wide), biometric technology in the form of iris scanners was used to diminish multiple voting. This report also looks at the immediate aftermaths of the election. The result of the election was contested, which led to tensions and some violent confrontations between the supporters of the main opposition party that had lost and the government forces. The report concludes by outlining report concludes by outlining the main political and economic challenges currently existing in Somaliland.

  • Roland Marchal, « Mutations géopolitiques et rivalités d’Etats: la Corne de l’Afrique prise dans la crise du Golfe », Mars 2018

Résumé: Le déclenchement de la crise du Golfe en juin 2017 a profondément affecté les pays de l’autre rive de la mer Rouge, en dépit souvent d’une neutralité affichée mais privée de tout contenu. Cette militarisation des politiques de voisinage ne produit pas pour autant un nouvel ordre régional plus cohérent ou apaisé. Au contraire. Mais, au-delà des péripéties de cette crise, on voit poindre de nouvelles politiques internationales portées par d’autres puissances émergentes comme la Turquie et surtout la Chine, voire à terme la Russie.

Au fil de la transition tunisienne

Peut-être que les termes les plus significatifs pour parler de la situation tunisienne sont-ils « désordres » et « incertitudes ». Depuis 2011, les Tunisiens ont appris que la fragilité et l’instabilité peuvent durer. Et qu’elles peuvent être associées à des initiatives ou des accomplissements que l’on doit s’habituer à penser comme des étapes susceptibles d’accoucher de mutations et d’inconstances, voire de retournements. Les éléments auxquels il faut faire face pour infléchir l’avenir sont tellement nombreux.

Face au temps

L’issue de chaque action dépend du moment où elle advient et de son articulation avec d’autres. La Constitution du 27 janvier 2014 passée par quatre moutures au moins, a nécessité plus de deux ans de débats impactés par les assassinats politiques de 2013 et le poids des menaces sur la sécurité du pays. Les risques traversés ont contribué à sculpter un texte-référence à l’application flottante. Les principes d’égalité, de liberté de conscience ou d’Etat civil, principales avancées de ce trophée de la transition tunisienne, sont enfreints à plusieurs reprises. Fierté et irrévérence coexistent envers ce texte composite et ouvert à des interprétations contradictoires. Les principes fondamentaux votés par 200 députés de l’Assemblée Nationale Constituante et signés par deux présidences et un chef de gouvernement sont loin d’être métabolisés par les administrateurs, les juges ou les agents de l’ordre. Evitements et palabres forgent un rapport de forces informel et inconfortable. Les formes par lesquelles ce texte va imprimer la vie concrète et les relations entre les citoyens comme les lois et les gestes qui doivent traduire ses préceptes tardent à être mis au point. Le blocage de la Cour Constitutionnelle (prévue depuis 2015) est l’un des symptômes de l’inachèvement d’un édifice qui a besoin d’être consolidé par des gens moins désinvoltes que les gouvernements et plus impliqués que les députés dans l’harmonisation des codes avec l’esprit et la lettre de la Constitution. Le personnel politique, objet de méfiance et de calculs partisans, attend d’être élargi et diversifié, au-delà des compositions pléthoriques des gouvernements successifs. C’est l’un des enjeux des élections municipales du 6 mai 2018, reportées à quatre reprises : fabriquer de nouvelles forces pour gérer la chose publique demande le temps de moduler des instances au niveau régional et municipal. Grâce aux quotas imposés par la loi électorale, les femmes et les jeunes sont plus présents sur les listes gagnantes des municipales. Sauront-ils pour autant défier les vieilles façons de faire et instaurer de nouvelles pratiques de gestion ?

Malgré ou à cause de l’accélération de l’information, le sentiment d’avoir perdu des occasions et du temps depuis 2011 vire à la crise de confiance. Produire d’autres énergies investies dans la politique servirait à compenser les lenteurs bureaucratiques, à impulser l’hésitation des affaires, à réfléchir aux bases et valeurs d’une transition traversée par des vents contraires et des temporalités antagoniques. Car les freins aux changements sont multiples : le brouillage de la politique avec la religion, les bénéficiaires des anciens privilèges, le monde judiciaire, la technocratie sans oublier les déçus par les promesses entrevues dans le court laps de l’espérance révolutionnaire. Discours défaitistes et appels catastrophistes alimentent les explications par la force de l’inertie ou le complot. La mélancolie post -2011 est entretenue par la revanche du temps long : une crise économique persistante et une société inégalitaire.

