Archives de catégorie : Monde ottoman et turc

Turquie : des élections à haut risque dans un contexte de tensions extrêmes.

élections à haut risque1Le 8 septembre dernier, leader du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu a estimé que son pays traversait actuellement une période périlleuse, constituant à terme un véritable défi pour sa stabilité politique et «sociétale». Rappelant que les affrontements qui opposent les forces de sécurité turques (armée, police) aux rebelles du PKK, ont fait, depuis la mi-juillet, de très nombreuses victimes, il a surtout voulu lancer un appel au calme, suite aux incidents d’un nouveau type, observés au cours des derniers jours, à travers toute la Turquie. Il est significatif que cet appel de Kemal Kılıçdaroğlu ait recoupé ceux lancés par les principaux leaders politiques, même par des personnalités «clivantes», comme le président de la République, Recep Tayyip Erdoğan, et comme le chef du MHP, Devlet Bahçeli. Il faut dire que le regain de violence récemment observé, est porteur de facteurs de divisions et de ruptures graves, et survient dans un moment d’incertitude politique générale, le pays n’ayant qu’un gouvernement intérimaire et se préparant à élections anticipées à haut risque.

L’intensification de la violence dans le sud-est et le calvaire de Cizre

Dans le sillage de l’attentat de Suruç, le 20 juillet dernier (cf. article Jean-François Pérouse 23 juillet 2015), on a assisté à la reprise d’affrontements armés réguliers entre le PKK et les forces de sécurité turques, consistant en des attentats ou des embuscadesélections à haut risque2 de l’organisation rebelle, et en des opérations de quadrillage ou de représailles plus ou moins importantes, menées par les forces turques. Cette violence latente se traduit, chaque jour depuis, par son lot de victimes militaires, policières et rebelles, mais également civiles. Au départ, cette situation semblait faire renouer la Turquie avec des périodes comparables, vécues au cours des trente dernières années, pas seulement dans les années 1990, mais également plus récemment, en 2011-2012, lorsque le cessez-le-feu avait été rompu, après l’échec de « l’ouverture démocratique » et celui du « processus d’Oslo » (les deux premières tentatives de règlement politique de la question kurde par le gouvernement de l’AKP). Toutefois, depuis le début du mois de septembre, sont apparus les signes d’une déstabilisation beaucoup plus profonde. L’embuscade de Dağlıca (dans la province de Hakkari), qui a fait au moins 16 morts et 6 blessés, le 6 septembre, dans les rangs de l’armée turque, constitue à cet égard un tournant, parce qu’il s’agit de l’opération la plus meurtrière enregistrée depuis la reprise des affrontements. Mais cette intensification s’accompagne de phénomènes de plus en plus inquiétants dans le sud-est, où tendent à se élections à haut risque3créer des zones de non-droit, dans lesquelles les populations civiles sont particulièrement exposées. Ce qui s’est passé, depuis le 4 septembre dernier, à Cizre (dans la province de Şırnak), théâtre d’affrontements entre le PKK et l’armée dont des civils (notamment des enfants) ont été les premières victimes, est révélateur. Cette ville de 100 000 habitants a été coupée du monde, privée de téléphone et d’Internet, mais aussi parfois des services les plus élémentaires (eau, électricité, services hospitaliers et funéraires, voire ravitaillement). Pendant 9 jours, un couvre-feu et un véritable blocus ont été ainsi imposés à cette ville, et n’ont été levés qu’au matin du 12 septembre par le gouverneur de la province de Şırnak. Le HDP a cependant tenté de rompre l’isolement imposé, en dépêchant sur la zone une délégation officielle, composée de responsables, de députés du parti, d’élus locaux, et même des deux ministres kurdes du gouvernement intérimaire. Cette délégation s’est vue interdire l’accès au site, mais elle a attiré l’attention des médias et de l’opinion sur le sort de Cizre, évitant probablement une militarisation pure et simple de la situation et favorisant peut-être un retour au calme.

L’apparition d’autres types de violences

Le développement de la violence n’est pourtant plus localisé au sud-est de la Turquie. Depuis quelques jours, il tend à affecter l’ensemble du pays. Le 6 septembre, quelques centaines de manifestants proches de l’AKP, épaulés par des militants, voire par certains élections à haut risque4élus de ce parti, ont attaqué le siège du quotidien Hürriyet, auquel il reprochait d’avoir interprété de façon tendancieuse la réaction de Recep Tayyip Erdoğan à l’attentat de Dağlıca. Le surlendemain, Hürriyet a été de nouveau l’objet de violences. Et le 9 septembre, c’est le journal Sabah qui a essuyé des jets de pierres, venant cette fois d’une manifestation nationaliste, défilant entre Mecidiyeköy et Beşiktas, à Istanbul. Alors qu’au cours des dernières années, la liberté de la presse a souvent été mise à mal en Turquie, ces événements interviennent dans le contexte de l’arrestation de plusieurs journalistes étrangers, accusés de «complicité avec le terrorisme». Deux journalistes britanniques de VICE news (Jake Hanrahan et son cameraman Philip Pendlebury), ont été expulsés le 7 septembre. Leur consœur néerlandaise, Frederike Geerdink, arrêtée puis relâchée une première fois, il y a quelques semaines, a finalement connu le même sort, le 9 septembre. Tous ces événements mettent en lumière un autre facteur de tension : l’énervement des milieux proches du parti au pouvoir, qui redoutent un nouveau revers lors des prochaines élections et sur-réagissent à tout ce qui paraît dommageable au maintien de leur influence. Plus généralement, ciblant la presse et les médias, ces événements peuvent aussi favoriser l’essor d’une certaine d’opacité de l’information, dans un pays où les journalistes ont de plus en plus de mal à faire leur travail.

Mais les développements les plus inquiétants de cette intensification de la violence sont sans nul doute les débordements auxquels ont donné lieu des manifestations nationalistes dans de nombreuses villes de Turquie. Organisés pour protester contre le « terrorisme », ces défilés ont souvent dégénéré, donnant lieu au « caillassage » systématique des permanences du HDP ou à l’agression physique de citoyens en raison de leurs origines kurdes ou supposées telles. Le 8 septembre, à Kumluova (dans la province de Muğla), un homme accusé d’avoir des liens avec le PKK, a été forcé élections à haut risque5d’embrasser publiquement un buste d’Atatürk, après avoir été molesté. Le même jour, à Muratpaşa (dans la province d’Adana), après avoir attaqué un siège du HDP, des groupes nationalistes s’en sont pris à un passant suspecté d’être kurde, parce qu’il avait le teint mat. Il s’est avéré au bout du compte que l’homme en question, sauvé du lynchage par la gendarmerie, était lui-même un militant nationaliste, originaire du sud-ouest du pays. Ce type de débordements est d’autant plus préoccupant qu’il confirme une tendance observée, il y a peu de temps, au début de l’été. Alors que les autorités turques s’inquiétaient du sort de la communauté ouïghour, pendant le ramadan, en Chine, des manifestations nationalistes s’en étaient prises à des intérêts chinois en Turquie, ciblant malencontreusement un groupe de touristes coréens à Istanbul et vandalisant un restaurant chinois dont (ironie du sort) le propriétaire était turc et le cuisinier… ouïghour. En tout état de cause, les événements des derniers jours confirment l’extrême nervosité des organisations d’extrême droite et la renaissance d’un activisme nationaliste urbain qui, prenant prétexte des derniers développements de la question kurde, n’hésite pas à franchir le pas de l’illégalité, en recourant sans complexe à divers types de voies de fait.

