Archives de catégorie : Patrimoine, arts, images et culture

Les thermes byzantins de Taposiris Magna : campagne 2015

Par Joachim Le Bomin (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Dans le cadre de l’étude de la ville romaine et byzantine de Taposiris Magna (Maréotide/Égypte), une quatrième campagne de fouille, dans la poursuite des opérations engagées par M. El-Amouri (Ipso-Facto) et Th. Fournet (IFPO Amman), a été effectuée dans les thermes byzantins de la ville moyenne[1]. Ces travaux s’intègrent dans le programme d’étude des bains byzantins de Maréotide engagé sous la direction de Th. Fournet et B. Redon (HiSoMA) et soutenu par les programmes Balnéorient et « Bains antiques et médiévaux » de l’IFAO.

Plan d'ensemble de la vile de Taposiris Magna, localisation des thermes byzantins (Plan Th. Fournet / MAFT 2015)

Plan d’ensemble de la vile de Taposiris Magna, localisation des thermes byzantins (Plan Th. Fournet / MAFT 2015)

Situés à 20 mètres à l’ouest de la grande voie dallée descendant du sanctuaire d’Osiris (converti en camp militaire), au port lacustre, ils s’organisent sur 40 x 18 m au maximum, selon un axe nord-est/sud-ouest dont seule la partie orientale d’accueil et d’usage est actuellement dégagée (à l’ouest, un épais remblai recouvre les salles de service et une partie des salles chaudes). Des fouilles anciennes ont été identifiées mais aucune archive n’a été, pour le moment, retrouvée.

En 2015, l’attention s’est portée sur la partie nord-ouest des thermes, soit sur les niveaux de service supérieurs. Une citerne de 8m 3, ayant connu plusieurs réaménagements, a été dégagée. D’épais niveaux de cendres, vestiges probables du fonctionnement des fours, ont également été trouvés. D’autre part, un sondage stratigraphique accolé contre le bâtiment, à l’extérieur, a permis de définir la chronologie du bâtiment entre la fin du ve s. et le début du viie s. apr. J.-C. Le terminus ante quem de l’abandon du bâtiment est donné par le mobilier céramique, homogène, présent dès les niveaux de destruction et de dépotoir. Le matériel comprend majoritairement des amphores d’importations méditerranéennes du Levant, de Chypre et de Cilicie et une grande quantité de pots à saqia.

Plan d'ensemble simplifié des bains byzantins de Taposiris Magna en fin de campagne 2015 (MAFT)

Plan d’ensemble simplifié des bains byzantins de Taposiris Magna en fin de campagne 2015 (M. El-Amouri / Th. Fournet / M. Vanpeene – MAFT 2015)

Parallèlement aux travaux de terrain, l’étude architecturale vise à définir le plan du complexe thermal et ses aménagements au cours de ses 100 à 150 années de fonctionnement. Il semble qu’au moins lors de la dernière phase, il s’agisse de thermes doubles à deux parcours rétrogrades (système fréquent dans les thermes romains tardifs et byzantins de Maréotide) séparant peut-être les hommes des femmes de l’exercice hygiénique et social que constitue la pratique des thermes.

Vue des thermes depuis le sommet du dépotoir à l’ouest, avec une partie des salles d’usages du complexe et la cour à galeries (MAFT 2015).

Vue des thermes depuis le sommet du dépotoir à l’ouest, avec une partie des salles d’usages du complexe et la cour à galeries (J. Le Bomin – MAFT 2015).

Les prochaines campagnes s’attacheront à dégager le reste des pièces d’usage du complexe ainsi que ses espaces de service, à étudier les aménagements hydrauliques associés (la présence d’une multitude de pots à saqia laisse supposer l’existence d’une telle machinerie à proximité). Il s’agira également d’insérer l’édifice dans le tissu urbain d’un point de vue architectural, spatial, économique et social.

Fragment de peinture murale trouvé dans les bains byzantins de Taposiris Magna (M. El-Amouri, MAFT 2009)

Fragment de peinture murale trouvé dans les bains byzantins de Taposiris Magna (M. El-Amouri, MAFT 2009)

[1] Mission Archéologique Française de Taposiris Magna, sous la direction de M.-Fr. Boussac (Paris Ouest-Nanterre), financée par le MAE et soutenue par l’IFAO. L’opération a été réalisée par J. Le Bomin (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et M. Vanpeene (architecte), avec l’aide de R. Saleh (Lyon 2 Lumière). Voir l’annonce de la première campagne sur le carnet Balnéorient.

L’inventaire du patrimoine architectural de la période ottomane en Algérie: Du recensement à l’étude.

Nabila Chérif, Maitre de conférences, Ecole Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’Alger (EPAU)

Introduction

Dans le processus de la formation de la conscience patrimoniale en Algérie durant les premières décennies de la période française, la notion de patrimoine architectural concernait d’abord et surtout les monuments antiques. Elle s’est ensuite et progressivement élargie au patrimoine local dont les édifices étaient désignés en général par le terme de « monuments arabes », faisant référence à toute architecture qui ne se rapportait pas à l’antiquité occidentale. La diffusion de la circulaire de Napoléon du 31 décembre 1856 imposant la nécessité pour chaque localité de conserver les monuments et les objets relatifs à son histoire locale a concerné naturellement les monuments antiques et les collections archéologiques de cette période mais aussi les sites et objets de la préhistoire, des référents qui permettaient à la France coloniale de légitimer sa présence à travers une histoire universelle et un passé antique où dominait le modèle romain[1].

Pourtant une autre catégorie de patrimoine, celle de la période ottomane était visible au moment de la conquête à Alger ou à Constantine en particulier, premières villes concernées par l’installation des troupes armées françaises. Ce patrimoine architectural formé ou influencé par trois siècles de domination ottomane n’a guère fait l’objet d’un intérêt de la part de l’autorité coloniale durant les premières années de la conquête à l’exception de quelques grands édifices qui ont été réquisitionnés pour loger les services de l’institution militaire.

Quelques palais célèbres à Alger, Dâr al-Soltan (palais du dey ou al-Djenina, devenue Archevêché) ou Dâr Hassan Pacha (devenu palais d’Hiver du gouverneur général), transformés pour les hautes fonctions officielles de représentation politique et administrative ont néanmoins fait l’objet de relevés par l’architecte A. Ravoisié, chargé de la discipline architecture au sein de l’exploration scientifique. Ce dernier n’a pas manqué de noter, par ses dessins, les qualités esthétiques exceptionnelles de ces édifices et de biens d’autres qui étaient remarquables dans les paysages des grandes villes d’Alger, de Constantine et d’Oran[2]. A. Ravoisié est d’ailleurs le premier à proposer en 1840 certains de bâtiments à l’inscription dans un inventaire dit « des monuments antiques et arabes de l’Algérie », un fait qui a permis de les conserver. Les édifices religieux, dans la majorité des villes ont en revanche connu un sort moins heureux, occupés, transformés ou complètement détruits durant les trois premières décennies de l’occupation française[3].

Il faudra attendre le dernier tiers du XIXe siècle pour voir apparaitre une extension du champ patrimonial avec des portées visant à la conservation et à la restauration des monuments dits « arabes » de l’Algérie, intégrant sans distinction les réalisations de la période médiévale et ottomane. L’architecte E. Duthoit, attaché à la commission des monuments historiques dès 1872 est chargé d’étudier et de dessiner les monuments représentatifs de l’art local « offrant quelques intérêt » pour décider des restaurations à y mener. Son objectif étant de dresser un inventaire des monuments arabes, il parcourt pendant trois mois les départements d’Alger et d’Oran, n’accordant aucun intérêt au département de Constantine, car selon lui cette province était surtout riche en vestiges romains et byzantins et ne possédait que peu de monuments arabes intéressants[4].

A Alger, il porte son attention (par le dessin et l’analyse détaillée) sur la mosquée ottomane de Hassan Pacha-Ketchâwa (reconstruite vers fin du XVIIIe siècle) qui faisait l’objet de transformations et démolitions pour la construction de la cathédrale Saint-Philippe[5] et sur deux édifices occupés et transformés par le génie militaire: le palais du trésorier du Dey (Dâr al-Khasnadji) devenu le palais archiépiscopal et le palais dit Dâr al-Souf affecté à la Cour d’assise[6].

Dans les notes et observations de Duthoit concernant les monuments de la ville d’Alger se lit le dénigrement de l’art hérité de la période ottomane lorsqu’il qualifie les deux palais algérois en question d’exemples caractéristiques de l’art mauresque et qu’il prétend à la rareté des palais conçus à partir du XVIe siècle sur ce modèle. Il explique sa désaffection pour l’art des Turcs en prétendant qu’au XVIe siècle à Alger, les Turcs ont apporté avec eux « leur éclectisme de mauvais aloi et qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, la décadence n’a fait que s’accentuer ».[7] Enfin et pour mieux exprimer sa pensée, il compare la création architecturale en Algérie pendant la période turque à celle qui a été produite en France sous Louis XV[8]. La même perception négative de l’art de la période ottomane s’observe chez Laurent Charles Féraud, chargé lors de l’exposition universelle de Paris de 1878 de présenter une étude sur l’archéologie en Algérie, qui relève que l’archéologie turque est de peu d’importance[9]. Opposant donc à l’art turc, l’art mauresque considéré comme art de la « bonne époque arabe », Féraud, comme Duthoit se réfèrent aux monuments de Tlemcen dont la filiation andalouse établit les liens avec l’Alhambra de Grenade, une orientation qui influencera les études majeures de G. Marçais sur l’histoire de l’architecture musulmane de l’Algérie en les rattachant dès le milieu du XXe siècle à l’occident musulman[10].

C’est à Albert Ballu, successeur de E. Duthoit au service des monuments historiques que l’on doit finalement un intérêt plus grand pour les édifices de l’Alger ottoman que ce dernier entreprend de relever durant les années 1883-1884[11]. Ses dessins de très grande qualité qui restituent fidèlement les richesses de cette architecture sont sans doute à l’origine du classement de ces édifices au titre de monuments historiques dès 1887. L’année 1887, durant laquelle est promulgué la loi (du 03 mars 1887) relative à la conservation des monuments et objets d’art marque le démarrage de la constitution de l’inventaire patrimonial algérien dans lequel ces édifices et d’autres, construits durant la période ottomane seront classés et intégrés dans la catégorie du patrimoine « arabe ».

Depuis, et tout au long de la période coloniale jusqu’à nos jours, la place du patrimoine architectural d’époque ottomane dans les listes ou inventaires des sites et monuments historiques de l’Algérie est ambigüe. La difficulté de le repérer comme une catégorie à part entière est due à la confusion sur sa désignation terminologique qui utilise un large répertoire de qualificatifs (arabe, mauresque, islamique, médiéval, moderne) dont les sens renvoient autant à des découpages historiques ou à des aires de civilisation qu’à des référents présupposés. Ce flottement terminologique s’explique aussi bien par les lacunes de l’historiographie de la période ottomane même que dans les partis pris dans l’écriture de l’histoire coloniale puis nationale sur la question de l’identité de l’art et la culture formés durant les trois siècles de la domination ottomane.

L’histoire, la place et l’état des richesses du patrimoine architectural de la période ottomane en Algérie dans les inventaires patrimoniaux peuvent être reconstitués à travers les recensements et les études dont il a fait l’objet. Négligé et peu considéré dans les répertoires du patrimoine de la période française où l’intérêt était surtout porté sur les monuments hispano-mauresques les plus emblématiques, force est de constater qu’il est depuis l’indépendance insuffisamment étudié et évalué.

La remise à niveau, la révision et l’actualisation de l’inventaire du patrimoine immobilier entrepris en Algérie depuis quelques années par le service de la conservation au Ministère de la culture offre l’occasion d’une réévaluation de l’inventaire du patrimoine architectural de la période ottomane[12]. Une telle opération ne va pas sans procéder à une analyse rétrospective et prospective du contenu de cet inventaire et de la méthodologie de son élaboration.

Comme préalable, il faut rappeler que l’inventaire qui inclut à la fois le recensement et l’étude de tout bâtiment ou site ayant une valeur culturelle ou artistique reconnue (lui conférant un statut d’objet classé ou susceptible de l’être) est un service récent datant de 1964 qui est postérieur à la notion de liste des sites et monuments historiques (classés) instaurée dès 1887[13]. Pour le cas de l’Algérie, que ce soit pour la période française ou pour la période post indépendance et y compris jusqu’à nos jours, l’inventaire se confond à peu de choses près avec la liste des édifices et sites classés et protégés par la législation. Il intègre néanmoins depuis les textes de lois qui régissent le patrimoine de l’Algérie indépendante (ordonnance 67-281 du 20 décembre 1967relative aux fouilles et à la protection des sites et monuments historiques et naturels et loi 98-04 du 15 juin 1998 sur la protection du patrimoine culturel) quelques objets regroupés dans la liste de l’inventaire dit-supplémentaire qui sont en attente de reconnaissance et de classement.

L’examen du tableau général du patrimoine architectural d’époque ottomane à travers les listes de recensement françaises et algériennes permet une évaluation statistique et chronologique de l’état de ce patrimoine depuis 1830 à nos jours. A travers une telle lecture, il s’agit de comparer, éclairé par le contexte politique et culturel de l’Algérie, l’histoire de la construction du patrimoine d’époque ottomane à celle de la période médiévale à laquelle il est indistinctement associé au sein de la catégorie de monuments « arabes » ou « islamiques ».

Dans une seconde étape, et partant du constat sur l’état de l’inventaire actuel de ce patrimoine au sein du Ministère de la culture, il s’agira de cerner les problématiques spécifiques qui se posent à son élaboration exhaustive et raisonnée au regard des approches préconisées pour la conduite des inventaires patrimoniaux, à l’exemple de celles en vigueur en France dont les ressources méthodologiques et scientifiques sont disponibles[14].

