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Séminaire AJEI – MSH Paris Saclay : « Questions de méthodes » le 28 mai 2018

Le prochain séminaire de l’AJEI se tiendra lundi 28 mai 2018 à la Maison des Sciences de l’Homme à Paris-Saclay. Nous y discuterons  La pluralité méthodologique dans les sciences sociales de l’Asie du Sud. Pour plus de détails et le programme cliquez ici: http://msh-paris-saclay.fr/workshop-la-pluralite-methodologique-dans-les-sciences-sociales-de-lasie-du-sud-28-05-2018/ Le séminaire est organisé par Mathieu Ferry et Suneha Seetahul. Nous vous y attendons nombreux / euses !  

JOB OFFER – PROGRAM SPECIALIST FOR THE INTERNATIONAL MIGRATION INITIATIVE (IMI) AT THE OPEN SOCIETY FOUNDATIONS – LONDON

The Open Society Foundations seeks a Program Specialist to provide support to the International Migration Initiative (IMI), and specifically to its Fair Work program area. IMI seeks a dynamic and committed program specialist to support the design, planning and implementation of IMI’s Fair Work program area. The position requires knowledge of labor migration issues as well as passion to improve the situation of migrant workers as part of a broader movement for economic, gender and racial justice.

IMI’s Fair Work program area’s strategy aims to improve government policies and business practices to ensure a fair deal for migrant workers; to build migrant workers’ voice, power, and influence through organizing activities and coalition-building, and to challenge the culture of impunity by expanding migrants’ access to legal remedies.

Essential duties and responsibilities include:

  • Supporting programmatic efforts by conducting a wide range of activities related to the grant making process as well as analytical work in support of strategy development and the design and evaluation of program work.
  • Keeping abreast of key issues and developments in the labor migration field.
  • Assessing partner organizations, including evaluating aspects of their financial health.
  • Administrative responsibilities.
  • Developing concept notes, agendas, and other materials for convenings.
  • Participate in preparing and presenting portfolio reviews.

Candidate Profile:

  • 3-5 years of progressively responsible experience in a situation relevant to the duties of this role is typically required to develop the skills required for this role.
  • Knowledgeable on issues relating to labor migration, workers’ rights and worker organizing.
  • Excellent written and spoken communication in English.
  • Highly skilled in researching, processing large amounts of information, and analyzing its importance in informing OSF programs and strategies.
  • Ability to recognize and work effectively in compliance with internal policies and external constraints.
  • Organized; strong project management ability; self-directed on work initiatives; strong attention to detail.

Application deadline : June 11, 2018

Interested candidates should attach to their application a cover letter and a curriculum vitae. All call for applications at the Open Society Foundations are open to women and men of all cultures, backgrounds, and experiences. The IMI Department is committed to  providing reasonable accommodations so that people with disabilities are able to fulfill the essential functions of the job.

For more information, please visit the offer’s page (link above).

Al Fikr, Naqd, Prologues à l’honneur

En marge de la 34ème Foire Internationale du Livre de Tunis (6-15 avril 2018), la Bibliothèque Nationale de Tunis a invité samedi 14 avril 2018 trois intellectuels à raconter les itinéraires des revues qu’ils ont créées et animées : Al Fikr a été présentée par Béchir Ben Slama, Naqd par Daho Djerbal et Prologues/Mouqaddimat  par Mohamed Seghir Janjar. Les revues sont en effet souvent un point aveugle dans les études sur la vie intellectuelle, littéraire ou scientifique. Elles sont pourtant l’espace où s’élaborent les idées, où se préparent les œuvres, où les auteurs se frottent à la réception des lecteurs, où des poètes publient des textes épars, où l’on trouve des traductions des littératures étrangères, où certaines connaissances spécialisées sont vulgarisées… Les revues sont également un lieu d’engagement dans la mesure où le travail qui sous-tend leur existence fragile et éphémère est un travail de fourmi, obligatoirement collectif qui baigne dans l’anonymat et se dissout avec la disparition du titre. Raja Ben Slama, directrice de la BnT et organisatrice de l’hommage introduit la manifestation en soulignant cette particularité de l’effort « revuiste » et la persévérance des chevilles ouvrières veillant à la préparation de chaque livraison.

La tunisienne             al Fikr, une longévité à l’ombre du pouvoir bourguibien

Béchir Ben Slama, fondateur et animateur de la revue Al Fikr (1955-1986), commence par relier la naissance de cette revue à l’antécédent An–Nadwa (fondée par Mohamed En-Nayfar en janvier 1953, 34 numéros) dont Mohamed M’zali (1925-2010, plusieurs fois ministre de Bourguiba) réalise le dernier numéro. Formé à la philosophie à l’université de La Sorbonne et enseignant, ce dernier adjoint au projet de fondation d’Al Fikr Béchir Ben Slama son collègue au lycée Alaoui de Tunis, qui en sera le rédacteur en chef tout au long de ses trente et un ans d’existence. L’un et l’autre signeront les éditoriaux de la revue et concevront une série de numéros spéciaux (dont un sur l’Islam en 1966) en s’appuyant sur un comité réuni tous les samedis après-midi dans un bureau attribué par l’Association des Anciens Elèves de Sadiki. Al Fikr publie plusieurs plumes débutantes comme Hichem Jaït, Ezzedine Madani… et des réflexions qui ont montré plus tard leur pertinence (le vide idéologique et la perspective du rôle de l’Islam).  A l’époque, la typographie et l’élaboration de chaque numéro nécessitait un long travail de vérification entre la rédaction et l’imprimerie. Bourguiba disait de la revue qu’elle le servait mieux qu’une ambassade. La revue cesse de paraître en 1986

En 2015 et pour les soixante ans de la revue – célébrés dans l’indifférence des autorités – Béchir Ben Slama rédige un manifeste. L’année suivante, il met au point un index par matières, un outil qui permet de voir l’importance des sujets traités et ne manquera pas de servir aux futurs chercheurs.