Les perspectives incertaines des élections du 1er novembre

Dans un tel contexte, beaucoup s’inquiètent pour le bon déroulement des élections le 1er novembre prochain. Cette inquiétude génère en l’occurrence un dilemme : le climat actuel de violence n’est bien sûr pas favorable à la tenue des élections programmées ,élections à haut risque6 mais il reste que la Turquie a besoin de ce scrutin pour pouvoir enfin disposer d’un gouvernement légitime. Le constat d’échec de la constitution d’un gouvernement de coalition, le 23 août dernier, a débouché sur l’annonce de législatives anticipées et sur la mise en place d’un gouvernement intérimaire pour gérer le pays jusqu’au 1er novembre, date des ces élections. Théoriquement, ce gouvernement, qui a tenu son premier conseil des ministres le 1er septembre (photo à droite), aurait du rassembler tous les partis représentés au parlement, mais le CHP et le MHP ayant refusé d’en faire partie, l’équipe ministérielle, dirigée par Ahmet Davutoğlu, est finalement composée de députés de l’AKP (très majoritairement), d’un dissident exclu du MHP, Tuğrul Türkeş (le fils d’Alparslan Türkeş, le père fondateur de l’extrême droite turque) et de deux représentants du HDP (Ali Haydar Konca, ministre des affaires européennes et Müslüm Doğan, ministre du développement).

Tout le problème est ici néanmoins que les élections du 1er novembre prochain risquent de ne pas clarifier vraiment la situation politique, car les premiers sondages semblent indiquer que leurs résultats pourraient être proches de ceux du scrutin du 7 juin dernier. Le 26 août, un sondage de l’Institut MetroPoll donnait l’AKP à 41,7%, le CHP à 25,5%, le MHP à 15,7%, HDP à 14,7%, plusieurs autres enquêtes d’opinion confortant ces estimations, en montrant que si le CHP et le HDP progressaient, le MHP stagnait et que élections à haut risque8surtout l’AKP ne décollait pas. D’autres études réalisées, au même moment, ont montré que les Turcs attribuaient très majoritairement la responsabilité de l’échec du gouvernement de coalition à Recep Tayyip Erdoğan en personne, et qu’ils restaient fortement hostiles à l’instauration d’un régime présidentiel.

Il est vrai que ces investigations ont été réalisées avant les événements de Cizre, mais l’on a pu relever, ces derniers jours, un certain nombre de déclarations politiques significatives, qui montrent que la classe politique turque commence à se préparer à une réédition des résultats du 7 juin. Le 6 septembre, Recep Tayyip Erdoğan, tout en excluant l’idée d’un report des élections législatives anticipées en raison des violences actuelles, s’est montré pour la première fois ouvert à l’idée d’un gouvernement de coalition, si le résultat du scrutin ne permet pas de constituer à un gouvernement monocolore. Le 9 septembre, revenant sur l’attaque du quotidien Hürriyet, Selahattin Demirtaş a appelé les militants et sympathisants de l’AKP à la modération, en expliquant que leur parti est probablement condamné au dialogue, car il a peu de chances d’obtenir, le 1er novembre, une majorité absolue lui permettant de gouverner seul.

JM

 Retrouvez sur FRANCE INTER, l’émission “Un jour dans le monde” de Nicolas Demorand, “La Turquie plonge dans une crise sécuritaire et politique”, avec Jérôme Gallion et Jean Marcou, le 25 août 2015

Le mot de la rentrée

Même si les nouveaux doctorants « AMI » ne sont pas encore installés et même si les archéologues sont juste rentrés de leur terrain estival, permettez-moi de vous souhaiter à tous une bonne rentrée, malgré la situation plus que tendue en Turquie et les pluies diluviennes de fin août au nord-est du pays. À l’IFEA, Boursiers de Courte Durée, doctorants, stagiaires et hôtes de passage – comme Driss Mekouar, responsable de la bibliothèque d’études turques, arabes et islamiques du Collège de France – ont contribué à tisser de nouveaux liens.

Fouille des niveaux Chalcolithiques (6000 BC cal.), Tepecik-Çiftlik, 2015
Fouille des niveaux Chalcolithiques (6000 BC cal.), Tepecik-Çiftlik, 2015

Cet été déjà presqu’achevé a été d’abord archéologique, comme à l’accoutumée. Signalons des développements prometteurs pour l’avenir de la fouille de Porsuk – manière d’être fidèle à Emmanuel Laroche, « père » de Porsuk – et la poursuite des activités bouillonnantes à Labraunda. Parallèlement, de nombreuses missions CNRS et/ou MAEDI d’archéologues français ont eu lieu dans diverses fouilles de Turquie, dirigées par des Turcs ou d’autres « étrangers ».
Plusieurs publications en archéologie sont imminentes, un Varia Anatolica fruit d’une collaboration avec le musée du Louvre et les musées archéologiques d’Istanbul, des Rencontres Archéologiques de l’IFEA et, évidemment, la livraison annuelle d’Anatolia Antiqua.

Paysans de Cappadoce, Jane Laroche
Paysans de Cappadoce, Jane Laroche

L’été a aussi été photographique. Le travail de structuration de notre photothèque, à la fois sur le front de la collaboration avec Salt Research pour la numérisation et la mise en ligne, sur le front de la collecte (j’en profite pour renouveler l’appel aux donateurs !) et sur celui de la mise en place de notre propre interface. L’exposition “X Ailesi dont l’ouverture est annoncée pour bientôt à Büyükada comme l’exposition “Nerden geldik buraya” à Salt-İstiklâl et celle d’Emre Arolat à Londres en juin 2015, donnent une visibilité non négligeable à ce fonds et semblent prouver l’utilité sociale d’une telle entreprise. À soutenir et poursuivre !

Signalons que l’Agence de Développement d’Istanbul (İSTKA) a accepté de financer un projet qui permettra de renforcer le réseau des bibliothèques des instituts de recherche de notre environnement proche (“Beyoğlu Araştırma Merkezleri Platformu Ve Kütüphane Toplu Kataloğu”).

L’axe « Migrations et Mobilités » (AMIMO) qui a animé un atelier au Congrès du GIS « Moyen-Orient et Mondes Musulmans » à Paris en juillet 2015, est associé à un programme de recherche ANR principalement porté par des collègues de l’IFPO. Ce programme qui vient d’être sélectionné et va commencer fin 2015, est intitulé LAJEH. Il portera sur les migrations forcées au Moyen-Orient (« Temps des conflits / temps des migrations : Réflexions sur les catégories et la généalogie des migrations au Moyen-Orient »). Ce nouveau projet ANR va permettre de renforcer encore l’axe AMIMO sur une thématique par trop sensible qui fera l’objet d’une communication au colloque “Izmir from past to present” du 4 au 7 novembre 2015 organisé par l’Université d’Égée et le LabeEx TransferS (ENS).

Entretien des parcs et jardins à Istanbul, J.F. Pérouse
Entretien des parcs et jardins à Istanbul, J.F. Pérouse

La rentrée est placée sous le signe du patrimoine (Journées Européennes du Patrimoine le 19 septembre), de la COP21 (séminaire « Environnement » pour 2015-2016 et journée d’études sur « Le changement climatique en Turquie : perspective historique », du 1er décembre 2015) et des problématiques migratoires (outre la nouvelle ANR, mentionnons les journées des 3-4 décembre dans la suite de l’atelier du GIS). La participation au débat d’idées en collaboration avec l’IFI se poursuit sur la thématique « Voix des diasporas anatoliennes de France » (dès le 7 octobre 2015).