Le patrimoine architectural d’époque ottomane dans les inventaires français

L’examen de la liste des biens patrimoniaux d’époque ottomane classés entre 1887 et 1962[15](Fig.1) et du graphique général de l’évolution du nombre d’actes de protection des biens immobiliers (sites et monuments historiques) pour la même période[16] (Fig.2) permet d’apprécier la place de cette catégorie dans l’histoire de la politique coloniale en matière d’approche sur le patrimoine algérien.

Fig.1 Liste des monuments d’époque ottomane classés par département (entre 1887 et 1962)

Département

ALGER

Désignation Date du classement
1-Dâr Al-Khaznâdji (ex Archevéché) 12 février 1887
2-Dâr al-Souf (ex Cour d’Assise) 12 février 1887
3-Dâr Mustapha Pacha inconnue
4-Mosquée El-Djedid 30 mars 1887
5-Mosquée Abderrahman Al-Thaalibi 30 mars 1887
6-Kasbah (forteresse) 30mars 1887
7-Fort Turc de Cap Matifou Liste 1900
8-Porte turque de l’Arsenal Liste 1900
9-Porte du Penon 17 février 1905
10-Mosquée Sidi M’hammed Chérif 13 mai 1905
11-Mosquée Djama ‘ Safir 13 mai 1905
12-Marabout du jardin Marengo dit tombeau de la Reine 13 mai 1905
13-Marabout à coupole Hassan Pacha dit Ben Ali rue Ben Ali) 13 mai 1905
14-Fontaine de la calle aux vins 13 mai 1905
15-Fontaine de l’Amirauté 13 mai 1905
16-Mosquée Ketchâwa 26 mars 1908
17-Groupe de maisons mauresques Bastion 23 (ex rue du 14 juin) 30 octobre 1909
18-Fontaine arabe et marabout du Hamma (les Platanes) 20 février 1911
19-Villa Mahieddine 26 avril 1927
20-Villa Second Weber et le bois des pins qui l’entoure sur l’éperon de Saint Raphaël –El-Biar 28 février 1928
21-Villa Abdelatif 29 septembre 1929
22-Citadelle du Fort l’Empereur (El-Biar) 24 novembre 1930
Bois entourant le fort l’Empereur 24 novembre 1930
24-Villa des Arcades 31 juillet 1945
Abords de la villa des arcades 31 juillet 1945
Abords de la villa Louvet à Hussein Dey 9 avril 1946
25-Bordj Polignac 04 octobre 1948
Abords du Bordj Polignac 04 octobre 1948
Abords de la villa Mahieddine 16 octobre 1948
26-Mosquée Ali Bitchine 29 avril 1949
27-Mosquée et marabout Sidi Medjouba 17 décembre 1951
Département

CONSTANTINE

   
28-Mosquée Souq El-Ghazal (Ex-cathédrale) 27 avril 1903
29-Mosquée de Sidi Lakhdar 05 janvier 1905
30-Ancienne madrassa avec tombeaux de Saleh Bey et sa famille 17 juillet 1913
31-Palais d’Ahmed Bey (ex palais de la division) 21 mars 1934

 

Département MOSTAGANEM Désignation Date du classement
32-Mosquée Djama’ El Kebir (Bou Hanifia, El Hammamet-Mascara) 25 juillet 1919
33-Mosquée Ain el-Beida (Mascara) 25 juillet 1919
34-Mosquée au Douar El-Guetna (Mascara) 29 mars 1949
35-Ruine de la zawiya de Sidi Mahieddine (Sidi Kada, Tighennif) 29 mars 1949

 

Département ORAN Désignation Date du classement
36-Minaret du campement Liste 1900
37-Mosquée Mohamed El-Kebir 24 décembre 1903
38-Mosquée Mohamed El-Houari 29 décembre 1906
39-Minaret de la mosquée du Pacha 29 décembre 1906
40-Mosquée du Pacha 06 août 1952
41-Hôtel de la division 23 juillet 1952
42-Caravansérail 19 janvier 1952
43-Pavillon de la favorite 23 Juillet 1952
44-Maison du Bey 23 février 1954
Porte espagnole du château dite porte d’Espagne 29 décembre 1906
Porte de la manutention militaire 26 novembre 1907

Durant la seule année de 1887, sur les 7 sites et monuments classés, 6 sont des édifices d’Alger construits durant la période ottomane, relevés et analysés par les premiers architectes des monuments historiques, A. Ravoisié, E. Duthoit et Ballu[17]. Dans cette première liste, seuls quelques monuments majeurs algérois d’époque ottomane sont mentionnés alors que les édifices et sites antiques, plus importants numériquement, découverts, reconnus et inventoriés lors des missions d’exploration scientifique de l’Algérie de 1837 à 1845 n’y figurent pas[18]. Ce fait ne doit pas être interprété ici comme étant un signe d’un plus grand intérêt du service des monuments historiques pour le patrimoine légué par les Turcs mais plutôt comme une conséquence directe de la situation de ce dernier au cœur de la ville d’Alger, théâtres des premières installations françaises durant lesquelles ces édifices ont été occupés par les différentes institutions administrative, civiles ou militaire. Le patrimoine antique sera très largement représenté dans la liste du début du XXe siècle dite liste de 1900.

Considéré comme le recensement de référence par le service des monuments historiques, la liste de 1900 qui totalisait près de quatre-vingt-quatre biens classés, comprenait 9 seulement d’époque ottomane contre 30 d’époque médiévale. La prépondérance des édifices médiévaux affiliés à l’art hispano-mauresque est incontestable, la plupart sont situés à Tlemcen et dans sa région. Tous ont été relevés et dessinés par le génie militaire durant l’exploration scientifique, ensuite par le service des bâtiments civils, puis enfin par le service des monuments historiques, avec Edmond Duthoit, Edouard Danjoy et enfin Albert Ballu.

De 1900 à 1913, date de la promulgation de la loi fondamentale du 31 décembre 1913 sur la protection et la conservation des monuments historiques, 38 sites et monuments sont portés au classement du patrimoine, dont 19, soit la moitié, sont d’époque ottomane contre 11 d’époque médiévale (dont 10 de nouveau dans la ville de Tlemcen et ses environs).

Le nombre en évolution, durant cette première décennie du XXe siècle des édifices d’époque ottomane classés au patrimoine national peut s’expliquer par deux facteurs.

Le premier est lié au fait que le point et le plein ayant été faits pour les monuments médiévaux remarquables de Tlemcen et de ses environs dans la liste de 1900, les recherches se sont tournées vers d’autres édifices « arabes  » représentatifs de l’art local, de caractère moins monumental, situés dans d’autres département encore peu explorés ( Constantine avec 3 édifices et Oran avec trois) et dans lesquels il existait un patrimoine d’époque ottomane, vestige des circonscriptions régionales ottomanes, Beylik al-Titteri(du centre), Baylik al-sharq (de l’est) et enfin Beylik al-gharb (de l’ouest). Le patrimoine algérois de la Régence est en bonne place dans cette liste avec onze (11) monuments: des édifices de fonctions religieuses, (mosquées et marabouts), des fontaines intra muros et de la banlieue (fahs) d’Alger et enfin un groupe de grandes maisons et de palais de la ville basse (ensemble dit du Bastion 23, actuel Palais des Raïs).

Le second facteur est lié au contexte culturel du début du XXe siècle, période dite « Belle Epoque » algérienne, marqué par un intérêt pour la culture arabo-islamique et porté par la politique du gouvernement général de l’Algérie Charles Célestin Auguste Jonnart qui préconise, par l’adoption de plusieurs circulaires (1904, 05), la mise en scène du style architectural local dans les édifices publics. Le style en question, bien que qualifié de néo-mauresque accomplit en réalité la synthèse des formes andalouses et ottomanes. Le début du XXe siècle est aussi marqué par l’intérêt pour l’architecture locale, en particulier pour le cas de l’Alger ottoman du fait des actions de sensibilisation du Comité du Vieil Alger créé en 1905 qui, à travers ses excursions et ses conférences, a contribué à la découverte et à la reconnaissance du patrimoine de la Régence ottomane et de ses environs[19].

La décennie des années vingt à trente (1920-1930), constitue une période de grande progression de l’inventaire et du classement des sites et monuments historiques. Mais sur les 79 édifices nouvellement portés sur la liste du patrimoine protégé, seuls quatre (4) sont d’époque ottomane (3 à Alger et 1 à Constantine) et deux (2) d’époque médiévale. Le fait à noter est que le chiffre des nouvelles inscriptions des édifices d’époque ottomane est médiocre au regard du contexte politique et culturel du centenaire très favorable pourtant à la reconnaissance du patrimoine de la civilisation musulmane du Maghreb qui fait son entrée dans les chaires d’enseignement de l’histoire et de l’archéologie au sein de l’Ecole supérieure des lettres d’Alger. Mais si à cette époque les principaux travaux des premiers érudits, historiens et archéologues de la période musulmane (René Basset, William et G Marçais), sont entamés, ils ne seront cependant largement diffusés qu’un peu plus tard, entre la fin des années 30 et le début des années 50[20].

Entre 1940 et 1950, sur 67 monuments classés, 9 sont d’époque ottomane et 7 inscrits dans l’histoire des premières dynasties musulmanes formées du VIIIe au XIe siècle. Les inscriptions relatives à la période ottomane enregistrées durant cette décennie du milieu du XXe siècle révèlent une nouvelle situation : la découverte et l’étude du patrimoine turc de la région de l’ouest correspondant au beylik du gharb qui totalise à lui seul six (6) édifices classés sur les 9 situés dans la région d’Oran et Mostaganem et qui comprend des édifices isolés et relativement modestes (Fig.3). Il faut dire qu’à cette époque les opérations d’inscription et de classement des édifices n’étaient plus simplement basées sur leur image monumentale et remarquable mais sur leur intérêt réel du point de vue de l’histoire de l’art et de l’architecture. L’approche historique et scientifique dans la reconnaissance du patrimoine est le fait désormais de la chaire d’archéologie musulmane dirigée par Georges Marçais (1919-45) dont les travaux sont publiés au milieu du XXe siècle. Les études menées par cet érudit sont notamment à l’origine de la découverte des sites et monuments des premières dynasties musulmanes formées au VIIIe au XIe siècle qui figurent désormais dans la liste établie à cette période[21].

Au final et durant toute la période française et jusqu’à la veille de l’indépendance de l’Algérie, quarante-deux (42) édifices d’époque ottomane ont été portés dans la liste du patrimoine classé.

Par catégories fonctionnelles, on dénombre :

-20 édifices religieux (mosquées, zawiyas/ qoubbas)

-13 palais ou grandes demeures dont 5 situés dans la banlieue d’Alger (dans le fahs)

-5 ouvrages militaires (citadelle, forts, portes de ville)

– 4 fontaines (intra et extra muros)

Les édifices religieux de première ordre (grandes mosquées à prône) et les palais ou grandes demeures ont fait l’objet d’un grand intérêt de la part des français qui les ont intégrés au classement en raison de leur fonction dominante et leur caractère architectural monumental et remarquable représentatif de l’art local. A l’inverse, les ouvrages défensifs, malgré leur nombre important et leur grande diversité typologique, fonctionnelle et architecturale, et bien qu’ils aient été occupés par les autorités militaires, n’ont pas fait l’objet de recensement ni de classement.

Du point de vue de la répartition géographique, il faut noter la prépondérance des édifices algérois (au nombre de 27 sur les 42), territoire de Dâr al-Soltan et centre politique de la Régence ottomane, par rapport aux autres régions des provinces ou Beyliks de l’est et de l’ouest (avec 11 édifices pour le département d’Oran et 4 seulement pour Constantine). Dans cette répartition géographique, le Beylik de l’ouest apparait paradoxalement plus riche en monuments d’époque ottomane que le Beylik de l’est qui comprend pourtant Constantine, seconde grande cité d’établissement des Turcs. Ces résultats sont sans doute le fait d’une plus grande connaissance par les Français du patrimoine du Beylik de l’ouest, devenu département d’Oran et cela pour deux raisons:

– l’existence sur le territoire du Beylik de l’ouest des villes de Mazouna et de Mascara, capitales successives du Beylik du gharb ottoman, puis siège politique et foyer de résistance de l’Emir Abdelkader et de sa smala durant les premières années de l’occupation française.

– Le grand intérêt dont cette région a fait l’objet durant la seconde moitié du XIXe siècle lors de l’exploration scientifique puis à partir de 1872 par EdouardDanjoy et Edmond Duthoit dans leurs études sur l’art et les monuments médiévaux de Tlemcen et sa région[22].

Le Beylik de l’est avec Constantine comme capitale n’a accaparé l’attention des français qu’en ce qui concerne le patrimoine antique particulièrement concentré dans cette région.

Le patrimoine architectural d’époque ottomane dans les inventaires algériens de 1962 à nos jours.

La première liste des sites et monuments historiques classés de l’Algérie indépendante a été établie en décembre 1967 conformément à l’article 23 de l’ordonnance n° 67-281 du 20 décembre 1967[23]. Les circonscriptions archéologiques qui divisaient le territoire national et qui étaient à cette époque habilitées à mener des fouilles et prospecter pour le compte des inventaires du patrimoine ont reconduit globalement dans la liste de 1967 l’inventaire dressé par les français de 1887 à 1954.

En l’absence de listes intermédiaires du patrimoine recensé et ou classé entre 1967 et aujourd’hui, nous ne pouvons examiner l’état du patrimoine d’époque ottomane qu’à partir des données contenues dans la liste officielle des sites et monuments historiques publiée par le Ministère de la culture[24]. Cette dernière, si elle est exhaustive et actualisée présente une augmentation sensible des édifices d’époque ottomane par rapport à la liste de la période française et celle de 1967.

