Archives de catégorie : Zones géographiques, pays

Abdelaziz Thaâlbi, un intellectuel tunisien en politique

À propos de Abdelaziz Thaâlbi (Tunis, 1876 -Tunis, 1944), un “intellectuel tunisien en politique”

Entretien avec Adel Kadri journaliste et enseignant d’histoire sur la radio tunisienne culturelle, producteur de l’émission “Watha’iq wa haqa’iq”, [Documents et vérités], diffusée sur la radio Tounès Ath-thaqafiyya, [Radio Culturelle], dimanche 27 septembre 2015 : podcast à venir.

Bibliographie évoquée

Ben Achour, Mohamed El Fadhel, Arkan an-nahdha al adabiyya fi tunis, [Les fondements de la renaissance culturelle en Tunisie], Tunis, MTE, 1962.

Sahli, Hamadi,  « Cheikh Abdelaziz Thaâlbi », Al maousu’a at-tunisiyya, [L’Encyclopédie tunisienne], Carthage, Beyt al Hikma, 1990, pp. 21-29.

Ahmed Ben Miled, Mohamed Messaoud Driss, Ash-shaykh ‘abdelaziz Eth-tha’albi wal haraka al wataniyya (1892-1940), [Le cheikh Abdelaziz Thaâlbi et le mouvement national, (1892-1940)] Carthage, Beyt al Hikma, 1991.

Habib Belaïd & Kmar Bendana, « Thaâlbi, un intellectuel en politique », 1993, Watha’iq, n°19, Tunis, ISHMN, 1993, 131p.

Kmar Bendana, 2001, « Les ouvrages de Thaâlbi, entre évidences et mystères de sa biographie », Rawafid n° 5,  2001, Tunis, ISHMN, pp.93-108.

Moncef Dellagi, Abdelaziz Thaâlbi, Naissance du mouvement national tunisien, Tunis, Editions Cartaginoiseries, 2013, 332 p.

 

 

Forthcoming: Borders, Informality, International Trade and Customs

Edited by Thomas Cantens, Robert Ireland & Gaël Rabaland

Informality is, first and foremost, a concept. There are neither “informal” individuals nor “informal” goods. Informal merely says what they are not (formal), not what they are. This nomenclature applied to the social sciences first appeared in the early 1970s to term the activities which escaped economic and statistical measurement. Its analytical usefulness has been recently questioned. When investigated in the field, informality unveils well rooted and organized rationales, which tends to represent it as a reorganization of forms rather than a simple obscure disorder. As such, informality has been focused on by intellectual streams that are theoretically different: neoliberalism recognizes the informal sector and its fluidity as confirmation of a free market without regulation, while the opposite view is more Keynesian – that the informal economy can be dealt with by more state intervention; Marxist approaches suggest that an informal economy obscures capitalist dominance and exploitation of these activities.

The international trade of goods reminds us of a sobering reality. On the one hand, informality has passed into common usage, particularly among Customs and Tax civil servants in emerging and developing countries, the traders themselves, and “international development experts”. On the other hand, in the past couple of decades, international transport, especially air transport, and the opening of Asian economies influenced many developing and emerging country entrepreneurs to gain access to long-distance international trade. This class of retailers who previously waited at home for the arrival of foreign peddlers or who were small cross-border smugglers have become long-distance and major traders. These importers form and lean on local, regional, linguistic networks, parts of which extended outside their nation of origin to set up as intermediaries in Asia, Americas and Europe. Further, at the individual level, formal and informal activities are increasingly overlapping, which weakens categorizations of actors and pleads for a focus on practices. These practices are generally not bureaucratized or standardized, in contrast with those of multinational companies historically implanted in the developing countries since colonial times. This reality limits de facto the ability of the State to regulate this kind of international trade.

Frontières, informel, commerce international et douanes

Dossier spécial coordonné par Thomas Cantens, Robert Ireland & Gaël Rabaland

Le commerce international des marchandises nous rappelle à une réalité spécifique. D’une part, le concept d’informel est d’ores et déjà passé dans l’usage courant, chez les fonctionnaires des administrations douanières et fiscales des pays dits en développement et émergents, les commerçants et les « experts internationaux ». D’autre part, depuis une vingtaine d’années, les transports internationaux, notamment aériens, et l’ouverture économique des pays asiatiques ont permis à une multitude d’entrepreneurs des pays en développement et émergents d’accéder au commerce international de longue distance. Cette classe de commerçants qui auparavant attendaient chez eux des démarcheurs de pays occidentaux ou qui pratiquaient la petite contrebande transfrontalière sont devenus des «grands commerçants» importateurs. Ils forment et s’appuient sur des réseaux locaux, régionaux, linguistiques dont une partie s’est étendue hors de leur pays d’origine pour faire fonction d’intermédiaire en Asie, Amérique et Europe. Par ailleurs, au niveau individuel, les activités formelles et informelles se chevauchent, ce qui affaiblit la pertinence des taxonomies d’acteurs et plaide pour qu’on s’intéresse plutôt aux pratiques. Celles-ci demeurent peu bureaucratisées ou standardisées, en contraste avec celles des entreprises multinationales historiquement implantées dans les pays en développement depuis l’époque coloniale. Les pratiques de ces commerçants au long cours offrent de facto peu de prise à l’État pour réguler ce type de commerce international.

