Archives de catégorie : Mondes sociaux

Les origines lointaines de la crise grecque

Caricature du film Zorba le Grec, Copyright Burki
Caricature du film Zorba le Grec, Copyright Burki

Cet été, un troisième plan d’aide a été élaboré pour financer la dette grecque, énième épisode d’une histoire à rebondissements, ponctuée de débats tendus et de déclarations contradictoires. La Grèce, présentée comme « un État clientéliste, bureaucratique, corrompu », s’est ainsi vu imposer un ensemble de réformes « drastiques et rapides » en échange d’une aide financière.

Déjà, en 2010, un député allemand avait proposé que le pays mette en gage quelques îles. Désormais, la Troïka (le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne), qui impose la vente d’îles et autres biens publics, intervient directement dans le processus démocratique grec, « d’où la critique récurrente de mise sous tutelle de la Grèce », souligne sur France Info la journaliste Marie Viennot. Un responsable du parti espagnol Podemos va plus loin en affirmant que « ce que l’on cherche en Grèce, c’est à faire un coup d’État financier, transformer [le pays] en protectorat ».

Que ces critiques soient fondées ou pas, il est curieux de constater qu’elles ne font que reprendre un discours ancien. En effet, en 1824, avant même que l’existence de la Grèce soit reconnue, sa situation financière était déjà à l’origine de supputations douteuses et les îles de ce pays l’objet de convoitises. De plus, dès les années 1830, l’État grec devait faire face aux ingérences d’une autre troïka alors composée de la France, de l’Angleterre et de la Russie. Quelle est donc la situation de la Grèce à ses débuts ?

« Les Grecs […] ressemblent à ces orphelins qui sont placés sous la tutelle rude et avare d’un étranger. Aucune de leurs faiblesses n’est pardonnée. Au contraire, chacune d’elles est exagérée et passe pour crime irrémissible ». Edgar Quinet, La Grèce moderne, 1856.
Autorisation de reproduction de Dominique Chapatte
Copyright Dominique Chapatte. Reproduction autorisée.

1821-1830 : des dettes comme cadeau de naissance…

En 1821, les Grecs se soulèvent pour mettre fin à la domination turque, mais ils épuisent rapidement leurs faibles ressources. Un temps, l’Ordre de Malte songe à acquérir Rhodes en échange d’une aide financière. Les Grecs se tournent finalement vers les places boursières européennes pour lever un emprunt afin de pouvoir continuer leur effort de guerre. En 1824, ils parviennent à trouver un accord avec des banquiers anglais. Les conditions de cet emprunt sont désastreuses. Une fois les commissions prélevées et le premier remboursement déduit, sur les 800.000 £ empruntées, les Grecs perçoivent moins de 350.000 £. De telles conditions suscitent l’indignation de l’opinion publique britannique. Plus tard, c’est ce qui fera dire à Edgar Quinet à propos du nouvel État et de l’Angleterre : « à peine né, elle le rançonnait déjà, elle l’emprisonnait pour dettes ».

Néanmoins, les conséquences de ce premier emprunt sont ambigües. D’un côté, des voix s’élèvent pour le dénoncer, notamment celles des consuls de France en Grèce qui craignent qu’en cas de non-remboursement les Anglais ne s’emparent de territoires grecs « comme gage des sommes qu’ils leur ont prêtées ». D’autres considèrent que cet emprunt donnerait aux Grecs un moyen de pression pour contraindre le gouvernement anglais à venir les aider « pour ne pas perdre ce qu’il a donné ».

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Comme le souligne malicieusement l’agent français à Syros : « le failli tient le créancier par la barbe », d’où la conclusion du consul général de France à Smyrne : « plus la Grèce aura de créanciers, […] plus elle aura de gens intéressés à son existence politique ». En attendant, les sommes débloquées permettent aux Grecs de repousser une nouvelle armée turque.

De fait, même si d’autres facteurs priment, la politique anglaise ne tarde pas à évoluer. L’Angleterre et la Russie, rejointes par la France, se rapprochent rapidement des Grecs et finissent par intervenir militairement pour imposer au Sultan ottoman la création d’une Grèce indépendante. Les trois puissances s’autoproclament alors les « puissances protectrices » du nouvel État et lui imposent un roi allemand : Othon Ier de Bavière.

La Grèce sous tutelle

Lorsqu’Othon débarque en Grèce au début de l’année 1833, il trouve un pays exsangue, miné par la guerre civile. Tout est à reconstruire. Les puissances protectrices concèdent alors à la Grèce une série d’emprunts pour lui permettre de relever le pays, d’installer la monarchie bavaroise et d’imposer aux Grecs une occidentalisation coûteuse. Dès ses débuts, cet endettement se révèle malsain. Premièrement, il est garanti par les terres nationales, la seule richesse du pays, qui se retrouvent ainsi hypothéquées et dont l’État grec ne peut plus disposer sans l’autorisation de ses créanciers.

CC OpenIcons pour Pixabay
CC OpenIcons pour Pixabay

Deuxièmement, comme aujourd’hui, cet emprunt est réparti en tranches qui sont progressivement débloquées et données à la Grèce. Seulement, chaque puissance n’accepte de libérer une nouvelle tranche qu’en échange de contreparties qui servent ses intérêts. Ainsi, la société grecque se divise en trois parties dont l’influence croît et décroît en fonction de l’argent prêté par les puissances qui soutiennent chacune un parti. Les Anglais tentent également, en vain, de créer une banque nationale grecque dont ils auraient le contrôle. Pour le consul de France à Patras, il s’agirait alors d’« un vaste filet jeté sur l’avenir de la Grèce ». Finalement, ce seront les Français qui constitueront cette banque « nationale ».

Troisièmement, l’argent prêté est dilapidé pour construire un palais monolithique au nouveau souverain – l’actuel Parlement grec –, mais aussi pour payer une armée bavaroise chargée de ramener le calme dans le pays. Ainsi, dans les décennies qui suivent, l’État grec perpétuellement à court de liquidités s’endette toujours davantage. L’argent prêté par les puissances ne l’est qu’à des fins politiques et sert de levier d’ingérence pour faire tomber les gouvernements au gré des intérêts. Bien évidemment, la Grèce propose des garanties pour ces nouveaux emprunts ; mais, comme le souligne le directeur de la Division politique du ministère des Affaires étrangères en 1836, ces garanties sont fausses et ne servent qu’à apaiser les chambres. Lorsque celles-ci se révèlent trop râleuses, il faut alors passer par une conférence avec la Russie et l’Angleterre. « En attendant, le malade peut crever », constate Desages. Dès 1834, le consul de France à Syra ne se fait aucune illusion sur l’avenir de ces emprunts. « L’état présent de la Grèce est tout à fait artificiel et ce que le pays peut offrir de prospérité doit s’évanouir quand les embarras financiers viendront ». Il en est persuadé, les emprunts « deviendront de véritables dons, car leur remboursement sera impossible ».

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

La Grèce sous le feu des opinions publiques européennes

Pendant ce temps, à partir de 1830, les opinions publiques d’Europe jugent la Grèce avec toujours plus de sévérité. Le consul de France à Patras s’agace contre « la vanité et la jalousie » des Grecs. Prenant de haut « l’enfant gâté », il constate qu’« il marche à peine et il veut que les vieux États de l’Europe qui le regardent encore au microscope, se mettent à ses allures ». En 1836, des rumeurs font état de la décrépitude du pays. Le secrétaire de la Légation de France à Athènes croit savoir qu’il s’agit de manipulations bancaires pour faire chuter le cours des anciens emprunts grecs. Comme le souligne le ministre de France en Grèce en 1837 : « la Grèce pas plus que tout autre pays et bien moins peut-être, à cause de ses besoins financiers n’est indépendante du jugement qu’on porte d’elle à l’extérieur ». Rares sont les voix qui s’élèvent pour défendre le pays. Edgar Quinet en fait partie lorsqu’il s’indigne : « Mais la Grèce, dit-on, n’a pas tiré tous les résultats promis par ses révolutions ? Après s’être relevée, la voilà retombée. Elle languit, elle végète. Qui dit cela ? Où est la nation en Europe, qui n’ait point fait de chutes ? Quelle est celle qui est sans péché pour lapider la Grèce ? […] Pourquoi demandons-nous à ce blessé la force que nous-mêmes n’avons pas ? Il vit. C’est plus qu’il n’est raisonnable d’espérer ».

Grèce - Juin 2000 Athènes
CC Flickr Loic Pinseel. Détournement Mondes Sociaux.

La spirale d’endettement dans laquelle s’est engagée, contrainte et forcée, la Grèce avant même son existence officielle est immédiatement devenue pour les grandes puissances un moyen d’ingérence pour contrôler le pays. En 1846, la France finit par envoyer un inspecteur général des finances pour superviser le budget grec. Il est accompagné par le fils du ministre des finances que son père veut éloigner des séductions et des dangers de la capitale. La Grèce sert toujours à ça. Cette inspection ne change pas grand-chose. L’endettement fait partie du système politique hellénique, au grand profit des trois puissances protectrices qui prêtent l’argent.

En 1851, Forth-Rouen, le nouveau ministre de France en Grèce, note que pour « reconquérir son indépendance », le pays doit d’abord payer ses dettes. La chose semble plus facile à dire qu’à faire. Preuve en est, s’il le faut, les quatre faillites de la Grèce depuis cette époque. La fréquente mise sous tutelle du pays ne modifie pas le système. Edmond About a beau jeu de moquer la Grèce et son souverain allemand en constatant qu’il s’agit du « seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance ». Une fois de plus, Quinet semble plus proche de la réalité quand, après avoir souligné certains des problèmes structuraux de la Grèce, il constate : « cet État a peine à subsister au milieu des combinaisons actuelles. C’est une preuve que ces combinaisons seront modifiées tôt ou tard par la force des choses ».