En 1968, plusieurs palais de la Casbah d’Alger (Palais des Rayis-Bastion XXIII) et de sa proche banlieue ont été classés (Villas des arcades, Mahieddine, Abdelatif, Boulkine-fille du Dey à Hussein Dey et Polignac à Bouzaréah). En 1982, s’ajoutèrent le palais de Hassan Pacha, ex palais d’hiver du gouverneur et la villa de Hussein Dey et en 1985, la villa du Bardo qui abrita dès 1930 le musée d’ethnographie et de préhistoire. Tous ces édifices furent occupés par les services du Ministère de la culture (musées ou services administratifs en charge de la gestion du patrimoine culturel).

Par la suite, l’inventaire du patrimoine architectural de l’époque ottomane à Alger s’est enrichi de plusieurs édifices élevés dans le périmètre de la Casbah d’Alger lorsque cette dernière a été érigée en 2005 en secteur sauvegardé[25]. Ce régime de protection a entrainé le classement  des vestiges de rempart sur les fronts sud de Bâb Azzoune et nord-ouest de Bâb el-Oued, de trois nouvelles mosquées hanafites (Safîr, Ketchâwa et Sidi Mhammed al-Sharif) et enfin de l’établissement pénitencier de Barberousse dans les abords de la citadelle. Quelques ouvrages défensifs remarquables, les forts turcs de Bord et-Kiffan et Bordj el-Bahri élevés sur la ligne de défense de la baie d’Alger entre le XVIIe et le XVIIIe ont également fait l’objet d’un classement.

Parallèlement à Alger, d’autres ensembles historiques importants ayant connu un essor et un développement important sous la Régence des Turcs  ont fait l’objet de classement en secteur sauvegardé durant l’année de 2005[26]. C’est le cas notamment de la vieille ville de Constantine qui conserve un ensemble de maisons ordinaires dont l’architecture porte les strates de l’histoire du vieux rocher et où se mêlent aux apports turcs des savoirs faires plus anciens hérités des périodes antiques et médiévales (hafsides en l’occurrence)[27]. (Fig. 4)

Enfin, en 2007, c’est autour de la Casbah de Dellys, ville d’accueil des frères turcs Barberousse en Algérie de bénéficier du statut de secteur sauvegardé en raison d’un ensemble de maisons et d’édifices singuliers (phare de Bungut ou vestiges de la mosquée al-Islah sous l’hôpital militaire) et remarquables qu’elle conserve et dont l’histoire sédimentée intègre aux fonds de traditions architecturales locales les apports andalous et turcs[28].

La liste référentielle la plus actualisée des édifices classés du Ministère de la culture qui fait office d’inventaire du patrimoine architectural révèle la persistance de lacunes et d’incohérences déjà observés dans les listes françaises et celle de 1967. Elles concernent :

-la désignation même de la catégorie du patrimoine architectural ottoman au regard des grandes périodes historiques de l’histoire nationale.

-la désignation des édifices dans leur genre et catégorie fonctionnelle.

– le système de localisation géographique utilisé pour identifier la situation des édifices.

Les champs de la chronologie historique qui permettent de désigner la catégorie du patrimoine architectural d’époque ottomane sont très confus. Au sein des différentes listes d’inventaire françaises et algériennes, les sites et monuments classés sont réparties en 4 catégories définissant des périodes historiques : préhistoire ; antiquité ; période islamique/ période médiévale et enfin période moderne.

La dénomination « monument islamique » est vague et confuse, elle se distingue de l’appellation « monument médiéval » alors que cette dernière catégorie s’inscrit dans la période musulmane. Cette catégorie n’intègre pas les édifices d’époque ottomane qui sont plutôt classés dans la période moderne, une dénomination propre à l’historiographie de l’Algérie qui comprend la période inscrite entre le XVIe siècle et 1830, période de domination ottomane en Algérie.

Par ailleurs, plusieurs édifices sont classés dans des périodes historiques erronées, un constat relevé dans les listes de l’époque française et de la première période post indépendance et qui persiste dans les listes les plus récentes. Ces faits démontrent l’absence d’études monographiques exhaustives sur les édifices en relation et en appui au recensement préliminaire de l’inventaire.

La désignation des catégories fonctionnelles (ou genre) utilise une terminologie non adaptée car les termes employés (mosquée, marabout, villa, fort ou palais) en usage dans les sources historiques ou travaux de recherche français de la première moitié du XXe siècle ne trouvent aucune correspondance avec les typologies architecturales de la période ottomane. Par ailleurs, cette terminologie transposée ne rend pas compte de la variété des catégories fonctionnelles notamment parce qu’elle ne se restreint qu’aux plus importantes d’entre elles, celles dont les vestiges architecturaux sont les plus remarquables. Ainsi dans les catégories d’édifices religieux, seules les grandes mosquées à prônes (djâma’) sont recensées et reconnues au détriment des mosquées de second ordre ou oratoires de quartiers (masdjids) ou mosquées-écoles coraniques (msîd) ou enfin de mosquées commémoratives (qoubbaou zawiyas)[29]. De même dans la catégorie de l’architecture résidentielle, seuls les palais et grandes demeures bourgeoises sont recensés alors que les typologies de maisons ordinaires (dâr, dwîra, ulwî) présentant une grande variété ne le sont pas. Enfin, les bains publics, autres exemples d’édifices élevés en grand nombre durant la période ottomane ne figurent dans aucune listes d’inventaire du patrimoine jusqu’à nos jours en raison de leur statut de fondation privée et leur architecture modeste.

En ce qui concerne le système de localisation des édifices de l’inventaire, il fait appel au découpage administratif des départements et des communes pour la période française et à une situation très sommaire relative à la wilaya, à la commune ou par rapport à un repère topographique remarquable dans la ville.

Problématiques de la conduite et de la construction de l’inventaire raisonné du patrimoine architectural d’époque ottomane.

L’examen de la structure des listes des biens culturels immobiliers du Ministère de la culture permet d’affirmer qu’il s’agit non pas d’un inventaire général mais d’un recensement ou pré-inventaire qui offre une restitution limitée de l’information sur le patrimoine architectural avec une couverture rapide du territoire. Les objets y sont dénombrés sur la base de quelques critères généraux de désignation de la catégorie fonctionnelle, de situation historique (période) et enfin de localisation géographique.

Le caractère sommaire des données permettant d’identifier les édifices montrent que ces derniers sont peu ou pas documentés et que l’exploitation des sources qui les concernent est restreinte. L’étude ou inventaire fondamental qui constitue le fondement de l’inventaire général et qui requière un travail approfondi de reconnaissance, d’analyse et de représentation des objets (par le biais de monographies individuelles, de séries, sur une sélection raisonnée d’œuvres ou sur plusieurs familles d’œuvres) ne semble pas avoir été engagée pour la majorité des édifices recensés.

L’élaboration d’un inventaire raisonné du patrimoine architectural algérien de la période ottomane est une entreprise qui reste donc entièrement à mettre en œuvre. Son élaboration ne va pas sans la mise en place d’une méthode qui prend en charge les spécificités de ce patrimoine et qui garantisse le respect des quatre principes qui fondent toute démarche de conduite d’un inventaire : l’objectivité, la cohérence, la pérennité et l’accessibilité des données[30]. La méthode doit tenir compte en outre de plusieurs considérations[31] :

  1. Le cadre géographique qui doit intégrer les deux dimensions du territoire et de l’aire d’étude.
  2. Le cadre historique.
  3. L’état matériel des édifices à étudier.
  4. La définition des catégories architecturales à étudier.
  5. La construction de thésaurus de la désignation propre à l’architecture ottomane algérienne.
  6. La continuité du patrimoine : de l’urbanisme à l’architecture aux objets mobiliers

Le cadre géographique : du territoire à l’aire d’étude

Un inventaire de type topographique est préconisé pour le patrimoine architectural d’époque ottomane en Algérie car le champ d’investigation qu’il propose est fortement ancré dans le territoire aux différentes échelles administratives. Ce type d’inventaire envisage l’étude des objets dans leur territoire et liée à l’histoire de ce dernier. Dans ce cas, la délimitation de l’aire d’étude (notion à caractère opérationnelle) ne doit pas seulement être définie par le découpage administratif des wilayas (composées de leurs communes) comme ce fut le cas dans l’inventaire de la période française et dans celui du Ministère de la culture algérien depuis 1967 à nos jours, mais doit surtout correspondre à une délimitation du territoire concordant avec l’implantation et l’extension du pouvoir ottoman en Algérie depuis le début du XVIe siècle jusqu’en 1830, date de l’occupation française. Ce territoire qui ne concerne qu’une partie seulement du pays comprend outre le siège ou la capitale de la Régence (Dâr al-Soltân/ Alger et ses environs), mais également les trois provinces ou beyliks régionaux : le beylik du grand centre dit du Titteri, le beylik de l’Est (al-sharq) et le beylik de l’ouest (al-gharb).

 

L’histoire de la domination ottomane en Algérie dessine une topographie du territoire sous mandat des Turcs dont les limites sont fluctuantes et comprend plusieurs zones qui se distinguent par une histoire propre liée aux rapports qu’elles ont entretenus avec le pouvoir ottoman. Une délimitation précise des zones d’établissement de l’administration ottomane en Algérie doit tenir compte:

-Des territoires sous contrôle permanent de la Régence ottomane : il s’agit de Dâr al-Soltân (Alger et la région centre) et de quelques villes, chefs-lieux et sièges des trois beyliks du Titteri (Médéa), de l’Est (Constantine) et de l’Ouest (Mazouna, Mascara puis Oran)[32].

-Des zones tributaires et sous influence de la Régence ottomane ou reliées temporairement au gouvernement des beyliks même s’il n’y a pas eu toujours des établissements turcs durables. Ces zones concernent par exemple les limites occidentales du beylik de l’ouest avec le cas par exemple de Tlemcen et de Laghouat rattachées conjoncturellement à l’une ou l’autre des deux puissances en concurrences au XVIe siècle dans la région : les Saadiens du Maroc et les Ottomans au centre et à l’est du Maghreb. Elles concernent aussi le cas du Sultanat de Touggourt au sud  qui, bien qu’ayant pris son indépendance du pouvoir saadien en 1414, devient tributaire du beylik de l’est, à la constitution de ce dernier[33].

La délimitation des territoires sous domination ottomane permet par la suite de fixer les aires d’étude de l’inventaire du patrimoine d’époque ottomane en établissant les correspondances géographiques et topographiques pour chaque beylik avec la configuration actuelle des territoires des wilayas et communes qui les composent.

Le cadre historique

L’une des difficultés dans la reconnaissance du patrimoine architectural de la période ottomane réside dans la datation de ses édifices. Hormis quelques mosquées et ouvrages majeurs pour lesquels nous disposons d’inscriptions conservées en place ou déposées dans les musées, les dates de fondation de la plupart des édifices construits sous le règne des Turcs sont inconnues. Cependant, aussi bien les matériaux que les techniques de constructions replacent la construction de ces édifices entre le XVIe et le XIXe siècle avec quelques distinctions entre le début de la période ottomane (XVIe et XVIIe siècle) et la fin (XVIIIe –début du XIXe siècle). Les seuls repères historiques qu’il est possible de trouver sont fournis par les documents officiels de l’administration ottomane lorsque les édifices sont mentionnés directement ou indirectement à titre de repère topographique dans le système de localisation géographique au sein des registres d’inventaire, de comptabilité ou de transaction (actes d’héritage, de transactions) ou enfin de fondations waqf dont ils ont souvent fait l’objet.

Ainsi pour les datations utilisées dans le recensement préliminaire, s’il est admis qu’elles se suffisent au renvoi à la période ottomane toute entière (XVIe-XIXe siècle), pour les fiches d’inventaire élaborées à l’issu des études monographiques pour chaque édifice, elles doivent être formulées en tenant compte du sens précis des locutions (En….-Exécuté au cours de l’année ; En cours….-En cours de réalisation pendant l’année ; Après….-N’ayant pu être exécuté avant l’année/ terminus ante quo ; Après….- N’ayant pu être exécuté après l’année/ terminus post quem….)[34].

L’état matériel des édifices à étudier

Dans le cadre de l’inventaire du patrimoine architectural d’époque ottomane, il y a tout lieu de considérer l’état matériel des objets à inventorier qui présente quelques spécificités lesquelles n’ont pas été prises en compte dans l’inventaire du Ministère de la culture. En effet, une enquête topographique s’intéresse avant tout à ce qui existe, dans l’état et le lieu où les œuvres se trouvent au moment de l’enquête. Ce principe appelle néanmoins certaines précisions pour le patrimoine architectural de la période ottomane dont l’inventaire doit intégrer, en plus des bâtiments existants et conservés, trois autres catégories d’édifices :

Des édifices ou ensembles d’édifices disparus qui sont relativement bien documentés par les sources historiques littéraires ou iconographiques européennes (lithographies et gravures du XVIe au XIXe siècle ou photographies de la seconde moitié du XIXe siècle et début du XXe siècle). Les exemples sont nombreux : ce sont tous les édifices détruits durant les premières décennies françaises au cours des travaux de percement, élargissement de rues, création de places, construction de nouveaux bâtiments européens ou lors de l’urbanisation des campagnes au milieu du XXe siècle. Ces opérations de démolition, de reconstruction et de reconfiguration du cadre urbain et architectural ont souvent été l’occasion, pour le génie militaire à l’œuvre durant les premières décennies de l’occupation ou pour les architectes du service des bâtiments civils dès le milieu du XIXe siècle ou ceux du service des monuments historiques plus tard vers la fin du XIXe siècle, de réaliser des relevés et des dessins sur les structures et vestiges d’édifices d’époque ottomane.

Les archives du service historique de l’armée de terre (SHAT) de Vincennes, les ANOM d’Aix-en Provences, les Archives nationales de Paris et ceux des monuments historiques conservés à la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine au Ministère de la culture en France, complétés par les travaux des premiers archéologues, historiens ou simplement par les témoignages des membres de la société civile mobilisés pour la conservation du patrimoine locale permettent de dresser les fiches descriptives des édifices disparus pour la documentation de l’inventaire général[35].

