Archives de catégorie : Carnets de la recherche

Spa cities in the Roman Empire

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Programa| Program

oct. 16:

  • Discurso de abertura pelo Sr. Presidente da Câmara, Arq.º António Cabeleira
  • Apresentação dos conferencistas por Sérgio Carneiro, coordenador científico do simpósio
  • Elogio de Helena Frade (Ana Margarida Arruda, Universidade de Lisboa)
  • De lo general a lo particular: el estudio de los enclaves termales de época romana en la fachada atlántica de la Península Ibérica (Silvia González Soutelo, Universidade de Vigo)
  • El balneario medicinal romano. Edificio o ciudad (Carme Miró i Alaix, Institut de Cultura de Barcelona e María Jesús Pérex Agorreta, Universidad Nacional de Educación a Distancia)
  • De Fortuna a Hispania. El “Proyecto Balnearios”. planteamiento, método y resultados (Gonzalo Matilla Séiquer, Universidad de Murcia)
  • El enclave de As Burgas y el aglomerado romano de Ourense (Celso Rodríguez Cao, Universidade de Vigo e José Mª Eguileta Franco, Ayuntamiento de Ourense)
  • El Balneario romano de Lugo. Campañas 1998-2013 (Gonzalo Meijide Cameselle, Consellería de Cultura da Xunta de Galicia e Francisco Hervés Raigoso, Arqueoconsulting S.l.)

Oct. 17:

  • The golden age of spas: roman thermal baths of the High Empire (2nd century AD) (Jens Koehler, American University of Rome / John Cabot University)
  • Thermalism in Ancient Italy. Results and perspectives of an archaeological research program (Maddalena Bassani, Università degli Studi di Padova)
  • New data from the site of Campetti, area south-west (Ugo Fusco, Università “La Sapienza”, Roma)
  • Allianoi thermal bath (Ahmet Yaraş, Trakya University)
  • Baths and bathing in Aquincum (Gabriella Fényes, Aquincum museum, Budapeste)
  • As termas medicinais romanas de Chaves: saúde, religião e política na periferia do império (Sérgio Carneiro, Município de Chaves)
  • Visita ao balneário termomedicinal romano de Chaves

Oct. 18:

  • Visita aos balneários romanos de Lugo e Ourense

Voir en ligne : Programme / Résumés des communications / Page Facebook 

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Rendez-vous à la table ronde « Publier en Libre Accès », Lyon, 17 octobre

je_soutiens_petitDans le cadre de la septième édition de la semaine internationale du Libre Accès « Open Access Week », les Universités Claude Bernard Lyon 1, Lumière Lyon 2, Jean Moulin Lyon 3, la Maison de l’Orient et de la Méditerranée, l’Ecole Normale Supérieure de Lyon et la Bibliothèque Diderot organisent à Lyon une table ronde sur la thématique suivante : « Publier en Libre Accès, quelles opportunités pour les chercheurs et la diffusion des savoirs ? »

Cette table ronde qui aura lieu dans la salle des colloques à l’Université Lumière Lyon 2 au 18, quai Claude Bernard  de 9 h à 12 h 30 sera animée par Eric Verdeil, chercheur au CNRS et bien connu des inconditionnels du libre accès.

Les doctorants et jeunes chercheurs sont particulièrement attendus car cette année, le thème de l’édition au niveau international est «  Generation Open ».

Depuis quelques années déjà, « l’open access » est incontestablement un mouvement en marche et pourtant méconnu de certains qui se posent encore des questions. Des acteurs du monde des Archives Ouvertes en France seront présents comme le CCSD qui dévoilera les secrets des nouvelles fonctionnalités de la dernière version de Hal, l’INRIA qui parlera du lancement des épi-journaux. L’Université de Grenoble nous présentera son expérience de portail HAL, le vice-président Recherche de l’Université de Lyon 3 abordera les enjeux et opportunités du libre accès pour un établissement scientifique et universitaire. Des chercheurs venant d’horizons divers et adeptes de l’open access feront des retours d’expérience sur leurs pratiques.

oa1Dès l’après-midi et toute la semaine suivante, des ateliers d’initiation au dépôt dans HAL seront proposés par les organisateurs de cette table ronde.