En outre, les chantiers d’expositions continuent à nous occuper :

  • exposition pour les dix ans de la disparition de Stéphane Yerasimos,
  • exposition sur la carte de Suphi Bey de Bursa (1862) avec le lycée Saint Benoit
  • exposition « Dardanelles » au lycée Saint-Joseph…

À l’automne 2015 l’IFEA comptera deux nouveaux « AMI » (Julien Boucly et Helin Karaman), outre les anciens reconduits (Ayşe Akyürek et Lydia Zeghmar), un nouveau collègue, historien, détaché de l’Université Lyon-III, en la personne de Philippe Bourmaud (qui partagera son temps entre l’IFEA et l’IFPO/Beyrouth), deux nouveaux contrats doctoraux (dont un, CNRS, explicitement rattaché à l’IFEA), et un collègue en sabbatique. Faruk Bilici a quant à lui achevé ses deux années de délégation à Alexandrie, mais son projet « Alexandrie ottomane » qui l’a amené à séjourner fréquemment en Turquie, n’est pas terminé… De l’INALCO il continuera son entreprise, pilier de la collaboration entre le Centre français d’études alexandrines et l’IFEA, comme le chantier de la publication de ses recherches de mezarologie du début des années 1990. Nous sommes par ailleurs heureux de signaler que deux bourses postdoctorales seront proposées dans quelques semaines grâce à une collaboration avec la FMSH. Le fait que l’IFEA fasse partie des UMIFRE bénéficiaires de ce dispositif en redéfinition est encourageant.

L’été s’est mal terminé. Notre encore si jeune ami et collègue Vangelis Kechriotis est décédé le 27 août 2015 des suites d’une maladie fulgurante. Nous n’oublierons jamais sa gentillesse, son dévouement, son dynamisme à la Tarih Vakfı et son rôle de passeur engagé entre Turquie et Grèce. Il a généreusement partagé avec ses collègues et ses étudiants, alimentant même jusqu’au dernier moment sa page academia.edu. Vangelis avait été boursier de courte durée de l’IFEA du 15 septembre au 15 novembre 2000 alors qu’il était encore doctorant.

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Couverture d’une plaquette extraite des archives de l’IFEA, carton n° 237, année 1995
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Demande d’hébergement au Palais pour G. Dagron les 10 et 11 juin 1997 ; source : Archives de l’IFEA, carton n° 267, année 1997

Le décès de Gilbert Dagron1 le 4 août – l’auteur de Naissance d’une capitale. Constantinople et ses institutions de 330 à 451 (Bibliothèque byzantine), Paris, PUF, 1974, 578 p. – a aussi endeuillé cet été. Gilbert Dagron avait été l’hôte de l’IFEA au Palais de France les 10 et 11 juin 1996, « au retour d’un voyage en Crimée » (cf. document 2). Le directeur de l’IFEA, dans la demande d’hébergement au Palais qu’il envoie par fax le 10 septembre 1996 précise « L’âge et la position du Prof. Dagron, le plus éminent des byzantinologues français, justifient un hébergement au Palais » (Année 1997, carton numéro 267).

Qu’il leur soit à tous les deux ici rendu hommage.

  1. Pour sa biographie et sa bibliographie, voir : http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article463 ou http://www.cfeb.org/curiculum/mb_dagron.pdf

De Samistal à Cudi : histoires de destructions environnementales et rurales, et de dépossessions

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Samistal, août 2015. Photo Clémence Scalbert-Yücel

Le mouvement de mobilisation contre ladite « Route verte » – ou Yeşil Yol – va se renforçant depuis le début de l’été 2015 alors que les travaux ont été initiés dans différentes yayla (estives) de la mer Noire orientale à la veille des élections législatives de juin. Le projet est toutefois relativement ancien : il est porté par le ministère du Développement, par l’intermédiaire de l’Administration du DOKAP (Projet de la mer Noire orientale) créée en 2011. La route doit relier les estives des chaînes pontiques sur 8 départements, de l’aéroport de Samsun à l’ouest au poste frontière de Sarp dans le département d’Artvin à l’est, à des altitudes souvent supérieures à 2000 mètres. La route doit s’étendre sur 2600 km (1000 km de route existant doivent être reliés par 1600 km de route à percer ou améliorer)1. Selon les porteurs du projet, cette route devrait permettre le développement du tourisme « durable », autour de 38 centres touristiques2 ; elle a même été récemment présentée comme un Yeşil’e yolculuk (ou « Voyage vers le vert »)3, pendant oriental du Mavi Yolculuk méditerranéen4.

Samistal, août 2015. Photo Clémence Scalbert-Yücel

Samistal, août 2015. Photo Clémence Scalbert-Yücel

Selon ses opposants – habitants, usagers et militants écologistes – la route (qui traverse des zones protégées et parcs naturels, dont le parc naturel des monts Kaçkar créé en 1994) risque de détruire l’environnement et les sites protégés, notamment en ouvrant les estives à l’urbanisation sauvage (on craint que les estives encore protégées connaissent le triste sort de Ayder dans le district de Çamlıhemşin, département de Rize). En outre elle est non planifiée (le bulldozer tranche la montagne où il peut, n’hésitant pas à changer de tracé s’il rencontre trop de résistance), mais sert aussi des desseins cachés : le seul but ne serait pas d’acheminer les touristes, notamment en provenance de la péninsule arabique, tout au long de l’année vers les stations touristiques, mais aussi de transporter des minerais (cuivre et or notamment sont mentionnés)5.

Les travaux de construction qui avaient commencé tout début juin ont cessé en plusieurs lieux, du fait de la mobilisation populaire et des décisions de justice. Les travaux de construction continuaient fin août à Samistal, sous protection policière et militaire. La mobilisation et la veille se poursuivent, portées par la Fırtına İnisyatif, dans une région (Çamlıhemşin-Rize) où les luttes environnementales (contre la construction de centrales hydroélectriques notamment) sont à la fois anciennes et vives.

Samistal, locaux de Fırtına İnisyatif, août 2015. Photo Clémence Scalbert-Yücel

Samistal, locaux de Fırtına İnisyatif, août 2015. Photo Clémence Scalbert-Yücel

Mais la mobilisation contre la construction de la Route verte à Samistal-Çamlıhemşin est aussi à la fois une lutte pour, et qui passe par, la réappropriation d’une terre, d’une culture, et d’un mode de vie (rural). La mobilisation est portée par les usagers des estives, jeunes et moins jeunes, souvent originaires – si ce n’est habitants – de Çamlıhemşin. Ils connaissent souvent les yayla comme leur poche, même si c’est plutôt, en général, en tant que vacanciers et promeneurs. Au moment des luttes de cet été, la question des usages des lieux se fait cruciale. Alors que le DOKAP soulignait que la « Route Verte » permettra de protéger la nature, tout en en faisant usage6, les militants de Samistal proposent des usages alternatifs. Les habitants des maisons et usagers des estives (à Samistal en tout cas) n’ont pas de titre de propriété mais un droit d’usage régulé par la loi 4342 de 1998 sur les pâturages. Cette même loi peut aussi les en déposséder. Pour les mobilisés, protéger les estives et pâturages d’altitude passe par un retour à leur usage traditionnel, soit la reprise de l’élevage, notamment bovin, qui a quasiment disparu depuis maintenant plusieurs décennies7. Un retour à l’usage traditionnel des yayla bloquerait la voie à leur éventuelle privatisation et à leur destruction. Elle permettrait aussi un nouvel ancrage dans la terre pour des populations qui en ont été coupées par l’émigration et l’exode rural, depuis souvent plusieurs générations.