Des édifices transformés :« Le fait qu’une œuvre ait subi des transformations, récentes ou non ne l’exclut pas à priori du champ de l’inventaire qu’il s’agisse pour un édifice de l’épiderme, du gros œuvre( percement, obturation, surélévation, subdivisions…) ou pour une opération d’urbanisme de la modification d’une rue, de la reconstruction d’édifices, etc.….)[36].C’est en vertu de cette considération que dans le cadre de l’inventaire du patrimoine d’époque ottomane, il est envisageable de considérer les œuvres construites avant l’arrivée des Turcs, conservées et transformées substantiellement durant la période ottomane puis par les Français au XIXe et jusqu’en 1962. En effet dans les centres historiques anciens, (Casbahs ou médinas, d’Alger, de Constantine, de Dellys,…), le processus de stratification historique présente une grande complexité. Si communément les édifices de ces villes sont attribués à la période « précoloniale », il ne s’agit pas pour autant de les considérer comme une réalisation de la période ottomane mais tout au plus de les placer dans la structure de la dernière phase d’évolution de la ville sous administration ottomane. Les études sur l’architecture de la période ottomane (mosquées, palais maisons, bains ou ouvrages défensifs) dans les grandes villes concluent, quant à elles, à l’existence d’un syncrétisme culturel fort entre, d’une part les traditions du fonds berbère autochtone mêlés aux traces de l’antiquité romaine, et d’autre part, à l’apport du savoir-faire andalou conjugués aux modèles ottomans[37].

Des ruines ou vestiges d’édifices dont l’intérêt typologique et historique est attesté par les sources et travaux sur la période ottomane[38].La prise en compte dans l’inventaire de ces éléments permet notamment d’offrir une vue d’ensemble de l’organisation et de la topographie de la ville et de fournir par ailleurs des données utiles sur les modes et techniques de construction des édifices de même typologie bien conservés mais dont les structures constructives ne sont pas apparentes.

La définition des catégories d’objets d’étude

Comme dans tout inventaire, il y a lieu de considérer pour le domaine de l’architecture ottomane plusieurs catégories d’objets d’étude, identifiables en tant qu’entité ou partie d’entité (l’édifice, l’édicule, l’ouvrage d’architecture, l’ouvrage d’art) ou considérés à travers une démarche de reconstruction intellectuelle des parties et du tout (l’ensemble architectural et la famille)[39].

Pour les édifices ou groupes d’édifices, il y a lieu de tenir compte du terrain d’assiette en tant que fonds historique contemporain de la création architecturale. Cette considération est particulièrement importante pour les nombreuses grandes demeures du fahs d’Alger (banlieue ou campagne environnant la ville) qui, dans l’état actuel, ne comprennent dans l’inventaire du Ministère de la culture que le corps du bâtiment principal ou maison du maitre, véritable petit palais rural. En réalité ces demeures, nommées « Djenan, pl. Djenâyin », (littéralement jardin) étaient des domaines, désignés en tant que tels ou par le terme de « campagnes » dans les documents des cadastres français. Elles comprenaient, outre la grande maison principale, un ensemble de dépendances (ryads ou jardins privatifs, écuries, étables, réserves, greniers, et logements du personnel) construit au milieu d’un grand jardin potager entouré de terres cultivées. Ces résidences de villégiature appartenaient à la riche notoriété algéroise, les Turcs et les autochtones, les hauts dignitaires et fonctionnaires de l’état, les rayis (corsaires), et enfin les consuls qui les occupaient durant la belle saison exploitant leurs terres fertiles.

Ces domaines morcelés par l’urbanisation du XXe et XXIe siècles, par les mutations de propriété, par les découpages parcellaires et par les transformations d’usage ont totalement perdu leur unité et cohérence d’origine. Seule subsiste en générale, non sans avoir subi des transformations, la demeure principale, affectée à une nouvelle fonction et intégrée dans des ensembles de bâtiments contemporains. La prise en compte de l’ensemble du territoire qui définit l’assiette de la demeure rurale ottomane d’Alger permet de comprendre les circonstances de sa formation mais surtout de déceler l’origine de certaines dispositions architecturales ou de certains agencements architectoniques des corps de bâtiments qui la composent.

Dans les listes de l’inventaire du patrimoine architectural d’époque ottomane, nous ne trouvons que les édifices majeurs et non pas les édicules qui, à l’opposé des premiers, n’ayant pas d’espace habitable, ne semblent pas avoir fait l’objet d’un intérêt sur le plan de la conservation patrimoniale. Pourtant ces parties d’édifice ou petites constructions isolées, possédant une autonomie structurelle, sont nombreuses et très visibles dans les paysages des villes et des campagnes à l’exemple des portes (de ville ou de quartiers), des fontaines publiques, des tombes et sépultures funéraires, des lavoirs, abreuvoirs, …

Associés à la notion d’édicule, se trouvent aussi les constructions d’art, propres au génie civil dont les établissements de la période ottomane sont particulièrement bien dotés. Ce sont les ouvrages hydrauliques (aqueducs, norias, bassins de retenue et de répartition de l’eau-sâniya, canaux d’irrigation-qanât)[40]ou militaires et défensifs(batteries-toppâna, remparts…)[41].

Dans une vision d’ensemble et pour une lecture cohérente des éléments du patrimoine architectural, il y a lieu aussi de considérer dans certains cas la catégorie recomposé de « l’ensemble » qui se définit par « le jeu des relations de complémentarité qui s’établissent entre plusieurs œuvres (édifices, édicules ou ouvrages) rassemblés sur un même lieu ou reliés par un même tracé et pouvant être groupés ou disséminés»[42]. Les ouvrages hydrauliques et défensifs mis en place par l’administration ottomane aussi bien à Alger que dans les autres sièges des beyliks régionaux ne peuvent être appréhendés qu’au sein des systèmes qui définissent les fonctions respectives qu’ils remplissent à l’échelle des territoires, villes et édifices où ils se trouvent. De même, la forme et le mode de construction des ouvrages composant ces systèmes ne sont compréhensibles qu’au sein des dispositifs et modes d’implantation qui les caractérisent ou parfois à la lumière des évènements fondateurs historiques qui sont à l’origine de leur édification.

Dans cette catégorie se trouvent également les ensembles constitués (rues et places) dont la configuration est liée à la période ottomane et dont il n’est possible d’appréhender la morphologie qu’en considérant les relations induites par le processus de conception commun des éléments qui les composent (édifices et mobiliers) et qui est lié aux contraintes du site, aux mécanismes d’association des typologies architecturales des édifices et aux modes de construction de ces derniers (Fig. 5).

Enfin, dans la catégorie des objets d’étude, et dans le cadre d’une approche thématique de l’inventaire combinée à l’approche topographique, il est possible aussi d’inventorier des familles architecturales formées par tous les édifices d’un même genre présents sur un territoire, le genre étant défini par la fonction d’origine de l’œuvre[43]. Dans l’inventaire du Ministère de la culture algérien, se trouve en marge de la liste des sites et monuments classés, une liste composée de près de 25 villas et palais d’Alger qui constitue une famille d’édifices. Cette famille contient aussi bien des édifices classés (15 sur 25) que des édifices non classés mais de valeur reconnue et susceptibles d’être soumis à un régime de protection. L’inventaire de ces édifices est loin d’être exhaustif. Des travaux de recherche très récents en dénombrent un grand nombre dont près d’une soixantaine qui sont documentés et qui peuvent aussi rejoindre l’inventaire général[44].

L’étude thématique par genre permet d’identifier la récurrence des caractères historiques ou morphologiques de la famille grâce auxquels on peut établir une typologie. L’intérêt de l’inventaire des familles d’édifices permet surtout de procéder rationnellement à des « sélections » pour le classement d’individus qu’ils soient représentatifs de la famille ou qu’ils se distinguent par leur singularité[45].

La construction de thésaurus de la désignation propre à l’architecture ottomane de l’Algérie.

La construction d’un lexique de désignation des catégories fonctionnelles et des éléments architecturaux et architectoniques qui prépare à la construction des thésaurus et répertoires terminologiques, outils indispensables à la construction des bases de données de l’inventaire, passe nécessairement par une « contextualisation » des vocabulaires du système descriptif liés à l’étude de l’architecture des édifices algériens de l’époque ottomane[46].

Un tel travail est en construction car les données d’un thésaurus de désignation de l’architecture ottomane de l’Algérie sont visibles dans plusieurs travaux de recherche récents pour plusieurs catégories fonctionnelles.

Pour l’architecture résidentielle de la ville intra-muros, pour les grandes demeures de la campagne (djayin al-fahs) et pour les fermes et domaines (haouch) du beylik situés dans la plaine de la Mitidja, des recherches récentes livrent un lexique riche, aussi bien sur les typologies architecturales que sur les espaces et éléments de la construction[47].

L’architecture religieuse d’époque ottomane a fait, elle aussi, l’objet d’études monographiques très documentées à toutes les échelles (de la ville, de l’édifice, des matériaux, des techniques de construction et de mise en œuvre) notamment pour la Régence d’Alger[48].

L’architecture militaire et défensive ainsi que les ouvrages du système hydraulique et balnéaire ne sont pas restés en marge de la recherche historique[49]. On trouve dans des études récentes sur ces catégories fonctionnelles des données pour un thésaurus de la désignation des œuvres mais également un champ terminologique très riche lié aux espaces architecturaux, aux éléments et technologies de la construction et enfin aux usages et pratiques du bain et des eaux thermales.

Mais il faut préciser ici que la construction des lexiques et des thésaurus propres à l’architecture ottomane algérienne ne peut se suffire de recherches basées sur les sources européennes produites entre le XVIe et le XIXe siècle. Il faut obligatoirement s’en référer aux sources d’archives ottomanes (documents de l’administration du bayt al-mal du beylik, des institutions judiciaires ou mahakim el-shar’iyya et fondations des biens de mains mortes ou waqf) qui traitent des édifices et infrastructures de la ville. Les termes qui permettent l’indexation des ensembles et édifices architecturaux doivent nécessairement apparaitre dans la base de données sur le patrimoine dans les trois registres de langue dans lesquels ils se présentent dans les archives ottomanes : le turc osmanli, l’arabe dialectal et enfin l’arabe classique.

La continuité du patrimoine : de l’urbanisme à l’architecture aux objets mobiliers

La continuité du patrimoine, de l’ensemble immobilier à l’objet mobilier permet de mener des études conjointes qui facilitent la compréhension des changements et modifications des fonctions et donc des espaces dont l’ameublement constitue un témoignage[50]. A une autre échelle, l’identification d’un édifice au sein de l’inventaire et la compréhension de son histoire et sa morphologie ne peut se faire sans connaissance de l’environnement bâti (milieu urbain ou rural) dans lequel il s’est formé.

Ainsi il y a tout lieu de créer des liens (dans la structure de la base de données de l’inventaire) entre, d’une part les biens immobilier, édifices d’époque ottomane et les biens mobiliers de même période conservés dans les collections de musées et, d’autre part les ressources archivistiques et historiques identifiant et présentant leur environnement bâti (le territoire, la ville, le village, le quartier, etc….).

Le lien entre le patrimoine mobilier et immobilier peut être établi entre le monument et les objets d’ameublement ou entre le monument et les éléments du décor qui sont intégrés dans la composition architecturale et matériellement solidaire de la structure, le plus souvent rapportés et conservés sous forme d’objet, fragments d’objet, panneaux ou fragments de panneaux[51].

Le lien qui assure la continuité de lecture entre l’édifice et l’objet est identifié et identifiable pour ce qui est de l’architecture résidentielle et palatiale d’époque ottomane en Algérie car les usages et fonctions traditionnelles domestiques sont encore en parties conservées dans les habitations des vieilles villes (Alger, Constantine, Dellys). Elles sont pour le cas d’Alger restituées dans les espaces du musée des arts et traditions populaires (ATP) qui dès 1947, et au titre de service technique d’artisanat, a servi à abriter des expositions d’arts populaires. Le mobilier et les ameublements des demeures de la période ottomane y sont présentés dans leur cadre architectural originel.

Pour les autres catégories fonctionnelles (édifices religieux, balnéaires, hydrauliques, militaires, et autres…) les liens entre le patrimoine immobilier et les objets mobiliers correspondant restent à établir à partir de l’histoire de la constitution des collections d’art musulman liée notamment aux expositions d’Art musulman, organisées à Alger dès la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle (en 1905 à la Medersa d’Alger nouvellement inaugurée)[52]. Un tel travail de correspondance n’est cependant pas sans difficulté car les collections algériennes d’art de l’époque ottomane héritées de la période française n’ont, durant toute la période de formation des musées dédiés à l’art musulman, jamais constitué une entité distincte et à part entière. Dans les musées d’Alger et de Constantine, villes phares de la période ottomane, l’art médiéval des premiers royaumes musulmans du IXe et XIe siècle (Achir, Sedrata, Qal ‘a des Bani Hammad) était largement documenté durant toute la période française[53]. Il reflétait le lien entre l’institution muséale de conservation des collections et les études et recherches de terrain menées à cette époque par les archéologues de l’Ecole supérieure des lettres d’Alger[54].

En revanche l’art de la période ottomane, dit « des barbaresques », était, comme il est possible de le voir pour le musée d’Alger, noyé dans les collections des produits d’art, d’industrie, de trophées et de souvenirs locaux (costumes, broderies et textiles, armement, vaisselles, objets et mobiliers domestiques), héritées du fonds ancien constitué par A. Berbrugger dès 1854[55]. Si aujourd’hui, au sein du Musée National des Antiquités et des Arts Islamiques d’Alger les collections d’art de la période ottomane constituent une catégorie distincte, il n’en demeure pas moins que de nombreux objets (stèles, inscriptions tombales, plaques à épigraphie commémorative, décors architecturaux, panneaux de céramique, pierres, plâtres et bois sculptés) restent encore approximativement référencés. Les notices de présentation, le plus souvent générales, ne renseignent pas sur les édifices de provenance, les lieux et les périodes de fabrication, un lien qui doit nécessairement être établi et précisé.

