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Vient (enfin) de paraître: Local Governments and Public Goods: Assessing Decentralization in the Arab World

1443012623-BookCoverPic-EnLe LCPS publie après un long processus éditorial cet ouvrage, dirigé par Mona Harb et Sami Atallah. Les textes, préparés en 2013, sont en anglais et en français, et accessibles en ligne. Une version arabe existe par ailleurs.

Un jalon utile dans la réflexion et l’accumulation de la connaissance, mais un état des lieux sans doute en partie déjà dépassé par la violence qui déchire la région, tandis que les politiques publiques courent après sans logique.

Decentralization, democratization, and the role of regional and local governments in delivering services are key issues to development across the Arab world. While the tools and processes by which decentralization is carried out vary, the stated goals of these efforts are to create a more democratic system of governance and more effective urban management.
Countries across the Arab world have been engaged in a range of decentralization efforts. This book documents and assesses past and current decentralization policies and initiatives in five Arab states. Country-specific case studies are authored by Ali Bouabid and Aziz Iraki for Morocco, Sami Yassine Turki and Eric Verdeil for Tunisia, Myriam Ababsa for Jordan, Omar Abdulaziz Hallaj for Yemen, and Mona Harb and Sami Atallah for Lebanon.
The common analytical framework is structured along three components: The rules and politics of decentralization, the legislation and practice of service delivery, and the fiscal structures of decentralization. Through the examination of service delivery cases, we identify, document, and understand instances of power struggles at the regional and local levels, and features that explain their varying successes and failures.

Table des matières

Introduction: A New Framework for Assessing Decentralization in the Arab World, Mona Harb and Sami Atallah
Chapter 1 Tunisie: La Constitution (du Printemps) Ouvre le Débat sur la Décentralisation, Sami Yassine Turki et Eric Verdeil
Chapter 2 Maroc: Tensions Centralisatrices, Ali Bouabid et Aziz Iraki
Chapter 3: Yemen: Between Tides of Unity and Tribal Approval, Omar Abdulaziz Hallaj
Chapter 4: Jordanie: la Décentralisation par Décision Centralisée et la Démocratie par Volonté Royale, Myriam Ababsa
Chapter 5: Lebanon: A Fragmented and Incomplete Decentralization, Mona Harb and Sami Atallah
Synthesis: An Assessment of Decentralization and Service Delivery in the Arab World,
Mona Harb and Sami Atallah

La version PDF de l’ouvrage est accessible en ligne.

Citer ce billet ainsi: Eric Verdeil, "Vient (enfin) de paraître: Local Governments and Public Goods: Assessing Decentralization in the Arab World," Rumor, 2 octobre 2015, http://rumor.hypotheses.org/3800.

Nouveaux horizons

2015-09-29 14.55.49A compter d’aujourd’hui, je suis rattaché au LATTS, Laboratoire Techniques Territoires Sociétés, à l’Ecole des Ponts et Chaussées à Marne-la-Vallée, dans la Cité Descartes que j’ai fréquentée il y a une vingtaine d’années, lors de mes études à l’Institut français d’urbanisme, lequel est aujourd’hui intégré dans l’Ecole d’urbanisme de Paris, qui se situe dans le même bâtiment montré ici en photo, exactement au bout de mon couloir. Presqu’un retour aux sources donc, même si tout a changé.

Les douze ans passés à Lyon au sein d’Environnement Ville Société restent un excellent souvenir. Les conversations et les collaborations nouées là bas se poursuivent. Et très prochainement (sous réserve de l’approbation du jury) j’aurai le plaisir d’y soutenir mon habilitation à diriger des recherches, qui d’une certaine manière clôt un cycle. Cela aura lieu le 23 novembre, Salle Caillemer (locaux de l’Université Jean Moulin Lyon 3). Le titre donné au mémoire de synthèse est Ecologie politique des énergies urbaines. Villes sud-méditerranéennes en tension.