Massé A., 2010, « Les consuls français et la guerre d’indépendance grecque : intervention, neutralité ou colonisation (1821-1828) », in Ulbert J., Prijac L., dir., Consuls et services consulaires au XIXe siècle, l’épanouissement d’une institution, Hambourg : Dobu Verlag, 94-106. Bach S., 1995, Le mirage grec : la Grèce moderne devant l’opinion française depuis la création de l’École d’Athènes jusqu’à la guerre civile grecque, 1846-1946, Paris/Athènes : Hatier/Kauffmann, 541 p.Couloumbis T.A., Petropulos J.A., Psomiades H.J., 1976, Foreign interference in Greek politics. An Historical Perspective, New York : Pella Publishing Company.

Crédit image en bandeau : CC Albert Häsler pour Pixabay

Quand passent les étrangers…

CC Wikimedia
CC Wikimedia

Les migrations internationales sont désormais présentées comme un « sujet majeur de préoccupation » des Etats, des regroupements d’Etats – l’Union européenne, par exemple –, des forces politiques de chaque pays, voire de ce qu’il est convenu d’appeler les « opinions publiques nationales ». Face à la cacophonie, au choc, quand ce n’est pas au scandale des discours, il est nécessaire, du moins quand on veut comprendre ces phénomènes migratoires, de se reporter aux travaux de recherche de ceux qui les étudient depuis longtemps. Incontestablement, le sociologue Alain Tarrius fait partie de ces spécialistes qui ont longuement centré leurs investigations sinon sur les migrations internationales (quoique…), du moins sur certaines d’entre elles.

Dans Etrangers de passage, il livre une synthèse des travaux qu’il a consacrés à ceux qu’il a d’abord nommés les « migrants nomades», puis à partir de 2001 et après avoir décrit les formes d’une mondialisation entre pauvres, poor to poor ou encore « par le bas », qu’il appelle les « transmigrants ». C’est d’ailleurs au cours de ces recherches qu’il a observé et analysé la construction de « territoires circulatoires transeuropéens » à partir d’initiatives de collectifs de migrants originaires de nations euro-périphériques (Turquie, Maroc, pays des Balkans…). Ces circulations fonctionnent, surtout à partir des années 1990, sur un mode réseautique.

Tarrius A, 2015, Etrangers de passage. Poor to poor, peer to peer, La Tour d’Aigues : L’Aube, Coll. Monde en cours, 175 p.
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Quid des territoires circulatoires nord-méditerranéens ?

Alain Tarrius met plus particulièrement en perspective ses travaux sur les territoires circulatoires nord-méditerranéens : « la route des Sultans » de la Mer Noire à la Mer Adriatique, « la route en pointillés » de quartiers de relégation en ghettos urbains dans les villes italiennes, françaises et espagnoles. Il prend à témoin les populations transmigrantes Baloutches, Iraniennes et Afghanes, vivant du commerce des produits électroniques d’entrée de gamme « free tax, passed by Dubaï » issus des grandes firmes du Sud Est Asiatique, et circulant en tournées de six mois « de chez eux à chez eux » par la voie méditerranéenne. Nombreux – ils seraient plusieurs centaines de milliers – et invisibles car se déplaçant avec des visas touristiques parmi des millions de voyageurs, ces étrangers de passage échappent à tout cadrage statistique. Ils n’en transforment pas moins les contours de villes telles que Trabzon, port turc emblématique de la Mer Noire, Sofia, Tarente et Alicante.

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Pour décrire le rôle des transmigrants sur les réagencements de ces villes, mais aussi pour traiter des nouveaux métissages et cosmopolitismes liés aux échanges marchands indifférenciés, l’auteur reprend et retravaille – notamment pour intégrer la dimension internationale des réseaux – la notion de « moral area » (espace de mœurs) construite par le sociologue nord-américain Robert Ezra Park : « les pauvres, dès lors que l’opportunité leur est donnée de se reconnaître comme collectif d’usagers dans la ville, entrent sans réticence dans la complexité des rapports d’altérité et exposent leur cosmopolitisme, de circulation et de voisinage urbain ».

« La notion de ‘moral area’, ou ‘zone de mœurs’, est utilisée par l’ensemble des sociologues de l’Ecole de Chicago pour décrire l’attraction et le brassage, souvent nocturne et dérogatoire de ‘l’ordre urbain’, de populations variées autour d’activités mêlant plaisirs et intérêts. Les ‘moral areas’ jouent un rôle essentiel, bien que non reconnu, masqué, dans les transformations urbaines. » Alain Tarrius, in Fragments sur les temps présents.  Cette notion est utile pour analyser les échanges souterrains et officiels, cachés et affichés.

Enfin, il propose deux autres notions-clés pour aborder les migrations « sur le terrain ». D’abord le « paradigme de la mobilité », notion d’usage méthodologique qui lui permet d’identifier les rapports sociaux originaux, interindividuels et collectifs, institués par les migrants de passage comme autant d’interactions entre eux et avec les habitants sédentaires. Ensuite les « territoires circulatoires », déjà évoqués, notion souple et évolutive, à même de rendre compte des continuités sociales et territoriales créées par ces populations à travers les pays.

CC Wikimedia Commons, détail Parc Ornithologique du Teich
CC Wikimedia Commons, détail Parc Ornithologique du Teich

Des enjeux financiers aux enjeux sociétaux

Deux préalables issus des travaux antérieurs du chercheur sont rappelés pour renforcer les cadrages contextuels. D’une part, les importants enjeux financiers : des milliards de dollars provenant de ces commerces souterrains, fruits des connivences méconnues entre acteurs majeurs des économies criminelles de la drogue et des économies officielles, les grandes firmes du Sud Est Asiatique pour ne pas les nommer. Ainsi, la filière souterraine des produits électroniques à partir des importations émiraties passant par la Mer Noire, l’Adriatique et la Méditerranée écoule à elle seule environ six milliards de dollars. Ceux-ci sont avancés aux transmigrants Moyen-orientaux par les milieux criminels russo-italiens des trafics de l’héroïne et des femmes. Les stratégies de la mondialisation poor to poor déployées par les grands opérateurs de l’électronique du Sud-Est Asiatique impliquant des transmigrants qui se chargent des marchandises passant par les Emirats, ne s’adressent qu’a des populations clientes pauvres et ne concurrencent donc pas les circuits officiels de distribution.

CC Flickr Claire André
CC Flickr Claire André

D’autre part, le chercheur refuse de se cantonner aux populations de pays pauvres extérieurs à l’Espace Schengen car l’économie entre pauvres n’est pas un attribut exclusif des pays sous-développés. Il suit de ville en ville, de pays en pays, de continent en continent, les parcours de ces hordes de saute-frontières. Il s’attarde aussi sur des villes européennes pour comprendre comment deux séries de phénomènes sociétalement structurants se déploient. Il évoque en premier lieu les « peuples sans nation » construits par les circulations internationales, dont les membres sont pourtant issus de nations bien identifiés. Il cite le cas des Turcs et Marocains, dispersés à travers l’Europe depuis plusieurs décennies. Par exemple, il n’est pas rare qu’une branche familiale de Marocains installée en Espagne entretienne des relations étroites avec d’autres branches résidant en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique ; des mobilités incessantes se développent comme recours en cas de chômage, de problème de santé, etc. Alors, les frontières ne sont plus celles des Etats, mais celles de l’entité sociale marocaine…

En second lieu il souligne que la mobilité internationale des transmigrants opère comme une « ressource de sortie par le bas » pour des jeunes issus des enclaves urbaines – les fameux « quartiers » – des villes européennes. Le constat du passage du classique paradigme immigration/intégration à celui transmigration/mondialisation correspond, au fond, à un changement de focale marxiste : « Au revoir le Marx du moteur unique de la migration comme mobilisation internationale de la force de travail. Bonjour la remarquable intuition de Marx sur le fétichisme de la marchandise en situation de globalisation libérale ». Si la mobilité internationale et les assignations sédentaires des immigrants ont produit les ghettos urbains, le fétichisme de la marchandise transforme certains migrants en entrepreneurs mobiles au service des économies marchandes ultralibérales. Paradoxalement, les nouvelles formes d’exploitation qu’ils subissent sont vécues comme une libération d’initiatives. De façon significative, la plupart des transmigrants déclarent ne jamais quitter leur « chez soi », un chez soi qu’ils enrichissent tournée après tournée. Les multiples étapes sur les vastes territoires des circulations internationales deviennent socialement proches et sont organisées en voisinages, ce qui redéfinit les notions d’« origine » et de « destination ».

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Ne nous le cachons pas, cet ouvrage fécond est difficile à lire, en particulier pour les non-initiés. Les difficultés de lecture tiennent entre autres à la déclinaison constante des approches compréhensives développées par Alain Tarrius : ainsi, par exemple, la redéfinition des notions-clés lors de ses incessants aller-retour entre terrains et concepts peut dérouter le lecteur qui n’est pas habitué à cette gymnastique en phase avec les recommandations de Weber, Simmel, Park, Goffman, Barel, Lourau, Hanertz, que l’auteur cite fréquemment. On relèvera aussi que cet objet d’étude nécessite pour le chercheur d’enquêter en mobilité, sur les lieux et les routes des migrations, ce qui s’avère singulièrement contraignant… En revanche, il permet de décrire et d’analyser « au plus près » les rapports sociaux originaux produits dans les temporalités singulières des territoires circulatoires. Enfin, le choix de s’attarder sur situations révélatrices inspiré des derniers travaux d’Erving Goffman offre au lecteur des scènes pertinentes et bien enracinées dans la réalité des interactions… et de nouvelles occasions pour renouveler l’intérêt de la lecture.