Face à l’injustice

Kasserine, un des foyers du soulèvement de 2010/2011, enregistre le taux de succès le plus faible au baccalauréat (juin 2018). Les inégalités régissant le renouvellement des élites, la distribution régionale des richesses et des opportunités de développement persistent. Le modèle scolaire instauré après l’indépendance n’a pas su conserver son élan égalitariste, sauf à hisser les femmes aux premiers rangs des diplômes. Le creusement des disparités se voit à travers la géographie de l’immigration clandestine, dans le désintérêt des pouvoirs publics pour la mise en valeur rurale, dans les difficultés d’investir dans les régions et les refus de s’y installer. Le système économique est dépassé après les percées des années 1970/80, bâties sur le choix de la sous-traitance et des bas salaires, la proximité avec l’Europe créant l’essentiel de la dynamique d’échanges, tourisme compris. Les négociations sur l’Accord de Libre Echange Complet et Approfondi (ALECA) butent sur une asymétrie bien installée. « La terrible machine à mélanger et à concasser qu’est une révolution populaire » (Frantz Fanon, Les damnés de la terre) a momentanément servi à abolir distances géographiques, rapports de sexe et clivages sociaux. La solidarité éphémère des semaines insurrectionnelles n’a pas étanché les ruées suicidaires vers la mer ni transformé les capacités productives et organisationnelles du pays. Une énergie associative s’est dégagée du feu du soulèvement ; cette vitalité a engrangé un travail de mobilisation et de consignation remarquables, face à des partis politiques dont le nombre a explosé depuis 2011 (210 à ce jour), sans créer un paysage politique suffisamment alerte. Passer du parti unique à deux grandes formations hégémoniques (Nida Tounès et Ennahdha) peut être interprété comme un changement significatif ; ces deux partis -vivant chacun à sa façon une mue interne- ne proposent cependant pas de choix économiques et sociaux capables de sortir le pays du marasme. La grogne sociale ne se calme pas, la fiscalité continue à épargner les nantis et la corruption à gangrener les mécanismes de gouvernement. L’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), organe rôdé à la régulation, montre des signes de dépassement au regard de l’ampleur des réformes inaccomplies (éducation, droits sociaux, impôts…) et des défis fondamentaux (développement durable, écologie…) qui auraient pu commencer à intégrer les territoires délaissés et les populations démunies.

La décomposition de l’autorité de l’Etat rend dérisoire la querelle autour de la succession de Youssef Chahed : les clés sont dans la capacité à tracer les choix du devenir du pays. Qui aura le courage d’affronter à la fois les bailleurs de fond et les agriculteurs ? Les patrons et les travailleurs ? Les mafieux et les juges ? Les harraga-s et les passeurs ? L’administration et les citoyens ? Malgré la tenue de cinq tours d’élections depuis 2011, les sentiments d’impunité et d’injustice bloquent les conditions d’éclosion d’une citoyenneté au profit d’une religiosité diffuse et de tensions identitaires qui en arrivent à jouer le rôle d’anti-pouvoir.

Face à la liberté 

La liberté d’expression demeure le principal acquis de la Tunisie depuis 2011. Les réseaux sociaux y sont pour beaucoup, parce qu’ils ont brisé la censure et instauré de nouvelles connexions. En relayant les événements de 2010/2011 et incarné des mobilisations et des actions d’un nouveau type, les pages facebook, les sites et les blogs ont créé un espace public plus libre où se mélangent des écrits en toutes langues, des images, des vidéos, des chansons… La blogosphère a influencé la politique et le monde médiatique. Au fil du temps et le désenchantement aidant, la saturation se fait sentir. Les internautes perdent d’autant plus l’entrain que la communication est surveillée, instrumentalisée et draine parfois des fake news. Ce désordre alimente le pessimisme ambiant, comme si la liberté d’expression était cause de la pollution du web. Pourtant et malgré la baisse de l’efficacité mobilisatrice, cette parole poly-centrée contrecarre le monopole des médias officiels ou privés, enrichit des échanges virtuels, quitte à troubler l’information. Le sismographe de la blogosphère tunisienne enregistre les turbulences autour de l’Accord de Carthage, de l’Instance Supérieure Indépendante des élections (ISIE) ou de l’Instance Vérité et Dignité (IVD)… comme il accompagne les recompositions en cours (émergence des listes indépendantes aux municipales) et les appels à respecter la loi. Les réseaux sociaux restent les meilleurs atouts des associations ; communiqués et manifestations importantes (comme la marche pour l’égalité de l’héritage du 10 mars 2018) s’appuient sur facebook. Face aux crises d’autorité (de l’Etat, de la famille, de la religion), les échanges virtuels témoignent d’autres désirs ou centres d’intérêts – l’amour de la nature ou des animaux, l’art, la cuisine, le sport, pour ou contre le jeûne- et portent des envies alternatives de voir et d’habiter le monde, reflet d’aspirations individuelles nouvelles.