A l’issue de cette journée où la communauté scientifique lyonnaise partagera ses connaissances et ses expériences, les novices en la matière en sauront plus sur les bénéfices du libre accès. La Bibliothèque de la MOM est partenaire de cette journée et espère contribuer ainsi à la promotion du libre accès.

Pour ceux qui ne pourraient assister à la journée, vous la retrouverez sur You Tube

Geneviève Peyres

Jérusalem. Bâtir deux villes en une

Couv-Salenson-Jérusalem-bâtir-deux-villes-en-uneIrène Salenson vient de publier  Jérusalem. Bâtir deux villes en une aux éditions de l’Aube-Bibliothèque des territoires. J’avais eu le plaisir de participer à la soutenance de la monumentale thèse qui est à l’origine de ce livre. Irène m’a fait l’honneur de me demander d’en écrire la préface, que je reproduis ici.

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Jérusalem incarne par excellence la coexistence difficile des grandes trois religions monothéistes et leurs affirmations superposées et concurrentes sur un même espace. Mais elle est aussi un désespérant symbole du conflit israélo-palestinien et de ses impasses meurtrières. La ville est revendiquée par Israël comme sa capitale, au mépris du droit international qui condamne l’annexion de Jérusalem-Est. Al Quds est également la capitale dont les Palestiniens rêvent pour leur futur Etat. Depuis le début des années 2000, le mur de séparation et l’accélération de la colonisation à Jérusalem-Est comme en Cisjordanie illustrent les dimensions schizophrènes du projet israélien cherchant à étendre et à consolider le territoire annexé tout en refusant le contact avec les Palestiniens.

Sur un tel sujet, où les écrits antagonistes ne manquent pas, il est difficile de poser un regard équilibré qui sans faire nécessairement droit à des revendications contradictoires et passionnelles, cherche du moins à les examiner avec distance critique. C’est cet objectif immensément ambitieux que s’est donné Irène Salenson. Il lui vaudra nécessairement quelques volées de bois vert. Ce petit livre courageux synthétise une thèse très dense, soutenue en 2007 au terme d’un travail de terrain long et méticuleux, et actualisée ici sur certains points. L’auteure fréquente Jérusalem depuis quinze ans. Elle parle l’hébreu, comprend l’arabe, a travaillé dans divers organismes publics israéliens d’aménagement, des structures officielles palestiniennes en charge de projets urbains, avec des ONG arabes et israéliennes, en contact avec des habitants israéliens et palestiniens. S’il est toujours vain, comme elle l’indique, de revendiquer une quelconque “neutralité” et si d’ailleurs sa subjectivité d’urbaniste et d’observatrice engagée affleure dans ce livre, du moins dispose-t-elle comme peu de personnes du recul et de la connaissance nécessaires pour délivrer une analyse dépassionnée des politiques et stratégies urbaines qui se déploient dans cette ville et qui la façonnent.

Si la ville attire quantité de géopolitologues obsédés par les dimensions ethniques et religieuses du conflit, il est beaucoup plus rare de lire cette lutte pour l’espace à partir de cette grille d’analyse plus technocratique en apparence. Elle se révèle pourtant à l’usage très heuristique pour à la fois et approfondir la compréhension des mécanismes à l’œuvre sur le terrain et dépasser certains clichés. Irène Salenson a bénéficié, durant son parcours, de la bourse Michel Seurat, octroyée chaque année par le CNRS à de jeunes chercheurs qui enquêtent sur des terrains du Moyen Orient en souvenir de l’œuvre de ce sociologue mort en captivité pendant la guerre du Liban. Seurat est notamment connu pour ses travaux sur les politiques urbaines au Proche Orient. Il y mettait en garde contre la pensée urbanistique et aménageuse, porteuse d’un risque de réification de l’urbain dans sa matérialité technique, “à l’aune du kilomètre de trottoir”, écrivait-il. Le risque, pour lui, était de perdre de vue la réalité des pouvoirs et la dynamique des mobilisations sociales qui s’y inscrivent et qui font de la ville l’enjeu même des luttes. Dans cet ouvrage, Irène Salenson ne tombe pas dans cette ornière même si elle étudie très sérieusement les instruments et les justifications des urbanistes qu’elle a longuement côtoyés et interrogés – mais aussi les visions et revendications des ONG et des habitants – palestiniens et israéliens – qui les contestent, les négocient, ou y résistent.