 

Vient de paraitre: Fashion Mix

Fashion Mix_1310 - copieN°1310  avril-juin 2015

Coordinateur: Anne Monjaret, Ethnologue, directrice de recherche au CNRS, IIAC-équipe LAHIC (CNRS-EHESS)

Vient de paraître: Fashion Mix

Modes, codes vestimentaires, et pratiques culturelles

Dossier spécial de la Reve Hommes et Migrations N°1310  avril-juin 2015   Coordinateur: Anne Monjaret

Ce dossier complète la problématique de l’exposition Fashion Mix, qui s’est tenue au Musée de l’histoire de l’immigration jusqu’à fin juin 2015, et fait un état des dernières recherches sur l’influence des migrations sur les manières de se vêtir, de se coiffer, et de traiter son corps dans l’espace. La revue a souhaité croiser le thème de la mode et celui des migrations en brassant les recherches en cours.   L’ouverture internationale explore les relations que la France entretient à travers le vêtement avec des continents comme l’Afrique et identifie des travaux qui seraient utilement transférables en France.

Les études migratoires ont accordé à la mode un traitement encore limité, que ce soit sous l’angle des analyses du secteur économique ou celui plus anthropologique des études sur les pratiques culturelles. Les recherches sur l’histoire de la mode ont peu abordé également la question de la présence des créateurs étrangers et des influences plus générales des migrants sur les courants (type afro style). La connexion entre ces deux domaines scientifiques est un chantier à mener.

De la fripe à la Sape : migrations congolaises et modes vestimentaires

Par Sylvie Ayimpam, université Aix-Marseille et Léon Tsambu, université de Kinshasa 

Article issu du N°1310,  avril-juin 2015 : Fashion Mix

Né au début du XXe siècle entre Kinshasa et Brazzaville, le mouvement de la Sape ou Société des ambianceurs et des personnes élégantes a peu à peu gagné les territoires des diasporas congolaises à Paris ou à Bruxelles. Entre mode et musique, les sapeurs font de leurs luxueux habits le symbole d’une identité en perpétuelle réinvention. Pour assouvir leur quête de vêtements aux griffes prestigieuses, des filières d’approvisionnement informel se sont mises en place entre l’Afrique et l’Europe.

ÉLECTIONS AJEI 2015/2016

Le temps des élections est arrivé ! Nous vous transmettons les déclarations de candidature et les projets détaillés des différents candidats pour l’année à venir. Nous vous invitons à vous rendre sur cette page pour voter : https://fr.surveymonkey.com/r/LBR93GF Les votes ne seront pris en compte que jusqu’au vendredi 2 octobre 2015 à minuit. Nous vous rappelons que seuls les membres à jour de cotisation sont autorisés à voter. C’est pourquoi nous vous encourageons à renouveler votre adhésion aussi rapidement que possible. Nous vous communiquerons … Lire la suite ÉLECTIONS AJEI 2015/2016

Des patients, des praticiens et des murs : Penser le bien-être à l’hôpital en Inde et ailleurs

Mardi 29 septembre 2015, à partir de 9h15 Dans le cadre de l’atelier Idéologies et pratiques du « bien-être » Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud (CEIAS) – EHESS, Paris Organisation Clémence Jullien, Bertrand Lefebvre, Fabien Provost Présentation de la journée d’étude Dans le cadre de l’Atelier Idéologies et pratiques du « bien-être » coordonné par C. Guenzi, L. Pordié et R. Voix (CEIAS-EHESS), cette journée d’étude veut s’intéresser à l’hôpital en Inde, un lieu de soins de plus en plus … Lire la suite Des patients, des praticiens et des murs : Penser le bien-être à l’hôpital en Inde et ailleurs

Publication – The 2015 Sudanese General Elections: Political readjustment and authoritarian reinforcement, By Soliman Chaouche (Paris 1 Pantheon-Sorbonne University)

Last April, Sudanese people have been called to the polls for the 2015 general elections. It represented a significant challenge, given the fact that this ballot was the first in Sudan since the secession of South Sudan in 2011.