Crédit bandeau à la Une :  CC Flickr PROyapaphotos

Les jeux vidéo au prisme du genre

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CC OpenClipartVectors

Qu’ils soient « serious » ou totalement tournés vers le divertissement, qu’ils s’adressent aux enfants, aux adolescents ou aux adultes, les jeux vidéo « nous parlent » quand nous jouons et font parler leurs créateurs, les éditeurs, les vendeurs, les joueurs… mais aussi les chercheurs en Sciences humaines et sociales. Cette montée en puissance des recherches n’exclut pourtant pas l’existence de zones d’ombre ou encore en partie en jachère. Ainsi, alors qu’il est largement admis que leur conception est souvent stéréotypée selon les attentes masculines des joueurs, les travaux en termes de genre sont encore rares, du moins en France.

Depuis plusieurs années, Fanny Lignon – chercheure en Cinéma et audiovisuel à l’Université Lyon 1 – s’intéresse à cette problématique du genre et des stéréotypes de sexes dans les jeux vidéo. Elle défend l’idée qu’ils proposent « des modèles du masculin et du féminin » tout en construisant « des identités sexuées, des rôles de sexes et des stéréotypes de sexes ».

  • Lignon F., 2014, « Des jeux vidéo et des adolescents. A quoi jouent les jeunes filles et garçons des collèges et lycées ? », Le Temps des Médias, n°21, janvier, p. 143-160.
  • Lignon F., 2013, « Analyse vidéoludique et stéréotypes de sexe », in Morin C., Salle M., dir., A l’école des stéréotypes, Paris : L’Harmattan, 115-139.
  • Lignon F., 2012 « Séduction et virtualité : l’amour au pays des Sims », GEM 14 octobre.
  • Lignon F., 2007, « Les Sims ou la vie virtuelle », Idées, « Innovation, concurrence et croissance », n°150, décembre, 50-56.
CC Flickr Frits Ahlefeldt-Laurvig
CC Flickr Frits Ahlefeldt-Laurvig

Le genre dans la construction du jeu

Le genre est saisi comme un construit social exprimé dans trois zones distinctes du jeu : le travail des « games designers », le jeu en lui-même et le produit en aval de la sortie. Traditionnellement, les games designers féminines sont souvent reléguées à la création de jeux pour filles. En outre, leurs représentations sociales, en partie nourries de stéréotypes, peuvent influencer la construction du genre. Leur construit social et la manière dont elles se représentent le masculin et le féminin ne sont pas sans conséquences sur la construction du genre non seulement dans le jeu, mais aussi sur les recto/verso des jaquettes. Fanny Lignon montre qu’elles peuvent véhiculer deux postures différentes du genre : l’une essentialiste, par la mise en avant des qualités féminines des games designers et l’autre, moins genrée, basée sur leurs compétences propres.

CC Deviant Art, Rusrick
CC Deviant Art, Rusrick

Pour le jeu proprement dit, le genre est abordé différemment en fonction des types de jeux. En effet, le jeu propose des objectifs différents selon les thèmes abordés ainsi que des récits évolutifs dont le genre se révèle dans les situations, les dialogues, les emplacements et les choix narratifs. La chercheure appréhende le jeu vidéo dans sa complexité, en prenant en considération tout le système de mise en relation incluant les faits, le style, les personnages, les lieux, les actions… Elle s’interroge également sur la question des représentations du masculin, du neutre et du féminin. En introduisant le neutre et le masculin, elle s’éloigne des conceptions féministes, encore nombreuses dans les recherches sur le genre. Pour elle, « le jeu fournit les paramètres, mais la façon dont ils vont être utilisés dépend du joueur ». Ainsi, se mêlent dans le jeu le profil psychologique de l’avatar et la personnalité du joueur, chacun ayant des perceptions du genre différentes. L’une est consciente et élaborée par le ou la game designer, l’autre, inconsciente ou non, dépend du vécu et de l’imaginaire des joueurs. Les analyses des alternances de positions entre l’avatar et le joueur sont incontestablement un élément probant de l’originalité de cette approche.

La troisième zone au sein de laquelle le genre s’exprime est celle de l’aval du jeu, au moment de sa sortie et de sa mise à disposition gratuite ou payante. Longtemps occupée très largement par les gamers, cette zone a évolué très vite vers la mixité. Progressivement, les gameuses ont pris leur place et leur position face aux gamers.

Le genre mis en scène

Les bases posées, Fanny Lignon dresse à travers les diverses catégories de jeux (réflexion, action, simulation) une observation et une analyse fines de la mise en scène du genre qu’il est difficile de restituer ici en raison du format court de l’article. Les jeux de réflexion, qui nécessitent une stratégie particulière pour gagner, oscillent entre une représentation neutre du genre (jeux d’échec, jeux de carte..) et des représentations très stéréotypées (World of Warcraft, Tom Raider). Les personnages féminins sont hypersexués et évoluent entre des elfes de sang en porte-jarretelle et des sorcières.

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Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Les jeux d’action sont basés sur les réflexes et les anticipations des joueurs. Doom, par exemple, accumule les stéréotypes : l’homme est viril, militaire et surarmé et il évolue dans des milieux en permanence hostiles ; les garçons sont athlétiques et les filles sexy, les premiers exhibant leurs muscles et les secondes leurs formes pour mieux combattre l’adversaire. Dans les jeux de combats, les stéréotypes féminins glissent régulièrement vers des représentations érotiques et sexuelles de la femme. De sorte que, au regard du seul critère du stéréotype, « ces jeux se révèlent égalitaristes et sexistes à l’égard des hommes comme des femmes ».

Les jeux de simulation consistent à animer un modèle mathématique sur ordinateur en agissant sur certains paramètres. Le genre est étudié en fonction des catégories de jeux proposées aux utilisateurs et des stéréotypes. Fanny Lignon s’est particulièrement attachée à analyser Les Sim’s, sans doute parce que c’est un jeu qui présente deux caractéristiques majeures : il est le plus vendu au monde et il plaît aux filles (il compterait 80% de joueuses). Volontiers perçu comme gay friendly, il attribue aux hommes et aux femmes des comportements identiques.

Dans le monde virtuel des Sims

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Les Sims est un jeu de gestion, aux dimensions économiques évidentes, où hommes et femmes doivent construire et gérer une ville. Il permet de créer un monde virtuel de personnages dans leurs lieux de vie, dans lequel le joueur est libre d’exprimer ses désirs allant d’une vie de rêve à une vie de chaos.

« Sous le même titre se cachent en réalité trois versions du même jeu : Les Sims (Electronic Arts, Maxis, 2000), Les Sims 2 (Electronic Arts, Maxis, 2004) et Les Sims 3 (Electronic Arts, Maxis, 2009). Ces logiciels sont disponibles sur la plupart des consoles et sur ordinateur. De nombreux disques additionnels, non autonomes, sont également disponibles. Ils élargissent le champ des possibles et ajoutent des fonctionnalités aux jeux de base. Ils permettent aux joueurs d’exercer de nouveaux métiers, d’accéder à de nouveaux lieux, d’acheter de nouveaux objets », Fanny Lignon, 2012 « Séduction et virtualité : l’amour au pays des Sims ».

L’auteure s’intéresse plus particulièrement aux représentations que ce jeu propose aux joueurs et aux joueuses, aux modèles humains et relationnels qu’il véhicule et à la manière dont les stéréotypes peuvent se construire. Par exemple, l’étude des jaquettes du jeu révèle des représentations du genre. Ainsi, la jaquette des Sim’s 1 montre trois femmes, quatre hommes et un couple hétérosexuel ; les personnages y sont présentés jusqu’au tronc et leurs regards sont orientés dans diverses directions, montrant un désir d’interactions et de mise en relation. Celle de Sim’s 2 comprend trois femmes et six hommes (dont un extra-terrestre). Les femmes sont séductrices et conformistes, se distinguant par différentes couleurs de cheveux. Le couple est hétérosexuel et en union libre contrairement aux Sim’s 1 où les couples étaient obligatoirement mariés : il y a donc une évolution des mentalités. Quand aux hommes, il en existe de tous les styles et pour tous les goûts ; contrairement aux femmes jeunes et souriantes, les hommes sont de tous âges, mais peu souriants, voire revêches.

CC Flickr Elven*Nicky
CC Flickr Elven*Nicky

Le jeu se divise en plusieurs étapes, dont la première est la création de familles, c’est-à-dire de liens entre plusieurs personnages. Toutes les configurations de la vie réelle sont possibles et selon l’auteure, « au pays des Sims règnent une certaine tolérance et un certain respect des libertés individuelles ». En second lieu, les joueurs caractérisent leurs personnages selon l’aspect physique, psychologique et sociétal. Les traits physiques priment sur les dimensions psychologiques et sociétales : le plaire et le paraître sont donc essentiels. Dernier exemple, les relations entre les personnages et en particulier entre hommes et femmes : elles vont de l’amitié à l’amour, de la séduction aux câlins et en même temps, elles sont très codifiées. Mais, et cela mérite d’être relevé, dans ces jeux de séduction, les hommes et les femmes sont égaux en termes de potentialités.

En conclusion, on relèvera que les jeux vidéo sont des terrains pertinents et féconds pour les recherches sur le genre. D’ailleurs, Fanny Lignon en est intimement persuadée : « Les jeux vidéo sont, nous espérons l’avoir montré, des objets complexes qui ne sauraient se mesurer à la seule aune des stéréotypes de sexes, parce qu’il y a différents degrés de stéréotypage, parce qu’un même jeu peut n’être stéréotypé que sur certains points, parce que ceux et celles qui jouent avec ces stéréotypes sont des individus réels, complexes » (Lignon, 2013, 128). Toutefois, ainsi qu’elle le reconnaît elle-même, il faudrait compléter ce travail par une sociologie et/ou une ethnologie des usages. Faut-il comprendre que de nouvelles perspectives de recherche vont s’engager ?

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Crédit image bandeau : CC Wikimedia Commons Lars Frantzen 

Le tourisme au Maghreb à la période coloniale : un objet d’histoire futile ?