L’un de ses apports est de montrer à la fois la réalité du rapport de force très défavorable aux Palestiniens mais aussi un ensemble d’autres déterminations et controverses secondaires, parfois orthogonales à cette ligne d’analyse majeure. Ainsi cette lecture urbanistique renvoie-t-elle à des enjeux rarement présentés dans le cas de Jérusalem, qui rapprochent la situation de cette ville d’autres métropoles. La mise en évidence du manque d’attractivité, sur le plan démographique, de la métropole de l’intérieur par rapport à sa concurrente Tel Aviv, fait partie de ces éléments méconnus, qui justifient certaines actions d’aménagement.

A un autre niveau, l’ouvrage retrouve également, dans ce contexte si particulier, les impasses d’un mode d’action publique naguère paré des vertus de la modernité et de la rationalité et aujourd’hui contesté pour son caractère hiérarchique et autoritaire, et critiqué pour les effets pervers qu’il génère sur le plan social et politique. La planification urbaine yérosalémitaine, puisque c’est de cela qu’il s’agit, et ses schémas directeurs, sont pris en défaut à la fois face aux revendications et critiques venant de la société civile israélienne – et sans doute aussi de pratiques spéculatives qui auraient pu être davantage éclairées dans l’ouvrage – et face aux besoins ignorés et niés des habitants palestiniens de la ville. De sorte que, comme dans de nombreux autres contextes, cet urbanisme officiel est pris de court, controversé et contourné par de multiples pratiques. Les unes, militaires et de type colonial, visent à étendre et à renforcer l’assise territoriale israélienne et enrôlent les instruments urbanistiques à leur service – en dehors d’une planification approuvée. Les autres relèvent de la dignité du fait accompli face au déni et à l’oubli, ou encore de microstratégies de résistance – parfois conçues et mises en œuvre par l’association d’habitants palestiniens et de professionnels israéliens.

Au total, le livre révèle une multiplicité de formes de mobilisations et d’interactions qui, dans le cadre d’un rapport de force – de plus en plus ? – déséquilibré, illustrent néanmoins l’existence et la conquête de marges d’action alternatives, autonomes ou semi-autonomes. A cet égard, le livre n’apporte pas seulement une connaissance plus fine des formes de production de la ville à Jérusalem, il illustre bien, plus largement, certaines des inflexions majeures de l’urbanisme contemporain, notamment en situation asymétrique. Irène Salenson, en urbaniste critique et engagée, offre ainsi aux professionnels de l’aménagement urbain des éléments pour repenser leurs pratiques en lien avec les habitants et les ONG – qu’on pense aux bidonvilles des villes émergentes ou aux Roms en France.

Alors que l’avenir de Jérusalem et de l’ensemble Israël/Territoires palestiniens est essentiellement envisagé à travers le prisme de la géopolitique, la prise en compte de ces pratiques et fabriques territoriales fines est essentielle. Car ces expériences, pour ténues, fragiles et limitées qu’elles soient, inscrivent modestement sur le terrain d’autres modalités possibles de coexistence ou du moins d’interactions, qui compteront dans le futur peut être plus qu’on n’ose l’espérer en regardant les choses d’en haut.