[1]Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine. Monuments, musées et politique coloniale en Algérie (1830-1930), Paris, Ed.La Maison des sciences et de l’homme, 2004, p.164

[2]Koumas Ahmed et NafaChehrazad, L’Algérie et son patrimoine. Dessins français du XIXe siècle, Paris, Ed. du Patrimoine, 2003, p.36-46

[3]Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine,op.cit., p.83 ; Voir également Chergui Samia, Les mosquées d’Alger. Construire, gérer et conserver (XVI-XIXe siècle), Paris, Ed. Pups, 2011.

[4]Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine, op.cit., p. 148

[5]Cherif Nabila, les bains d’Alger durant la période ottomane, Paris,Ed. Pups, Série Islam, 4eme volume, 2008

[6]Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine, op.cit., p.149 ;Koumas Ahmed et NafaChehrazad, L’Algérie et son patrimoine, op. cit., p.75

[7]Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine, op. cit., p. 157

[8]Idem.

[9]Féraud Laurent Charles, Algérie, archéologie et histoire. Exposition universelle de Paris de 1878, Alger, Ed. A. Jourdan, p.27

[10]Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine, op. cit., p. 157 et voir Marçais Georges, Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’occident musulman, Tomme I, Articles et conférences de Georges Marçais, Alger, Impr. Officielle du Gouvernement Général de l’Algérie, 1957, p. 20-22

[11]Il s’agit du palais de Mustapha Pacha, premier Musée- bibliothèque d’Alger, de la mosquée de Sidi Abderrahman et de la mosquée Djama’ al-Djedid.

[12] Direction de la conservation du patrimoine au ministère de la Culture, Sous direction chargé de l’inventaire des biens immobiliers.

[13]Décret du 4 mars 1964 à l’initiative d’André Malraux et d’André Chastel.

[14] Voir le site officiel du service de l’Inventaire général du patrimoine culturel sur http://www.inventaire.culture.gouv.fr/(consulté le 13/01/2015.

[15] La liste des monuments classés durant la période française (entre 1848 et 1962) est parue dans une publication du Ministère de l’instruction publique et des Beaux-arts de 1889 suite à la loi du 03 mars 1887 et de son décret d’application du 03 janvier 1889. Elle est communément appelée Liste 1900. Voir Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts. Direction des Beaux-arts. Monuments historiques. Loi et décrets relatifs à la conservation des monuments historiques. Liste des monuments classés, Paris, Imprimerie nationale,‎ 1889.

[16] Les départements d’Algérie comptaient 292 édifices comportant au moins une protection au titre des monuments historiques. Le graphique illustrant la progression du nombre d’actes de protection par décennie est consultable sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_monuments_historiques_des_d%C3%A9partements_fran%C3%A7ais_d%27Alg%C3%A9rie

[17]Ce sont les trois palais propriétés de la classe dirigeante des Turcs (Dâr al-Khaznâdji, archevêché, actuelle Dâr Aziza ; Dâr Mustapha Pacha, ancienne bibliothèque –Musée d’Alger et Dâr al-Souf ancienne Cour d’Assise), les deux mosquées  de Djâma’ al-Djadid et Djâm ‘ Sidi Abderrahman et enfin la forteresse militaire  ou citadelle d’Alger, investit par l’Etat majore de l’armée française.

[18]Koumas Ahmed et NafaChehrazad, L’Algérie et son patrimoine, op.cit., p.30

[19]Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine, op.,cit., p. 240-41, voir comptes-rendus des excursions et conférences des membres de l’association des amis du vieil Alger, dans Klein Henri, Feuillets d’El-Djezaïr, Alger, Ed. Fontana, 12 volume (T. I/1910 à T. XII/ 1933).

[20] A titre d’exemple voir Marçais Georges, L’exposition d’Art Musulman d’Alger, Paris, Ed. Albert Fontemoing, 1906 ; Art musulman d’Algérie, Album. Pierre, plâtre et bois sculptés, Alger, Tipographie Adolphe Jourdan, 1909 ;« Remarques sur l’esthétique musulmane », Annales de l’Institut d’études orientales d’Alger, T. IV, p.55-71 ; « Les musées d’art musulman en Algérie », Documents algériens, Série Culturelle, n°11, novembre 1946, p.1-4 ; L’architecture musulmane d’Occident. Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile, Paris, Ed. Arts et Métiers Graphiques, 1954 ; Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’occident musulman, Tomme I, Articles et conférences de Georges Marçais, Alger, Impr. Officielle du Gouvernement Général de l’Algérie, 1957.

[21] Sept (7) monuments et sites de cette période sont classés : cinq (5) dans la Bougie hammadite du XIe siècle et deux (2) à Sedrata-Guardaia du VIIIe-XIXe siècle.

[22]Koumas Ahmed et NafaChehrazad, L’Algérie et son patrimoine,op.cit., p.91

[23]« Liste des sites et monuments historiques classés à la date du 20 décembre 1967 conformément à l’articles de l’ordonnance n° 67-281 du 20 décembre 1967 », Bulletin d’Archéologie Algérienne, TIII, 1968, Imprimerie Officielle, Alger 1968, p. 455-470.

[24]Voir site officiel du Ministère de la culture algérien http://www.m-culture.gov.dz/(Consulté le 13/ 01/ 2015)

[25] Décret n° 03-324 du 05 octobre 2003 relative aux modalités d’établissement du PPSMVSS-Plan permanent de sauvegarde et de mise en valeur des secteurs sauvegardés et le décret exécutif n° 05-173 du 09 mai 2005 portant création et délimitation du secteur sauvegardé de la Casbah d’Alger

[26] Décret exécutif n° 05-208 du 4 juin 2005 portant création et délimitation du secteur sauvegardé de la vieille ville de Constantine.

[27]Khélifa Abderrahmane, Cirta, Constantine, la capitale céleste, Alger, Ed. Colorset, 2010.

[28]Chaid- Saoudi, Yasmina, Dellys. Aux mille temps, Alger, Ed. du Tell, 2008; Bougdal Kamel,Identification des caractéristiques typologiques architecturales et techniques constructives du cadre bâti méditerranéen. Cas d’étude : la Casbah de Dellys. Mémoire de magister non publié, Blida, Université Saad Dahlab, 2006Bougdal Kamel, 2006

[29]Chergui Samia, Les mosquées d’Alger, op.cit., p.25

[30]Melot Michel et Verdier Hélène (Dir), Massary (de) Xavier et Coste Georges (rédacteurs), Principes, méthode et conduite de l’inventaire général, Documents et méthodes, n° 9, Paris, Ed. du Patrimoine, 2001, p.5.

[31]Idem, p.9-16

[32] Kaddache Mahfoud, , L’Algérie durant la période ottomane, Alger, Ed. OPU, 1991, p. 127, 138, 149.

[33] Remaoun Hassan (Dir.), L’Algérie, Histoire, société et culture, Alger, Ed. Casbah, 2000, p. 27 ;Voir également, Charles Laurent Féraud (Présentation de Kamal Chehrit), Histoire des sultans de Touggourt et du Sud Algérien, Les Beni Djellab et consorts. Origine et histoire d’une dynastie saharienne, 2006, p. 162

[34] Perouse de Montclos Jean-Marie, « La monographie d’architecture », Documents et méthodes n° 10, Manuscrit de publication, 1978, p.17. Consulté le 07/01/2015 sur:
<www.culture.gouv.fr/culture/dp/inventaire/extranetIGPC/normes/monographie-archi.pdf>

 

[35] Voir à ce sujet les travaux de l’archiviste A. Devoulx sur la topographie d’Alger aux époques romaines, arabe et ottomane, Alger, Manuscrit de la BN d’Alger, Ms.3213, 1870.

[36] Melot Michel et Verdier Hélène (Dir), Principes, méthode et conduite de l’inventaire général, op.cit., p.14.

[37] Voir les études de Missoum Sakina, Alger à l’époque ottomane. La médina et la maison traditionnelle, Alger, Ed. Inas, 2003 ; Cherif Nabila, « Les bains algériens : architecture, fonctionnement et gestion. Entre apport andalous et modèles ottoman », in 25 siècles de bain collectif en Orient, Proche-Orient et Péninsule arabique, Balaneia, Thermae, Hammam, édité par M. F. Boussac, Sylvie Denoix, Thibaud Fournet et Bérangère Redon, co-édition IFAO (Etudes urbaines n° 9)- IFPO (PIFD n°282). 2014, p.238-39 et p.242-43; Chergui Samia, Les mosquées d’Alger, op. cit. ;Bensalama Safia, Identification du système défensif ottoman d’El Djezaîr (1516-1830) cas de bordj Kalat al-Foul, Mémoire de Magister, sous la direction de P. Cuneo et F. Cresti. EPAU 1996.

[38]Exemple des Vestiges du rempart sud de la Casbah d’Alger, du minaret du campement à Sidi El-Houari, etc….

[39] Livret d’Architecture, 1978, p. 3-9 ; Melot Michel et Verdier Hélène (Dir), Principes, méthode et conduite de l’inventaire général, op.cit., p 29.

[40] CrestiFrédérico, “Le système de l’eau à Alger pendant la période ottomane (XVIe-XIXe siècle) », Algérie, les signes de la permanence, Collection du Centro Analisi Sociale Progetti, Rome, 1993, p. 70-87 ; Belhamissi Moulay, Alger par ses eaux, Alger, E. Ministère de la culture et de la communication,2004 ;Cherif Nabila, les bains d’Alger, op.cit.; du même auteur, « La mosquée-cathédrale de Ketchâwa : Histoire et pathologies », Ikosim, n°1, AASPPA, Alger 2012, p.139-15.

[41] BensalamaSafia, Identification du système défensif ottoman, op.cit.;Khellassi Ali, Constructions militaires ottomanes de la ville d’Alger, Musée central de l’armée. Ministère de la Défense nationale. Collection Cavalerie Algérienne, Alger, 1985 ; Laye, Yves, Le port d’Alger, Thèse de doctorat, Bibliothèque de la faculté de droit de l’Université d’Alger, Volume XIV, Alger, 1951.

[42] Livret Architecture, op. cit.,p.5

[43]Melot Michel et Verdier Hélène (Dir), Principes, méthode et conduite de l’inventaire général, op.cit., p.32

[44] Golvin Lucien, Palais et demeures d’Alger à la période ottomane, Paris, Ed. Edisud, 1988 ;Ouargli Nadia, Inventaire et restauration des villas d’Alger de l’époque ottomane, thèse de magistère non publiée, EPAU, 1997;MissoumSakina, Alger à l’époque ottomane. La médina et la maison traditionnelle, Alger, Ed. Inas, 2003 ; Bué-Vidal Marion, Villas et palais d’Alger du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Ed. Place des Victoire, 2012.

[45] Melot Michel et Verdier Hélène (Dir), Principes, méthode et conduite de l’inventaire général, op.cit., p. 32

[46] Chatenet Monique et Verdier Hélène (dir), « Système descriptif de l’architecture », Documents et Méthodes, n° 5, Paris, Ed. du Patrimoine, 1999 ; des mêmes auteurs, « Thésaurus de l’Architecture », Documents et Méthodes, n°7, Paris, Ed. du Patrimoine, 2000; Voir également pour la description de l’architecture (vocabulaire), Perouse de Montclos Jean-Marie, Architecture, Méthode et vocabulaire, Paris, Ed. Monum/Patrimoine, 2000, 2 vol.

[47] Golvin Lucien, Palais et demeures d’Alger, op.cit.; Ouargli Nadia, Inventaire et restauration des villas, op.cit.; Bué-Vidal Marion, Villas et palais d’Alger, op. cit..

[48] Devoulx Albert « Les édifices religieux de l’ancien Alger », Revue Africaine, vol.7, 1863 à vol. 14, 1870; Chergui Samia, les mosquées d’Alger, op.cit.

[49] CrestiFrédérico, “Le système de l’eau à Alger », op.cit, p. 70-87 ; Belhamissi Moulay, Alger par ses eaux,op.cit. ;Cherif Nabila, les bains d’Alger, op.cit.; du même auteur, « La mosquée-cathédrale de», op.cit.p.139-151.

[50] Melot Michel et Verdier Hélène (Dir), Principes, méthode et conduite de l’inventaire général, op.cit., p.16

[51] Idem.

[52] Marçais Georges, L’exposition d’Art Musulman d’Alger, op. cit., p.5; voir également Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine, op.cit., p.185-191 et du même auteur, « La muséographie à l’œuvre en Afrique du Nord », op.cit., p. 117.

[53] Marçais Georges, L’exposition d’Art Musulman d’Alger, op. cit. ; Marçais Georges, Art musulman d’Algérie, op.cit. ; Marçais Georges, « Les musées d’art musulman, op.cit.

[54] Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine, op.cit., p.192

[55] Oulebsir Nabila « La muséographie à l’œuvre en Afrique du Nord…. », op.cit., p.119.

Bibliographie

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Bensalama Safia, Identification du système défensif ottoman d’El Djezaîr (1516-1830) cas de bordj Kalat al-Foul, Mémoire de Magister non publié, sous la direction de P. Cuneo et F. Cresti. EPAU 1996.

Bougdal Kamel, Identification des caractéristiques typologiques architecturales et techniques constructives du cadre bâti méditerranéen. Cas d’étude : la Casbah de Dellys. Mémoire de Magister non publié, Blida, Université Saad Dahlab, 2006.