Despite a call for boycott by the main opposition parties, Omar El Bechir, in power since 1989, has decided to maintain the vote. This choice was all the more surprising at a moment where the government was facing many issues: a major economic crisis, more violent opposition movements in peripheral regions, infightings within the ruling party…

Soliman Chaouche’s fieldwork was carried out during the two-month campaign before the elections. His paper is based on the final electoral results and on the analysis of the Sudanese political system. It argues that these elections have led to the weakening of the main opposition parties and to the consolidation of the current regime. Indeed, far from the path to democracy, this ballot has been, paradoxically a strengthening tool for El Bechir.

Soliman Chaouche’s paper in French: http://www.lam.sciencespobordeaux.fr/sites/lam/files/note10_observatoire.pdf

This paper is the result of a collaboration between the CEDEJ Khartoum, the CFEE, the Multiannual Observatory of Political and Security issues and the Regional Council of Aquitaine.

The Multiannual Observatory of Political and Security Issues is a research program dedicated to the historical perspective of political developments. It is co-financed by the Directorate General for International Relations and Strategy (DGRIS, http : //www.defense.gouv.fr/das/la-dgris ) and by Africas in the World (LAM, UMR-CNRS 5115) at Sciences Po Bordeaux (http://www.sciencespobordeaux.fr/fr/index .html).

Les soudanais se sont récemment rendus aux urnes à l’occasion des élections générales de 2015, conformément au calendrier électoral mais dans un contexte inédit puisqu’il s’agissait des premières élections depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011. Malgré l’appel de la grande majorité des parts d’opposition à repousser le scrutin, le régime d’Omar El Béchir au pouvoir depuis 1989 a décidé de maintenir le vote. Une décision d’autant plus surprenante qu’elle s’inscrit dans un contexte particulièrement difficile pour le régime en place (crise économique majeure, opposition armée dans les régions périphériques et luttes internes au sein du parti au pouvoir).

Revenant sur les deux mois de campagne ayant précédé le scrutin, les résultats électoraux, mais aussi le fonctionnement du régime politique soudanais, cette Note revient sur les mécanismes par lesquels ces élections ont conduit à l’affaiblissement des principaux partis d’opposition et au renforcement du pouvoir en place. En effet, bien loin d’avoir mis le Soudan sur la voie de la « démocratisation », ce scrutin s’est davantage révélé un formidable outil de renforcement du régime autoritaire en place.

La note de Soliman Chaouche : http://www.lam.sciencespobordeaux.fr/sites/lam/files/note10_observatoire.pdf

Cette note est le fruit d’une collaboration entre le CEDEJ Khartoum, le CFEE, l’Observatoire pluriannuel des enjeux politiques et sécuritaires dans la Corne de l’Afrique et le Conseil régional de l’Aquitaine.

L’Observatoire pluriannuel des enjeux politiques et sécuritaires dans la Corne de l’Afrique est financé par la Direction Générale des Relations Internationales et de la Stratégie (DGRIS) et par le Laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM, UMR CNRS 5115) de Sciences Po Bordeaux (http://www.sciencespobordeaux.fr/fr/index.html).

 

 

Le fil historiographique

Introduction de l’ouvrage Histoire et culture dans la Tunisie contemporaine, Tunis, Université de La Manouba, 2015, 158 p.  (II)

 Le recueil des neuf textes édités dans cet ouvrage commence par le discours d’habilitation à diriger des recherches, prononcé en juin 2002. Le texte « Un terrain d’histoire culturelle : la Tunisie » qui en est issu traduit l’effort intrinsèque à l’exercice de l’habilitation : celui de définir un champ de recherche et d’intérêt. Le délimiter comme : Histoire culturelle et histoire des intellectuels en Tunisie aux XIXe et XXe siècles, m’a aidée à sauter de plain-pied dans le biais historiographique. A partir des questions classiques de périodisation et de sources, j’ai commencé à tourner autour des pistes qui peuvent clarifier les conditions matérielles et intellectuelles de l’écriture de l’histoire contemporaine de la Tunisie, certains des lieux dans lesquels elle est formulée (les revues, les manuels, le bilinguisme…) et les profils intellectuels qui l’accompagnent, à une époque où l’engagement nationaliste devient une donne structurante.

Il me reste à aller plus loin, notamment dans le sillon historiographique….pour comprendre le processus de construction de la Tunisie comme entité historique et nationale.