 

Échanges scientifiques France-Bulgarie : Programme Rila 2015

Rila est le Partenariat Hubert Curien (PHC) franco-bulgare. L’objectif du programme est de développer les échanges scientifiques et technologiques d’excellence entre les laboratoires de recherche des deux pays. Tous les domaines scientifiques, y compris les sciences humaines et sociales, sont concernés par ce programme. L’appel à candidatures est ouvert aux laboratoires de recherche rattachés à des établissements d’enseignement supérieur, à des organismes de recherche ou à des entreprises. Le financement accordé (pour 2 ans) aux projets sélectionnés porte uniquement sur la prise en charge de la mobilité entre les deux pays des chercheurs engagés dans le programme.Tout autre financement nécessaire à la mise en œuvre des projets conjoints devra être assuré par les moyens propres des laboratoires partenaires ou par d’autres sources. Date limite de co-dépôt des dossiers de candidature : 20 novembre 2014 Informations complémentaires, modalités d’inscription et contacts

Changement des modalités de l’accueil à la médiathèque

L’équipe de la médiathèque de la MMSH est confrontée depuis le mois de septembre à une réduction très importante de ses effectifs. C’est pourquoi, à partir du 20 octobre, les modalités de l’accueil vont être modifiées de la façon suivante : –          Les services aux lecteurs : prêts, communication des ouvrages du magasin (demandes déposées à l’accueil ou envoyées par mail), inscriptions, renseignements, ne seront désormais assurés que les après-midis. –          Une étagère des « réservations » sera installée pour que les lecteurs puissent disposer des documents demandés à […]

Après la Montagne Blanche. La conversion catholique de la Bohême

À propos de : Howard Louthan, Converting Bohemia. Force and persuasion in the Catholic Reformation, Cambridge, Cambridge University Press, 2009.  Au début du XVIIe siècle, dans le royaume de Bohême, les catholiques n’étaient qu’une minorité de 10 à 15% sur une  population de 3 millions d’âmes. Un peu plus d’un siècle plus tard, ils étaient en majorité écrasante. Comment un retournement religieux d’une telle ampleur a-t-il pu se produire ? Howard Louthan analyse ce processus conduit par les souverains Habsbourg en conjuguant la brutalité des exécutions, des … Lire la suite Après la Montagne Blanche. La conversion catholique de la Bohême

L’art de raconter et l’art de jouer, entretien avec Hassan El-Geretly, artiste et homme de théâtre égyptien

Premier spectacle égyptien programmé au Festival d’Avignon, Haeeshek, Je te (sur)vivrai, a été présenté pour la première fois en France dans la Cour minérale de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse du 14 au 18 juillet 2014. Puisant dans des sources de différentes natures, le travail de Hassan El-Geretly explore la culture populaire et la tradition orale dans l’Égypte de l’après Moubarak. Entretien réalisé à Avignon, le 22 juillet 2014, par Najla Nakhlé-Cerruti.

Hassan El-Geretly, photo Tamer Eissa

Hassan El-Geretly, photo Tamer Eissa

Hassan El-Geretly, qui êtes-vous ?

Je suis un artiste, intégré dans le monde de l’art au sens large du terme. Je n’aime pas uniquement me définir comme un homme de théâtre. Je ressens souvent plus d’affinités, de liens de solidarité, avec des artistes d’autres domaines, issus d’univers et de contextes très différents. J’aime le travail collectif en accord avec les spécificités de chacun et les différentes responsabilités, mais d’une certaine façon, partagées. Le résultat finit donc par nous représenter tous. Au théâtre, il est difficile d’attribuer une découverte, une idée, ou une image à quelqu’un en particulier, car tout évolue, tout change. Je me considère comme un artiste. C’est un bien grand mot.
À l’âge de neuf ans, j’ai su que je voulais m’engager dans la voie artistique. Je n’ai jamais abandonné. J’ai fait des études théâtrales à l’université de Bristol. Grâce à mes professeurs, j’ai pu établir des contacts en France. J’ai suivi des stages puis j’ai été engagé comme assistant de mise en scène dans un petit centre dramatique dans le Limousin.

Les intervenants sur scène sont très différents, par leur âge et leurs compétences notamment (musiciens, chanteurs, conteurs, comédiens), comment les choisissez-vous ?

Ils sont très différents mais sont tous des comédiens qui aspirent à faire de leur vocation un métier, dans une Égypte où le statut de l’artiste n’existe pas. Ce sont des gens que j’ai découvert. Je suis ce que les Anglais appellent un talent scout, je trouve des gens. Au début surtout, j’explorais, sans but précis. Je ne cherchais à engager personne, mais j’observais le paysage régional artistique alternatif. Ce n’est bien plus tard que j’ai commencé à recruter des talents.