Les habitués de ce carnet reconnaîtront derrière ce titre des thématiques fréquemment abordées ici. Je posterai d’ailleurs sans doute prochainement quelques extraits, de même que mon dernier billet sur l’observatoire urbain de Beyrouth est tiré de mon volume de Parcours. Pour l’instant, je n’ai pas vraiment prévu de modifier mon usage de ce carnet, même si vous aurez peut être remarqué que j’ai peu écrit cette année. Impossible de concilier une écriture au long cours comme celle de l’HDR (qui elle même est déjà largement un remix de choses déjà écrites) et des billets en parallèle, à quelques éphémérides près. On verra ce qu’il en est. Pour commencer, plusieurs ouvrages qui m’ont été adressés et que je commence seulement à avoir le temps de lire, feront l’objet de petits comptes-rendus. Et à signaler, la traduction sur Métropolitiques d’un compte-rendu sur les métropoles XXL paru en 2012.CGS_Electricity_Waste_01OCT15_thumb

En attendant, je pars au Koweit avec mon collègue Taoufik Souami, également au LATTS, pour participer au GreenDay organisé par l’Institut français sur place pour préparer la COP 21. J’y rencontrerai plusieurs chercheurs pour envisager des partenariats. J’en profiterai, le 7 octobre, pour donner une conférence From Electricity to Waste : Infrastructure Crisis and Urban Protest in Lebanon à l’American University of Kuwait, à l’invitation de Farah al-Nakib.

Du livre scientifique comme business et du scientifique comme vache-à-lait

Le 21 septembre dernier, je reçois l’email suivant:

natural gasDear Dr. Verdeil,

I hope to find you well.

I would like to inform you that, based on your publishing history, you are invited to contribute a chapter to a new book project under the working title “Natural Gas“. This book will be published by InTech Open Access publisher, under the editorship of Dr. Santosh Mohanty.

The book will be an Open Access publication made available through InTech’s reading platform and indexed in scientific databases.

To learn more about the project (suggested topics, deadlines and the publishing process) and to register your participation, please visit:

http://www.intechopen.com/welcome/59aa0ea04bb77187f8c60aba85642f4c/eric.verdeil@normalesup.org

Please notice that an Article Processing Charge of 670 euro will be applied to cover the Open Access publishing process expenses.

We hope that you will be able to join this project and I will be happy to help with any questions you might have.

Cordially,

Edi Lipovic
Publishing Process Manager

Je regarde: voici les indications

About the book

This book will be a self-contained collection of scholarly papers targeting an audience of practicing researchers, academics, PhD students and other scientists.

The contents of the book will be written by multiple authors and edited by experts in the field.

Topics

The authors are given the liberty of choosing a topic which best suits their current research efforts. In other words, we do not limit you in terms of the topic but encourage you to present your work. Later, when all chapter proposals are collected, the editor will give a more general direction of the book and decide on its scope.

Types of papers

We accept theoretical and applied scientific papers which can be presented as original research papers and review papers. The required length of the full chapters is 16-26 pages.

On le voit, aucun propos scientifique, le “scientific editor” n’a strictement rien à voir avec mon champ scientifique. Mais j’ai publié récemment un article sur le développement urbain et les réseaux de gaz naturel dans trois villes du sud de la Méditerranée, et un rabot a du ainsi m’identifier. Et en plus il faudrait réagir très vite, un résumé pour le 12 octobre!

Je ne répond même pas. Mais voilà que ce matin, relance:

[CFP] Followup: Natural Gas

Dear Dr. Verdeil,

I would like to remind you that you have been invited to contribute a chapter to a new book project under the working title “Natural Gas“.

Ma réponse:

“Dear Sir

I don’t pay for being published in a book that seems to have to other rationale than making authors pay and fill the pocket of the publishers (and the editors?).

This is not science, this is just fraud.”

Il me répond:

Dear Dr. Verdeil,

I am sorry to hear that you feel that way.

Nevertheless thank you for your reply.

I wish you luck in your future career.

Deux auteurs sont censés avoir déjà annoncé leur intention de contribuer: un Colombien et un Iranien. Peut être leurs crédits de recherche sont ils abondants?