J.H.Derche, PLM L'hiver, le printemps au Maroc - Fez Bab Mabrouk (1929)
J.H.Derche, PLM L’hiver, le printemps au Maroc – Fez Bab Mabrouk (1929)

Travailler sur le tourisme, passe encore. Le thème a aujourd’hui, avec ses corollaires comme l’étude des loisirs et des vacances, trouvé sa place parmi les champs de l’histoire. Mais travailler sur le tourisme en situation coloniale, est-ce vraiment sérieux ? La domination impériale a généré tant d’injustices, d’iniquités et de violences qu’on peut considérer le tourisme comme un épiphénomène dont l’analyse n’ajoute rien à la compréhension des sociétés concernées.

Par ailleurs, pourrait-on nous objecter, les géographes et les sociologues qui, depuis de longues années, se sont intéressés au phénomène touristique, considèrent que celui-ci démarre avec les années 1960, voire après, au moment où se met en place une économie du tourisme de masse. Alors, pourquoi s’entêter à traquer le touriste dans l’Algérie du XIXe siècle, ou au Maroc et en Tunisie des années 1920 ?

William Klein Tatiana and Marie Rose Camels Picnic Morocco 1958
William Klein Tatiana and Marie Rose Camels Picnic Morocco 1958

Traquer le touriste en situation coloniale

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Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Les raisons en sont toutes simples. On soulignera tout d’abord que les sociétés coloniales, comme toutes les sociétés, sont des structures complexes qu’il faut analyser en leur totalité. Le tourisme a fait partie du monde colonial, il y a même trouvé une place assez importante. Ensuite, on se permettra d’avancer que le tourisme de masse, en Europe comme ailleurs, a été précédé d’un tourisme élitiste, aristocratique et bourgeois qui, bien que minoritaire, a suscité l’apparition d’un secteur économique, transformé certaines villes et hanté l’imaginaire collectif de millions de personnes. Ainsi, avant de devenir, à partir des années 1960 une grande station balnéaire, Hammamet (Tunisie) avait été conçue au tournant du XXe siècle pour devenir une ville d’hivernage.

Nous sommes donc partis en 2003 sur ces fragiles présupposés pour nous lancer à l’attaque de ce continent inexploré qu’était, il y a une dizaine d’années, l’histoire du tourisme à la période coloniale au Maghreb.

Le nous inclut des chercheurs français et tunisiens. Il nous paraissait en effet important de mener cette enquête de manière conjointe, de part et d’autre de la Méditerranée. Les premiers travaux ont été entrepris par des étudiants de l’Université du Mirail devenue Jean-Jaurès et de la Manouba à Tunis. Un colloque qui s’est tenu en 2006 à Toulouse a permis de poser les jalons d’une histoire à bâtir et fait émerger les premiers résultats. Une thèse sur le tourisme en Tunisie coloniale a été soutenue à Tunis. Colette Zytnicki a rédigé un ouvrage sur le tourisme en Algérie des années 1850 à 1962. Depuis 2011, fonctionne également un séminaire itinérant sur la question connexe des liens entre tourisme et patrimoine au Maghreb dont les résultats seront publiés en divers volumes dans les années à venir.

Douze ans plus tard, que peut-on dire sur la question ? Notre ambition était, dès l’origine, de ne pas réduire le tourisme à ses aspects culturels, comme l’étude des guides, des affiches et des récits de voyages, mais d’en faire une histoire « totale », osons le terme. Le tourisme a en effet généré des politiques engageant des acteurs publics, privés et une économie. De là vient notre souci de mettre l’accent sur le jeu des acteurs concernés.

Affiche du film Lyautey, bâtisseur d'Empire, René Lucot, 1946
Affiche du film Lyautey, bâtisseur d’Empire, René Lucot, 1946

Les autorités coloniales comprennent assez vite, au tournant du XXe siècle, tout le parti qu’ils peuvent tirer du tourisme transformé en caisse de résonance de « l’œuvre française ». Les voyageurs doivent rapporter de leur périple le souvenir de l’action « positive » de la France dans ces régions. C’est pourquoi, tant les Gouverneurs généraux de l’Algérie que les Résidents de Tunisie et surtout Lyautey, au Maroc, suivent de près les dossiers concernant le tourisme. En cela, les militaires jouent un rôle cardinal dans la mise en tourisme du Sahara. Au-delà du cercle politique, gravite celui des édiles et des hommes d’affaires locaux qui flairent dans le tourisme une activité d’avenir. Certains lotissent leurs terres en bord de mer et font surgir des stations balnéaires, comme à Fort-de-l’Eau ou à Bouisseville en Algérie. D’autres se lancent dans la construction d’hôtels. Enfin, les puissantes compagnies de transport jouent un rôle fondamental. Parmi, elles, il faut faire une place à part à la Compagnie Générale Transatlantique qui, comme ses rivales, a lancé l’idée des billets circulaires à travers l’Algérie dès les années 1880 et les circuits automobiles dans les années 1920. Sa filiale, la Société des Voyages et des Hôtels Nord-Africains a construit 44 hôtels de luxe à travers tout le Maghreb. Y compris en plein Sahara !

Des hiverneurs de la Belle Epoque aux touristes en short

Toutes ces fées réunies autour de son berceau ont-elles permis au tourisme de se développer ? La réponse est nuancée. On peut affirmer que le tourisme mis en place dès la fin du XIXe siècle a contribué à fixer la carte touristique des régions considérées. Il n’y a qu’à comparer un Guide bleu de la période avec son homologue contemporain. Le Maghreb a attiré un nombre non négligeable de touristes et depuis fort longtemps. Outre les voyageurs célèbres, on peut ajouter les hiverneurs qui venaient passer la saison froide sur les hauteurs d’Alger, à Mustapha supérieur ou dans la banlieue de Tunis. Biskra fut dans les années 1890, mise en valeur par des sociétés capitalistiques locales, une destination prisée dans tout la Jet Set de l’époque.

Helmut Newton UK Vogue May 1967
Helmut Newton UK Vogue May 1967

Après ce tourisme élitiste qui marque le pas après la Première Guerre mondiale, se développe un tourisme plus bourgeois dans l’entre-deux-guerres. Après 1945, au Maghreb comme ailleurs, on essaie de développer le tourisme populaire, les « touristes en short », amenés dans la région par des organisations comme Tourisme et Travail. Notons l’importance du tourisme saharien qui prend son essor dans l’entre-deux-guerres, soutenu par les autorités politiques au moment où se met en place la route qui relie les deux parts de l’empire français en Afrique. Jalonnée d’hôtels, celle-ci devient un élément clé dans la politique impériale française des années 1930 et reprend même force et vigueur, en pleine guerre d’Algérie, au moment où le désert se couvre de complexes pétroliers.

Mais le tourisme ne se nourrit pas seulement de voyageurs extérieurs au pays. Il est également formé des touristes autochtones. L’Algérie, relative colonie de peuplement, a vu se développer une culture de la randonnée parmi ceux que l’on appelait les Français d’Algérie. Et c’est de plus en plus sur eux que comptent les différentes institutions pour voir se développer le tourisme. Il faut aussi ajouter les membres des élites locales qui, par exemple, ont rejoint le Touring Club algérien au début du XXe siècle. Avant la Grande guerre, on a commencé à créer en Tunisie des centres de vacances pour les fonctionnaires français dans des paysages et des lieux rappelant la métropole comme à Ain Draham, à la fois pour leur permettre de se « régénérer » et pour les encourager à passer leurs vacances dans la colonie.

À partir des années trente, les Tunisois, musulmans et juifs, suivent le mouvement. Ils quittent la ville en été pour rejoindre les plages à Hammam-Lif ou à La Goulette, ou prendre les eaux à Korbous. Voilà un aspect de notre travail qui est passionnant et en cours de défrichement : l’impact du tourisme sur les populations locales, en termes d’intégration dans le processus (comme touristes, guides, hôteliers, etc.), mais aussi sur leurs représentations. Enfin, le tourisme entretient des rapports étroits avec le mouvement de patrimonialisation qui s’affirme dès la fin du XIXe siècle. On protège les sites archéologiques, si nombreux au Maghreb et les villes anciennes pour les offrir dans toute leur beauté aux touristes. Alger puis Tunis et les cités impériales du Maroc (Lyautey y veille tout particulièrement dès 1912) sont ainsi figées dans le passé. Le paysage urbain de Tunis est sauvegardé par le projet de l’architecte Valensi (1920), ainsi que celui de la petite ville voisine de Sidi Bou Said où résidait le baron Erlanger.

Le tourisme, loin d’être un élément superficiel, est inscrit au cœur de la situation coloniale. Il permet de justifier la présence impériale, il contribue à remodeler paysages urbains et ruraux, il peut accroître même les tensions. Par ailleurs, le tourisme au Maghreb connaît, pour l’Algérie du moins, les mêmes étapes de développement qu’en Europe. Plus encore, dans le système impérial où s’inclut le tourisme, les idées circulent d’un point à l’autre, des réseaux s’établissent, réseaux politiques de fonctionnaires français qui vont d’un point de l’empire à l’autre ou les syndicats d’initiative organisés au niveau du Maghreb, réseaux économiques constitués par ces grandes sociétés de transport.

Zytnicki C., 2014, « De la place-forte à la capitale des hiverneurs : l’invention de Biskra en ville touristique (1844-1939) » , in  Les villes maghrébines en situations coloniales, Paris/Tunis : L’Harmattan/IRMC.• Zytnicki C., 2013, « ‘Faire l’Algérie ‘agréable’. Tourisme et colonisation en Algérie des années 1870 à 1962», Le Mouvement Social, n°242, 97-114.•  Zytnicki C.,  2013, « Faire son ‘métier’ de touriste dans l’Algérie coloniale de la Belle Époque », Périples au Maghreb. Voyages pluriels de l’Empire à la postcolonie XIXe-XXIe siècle, in Le Houerou F., dir., Paris : L’Harmattan, 25-44.• Kazdaghli H., 2009, « L’Entrée du Maghreb dans les circuits du tourisme international : le rôle précurseur de la Compagnie Générale Transatlantique », in Zytnicki C., Kazdaghli H., dir., Le tourisme dans l’Empire français. Politiques, pratiques et imaginaires (XIXe-XXe siècles), Paris : SFHOM, 205-216.• Kazdaghli H., 2006,  « L’exploration touristique de la Tunisie au début de l’établissement du protectorat français », in Pour une histoire du tourisme au Maghreb, XIXe-XXe siècles, Revue Tourisme, n° 15.
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Globalisation et illégalismes

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CC Wikimedia Commons, Protest against the G8-meeting in Heiligendamm, 2007.