Quel est le statut du personnage dans Haeeshik ? Proposez-vous une nouvelle forme de personnage ?

Beaucoup de récits composent Les Oiseaux du Fayyum (NDLA : Le soir de la première, le 14 juillet 2014, Hassan El-Geretly ouvre la représentation en annonçant ce changement de titre). Ce sont des histoires vécues, des fables, des nouvelles. Le registre de la pièce oscille entre l’art de raconter et celui de jouer, qui se manifeste à des degrés différents dans la construction des personnages.

Haeesheek, sur scène à Avignon, 2014 (photo Christophe Raynaud de Lage, Festival d’Avignon)

Haeeshek, sur scène à Avignon, 2014 (photo Christophe Raynaud de Lage, Festival d’Avignon)

Le comédien incarne plusieurs personnages et le spectateur assiste à leur multiplication. Cela construit-il une fonction particulière du personnage ? Un nouveau statut ? Cherchez-vous à questionner le personnage de théâtre ?

Ce qui a été présenté au Festival, à part Zawāya (« Angles », cinq témoignages des « 18 jours » de 2011 recueillis par l’écrivain Shady Atef), est d’abord un travail sur le chant et le conte. Je travaille très longtemps avec les comédiens, beaucoup et souvent, jusqu’à retrouver ce moment d’illumination qui m’avait décidé de travailler avec un acteur en particulier. Ce moment est souvent obscurci par la suite, ce qui me fait me demander ce qui m’avait amené à travailler avec lui. C’est la base du travail. Il arrive souvent que les comédiens retrouvent leur accent d’origine, qu’ils effacent parce qu’ils parlent à quelqu’un comme moi, au Caire. Pour moi, le concept de personnage ne trouve pas sa source dans le théâtre mais dans les personnes mêmes : leur présence, leur disponibilité, et leur fragilité assumée.

Photo Benoît Benichou

Photo Benoît Benichou

Vous tenez une place particulière sur scène en vous adressant à la salle, en commentant, en expliquant, jouez-vous un rôle ?

Le premier soir, j’ai joué un rôle un peu docte, un peu universitaire, un peu trop. Mais il fallait travailler avec le public français qui écoute et ne répond pas, à la différence des publics égyptiens chez qui l’interaction est permanente. Au cours des représentations suivantes, j’essayais de ne dire que le minimum. Mon rôle n’est pas d’expliquer mais de contribuer à la fabrication du spectacle sur scène. En Égypte, il arrive que le cheminement de la soirée me suggère un élément de programme non préparé à l’avance. C’est lié au moment : le moment d’un pays, du sentiment dans la salle, du rythme du spectacle. Je suis dans l’instant. J’étais vraiment dans l’instant avec Ǧafrā (chanson populaire palestinienne jouée le 14 juillet 2014 en solidarité pour Gaza). Ici, à Avignon, c’était plus difficile à cause des surtitres. Je me suis rendu compte que mes interventions ralentissaient le rythme du spectacle que je devais tenir. Je les ai réduites au minimum.

Considérez-vous la musique comme un partenaire du processus de création, au sens brookien, c’est-à-dire « rattachée à l’idéologie de l’ensemble vivant et, dans l’esprit des formes traditionnelles, elle stimule le jeu, le rythme, le dialogue avec les comédiens » (Banu, p. 99) ?

Même dans le spectacle de théâtre nous faisons un travail sur la musique et le son. Je suis très sensible aux voix. Celle de Zayn Maḥmūd, grand maddâh (panégyriste) égyptien me transporte. Son fils, qui racontait la geste hilalienne (Sīrat Banī Hilāl, épopée de la tribu des Hilaliens, ou Banū Hilal), a la même voix que lui. La musique, ou d’autres partenaires, sont les moyens d’accéder à la poétique de l’œuvre, même pour raconter le quotidien. C’est pour cette raison que je n’accepte pas que l’on qualifie mon travail de « théâtre documentaire » en raison du choix des personnages, des témoignages. C’est un travail affectif même s’il est méthodique.

