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Religion et classes sociales. Appel à communications (AFSR)

L’AFHRC relaie l’appel à communications pour le colloque annuel de l‘Association française de sciences sociales des religions (AFSR) qui se tiendra à Paris les 5-6 février 2018. Cette année, le colloque portera sur le thème « Religion et classes sociales » et donnera lieu à une publication.
Depuis la critique marxiste de la religion comme « opium du peuple » jusqu’aux réflexions de Pierre Bourdieu sur les fonctions sociales du religieux, sans oublier les liens établis par Max Weber entre religion, classe et statut, le rapport entre religion et classe a longtemps constitué  un  questionnement  classique  des  sciences  sociales.  À  la  faveur  des  théories  de  la moyennisation et du déclin des sciences sociales d’inspiration marxiste, les interrogations sur  le rôle de l’appartenance de classe sont toutefois peu à peu tombées en désuétude. L’accent  mis sur les processus contemporains d’individualisation du religieux a pu faire oublier le poids  des déterminants sociaux et laisser croire à une sorte d’autonomisation des expériences  religieuses (ou « spirituelles ») vis‐à‐vis des structures sociales. Par ailleurs, l’intégration à  l’analyse du religieux de nouvelles dimensions, notamment celles du genre, de la migration,  ou de l’ethnicité ont fait passer au second plan la question des classes sociales. Sans remettre  en cause l’apport évident des recherches recourant à d’autres catégories d’analyse du monde  social, ni dénier l’influence décisive des dynamiques d’individualisation dans le domaine  religieux, ce colloque propose de porter un nouveau regard sur les questions de classe, en  revisitant les analyses classiques à la lumière des travaux actuels.  En dehors du champ des sciences sociales du religieux, la recherche sur les classes sociales est  en effet en plein essor. Les nombreuses enquêtes empiriques, d’inspiration ethnographique
pour l’essentiel, tout comme les vigoureux débats qu’occasionne la construction d’une  statistique  européenne  ont  invité  à  repenser  les  classes  sociales.  La  focale  s’est  ainsi  progressivement élargie de la scène professionnelle à l’ensemble des scènes sociales. Cette  attention nouvelle portée aux styles de vie s’est en outre combinée à la prise en compte de  leur inscription et de leur différenciation territoriales (et leurs effets sur la construction  relationnelle  des  classes  sociales  à  travers  les  phénomènes  de  ségrégation  spatiale).  Toutefois, les travaux portant sur les classes sociales (milieux ouvriers, grande bourgeoisie)  tendent à passer sous silence leurs pratiques religieuses. Ce colloque est né de la conviction  que le renouvellement des approches sur les classes sociales peut contribuer à améliorer  notre compréhension des phénomènes religieux tout comme le religieux est susceptible de  constituer une perspective heuristique dans l’analyse de la stratification sociale.
Nous  sollicitons des communications issues de toutes disciplines en sciences sociales, mobilisant  des analyses aussi bien qualitatives que quantitatives, et analysant le religieux sous toutes ses  formes. Nous veillerons à ce que la diversité des terrains religieux et des aires culturelles et  géographiques soit représentée.
Les communications pourront s’articuler autour de l’un des  trois axes suivants :
Axe 1  Légitimation ou subversion : le rôle de la religion dans la reproduction ou le renversement  des inégalités de classe
Les  religions  produisent  des  discours  sur  l’ordre  établi  et  les  structures  sociales.  Elles  fournissent aux croyants des outils d’interprétation du monde, et notamment des inégalités.  Historiquement, elles ont pu être mobilisées pour légitimer ces inégalités (théodicée du  malheur pour les plus démunis ; théodicée du bonheur pour les mieux lotis) ou au contraire  les subvertir (théologie de la libération). Comment les croyants retraduisent‐ils leur position  de classe en termes religieux ? Quel est le rôle du religieux dans les mobilisations sociales ?  La  religion,  comme  représentation  symbolique  de  la  réalité,  peut‐elle  contribuer  à  la  modifier ? On s’interrogera sur la façon dont le couple légitimation/subversion se reconfigure  dans la pratique contemporaine du religieux. À cet égard, la question de l’éducation religieuse  et de l’école comme instance de reproduction des hiérarchies sociales pourra être étudiée.