Ce même été, à quelques centaines de kilomètres au sud, les montagnes, elles, brûlent. Après l’attentat de Suruç du 20 juillet 2015 (voir notre édition du 23 juillet 2015), la guerre a repris au Kurdistan (voir notre édition du 20 août 2015) faisant déjà près de 200 morts8. Les bombardements de l’armée turque ne touchent pas seulement les bases du PKK en Irak ou en Turquie mais aussi les forêts et les zones rurales qui ont souffert d’incendies importants depuis la mi-juillet. Selon les données actuellement disponibles, 107 hectares de forêt ont brûlé sur le mont Cudi (département de Şırnak, frontière irakienne) ; plusieurs centaines d’hectares dans celui de Tunceli, à Lice (Diyarbakır) et des incendies sont aussi reportés dans le département de Bingöl et Mardin9. Ce ne sont pas seulement les forêts qui sont endommagées mais aussi les zones rurales, les villages, champs et vergers. On ne dispose pour l’instant de données détaillées que pour le district de Lice (département de Diyarbakır) où les pertes agricoles constatées sont importantes10. Les zones où les incendies sont déclarés sont aussi faites « zones de sécurité », ce qui empêche l’accès aux secours, aux pompiers, et aux missions d’observation et d’enquête11. À la date du 26 août, on comptait 119 « zones de sécurité spéciales » ou « zones temporaires militaires sécurisées » (Geçici Askeri Güvenlikli Bölgesi) dans 15 départements12. Dans ces zones, l’accès aux pâturages et aux ruches13, comme aux villages, est quasiment impossible.

La reprise des combats remet ainsi en question les (politiques de) retour aux villages et détruit une nouvelle fois ce que les habitants avaient commencé à reconstruire. En effet, au Kurdistan, les habitants des villages et usagers des estives en avaient été déjà dépossédés physiquement au cours des années 1990 : selon les chiffres officiels, 833 villages et 2382 hameaux avaient été évacués et brûlés dans 14 provinces des régions de l’est et du sud-est (représentant environ ¼ des implantations rurales)14. Les retours au village (incluant reconstruction des maisons et des infrastructures, achat de bétail, plantation de vergers, etc.) qui avaient eu lieu depuis, parfois dans le cadre de politiques publiques – dans une mesure très limitée, et jusqu’en 2002 –, mais surtout dans le cadre de projets et d’investissements privés (individuels ou familiaux), sont actuellement remis en cause. Les militants écologiques soulignent que la volonté de faire de la région une zone « déshumanisée » et « invivable » s’explique notamment par la présence de ressources énergétiques extrêmement importantes15. Les zones incendiées correspondraient aussi aux zones riches en gaz de schiste16.

Ces deux exemples, aussi différents soient-ils, content des histoires de dépossessions. Ils mettent en évidence, comme le soulignait Sinan Erensu, un phénomène de « déruralisation », alors que les intérêts du monde rural et agricole sont subordonnés à ceux de l’urbain (demande énergétique, tourisme, etc)17. Cette subordination est aussi à la source de nouvelles catastrophes comme les inondations de Hopa le 24 août qui ont fait 8 morts (et encore 3 disparus). Ces deux exemples sont aussi des histoires de luttes (même si les rapports de force sont extrêmement inégaux18 ) pour une réappropriation des lieux, des moyens de production et de sens.

  1. Il est important de noter que, au moins dans les départements d’Artvin et de Rize, de nouvelles routes de terre menant vers certaines yayla ont été percées ces dernières années, en silence, et sans rencontrer de protestation. Ainsi, la route nouvelle conduisant à Samistal a été creusée il y a 3 ans. Maintenant, pour réaliser la « Route verte », il suffit de relier ces routes entre elles.
  2. DOKAP Eylem Planı (2014-2018).
  3. “DOKAP Bölge kalkınma idaresi başkanlığı kuruluş gerekçesi, Doğu Karadeniz Turizm Master Plan ve Yeşil yol genel bilgileri Raporu”, 18.07.2015, DOKAP. URL : http://www.dokap.gov.tr/Haberler.aspx?hid=12142
  4. Le « Voyage bleu » est un terme apparu dans les années 1950-60 sous les plumes d’Azra Erhat, Halikarnas Balıkçısı et Sabahattin Eyüboğlu. Il renvoie aux voyages maritimes en voilier dans l’Égée et la Méditerranée, et aujourd’hui commercialisés comme tel par l’industrie touristique.
  5. Deux « veilles » sont organisées dans l’est des chaînes pontiques pendant l’été 2015 : une à Samistal contre la construction de la « route verte », l’autre à Cerattepe contre l’ouverture d’une mine. Le plan d’action du DOKAP contient une brève section relative aux minerais. Voir Tempo Dergisi, août 2015, p.30-43.
  6. “DOKAP Bölge kalkınma idaresi başkanlığı kuruluş gerekçesi, doğu Karadeniz Turizm Master Plan ve Yeşil yol genel bilgileri Raporu”, 18.07.2015, DOKAP. URL : http://www.dokap.gov.tr/Haberler.aspx?hid=12142
  7. “Samistal’da Yeni bir Yaşam Doğuyor”, Yeşil Gazete, 12.08.2015.
  8. https://bianet.org/bianet/insan-haklari/167241-bugun-baris-gunu-bu-liste-son-olsun
  9. Temmuz-Agustos 2015’te Kürdistan’daki Orman Yangınlarına ilişkin gözlemler ve Teknik inceleme Raporu. Savaş Stratejisi’nin bir uzantısı olarak orman yangınları. Rapport préparé par le HDP et disponible ici.
  10. Comme suit, les pertes agricoles encourues par les incendies déclarés le 19 juillet 2015 : 274 hectares de vignes, 20 500 arbres fruitiers, 594 tonnes de paille, 180 tonnes de foin, 10 000 peupliers, 1 hectare de champ de tabac, 1 hectare et demi de terres en maraîchage, 4 maisons de village, 9 cabanons de verger. Source : Amed Ekoloji Meclisi, “29-07-2015 Tarihli Lice Orman Yangınları Gözlem Raporu”.
  11. “Mezopotomya Ekoloji Hareketi’nden uluslararası delegasyon çağrısı: Türk Ordusu Kürdistan’da Ormanları Yakıyor”, 19.08.2015, www.suhakki.org
  12. “Özel Güvenlik Bölgeleri’nin İnteraktif Haritası”, Bianet, 26.08.2015. URL: http://bianet.org/bianet/siyaset/167090-ozel-guvenlik-bolgeleri-nin-interaktif-haritasi
  13. “Çatışma sürdükçe hayvancılık zor!” Milliyet, 23.08.2015, URL : http://www.milliyet.com.tr/catisma-surdukce-hayvancilik-zor–gundem-2106297/
  14. Joost Jongerden “Transforming the Countryside: Village Evacuation and Reconstruction as Diffuse Warfare in Kurdistan between 1993 and 2002”, Études Rurales 186, 2010, p. 77-100 et Etten, Jacob van, Joost Jongerden, Hugo J. de Vos, Annemarie Klaasse and Esther C.E. van Hoeve, “Environmental destruction as a counterinsurgency strategy in the Kurdistan region of Turkey”, Geoforum 39, 2008, p. 1786-1797.
  15. “Ekoloji aktivistleri Diyarbakır’dan ses verdi: Bölge yaşanmaz hale getirilmek isteniyor”, Yeşil Gazete, 21.08.2015, URL : http://yesilgazete.org/blog/2015/08/21/ekoloji-aktivistleri-diyarbakirdan-ses-verdi-bolge-yasanmaz-hale-getirilmek-isteniyor/
  16. Voir “Kayagazı çıkartılan alanlar ile yakılan alanlar örtüşüyor”, DIHA, 30.08.2015, URL : http://www.diclenews.org/tr/news/content/view/471987
  17. Sinan Erensu, “Problematizing green energy Small hydro plant developments in Turkey”, papier présenté à ESSE Conference, 14-18 juin 2011, Istanbul. URL: https://umn.academia.edu/SinanErens%C3%BC
  18. Et que les (politiques) de retours aux villages sont actuellement de facto interrompu(e)s.