L’algérienne Naqd et les tumultes de l’histoire

Daho Djerbal inscrit Naqd (37 numéros parus depuis 1991) dans l’histoire contemporaine algérienne : le passage à l’indépendance, la décennie noire et l’arrivée d’Internet. Dans la transition brutale entre la colonisation et l’indépendance, l’Université d’Alger (née en 1909, considérée comme la deuxième université de France, notamment pour le droit et la médecine), a dû affronter les vides dans la production et la transmission du savoir comme elle devait revenir sur le regard et les bases épistémologiques de la connaissance sur la société algérienne. Vers la fin des années 1980, on sentait la « montée des périls » : progression des islamistes, développement des mouvements identitaires berbères, suppression des libertés… Douze intellectuels et universitaires algériens se rassemblent autour du besoin de réfléchir aux symptômes inquiétants. Le 1er numéro de Naqd (décembre 1991-février 1992) coïncide avec l’interruption du processus électoral par le coup d’Etat militaire et la 1ère Guerre du Golfe. De semestrielle, la revue devient annuelle avec l’arrivée du terrorisme. Deux professeurs de médecine (Boussebsi et Bekhanfir) sont assassinés, avant de produire des travaux de terrain sur les formes de violence observées (inceste, agressions liées aux facteurs religieux ou à la consommation de drogues…). La nécessité de la réflexion critique trouvait des résonances dans Perspectives, (GEAST, 1963-1975) Souffles (1966-1973) ou Soual (créée par Mohamed Harbi et Menaouer Merrouche en 1982), considérées comme références par les animateurs de Naqd, soucieux d’interroger les réticences de la société algérienne à creuser les raisons profondes de la dissolution du lien social et le rapport au savoir (la revue invente le terme « épistémophobie »). Indépendante du gouvernement (aucun abonnement officiel), Naqd vit sur ses ventes de librairie et a pu construire un vaste réseau d’auteurs du « Global South » avec une prédominance d’auteurs maghrébins (112 en 25 ans). Une convention signée avec la plate-forme européenne CAIRN permet aujourd’hui à 88 institutions publiques algériennes et 72 tunisiennes d’y accéder. Le pari de durer et de transmettre est gagné.

La marocaine Prologues/ Mouqaddimat, ancrage maghrébin et adaptation au web

L’aventure de Prologues (1993-2008) exprime une autre forme de résistance dans la durée puisqu’elle renaît en 2017, en format numérique et sous le titre Prologues. Le Maghreb des livres et idées. Mohamed Seghir Janjar remonte à la création de la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud pour les Etudes Islamiques et les Sciences Humaines créée en juillet 1985 par Abdou Filali-Ansary. Une news letter sert à diffuser des informations, des lectures et des commentaires de la production scientifique, en rapport avec les transformations sociales. La revue Prologues naît au sein de la maison d’édition Horizons Méditerranéens avec des capitaux différents et profitant d’un contexte marocain plus ouvert aux Droits de l’Homme et à l’idée maghrébine, après plusieurs expériences sous autoritarisme (Mohamed El Aziz Lahbabi et Afaq Ittihad kuttab al maghrib des années 1960 ; Souffles et son inspiration tiers-mondiste ; Athaqafa al jadida et Mohamed Bennys, années 1980).

Prologues se propose d’analyser la société avec une sensibilité maghrébine sur le modèle de la London Review of Books (née en 1980) et la New York review of books (fondée en 1963), à partir d’ouvrages du monde entier.

Avec le constat que l’usage de la seule langue arabe appauvrissait l’esprit critique et tournait le dos à la production scientifique élaborée en français aux débuts de l’université marocaine, l’idée d’une revue bilingue s’impose afin de conserver le débat au sein des élites et pour créer une passerelle entre les générations d’universitaires et d’intellectuels marocains. Par ailleurs, le principe de comparaison et l’ancrage dans le terreau maghrébin étaient des choix éditoriaux centraux.

En 15 ans, 684 articles paraissent ; 36% des 657 auteurs sont étrangers. Les Tunisiens Yadh Ben Achour, Mohamed Talbi, H’mida Ennaïfar, Ali Mezghenni, Amel Grami, Moncef ben Abdejellil…, représentants d’une islamologie moderne nécessaire après la Révolution iranienne et l’expérience algérienne, sont publiés par des éditeurs marocains. Un état des lieux sur les études sur la femme depuis Allal Al Fassi et une série de numéros spéciaux ont paru ; s’ils ont pu servir, ils n’ont pas entretenu les ventes, en chute libre. Comme en Algérie et en Tunisie, les tirages passent de 3.000 à 2.000 puis à 1.000 en 2008, mal diffusés.

Prologues cesse de paraître en 2008. Elle reparaît après 10 ans et des transformations considérables : le paysage marocain se sature par les chaînes satellitaires et Internet sans que la société dispose d’une culture de l’écrit suffisamment forte pour favoriser le passage à l’écrit du web. Aussi la solution  préconisée pour la formule de relance de Prologues/Mouqaddimat est-elle de s’adapter au nouveau lecteur. Il s’agit d’occuper la toile, avec des textes de moins de 6.000 signes, en disant l’essentiel et par des approches comparatives, le but étant de déconstruire les évidences et d’instruire le débat public.

Etant donné que l’âge moyen des 300 revues marocaines est de 2 ans et demi, il faut souhaiter longue vie à Naqd et à Prologues/Mouqaddimat.

Outre qu’il a permis d’évoquer l’histoire, la force et la vulnérabilité de l’édition périodique au Maghreb, cet hommage aux trois revues a ouvert également les portes de l’avenir. Des collections complètes des revues Prologues, Naqd et Intersignes (directeur Fethi Ben Slama, Paris, 1990-2001) sont venues enrichir le fonds de la Bibliothèque Nationale de Tunis. La numérisation en cours et les échanges avec la Bibliothèque Abdelaziz Ibn Séoud de Rabat (numéros manquants de la revue al Fikr) promettent de mettre à la disposition d’un plus grand nombre d’usagers des mines d’information, de connaissance et de réflexion sur les sociétés maghrébines en mouvement.