A la suite de ce texte programmatique, l’article « De l’intérieur d’un lointain : l’histoire contemporaine de la Tunisie » est né à l’occasion d’un débat autour des « orientalismes » et des « aires culturelles » en vogue dans les années 2000. Le colloque Savoirs du lointain, fruit d’une coopération entre l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et l’Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain (IRMC), m’a permis de faire le point sur les outils méthodologiques et les références disciplinaires des études et de l’enseignement historiques en Tunisie.

Comme toute culture, la Tunisienne est hantée par un besoin de passé dont l’usage est intéressant à étudier et le cadre national constitue un lieu propice pour saisir des liens éloquents entre histoire culturelle et histoire des intellectuels en Tunisie.

L’article « Relire les biographies de Bourguiba : Vie d’un homme ou naissance d’une nation ? » a consisté à appliquer le « deuxième degré » historiographique à une histoire qui semblait à première vue saturée d’études. L’histoire tunisienne, notamment académique n’est pas riche en biographies et celle de Bourguiba, apparemment bien servie, a ses silences. Le point de vue historiographique m’a permis de mettre en évidence le lien entre le récit national que Bourguiba faisait écrire, les biographies écrites sur lui et le poids du contexte général sur l’exercice d’une discipline que l’on sait, partout, influencée par le politique.

Au-delà des plus célèbres modèles du genre, il est bon de lire cette somme comme un indicateur des limites et enjeux de l’écriture historique sous le ciel de la Tunisie bourguibienne. On peut aussi apprécier ces récits de vie comme ayant été une façon de conjurer l’absence de liberté, ou encore d’écrire « l’histoire du temps présent ». En soupesant la captation, par les biographes, de la narration faite par Bourguiba de sa propre vie, on peut considérer ces histoires non « autorisées » comme des incursions masquées, des audaces calculées, des projets qui contournent l’écrou imposé par l’histoire officielle et « l’auto-mythification » bourguibienne.

Cette étape allait m’orienter vers le genre des manuels dans l’intervalle colonial, période d’incubation des bases de l’Etat-nation, des organes construits pour sa défense et des moyens de sa formulation intellectuelle, notamment entre histoire et géographie. Dans « Écrire, enseigner l’histoire de la Tunisie : séquence coloniale et circulation des savoirs », j’ai dégagé les phases de l’élaboration d’un modèle de pédagogie du savoir historique autour de la nation. A côté des manuels en langue arabe, la séquence coloniale voit le bilinguisme français-arabe s’imposer sur la scène culturelle et politique. Ce trait de l’histoire contemporaine de la Tunisie va certes vivre l’oscillation inverse après l’indépendance, mais le bilinguisme marque le champ intellectuel, médiatique et politique tunisien, en passant par la littérature historienne, tout au long du XXème siècle.

En même temps que l’histoire savante continue à se penser dans un large cadre arabe et musulman, l’histoire telle qu’elle est formulée par les pédagogues et enseignée dans les classes primaires et secondaires de l’enseignement musulman développe cette conception nouvelle et cultive l’amour d’une patrie tunisienne, État-nation aux frontières linéaires précisément tracées.

L’article « Revues et générations en Tunisie au XXème siècle : Transitions et ruptures » est construit autour de la revue, source décalée et espace interactif qui  permet de saisir les connexions profondes entre culture et politique. L’écriture de l’histoire, celle de l’action ou des idées, s’inscrit elle aussi dans la longue durée des hommes, des institutions et des dispositifs concrets qui les portent. Les revues constituent des caisses de résonance et des goutte-à-goutte nourriciers des différentes catégories intellectuelles. Depuis la fin du XIXème siècle, les revues, en arabe et en français, témoignent des liens qui existent entre les modes d’expression et d’intervention, et qui évoluent en fonction des générations.

Le milieu tunisien des revues apparaît comme un espace de rencontre éloigné des contingences immédiates, un lieu souterrain de respiration de la vie intellectuelle. C’est dans ces institutions que se construisent les différents groupes intellectuels, qu’ils s’expriment et s’articulent entre eux, qu’ils se livrent aussi à une course à la notoriété.

A l’entrée par les revues, s’ajoute une autre clé d’analyse importante, celles des générations. A condition de sortir la notion de son sens purement démographique, on peut déceler à travers la « génération » les continuités et discontinuités qui régissent l’histoire intellectuelle et politique de la Tunisie contemporaine. La clé générationnelle libère, entre autres, de la prégnance de la fracture coloniale/post –coloniale :  en liant les segments pré et post –indépendance, on peut doser les effets de l’alliage qui caractérise, à chaque moment, les articulations entre mémoire généalogique, contexte politique et métabolisation intellectuelle. La césure zaytounien /sadikien a opéré suffisamment longtemps pour être, aujourd’hui, enfouie dans l’écriture historienne. Elle constitue un des nœuds qui structurent le discours politique et historique, un nœud solidifié à travers le bilinguisme qui marque les générations intellectuelles tunisiennes du XXème siècle.