La globalisation semble avoir multiplié à des niveaux exponentiels les pratiques de contournement de la loi, tout en diversifiant les visages de ceux qui y sont impliqués : migrants de la « mondialisation par le bas » et grands acteurs économiques – entreprises du bâtiment ou exploitations agricoles qui emploient des travailleurs sans-papiers (et sans droits) dans les centres du capitalisme mondial, grands exportateurs et/ou importateurs de produits manufacturés et petits commerçants de marchés populaires dits « marchés des pauvres » ; sans parler des États qui tantôt facilitent, tantôt limitent le mouvement illégal d’êtres humains et de marchandises selon des principes à géométrie variable.

Des dynamiques complexes de développement et de réduction de la pauvreté accompagnent paradoxalement certains de ces processus, alors même que la généralisation de ces pratiques de contournement de la loi remet profondément en cause les cadres institutionnels-légaux sur lesquels sont bâties les démocraties modernes. Comment prendre la mesure de tels phénomènes ? Comment savoir si les pratiques de contournement évoquées sont isolées et anecdotiques, ou ont au contraire une portée générale ?

Sur la mondialisation par le bas, lire Doron A.,World trade par le bas“, Mondes Sociaux, 2014.

Comment mettre en perspective des spécificités locales et des enjeux plus larges ? Comment surmonter l’obstacle que représente la difficile quantification de ces pratiques ? Ces questions, nous nous les sommes posées dans le cadre d’un programme franco-brésilien de coopération dont le périmètre effectivement couvert est allé bien au-delà des seules frontières française et brésilienne. Notre intuition de départ était que l’intelligibilité d’une vie sociale profondément transformée par la globalisation nécessitait plus que jamais que l’on s’appuie sur des scènes descriptives, capables de restituer la densité contextuelle des phénomènes observés. En espérant que ces scènes permettraient peut-être de disposer d’éléments empiriques suffisants pour une montée en généralité…

Peralva A., Telles V., dir., 2015, Ilegalismos na Globalização. Migração, Trabalho, Mercados, Rio de Janeiro : Editora UFRJ, 574 p.  Une version française de ce livre va paraître prochainement aux Presses Universitaires du Mirail.

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Une analyse ethnographique

Notre parti pris méthodologique s’est donc orienté vers la mise en place d’une ethnographie expérimentale et multi-située. Multi-située, car seul un dispositif multi-sites pourrait permettre d’évaluer l’échelle de pertinence des questions posées ; et expérimentale, surtout par la volonté de mise en dialogue d’acquis de recherche enracinés dans la diversité des postes d’observation des chercheurs, relevant certes d’une démarche en réseau, mais dépourvue de tout caractère systématique et formalisé. Les résultats sont publiés dans un livre paru au Brésil, et bientôt chez un éditeur universitaire français. Les sujets abordés ont trait à la mobilité humaine, notamment les circulations migratoires, ainsi qu’aux circuits marchands, avec dans les deux cas une mise en évidence de leur impact local. La question du rapport à la loi en est un élément central.

Des nouvelles circulations migratoires…

Derrière les nouvelles circulations migratoires, qui tranchent avec les anciens déplacements de populations sous la régence des Etats, se trouve d’abord l’articulation entre de nouvelles cultures du travail fondées sur le sens de l’aventure et l’acceptation de la précarité. On peut y voir ensuite de nouvelles opportunités pour les migrants avec l’offre de gains, souvent plus élevés que ceux liés à un emploi stable, dans le travail informel et hors droits – y compris dans des pays dont l’économie est fortement institutionnalisée. La mobilité opère comme une ressource économique, alors que le coût humain du passage des frontières s’avère souvent extrêmement élevé.

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Dans ce contexte, les États gèrent le robinet de l’offre de travail informel par des politiques qui alternent tolérance et répression. La route des Iles Canaries, qu’a étudiée Pauline Carnet, couramment empruntée jusqu’en 2008 par des migrants subsahariens pour rejoindre l’Espagne, est un exemple parlant : après 45 jours passés en centre de rétention, une partie des migrants, en fait ceux qui ne sont pas passibles d’expulsion, car relevant de pays qui n’avaient pas signé d’accord de rapatriement avec l’Union européenne, étaient transférés vers le continent où des organisations humanitaires prenaient soin d’eux et leur ouvraient la voie à une insertion à titre précaire dans l’agriculture espagnole.

Ces migrants, sans papiers autres qu’un certificat de passage en centre de rétention, ne se considéraient pas comme des clandestins et pariaient sur une perspective de régularisation après cinq ans de séjour en Espagne. La très forte proportion de migrants en situation irrégulière, rencontrés par Luciano Rodrigues lors de son stage dans un chantier d’une université publique française, s’explique de la même manière : des pans entiers de l’économie européenne, états-unienne ou plus largement mondiale mobilisent aujourd’hui une main d’œuvre mobile, précaire et exclue de la sphère des droits du travail.

CC Wikimedia Commons,  détail, La cattura dei cavalli selvaggi che si tiene l'ultimo sabato di maggio nella riserva naturale di Merfelder Bruch vicino a Dülmen in Germania.
CC Wikimedia Commons, détail, La cattura dei cavalli selvaggi che si tiene l’ultimo sabato di maggio nella riserva naturale di Merfelder Bruch vicino a Dülmen in Germania.

… aux nouveaux circuits du commerce mondial

Un deuxième exemple est celui des nouveaux circuits du commerce mondial, qui mettent en scène des importateurs-contrebandiers opérant souvent avec des produits d’origine chinoise, souvent des contrefaçons, et inventant parfois des routes discrètes pour leurs opérations commerciales. Leur pendant est la formation dans différents pays et différentes régions du monde de marchés locaux informels et globalisés, constitutifs d’une nouvelle frontière économique – les marchés des pauvres, dits aussi « base de la pyramide ». Or l’échelle à laquelle ces phénomènes s’observent est tout aussi inséparable de l’extraordinaire ouverture des frontières et de la levée des contrôles douaniers, activement promues par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Non rarement, ces contrôles disparus sont remplacés par une répression intense à l’encontre des marchés locaux où contrebande et contrefaçons se négocient. Cette logique joue aussi pour le trafic de drogues, commerce par définition globalisé, inscrit comme la contrebande et la contrefaçon dans les circuits des marchandises containerisées. A ce titre, la saisie de plus d’une tonne de cocaïne stockée dans un hangar d’Air France à Roissy en 2013 est loin de constituer un événement exceptionnel. Elle est simplement suggestive de l’échelle à laquelle opère le commerce mondial illicite de marchandises légales et illégales.

CC détail www.GlynLowe.com
CC détail www.GlynLowe.com

Dans les trois registres évoqués, notre choix a été généralement d’aborder ces pratiques informelles et illégales à partir d’une approche compréhensive, en portant un intérêt particulier à la créativité des acteurs économiques issus du monde populaire, jusques et y compris dans leur capacité de contournement de la loi. Aussi, avons-nous accompagné une approche des sciences sociales – celle qui a forgé, aux Etats-Unis, en France ou au Brésil, les notions de « globalization from below », « mondialisation par le bas », « globalização não hegemônica ». Dotées d’un fort impact heuristique, ces notions ont bouleversé nos représentations sur la pauvreté en mettant en évidence la capacité d’initiative économique des pauvres, capacité longtemps occultée par un débat intellectuel centré sur les notions d’exclusion et de désaffiliation.

401108_172650752839498_1659389615_nLa part de débrouillardise présente dans le monde populaire, permettant aux pauvres de s’inscrire dans le nouvel espace économique ouvert par la globalisation, était ainsi rendue visible. Cependant, en focalisant le regard sur les initiatives « du bas », les notions ci-dessus évoquées ont contribué, à leur tour, à masquer la complémentarité inéluctable des pratiques de contournement de la loi « par le bas » et « par le haut ». Ce qui renvoie aux limites d’une approche compréhensive de ces phénomènes, centrée sur les seuls acteurs « du bas ». Même si l’importance d’une telle approche est indiscutable, la mise en évidence d’autres logiques portées par d’autres acteurs et relevant d’autres échelles d’analyse apparaît indispensable, en tout cas pour comprendre comment se construit, dans ces conditions, le rapport à la loi.

En ce sens le terme « contournement », employé au début de ce texte pour des raisons de commodité, est sans doute insuffisant pour décrire l’étroite imbrication du légal et de l’illégal à l’oeuvre dans les contextes indiqués. Car ce qui s’observe en permanence, ce sont des phénomènes de transitivité et de réversibilité des situations de légalité et d’illégalité. Et ces phénomènes sont en lien avec l’ouverture effective d’un espace d’initiatives économiques et avec l’affaiblissement relatif de certains contrôles étatiques, ou encore avec la tolérance molle manifestée par les pouvoirs publics vis-à-vis de maintes pratiques illégales. Mais on aurait tort de croire que, dans cet espace d’initiatives placé entre le licite et l’illicite, tous les acteurs se valent. Entre tolérance et répression, la gestion des pratiques de contournement de la loi par ceux qui sont chargés de l’appliquer continue à se faire sur des bases aussi différentielles et hiérarchisées que lorsque, il y a 40 ans, Michel Foucault a proposé la notion d’illégalismes.