Cette liberté d’expression éduque la capacité de la société tunisienne -dont la moitié est connectée à Internet- à débattre. La pédagogie du désaccord prend du temps et a besoin d’exercice. Le rapport de la commission des libertés individuelles et de l’égalité (COLIBE) remis au Président de la République le 8 juin 2018 et publié le 20 juin promet d’être un terrain pour cet apprentissage. Embrayant sur la nécessité d’harmoniser le droit du pays avec la Constitution de 2014 et les conventions internationales, les réformes touchent la peine de mort, l’égalité dans l’héritage, l’obligation de la dot, le partage de l’autorité parentale, la dépénalisation de l’homosexualité, l’égalité des droits aux enfants nés dans ou hors mariage, l’ouverture des cafés pendant le Ramadan, la suppression du crime de blasphème… Ces questions remuent les profondeurs mentales et la structure des intérêts. Les Tunisiens et Tunisiennes sont appelés à en discuter les propositions, pour assimiler la Constitution de 2014, pour faire face à leur temps, pour avancer face à la liberté et contre les privilèges inhérents à l’inégalité.

Hammam-Lif, le 1er juillet 2018

Une version remaniée de ce texte a été publiée sous le titre « La liberté, malgré tout… » par le magazine Manière de voir, n° 160, août-septembre 2018, pp. 94-97

Seminar – Zachary Mondesire « South Sudan and the Politics of Region-craft »

We are very pleased to announce CEDEJ Khartoum next Seminar on « South Sudan and the Politics of Region-craft » by Zachary Mondesire, on Thursday 19 July- 11 am

 

The seminar will focus on the new nation of South Sudan and what it now means to be South Sudanese in Africa. First, Zachary Mondesire will draw from his MA thesis that outlines the ideologies of racial difference that circulate in Juba defining relationships between South Sudanese themselves as well as with others from the region, whether northward to Khartoum or southward to Nairobi. These ideas emerged from three months of ethnographic research in 2017 in a modest hotel in Juba that operated as a site of refuge during the still-ongoing civil war and hosted Africans of multiple nationalities (Eritreans, Somalis, Ugandans, and South Sudanese of multiple backgrounds). Thinking through the linkages that his interlocutors made between race and national identity led him to ask (1) how Arab positionality, Khartoum, and Sudan continue to be relevant in South Sudanese political community and (2) given the multi-polar racial thinking of his interlocutors that envisions a racial and political geography much broader than the nation-state, what other forms of political community exist beyond the nation-state and towards the idea of multi-state region and how can his research account for them? The second piece of this paper is the conceptualization of Zachary Mondesire’s dissertation research project that will attempt to answer these questions.

Zachary Mondesire is a Ph.D. student in the Anthropology Department at the University of California – Los Angeles. His research focuses on South Sudanese journalists, politicians, and intellectuals in Khartoum and Nairobi, exploring how they think through regional belonging, race, and political community between East and North Africa.

Oran 1962. Des trois dimensions du souvenir

Dès le lendemain de son arrivée à Oran, le 28 mai 1962, l’envoyé du Comité international de la Croix rouge et du Croissant rouge (CICR), le Dr Chastonay se fait « conduire directement en ville musulmane au centre médico-social Charles de Foucauld, Rue de Tombouctou. » « Je suis très bien reçu par les médecins musulmans », ajoute-t-il. Nous sommes en pleine période transitoire, entre le cessez-le-feu du 19 mars et l’indépendance du mois de juillet 1962. Il ne le dit pas, mais la rue de Tombouctou, c’est le quartier de Mdina Jdida (Ville nouvelle) et ce qui nous intéresse, c’est que Chastonay en décrit assez précisément les conditions de vie :