Axe 2 :  Quels sont les déterminants sociaux du religieux ?  Nous chercherons à savoir si les biens religieux se structurent par milieux sociaux. Max Weber  avait identifié des affinités électives entre la position sociale des individus ou des groupes et  leurs croyances. Les conditions matérielles d’existence continuent‐elles de déterminer les
préférences religieuses ? Dans cette optique, on pourra s’interroger sur la façon dont les  réseaux de sociabilité, liés en grande partie au milieu social et à l’ancrage territorial, viennent  structurer  les  options  religieuses.  Le  thème  de  la  mobilité  sociale  (ascendante  ou  descendante)  pourra  notamment  être  exploré  :  les  changements  de  statut  social  ou  résidentiel peuvent‐ils influer sur les pratiques religieuses ? Le changement d’appartenance  religieuse et l’incorporation de nouvelles normes éthiques peuvent‐ils contribuer à des  trajectoires d’ascension sociale, ou participer au contraire à des formes de déclassement ?  La question de la distinction est aussi centrale et on pourra s’interroger sur le rôle de  l’appartenance religieuse comme marqueur de respectabilité et de prestige social, pour des  individus avantagés ou désavantagés sur le plan matériel.   Les « styles » de congrégation ou de pratique religieuse pourront également être mis en  lumière. Il s’agira de comprendre si les répertoires de prière, les sermons, la liturgie et la mise  en scène religieuse se structurent selon le statut social (Sean McCloud, 2007). Dans la mesure  où la plupart des travaux se concentrent sur la pratique religieuse populaire, on veillera à  visibiliser également les pratiques des classes supérieures.  Enfin, on s’interrogera sur le rôle de l’appartenance de classe dans les reconfigurations  contemporaines du religieux, en particulier sous l’angle du « bricolage » et des compétences  distinctives qu’il mobilise : le « bricolage » religieux est‐il l’apanage des classes supérieures ?  Qui invente de nouvelles façons de vivre le religieux ? Et dans quelle mesure le rapport à  l’altérité,  qui  inspire  aujourd’hui  un  certain  nombre  d’appropriations  personnelles  de  traditions religieuses « exotiques » (Véronique Altglas, 2014), est‐il déterminé par la position  sociale ?
Axe 3  Catégories et luttes de classement
Un dernier axe, de nature plus épistémologique, interrogera l’usage des représentations et  des catégories, et notamment la notion de « religion populaire » (qui avait beaucoup marqué  les débats scientifiques au cours des années 1960‐1970) ou de « religion par le bas » (Guy  Duboscq, Bernard Plongeron & Daniel Robert, 1979 ; Serge Bonnet, 2016). Dans quels  contextes utilise‐t‐on ces notions ? Faut‐il les comprendre en relation avec une religion  bourgeoise, aristocratique, cléricale ou savante dont elles constitueraient le contrepoint ? Les  milieux populaires ont ainsi été accusés de déformer les systèmes de croyances et les  pratiques orthodoxes, de préférer le « merveilleux » et l’« émotionnel » au « rationnel », en  un mot de transformer la religion en superstition ou folklore. Le christianisme rural et  populaire a par exemple longtemps été analysé comme porteur d’éléments « païens » ou  agraires mal assimilés. Par ailleurs, certaines religions, comme le pentecôtisme et dans une  certaine  mesure  l’islam,  sont  principalement  associées  aux  classes  populaires  et  aux  catégories  sociales  dominées.  Ces  représentations  sont‐elles  toujours  vérifiées  empiriquement ? Traduisent‐elles aussi des logiques de classement, fondées par exemple sur
l’opposition implicite entre, d’une part, la maîtrise de soi et la raison revendiquées par les  dominants, et de l’autre, l’émotion et l’enthousiasme des dominés ?  L’enjeu des hiérarchies de classe internes à chaque religion, ainsi que leurs effets sur la  production  du  savoir  religieux  et  la  définition  de  l’orthodoxie,  question  fréquemment  soulevée dans le cas du judaïsme par exemple (Béatrice de Gasquet, 2012), sera aussi à  prendre en compte.  Enfin, la question du « fondamentalisme » (et plus récemment celle de la « radicalisation »),  longtemps décrit comme le fait de classes populaires non éduquées (alors même que les  données empiriques ne vont pas toujours dans ce sens, voir Susan Harding, 1991) pourra être  abordée.
Modalités de soumission :
Les propositions de communication sont à envoyer pour le 10 septembre 2017.    Doivent y figurer les nom et prénom de l’auteur, son institution de rattachement, son adresse  e‐mail, une courte notice biographique, le titre de la communication, l’axe de rattachement  et un résumé d’une page précisant le contenu de la communication et les données mobilisées.    Elles sont à envoyer au format Word ou PDF à Anthony Favier (anthony.favier@live.com),  Yannick Fer (yannick.fer@gsrl.cnrs.fr), Juliette Galonnier (juliette.galonnier@gmail.com), et Ana Perrin‐Heredia (aperrinheredia@gmail.com).    Les auteurs recevront une notification au sujet de leur participation début octobre 2017.

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