Compte rendu publié dans Prologues/ Mouqaddimat, mai 2018.
https://prologues.medias24.com/Art-litterature/47-Le-Maghreb-des-revues-Al-Fikr-Naqd-et-Prologues-a-l-honneur.html
Et sur le site de la Bibliothèque Nationale de Tunisie
http://www.bibliotheque.nat.tn/fr/trois-revues-maghrebines-a-lhonneur-al-fikr-naqd-prologues/

 

 

1962. Le retour des réfugiés

Oujda (Maroc), 10 mai 1962. Ouverture de l’opération de rapatriement des réfugiés algériens au Maroc et départ du premier convoi de 193 réfugiés. C’est une opération dite « tripartite », organisée par le Haut Commissariat aux réfugiés  de l’ONU (HCR), avec son partenaire opérationnel, la Ligue des sociétés de la Croix et du Croissant rouge ; l’Exécutif provisoire de Rocher noir, et les autorités françaises. Mais en fait, le Croissant rouge algérien ainsi que l’ALN sont également actifs, même s’ils sont moins préoccupés par leur plan média que les grandes ONG. Le chargé de l’information, l’Egyptien Yassin al-Ayouty, employé du HCR, accueille les journalistes, notamment marocains, venus assister au lancement de l’opération. Son bureau est installé à l’hôtel Terminus d’Oudja. Les autorités marocaines —en la personne du gouverneur de la province d’Oujda— et françaises —en la personne du consul général de France au Maroc— assistent au départ. Les membres du Croissant rouge marocain, qui s’occupent depuis plusieurs années des réfugiés algériens sur leur territoire sont là, ainsi que les ceux de plusieurs sociétés des Croix et Croissant rouges (Pologne, Norvège, Suède, République arabe unie), et les membres de la filiale suédoise de Save the Children, Rädda Barnen.

« Tandis que retenti[t] une clameur de joie, sur les quais et dans les compartiments »1, le train du premier convoi s’élance à 11h.

Un représentant du Croissant Rouge algérien doit accompagner ces 193 réfugiés, « dans leur presque totalité, des adultes et vieillards, choisis intentionnellement dans les diverses localités de l’Oranie2 ». Les journalistes le remarquent ce jour-là, comme ils le remarqueront à chaque départ de convoi des jours à venir : il n’y a presque aucun homme jeune parmi les réfugiés, seulement des femmes, des enfants et des vieux.

« Peu d’hommes jeunes, des gosses — beaucoup — des femmes quelque fois très âgées passent à pied. Il faut parfois les aider : ils ont l’air grave et touchant. Ils ont mis leurs vêtements les plus beaux ou les moins misérables. Les enfants surtout sont vêtus comme pour l’Aïd mais personne ne sourit, et quand le soldat français en tenue de campagne offre un gobelet d’eau, le geste, pour accepter, manque d’élan. Comme un reste de peur. »3

De nouveau, à la fin de ce mois de mai, alors que des milliers de réfugiés continuent de regagner l’Algérie par convois à partir d’Oudja, « un groupe de journalistes de la presse et de la radio marocaine a été convié à ces jours derniers, par un représentant des Nations-Unies, M. El Ayouti, à visiter les camps de réfugiés, en Algérie.4 » . Les correspondants de journaux marocains (Le Petit Marocain, La Nation africaine, El Alam), égyptiens (Akhbar al-Yum, Rose el-Youssef) assistent donc au départ des réfugiés, avant d’entrer avec eux en territoire algérien.

Brochure du Croissant rouge algérien
Brochure du Croissant rouge algérien

J.-P. Duvillard, journaliste pour le journal marocain La Nation africaine, décrit les camps de départ. Pour les réfugiés de la région d’Oudja, c’est la ferme Touboul : ici, « [c]haque réfugié est en possession d’une carte verte délivrée par le Comité de rapatriement d’Oujda5 ». Les différentes opérations se déroulent dans des tentes distinctes : vérification des cartes vertes délivrées par le Comité de rapatriement d’Oujda pour établir des listes ; photographie de la carte ; passage au service sanitaire pour vérifier l’état général ; dernier pointage des chefs de famille.

C’est sans doute à l’occasion de cette visite organisée que sont aussi tournées quelques images d’un départ d’Oujda dans les archives de l’INA.6 Le film muet saisi ce que les documents écrits ne disent pas, les gestes apparemment insignifiants, les visages et les attitudes. Dans la foule, beaucoup de femmes, d’hommes âgés et d’enfants, dont les documents sont soigneusement contrôlés. Les femmes sont obligées de lâcher leur haïk pour soulever valises ou ballots de tissus contenant leurs effets ; en montant dans le train on hisse les enfants et on se passe de main en main les objets trop encombrants pour rentrer dans les ballots, comme ce grand tamis pour la graine de couscous. Au départ du train, ceux qui restent saluent ceux qui partent. Une femme vêtue d’un haïk restée sur le quai fait un geste de la main. Le geste est fugace et sans doute le caméraman lui-même ne le remarque pas. Est-ce un V de la victoire ? On dirait bien que cette femme montre trois doigts.

Il faut enquêter un peu auprès d’anciens Algériens du Maroc pour retrouver le sens de ce signe de la main : ces trois doigts tendus représentaient, au moins depuis les manifestations de liesse de l’indépendance marocaine, la solidarité des trois pays du Maghreb. Le geste fugace restitue des années de résistance et un monde de significations incorporées, en même temps qu’il est la promesse d’une fidélité à l’unité maghrébine et à la solidarité des trois pays frères.7 Il contient tout à la fois un passé de lutte pour les indépendance et une promesse d’avenir. Est-ce une Marocaine qui salue ainsi des voisins qui s’en vont ? Ou une Algérienne qui attend son tour pour partir ? On ne sait pas.