Bué-Vidal Marion, Villas et palais d’Alger du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, Ed. Place des Victoire, 2012, 307 p.

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Marçais Georges, L’architecture musulmane d’Occident. Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne, Sicile, Paris, Ed. Arts et Métiers Graphiques, 1954, 541p.

Melot Michel et Verdier Hélène (Dir), Massary (de) Xavier et Coste Georges (rédacteurs), « Principes, méthode et conduite de l’inventaire général », Documents et méthodes, n° 9, Paris, Ed. du Patrimoine, 2001, 211 p.

MissoumSakina, Alger à l’époque ottomane. La médina et la maison traditionnelle, Alger, Ed. Inas, 2003, 279 p.

Ouargli Nadia, Inventaire et restauration des villas d’Alger de l’époque ottomane, thèse de magistère non publiée, EPAU, 1997.

Oulebsir Nabila, Les usages du patrimoine. Monuments, musées et politique coloniale en Algérie (1830-1930), Paris, Ed. de la Maison des sciences et de l’homme, 2004, 411p.

Oulebsir Nabila, « La muséographie à l’œuvre en Afrique du Nord. La formation des collections archéologiques et d’objets d’art dans les musées en Algérie et en Tunisie (XIXe-XXe siècle) », in Les séminaires du CNRA, sous la direction de Ferdi Sabah et Ighilahriz Farid, Alger, Ministère de la Culture, Centre National de recherche en Archéologie, Edition 2012, p.115-120.

Perouse de Montclos Jean-Marie, « La monographie d’architecture », Documents et méthodes n° 10, Manuscrit de publication, 1978. Consulté le 07/01/2015 sur:
<www.culture.gouv.fr/culture/dp/inventaire/extranetIGPC/normes/monographie-archi.pdf>

Le lexique des patrimoines architecturaux dans la Régence d’Alger, Support de thesaurus ?

 

Samia Chergui, Maître de conférences en Histoire de l’architecture, Université Saad Dahlab, Blida 1

 

À partir d’un certain nombre d’échantillons non exhaustifs de documents habus collationnés par nous et de différents glossaires provenant d’études antérieures – comme celles menées par S. Missoum, N. Cherif, S. Chergui et S. Messikh-Benslama sur les habitations, les bains, les mosquées et les fortifications d’Alger à l’époque ottomane[1] –, mais aussi d’investigations poussées sur le terrain, il est aisé de repérer, pour ce qui est de la Régence d’Alger, une terminologie riche portant sur les typologies des patrimoines architecturaux et leurs différentes composantes. Nous avons choisi dans le cadre de cette recherche d’orienter notre réflexion sur cet aspect d’ordre lexical qui peut contribuer dans la construction d’un support de thésaurus tout à fait inédit.

Il serait indispensable pour la distinction terminologique qu’on se propose d’établir entre ces différentes composantes spatiales, architectoniques, structurelles et décoratives de prendre d’emblée en ligne de compte les différentes acceptions linguistiques données à chacune d’elles au niveau de certains dictionnaires spécifiques, dont celui de M. Beaussier[2]. Ce dictionnaire pratique arabe-français, paru à Alger dès 1871 et réédité en 1958 dans une nouvelle version revue, corrigée et augmentée par M. Ben Cheneb, semble le plus adapté à traduire les locutions propres à la province d’Alger[3]. Il a réuni les termes employés dans la langue usuelle, les formules fréquemment usitées dans le style épistolaire simple et enfin les mots ou tournures auxquels font particulièrement appel les actes légaux émanant des qadi-s malékite et hanafite. Le supplément de ce dictionnaire arabe français, réalisé par A. Lentin en 1901, fournit, à son tour, un appui à notre recherche [4]. En 2007, une nouvelle réédition de J. Lentin réunit enfin dans un dictionnaire unique les résultats de recherches de M. Beaussier (1821-1873), interprète de l’Armée d’Afrique, de M. Ben Cheneb (1869-1929), professeur à l’université d’Alger et d’A. Lentin (1884-1971), professeur d’arabe[5].

Une pareille démarche reste insuffisante si elle ne permet pas de rattacher le sens de ces composantes au contexte même de leur manifestation. On est amené de ce fait à admettre une parfaite correspondance entre ce dernier et la spécificité même du patrimoine architectural ottoman d’Alger ; celui-ci n’a pu finalement se cristalliser sans la conjugaison des efforts d’architectes et constructeurs de différentes ethnies et confessions – Algérois baldi, Kabyle ou Biskri barani, Morisques, captifs chrétiens, juifs dhimi,…etc. –, ni sans la profusion et la diversité de matériaux de construction locaux ou d’importation. Aussi, un pareil lexique ne peut en aucun cas être envisageable sans que toutes les expressions techniques et artistiques soient réellement concordantes avec la plupart de leurs définitions données par la majorité des comptes de chantiers inventoriés parmi les archives ottomanes.

Ce simple essai d’inventaire d’ordre lexicologique ne doit pas être perçu en dehors du cadre précis dans lequel avait évolué le patrimoine architectural ottoman d’Alger, entre les xvie et xixe siècles. Dans l’une de nos précédentes études un vocabulaire d’une grande richesse relatif aux actions de construction et d’entretien de ce riche patrimoine hérité de la période ottomane a été développé grâce à leur environnement sémantique noté dans les documents d’archives ottomanes[6].

Chaque terme relevé dans les documents habus est largement illustré pour faire apparaître les formes et variantes, souvent dans leur dimension historique, permettant ainsi de mettre en place des typologies et des chronologies. L’ébauche d’un thésaurus des composantes de l’architecture ottomane d’Alger sur la base de l’analyse de ces archives de gestion ottomane des biens immobiliers et fonciers de main morte ouvre la voie à des approches linguistiques inédites. L’aboutissement de ce travail permettra de compléter et de développer certains aspects de ce thesaurus de la dénomination. L’usage d’un vocabulaire et d’une syntaxe communs d’analyse des typologies architecturales ayant pu caractérise le paysage du vieil Alger ottoman constituera certainement la base d’un inventaire raisonné.

Le souci méthodologique de définir avec exactitude les vocables utilisés autant dans la désignation que dans la description technique des œuvres architecturales et de leurs composantes est permanent. Ces définitions seront appelées à être illustrées, chaque fois qu’il est possible, par des figures, des iconographies et des planches photographiques ainsi que par une série de références permettant de les rattacher au document les citant. Sa traduction dans la langue française est également prévue, dans cette première phase d’inventoriage, sur la base des dictionnaires de M. Beaussier et A. Lentin. Une clarification doit être cependant faite au sujet de la langue dans laquelle ont été rédigés les rôles de chantier, sources d’une foisonnante terminologie. Celle-ci relève d’une expression arabe influencée à la fois par le dialecte algérois autochtone, le berbère, la langue turque officielle et la « lingua franca » d’importation européenne.

L’entreprise d’inventaire, dans cette optique, doit être analysée sous l’angle des valeurs que cette architecture véhicule. Par ailleurs, le classement s’effectue en fonction de catégories qui sont à créer, notamment à partir de travaux de recherche porteurs de lexiques adaptés à ces nouveaux objets d’étude. Au regard de la patrimonialisation, la question de la terminologie a une acuité d’autant plus forte qu’elle est liée à la reconnaissance du statut patrimonial d’un objet et de son univers de référence : longtemps, l’archéologie, l’ethnographie et, dans une moindre mesure, la préhistoire ont dominé ; aujourd’hui, un effort est fait pour décrire des patrimoines appartenant à des zones négligées de l’histoire des arts du Maghreb, notamment les patrimoines architecturaux islamiques des périodes médiévale et moderne.

Les documents d’archives ayant permis d’aller vers cet essai d’inventaire d’ordre lexicologique pour ce qui est du patrimoine architectural du vieil Alger ottoman proviennent du fonds archivistique du Beylik[7]. Ils sont ainsi répertoriés :

  • 07 registres d’inventaire,
  • 91 registres de comptabilité.

Figure 1. Extrait du registre de comptabilité 325/423, carton 310 à 382. Copie originale en arabe dialectal (CNA).

Nous proposons de présenter l’ensemble des termes extraits des registres d’inventaire et des livres de compte suivant quatre principales rubriques. Une fois organisés et classés, ces derniers doivent permettre de construire un véritable support de thésaurus.

Termes des typologies architecturales

Architecture religieuse

  • masdjid djâma: mosquée à prône.
  • masdjid: oratoire de quartier.
  • msîd: mosquée-école.
  • qubba : tombe de marabout
  • zâwiyya : mausolée ou mosquée commémorative.

Architecture militaire

  • asitana:
  • burj: tour.
  • dâr al-bârûd : poudrière.
  • dâr al-Inkishâriya:
  • dâr al-nuhâs : fonderie.
  • qal’a: fort.
  • qasaba : citadelle.
  • tuppâna: batterie.

Architecture civile et judiciaire

  • Baylik : Domaine public.
  • Bayt al-mâl : Trésor public.
  • dâr al-khal: prison.
  • Dâr al-Sultân: Palais de gouvernance.
  • Djanîna : voir Dâr al-Sultân
  • Madjlis al-ilmî : Cour suprême.
  • Mahkama shariyya :

Architecture domestique

  • dâr: grande maison à patio.
  • dwîra : petite maison à patio découvert.
  • dwîra b-shbbâk : petite maison à patio couvert.
  • ulwî : petite maison, organisée en hauteur, autour d’escaliers et se développant au-dessus d’une boutique, sur une entrée, un entrepôt ou un quelconque autre espace.

Infrastructure et architecture commerciales

  • bâdistân: marché aux esclaves.
  • funduq: caravansérail.
  • furn: moulin.
  • hânût : boutique ou échoppe.
  • kûsha : four.
  • makhzan : entrepôt.
  • qaysâriyya : marché couvert.

Infrastructure et équipement hydrauliques

  • ayn : fontaine.
  • djabb: citerne enterrée sous la cour ou encastrée au niveau des angles des bâtiments permettant de recueillir les eaux de pluie.
  • hammâm: bain.
  • khandaq: égout.
  • khazna : réservoir d’eau.
  • madjrâ:
  • nâ’ûrâ: roue hydraulique ou noria.
  • qâdûs: canal ou conduite. Terme utilisé aussi bien pour le transport de l’eau potable que les eaux usées.
  • sabbâla : voir ayn.
  • sadd: barrage d’eau.
  • sâniya: bassin de retenu et de répartition d’eau.
  • sâqiya : canal ou conduite servant à l’adduction de l’eau potable uniquement.
  • thâla : voir ayn.

 Terminologie des composantes spatiales

Un vocabulaire inhérent aux composantes spatiales des différentes typologies architecturales datant de l’époque ottomane est souvent mis en relation avec des locutions adverbiales d’orientation, telles que du côté de (bi djânib), au-dessous (asfal), au-dessus (a), à (bi), contigu (lasîq), auprès de (inda), adjacent à (mdjâwar), en face de (mqâbal), proche (qurb), à droite (yamîn), à gauche (yasâr) ou accolé (simt). Il peut désigner certaines formules comme :

  • bayt: pièce, au rez-de-chaussée, de dimensions modestes.
  • bayt al-barda: pièce de température froide, vestiaire et salle de repos dans le bain.
  • bayt al-qada: voir bayt al-barda.
  • bayt al-skhûna: pièce chaude du bain ou étuve qui reçoit la vapeur.
  • bayt al-wâsta: pièce intermédiaire dans le bain, d’une température tiède et située entre les pièces chaude et froide.
  • bwîta: petite pièce sous forme de cabinet disposée autour de l’espace central de la pièce chaude du bain et permettant l’isolement des baigneurs pour les soins corporels intimes.
  • ghurfa: chambre à l’étage plus spacieuse.
  • istabl: étable.
  • knîf: latrines privées.
  • labânda: latrines publiques dotées de fontaines.
  • manzah: belvédère.
  • matshara: voir labânda.
  • maydhâ: salle d’ablutions.
  • oda: mot d’origine turque désignant dans les textes algérois la chambre de janissaire dans la caserne.
  • a: grande salle.
  • riwâq: galerie entourant la cour de mosquée.
  • sahn: cour de mosquée.
  • shbbâk: puits de lumière et de ventilation grillagé ou patio protégé par une grille dans sa partie supérieure.
  • shishma: voir knîf.
  • wast al-dar: patio de maison ou de demeure.

Terminologie des composantes architecturales, architectoniques et constructives

  • atba: seuil ou linteau.
  • ayn: fontaine ou robinet.
  • barma: cuve d’eau chaude au niveau du bain.
  • bartoz: niche aménagée dans les côtés latéraux des blocs de service et qui sert de débarras.
  • djalsa: estrade surélevée aménagée dans les galeries qui entourent la salle de repos du bain et qui fait office de salon.
  • drûdj: escalier.
  • duqqâna: banc ou siège en maçonnerie encastré dans l’épaisseur du mur à l’intérieur de la sqifa.
  • furnâq: chaufferie du bain.
  • itâr: cadre de porte ou de fenêtre en marbre ou en tuf.
  • iwân: grande alcôve en forme de pièce carrée à fond plat et couverte de coupole à base octogonale.
  • kandâr: hampe d’étendard.
  • madkhana: conduit de cheminée.
  • mahdjar: voir khandaq.
  • maqsûra: niches de la taille d’une petite salle qui flanquent le qbû d’une chambre. Espace réservé au pacha ou l’imâm dans la mosquée à prône.
  • marfa: étagère.
  • mastaba: long banc de pierre adossé au mur extérieur et de chaque côté de la porte d’entrée d’un édifice public.
  • mdjîriya: avaloire.
  • mihrâb: niche située dans le mur de qibla qui indique la direction de la Mecque et vers laquelle sont orientées les cinq prières quotidiennes.
  • minbar: chaire d’une mosquée d’où l’imâm adresse le prêche.
  • qbû: renforcement aménagé dans le mur faisant face à la porte de la chambre. Dans les grandes demeures intra et extramuros, le qbû mue en un iwân et donne à la chambre une configuration en forme de « T » renversé.
  • qibla: mur délimitatif de la salle de prière ponctué du mihrâb.
  • qudhbân: grille.
  • rkhâma: massif en marbre posé au milieu de la pièce chaude du bain et qui est chauffé par l’air chaud circulant sous le sol. Sert comme support aux opérations de massage.
  • sada: large tribune dans les salles de prière ou simple surélévation dans les chambres des maisons qui servent, selon leur hauteur, d’emmagasinage ou de lieu de couchage.
  • sârîdj: bassin ou vasque où coule l’eau chaude et froide du bain.
  • sawmaa: minaret
  • shîn:
  • sqîfa: vestibule d’entrée précédant le patio.
  • thâmûda: estrade aménagée dans les boutiques exigües.