Il y a quelques semaines, via Twitter, un universitaire anglais ou américain racontait qu’il avait ainsi été sollicité par un éditeur inconnu de lui pour proposer un livre sur n’importe quel sujet. Le job de cet interlocuteur consistait à faire publier un nombre élevé de livres y compris les plus improbables, étant certain que dans le lot il s’en vendrait assez pour rentabiliser le coût d’impression… Si quelqu’un retrouve la référence, je serai ravi de la rajouter.

L’édition “universitaire” devient folle. On ne s’étonne plus que dans l’opinion des hommes et des femmes politiques, l’université ne sert à rien. En tout cas, vaut-elle ce qu’elle coûte dans ce genre de cas? Pourtant c’est peut être bon pour la croissance, celle de la Croatie dans ce cas, à moins que les bénéfices soient exfiltrés au Liechtenstein.

A côté de cela, je vois paraître un livre qui a l’air très intéressant chez Routledge (The Routledge Handbook of the History of the Middle East Mandates), mais il est vendu 225$! Vivement que les auteurs mettent leurs papiers en archives ouvertes. Mais au fond, a-t-on encore besoin des éditeurs dans ces cas là? C’est juste du racket.

L’observatoire urbain de Beyrouth : un outil scientifique en question

La vidéo de la table ronde de l’IMA le 5 juin 2015, annoncée dans le dernier billet,  est désormais en ligne. Je profite de la rentrée tardive de ce carnet pour proposer aux lecteurs quelques éléments de mon HDR, enfin terminée, où je reviens sur l’histoire de l’observatoire de Beyrouth. L’analyse pourra de ce fait paraître centrée sur ma personne : c’est un effet de syle lié à l’exercice de l’égo-histoire (ou égo-géographie), et il faut donc relativiser ce biais.

La table ronde rassemblait Mercedes Volait, Julien Loiseau, Eric Denis et moi-même, et fut introduite et animée par Vincent Lemire. (Attention le son est un peu faible.) Vincent Lemire commence à m’introduire pour parler de l’observatoire urbain de Beyrouth vers 24’15”. Puis vers 34′, j’aborde la mise en réseau des observatoires urbains. C’est sur ces points que revient le texte qui suit. L’idée de développer cette histoire vient tardivement en réponse à un billet de Caecilia Pieri dans Les Carnets de l’IFPO en 2012, pour les 20 ans de l’Observatoire de Beyrouth.