Dans ces conditions (personnage, rôle pédagogique entre théorie et pratique, comédiens et non comédiens, rapport oralité-litéralité), quel est le statut du texte ?

Ce travail, présenté au Festival d’Avignon, est en cours depuis 1992. Il s’attache à tester les différents champs de recherche qui nous intéressent, toujours dans la perspective de l’expérience du public. La formation de l’acteur passe par le rapport au public. C’est de là que sont nées ces Nuits qui sont très demandées du public égyptien et qui sont devenues une forme à part entière, un « petit genre ». Parfois, c’est en exposant le travail au public que les choses mûrissent.

D’où ma question du texte : l’exigence textuelle du genre théâtral n’a-t-elle pas fermé le champ des possibles de l’expression des dramaturges arabes ?

C’est pour cela que les œuvres de Tawfīq Al-Ḥakīm s’inscrivent dans un rapport plus hiérarchique à la langue, à l’instar de Saʿd Allah Wannūs que j’ai rencontré avant qu’il ne tombe malade. Il suivait nos travaux et semblait les apprécier pour ce travail sur le vernaculaire et l’oralité.

Vous partez de l’oral, d’une culture orale, pour consigner à l’écrit le texte qui n’est que support d’oralité, à l’inverse de Wannūs qui écrit une langue destinée à oralisée, être jouée.

Il s’est efforcé d’écrire dans une langue propice à l’oralité. Le texte ne tient pas la même place. Au cours de nos discussions, j’ai compris que ça l’intéressait. Il semble que cette troisième langue, même oralisée, reste une langue de texte. Sa force réside dans sa capacité d’adaptation aux différents dialectes en vue de l’oralité.

Vous, c’est le processus inverse. Il me semble qu’ici un travail est réalisé de l’oral vers l’écrit, contrairement aux précédentes tentatives, dans le sens de la littérature dialectale : écrire pour être lu, joué.

Oui, l’idée n’est pas d’essayer d’anoblir le dialecte, mais de combler le manque de richesse littéraire de l’oral, sous estimée à cause de la hiérarchie et du hiatus qui existe entre les différents registres de langue. La culture arabe est coupée entre la culture vernaculaire et celle de la langue savante. Voilà pourquoi j’apprécie le travail ethnologique de Futūḥ Aḥmad Farag de collecte d’histoires populaires publié dans les années soixante-dix. Son génie est de ne pas avoir changé un mot ou corrigé ce qui semble être des fautes de langage, des confusions. Les acteurs me disent parfois : « C’est une erreur, le paysan n’a pas pu dire ça comme ça ». Je réponds : « Nous allons travailler des semaines et des mois. Si à la fin nous nous rendons compte qu’il n’est pas possible de faire passer le message, nous changerons ». Mais, finalement, nous ne changeons jamais rien car les fautes de langue ne sont généralement pas le fruit du hasard. Elles tiennent de la logique interne de la langue, de la culture, de son contexte, du locuteur…

Quelle place tient l’improvisation dans la représentation ?

Nous sommes dans un processus d’improvisation permanent. Je ne fais pas d’improvisation structurée. Le travail sur la mise en scène, par exemple, est le fruit de cette improvisation. Quant à l’acteur, je ne cherche jamais à le pousser vers quelque chose de spécifique. Je lui propose une direction, une orientation. Je vois où il en est et je l’accompagne. C’est pour cette raison que j’aime le terme muǧāwara (voisinage, proximité) pour désigner notre travail. Nous passons énormément de temps ensemble, quelque chose sort, mais qui a fait quoi ? Quand ? Lors de la représentation, les comédiens jouent des personnages qu’ils avaient rencontrés ou imaginés à partir de la réalité, ou ils jouent et racontent leurs personnages à partir de leur statut particulier d’acteur-récitant. Mais aucun, j’espère, n’a joué à être un conteur. Ils jouent à des degrés différents les personnages qu’ils racontent. Le conte connaît en Occident un regain d’intérêt, avec une certaine forme de nostalgie. Moi, je ne suis nostalgique que de ce qui va advenir.