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
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Toute pratique illégale, disait-il alors, ou toute infraction à la loi n’est pas destinée à être sanctionnée. Les sanctions et leur gradation varient en fonction de la position des individus et des catégories sociales dans un ensemble de rapports de force. Les sanctions effectivement appliquées à l’encontre de ceux qui remettent en cause la loi, en revanche, participent à la construction de la croyance selon laquelle la loi est faite pour être respectée. Il n’est donc pas indifférent, dans un contexte de globalisation où les remises en cause de la loi se multiplient, de mieux comprendre qui est sanctionné et qui ne l’est pas, et à quelles conditions.

Crédit image en bandeau : CC Wikimedia Commons Dorogobuj Globe.

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Le rugby dans la peau

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Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Combiné à la montée en puissance de sa médiatisation, le passage du rugby au professionnalisme en 1995 a progressivement, mais inéluctablement, modifié les territoires géographiques, culturels et symboliques de ce sport. Peu à peu, le « rugby d’antan » amateur, identitaire, peu argenté mais festif – schématiquement celui des villages et des petites villes du Grand Sud de la France – a laissé la place au rugby des « clubs-entreprises », de l’argent-roi et des grandes villes. Du moins dans ce qu’il est convenu d’appeler le « haut niveau ».

Et si l’on faisait un retour sur le passé, dans les années 1980 ? Et pourquoi pas à Graulhet, petite ville mono-industrielle du Tarn tournée vers la mégisserie, bien pourvue en usines travaillant le cuir, mais sans gare ferroviaire, sans hôpital et mal dotée en services ? Son équipe de rugby qui évoluait alors en première division était un marqueur fort d’identité locale et un objet de fierté pour la population. A Graulhet on avait alors le rugby dans la peau…

Jean-Pascal Fontorbes et Anne-Marie Granié, les réalisateurs de ce film intitulé Le rugby dans le cuir, ont suivi pendant deux « saisons rugbystiques » cette équipe de Graulhet : 1982-83 (enquête sociologique et repérages) et 1984-85 (tournage). Le rugby dans le cuir  montre comment une équipe ressemble à sa ville et réciproquement, comment la mentalité ouvrière de Graulhet se reflète dans le style de jeu de son équipe. Le dur métier de mégissier s’exprime dans le jeu combatif – on disait autrefois « viril » – de l’équipe. En laissant aux vestiaires leurs bottes et leurs bleus de travail l’espace d’un match pour revêtir « l’habit de lumière » rouge et noir, les ouvriers mégissiers deviennent des « figures », et pour certains des « héros », auxquels la communauté villageoise s’identifie car ils représentent et défendent les qualités et les valeurs culturelles d’un territoire chargé de sens et de lien social.

La logique de récit du film s’articule autour de trois parties. La première montre la ville qui vit au rythme du rugby. La deuxième entre dans l’intimité du joueur et de l’équipe : sur le terrain dans un « rugby de tranchées », dans le vestiaire avec le discours identitaire de l’entraîneur, dans la frontière autant couture que coupure entre hommes et femmes avec les paroles de femmes. La troisième partie donne à voir l’expression de la communauté, production et reproduction de l’identité rugbystique : le jeu et la fête.

Cinq matches – Cinq mouvements pour un film.

  • Premier mouvement, c’est le match qui montre l’intensité du combat collectif, son rythme est calqué sur le rythme propre du rugby.
  • Deuxième mouvement, c’est le match de la chorégraphie des corps.
  • Troisième mouvement, c’est le match dans un décor surréaliste, vécu par un joueur « groggy » sur le terrain.
  • Quatrième mouvement, c’est le match à l’extérieur avec le rituel de la préparation au combat.
  • Le dernier match, c’est le match vécu côté spectateurs, lors des quarts de finale.


Le rugby dans le cuir par Dynamiques-Rurales

Fiche technique

Capture d’écran 2015-06-16 à 11.22.41Ce film a été préparé dans le cadre du DEA de sociologie, et du diplôme d’études supérieures en audiovisuel de l’École Supérieure d’Audiovisuel de l’Université Toulouse le Mirail

Type de média

Film recherche

Laboratoire de recherche

LORCA laboratoire Occitan de recherches cinématographiques

Auteurs

Jean-Pascal Fontorbes et Anne-Marie Granié

Réalisateur

Jean-Pascal Fontorbes

Conduite d’entretiens

Jean-Pascal Fontorbes et Anne-Marie Granié

Équipe technique
  • prise de vues : Jean-Pierre Chardon,
  • assistants prise de vues : Luc Bosserdet, Yves Ginet
  • prise de sons et mixage : Thierry Delor
  • éclairage : Philippe Mathieu
  • musique : Xavier Darasse, Philippe Prévot
  • producteur : Guy Cavagnac
Informations techniques
  • date de production : 1985
  • durée : 53 min
  • format : 16mm, couleur, son mono

Présentations :

  • Festival international du cinéma ethnographique Jean Rouch, Patrimoine Ethnologie et cinéma, images des pratiques sportives, maison des cultures du monde, Paris (2014)
  • Colloque International Sports et Communication, Toulouse (2007)
  • Colloque Filmer, chercher, EHESS, Paris (2006) ; séminaire Filmer le champ social EHESS, Paris (2007)
  • Congrès de la société de sociologie du sport de langue française : Transformations–ruptures–permanences , Toulouse (2002)
  • Festival du Ciné-Sport, Marseille (1990)
  • Festival du film ethnographique, Musée de l’Homme, Paris (1987)
  • Festival du cinéma sportif, Arcachon (1986)
  • Diffusion télévisuelle Canal + (1986)
  • Festival du film documentaire Rencontres de Lussas (1985)
  • Sortie en salles (1985)

Bibliographie :

Fontorbes J.P. (2007), « Le rugby et la mise en scène des corps. Le rugby dans le cuir  (1985), un parti pris documentaire », Toulouse, Sciences de la Société Sports et médias, n°72, 181-192.

Crédits image en bandeaux :  ©2005-2015 TheDisposableHero

 

Le rugby est-il encore soluble dans ses valeurs ?

RSDes (ex)pratiquants aux aficionados, l’autoproclamée « Ovalie » est très attachée à des valeurs qu’elle prétend spécifiques et qui fonctionnent comme des référents partagés censés guider les comportements et les jugements qui s’y attachent dans le stade, mais aussi dans la vie quotidienne et dans la Cité, car le rugby se veut une « école de la vie ». Par ailleurs, elle est traversée par de nombreux récits circulants, transmis de façon patrimoniale, qui contribuent largement à la reproduction d’une « idéologie des valeurs » : grands récits épiques produits ou répercutés par des chantres lyriques et/ou truculents (journalistes, écrivains…), petites histoires et anecdotes de comptoir que l’on se raconte durant les troisièmes mi-temps un peu trop arrosées.

Mais quelles sont donc ces valeurs et d’où viennent-elles ? Qu’est-ce que l’évolution récente du rugby (professionnalisation, médiatisation…) leur fait ?

Boure R., Cassagne J.-M., 2010, « Le rugby est-il soluble dans ses valeurs ? », in Bonnet V., Lochard G., dirs., Rugby, médias, éducation et transmission des valeurs, Anglet/Paris : Editions Atlantica/Musée National du Sport, 215-230. Une version réduite et actualisée a été publiée dans Cerveau & Psycho, série L’essentiel, février-avril, 2015 : « Les valeurs du rugby disparaissent-elles ? », 80-83.Eyries A., 2015, ‪ « Le rugby à la croisée du management et de la communication‪ », Communication & Organisation, 46(2), 249-264.

Des valeurs du sport…

Au risque de choquer le « monde sportif » et au-delà ceux qui prennent au sérieux le message humaniste et consensuel du Baron Pierre de Coubertin, on soutiendra qu’il n’existe pas de valeurs spécifiques au sport en général et au rugby en particulier.

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Celles qui sont présentées comme des valeurs propres au sport sont en rapport avec la structuration des groupes sociaux et des sociétés, les processus de socialisation et la construction sociale des individus : solidarité, respect de l’adversaire, contrôle et dépassement de soi ; ou alors il s’agit de références communes à plusieurs jeux qui ne sont d’ailleurs pas tous des sports : respect des règles, esprit du jeu… En fait, il existe des valeurs reconnues par diverses activités socialement situées dans l’espace et le temps, le sport étant l’une d’entre elles. Elles relèvent de divers référentiels (humanisme, libéralisme, socialisme…) et de plusieurs domaines en évolution tels que la politique, l’économie, l’éducation, etc. Chaque sport puise ses références dans ces multiples viviers de valeurs en réalisant ses propres agencements en fonction de ses particularités techniques et de ses règles, de son histoire, mais aussi de ses conditions sociales, spatiales et symboliques d’existence et de fonctionnement. En retour, il réinjecte dans d’autres activités sociales – avec des fortunes diverses – les valeurs qu’il a retravaillées pour les « coloriser ».

… aux valeurs traditionnelles du rugby

Le rugby a construit ses agencements et ses colorisations de valeurs essentiellement à partir de deux caractéristiques qui lui sont largement spécifiques : il n’est pas universel comme le football – ce dont il se vante régulièrement – et il est un sport collectif de combat et de conquête territoriale encadré par des règles strictes qui à la fois permettent et « sécurisent » l’affrontement des corps .