Après avoir décrit le départ, le journaliste Duvillard suit alors les réfugiés pour passer trois jours de l’autre côté de la frontière, en Algérie. De ce côté là, les centres d’accueil locaux de Maghnia et Sebdou sont chargés de renvoyer les réfugiés vers leurs lieux d’origine. Mais la situation dans le département est très difficile, parce que les régions frontalières sont impraticables, ou à cause de la violence de l’OAS dans plusieurs villes de la région. Bien souvent, le logement d’origine des réfugiés n’existe plus et le temporaire devient durable : finalement à Maghnia, on aménage dans le stade municipal un village de tentes où les réfugiés pourraient rester deux mois environ. Une solution plus durable doit être envisagée : on parle de loger les réfugiés dans des villages de regroupement créés par l’armée française durant la guerre désormais vidés de leurs premiers occupants, même si certains n’ont ni électricité, ni personnel sanitaire et d’enseignement.

Début juin, le journaliste du Petit Marocain, Jean Lecomte, fait lui aussi le voyage. Il visite d’abord le camp de Beni Adrar, situé en fait à l’extérieur de la localité marocaine du même nom mais en territoire algérien. Comme les réfugiés eux-même, il pénètre dans un no man’s land déserté par ses habitants depuis des années, où tout est détruit par les bombardements et les combats successifs.

« On se battit souvent, de nuit surtout, dans ce secteur. On y patrouilla encore plus, de part et d’autre. Les bombardements y furent fréquent. »

En ce début juin au Maroc, il fait frais, et il pleut. Les tentes du camp de départ sont construites au milieu de la boue, et le journaliste est consterné par le spectacle de « ce sol désolé, ces emplacements déserts, les cultures abandonnées, la piste pas entretenue depuis plusieurs années. » Mais aujourd’hui, le barrage de barbelés français est enfin ouvert, et on la franchit donc :

« C’était pour nous un poignant retour vers le passé. Cette route, nous ne l’avions pas parcourue depuis 1953. Ca et là, des bâtiments délabrés, abandonnés, mais aussi, touchés durement par les bombardements d’artillerie, s’étalaient devant nos yeux. Une fois l’ancien camps des Subsistances militaires françaises d’Oujda, devenu le siège de la Wilaya V de l’ALN, dépassé, c’était encore une sorte de « no man’s land » jusqu’au post frontière marocain, qui nous allions contempler.8 »

Les lieux sont constamment regardés avec l’oeil du renouveau, des retrouvailles, avec l’oeil neuf qui contemple les destructions comme la marque d’un passé de guerre dont on peine à croire qu’il est réellement passé. Partout, le paysage lui-même porte les marques des combats.

« Pour parvenir [à Maghnia], il faut emprunter les routes qui portent sur leur bas-côtés les traces de la guerre : bidons d’essence militaires, douilles d’obus, maisons éventrées. Quelques blindés ou jeeps de l’armée française stationnent devant les campements. A part ces vestiges du drame algérien, rien ne transparaît de la situation actuelle. Des fellah travaillent les champs, des enfants font des signes d’amitié aux voitures qui passent. Quelquefois au flanc de colline avant Marnia une plaie dans la verdure attire l’oeil, on n’y prêterait guère attention si on ne nous disait pas que c’est une « cache » de l’ALN que l’on a fait sauter à la dynamite. »9

Les lignes ne se franchissent pas sans renouveler l’émotion de la fin de la guerre. Outre les traces visibles des combats, les journalistes décrivent le paysage comme s’ils y superposaient les images imaginées de la guerre passée, avec une dimension presque cinématographique. Chaque geste de la normalité retrouvée ravive la surprise, la joie mais aussi la gravité de ce qui vient de s’achever. C’est par les mots et les phrases émues, parfois sentencieuses, que les journalistes, marquent le franchissement, ritualisent le passage à un autre temps.

Pour les réfugiés eux-mêmes, l’émotion n’est pas moins forte de passer la ligne de démarcation militarisée et minée. L’un de ces Algériens du Maroc, l’un de mes collègues, Ahmed Abid, m’a raconté récemment à Oran son retour Algérie, au lendemain du cessez-le-feu. Suite à un post que j’avais écrit au sujet de ma recherche sur un réseau social, il m’avait fait part de son expérience. Quand nous nous sommes vus pour un entretien, il a préféré la raconter d’une traite, sans être interrompu par mes questions. On retrouve, dans son récit d’aujourd’hui, la même attention aux paysages que dans les récits des journalistes de l’époque :

« Le convoi a démarré, et je me suis concentré sur les dernières images du pays j’ai vécu, et aussi sur l’espace que je découvre. On passe la frontière. Le poste frontière s’appelle Zûj Bghâl. »10

Zûj Bghâl. Deux ânes. Il ajoute avec un clin d’oeil : « un Marocain, un Algérien. » On éclate de rire. Cette blague ne s’use jamais.

« On passe par mon terroir natal, alors que je suis debout sur le camion. Je me rappelle que ce que racontait ma mère sur son pays durant l’exil, comme un film de mémoire et j’essaie de faire correspondre à ce que je vois. Elle disait toujours : « Attends que nous soyons libre et tu verras que les pommes de terres algériennes sont aussi grosses que les pommes de terre marocaines… ». Mais le convoi dépasse Maghnia, et ne s’arrête qu’à Tlemcen qui avait été choisi comme le centre d’accueil pour tous ceux qui reviennent du Maroc. Le convoi s’arrête à l’entrée de Tlemcen. J’avais l’impression que c’était la première fois que je voyais les cerisiers. On nous a placés dans un camp, dans une tente pour trois jours. Au bout de trois jours, le FLN-ALN nous dispatche. Mon père avait choisi Sidi Bel-Abbès. »

Brochure du Croissant rouge algérien

Le Kef (Tunisie), 30 mai 1962. Avec plusieurs semaines de retard par rapport au Maroc, c’est le départ du premier convoi de réfugiés algériens en Tunisie.