Comment définissez-vous Les Oiseaux du Fayyum ? Peut-on parler de théâtre ? Quelle est votre définition du théâtre ?

Avec Les Oiseaux du Fayyum, nous réfléchissons aux causes de la mise à l’écart de tout un pan de la culture égyptienne. La question qui nous anime est de savoir pourquoi, dans un pays si riche de traditions et des arts de la représentation, aucune place n’a été faite à l’héritage populaire. Ni la dramaturgie égyptienne ni les méthodes utilisées dans la formation des acteurs n’ont pris en compte les pratiques présentes bien avant l’arrivée du théâtre français avec Bonaparte et ensuite les syro-libanais. Notre travail explore l’ancrage local, voire l’exotisme et l’esprit, les langages, les formes qui en sont le produit. Je n’ai pas de conclusion à apporter sur le plan théorique. Je pense qu’un grand travail reste à faire sur ce que voulaient dire nos prédécesseurs qui nourrissent nos créations, que ce soit Tawfīq Al-Ḥakīm, Saʿd Allah Wannūs et bien d’autres. Je suis fasciné par ce que véhicule cette culture égyptienne populaire depuis les chants d’amour pharaoniques aux slogans de la place Tahrir. Je suis étonné que le théâtre ne s’en empare pas plus. La révolution a rendu au pays sa normalité dans le chaos et par la liberté d’expression. C’est une révolution par l’art dans un pays où les gens considèrent encore que la communication est la valeur suprême. Et l’expression artistique première, la pratique artistique première en Égypte, c’est la parole.

Extraits du spectacle

Références


Pour citer ce billet : Najla Nakhlé-Cerruti, « L’art de raconter et l’art de jouer, entretien avec Hassan El-Geretly, artiste et homme de théâtre égyptien », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), 14 octobre  2014. [En ligne] http://ifpo.hypotheses.org/6213


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Najla Nakhlé-Cerruti est agrégée d’arabe et doctorante à l’INALCO (Institut National des Langues et des Civilisations Orientales) sous la direction de Luc Deheuvels, et boursière AMI à l’Ifpo-Territoires palestiniens. Sa thèse en préparation porte sur le théâtre palestinien contemporain, et particulièrement les représentations de l’identité.

Page web : http://www.ifporient.org/najla-nakhle-cerruti

Tous les billets de Najla Nakhlé-Cerutti

Les Chemins Politiques de la Transition Ecologique

Je suis membre du comité scientifique du Colloque Les Chemins Politiques de la Transition Ecologique, qui aura lieu à l’ENS de Lyon les 27 et 28 octobre 2014. Voici le résumé de son argumentaire.

La nécessité de passer d’un mode de développement destructeur de la nature à un autre, qualifié de « durable » ou d’« écologique » s’inscrit désormais dans tous les agendas politiques, de Rio +20 au récent programme du Ministère de l’écologie. Tout comme les notions de « résilience » ou de « développement durable » qui l’ont précédé, le terme générique de « transition écologique » désigne un modèle de société qui interroge les sciences humaines et sociales et amène à des diagnostics nombreux et contradictoires.

Ce colloque interdisciplinaire réunira des philosophes, des géographes, des sociologues et des historiens afin de réinsérer la notion de transition dans le contexte temporel et spatial qui l’a vu émergé. Les modes d’action collective et les modèles économiques seront examinés à la lumière d’autres initiatives politiques se revendiquant d’autres courants historiques.

Le colloque se déroulera les 27 et 28 octobre prochains à l’ENS de Lyon, site Descartes (amphithéâtre de l’IFE). Les inscriptions sont ouvertes sur le site du colloque (http://events.it-sudparis.eu/transition/).

Il est organisé par le réseau franco-allemand Saisir l’Europe – Europa als Herausforderung, l’UMR5600 EVS, le Laboratoire du Changement Social et Politique (Paris VII Denis-Diderot), Mines-Telecom. L’événement est soutenu par l’ENS de Lyon et le CNRS Rhône-Auvergne.