Terminologie des composantes structurelles et ornementales

La terminologie relative aux composantes structurelles et ornementales est appréhendée sous l’angle des matériaux pouvant les composer.

Organe porteur

  • arsa: colonne.
  • djidâr: mur.
  • djidâra: mur d’acrotère.
  • hît: voir djidâr.
  • al-rasa: base de colonne.
  • qaws:
  • sâs: fondation.
  • sitâra: voir djidâra.

Organe de franchissement

  • saqf: plancher.
  1. Organe de couverture
  • qubba: dôme, coupole.
  • stah:

Organe d’ouverture

  • bâb al-dâr: porte d’entrée de la maison.
  • bâb fsîl: porte de séparation.
  • bâb: porte.
  • daffa: vantaux de porte.
  • dar: montant de porte.
  • darbûz: balustrade.
  • kûwa: fenêtre.
  • Mashrabiyya : cloison composée d’un assemblage de bobines de bois tourné qui forment des motifs géométriques, floraux ou calligraphiques. Jalousie en bois dont la composition permet de voir sans être vu.
  • mdhâwî: petites ouvertures d’éclairage, de formes géométriques percées dans l’épaisseur de coupole coiffant les pièces chaude et tiède que couvre un verre en ventouse.
  • nâfida: voir kuwa.
  • shabbâyak: voir qudhbân.
  • tâqa: voir kûwa

Elément de décors

  • Chabka: motif ornemental formé par un réseau de losanges aux tracés lobés ou mixtilignes qui orne la surface située au-dessus des arcs, entre pilier ou colonne. Dans le bain, le terme désigne la trame des hypocaustes composant le sol de la salle chaude et permettant à l’air chaud de circuler.
  • halqa: heurtoir.
  • kharsa: heurtoir en forme de lyre.
  • makhtâf: crampon.
  • Makhyat: carrelet.
  • naqsh: sculpture.
  • nhâyas: accessoires en cuivre pour boiserie.
  • nuqshân: naqsh.
  • nuqta: rivet.
  • razza: gond.
  • rtâdj: gond en forme de pivot.
  • tamwîh: décoration.
  • tasmîr: cloutage.
  • tazwîq: peinture.
  • tfâfîh: ornement.
  • thurayyâ: luster.
  • waraqa dahab: dorure.

 

Matériaux de construction

  • arâr: bois de thuya.
  • ûd: voir khashba.
  • âdjûra: brique.
  • baghlî:
  • blât azraq: dalle de schiste.
  • blâta: carreaux de marbre ou de céramique.
  • dakîr: acier.
  • dhars lâqa: chaux étanche.
  • dhmâdj: mastic.
  • djaba: tuyauterie en plomb.
  • djabs: plâtre.
  • djîr dhras: chaux éteinte.
  • djîr ghabra: chaux vive.
  • djîr:
  • djûz al-hand : bois de noyer.
  • falqa: solive.
  • farsh: pavage.
  • farsha: voir blât.
  • ghrâ’:
  • hadîd: fer.
  • hadjra: pierre.
  • hdîda: tenon.
  • kârâsta:
  • khashba: rondin.
  • khazma lil-rabt: cordelette d’attache.
  • khît: ficelle.
  • khumra: voir baghlî.
  • lâta:
  • lawn: teinte pour peinture.
  • lûha:
  • masmâr: clous.
  • mgharî: voir ghrâ’.
  • nuhâs: cuivre.
  • qâdûs: pièce cylindrique en poterie pour canalisations.
  • qafl: serrure.
  • qarmûda:
  • qasba:
  • qastal: bois de châtaigner.
  • qîrâtî: carreau de terre cuite rouge ou tomette.
  • qrîsh: pierraille.
  • qwâtan: voir khashba.
  • raml daqîq: sable fin.
  • raml hasbâ’: sable gros.
  • raml: sable.
  • rasâs: plomb.
  • rukhâm: marbre.
  • sadjdjîl: pierre ponce.
  • sbâwlû: gros fil de chanvre.
  • shatbba : filasse.
  • silsila: chaîne.
  • snawbar: bois de pin.
  • sûdrâ: voir urz.
  • tâfza: pierre de tuf.
  • tall: fil de fer.
  • tarbîa: poutrelle
  • turâb:
  • turrâr : voir lûha.
  • urz: bois de cèdre.
  • zakrûn: verrou.
  • zallâydja: carreau de céramique.
  • zarnîkh: orpiment.
  • zarqûn: minium.
  • zayt: huile.
  • zudjâdj: verre.

 

Conclusion

En conclusion, prétendre proposer les termes tels qu’ils ont pu être identifiés et traduits pour les insérer dans une classification plus rigoureuse, passe certainement par l’élaboration de thésaurus. Faut-t-il rappeler surtout que ce concept correspond à une liste organisée de termes – descripteurs –, comportant des relations de hiérarchie, d’équivalence, de préférence d’emploi et complétées par des définitions sommaires – notes explicatives – et des notes d’usage, dans un but d’indexation de l’information. Aussi bien le lexique que la liste hiérarchisée renvoient au même principe d’organisation, mais par convention, on réserve l’emploi du mot « thesaurus » aux listes hiérarchisées dont chaque terme fait l’objet d’une note explicative, éventuellement d’une note d’application, d’une illustration.

Ce premier essai lexicologique portant sur le patrimoine architectural peut ouvrir la voie à un travail de même nature qui pourrait concerner l’identification de la terminologie inhérente aux objets mobiliers.

  • Les registres d’inventaires après décès provenant du fonds de Bayt al-Mâl recèlent des informations importantes permettant de confirmer les noms d’usage pour les meubles, les ustensiles, les effets vestimentaires etc.[8].
  • Le registre de prise maritime donne la qualité et la nature des richesses amenées dans la Régence d’Alger : bijoux, tabatière, diamants, brocarts d’or, montres, pendules et armes de prix[9].

L’une des difficultés majeures de l’étude du mobilier tient à la très grande variété des domaines concernés. Il est difficile, pour un chercheur, d’acquérir le niveau de connaissances spécialisées nécessaire pour aborder, avec une grande rigueur, l’identification, l’analyse et l’appréciation d’œuvres aussi diverses.

 

 

[1] S. Missoum, 2003, p. 255-258 ; N. Cherif-Seffadj, 2008, p. 397-402 ; S. Chergui, 2011, p. 293-297 et S. Messikh Benselama, 2014, p. 363-367.

[2] M. Beaussier, 1871.

[3] M. Beaussier & M. Ben Cheneb, 1958.

[4] A. Lentin, 1959.

[5] J. Lentin, 2007.

[6] S. Chergui Samia, 2011, p. 269-280.

[7] Yelles Chihabeddine, 1980-1987.

[8] N. Saidouni, 1995.

[9] A. Devoulx, 1872.

Bibliographie

Beaussier Marcelin, Dictionnaire pratique arabe-français, n. éd. revue corrigée et augmentée par Ben Cheneb Mohamed, Alger, la Maison des livres, 1958, 1093 p.

Beaussier Marcelin, Dictionnaire pratique arabe-français, Alger, Bouyer, 1871, XII-764-XVI p.

Chergui Samia, Les mosquées d’Alger. Construire, gérer et conserver (xvie-xixe siècles), Paris, PUPS, 2011, 376 p.

Cherif Nabila, Les bains d’Alger durant la période ottomane (xvie-xixe siècles), Paris, PUPS, 2008, 450 p.

Devoulx Albert, Registre des prises maritimes, traduction d’un document authentique et inédit concernant le partage des captures amenées par les corsaires algériens, Alger, Adolph Jourdan, 1872, 111 p.

Jérôme Lentin, Dictionnaire pratique arabe-français : arabe maghrébin, par Marcelin Beaussier, Mohamed Ben Cheneb et Albert Lentin, Paris, Ibis Press, 2007, XIV-8-1093-VI-312 p.

Lentin Albert, Supplément au dictionnaire pratique arabe-français de M.Beaussier, Alger, la Maison des livres, 1959, VIII-312 p.

Lentin Jérôme, Supplément au dictionnaire pratique arabe-français de M.Beaussier, Alger, la Maison des livres, 1959, VIII-312 p.

Messikh Benselama Safia, Les fortifications ottomanes de la baie d’Alger (1516-1830) : essai de restitution topographique, thèse de doctorat, Université Aix-Marseille, 2014, 2 vol, 902 p.

Saidouni Nacereddine, « Les archives algériennes relatives aux waqfs et leur utilisation dans l’histoire économique et sociale de l’Algérie ottomane », Collection Turcica, vol. VIII, 1995, p. 59-65.

Temimi Abdeldjalil, « Inventaire sommaire des registres arabes et turcs d’Alger », Revue d’histoire maghrébine, n°1, 1974, p. 83-96.

Yelles Chihabeddine, Archives historiques algériennes : Inventaire analytique du fonds ottoman, Alger, CNA, 1980-1987, 2 vol, 950 p.

Journée d’études : “Représentations des martyrs en mondes musulmans. Fabrication des images. Présences dans l’espace public” — Paris, INHA, 17/10/2015

Journée d’étude organisée par Agnès Devictor (Paris 1 Panthéon-Sorbonne, HiCSA) en collaboration avec Sepideh Parsapajouh (CNRS, IIAC-LAU) et Kinda Chaib (MuCEM, IREMAM) et avec l’aide précieuse de Dima Tannir et Sarah Dupont Weider. Cette Journée d’étude s’inscrit dans un réseau de recherche intitulé Mise en scène, mise en visibilité des martyrs en mondes musulmans et qui se décline, dans différents pays et différents types d’institutions, en colloques internationaux, journées d’étude, ateliers et séminaires. Partant du constat d’une exposition aussi nombreuse que diverse des figures … Lire la suite Journée d’études : “Représentations des martyrs en mondes musulmans. Fabrication des images. Présences dans l’espace public” — Paris, INHA, 17/10/2015

Qui trop lève la tête finit par tomber !

têtelevéeLundi dernier, 45e anniversaire de la mort de Nasser, décédé le 28 septembre 1970. Une date qu’ignore la majeure partie de la presse arabe, celle qui vit des capitaux du Golfe, mais que célèbre ce qui reste de journaux fidèles à ce qu’on appelle la ‘urûba (العروبة), le nationalisme arabe, à savoir la construction politique d’une nation arabe “du Golfe à l’Océan” sur la base d’une identité partagée…

Inutile de préciser que ce projet, dans les circonstances actuelles de la région, paraît plus éloigné que jamais. À l’heure où les “frères arabes” se pilonnent les uns les autres (grâce à des armes qu’on leur vend sans trop y regarder), bien des témoignages révèlent que Nasser, le dirigeant qui l’a incarné mieux qu’aucun autre, reste inconstestablement présent dans le cœur de bien des habitants de la région. Est-ce une sorte de nostalgie pour une période où un avenir était encore possible dans la région ?  En tout cas, il se trouve des quotidiens comme Al-Safir au Liban pour se montrer lyriques en ce jour anniversaire, avec des titres comme “Nasser où es-tu ?” :

«ارفع رأسك يا أخي»
هذا صوت جمال عبد الناصر. الصوت الذي أذن بعصر عربي جديد. الصوت الذي ملأ الزمان العربي، بقامة مارد، وحرّك شعباً بقامة أمة، صَدَحت أملاً، «من المحيط إلى الخليج».

“Relève la tête mon frère !” C’est la voix de Nasser, la voix qui annonça une ère nouvelle, qui emplit le temps des Arabes avec la carrure d’un géant, qui fit bouger un peuple en lui donnant la taille d’une nation, qui fit résonner du Golfe à l’Océan l’espoir…

tête2Une sorte d’élégie qui résonne tristement quand on s’aperçoit qu’une bonne part de la presse arabe consacre beaucoup plus de face à un fait-divers qui ne peut se comprendre cependant que si l’on a à l’esprit l’injonction de Nasser aux Arabes, lors de la nationalisation du Canal de Suez. “Relève la tête mon frère, tu es Jordanien” :  en plus d’un nouvel emblême, les communiquants du Royaume qui se veut plus hachémite que jamais (voir ce billet) n’ont guère fait preuve d’originalité en mettant sur le marché cette énième détournement du mot d’ordre nassérien. Bien d’autres l’ont fait avant eux, y compris à des fins publicitaires (une marque de bière au Liban par exemple).

Tout juste “inventé” pour redonner au pays un peu de sa fierté après la mort ignomineuse, en février dernier, d’un de ses pilotes capturé par les combattants de l’État “islamique”, le slogan, partout présent dans l’espace public jordanien, aurait été tourné en dérision par une des stars régionales de la chanson, Georges Wassouf, qui donnait un concert à Amman à l’occasion de la fête du sacrifice. La chose serait sans importance si le “sultan du tarab” (duende ?) comme on le surnomme était un chanteur comme les autres. Or, outre le fait d’être Syrien, Georges Wassouf ne fait pas mystère, loin de là, de son soutien inconditionnel au régime dont il est depuis bien longtemps un des proches. Ainsi, à l’heure où nombre d’intellectuels syriens rejoignaient un soulèvement populaire dont la violence était encore absente, fin-février ou début mars 2011, lui animait les meetings organisés en soutien à Bachar El-Assad, alors même qu’il était loin d’être encore totalement remis d’une très grave maladie.