En prévision de cette opération, la commission centrale chargée du rapatriement des réfugiés est venue en visite quelques jours auparavant. Les voitures avaient alors suivi le trajet que prendraient les convois de réfugiés, entre Haïdra et la première barrière électrifiée. Sur place, ils avaient rencontré le sous-préfet de Tebessa, M. Escoffier, accompagné du Lieutenant colonel de l’armée française. Après sa discussion son homologue de l’ALN, celui-ci déclara : « C’est la première fois que je discute avec les gens d’en face ((La Presse de Tunisie, 25 mai 1962)) ». Ce jour-là, on avait évoqué la question des mines française qui pouvaient mettre en danger les réfugiés sur le chemin du retour, et on s’était rendu sur place pour s’assurer, en présence de l’ALN et de l’armée française, de l’absence de danger sur la route11 . Tout est donc prêt pour le départ du premier convoi de réfugiés.

Le 30 mai, le convoi part du village de Haïdra, en Tunisie :

« Le village situé sur une colline offre un spectacle émouvant. Tout est en place. Les réfugiés sont montés sur les camions venus d’Algérie, femmes et enfants ont pris place dans les cars. Les camions Mercedes de l’ALN et les « Berliet » mis à la disposition des réfugiés par le Syndicat de Tebessa transportent les vivres des réfugiés. […]
100 familles originaire de Gourraye, douar situé à quelques kilomètres à l’intérieur du 1er barrage militaire français en Algérie, ont été transportées hier sur des camions vers leur terre natale. […]
Le premier convoi a été en fait une sorte de « test » pour les organisateurs du rapatriement des réfugiés algériens. »12

Juste avant le départ, au cours d’une cérémonie officielle, les autorités tunisiennes, les représentants du HCR et du Comité international de la Croix rouge et du Croissant rouge (CICR) leur ont adressé leurs bons voeux, dont les copies sont distribués dans un kit remis aux journalistes. Le convoi démarre finalement.

« Les femmes chantent et les enfants sont joyeux. Aux abords de la piste que devra emprunter le convoi de réfugiés algériens, des centaines de tunisiens et d’algériens venus des villages environnants lancent des baisers à la ronde à ceux qui vont rentrer en Algérie. N’est-ce pas significatif que d’entendre un réfugié algérien dire à son ami tunisien : « Mon frère je n’oublierai jamais ce que tu as fait pour moi… j’espère que tu viendras me rendre visite. »13 »

On arrive au point de passage entre Haïdra, côté tunisien, et Tebessa, côté algérien. Il y a un moment de tension, lorsque, à la ligne Challe, le portail demeure fermé longtemps, « sur ordre du colonel », avant de s’ouvrir après une heure d’attente.

« On fit descendre les femmes d’abord qui passaient au milieu d’une haie de fils barbelés. Une distribution de pain et d’eau offerts par l’Armée française eut lieu au fur et à mesure que les réfugiés passaient.
Les femmes montaient ensuite dans les cars. Quelques unes, étouffées par la chaleur ont été transportées sur une tente où les soins leur ont été donnés par des infirmières de l’ALN.
Après les femmes, ce fut le tour des hommes de traverser la ligne électrique. »14

Ce jour-là, dit le journaliste, les Français fouillent tout le monde, comme pour chercher des armes. Le journaliste de Jeune Afrique ironise : car depuis le 19 mars, « qui tue en Algérie ? », faisant allusion à la violence meurtrière de l’OAS.

« C’est ainsi que le premier convoi des réfugiés algériens quitta la Tunisie pour retrouver sa terre natale, accompagné des voeux de tout le peuple tunisien pour qu’ils retrouvent enfin les conditions d’une vie normale que les sacrifices du peuple algérien depuis 7 ans devait leur assurer. »15

Ici, les journalistes n’ont pas l’autorisation des autorités françaises pour rentrer en Algérie. Leur voyage s’arrête donc à la frontière, pendant que les réfugiés continuent leur route vers l’intérieur du pays.

L’opération de rapatriement se déroule en moins de deux mois, et elle est considérée comme un spectaculaire succès. Les sources humanitaires, et l’opération médiatique, tendent à minimiser le rôle des Nord-Africains, et en particulier des Algériens eux-mêmes dans l’organisation d’un transfer qui les concerne pourtant au premier chef. La responsable du plan média en Tunisie, la canadienne Marguerite Wilson fait visiter les camps aux journalistes en veillant à ce qu’ils ne ratent pas les emblèmes de la Croix Rouge et du Croissant Rouge qui apparaîtront sur toutes les photos. Elle s’agace dans le même paragraphe —apparemment sans voir l’ironie de la chose :

« Cependant, les drapeaux du FLN est partout [sic], ce qui crée l’impression que le camp est sous les auspices des Algériens ou des FLN. Dans les rapports au journaux [sic] communiqués par le service de presse algérien, on remarque la même attitude. Vous pouvez être assuré, dès maintenant, que ni la Croix Rouge ni le HCUN [le HCR] ne recevront des remerciements pour ce qui a été fait et pour ce qui se fait. On a même interdit aux réfugiés d’accepter le pain, le soupe et le lait qui leur était distribué à l’arrêt des véhicules à la porte du barrage »

Ce ton assez sec à l’égard des autorités algériennes tranche avec le ton bien plus neutre de son homologue au Maroc, l’Égyptien el Ayouty. Ceci dit, Mme Wilson aime peu les Algériens qui manquent manifestement de gratitude. Elle se plaint aussi que les Tunisiens roulent trop vite, qu’ils ont des jours fériés « pour je ne sais quoi », « c’est absolument affolant ».