***

Une matrice aménagiste : le contexte de la création du CERMOC

L’observatoire urbain est un programme de recherche de longue durée qui prend place dans un réseau de centres français en SHS particulièrement dense sur le pourtour méditerranéen, d’Istanbul à Rabat, en passant par Beyrouth, Damas, Amman, Jérusalem, Le Caire, Alexandrie et Tunis (et sans oublier Sanaa et Téhéran). Historiquement surtout liés à l’archéologie, ces centres sont également les héritiers de l’histoire complexe d’institutions universitaires ou de centres de documentation francophones, résidus ou reliques de la présence coloniale ou impérialiste de la France dans cette région du monde. A Beyrouth, où existait depuis le Mandat un institut français d’archéologie, le CERMOC (Centre d’études et de recherches sur le Moyen-Orient contemporain) fut fondé en 1977, dans le contexte de reconstruction à la fois politique et urbaine où se trouvait le Liban au lendemain d’une première série de rounds militaires qui avait causé de très lourdes pertes. Il prenait en fait la suite de l’Ecole des Lettres de Beyrouth, et héritait de sa bibliothèque. Cette institution était une antenne locale de l’Université de Lyon (puis de Lyon 2). Des enseignants détachés et y délivraient des diplômes de premier cycle. On y trouvait en particulier l’institut de géographie du Proche et du Moyen Orient (IGPMO), où plusieurs générations de jeunes enseignants agrégés firent leurs premières armes et devinrent, dans quelques cas, des chercheurs qui publiaient dans la Revue de géographie de Lyon ou dans Hannon, revue de géographie lancée en 1970 par l’Université libanaise, où furent embauchés quelques-unes des anciens étudiants de l’IGPMO. Parmi ces chercheurs, on peut notamment citer André Bourgey, à qui revint la responsabilité de la transition et la direction du CERMOC nouvellement créé, lorsque l’Université de Lyon 2 cessa ses enseignements, à la fois en raison du contexte de guerre mais aussi parce que les institutions universitaires locales (Université Saint Joseph et Université Libanaise) paraissaient en mesure de prendre le relais. L’équipe de recherche de Bourgey, renforcée par des chercheurs français issus du CNRS et de jeunes universitaires libanais comme Salim Nasr, Makram Sader ou Boutros Labaki (respectivement sociologue, économiste et historien) participa aux études pour la reconstruction du pays (et surtout du centre-ville) en 1977 puis à plusieurs études ultérieures, menées dans un contexte extrêmement tendu, et dont on sait qu’il fut fatal au sociologue Michel Seurat, chercheur CNRS affecté au CERMOC, enlevé et mort en captivité en 1985. Les travaux de Seurat proposaient un nouveau cadre théorique pour l’analyse de la ville proche-orientale, dérivé des travaux d’Ibn Khaldoun. Le CERMOC représentait donc un laboratoire original, combinant parité franco-libanaise, interdisciplinarité, capitalisation documentaire et engagements marqués dans les chantiers du développement, de la reconstruction, et de la crise politique. Après la mort de Michel Seurat et dans le contexte d’approfondissement du conflit, le CERMOC fut replié à Amman en Jordanie. C’est à peu près à la même époque, dans la deuxième partie des années 1980, que le ministère des Affaires étrangères, ministère de tutelle des centres français de recherche en SHS, en lien avec le CNRS, créa des observatoires urbains au Caire, à Istanbul et à Téhéran, destinés à encourager la recherche française sur ces villes tout en l’articulant aux enjeux du développement et de l’aménagement urbain.

L’observatoire urbain et la reconstruction de Beyrouth

En 1991, la paix civile à peu près revenue au Liban, la reconstruction du pays et de sa capitale redevint à l’ordre du jour et suscita de multiples programmes d’aide internationale. Le soutien français au Liban prit des formes multiples, et se traduisit entre autres par la réouverture d’une antenne du CERMOC à Beyrouth, dès 1991. Alors que la reconstruction suscita un débat public et scientifique très intense, auquel plusieurs institutions françaises, et en particulier la Maison de l’Orient à Lyon, prirent une part importante, des chercheurs et praticiens libanais, très engagés, créèrent un observatoire de la reconstruction qui contribua à la publication des documents et analyses produites lors de ses débats (Beyhum, N., Salam, A., Tabet, J. (Éd.), 1992, Beyrouth: construire l’avenir, reconstruire le passé ?, Dossiers de k’Urban Research Institute, New York/Beyrouth, Ford Foundation)). Le CERMOC retrouva alors naturellement sa vocation de lieu de capitalisation de la documentation, et l’idée de pérenniser l’observatoire dans ses locaux se fit jour. Toutefois, la dimension polémique des contestations et la dénonciation de pratiques de corruption prêtées au Président du Conseil Rafic Hariri conduisit à une reprise en main par l’Ambassade de France de ce programme, en vue d’un recentrement sur les aspects de documentation et sur des enjeux de recherche moins chauds. Le principal animateur libanais de l’Observatoire, Nabil Beyhum, se replia temporairement en 1993 à l’AUB où fut hébergé l’Urban Research Observatory, avant d’obtenir un poste en France à l’Ecole d’Architecture Paris Malaquais.