Entre les projets éducatifs et de société formulés dans les tribunes, s’est déroulée en arrière-plan une « querelle des Anciens et des Modernes », englobée par des événements politiques qui ont occupé  le devant de la scène et les esprits.

Etre historien en Tunisie

En avançant vers une histoire sociale et culturelle des historiens, j’ai rencontré l’exemple de M’hamed Belkhûja, un historien érudit et fonctionnaire de l’administration du protectorat, connaissant l’arabe et le français : « M’hamed Belkhûja (Tunis, 1869-1943). Un historien en situation coloniale ». Entre chroniqueur et journaliste, M’hamed Belkhûja a largement contribué à deux périodiques : al-ruznama at-tounisiyya (almanach) et la revue Al majalla az-zaytouniyya (rubrique : histoire). Tombé dans l’oubli et accusé de collaboration avec le pouvoir colonial, cet historien signe un mélange entre deux traditions académiques qui se chevauchent en son temps et à travers lui. Son cas témoigne de passerelles entre deux magistères intellectuels et politiques, moins étanches qu’il n’y paraît.

Bien que l’on puisse considérer qu’il a joué un rôle important dans la constitution du métier d’historien en Tunisie, Belkhûja fait partie d’une génération de Tunisiens qui n’a pas eu accès à une formation universitaire sanctionnée par un diplôme…À [sa] mort, en l’absence de normes fixées et de codes partagés, les historiens tunisiens ne constituent pas encore une communauté homogène. Ils partagent un goût pour l’étude du passé et une curiosité pour les chroniques anciennes qui prolongent une tradition depuis longtemps ancrée chez les lettrés tunisiens, mais leurs travaux ne répondent pas aux critères de scientificité exigés par un monde académique international que représentent encore exclusivement les pays occidentaux.

La profession d’historien bricolée au cours de la période coloniale se structure avec et au sein des institutions de la Tunisie indépendante, à commencer par l’université nationale née en 1960. Deux articles « Profession historien en Tunisie : l’histoire contemporaine, entre institutions et recherche » et « L’entrée de l’histoire du mouvement national tunisien à l’université » sont consacrés aux facettes de ce qui est devenu un métier dans la période post -indépendance. Mon expérience, celle d’une diplômée en histoire, engagée comme chercheur dans une institution destinée à faire « l’histoire du mouvement national » est au centre de cet essai d’introspection professionnelle. En considérant sur la durée centres de documentation et d’archives, ouvrages et périodiques, on voit comment se construit un dispositif de connaissance qui vise à mettre les bases d’une culture historique officielle, servie par des formations en histoire et ses disciplines « auxiliaires ». Comme il m’a été donné de travailler au sein d’une institution publique –aujourd’hui intégrée au panorama universitaire- j’ai assisté à travers les colloques du Programme National de Recherche sur l’Histoire du Mouvement National des années 1980 à l’entrée en scène du témoin, interrogé et donc reconnu par l’historien. La démarche a été ensuite systématisée par une institution privée (CEROMDI puis FTERSI), dirigée par Abdejellil Temimi, un universitaire qui a investi l’exercice du témoignage en invitant le personnel politique, des militants et toutes sortes d’acteurs de la scène politique, économique ou culturelle de l’histoire récente à délivrer et enregistrer leurs mémoires et souvenirs.

La proximité du témoin et de l’historien, intégrée par l’étude du « mouvement national » agit comme un facteur qui stimule l’activité scientifique : cette commodité de l’histoire contemporaine infuse les colloques, traverse les publications et influence les thèses d’une façon qui contribue, à son tour, à renflouer la promotion de la mémoire. Les discours convergent vers l’exhumation d’une mémoire, notamment du côté politique, après une longue période de silence des acteurs dont certains ont exercé des fonctions officielles alors que d’autres, quoique éloignés des feux de la rampe, ont des témoignages importants à transmettre.

Le fil historiographique que j’ai essayé de reconstitué rejoint l’ensemble de l’histoire des sciences humaines et sociales en Tunisie. D’où l’idée d’ajouter en guise de postface à ce recueil d’articles les réponses à un questionnaire « Les connaissances humanistes aujourd’hui », conduit et publié en 2011 par Mirella Cassarino, une collègue de l’Université de Catane. Cet entretien me semble résumer les grandes lignes d’une histoire encore à faire. Pour que la lecture historiographique s’élargisse au-delà de la compréhension de la logique et des procédures du métier d’historien en Tunisie, il est nécessaire de creuser l’histoire des autres sciences humaines et sociales appliquées à la Tunisie, du point de vue de leurs contenus, de leurs institutions et de leurs apports à la culture, à l’histoire du savoir et à la connaissance actuelle de la Tunisie contemporaine.