Le 27 juin 1962, on célèbre les 100 000 réfugiés  rapatriés16 La plupart d’entre eux sont rentrés à temps pour voter au référendum d’autodétermination du 1er juillet. Un communiqué de presse du 18 juillet 1962 du HCR annonce que le « rapatriement des Algériens réfugiés touche à sa fin17 », bien qu’un dispositif soit prévu pour laisser passer les retardataire. Le 31 juillet, c’est la fin officiel de l’opération conjointe visant à rapatrier les réfugiés.

La Suisse, n°263, 20 septembre 1962, « Un petit village d’Algérie »
La Suisse, n°263, 20 septembre 1962, « Un petit village d’Algérie »

 

  1. Le Petit Marocain, 11 mai 1962
  2. Le Petit Marocain, 12 mai
  3. « La première brèche », signé MBS, Jeune Afrique, n°88 11-17 juin 1962.
  4. La Nation, 26 mai 1962
  5. JP Duvillard, La Nation, 26 mai 1962
  6. Le film — comme parfois sur le site de l’INA — ne contient aucune information de source, d’auteurs, ou de date.
  7. Les détails concernant ce geste sont donnés par Tewfik Allal, communication personnelle, 24 novembre 2017.
  8. 7 juin 1962
  9. La Nation, 26 mai 1962
  10. Entretien avec Ahmed Abid, Oran, 24 février 2018, résumé à partir de notes.
  11. La Presse de Tunisie, 25 mai 1962.
  12. Le Petit Matin 31 mai 1962
  13. Le Petit Matin 31 mai 1962
  14. Le Petit Matin 31 mai 1962
  15. Le Petit Matin 31 mai 1962
  16. Communiqué de presse n°1962-21 édité par le HCR, 27 juin 1962, Archives de la Fédération des Sociétés de la Croix rouge et du Croissant rouge, boîte 1003373.
  17. NU, HCR, Communiqué de presse n° REF/748, 18 juillet 1962, Archives de la Fédération des Sociétés de la Croix rouge et du Croissant rouge, boîte 1003373.

Elections municipales en Tunisie. La citoyenneté à l’épreuve

Les premières élections municipales tunisiennes qui se déroulent après 2011 seront significatives par le taux de participation qu’elles auront enregistré le 6 mai 2018. Elles adviennent dans un climat brouillé, semé de perturbations et suscitent des débats nouveaux. La lecture de leurs résultats dépendra de la mobilisation citoyenne et des indices de diversification des listes qui sortiront du système électoral choisi.

Essais et erreurs

Reportées à quatre reprises (elles devaient se passer en 2015), ces élections ont attendu, entre autres, la proclamation de la loi de juin 2016 sur les élections et les référendums. En mai 2017, une grave crise au sein de l’Instance supérieure indépendante des élections (ISIE) entraîne la démission du deuxième président (et 3 membres) de l’ISIE, ayant succédé à Kamel Jendoubi, empêché de poursuivre sa tâche, après avoir mené les élections d’octobre 2011. Chafik Sarsar qui officie avec les élections présidentielles et législatives d’octobre-décembre 2014, laisse la place à Mohamed Tlili Mansri élu en novembre 2017, après plusieurs tours à l’Assemblée des représentants du peuple.

Ces secousses sont à l’image des difficultés économiques, de la persistance des remous sociaux et de l’impuissance du second gouvernement de Youssef Chahed (premier ministre depuis l’été 2016) à lutter efficacement contre le chômage et la corruption et à engager les réformes indispensables dans l’appareillage des lois. Elles traduisent surtout les lenteurs de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) qui, s’ajoutant à l’inertie de l’administration expliquent l’absence de textes définissant les fonctions municipales. Alors que la Constitution de 2014 introduit la nouveauté de la décentralisation régionale (chapitre VII), les outils enécessaires à la gouvernance locale n’ont pas été mis au point quatre ans après. L’exemple du code des collectivités locales est parlant : après avoir traîné dans les bureaux de l’ARP, il est voté dans la précipitation et de justesse le 27 avril 2018.

De nouvelles dispositions

Le nouveau découpage administratif a permis de créer 87 communes de plus dans les 24 gouvernorats du pays. Les 350 municipalités vont pouvoir remplacer les « délégations spéciales » mises en place en 2011 et constituées des autorités administratives locales. Le wali (préfet) et le mou‘tamad (délégué) de chaque région président depuis 2014 les formations provisoires gérant les affaires municipales.

La parité Hommes/Femmes renforcée depuis 2014 a hissé plusieurs femmes en tête de liste. Le principe est louable mais favoriser l’accès des femmes à la gestion des affaires locales alors que les mentalités, les lois et l’exemple du pouvoir central restent inchangés, est-ce bien réaliste ? On « envoie les femmes au charbon » et elles affrontent l’inconnu. Cependant, si cette disposition paritaire comporte une dose de marketing et d’hypocrisie, l’occasion est à exploiter par les futures élues pour renforcer l’acquis et changer pragmatiquement la représentation encore largement masculine et vieillissante du pouvoir central.

La jeunesse est nettement plus présente dans les 2.074 listes car, comme pour la parité et la présence des handicapés, les textes imposent dans chaque liste trois candidats au moins ayant entre 18 et 35 ans. Ils forment 32,65% des 5.369.892 inscrits. Voteront-ils davantage qu’en 2011 et 2014 ?