« La situation des musulmans d’Oran est actuellement très précaire. Les quartiers qui leur sont réservés et qui contiennent environ 300.000 personnes dont 50.000 enfants sont complètement encerclés par des quartiers européens. Les entrées sont hérissées de barbelés. Nombreux postes de contrôle militaires et FLN à l’entrée, la ville est pratiquement en état de siège. Le téléphone est complètement coupé en ville musulmane et les moyens de communications avec l’extérieur sont très difficiles. L’eau et l’électricité fonctionnent normalement avec cependant quelques pannes d’électricité dont une pendant mon séjour juste au milieu d’une opération césarienne qui a dû être terminée avec une lampe de poche. Une stricte discipline règne dans le secteur musulman, les rues sont propres. Le ravitaillement en viande légumes et fruits est normal mais une partie de la population souffre tout de même de sous-alimentation par suite du chômage forcé. Ce qui fait cruellement défaut c’est l’alimentation pour nourrissons […]. Les médecins nous disent qu’ils vivent depuis le 15 mars dans un véritable Ghetto soumis à un blocus. Nous circulons dans la ville indigène qu’accompagné par un responsable FLN. En ville indigène il y a plusieurs postes militaires français transformés en fortins et tenue soit par la troupe soit par la gendarmerie. Les postes tenus par la troupe sont en général très anti-musulmans. On les accuse de tirer parfois sur les indigènes et en tous cas de ne rien faire pour s’opposer aux actions de l’OAS. […] Les quartiers musulmans sont soumis à des tirs intermittents de mortier (2 à 3 fois par semaines). Le 20 mai par exemple plusieurs obus sont tombés sur une place publique et ont fait 17 morts et 68 blessés. Le 1er juin 3 obus sont tombés à 200 m environ de la clinique mais n’ont fait qu’un mort et 7 blessés. Les rues périphériques sont l’objet de fréquents tirs en enfilade partant des quartiers européens. Partout où c’était possible les immeubles contigus ont été évacuée et l’on a ainsi créé une sorte de no-man land. En dehors des tirs de mortiers, il y aurait une moyenne de 7 à blessés musulmans par jour. »

Un autre observateur extérieur de la situation oranaise est le consul des Etats-Unis, William Porter, qui durant l’année voyage à plusieurs reprises à travers le pays. Durant la période transitoire, écrit-il, Oran était “a city of terror”:

“Nowhere else was the Secret Army Organization as powerful, as ruthless and as fully supported by the bulk of the European population of Oran. The Moslems were penned into what has been called the worst ghetto since Warsaw, systematically shelled, deprived of the necessities of life and slaughtered by gangs of hoodlums with something resembling pleasure if they ventured out of their enclave. The OAS was strong enough to interdict the city to the technically-powerful Prefect, Regional Inspector, and to blow up the office building in which he was forced to live.”1

[Nulle par ailleurs, l’Organisation Armée secrète n’a été aussi puissante, aussi sans pitié et aussi soutenue par la masse de la population [qu’à] Oran. Les Musulmans sont parqués dans ce qu’on a appelé le pire ghetto depuis Varsovie, systématiquement bombardés, privé des produits de base de la vie, et sont massacrés par des gangs de voyous avec une forme de plaisir lorsqu’ils s’aventure hors de leur enclaves.]

C’est une des choses les plus troublantes dans mon travail sur 1962 que cette découverte de ce qui se passe à Oran durant la période transitoire. C’est un temps que les témoins nomment volontiers « waqt l’OAS ». En français, on dit simplement « pendant l’OAS », tant la période est caractérisée par la violence de l’Organisation Armée secrète, opposée à l’indépendance de l’Algérie.

Ces rapports sont importants car il y est question de quartiers « musulmans » quasiment assiégés, de snipers, de tirs de mortier, de difficultés voire d’impossibilité à sortir des quartiers, de l’incursion de tueurs dans ces quartiers comparés par ces observateurs extérieurs à des ghettos, parfois au ghetto de Varsovie. Ils sont rédigés par des hommes qui se sont rendus sur place et ont visité les cliniques du FLN dans les quartiers algériens. C’est avec l’oeil du médecin que le Dr Chastonay observe les blessés, les causes de leur blessures et leur état général de santé.