Débat, documentation, recherche

Jean-Luc Arnaud fut nommé responsable de l’ORBR en 1993. Architecte et historien des formes urbaines, élève de Robert Ilbert, il avait précédemment occupé les fonctions de responsable de l’observatoire urbain du Caire. Il se lança dans l’animation d’un séminaire, coordonna des recherches abordant l’urbanisation de la capitale libanaise sur plusieurs échelles de temps, et poursuivit le travail de structuration de la documentation urbaine, notamment grâce à des outils d’indexation et de catalogage, ainsi que par la publication d’un bulletin d’information, et l’édition de plusieurs recherches individuelles ou collectives. C’est notamment grâce à lui que je mis un pied dans la recherche au CERMOC, m’attelai à la traduction de Ruppert, et participai au colloque Beyrouth Grand Beyrouth de 1996. Les orientations d’Arnaud pour l’ORBR correspondaient donc à un recentrage académique, dans une conception pluridisciplinaire des études urbaines, dans une démarche clairement inspirée de Marcel Roncayolo. Pour autant, il invita régulièrement les opposants historiques aux projets de reconstruction du Premier ministre à participer aux manifestations scientifiques organisées dans le cadre de l’ORBR. Jad Tabet, architecte opposant de la première heure au projet Solidere, y présenta et justifia sa démarche de pilotage du projet de reconstruction des souks pour lequel il avait accepté de travailler avec cette entreprise. De même, Assem Salam, autre opposant notoire, présida une table ronde du colloque Beyrouth Grand Beyrouth, durant laquelle il ne se priva pas de critiquer copieusement les conceptions de la reconstruction. L’ORBR constituait, dans le paysage embryonnaire et fragmenté pour la recherche au Liban, et faute d’institutions libanaises équivalentes, un espace de dialogue non seulement entre chercheurs, mais aussi entre professionnels et chercheurs.

On retrouve une autre dimension de cette vocation au service d’un débat urbain étendu dans la coopération de longue durée entre l’Observatoire urbain et l’IAU(R)IF qui se noua dans ce début des années 1990. J’ai retracé dans ma thèse l’histoire des interventions de l’IAURIF au Liban. Elle remonte à 1965, et s’est intensifiée en 1972-73, avec l’élaboration d’un livre blanc pour l’aménagement de Beyrouth aux horizons 1985 et 2000, avant de reprendre en 1983, avec l’élaboration d’un Schéma directeur d’aménagement de la Région métropolitaine de Beyrouth (livré en 1986). Des liens étroits entre professionnels des deux pays s’étaient noués et se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. Dès la reconstruction, l’IAURIF s’engagea, au nom de la région Ile-de-France et/ou avec des financements du gouvernement, dans plusieurs actions d’urbanisme (ligne de démarcation, reconstruction du Bois des Pins, plan de transports, expertise pour Solidere…). Ces différentes actions donnèrent lieu à des interactions diverses avec le milieu local de l’urbanisme, avec lequel les liens étaient forts, ainsi qu’avec le CERMOC-ORBR qui recueillit une grande part des études produites et de leur matériaux constitutifs dans sa documentation. Aussi n’est-il pas surprenant que le successeur de Jean-Luc Arnaud ne fût pas un chercheur patenté, mais un chargé d’études de l’IAURIF, Eric Huybrechts, qui avait participé à plusieurs des études au Liban de l’IAURIF après avoir passé également quelques années au Caire. Arrivé en 1996, il devait rester jusqu’en 2001. Sous sa responsabilité, les orientations de l’ORBR s’infléchirent et les préoccupations de planification, d’intervention opérationnelle et de prospective urbaine prirent une place sensible. Pour autant, plusieurs recherches académiques furent également menées (Reconstruction, réconciliation ; Interface agriculture-urbanisation). L’une des orientations à laquelle je me retrouvais associée, puis dont je repris la direction à partir de 2001-2002, fut le projet d’Atlas des localités du Liban, visant à construire un Système d’information géographique qui avait vocation à être à la fois un outil de recherche et un outil au service de l’administration mais aussi des praticiens et en particulier de l’IAURIF qui poursuivait ses interventions (Reconstruction du Liban Sud, en 2000-2001, Schéma directeur d’aménagement du territoire libanais, 2002-2004). Les liens étroits entre l’ORBR et l’IAURIF, portant à la fois sur l’échange de données et d’information (la capitalisation des données), la construction des données et sur les échanges de vue entre chercheurs et praticiens, représentent donc, sur les plus de vingt années d’existence de ce programme, une dimension fondamentale de la recherche urbaine qui s’est construite dans ce lieu.