« Retour aux années 1990 à l’est de la Turquie ? » Brève critique d’un lieu déjà commun

Source Sol haber portalı

Source Sol haber portalı

L’est du pays flambe à nouveau depuis le massacre de Suruç du 20 juillet 2015 (voir notre édition du 23 juillet 2015). Ces dernières années, on n’avait pas été témoin d’un tel niveau de violence1 depuis les journées de début octobre 2014. À ce jour (19 août ; voir tableau ci-dessous), on compte déjà deux fois plus de personnes décédées que durant cette tragique séquence des 7-12 octobre 2014 (où 42 morts avaient été déplorés ; voir notre édition du 14 octobre 2014). Aussi pour beaucoup d’observateurs, on vivrait un « retour au cauchemar des années 1990 » : mêmes premières pages des journaux à grand tirage, mêmes scènes d’enterrement de policiers ou de soldats, mêmes orphelins et veuves en pleurs, mêmes images de bombardement aérien, mêmes défilés de Komando au visage bariolé, même omniprésence du drapeau national, même instrumentalisation politicienne des événements, même rhétorique du martyre et de la vengeance de part et d’autre, mêmes appels à l’unité nationale, mêmes scènes de lynchage….

Pour autant, assiste-t-on vraiment à un « retour aux années 1990 » comme il est souvent dit et écrit, à satiété, dans les médias turcs et étrangers ?

Une de Haber Türk du 17 août 2015. "Le voyage le plus dur avec son papa martyr"

Une de Haber Türk du 17 août 2015. “Le voyage le plus dur avec son papa martyr”

Une du quotidien Özgür Gündem du 20 août 2015 "Retire ce pied, minable"

Une du quotidien Özgür Gündem du 20 août 2015 “Retire ton pied, connard”

Une dimension urbaine croissante

Il y a une première différence qui tient aux lieux de la violence. Alors que dans les années 1990, le centre de gravité de celle-ci était situé dans les montagnes, les affrontements actuels se déploient aussi en partie dans les villes. Et jusque dans les métropoles de l’ouest (comme le prouvent l’attaque contre le poste de police de Sultanbeyli le 10 août et la mort d’un jeune à Esenler le 18 août). Il y a une raison simple à cela, qui tient au fait que depuis 1990 la population kurde s’est considérablement urbanisée, en partie par la force. Les violences dans les zones rurales ont effet entraîné une migration massive – des déplacements forcés (zorunlu göç) vers les centres urbains du Kurdistan comme vers ceux de l’ensemble de la Turquie. Le très faible nombre de « protecteurs de village » parmi les victimes de cet été peut être considéré comme un indice de cette mutation.

Cengiz Güneş (2015 : 10) considère que le premier soulèvement populaire urbain kurde (serhildan) remonte au 15 mars 1990, à l’occasion de l’enterrement d’un guérillero kurde dans la petite ville frontière de Nusaybin (département de Mardin). Par la suite ces soulèvements urbains protestataires (et non violents) seront liés aux enterrements, au Nouvel An (Newroz) ou aux commémorations des dates du calendrier spécifique du mouvement kurde (27 novembre2 ou 15 août3). Mais dans ces années, les villes ne font que répercuter ce qui se passe dans les zones d’affrontement, quasi exclusivement rurales. Et l’imaginaire du mouvement kurde en armes est alors bien rivé sur la montagne.

Après 2000, le mouvement kurde armé se réorganise pour tenir compte de ces mutations démographiques/sociologiques et déploie avec l’Union des Communautés du Kurdistan (le KCK : Koma Civakén Kurdistan4 )  une stratégie plus franchement urbaine, qui peut en outre s’appuyer sur des pouvoirs locaux aux mains d’un parti kurde légal, qui n’existait pas au même degré dans les années 1990. L’émergence du « Mouvement de la Jeunesse Patriote Révolutionnaire » (YDG-H), acteur central des violences de ces jours, est récente et témoigne bien de cette relocalisation du dispositif combattant5. À cet égard, on peut parler d’une sorte d’intifadaïsation6 de la résistance kurde. Parallèlement à ce glissement vers les centres urbains, un changement dans les méthodes et les répertoires d’action est à noter, qui intègre davantage les nouvelles technologies de communication et en premier lieu le téléphone portable et les réseaux sociaux. D’où les débats sur les suspensions ciblées des réseaux téléphoniques. Certains assassinats « urbains » de policiers ou de militaires (comme celui du 28 juillet 2015 à Şemdinli) rappellent cependant les méthodes du Hizbullah turc dans les années 1990.

Le rôle phare pris par la police

La deuxième différence a trait aux acteurs de la violence. Alors que dans les années 1990 l’armée était au cœur des affrontements et du dispositif sécuritaire – avec les protecteurs de village comme supplétifs – il apparaît que la police a désormais pris les devants. Ce changement s’explique à la fois par le glissement vers les centres urbains évoqué plus haut et par une restructuration des forces de sécurité que les procès Ergenekon ont facilitée orchestrée par les gouvernements AKP au bénéfice de la police (polis) et aux dépens des Forces Armées Turques (TSK). En outre la gendarmerie a été rattachée au ministère de l’intérieur et une redéfinition des responsabilités entre forces de l’ordre a été opérée, qui donne clairement le primat à la police (et notamment aux Équipes d’Opérations Spéciales ou ÖHT). Au cours des années 2000, par une série de décisions, la police s’est vue confier de nouvelles responsabilités à l’est, qu’elle n’avait pas au préalable.