Face à la supériorité numérique de Nida Tounès et d’Ennahdha, on enregistre la présence d’indépendants de divers horizons et d’une coalition civile regroupant 11 partis pour plus d’une centaine de listes

Si ce premier scrutin municipal ne garantit pas la décentralisation, il constitue un mécanisme de fabrication de responsables locaux en mesure de diversifier l’éco -système  politique tunisien limité aux besoins des trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Controverses publiques

L’encre électorale a constitué un des multiples suspens de ces élections. Utilisée en 2011 et 2014, sa suppression est annoncée début 2018. Elle est finalement reconduite et offerte par la Chine. Son usage pose la question de l’efficacité du contrôle de l’ISIE et de sa capacité à garantir l’intégrité du scrutin. Alors que les doigts bleus étaient fièrement brandis après les élections de 2011 et 2014, le procédé alimente les débats sur la nécessité de dépasser ce procédé fruste et indigne des contextes démocratiques.

Avant et après la campagne (14 avril – 4 mai 2018), les débats publics se diversifient. Le scrutin à la proportionnelle aux plus forts restes est discuté et donne lieu à des propositions. A propos des candidats (plus de 50.000), on pointe des repris de justice et des suspects de terrorisme et on note le retour -en rangs dispersés- des réseaux du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD, parti de Ben Ali), dissous en mars 2011.

Les interventions de la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAÏCA) ont permis de discuter des contours de la participation des médias, les difficultés de la gestion du pluralisme et de la neutralité de l’administration.

Les frictions sur le terrain entre les listes  mettent sur le tapis la morale des élections. On dénonce des prêches du parti islamiste dans les mosquées et la distribution de vivres et d’argent. Les promesses d’introduire le wi-fi dans les communes qui éliraient Ennahdha, indiquent la « modernisation » de la communication politique de ce parti en même temps qu’une baisse de l’offre de récompenses aux votants, variable essentielle mais incertaine.

Voter : une des voies de la citoyenneté

12% des 36.000 policiers et militaires inscrits votent pour la 1ère fois le 29 avril 2018. Ce taux traduit-il un manque de foi dans le vote propre aux forces de sécurité ? La faiblesse de la proportion fait craindre la froideur de la participation attendue le dimanche 6 mai.

Le classement respectif d’Ennahdha et Nida Tounès est un résultat attendu surtout par les partis et notamment au sein du duopole hégémonique. Il servira à réaménager, en fonction des régions, l’équilibre des deux formations qui se partagent le pouvoir depuis 2014 et ont besoin de compter leurs forces respectives pour les élections présidentielles de 2019. Au-delà des repositionnements qui se feront au sein de l’alliance Ennahdha/Nida Tounès et parce que celle-ci bloque le jeu démocratique, on attend justement de ces élections des signes du côté de la place que pourront avoir les listes indépendantes, les femmes et les jeunes. C’est en effet par ces brèches que le jeu électoral montrera les possibilités de s’ouvrir à de nouvelles couleurs politiques, d’introduire d’autres types de coalitions et de donner une place à des sensibilités et des pratiques, développées pour l’essentiel dans le bouillonnement de la société civile post-2011 et face à une situation politique paralysée par les tractations d’intérêts et la lourdeur des appareils.

Sachant que le changement ne peut advenir d’un coup ni par les seules élections, ce scrutin municipal illustre, une fois de plus la lenteur et les aléas d’un processus civique et politique qui prouve concrètement l’insuffisance des institutions centrales, la nécessité de passer par le débat public et la difficulté de construire la citoyenneté par les comportements sociaux. La genèse des conditions de base du fonctionnement démocratique est plus longue et plus laborieuse que la mise en place des dispositifs et procédures juridiques.

Hammam-Lif, le 4 mai 2018.

Publié dans Le Quotidien d’Oran, dimanche 6 mai 2018, page 6.

Seminar: Faculty of Economic and Social Studies -Department of Anthropology and CEDEJ Khartoum

Dear all:

We are very pleasured to announce our next Seminar , in collaboration with CEDEJ Khartoum, which will be presented by Dr.Enrico Ille; a social and cultural Anthropologist, under the title :

« The fate of date palms in the northern Sudan’s landscapes of vulnerabilities »

The seminar will be on Wednesday 2/5/2018, 12:00 at Postgraduate Room in the Department of Sociology and Social Anthropology.

Kindly find below an Abstract of the presentation.

Looking forward to see you all there!

The fate of date palms in the northern Sudan’s landscapes of vulnerabilities
Dr. Enrico Ille, in collaboration with Mohamed Salah

(Vulnerability, as being accessible to harmful acts without having adequate defence, is neither spatially nor temporally monolithic. Humans and other living beings are, for instance, variably exposed to potential or actual harm, i.e. the loss of something that is relevant for well-being. In addition, experienced harm can influence the expectation of harm and vice-versa, which informs a very specific, intersubjective or even individual situation and perception of vulnerability.

In this presentation, the subsequent complex dynamics are described as landscape where different vulnerabilities coincide. This conceptual language is used to discuss socio-ecological developments in northern Sudan, specifically the residential areas around the Third Nile Cataract. The observational focus is on the changing fate of date palms since the beginning of the 20th century. Their socio-ecological status vis-à-vis the human resident population is taken as trace element to qualify what kind of loss occurs when date palms experience harm, i.e. what other vulnerabilities are intertwined with their own vulnerability. This enables to discuss recent threats that became politically charged, such as flodding, fires, pests and pollution, in a way that is both critical and differentiated. By treating neither date palm nor human populations in monolithic terms, retracing vulnerabilities may open alternative perspectives on politico-ecological processes and contribute to adequate responses.)

Publication : Enseigner l’histoire à l’heure de l’ébranlement colonial. Soudan, Égypte, empire britannique (1943-1960)

Le CEDEJ est heureux de vous annoncer la publication de l’ouvrage

 

 » Enseigner l’histoire à l’heure de l’ébranlement colonial. Soudan,Égypte, empire britannique (1943-1960) »

Alors que les combats de la Seconde Guerre mondiale achevaient de dissoudre le mythe de la supériorité de l’homme blanc, le Soudan était disputé par ses deux maîtres officiels, la Grande-Bretagne et l’Égypte. Le territoire s’acheminait-il vers l’indépendance ou une union politique avec son voisin méditerranéen ? La rivalité anglo-égyptienne, couplée à un impérialisme britannique soucieux de « préparer » les sociétés africaines à la souveraineté nationale, déboucha sur l’unification hâtive du Nord et du Sud-Soudan en 1947. Parvenues à des positions de pouvoir une décennie avant l’indépendance (1956), les élites du Nord s’attachèrent à faire du Soudan, pays à forte pluralité ethnolinguistique et religieuse, un État-nation arabe et musulman.