A sa manière, donc, la venue à Amman de cette icône de la chanson sanctionnait la nouvelle carte géopolitique en train de se mettre en place. Dans un des fiefs de la révolution (oui, il y a un peu d’ironie dans cette phrase), le suppôt d’un régime honni, le néanmoins très populaire Georges Wassouf animait donc les belles soirées de la très riche bourgeoisie locale. Difficile à avaler pour certains, la pilule est devenue plus amère encore lorsque la vedette, pour se débarrasser d’admirateurs un peu trop pressants, a cru bon de se moquer de l’un d’entre eux en tournant en dérision le fameux slogan du moment : (نتو على شو رافعين راسكم… رح إكسر لك راسك) “Vous êtes qui, vous, pour ‘relever la tête’ ? Tu vas voir ta gueule !” En plus d’une éventuelle querelle de clocher entre voisins syriens et jordaniens (Wassouf est chrétien et, pour compliquer les choses, il “humilie un sunnite” !!!), l’allusion est évidente également aux profondes divisions politiques dans la région avec, d’un côté, la Syrie fidèle à son arabité et, de l’autre, une Jordanie vendue à mille et un intérêts étrangers (à commencer par Israël qui possède depuis des lustres une ambassade à Amman comme on ne l’ignore pas).

Révélée par un site d’information en ligne, l’information a fait scandale, suscitant même une intervention à la chambre des députés. Fallait-il accorder autant d’honneur à cette histoire quand tant d’horreurs se succèdent jour après jour dans cette partie du monde arabe ?  D’autant plus que Wassouf est connu pour avoir le goût de stimulants artificiels qui l’empêchent souvent de rester maître de ses émotions. Il est également possible, si l’on croit les protestations du chanteur, que toute l’affaire soit largement artificielle et que les réseaux sociaux, une fois de plus, aient donné à un incident des dimensions (politiques) qu’il n’avait pas au départ.

En tout état de cause, on est manifestement tombé bien bas en ce 45e anniversaire du jour où Nasser suscitait l’enthousiasme des foules arabes avec cette phrase restée si fameuse, comme on le voit sur ces images d’un autre temps…

 

 

Le patrimoine culturel numérisé au regard du droit

Mohammed Saadoun, administrateur, assemblée nationale française

 Le patrimoine culturel est un facteur de rassemblement et d’échange qui contribue à rapprocher ceux qui l’ont reçu en partage. Il favorise le renforcement et l’expression d’une identité vivante. De ce fait, il est nécessaire de garantir la promotion, la sauvegarde et la diffusion la plus large possible de la richesse et de la diversité du patrimoine maghrébin en général et algérien en particulier.

Le développement rapide des nouvelles technologies a engendré une modification importante des pratiques culturelles dans tous les pays. En effet, Internet est devenu pour un nombre croissant de personnes, en particulier pour les jeunes, l’un des principaux moyens d’accès à la connaissance et aux savoirs. L’Algérie n’échappera pas à cette véritable révolution culturelle a fortiori avec l’arrivée tout dernièrement de la technologie 3G.

En conséquence, l’ensemble des pays se sont engagés dans des processus de numérisation de leur patrimoine culturel afin d’en assurer la préservation pour les générations futures et d’en permettre l’accès à tous et ainsi de constituer une mémoire collective vivante. En effet, la numérisation massive des contenus culturels n’a pas pour objectif de concurrencer les contenus culturels traditionnels mais d’en faciliter l’accès et la préservation. Par ailleurs, partout où elle a lieu, la numérisation bénéficie également à d’autres secteurs d’activité en particulier à l’éducation, à la science, à la recherche, au tourisme, aux médias.

Cependant, la numérisation du patrimoine culturelle n’est pas sans poser un certain de questions au regard du droit dont la plus importante est sans conteste le respect des droits d’auteur et des droits voisins. La question essentielle qui se pose à toute entreprise de numérisation du patrimoine culturel est donc la suivante : comment offrir une juste rémunération aux auteurs et éditeurs de contenus culturels afin que la numérisation ne soit pas synonyme de pillage généralisé ?

Qu’est-ce que le droit de propriété ?

La propriété se définit par trois termes issus du droit romain : l’usus, le fructus et l’abusus. L’usus renvoie au droit d’utiliser un bien comme on utilise un objet ou qu’on habite une maison, le fructus à celui d’en tirer profit, de jouir de l’usufruit dont l’exemple-type est la récolte que nous donne un champ chaque année et enfin l’abusus à celui de le transformer ou l’aliéner typiquement c’est le droit de louer ou de vendre son bien. Une personne est définie comme propriétaire si elle jouit de ses trois prérogatives.

Le droit de propriété est à la base de la société capitaliste puisque seule la certitude de pouvoir jouir en toute exclusivité de son œuvre, de sa création, encourage un agent économique mais aussi un artiste à produire.

Néanmoins, dans certains cas, une autre personne ou groupe de personnes jouit de ce qu’on appelle l’usufruit c’est-à-dire qu’elles peuvent utiliser et même jouir des fruits d’un produit ou d’une œuvre sans pouvoir l’aliéner.

Le droit musulman reconnaît également le droit de propriété même s’il fixe des limites à ce droit notamment en ce qui concerne l’abusus puisque toute création appartenant au Créateur, la créature peut en user et jouir de son usufruit sans pour autant faire de ce qu’elle veut d’un bien dont d’autres pourraient avoir besoin par la suite. La preuve en est que le non-respect de la propriété d’autrui est un vol et que les sources du droit musulman sont très claires sur ce point. Ce développement écarte donc l’argument consistant à mettre en avant les différences religieuses ou culturelles pour expliquer des comportements de contrefaçon ou d’exploitation de biens culturels appartenant à d’autres.

En définitive, les pays développés ont largement imposé leur souci constant de faire respecter le droit de propriété dans les instances internationales et notamment au sein de l’Organisation mondiale du commerce dont l’Algérie sera prochainement membre même si, sous la pression de pays comme la France, les biens culturels demeurent exclus des négociations.

La numérisation et les droits de propriété

Une fois défini le droit de propriété, il convient de préciser comment l’articuler avec la numérisation. La numérisation est une reproduction et la mise en ligne de l’objet numérisé dans un objectif de communication au public. Cette numérisation se heurte bien évidemment aux lois qui donnent pendant une certaine durée aux auteurs et aux détenteurs des droits voisins un monopole sur ces modes d’exploitation. Toute reproduction ou mise à la disposition du public doit être préalablement autorisée par eux contre rémunération ou pas.

Les nouvelles créations prévoient aujourd’hui des clauses réglant les conditions d’utilisation de la numérisation. En revanche, pour les œuvres tombées dans le domaine public – soit 50 ans après la publication de l’œuvre en Algérie et en France, 70 ans après la mort de ou des auteurs – l’accord des ayants droits n’est plus requis. Même le ministère de la culture et ses établissements publics ne détiennent pas le droit de numériser et de mettre en ligne une grande partie des œuvres qu’ils conservent sans l’accord préalable des ayants droits alors que le but de tout ministère de la culture dans n’importe quel pays est de développer la mise à la disposition du public de contenus artistiques numérisés, pour contribuer à la démocratisation du patrimoine culturel. Ces limites ne s’appliquent évidemment pas à la numérisation du patrimoine ancien. La presse nationale s’est d’ailleurs récemment faite l’écho de la numérisation de 150 vieux manuscrits sur un ensemble de 1 025 appartenant à l’université Emir Abdelkader de Constantine[1]. Dans ce cas, il s’agit de les sauver, vu leur état de détérioration, tout en les rendant accessibles.

Un exemple en France : lorsque la Bibliothèque nationale de France a lancé son projet de bibliothèque numérique en 1997, de longues et difficiles négociations ont été nécessaires. 5 ans après selon le rapport de Bruno Orry-Lavollée[2], 100 000 volumes avaient été numérisés mais seulement 70 000 étaient consultables en lignes car de nombreux éditeurs avaient soit refusés de céder les droits soit avaient purement et simplement disparus. La question est encore plus épineuse lorsqu’il s’agit d’un ouvrage collectif où l’absence d’éditeur nécessite de retrouver les auteurs ou leur ayant droit les uns après les autres ou attendre que les 70 ans se soient écoulés. Cette question a été source de nombreux contentieux avec le développement et les performances toujours accrues de l’Internet. Le même rapport de M. Bruno Orry-Lavollée cite l’exemple du musée de Basse Normandie qui avaient créé au début d’Internet un site à partir de leurs collections sans prendre garde aux questions de droit et qui a dû le fermer assez rapidement à la suite de réclamations et des revendications financières des ayants droits d’œuvres protégés.

La numérisation est facilitée si les organismes publics qui souhaitent s’engager dans cette voie ont la possibilité d’engager les discussions avec les sociétés de droit d’auteur et autres droits voisins et qu’un maximum de détenteurs de ce type de droits y adhèrent. En Algérie, il existe l’Office national du droit d’auteur et de droits voisins (ONDA), établissements publics sous la tutelle du ministère de la culture.

La législation en Algérie

L’Algérie est liée par la Convention de Berne sur la propriété intellectuelle et artistique depuis 1998, convention qui établit les fondements de la protection internationale des œuvres mais aussi par la Convention de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle de 1975 et la Convention de Rome de 2006 pour la protection des artistes. La Convention de Berne élargit la protection du patrimoine algérien à tous les pays signataires mais encadre aussi au regard des droits d’auteur toute numérisation de patrimoine dont les droits sont détenus par des étrangers.

Les négociations d’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne va faire que renforcer les obligations de l’Algérie à respecter et à faire respecter les droits d’auteur.

En Algérie, la loi relative au droit d’auteur et des droits voisins date de 2003 (Ordonnance n°03-05 du 19 juillet 2003) a inscrit en droit interne les principes du droit international privé.

Les risques de la numérisation

La législation des Etats et les traités internationaux ne règlent pas l’ensemble des questions notamment au regard du droit d’auteur mais aussi du droit de la concurrence et de la construction de monopole. Des tribunaux notamment aux Etats-Unis ont eu à connaître de ces questions.

Tout d’abord, la question du respect des droits d’auteur et des droits voisins. Quelle utilisation font les sociétés qui numérisent – les grandes entreprises américaines telles Google ou Amazon ou européennes comme Orange – des fichiers ? Utilisent-elles les fichiers de manière « équitable » comme a jugé un tribunal américain en novembre 2013 ? En effet, le Syndicat des auteurs de ce pays avait déposé un recours pour violation du droit d’auteur par Google car cette société était soupçonnée d’avoir numérisé et commercialisé des œuvres non tombées dans le domaine public.

Ensuite, même lorsque les œuvres sont tombées dans le domaine public – livres anciens mais aussi photographie 3D de pièces archéologiques ou autres – la numérisation à très grande échelle par quelques sociétés mondiales notamment américaines constituent un risque de voir se constituer un monopole tentaculaire sur l’ensemble de la culture mondiale. Il ne s’agit bien évidemment pas pour des pays comme l’Algérie de s’enfermer dans une logique d’isolement et ne pas contractualiser avec quiconque mais d’éviter de se mettre totalement « dans la main », et ce de manière irréversible, dans la main des grandes majors internationales qui auraient une espèce de monopole sur l’utilisation du patrimoine national.

Que faire face au défi de la numérisation ?

La bibliothèque nationale d’Algérie (BNA) a initié la mise en valeur de son patrimoine par le biais de la numérisation des fonds disponibles il y a quelques années déjà. L’ensemble des institutions culturelles du pays – bibliothèques, musées, universités – sera amené à mettre mieux en valeur ses propres contenus. Toutefois, aujourd’hui, les initiatives sont très fragmentées sans parler du rythme très différent adopté par les pays du Maghreb.

Les autorités nationales, et singulièrement le ministère de la culture, pourraient élaborer, en concertation avec les institutions culturelles, d’un plan de numérisation afin de rendre cohérent l’ensemble des initiatives en ce sens et permettre de développer des synergies, d’éviter de réaliser plusieurs fois les mêmes opérations par des acteurs différents et de dépenser plus qu’il ne faut.

Les fichiers numériques ainsi réalisés par les autorités nationales pourraient recevoir un label afin de pouvoir être mis à la disposition des chercheurs et du public en général dans le respect strict des droits d’auteur et des droits voisins.

A l’instar de ce qui est fait en Europe, il pourrait être procédé à la mise en réseau des grands établissements culturels du Maghreb. Les meilleurs résultats naissent d’une coopération étroite entre les institutions culturelles et entre les Etats ainsi qu’un échange de bonnes pratiques pour la numérisation et l’accessibilité des œuvres de même que pour leur conservation numérique. Cette constitution d’une véritable base de données maghrébine évitera que le patrimoine culturel de la zone ne soit englouti et intégré sans ménagement par d’autres zones géographiques plus performantes car en ce domaine comme en d’autres, la maxime de Malek Bennabi « si un pays est colonisé, c’est qu’il est colonisable » est toujours valable.

Cette mise en réseau des institutions n’exclut pas une coopération avec les grandes sociétés étrangères qui peuvent apporter une expertise et une expérience bienvenues. En revanche, il est absolument nécessaire que la législation interdise toute cession exclusive afin d’éviter que le pays ne soit dépossédé de son patrimoine numérique.

 

[1]. Le Temps d’Algérie, Quotidien national d’information, 06 mai 2014

[2]. La Diffusion numérique du patrimoine, dimension de la politique culturelle, rapport à Mme la Ministre de la culture. Bruno Ory-Lavollée. Janvier 2002

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