Türkiye, 17 août 2015, p. 14 : « … la lutte durera jusqu’à la fin des temps » (extrait du discours du président de la République à l’enterrement d’un policier-martyr)

Türkiye, 17 août 2015, p. 14 : « … la lutte durera jusqu’à la fin des temps » (extrait du discours du président de la République à l’enterrement d’un policier-martyr)

Une de Ö.Gündem du 19 août 2015 : « Face au massacre, sans tarder, dès maintenant, en tout lieu, passe à l’action ! »

Une de Ö.Gündem du 19 août 2015 : « Face au massacre, sans tarder, dès maintenant, en tout lieu, passe à l’action ! »

Le chaos extérieur comme ressource pour tous les acteurs

Autre différence importante : dans les années 1990, le contexte extérieur n’a pas été instrumentalisé comme il l’est actuellement par l’ensemble des acteurs de la violence. Si la situation en Irak n’était alors pas brillante, celle-ci n’avait rien à voir avec le chaos syrien actuel. Et surtout les violences en Turquie ne se nourrissaient pas des violences hors de Turquie. À présent, les forces de sécurité utilisent le « prétexte syrien » – quelle atroce expression ! – pour régler des comptes en interne. Et le mouvement kurde armé de Turquie se nourrit symboliquement et matériellement de la résistance du YPG contre l’État islamique en Syrie : des hommes parfois aguerris circulent, des armes sans aucun doute aussi, entre le front « interne » et le front « externe ». C’est cette superposition/indifférenciation des fronts qui est nouvelle. La Syrie est devenue une source de légitimation, une référence omniprésente et un « réservoir » d’armes et de combattants pour le conflit renaissant en Turquie. À cet égard, comme nous le soulignions dans une édition précédente (du 23 juillet 2015), la responsabilité des hommes politiques turcs de tout bord est considérable, qui n’ont pas su faire la différence et se sont complus à confondre les ordres.

Un autre état de maturation de la question kurde ?

Dernière différence majeure : dans les années 1990 la question kurde – sous sa forme négociée n’était pas à l’agenda politique turc, à l’agenda déclaré en tout cas, alors qu’elle l’est sérieusement depuis la fin des années 2000. Malgré toutes les violences actuelles, quelque chose a changé dans la société turque – et dans l’électorat – comme dans l’appareil d’État, qui semble assez irréversible. Certes des réflexes dénégateurs et assimilationnistes subsistent, dont on a actuellement que trop d’illustrations inquiétantes, et que les violences actuelles vont amplement réveiller. Cependant la question a été prise en charge de façon si poussée par l’État turc – jusqu’à ce que des négociations avouées soient initiées avec la guérilla , et par l’opinion publique, qu’un « retour en arrière » qui compromettrait toutes les avancées ne paraît pas possible. Des Turcs (ethniques) ont voté en juin 2015 pour un parti qui est l’avatar des partis légaux kurdes qui dans les années 1990 ne s’adressaient qu’à une frange réduite et ethnique de la population. Cet apparent paradoxe – entre la maturation du « dossier kurde » dans l’agenda politique turc et le retour aux actions violentes – constitue certainement une des caractéristiques de la situation actuelle, finalement assez inédite.

En définitive, on peut dire que deux territoires de violence connectés – la mort dans les montagnes d’un combattant HPG se répercutant sur le terrain urbain quasi immédiatement coexistent désormais. Un territoire hérité des années 1990, qui voit s’affronter forces de sécurité turques (surtout les TSK) et guérilla organisée (HPG) ; et un autre, dont la cristallisation est le fruit de la radicalisation d’une jeunesse qui trouve ses référents, son expérience (et ses armes ?) dans le combat actuel des Kurdes de Syrie. Et si les bombardements de l’aviation turque et les attaques de postes militaires par la guérilla continuent, ce qui se joue dans les villes est nouveau et voit davantage une population jeune – héritière radicalisée des soulèvements/serhildan des années 1990 – livrer une guérilla urbaine en voie de professionnalisation contre les forces de police, devenues l’acteur principal de la résolution musclée de la question kurde selon l’AKP. La déclaration du centre d’information de l’HPG du 18 août 2015 laisse entendre que si la répression des « soulèvements autonomistes7 » de Varto (Gimgin pour le mouvement kurde), Silvan (Farqîn) et Şemdinli (Şemzînan) se poursuit, la guérilla pourrait investir le terrain urbain dont elle s’est tenue éloignée jusqu’à présent. La descente durable8 des combattants des montagnes dans les villes marquerait un changement dont les conséquences sont difficilement anticipables à ce jour… Jamais sans doute le mouvement kurde n’aura été aussi écartelé entre des registres d’action qui à la fois se nourrissent et se contredisent les uns les autres.

Bilan humain provisoire des violences en Turquie (20 juillet-19 août 2015)

Il s’agit d’un bilan provisoire, qui s’appuie sur une compilation de sources écrites (presse et bilans publiés par les parties en jeu) et d’informations circulant sur les réseaux sociaux. Le bilan « officiel » des bombardements de l’aviation turque sur les camps du PKK en Irak du nord n’a pas été pris en compte. Nous avons arrêté (arbitrairement) le décompte le 19 août à 24h.9

Jour Nombre de morts/blessés Lieux Identité des victimes
20 juillet 2015 33 morts/100 blessés Suruç/Urfa Activistes gauche radicale
21
22 2 morts Ceylanpınar/Urfa (ville) Policiers
23 2 morts Yenişehir/Diyarbakır (ville) Policiers
24
25 2 morts Lice/Diyarbakır Gendarmes
26
27 1 mort Malazgirt/Muş (ville) Gendarme
28 1 mort Şemdinli/Hakkari (ville) Soldat
29 1 mort Cizre/Şırnak (ville) ?
30 1 mort
2 morts
Diyarbakır (ville)
Şırnak
Policier
Soldats (TSK)
31 2 morts Pozantı/Adana Policiers
1er août 1 mort Kars TSK
2 1 mort
2 morts
Mardin
Doğubeyazıt
TSK
Gendarmes
3
4 2 morts
1 mort
Şırnak
Şırnak
TSK
TSK
5
6
7 4 morts
1 mort1 mort
Silopi/Şırnak (ville)
Ağrı
Şırnak
1 policier et 3 civils
TSK
Policier
8 1 mort
1 mort
Silopi
Mardin
Policier
Policier
9
10 1 mort
3 morts
Varto/Muş10
Sultanbeyli/İstanbul
Guérillero kurde (HPG)/TSK
1 policier et deux Jeunesse Patriotique Révolutionnaire (YDGH)
11 4 morts
1 mort
Silopi/Şırnak (ville)
Şırnak
Policiers « Équipe Opérations Spéciales » (Özel Harekat Timleri : ÖHT)
TSK
12 1 mort
1 mort
Şırnak
Diyarbakır
HPG
TSK
13 1 mort Bingöl TSK
14 2 morts
3 morts
Ağrı/Diyadin
Yüksekova/Hakkari
Civils
TSK
15 3 morts
2 morts
1 mort
3 morts
1 mort
3 morts
Kağızman/Kars
Bağlar/Diyarbakır (ville)
Yüksekova/Hakkari
Şemdinli/Hakkari
Karlıova/Bingöl
?
HPG
YDGH
TSK
TSK
Policier
TSK
16 4 morts
3 morts
4 morts
Varto/Muş
Lice/Diyarbakır
Kağızman/Kars
YDGH
TSK
3 HPG et 1 TSK
17 2 morts
2 morts
1 mort
Varto/Muş
Şenkaya/Erzurum
Şemdinli/H.
Policiers (ÖHT)
Un protecteur de village, un civil
HPG
18 1 mort, 4 blessés
4 mort
1 mort et 4 soldats blessés
1 jeune tué
Silvan/Diyarbakır
Lice/D.
Şemdinli/Hakkari
Esenler/Istanbul
YDGH/Police
TSK
HPG/TSK
YDGH/Police
19 août 2 soldats tués
4 personnes tuées
8 soldats
Hani/Diyarbakır
Silvan/Diyarbakır
Şirvan/Siirt
TSK
3 YDGH et 1 HPG
TSK