Cette relation privilégiée avec le milieu professionnel français de l’urbanisme pour le développement, comme on pourrait le qualifier, vient en complémentarité avec les deux autres fonctions essentielles de l’observatoire, la fonction de lieu de débat sur l’urbanisme au Liban et la fonction de recherche plus académique et théorique. Ces caractéristiques sont représentatives, par-delà les histoires locales, des autres centres français impliqués dans la recherche urbaine, avec ou sans observatoire patenté, sur les rives de la Méditerranée ou dans d’autres contextes (par exemple en Amérique latine ou en Afrique sub-saharienne, avec l’implication forte de l’IRD). De ce point de vue, mon histoire personnelle de chercheur croise celle, plus large, de la recherche française dans les pays en développement – une histoire qui mérite d’être rappelée, pour la richesse de ses productions et l’originalité des rencontres qui l’ont marquée, à l’heure d’un large mouvement de normalisation sinon de démantèlement.

Mise en réseau des observatoires urbains

Les trois années que j’ai passées à Beyrouth dans ces fonctions (2000-2003) ont été marquées par deux inflexions par rapport au dispositif existant. En premier lieu, le ministère des Affaires étrangères souhaitait favoriser une meilleure coordination régionale de la recherche urbaine. Il confia à Emile Lebris (IRD) et Jean Métral (Université Lyon 2-GREMMO), tous deux membres du conseil scientifique du CERMOC, une mission visant à faire des propositions en ce sens. Ils livrèrent leurs recommandations juste avant ma nomination. Elles visaient à financer des recherches transversales associant les observatoires des différents instituts français du réseau et les centres de recherche partenaires en France, à mieux structurer les relations entre ces centres qui courraient sinon le risque d’être avalés par les enjeux locaux, en chargeant l’un des responsables de cette mission de coordination, ainsi qu’à améliorer la formation des doctorants par l’organisation d’ateliers doctoraux thématiques accueillis en alternance dans les différents centres. Dans le contexte de la « cagnotte » des années du gouvernement Jospin, le ministère débloqua les fonds correspondant, et je fus nommé responsable de cette coordination, en même temps que je me retrouvais en charge d’un petit programme de recherche sur les Cultures urbanistiques au sud de la Méditerranée. En pratique, la coordination des Observatoires urbains du pourtour méditerranéen édita pendant presque trois ans une série mensuelle de bulletins circulant par email, concoctés et mis en page grâce à Souha Tarraf. Deux ateliers doctoraux furent organisés par mes collègues au Caire et à Istanbul, et un séminaire collectif eut lieu à la Défense en juin 2001, en liaison avec le programme Mégapoles porté par Philippe Haeringer.

En deuxième lieu, le dispositif institutionnel des centres de recherche SHS situés au Proche-Orient fut réformé. Il se composait de trois entités : l’Institut français d’archéologie du Proche-Orient, implanté à Beyrouth, Damas et Amman, l’Institut français d’études arabes de Damas et le CERMOC, à Beyrouth et Amman. Le ministère décida de la fusion de ces trois institutions, qui fut actée en janvier 2003. Le CNRS apporta un concours décisif sous la forme de détachement de plusieurs chercheurs supplémentaires, et par une labellisation ad hoc (les UMIFRE). Dans ce cadre, la mission de l’observatoire était redéfinie. Dans mon projet, j’avais déjà mis en avant la nécessité d’un élargissement de la focale d’analyse, à l’échelle du phénomène urbain dans l’ensemble du Proche-Orient. J’amorçais durant mon mandat cette ouverture, notamment en lançant des recensions documentaires à Amman et Damas (où existait déjà depuis longtemps un programme similaire à l’observatoire urbain, l’Atelier Vieux Damas, dont la vocation principale était la documentation du tissu ancien de la ville).