Pour autant, ils ne connaissant pas bien la ville, et ne différencient pas les quartiers si marqués à Oran, et la géographie qu’ils décrivent est vague. Or, il nous a été donné, à ma camarade historienne Natalya Vince et à moi-même, de façon assez inespérée, de faire plus ample connaissance avec la ville, en visitant différents quartiers avec des personnes qui en étaient originaires, lors d’une promenade organisée par Farouk Mohammed-Brahim, qui a grandi dans le quartier (plutôt « européen » à l’époque) de Saint-Antoine. De façon inattendu, la visite avait bien des échos avec les sources que je viens de citer. Farouk avait d’abord invité Mohammed Boudoumi, natif d’el-Hamri (ex-Lamur), pour nous faire découvrir son quartier. El-Hamri, c’est important : avec Mdina Jdida (dite à l’époque : Ville nouvelle, ou encore « village nègre ») c’est un des deux grands quartiers réservés la population colonisée à l’époque coloniale. En travaillant sur l’UDMA, il y a longtemps, j’avais cartographié patiemment les activités politiques dans ce tout petit quartier périphérique qui est le coeur de la ville algérienne.

el-Hamri, juillet 2018 ©Malika Rahal
el-Hamri, juillet 2018 ©Malika Rahal

Sur la route vers el-Hamri, nos deux amis nous indiquent en passant un immeuble blanc d’où, disent-ils, tiraient les snipers de l’OAS. Sur le moment, j’étais un peu perdue : comment les snipers pouvaient toucher el-Hamri de cet endroit, c’est très loin et tout est si plat ! La promenade dans le quartier nous a conduit de la madrassa at-Tarbia wa at-Ta’lim, sur l’ex-place Thiers, jusqu’aux grands hammams de la place du Sahara.

En chemin, notre guide pointe du doigt vers la gauche. Au bout de la rue, juste à la gauche d’un des arbres du cimetière chrétien, on aperçoit dans le lointain l’immeuble qui me semblait si éloigné, dans l’enfilade de la rue. Depuis l’immeuble, on a un angle de tir parfait sur toute la longueur de la rue. Beaucoup de gens sont tombés ici. Mohammed Boudoumi dit s’être trouvé un jour adossé au mur du cimetière (visible en jaune tout au bout de la rue) qui le protégeait des tireurs : il regardait passer les balles au dessus de sa tête sans pouvoir bouger de peur d’être tué. Je repense à un documentaire sur le siège de Sarajevo dont les premières très belles images filmaient longuement les rues et les places et à partir de la ville, les collines environnantes : on comprenait instantanément que l’immense vulnérabilité des habitants face aux tirs de snipers des collines dépendait de l’angle des rues et les perspectives. La phrase du médecin du CICR devient limpide : « Les rues périphériques sont l’objet de fréquents tirs en enfilade partant des quartiers européens. » Tout d’un coup, je « vois ». En regardant la carte. On peut tracer le trait : dans le prolongement de notre rue, il traverse le cimetière chrétien, pour arriver à l’immeuble blanc. En plein dans le mille. Je sors mon appareil photo, l’alignement est aussi parfait pour moi que pour les tireurs, je vois dans le viseur la rue, le mur du cimetière, l’immeuble. Je déclenche. La photo est moche mais peu importe.

el-Hamri, juillet 2018 ©Malika Rahal
el-Hamri, juillet 2018 ©Malika Rahal

A notre petit carrefour, on discute un moment pour savoir quelles armes étaient utilisées en 1962. Mohammed Boudoumi ne se souvient pas de tir de mortier sur el-Hamri, mais Farouk Mohammed-Brahim, qui a grandi à deux pas de Mdina Jdida, lui, confirme. Mohammed, était inscrit au lycée à Tlemcen : il revenait pour les vacances scolaires avec des commerçants tlemceniens qui le déposaient un peu loin. Sur son chemin de retour, il devait passer par plusieurs zones dangereuses, des zones exposées. A cette époque, il y avait des morts à enterrer tous les jours : arrivé au cimetière, il attendait la foule d’un enterrement pour rentrer en groupe jusqu’au quartier, dans une protection sans doute un peu dérisoire.