Hammam-Lif, le 1er octobre 2014.

SOMMAIRE

Introduction : Rassembler, rééditer, redonner à lire

Un terrain d’histoire culturelle : la Tunisie, Correspondances n° 71, Tunis, IRMC,Tunis juillet-août 2002,                                                                                              pp.3-9.
De l’intérieur d’un lointain : l’histoire contemporaine de la Tunisie, Savoirs du
lointain et sciences sociales
, Paris, Bouchène, 2004,          pp. 17-25.
Relire les biographies de Bourguiba. Vie d’un homme ou naissance d’une nation ?, Alfa, Biographies et récits de vie, Tunis, IRMC, 2005,                   pp. 107-118.
Écrire, enseigner l’histoire de la Tunisie : séquence coloniale et circulation des
savoirs, De l’Atlas à l’Orient musulman, Contributions en hommage à Daniel Rivet, Paris, Karthala, 2010,                                                                             pp. 141-153.
Revues et générations en Tunisie au XXème siècle : Transitions et ruptures, Générations engagées et mouvements nationaux : le XXème siècle au Maghreb, Aïssa Kadri & Ouarda
Siari Tangour (dir), CRASC, Oran, sept 2012,                             pp.183-205.
M’hamed Belkhûja (Tunis, 1869-1943). Un historien en situation coloniale, Revue
d’Histoire des Sciences Humaines
,
 Paris, 2011, n°24,             pp. 17-34.
Profession historien en Tunisie : l’histoire contemporaine, entre institutions et
recherche, Études sur l’État, la culture et la société dans l’espace arabo-musulman.
Mélanges offerts au Professeur Abdejellil Temim
i
,

Tunis, CERES, 2013, Tome II,                                                      pp.197-223.
L’entrée de l’histoire du mouvement national tunisien à l’université,Penser le national au Maghreb et ailleurs,Fatma Ben Slimane et Hichem Abdessamad (dir), Tunis, Arabesques éditions/Laboratoire Diraset, 2012,                                        pp. 265-280.
Les connaissances humanistes aujourd’hui. Réponses au Questionnaire, Le forme et le
storia
, n° IV, Catane, 2011,                                                       pp. 397-404.

BILAN DES ATELIERS AJEI 2015

Le bilan des 17èmes ateliers de l’AJEI portant sur “Le Genre : politique, travail, droit, développement” et organisés à Varanasi du 9 au 12 mars 2015 sont en ligne. L’ AJEI  souhaite vivement remercier les deux organisateurs, Adrien Bouzard et Fabien Provost ; ainsi que nos partenaires, le département d’histoire de la faculté de sciences sociales à la Banaras Hindu University ; le Centre de Sciences Sociales et Humaines à New Delhi ; l’Institut Français de Pondicherry ; l’Institut Français  et l’Ambassade de France … Lire la suite BILAN DES ATELIERS AJEI 2015

Rassembler, rééditer, redonner à lire

Introduction à Histoire et culture dans la Tunisie contemporaine, Tunis, Université de La Manouba, 2015, 158 p.  (I)

Les neuf textes (huit articles et un entretien) qui forment ce volume ont été publiés dans des revues ou ouvrages collectifs, au cours de la décennie 2002-2012. Sont-ils lus ? Je me suis toujours posé la question et n’en ai aucune idée jusqu’à ce jour. La principale raison qui m’a poussée à les éditer en recueil est qu’ils répondent à des considérations historiographiques, qui sont ici une clé d’entrée dans l’histoire de la Tunisie contemporaine. Les circonstances dans lesquelles j’ai eu à prononcer les interventions orales à l’origine de ces textes sont diverses. Après les avoir partagées avec les commanditaires et les auditoires des rencontres (versions intermédiaires puis forme écrite livrée à la publication), je vois ces textes sinon comme un ensemble parfaitement homogène, du moins comme les traces d’une quête qui m’a occupée pendant une dizaine d’années.