 

  1. Avant cette triste date, des violences avaient eu lieu l’an dernier : le 19 août 2014 (1 soldat tué à Saray/Van), le 25 août 2014 (1 policier tué à Kayapınar/D.), le 26 août 2014 (1 policier tué à Kayapınar/D.) et le 29 octobre 2014 (un soldat tué en pleine ville à Bağlar/Diyarbakır). Voir aussi pour les années précédentes nos : “Quelques remarques sur la géographie des affrontements de l’année 2007 dans l’est turc”, Diplomatie, n°30, Janvier-Février 2008, pp. 64-68.
  2. Jour anniversaire de la fondation du Parti des Travailleurs du Kurdistan ou PKK (en 1978, à Lice/Diyarbakır).
  3. Jour anniversaire du début de la lutte armée du PKK (en 1984, à Eruh/Siirt).
  4. Qui se structure entre 2005 et 2007. Voir : http://odatv.com/n.php?n=nedir-bu-kck-3112091200
  5. Une autre appellation pour désigner ces acteurs urbains est apparue sur les réseaux sociaux après l’attaque d’un poste de police à Sultanbeyli, banlieue anatolienne d’Istanbul (le 10 août 2015) ; il s’agit de celle d’Union de Défense du Peuple (HSB). Cette dernière paraît reprendre le concept utilisé actuellement par certaines composantes du mouvement kurde, celui d’autodéfense (Öz Savunma).
  6. Le terme kurde de serhildan étant l’équivalent de l’arabe intifada ; les moyens utilisés dans les premiers serhildan étant équivalents à ceux utilisés dans la première intifada (de 1987) dite « intifada des pierres ».
  7. Des déclarations d’autogestion (özyönetim) ou d’autonomie (özerklik) – valant rupture avec l’État turc y ont été faites localement à partir du 10 août 2015 : soit, successivement, à Şırnak-centre, Silopi, Cizre (12 août), Nüsaybin, Yüksekova (13 août), Varto, Bulanık, Hakkarî-centre, Sur (Diyarbakır), Silvan (15 août), Edremit/Van, Başkale/Van (16 août) et Hezan/Bitlis (19 août). Celles-ci ont été perçues comme d’inacceptables provocations par le pouvoir central.
  8. Il y a toujours eu des descentes « discrètes » de combattants : soit homéopathiques, pour le ressourcement et l’approvisionnement; soit pour des opérations nocturnes ciblées et spectaculaires. Ce qui est annoncé – et formulé comme une menace – relève d’une autre logique d’affrontement, le HPG s’associant aux jeunesses urbaines armées.
  9. Malheureusement les violences ont continué : http://www.kizilbayrak.net/ana-sayfa/guendem/haber/polis-artuklu-ve-idilde-iki-genci-katletti/
  10. Le corps de la combattante tuée ce jour – elle participait à une opération contrôle routier/propagande, comme la guérilla a recommencé à en faire ces derniers temps –, attaché à une corde, a été traîné par un véhicule vers la ville proche. Les images suggérant le traitement infligé au corps dénudé/exhibé de l’ennemi-femme ont suscité de très amples réactions outrées. Voir notamment celle de la romancière Oya Baydar : http://t24.com.tr/yazarlar/oya-baydar/sehit-cenazelerinde-boy-gosterenler-varto-sokaklarinda-suruklenen-ciplak-bedeni-gordunuz-mu,12538

Recep Tayyip Erdoğan repart en campagne

Discours Rize1Les propos tenus par Recep Tayyip Erdoğan, le 14 août 2015, dans sa province natale de Rize, ressemble fort à une déclaration d’entrée en campagne. Alors même que les négociations entre l’AKP et le CHP pour mettre sur pied un gouvernement de «grande coalition» ont échoué, et que des élections anticipées paraissent désormais inévitables, le chef de l’Etat a en effet déclaré : «Il y a un président qui a de facto des pouvoirs dans ce pays, pas un président symbolique. Le président doit remplir ses devoirs directement envers la nation, mais avec son autorité propre. Que vous le vouliez ou non, le régime turc a changé… maintenant ce qu’il faut faire, c’est s’adapter à cette situation de fait et l’inscrire juridiquement dans le cadre de la Constitution.» Les partis d’opposition ont vu dans ce discours une illustration de plus de ce que certains commentateurs appellent désormais le «coup d’Etat civil», Recep Tayyip Erdoğan essayant d’imposer une présidentialisation des institutions, qui n’est pas en conformité avec la Constitution, alors même que son parti n’a plus de majorité pour gouverner.

Comment Erdoğan s’est employé à surmonter son revers du 7 juin dernier

Cette déclaration particulièrement offensive marque nettement toutefois le retour du président dans la bataille et les polémiques de la vie politique nationale. Anéanti par les résultats des élections législatives du 7 juin dernier, qui l’ont vu disparaître, pendant quatre jours, de la scène médiatique turque, Recep TayyipDiscours Rize2 Erdoğan a progressivement refait surface, au cours des deux derniers mois. Pour ce faire, il s’est appuyé d’abord sur ses compétences en matière de politique étrangère. Peu après les élections législatives, il s’est rendu en Azerbaïdjan pour assister à l’ouverture des premiers Jeux européens de Bakou, et avoir en marge de l’événement une rencontre avec Vladimir Poutine. Il n’a pas manqué non plus, le 20 juillet, les cérémonies du 41e anniversaire de la fondation de la République turque de Chypre du nord, et n’a pas reporté, dix jours plus tard, un voyage officiel en Chine, en dépit des tensions provoquées par la situation des Ouïghours, pendant le dernier ramadan. Entretemps, les événements survenus dans le sillage de l’attentat de Suruç ont propulsé le président au premier plan de l’actualité internationale : conversation téléphonique avec Barack Obama pour annoncer l’ouverture de la base d’Incirlik aux avions de la coalition engagés contre Daech, contacts avec de nombreux leaders politiques européens et moyen-orientaux pour expliquer les nouvelles orientations stratégiques de la Turquie ainsi que l’équation complexe de frappes aériennes menées concomitamment contre le PKK et contre l’Etat islamique.

Sur le plan intérieur, le président s’est d’abord fait plus discret. Tandis que les partis d’opposition savouraient le premier revers de l’AKP et faisaient connaître leurs exigences, le président s’est en fait surtout employé à retarder la nomination Discours Rize3d’un premier ministre, chargé de constituer un gouvernement de coalition. Alors même que le nouveau parlement s’est réuni, dès le 23 juin, et que beaucoup annonçaient une nomination du chef de gouvernement, avant la fin du mois de juin, il a fallu attendre le 9 juillet pour qu’Ahmet Davutoğlu soit finalement désigné. Parallèlement, la survenance du ramadan a permis de maintenir de ce faux rythme politique, le président saisissant en outre l’opportunité des iftars pour continuer à se faire entendre, et même parfois à hausser le ton. Ainsi le 14 juillet, lors de l’iftar de la TÜMSIAD, Recep Tayyip Erdoğan ose-t-il pour la première fois poser des conditions à la formation d’un gouvernement de coalition, en annonçant que celui-ci ne devra pas toucher aux grands projets qu’il a lancés récemment, notamment le 3e pont sur le Bosphore et le 3e aéroport à Istanbul. L’attentat de Suruç et ses suites achèvent de faire entrer cette période d’intérim dans l’ambiguïté la plus totale, puisqu’ils donnent des responsabilités majeures à un gouvernement qui n’est théoriquement chargé que d’expédier les affaires courantes. Mais cette situation profite aussi à un président qui est en train de redresser la tête et qui a pu continuer en fait à exercer un leadership sur ce gouvernement, bien que celui-ci ne dispose plus d’une majorité au parlement.