Mes trois successeurs illustrent par leurs activités la continuité de ces tendances et le poids variable, mais néanmoins toujours sensible des trois polarités ou fonctions de l’observatoire de recherche. Fabrice Balanche, géographe spécialiste de la Syrie, a orienté les recherches vers une dimension nettement nationale, chaque pays de la zone se voyant couvert par un projet d’Atlas. F. Balanche collabora par ailleurs avec plusieurs institutions syriennes ou internationales chargées de l’aménagement du territoire en Syrie. Valérie Clerc, nommée à Damas, développa fortement les travaux sur l’urbanisme de cette ville, tout en maintenant des relations fortes avec Beyrouth. Elle a collaboré étroitement avec des consultants chargés d’études de planification à Damas. Caecilia Pieri, nommée de nouveau à Beyrouth, incarne encore un élargissement géographique, puisque ses recherches concernent l’histoire de Bagdad, tout en centrant ses activités de recherche sur les questions patrimoniales et le contexte des villes en guerre.

Parallèlement à l’élargissement régional des activités de l’observatoire, je poursuivis l’activité d’animation de séminaires et de conférences à l’échelle de Beyrouth, tout en menant le développement des deux projets de recherche en cours. Celui portant sur les cultures urbanistiques au Moyen-Orient bénéficia en 2002 du relais d’un financement du Programme de recherche urbaine pour le développement PRUD, dont Taoufik Souami assura la coordination en lien avec moi. Les terrains représentés couvraient le Maroc, l’Algérie, l’Egypte, la Turquie, la Palestine et le Liban. Quant à l’Atlas des localités du Liban, il bénéficia du soutien du programme franco-libanais CEDRE, dans un partenariat avec le centre de télédétection du CNRS Liban et le département de géographie de l’ENS Ulm (labellisée équipe de recherche IRD).

* * *

Pour conclure sur ce petit tour d’horizon, mentionnons que les réductions de postes opérées par le ministère des Affaires étrangères ont abouti à la suppression du poste du chercheur chargé de son animation. Du reste, il y a longtemps qu’il n’y avait plus de budget spécifique pour l’observatoire urbain. Toutefois, le recrutement de Thierry Boissière, anthropologue qui a beaucoup travaillé sur les villes syriennes de Homs et Hama, puis Alep, ainsi que le détachement de Stéphane Cartier, en provenance de Grenoble, laissent augurer une forte continuité des recherches sur les questions, quand bien même le programme Observatoire urbain n’a plus de réalité budgétaire. Souhaitons leur bon courage et plein succès dans leurs initiatives!

En particulier, je pense qu’ils pourront s’appuyer à Beyrouth sur un milieu universitaire local qui s’est beaucoup affirmé et structuré, notamment avec l’Université américaine de Beyrouth et l’Université Libanaise. C’est un atout pour construire des partenariats fructueux sur place, même si cela n’enlève rien à la difficulté du contexte académique français, qui n’a plus guère les moyens de proposer et de structurer la recherche, ce qui pouvait être le cas dans les années 1990.

Work in Progress: Ethiopian Archives in Jerusalem

by Stéphane Ancel, Open Jerusalem The presence of Ethiopians Orthodox in Jerusalem is attested at least from the 13th century. But during the second half of the 19th century and the first half of the 20th century, the Ethiopian Orthodox community knew a great revival: the number of Ethiopians increased, buildings dedicated to them were bought or erected. Among others, historians like Littmann, Cerulli, Pétridis, Meinardus, Makonnen Zäwde or Pedersen have proposed valuable studies about the Ethiopian community in Jerusalem, especially Kirsten Pedersen who … Continue reading Work in Progress: Ethiopian Archives in Jerusalem

June 25 – 26, 2015, International Conference: Archiving a City: The Future of Jerusalem Past

READ THE FULL PROGRAM June 25, 2015 Archives Nationales 18:00 Keynote Speech by Dr Önder Bayır Director of the Ottoman Archives, Istanbul «The Ottoman Imperial Archives: A Key Place for the Study of Jerusalem History» 19:00 Cocktail 11 rue des Quatre Fils 75003 – Salle d’Albâtre June 26, 2015 Opening Jerusalem’s Archives and Digital Histories Interconnecting Methods, Tools and Practices Université Paris-Est Marne-la-Vallée Laboratoire ACP – EA 3350 Bâtiment Bois de l’étang – Salle 6 Cité Descartes (RER A / Noisy-Champs) 9:30 Vincent Lemire … Continue reading June 25 – 26, 2015, International Conference: Archiving a City: The Future of Jerusalem Past