Dans ce contexte, un nouvel enseignement d’histoire fut élaboré pour les écoles élémentaires soudanaises. Quels en étaient les acteurs, les récits, les pratiques ? Cet ouvrage décortique les représentations, les apprentissages et les rapports sociaux sous-tendant la production et l’usage de manuels en langue arabe dans le Soudan colonial tardif. L’auteure propose également un éclairage comparatif sur l’histoire enseignée dans d’autres territoires de l’empire britannique en voie d’émiettement.

Ce livre offre de nouvelles clés de compréhension d’une séquence charnière dans l’histoire du monde contemporain. Au regard de l’actualité plus récente, il montre quel rôle l’histoire scolaire a pu jouer dans l’éclatement du cadre national soudanais après 1956, aboutissant à la scission du Soudan en deux États en 2011.

 

Iris Seri-Hersch est maître de conférences au Département d’études moyen-orientales (DEMO) d’Aix-Marseille Université et rattachée à l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans (IREMAM). Ses travaux portent sur l’histoire contemporaine du Soudan et de l’espace israélo-palestinien.

 

European migration policies: the case of the EUTF in Sudan

Dear All,

We are very pleased to announce CEDEJ Khartoum next Seminar :

Vladimir Cayol

“European migration policies: the case of the EUTF in Sudan”

Wednesday 25 April, 3pm

CEDEJ Khartoum

Summary: In 2015, during the La Valetta Summit, which gathered leaders of the 28 States of the European Union and about fifty African leaders, the President of the European Commission Jean-Claude Junker announced the launch of the Emergency Trust Fund for Africa. The European Trust Fund, financed by 3.4 Billion euros, aims at “addressing root causes of irregular migration and forced displacement”, protecting migrants along the migratory roads, and fighting against criminal networks which organize illegal migration. More than two years later, what does the Sudanese case reveals in terms of EU migration policies implementation? Sudan stands in a very special place in the Horn of Africa when it comes to migration trends. Situated between Eastern Africa and the Arab world, Sudan is crossed by many migrants whose desire is to reach the European shores. In a broader perspective, as a country of transit, departure, and even destination for migrants from the Horn of Africa or beyond, Sudan has become an key partner for the European countries. From a fieldwork conducted between September 2017 and April 2018 in Khartoum, I will examine the implementation of this financial tool in order to offer a better understanding of the policies implemented by the European Union in Sudan.

 

Vladimir Cayol is a master student in the field of Africa and the Middle East International and International Cooperation at the University Paris 1 Panthéon-Sorbonne. He has been in intern in CEDEJ Khartoum where he has been working on migration issues these last months.

CEDEJ Khartoum is located in Khartoum 2 (street 59), not too far from Ozone. The closest « famous » building is an hospital : mustachfa « Jaber Abu el 3eez », mustachfa sukari (for diabetes). Our centre is at the second floor (there is a « CEDEJ » sign on the balcony).

European Migration policies in Africa: The case of the implementation of the EUTF in Sudan

Dear All,

We are very pleased to announce CEDEJ Khartoum next Seminar, April 25, 3pm, at CEDEJ Khartoum:

 

Vladimir Cayol

“European Migration policies in Africa: The case of the implentation of the EUTF in Sudan”

In 2015, during the La Valetta Summit, which has gathered leaders of the representatives of the 28 States of the European Union and about fifty African leaders, the President of the European Commission Jean-Claude Junker announced the launch of the Emergency Trust Fund for Africa.

The European Trust Fund, financed by 3.4 Billion euros, aims to treat the migration deep causes, protect migrants along the migratory roads, fight against criminal networks which organize the illegal migration. More than two years after its creation, it is time to examine of the migration policies financed by this organization.

The matter of migration, Sudan occupies a very special place in the Horn of Africa. Transition space between East Africa and the Arab world, Sudan is crossed by many migrants in their desire to reach European shores. A country of transit, departure, and even destination for groups of migrants, Sudan has become an indispensable partner of the European for all issues related to migration in the region.

From a fieldwork conducted between September 2017 and April 2018 in Khartoum, we will examine the implementation of this financial tool to understand the policies of the European Union putting in action in Sudan.

 

Vladimir Cayol is a master’s student in the field of Africa and the Middle East International and International Cooperation at the University Paris 1 Panthéon-Sorbonne. He has just finished an internship in CEDEJ Khartoum where he has worked on migration’s issues.

Media, science and transboundary cooperation in the Nile basin

International workshop 
 
« Media, science and transboundary cooperation in the Nile basin »
 
18 April 2018, 15:00 – 18:00 
 
 Venue: Meeting room of the Water Research Center (University of Khartoum, Faculty of Engineering) 
The University of Khartoum, Faculty of Social Science, Center for Diplomatic Studies and the Water Research Center, in collaboration with CEDEJ Khartoum and IHE Delft Institute for Water Education organize an international workshop on the role of media and scientific communication in conflicts and cooperation over the Nile.
The goals of the workshop are:  to present the preliminary findings of a research on Nile media debates in Ethiopia and Egypt and to discuss how to extend it to Sudan; to watch and discuss three videos portraying the visual dimension of Nile debates in the Eastern Nile countries.
The research and the video are part of the project “Open Water Diplomacy. Media, science and transboundary cooperation in the Nile basin” bringing together researchers and journalists from different Nile countries to foster constructive communication on Nile water issues.
See detailed program attached