Crédit : Tom Browne (1870-1910)
Crédit : Tom Browne (1870-1910)

La non-universalité est d’abord liée aux origines anglaises et au contrôle que les Britanniques ont longtemps fait peser sur les règles, l’esprit du jeu et l’organisation des compétitions. Ces valeurs renvoient largement aux règles morales et éducatives ainsi qu’aux styles de vie des futures élites anglaises éduquées dans les célèbres collèges (Eton, Saint Paul’s School, Rugby…) : fair-play, respect, attitudes chevaleresques, courage face à la rudesse des affrontements guerriers, intelligence tactique, esprit ludique. Mais le rugby ressemble aussi aux rares territoires sur lesquels il s’est implanté ainsi qu’aux manières dont leurs populations vivent ces territoires. Il tirerait d’ailleurs en partie ses origines de jeux ancestraux territorialisés pouvant impliquer un nombre important de participants (soule, barrette, hurling, ba’game…). En France, dans le Grand Sud-Ouest, le rugby a longtemps pris l’accent et le rythme de la ruralité et des villes petites et moyennes, souvent à vocation mono-industrielle ou administrative. Il s’est imprégné de leurs traditions construites autour de solidarités, de la convivialité, de la fête – temps fédérateur s’il en est – et de la proximité, celle-là même qui permet de défier des voisins aussi indispensables que haïs, de pérenniser les querelles de clocher ou de clamer de façon ostentatoire sa fierté d’être d’ici plutôt que d’à côté.

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Les règles du jeu ont un caractère structurant sur la construction des valeurs. Si le rugby n’est pas la guerre, il en imite certaines formes, de sorte que les matchs pourraient rapidement dégénérer si des règles strictes, appliquées par un arbitre (relativement) respecté ne venaient canaliser la violence : par exemple, le placage sans ballon et le placage en l’air sont interdits, la brutalité volontaire est sanctionnée. Mais c’est surtout le combat qu’elles codifient, précisément parce qu’elles l’imposent. Ce sont en effet les règles qui autorisent les chocs et surtout le plaquage du porteur de ballon, impensable dans la plupart des sports, permettent les regroupements de joueurs (mauls et mêlées spontanées), sanctionnent des fautes par des situations d’affrontement collectif (mêlée ou touche) et rendent quasi-permanente la promiscuité corporelle. Mais c’est surtout une règle qui crée l’affrontement physique : la prohibition de la passe en avant et du hors-jeu. De ce fait, ce sont les corps davantage que le ballon qui doivent passer.

Crédit Zegreg63 CC Wikimedia Commons
Crédit Zegreg63 CC Wikimedia Commons

C’est bien son propre corps que chaque joueur engage et cet engagement physique appelle celui de ses partenaires. On comprend mieux alors pourquoi le rugby valorise des valeurs comme l’abnégation, l’effort, le sacrifice, l’altruisme, l’humilité, le courage, l’entraide, l’esprit d’équipe. Le primat accordé à l’affrontement collectif est un fait de culture qui donne du sens aux rapports sociaux sur le terrain et hors du stade, même si la transposition des premiers vers les seconds est loin d’aller de soi, quand elle ne relève pas du vœu pieux.

On notera enfin que la communauté rugbystique s’est construite en marge de l’utilité et du travail et autour de ce que ses membres ont de semblable, par delà leurs différences physiques, culturelles et sociales : la pratique en amateurs d’un sport collectif de combat, l’esprit de famille, la solidarité. On pense ici aux innombrables lignages et fratries de joueurs (les Spanghero, Cambérabéro, Herrero, Elissalde…), aux rapports paternalistes entre dirigeants et joueurs, aux efficaces réseaux d’entraide et d’échanges de services entre anciens, et surtout à l’état d’esprit qui anime ce microcosme : fraternité construite dans la dureté du combat, énonciation répétée de la clôture entre ceux qui « sont rugby » et ceux qui ne le sont pas, idéalisation du groupe et de ses pratiques (y compris les plus contestables), rites collectifs dans les vestiaires et pendant la troisième mi-temps…

Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux
Crédit Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

La professionnalisation, la médiatisation, l’ouverture vers d’autres publics et d’autres territoires, tout autant que les transformations de la société ont peu à peu modifié ces agencements de valeurs que l’on croyait solidement établis, suscitant des conflits de valeurs (solidarité/individualisme, amateurs/professionnels, plaisir du jeu/performance…). Elles ont aussi contribué à construire de nouveaux usages des valeurs.

Des valeurs instrumentalisées

S’intéresser à l’instrumentalisation revient à mettre l’accent moins sur les valeurs que sur des discours et des pratiques d’acteurs individuels et collectifs situés tantôt au sein de l’Ovalie, tantôt à sa périphérie, tantôt dans des régions plus éloignées.

Dans le rugby contemporain, on a vite compris que les valeurs sont exportables et « bankables ». Désormais, elles ne servent plus seulement à valoriser cette discipline parce qu’elle serait valorisable en soi et pour ses vertus éducatives longtemps mises en avant, mais surtout à la « vendre » aux nouveaux publics, aux sponsors, aux annonceurs, aux médias, et en particulier à la télévision. Par ailleurs, ceux qui « achètent » les réutilisent comme ressources symboliques pour promouvoir la consommation des produits qu’ils fabriquent, spectacles télévisés compris, ou les réinjectent dans le management des relations de travail. Ainsi, par exemple, un article de L’Express du 7 septembre 2011, à la veille d’une Coupe du Monde, décline les « Sept valeurs du rugby à appliquer en entreprise », d’où l’on peut extraire la souffrance et la solidarité, la passe au co-équipier, les trophées partagés, le maillot au mérite. Ou encore, dans un autre registre, la Société Générale qui « accompagne » le rugby depuis 25 ans parce que « ses valeurs sont essentielles » accommode ces dernières à toutes les sauces de sa communication externe et interne, témoin un de ces derniers slogans, « Développons ensemble l’esprit d’équipe ». Dans le même temps, certains (anciens) joueurs et entraîneurs vont, moyennant gratifications financières, porter la parole éthico-rugbystique au sein du monde économique.


Le Rugby se joue à 66 millions par FFR

En retour, d’autres valeurs socialement dominantes pénètrent le rugby et les discours auxquels il donne lieu. De façon significative, le vocabulaire de l’entreprise et du libéralisme économique a envahi le langage des joueurs, entraîneurs, dirigeants et journalistes. Maintenant, les joueurs sont des salariés qui « travaillent » dans un contexte de « compétition et concurrence », « occupent un poste », doivent manifester une « volonté d’entreprendre », « produisent du jeu », « gèrent le match ou le score », pratiquent « l’alternance »… et « prennent leur retraite » après avoir « préparé leur reconversion ».

Alors que la société et le sport changent, le rugby ne peut rester immuable. Doit-il pour autant être ouvert à toutes les transformations suggérées tant par « l’esprit du temps » que par ses puissants et exigeants partenaires ? En tout état de cause, il ne semble pas qu’il puisse faire l’économie d’interrogations existentielles du type : à quelles conditions ses valeurs peuvent-elles rester en relative adéquation avec les finalités éducatives (scolaires, citoyennes…) toujours proclamées ? Doit-il aspirer à l’universalité et s’ouvrir à tous les vents ou demeurer un sport et une culture relativement fermés, inégalement implantés et d’une portée sociale sans doute plus limitée, mais certainement plus dense ?

Crédit image en bandeau :  CC Wikimedia Commons, Socks and Boots. Auteur Steven Lilley from Halifax, UK.Crédit image en médaillon : CC Wikimedia Commons, travail personnel. Auteur Ludovic Péron.
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Etrangers dans la Résistance

le-chant-des-partisans-frontDes étrangers risquant leur vie pour la liberté… et pour la France ? Ah vous avez oublié ! Alors lisez attentivement ce qui suit et laissez-vous emporter chez les « métèques » et autres « terroristes » par le film-recherche de Rolande Trempé Mémoires de résistance : FTP-MOI.

Lire aussi dans Mondes Sociaux : Clair Juilliet, « Rolande Trempé, une historienne dans son siècle »

Dans ce « documentaire historiographique » réalisé en 1992 en collaboration avec Raphaël Réquéna, Rolande Trempé donne la parole aux étrangers émigrés en France et qui ont pour caractéristique commune de s’être battus au sein de la Résistance durant la Deuxième Guerre Mondiale. En historienne pionnière de l’utilisation du documentaire comme moyen de fixer la parole et de mettre en lumière le témoignage dans une visée historique, elle prend pour exemple la branche lyonnaise et grenobloise des Francs-Tireurs Partisans-Main-d’Oeuvre Immigrée (FTP-MOI), le groupe Carmagnole-Liberté. Au fil des prises de parole, le spectateur découvre ces hommes et ces femmes, étrangers pour la plupart (Hongrois, Italiens, Polonais, Espagnols, etc.), qui ont fait le choix de l’engagement et les raisons qui ont motivé leur choix (Guerre d’Espagne, vengeance, positions politiques, origines sociales, sens de la justice, etc.).

Accompagné de reportages, de photographies et de musiques d’époque, ce film-recherche revient sur le parcours dans la Résistance de ces « terroristes » comme les qualifiaient les Allemands. Il analyse aussi leur organisation, leur vie quotidienne dans la guerre et la clandestinité, la poursuite de l’engagement au-delà de la guerre ou encore la mémoire et « le souvenir de ceux qui auront toujours 20 ans » (sur les 238 membres, 94 ont perdu la vie).

Rolande Trempé (avec Raphaël Réquéna), 1992, Mémoires de résistance : FTP-MOI, Toulouse, Centre Audiovisuel de l’UTM/INA.

Capture d’écran 2015-06-16 à 11.22.41Fiche technique

Ce film a été réalisé dans le cadre d’un travail de recherche sur le rôle des étrangers dans la Résistance. Il est le fruit d’une collaboration entre l’Amicale Carmagnole-Liberté, l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) et l’Université Toulouse 2-Le Mirail.

Type de média

Documentaire

Laboratoire de recherche

Équipe Images et Sociétés de l’Université Toulouse 2-le Mirail

Auteurs

Rolande Trempé et Raphaël Réquéna

Réalisateur

Raphaël Réquéna

Intervenants et remerciements

Simone Koenisberg, Simone Landini, Marius Motta, Francis Barthes, Louis Durn, Francis Roux, Éric Arau, Christian Leclaire, Marcel Gouaze, Claude Urman, André Katz, Hélène Witzman, Philippe Daudy, Léon Landini, Gilles Najman, Balthazar Sanchez, Salomon Mossovic, Jacques Szmulewicz, Etienne Raczymon, Jean Ottavi, Henri Krischer, Charles Bluwol, Nathan Chapochnik, André Fontanel, André Schmer, Jacques Victorovitch, Max Tzwangue, Dina Krischer, Roland Kamienny.