Durant cette période de l’OAS, raconte également Mohammed, les hommes (notamment les anciens combattants) ne pouvaient plus aller à la poste Saint-Charles pour retirer leurs pensions, à cause des snipers : la poste est située en direction de l’immeuble blanc. Un temps, ce sont quelques femmes qui y sont allées à leur place. Il se souvient en particulier très bien d’une voisine, Aïcha. Un jour finalement, Aïcha et quatre autres femmes sont parties ensemble à la poste et ont été abattues par les snipers. Sur le retour, nous passons par le lieu de cet assassinat. Il faut pour cela franchir les lieux de passages de l’époque aujourd’hui disparus. En montrant du doigt un endroit comme si nous allions voir, Farouk nous indique que ce passage était protégé par les gendarmes mobiles, moins favorables que d’autres forces françaises à l’OAS. Je me souviens que Chastonay son équipe avait trouvé un soutien précieux dans une ville qui sombrait dans le chaos auprès des gendarmes du général Himbert : « Ces gendarmes sont les seuls à aider les musulmans dans la mesure du possible. Mais les européens les haïssent et l’OAS a condamné à mort le sdt Himbert. » Ils sont installés au lycée Ardaillon où ils ont été visés par plusieurs attentats OAS à la voiture piégée.

Plus tard je suis retournée à pied, seule, pour localiser l’immeuble sur ma carte [il faut être un peu obsessionnel pour faire ce métier, vous l’avez compris.] J’ai échoué : ne sachant pas de quel côté de la voie ferrée il était, je suis mal partie, il faisait trop chaud et j’ai abandonné pour cette fois. Surtout, j’ai très vite perdu « mon » immeuble de vue en marchant. Il y avait toujours un mur, un immeuble, des arbres pour m’en protéger. Comme quoi, ces alignements parfaits sont rares, en fait, qui permettent aux tireurs de faire « des cartons » sur les civils. Et ils créent une géographie que ceux qui l’ont expérimentée n’oublient jamais, avec des passages protégés, des barrages et des zones de danger qu’il faut bien franchir pour vivre.

En marchant dans el-Hamri, il n’est pas question que de l’époque de l’OAS. On apprend d’autres détails de la vie de ce quartier très populaire, où certains vivaient à l’époque dans de simples baraques. Très tard encore, les maisons étaient dénuées d’eau courante ; on allait chercher aux fontaines des deux ou trois places du quartier une eau saumâtre, mais on pouvait aussi acheter de l’eau claire à des saqiât qui la ramenaient de Ras al-Ain, à Sidi al-Houari ; des vidangeurs venaient aussi récupérer les eaux usées car il n’y avait pas d’égout, et que les rues n’étaient pas goudronnées, et le sol très sale.

Nous sommes invités à prendre le café chez des cousins de Farouk. Dans la cour du haouch, sous les arbres, Fadela Zeddour Mohammed-Brahim nous raconte ses souvenirs de l’un de ses frères, Belkacem, arrêté par les Français dès l’insurrection et n’est jamais revenu. Je découvre un héros oranais dont je ne savais rien, que j’ai retrouvé plus tard évoqué dans la salle du Musée Ahmed Zabana consacrée à la colonisation et à la guerre. Comme on ignore où se trouve son corps, ce jour-là, on évoque encore la recherche des morts après l’indépendance.

http://forumdesdemocrates.over-blog.com/2015/12/oran-hommage-a-zeddour-brahim-kacem-premier-etudiant-martyr-de-la-glorieuse-revolution-de-novembre.html

http://lavoixdesidibelabbes.info/histoire-il-y-a-58-ans-etait-assassine-kacem-zeddour-mohamed-brahim-itineraire-dun-genie-par-mr-senni-mohammed/

Fadela raconte aussi la dernière période de la guerre, la maison partagée avec d’autres familles réfugiées dans le quartier pour fuir la violence, les armes cachées dans la maison, et en montrant les toits au dessus de nous, la surveillance mise en place pour éviter les incursions de l’OAS dans le quartier. En parlant, on nous montre du doigt les toits qui dominent la cour. Le 28 février, deux voitures piégées avaient explosé à Mdina Jdida faisant des dizaines de morts. Les veilleurs sur le toit étaient donc dotés de casseroles pour sonner l’alerte en cas d’intrusion. Les anecdotes qu’on nous racontent se déroulent autour de nous.

Curieusement, nous refaisons la même expérience d’une histoire en 3D en visitant le quartier de Sidi el-Houari, où il est encore question de 1962 et de l’OAS. Cette fois, c’est Laïd Bouzza qui nous fait visiter son quartier. Sidi el-Houari, c’est assez différent d’el-Hamri : c’était un quartier « européen ». Mais en 1962, alors que le départ des « Européens » se précipite à partir de mai et juin, d’autres habitants sont venus d’installer dans les maisons abandonnées. Du coup, nous explique Laïd, la rue de la Veille Casbah en hauteur du quartier, est devenue algérienne dès la période transitoire. A l’endroit où nous sommes, un café (algérien) avait ouvert sur une toute petit placette. Un jour, une femme a été abattue devant ses yeux par un snipper usant de balles explosives. De la main, il indique des immeubles dans l’enfilade de la rue, de l’autre côté du vallon. Encore une fois, c’est le choc de saisir l’espace de la guerre.