Entre oral et écrit

En relisant ces articles pour l’édition, il m’est difficile de percevoir une autre continuité que celle des occasions collectives de réfléchir et de débattre à partir de mes centres d’intérêt, dans le cadre offert par les colloques et séminaires. Le souvenir et l’apport de manifestations qui m’ont motivée pour écrire se sont évaporés avec le temps. Dépassés dès qu’ils sont couchés sur papier, les écrits s’éteignent petit à petit, entrent dans l’oubli pour permettre à l’auteur de passer à autre chose. L’excitation de répondre à la sollicitation suivante efface la précédente. Les versions évoluent entre l’inspiration de la commande, l’accueil fait à la communication orale puis la mise par écrit : triangle ordinaire où la stimulation de s’adresser à un auditoire spécialisé refroidit avec le temps. Sans compter qu’on ne sait pas qui va lire, la vie du livre étant assez morne en général et celle du livre académique encore plus terne. Entre la fièvre de la prestation orale et le doute sur l’utilité de prolonger le moment parlé par une trace écrite, il arrive qu’on renonce à l’effort de la rédaction. Scepticisme envers l’impact de l’écrit ou paresse face à la difficulté ? Le manque d’occasions de débattre renforce ces travers et si l’université est une île relativement protégée, elle reste régie par des cloisons et un manque de vitalité critique, peu de curiosité transversale l’anime et l’académisme est mû surtout par l’avancement administratif.

Quand on passe outre le doute décourageant, il faut réactiver la présence des arguments, polir les hypothèses sans le dard des questions et la provocation des critiques. Difficile de remplir le soliloque de l’écriture, dans la surdité aux hésitations et flottements qui accompagnent la recherche. Les commandes insistantes m’ont amenée cependant à transposer des dizaines d’interventions orales en textes que je réédite ici pour souligner les pointillés qu’ils tracent, pour ranimer leur faible visibilité, pour tenter de relancer leur effet en espérant d’autres lecteurs et des réactions.

Je dois avertir que cette réédition ne revient pas sur les versions ; je n’ai pas entrepris de mettre à jour les références ni de reprendre les bibliographies. Même si je m’aperçois à la relecture qu’on ne pense jamais seul et qu’on écrit, sans le savoir, pour soi et pour les autres, je n’ai pas tenté de compléter ce qui manque et qui ne peut qu’augmenter, à mesure que les années passent. La volatilisation des idées est inévitable, et si on n’est pas capable d’écrire dans la foulée de la prestation orale, on doit accepter que la latence entraîne des répétitions et parfois des retours en arrière. Chaque intervention dans une conférence, un séminaire ou un colloque nécessite de plonger en profondeur, de reprendre des segments de raisonnements, parfois jusqu’à des passages entiers, difficiles à synthétiser. Les redites se distribuent en chevilles de discours, qu’on renonce à supprimer, pour que chaque article conserve son autonomie de sens. Le lecteur doit se préparer aux désagréments de l’enfilade des textes proposés dans ce recueil.

En dépit de ces inconvénients, d’avoir planifié cette réédition me permet de mesurer les effets de cette volatilité et de la comprendre suffisamment pour en avertir le lecteur.

Un échantillon

Ces textes parus sur un intervalle de dix ans constituent un échantillon qui peut aider à comprendre l’évolution de la discipline historique dans l’université tunisienne. Non pas qu’il n’y ait pas d’autres études, ni assez de connaissances, mais j’ai le sentiment (et sentiment n’est pas toujours raison) que l’assemblage de ces articles renseigne sur deux niveaux de la production historienne, sa visibilité et le chemin que j’ai pris pour y entrer.

Il est difficile de quantifier l’accumulation des travaux historiens sur la Tunisie contemporaine et ce manque de visibilité a plus d’un inconvénient pour tout arrivant dans le domaine, chercheur, journaliste ou curieux. Du côté de la discipline historique -cela reste à vérifier dans d’autres sciences humaines et sociales-, le travail scientifique sur la Tunisie est soumis à une logique de production, de diffusion et d’exploitation axée sur le court terme et la commande immédiate. Phénomène naturel qui appelle à dégager des moments dans l’accumulation puis à mettre en relation la production universitaire, elle-même variée et divisée, avec celle qui est fabriquée dans d’autres sphères, médiatique, politique, littéraire et artistique, productrices de culture historique. Pour mettre en perspective la production académique en matière d’histoire, il faut remonter aux cadres institutionnels, juridiques et matériels qui la déterminent. A travers cette réédition, j’espère donner à lire un échantillon dans un agencement qui permet d’apprécier les conditions d’écriture d’une production académique limitée à l’histoire contemporaine de la Tunisie.