Informations techniques

– Date de production : 1992

– Durée : 54 min

Crédit : Barclay, 1976. Cliquez pour écouter la chanson.
Crédit : Barclay, 1976. Cliquez pour écouter la chanson.
Crédits image en bandeau : fonds d’écran Maxisciences

Les mignardises de Patrick M (2013-2015)

PM
Patrick Mignard en méditation picturale (photo P. Mignard)

Dans une vie antérieure, Patrick Mignard enseignait l’économie à l’Université, activité professionnelle qu’il partageait volontiers avec d’autres occupations bien plus chronophages comme la « défense de causes », la polémique, la conférence à usage militant ou citoyen (c’était selon…), l’écriture (essayisme, vulgarisation de l’économie, romans, fables politiques…)… et le dessin que l’on appellera ici, faute de mieux, « dessin de presse ». En fait il croquait de façon satirico-humoristico-critique et néanmoins efficace tout ce qui lui tombait sous le crayon : l’actualité dans ses multiples dimensions, la réunion ou la conférence à laquelle il participait, les collègues, les étudiants, les stéréotypes sociaux, sans oublier la bêtise.

C’est dire qu’il ne chômait pas… Il illustrait aussi ce qu’on lui proposait d’illustrer : un livre, un article, une affiche, un pamphlet. Et tout ça gratuitement, ou plutôt pour le plaisir ou pour manifester son intérêt ou son soutien.

« Un dessin réussi prête à rire. Quand il est vraiment réussi, il prête à penser. S’il prête à rire et à penser, alors c’est un excellent dessin. Mais le meilleur dessin prête à rire, penser et déclenche une forme de honte. Le lecteur éprouve de la honte d’avoir pu rire d’une situation grave. Ce dessin est alors magnifique car c’est celui qui reste » (Bernard Verlhac dit « Tignous »).

C’est donc presque « naturellement » qu’en 2013 il a commencé à parsemer de dessins les articles de Mondes Sociaux. Naturellement, car ce magazine de vulgarisation des Sciences humaines et sociales accorde une très large place aux illustrations, surtout quand elles sont décalées par rapport à l’ordinaire éditorial du monde académique. Episodique d’abord, sa collaboration est devenue régulière à partir de novembre 2014, de sorte que Mondes Sociaux contient aujourd’hui près de quatre-vingt de ses dessins.

imagesVingt et un d’entre eux ont été sélectionnés et rassemblés dans cinq rubriques thématiques, la dernière étant un « pot-pourri ». Dans chacune d’elle, chaque dessin a été mis en regard avec l’article qu’il a illustré, ou plutôt avec son lien.

Enfin, comme dans les DVD, le dossier se clôt sur un bonus : quatre dessins inédits publiés entre juin et août 2015 sur la page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux.

Pour en savoir davantage sur la vie et surtout l’œuvre de Patrick Mignard, lire dans Mondes Sociaux : Robert Boure, 2014, « Un économiste pas très distingué » : http://sms.hypotheses.org/1998

laughing-smiley


Economie, économistes

Vous avez dit marché financier ? : « La crise financière en débat » (François Morin)

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Usines en kit et ouvriers en option : « Les recettes du développement économique local par l’innovation » (Michel Grossetti)

Usines en kit et ouvriers en option

La santé, c’est la ruine des patrons : « Protection sociale et inégalités sociales de santé » (Marcel Drulhe)

La santé, c’est la ruine des patrons

Prière de déposer sa morale morale à l’entrée du supermarché : « Marchés et controverses morales » (Philippe Steiner et Marie Trespeuch)

Prière de déposer sa morale morale à l’entrée du supermarché

Hommage à Bernard Maris et Wolinski : « Bernard Maris. Un humaniste et un penseur critique de l’économie dominante » (Collectif)

Hommage à Bernard Maris et Wolinski

Hommage à Bernard Maris et Wolinski 2Petite leçon d’économie : « Un économiste pas très distingué » (Robert Boure)Petite leçon d’économie


Environnement, développement durable

Produits agricoles à tous les étages : « L’agriculture en ville » (Olivier Bories)

Produits agricoles à tous les étages

La ville au grand air : « La ville durable, la norme et ses limites » (Marc Méquignon et Jean-Pierre Mignot)

La ville au grand air

La richesse des SDF : « Quelles nuits pour quels territoires ? » (Samuel Challéat, Pierre-Olivier Dupuy et Rémi Benos)

La richesse des SDF


Université, recherche

Citez, citez, il en restera toujours quelque chose… : « Qui sont ceux qu’on cite ? » (Béatrice Milard)

Citez, citez, il en restera toujours quelque chose

L’arbre dont on fait les thèses : « Un garde forestier nommé Louis XIV » (Sébastien Poublanc)

L’arbre dont on fait les thèses

Les nouveaux critères d’évaluation de l’activité scientifique : « Les instances de l’évaluation : de l’AERES au HCERS » (Robert Boure)

Les nouveaux critères d’évaluation de l’activité scientifique

Tétez, tétez et vous serez considéré ! : « Jean-Pierre Amalric, un historien olé olé ? » (Michel Bertrand et Francis Brumont)

Tétez, tétez et vous serez considéré !


Numérique

Haut débit : la France rattrape son retard ! « Sociabilités socio-numériques : le cas des commémorations en ligne » (Nathalie Paton et Julien Figeac)

Haut débit - la France rattrape son retard !

Un journal emballant ? : « La Dépêche.fr, un succès en trompe l’œil » (Franck Bouquet)

Un journal emballant ?Sérieux/Pas sérieux : « Questions de recherche autour des serious games » (Michel Lavigne)

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Pot-pourri

Tuning : mais que fait la Police ? : « Le tuning, pratique populaire stigmatisée » (Eric Darras)

Tuning - mais que fait la Police ?Meuh ! : « La course de taureau entre repli identitaire et culture populaire » (Daniel Jacobi et Laure Marchis-Mouren)

Meuh !

Un équilibre conventionnel qui résiste au temps ? : « La performativité du langage des chiffres » (Bertrand Fauré) :

Un équilibre conventionnel qui résiste au temps ?

Quand la cargaison part en fumée : « La Mer Noire, carrefour migratoire mondial » (Alain Tarrius)

Quand la cargaison part en fumée

Bonus (quelques dessins auxquels vous avez échappé)

Toussaint : Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 12 août 2015

Toussaint - Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 12 août 2015

Contrôle au sac à dos : Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 11 août 2015

Contrôle au sac à dos - Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 11 août 2015

Gérer les vieux au mieux : Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 11 juillet 2015

Gérer les vieux au mieux - Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 11 juillet 2015

Croisières en Méditerranée, Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 2 juin 2015

Croisières en Méditerranée, Page Facebook du Comité Editorial de Mondes Sociaux, le 2 juin 2015

Crédit image en bandeaux : CC Les oies et les prélats d’Henri Gustave Jossot, L’Assiette au beurre.
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Faire du gras en “mode solidaire”

donald_duck_belly_inflation_by_fumulover-d6rm4nuEn1985, la crise des canards gras aux conservateurs bat son plein et entraîne la baisse des prix de vente. Dans le même temps, un groupe de sept néo-ruraux décide de ne pas se laisser abattre  et crée la CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) de Montesquieu Volvestre.

En 2015, trois couples d’agriculteurs (deux néo et un autochtone) racontent l’histoire de cette CUMA. Au travers de ce récit, leur histoire se dessine en filigrane : paroles, lieux, séquences de travail sur leur exploitation s’enchaînent, affirmant des formes de solidarité nouvelles. Celles-ci donnent à voir l’installation d’une agriculture de résistance et les moyens mis en oeuvre face à la crise, à la concentration des terres, à l’industrie agroalimentaire et la grande distribution…

Leur choix de vie met en évidence de nouveaux rapports :

  • au temps : faire les choses avec le temps nécessaire, laissant la tâche imposer la durée ;
  • au paysage, à l’environnement , au territoire ;
  • aux autres : la solidarité et l’entraide redeviennent des valeurs refuges ;
  • de genre : en quoi les femmes sont un des moteurs de ces changements ?

Ces nouveaux rapports sont interrogés selon différents types de spatialité. Celles-ci forment autant d’éléments structurants de l’identité professionnelle et locale : au territoire (espace géographique) répondent la filière de production (espace de diffusion des savoirs techniques et sociaux) et la mise en réseau (espace relationnel). La CUMA favorise ainsi la valorisation de produits et l’émergence de systèmes alimentaires territorialisés, soutenus par des choix politiques locaux.

A la CUMA de gras de Montesquieu Volvestre, on a choisi « de vivre au verbe être plutôt qu’au verbe avoir ». En résumé, Cuma si !


Cuma si ! par Dynamiques-Rurales

Fiche technique

Capture d’écran 2015-06-16 à 11.22.41Ce film a été réalisé dans le cadre du dossier de subvention régional numéro 09000 115, programme SHS Projet 2009.

Type de média

film recherche

Laboratoire de recherche

UMR Dynamiques Rurales

Auteurs

Jean-Pascal Fontorbes et Anne-Marie Granié

Réalisateur

Jean-Pascal Fontorbes

Conduite d’entretiens

Jean-Pascal Fontorbes et Anne-Marie Granié

Équipe technique
Informations techniques
  • date de production : 2011
  • durée : 52 min
  • format : HD 1080p, couleur, son stéréo

 

 

Crédits image en bandeaux : tous droits réservés Cargo collective.
Crédits image en médaillon : tous droits réservés Fumulover, Deviant Art, Donald Duck Belly Inflation.

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