Sidi el-Houari, juillet 2018, rue de la Vieille Casbah ©Malika Rahal.
Sidi el-Houari, juillet 2018, rue de la Vieille Casbah ©Malika Rahal.

Chacun des attentats raconté par ces témoins devrait faire l’objet d’une étude à part entière pour en confirmer l’existence et les circonstances exactes, pour ne pas être victime de rumeurs ou de souvenirs déformés. Mais en attendant, il y a bien une vérité des lieux : lorsqu’en circulant dans la ville d’aujourd’hui les témoins se tournent tout à coup pour pointer l’alignement parfait jusqu’à un immeuble situé à plusieurs centaines de mètres, ils se souviennent de leurs appréhensions, des limites à leur circulation, des morts d’alors aussi. Pointant une direction, ils ouvrent une perspective et la ligne de tir apparait clairement. La géographie de 1962, ne consiste pas seulement à tracer sur la carte les quartiers algériens et les quartiers français, les barrages et les barbelés qui entourent les quartiers, les mouvements de population, les quartiers qui se vident puis se reremplissent. C’est aussi cette vision tridimensionnelle, qu’on ne peut acquérir qu’en marchant et restituer qu’en images.

Cette étrange géographie tridimensionnelle de la peur et du refuge est une géographie vécue qu’il faut parcourir à pied, avec les témoins pour les voir la redessiner devant nos yeux.

  1. NARA, Department of State archives, RG59, box 1804, Airgram of Consulate in Oran, Year-end review, Jan. 12, 1963.

Call for papers « Inequality and social cohesion » – 13th International conference of the AFD, Paris

The Agence Française de Développement’s Research Department is organizing a high-level conference every two years. The aim of the conference is to bring together leading academics and policy-makers to discuss key issues in development economics. Over the last years, the AFD’s International Conference has brought up to debate crucial topics such as “Evaluation and its discontents” in 2012, “Energy for Development” in 2014 and “Commons and Development” in 2016.

The next edition of the conference will be held on December 6th and 7th 2018 in Paris and will be focused on inequality, social cohesion and development.

For AFD, fighting inequalities is a mean to improve the society in which we want to live in. In our view, research and actions to fight inequalities are in a constant development that needs a further understanding and must be taken into consideration by all the actors in the society. The AFD has been engaged for some years now to understand the stakes of inequality in order to better address this challenge. The conference’s objective is therefore to contribute to the growing knowledge on inequality, by bringing together practices and research carried out at a global scale.

The 6th of December will be dedicated to a scientific day for which we welcome papers investigating the issue of inequality and social cohesion in developing and emerging countries. Key topics include:

  • Fiscal redistribution
  • Sustainability
  • The link between social inclusion, social cohesion and economic inequality

A selection of the papers will be published in a special issue of the Journal of Income Distribution.

The 7th of December will the dedicated to plenary sessions for which some of the confirmed invited speakers include:

▪ Gaël Giraud (AFD)

▪ Janet Gornick (CUNY-LIS Stone Center)

▪ François Bourguignon (PSE)

▪ James Galbraith (University of Texas)

▪ Murray Leibbrand (University of Cape Town)

▪ Branko Milanovic (CUNY-LIS Stone Center)

▪ Frances Stewart (University of Oxford)

▪ Alice Evans (King’s College)

Submission guidelines and timetable:

For the academic day, we are launching a call for papers (detailed information in the attached document). The deadline for application is August 20th, 23:59, Central European Time (UTC+01:00). Papers must be sent to conference_inequality2018@afd.fr , with the subject “Application – Call for Papers”, imperatively.

Please note that we will only be accepting COMPLETED papers in English or French, with a short abstract of 150 words. The presentation of the selected papers will be exclusively in English.

Decisions will be communicated by October 5th, 2018.

Travel and accommodation will be covered for a very limited number of participants originating from South countries and affiliated to South institutions. These participants will be selected based on the quality of their papers (best scores from the scientific committee) and will be contacted by email by October 5th. For those concerned, please attach the three following documents: a small letter explaining why you fit in the criteria, a passport copy and a proof of affiliation to the South institution.