Open Jerusalem Panel at the “Ouvrir les archives” Conference, speeches available now

FULL PROGRAM Atelier du programme ERC « Open Jerusalem Archives » Vincent Lemire (université Paris-Est Marne la Vallée), Ouvrir les archives d’une ville fermée ? Stéphane Ancel (IMAF, ERC Open Jerusalem), Accessibilité des archives éthiopiennes d’Ethiopie et d’ailleurs : organisation, dispersion et destruction Leyla Dakhli (CNRS, Centre Marc Bloch, Berlin), Dire, taire, traduire, les langues des archives de Jérusalem Jonas Sibony (BULAC), Entrouvrir les archives des communautés séfarades de Jérusalem 1850-1950

Observer la ville arabe : le réseau des observatoires urbains

rendezvousDans le cadre des rendez-vous de l’histoire du monde arabe, je participerai demain 5 juin à 10h à une table ronde évoquant l’histoire et le bilan des observatoires urbains dans le monde arabe.

Y participeront:

  • Mercedes Volait, Directrice de recherche au CNRS, directrice du laboratoire
    InVisu ;
  • Eric Verdeil, chercheur au CNRS spécialiste de géographie urbaine ;
  • Julien Loiseau, directeur du Centre de Recherche français de Jérusalem (CRJF) ;
  • Eric Denis, docteur en géographie, directeur de recherches au CNRS
  • Modérateur : Vincent Lemire, maître de conférences à l’Université Paris-Est /
    Marne-la-Vallée 

Lancés dans les années 1980-1990 à partir du Caire, d’Istanbul et de Beyrouth notamment, les Observatoires urbains se sont rapidement imposés comme des acteurs majeurs de la politique de recherche et la diffusion de l’expertise scientifique sur les villes arabes. De fait, leur constitution en réseau fut une des premières préfigurations de la mutualisation des futurs Instituts Français de Recherche à L’Etranger (IFRE) en Méditerranée. Au moment où les contraintes budgétaires et les restrictions de postes menacent clairement ces collectifs de recherche, il est important de revenir sur l’histoire de ces Observatoires urbains, sur les acquis scientifiques et institutionnels qu’ils représentent mais aussi sur leur avenir possible.

Conférence par Falestin Naili: La municipalité ottomane de Jérusalem. Comment reconstruire l’histoire d’une institution urbaine oubliée

Jeudi 28 mai, à 18h, à l’École Biblique et Archéologique Française Présentation par Falestin Naili, Chercheure dans le projet ERC « Opening Jerusalem’s Archives » Chercheure associée à l’Ifpo et au LARHRA La municipalité ottomane Jérusalem, fondée dans les années 1860, est une institution urbaine largement oubliée des historiens dont les archives fournissent de nouvelles perspectives pour l’histoire sociale de la ville. Impliquée dans tous les aspects de la vie quotidienne des habitants, la municipalité est au tournant du siècle également un acteur important … Continue reading Conférence par Falestin Naili: La municipalité ottomane de Jérusalem. Comment reconstruire l’histoire d’une institution urbaine oubliée

CFEE Seminar: Ethiopia in Open Jerusalem

Centre français des études éthiopiennes (CFEE) Monthly Seminar on Medieval and Post-Medieval History of Ethiopia, 2nd year (2014-2015) 7ème séance / 7th session : Ethiopia in Open Jerusalem ERC-Project: Transnational Issues of Ongoing Researches and Inquiries, par / by Vincent Lemire (UPEM-ACP/Open Jerusalem Project Director) & Dr. Stéphane Ancel (IMAF/Open Jerusalem Project Member) Mercredi 13 mai 2015, 14h-17h, Bibliothèque d’études éthiopiennes Berhanou Abebe (CFEE) / Wednesday 13th May 2015, 2-5 PM, Berhanou Abebe Library of Ethiopian Studies (CFEE). Ethiopia in Open Jerusalem ERC-Project: Transnational … Continue reading CFEE Seminar: Ethiopia in Open Jerusalem