Programme provisoire

Lundi matin

9h-11h Atelier épistémologie :

Florence Rudolf (théorie sociologique et transition écologique)

Cédric Rio (accélération et présentisme)

Jean Chamel (politique et religieux)

Jean Le Goff (temporalités et militantisme)

11h15-13h15 Théories de la transition :

Dominique Méda (travail et transition écologique)

Lydie Laigle (mise en mouvement de la transition écologique par la société civile)

Aliènor Bertrand (histoire politique)

Thierry Brugvin (écosocialisme et écocommunisme) ;

Nicolas Haeringer et Maximes Combes (transition écologique et action politique)

Lundi après-midi

15h-16h30 De la transition énergétique à la transition écologique :

Benoit Granier (smarts communities au Japon)

Marie Gérin-Jean (transition énergétique au Maroc)

Teva Meyer (transitions énergétiques et géopolitique, ex. France, Allemagne, Suède)

17h-19h Table-ronde : quelle économie pour la transition écologique : Fabrice Flipo, Denis Couvet, Philippe Pelletier

Mardi matin

9h-10h30 Transition écologique à l’épreuve des histoires politiques européennes :

Anne-Marie Thirion (écocités France/ Danemark)

Yves Chetchouki (village en transition)

Karin Maire Parienti (jardins partagés en France et en Allemagne)

11h-12h30 Les pratiques matérielles de la transition :

Alice Canabate (initiatives de transition post-crise)

Gabriel Montrieux (circuits-courts alimentaires)

Eric Doidy (théorie du care et jardins)

14h30-17h Déplacements et échelles :

Geoffrey Pleyers (âge global)

Malcom Ferdinand (postcolonial studies dans les Caraïbes)

Maura Benegiamo (Etat et marché dans le développement)

René Audet (sustanaibility transition, échelles)

Sofiane Bouhdiba (biocarburants nord/sud)

17h30-19h : Plénière : synthèse du colloque

Question de linguistique: شرح كافية ابن حاجب لرضي الدين الأستراباذي

Vous trouverez ci-joint les pages au programme du شرح كافية ابن حاجب

Par ailleurs, Mme Ayoub indique que le cours de prépa à l’agrégation du mardi pour l’épreuve de Linguistique aura lieu à l’INALCO en salle 5.28 de 9h00 à 10h30 et en Amphi A de 10h30 à 12h00 (Voir à cette adresse http://planning.inalco.fr/2014-2015/public, dans la rubrique Arabe littéral et dialectal M2).

Les sociétés tardiglaciaires de Grande-Bretagne – vendredi 17 octobre 2014 à la MAE

Dans le cadre du séminaire sur l’économie des chasseurs-cueilleurs du Tardiglaciaire en Europe du Nord (13-17 octobre 2014), Le Professeur Nick Barton (University of Oxford) et William Mill (PhD student – University of Oxford) présenteront leurs recherches sur les sociétés tardiglaciaires de Grande-Bretagne, le vendredi 17 octobre 2014, à partir de 10h, dans la salle du conseil de la Maison Archéologie & Ethnologie, René-Ginouvès (4ème étage), sur le campus de l’université Paris Ouest Nanterre. Le séminaire réunit des chercheurs de l’université d’Oxford,  de l’UMR 7055 – Préhistoire et technologie (CNRS-Université Paris Ouest) et de l’équipe Ethnologie préhistorique de l’UMR 7041-ArScAn (CNRS-Université Paris 1-Université Paris Ouest). Il a pour principal objectif de confronter les connaissances et les approches de chercheurs britanniques et français sur les questions liées aux économies et aux modes de vies des dernières sociétés paléolithiques du Nord de l’Europe (15 000-10 000 avant le présent). Cette démarche, originale et inédite, proposera deux sessions de travail en 2014. La première, en France, et la seconde, en Grande-Bretagne, comporteront chacune des communications orales, des séances d’étude de matériel archéologique et des séances de démonstration et d’initiation à la taille du silex. Le volet français du séminaire se tiendra à Nanterre et sur le site […]