Je me suis longtemps exercée à décrypter l’historiographie académique, selon la disponibilité des travaux.  Entre enseignement et recherche, les lectures m’ont fait découvrir des barrières et des grilles pas toujours lisibles. Ce qui a attiré mon attention sur la manière et les canaux à travers lesquels le savoir historique circule entre le monde académique et les sphères politique, médiatique et sociale. C’est une banalité mais il m’a fallu le temps de la tâter. La posture historiographique s’est imposée comme un palier de déchiffrement nécessaire pour comprendre les ressorts de la discipline et ses liens avec le contexte où elle se déploie. J’ai emprunté cette lecture de « second degré » en grande partie à cause du sentiment que cette production repose sur des non dits (je m’étonne encore de la difficulté à adopter la locution « Tunisie coloniale » et encore plus celle de « Tunisie colonisée »), et souvent pour répondre à de personnes (étudiants débutants ou en dehors du monde universitaire) curieuses de lier les acquis du savoir historique avec les conditions de son écriture. J’ai mis un certain temps à inclure l’histoire politique de la Tunisie contemporaine dans une histoire culturelle, le cadre académique étant peu familier avec la démarche et ses implications réflexives et collectives. Mon parcours professionnel inscrit au sein d’une institution vouée à une part de cette histoire contemporaine (« histoire du mouvement national ») a été le terrain obligé d’une posture réflexive sur les tenants et les formes prises par une production universitaire où j’étais partie prenante…et observante.

SOMMAIRE

Introduction : Rassembler, rééditer, redonner à lire

Un terrain d’histoire culturelle : la Tunisie, Correspondances n° 71, Tunis, IRMC,Tunis juillet-août 2002,                                                                                                     pp.3-9.
De l’intérieur d’un lointain : l’histoire contemporaine de la Tunisie, Savoirs du
lointain et sciences sociales
, Paris, Bouchène, 2004,                 pp. 17-25.
Relire les biographies de Bourguiba. Vie d’un homme ou naissance d’une nation ?, Alfa, Biographies et récits de vie, Tunis, IRMC, 2005,                          pp. 107-118.
Écrire, enseigner l’histoire de la Tunisie : séquence coloniale et circulation des
savoirs, De l’Atlas à l’Orient musulman, Contributions en hommage à Daniel Rivet, Paris, Karthala, 2010,                                                                                  pp. 141-153.
Revues et générations en Tunisie au XXème siècle : Transitions et ruptures, Générations engagées et mouvements nationaux : le XXème siècle au Maghreb, Aïssa Kadri & Ouarda
Siari Tangour (dir), CRASC, Oran, sept 2012,                              pp.183-205.
M’hamed Belkhûja (Tunis, 1869-1943). Un historien en situation coloniale, Revue
d’Histoire des Sciences Humaines
,
 Paris, 2011, n°24,              pp. 17-34.
Profession historien en Tunisie : l’histoire contemporaine, entre institutions et
recherche, Études sur l’État, la culture et la société dans l’espace arabo-musulman.
Mélanges offerts au Professeur Abdejellil Temim
i
, Tunis, CERES, 2013, Tome II, pp.197 -223.
L’entrée de l’histoire du mouvement national tunisien à l’université, Penser le national au Maghreb et ailleurs, Fatma Ben Slimane et Hichem Abdessamad (dir), Tunis, Arabesques éditions/Laboratoire Diraset, 2012,                                                        pp. 265-280.
Les connaissances humanistes aujourd’hui. Réponses au Questionnaire, Le forme et le
storia
, n° IV, Catane, 2011,                                                                       pp. 397-404.

Article – Khartoum, A changing capital, By Alice Franck and Claude Iverné

Khartoum’s current situation is special. After experiencing a decade of rapid changes due to the entry of Sudan in the circle of oil producing countries, the Sudanese capital – just like the rest of the country, although to a lesser extent – has been facing a strong economic recession since the independence of South Sudan in 2011 and the loss of the most part of its oil income. The economic malaise (rampant inflation, devaluation…) is palpable when you engage in a conversation with Khartoum people.

But strangely enough, this did not impact the urban landscape yet, and new buildings are still rising at a rapid pace.

This article goes back on the decade 2000-2010 during which there was an economic growth, and land and property sectors were the main outlet for the petrodollars. This period was also characterized by the historical peace agreement between the North and the South that has lead to the partition of the country. This partition has also contributed to the in-depth transformation of the capital, in particular with regard to the demographic situation.

In this article, Claude Iverné, photographer specialized in Sudan, shares some of his pictures.

Those pictures are the starting point of this analysis on the transformations of Khartoum, such as the new projects on the Nile, the apparition of towers in Khartoum, the renovation of the city center, as well as the transformation of the internally displaced persons camps.

Alice Franck & Claude Iverné, « Khartoum, capitale en mutation », La Vie des idées, 29 décembre 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Khartoum-capitale-en-mutation.html

Here is the link to the article (in French)