L’échec de la constitution d’un gouvernement de coalition et ses conséquences

Dans un tel contexte, les tentatives qui ont lieu pour mettre sur pied un gouvernement de coalition apparaissent comme une sorte d’exercice obligé ayant peu de chances d’aboutir. Sur le fond en effet, les positions politiques des différentes formations concernées sont très éloignées. L’AKP et l’opposition sont en désaccord sur presque tous les sujets cruciaux : l’évolution du régime politique (parlementarisme ou présidentialisation), la poursuite du processus de paix avecDiscours Rize4 les Kurdes (et la procédure qui doit être la sienne), les questions économiques et sociales, la réforme de l’éducation… Sur le plan tactique, aucun parti d’opposition n’a en réalité ni l’envie, ni un intérêt quelconque à gouverner avec l’AKP. Le MHP est allé jusqu’à demander la réouverture des affaires de corruption de décembre 2013 et l’abandon de son palais présidentiel par Recep Tayyip Erdoğan, plaçant ainsi la barre très haut pour accepter d’entrer dans une éventuelle coalition parlementaire avec le parti au pouvoir. Le CHP s’est montré plus conciliant, afin de rendre l’AKP responsable de l’échec des pourparlers que les deux formations ont conduits. Le MHP et le HDP auraient eu sans doute intérêt à voir une «grande coalition» AKP-CHP se constituer, car cela leur aurait permis de renforcer leur position de formations d’opposition. Mais le parti au pouvoir, sous l’influence du président, ne tient pas, quoi qu’il advienne, à voir s’établir un gouvernement de coalition qui sonnerait le glas de la logique présidentialiste, qui domine le fonctionnement du système politique turc, depuis la dernière élection présidentielle.

Reste à savoir comment les différentes formations vont expliquer l’échec de la coalition et donc la réponse négative donnée par le système au vote des électeurs, Discours Rize5le 7 juin 2015. Car ceux-ci avaient manifestement souhaité ne plus voir l’AKP gouverner seul. Si les partis d’opposition vont faire valoir que toute coalition était de toute façon vouée à l’échec, parce que Recep Tayyip Erdoğan veut coûte que coûte retrouver la plénitude de ses pouvoirs et relancer son projet de présidentialisation, en provoquant la tenue d’une nouvelle élection victorieuse, le président pour sa part a déjà commencé à expliquer, le 14 août, à Rize, que la situation de la Turquie est grave et qu’il lui faut un gouvernement solide. Il essayera sûrement de tirer en outre argument de l’échec des tentatives de coalition, pour montrer que le système parlementaire ne fonctionne pas, et que seul un régime présidentiel peut assurer la stabilité du pays. Il s’agira ainsi pour lui de persuader l’opinion que les élections du 7 juin n’ont été qu’un intermède, et que, le pays ayant désormais besoin d’un système fort, la marche à la présidentialisation doit reprendre, sous s       a direction.

Les incertitudes de l’agenda politique à venir

Pourtant la voie vers des élections anticipées n’est pas encore entièrement dégagée. Après l’échec des négociations avec le CHP, le 13 août dernier, Ahmet DavutoğluDiscours Rize6 s’est à nouveau tourné vers le MHP. Mais la réunion qu’il a eue, le 17 août, avec le leader de la formation nationaliste, Devlet Bahçeli, a débouché sur un échec. Non seulement le MHP a maintenu ses exigences les plus rigoureuses (abandon notamment du processus de paix avec les Kurdes), mais il a exclu un soutien de sa part à un gouvernement AKP minoritaire, qui permettrait à Ahmet Davutoğlu de se maintenir jusqu’aux prochaines législatives anticipées. Alors que le délai court encore jusqu’au 23 août pour tenter de former un gouvernement de coalition, le CHP a demandé à ce que son leader, Kemal Kılıçdaroğlu soit appelé par le président à tenter sa chance, et à ce que Ahmet Davutoglu soit déchargé de cette responsabilité. Pourtant, à l’issue de ses dernières négociations malheureuses avec le MHP, le premier ministre n’a pas été très clair ce qu’il doit advenir désormais. Il est vrai que sa situation politique est désormais complexe : chef d’un gouvernement intérimaire, il est en train d’échouer à constituer un gouvernement de coalition…

En dépit de l’opacité des perspectives immédiates, Ahmet Davutoğlu, entend bien rester à la tête du gouvernement jusqu’aux prochaines élections. Par la même Discours Rize7occasion, il aimerait surtout organiser le prochain congrès de l’AKP au mois de septembre, c’est-à-dire avant la tenue d’un scrutin qui ne pourra pas avoir lieu avant la fin du mois d’octobre. Cela lui permettrait de renouveler les cadres du parti et de conserver son leadership sur ce dernier ; et ce quoiqu’il advienne lors des prochaines législatives anticipées. Ce scénario n’emporte pourtant pas l’assentiment général, car un certain nombre de dirigeants aux dents longues préféreraient que le congrès en question se tienne après le scrutin. Le maintien de Davutoğlu à la tête du parti dépendrait alors des résultats électoraux de l’AKP. A cette incertitude sur la date du congrès s’ajoute la revendication d’une annulation de la règle des 3 mandats, qui conditionne l’avenir politique de beaucoup de cadres anciens de l’AKP. Il est probable que c’est le Recep Tayyip Erdoğan en personne qui tranchera ces sujets épineux, au moment où son discours de Rize annonce une reprise du projet de présidentialisation et une personnalisation très forte de la prochaine campagne électorale.

JM

Les partis politiques turcs dans les archives de l’OVIPOT

Depuis sa création en 2006, l’OVIPOT a rassemblé de la documentation concernant la vie politique turque, notamment à propos des partis et des élections. Ces archives relatives aux partis politiques et à la vie partisane sont rassemblées dans dix boîtes cartonnées disponibles à l’IFEA. L’ensemble des documents contenus dans ces boîtes couvre une large période, allant de 1999 à 2011. L’hétérogénéité des documents fait l’intérêt de ces archives, que nous allons présenter ici.

Les dossiers couvrent les élections : élections législatives (2002-2015) ; les élections municipales de 2004 ; les partis politiques. Les chercheurs qui se sont succédé à l’IFEA ont pris le parti de classer les documents concernant les partis en différentes catégories : « centre-droit », « écologistes », « gauche modérée, « divers », catégories que nous avons choisi de conserver même si, comme nous le constaterons parfois ultérieurement, la classification de certains partis dans telle ou telle catégorie peut s’avérer discutable.

Le premier dossier cartonné traite des « partis de centre-droit » : il inclut des réflexions générales sur cette famille politique spécifique, mais aussi (plus précisément) des ressources sur le Genç Parti (dont l’affiliation au centre-droit s’avère pertinente pour certains aspects, mais contestable sur d’autres, tel que l’étatisme de ce parti sur le plan économique), le Demokrat Parti (non celui de Menderes, mais le successeur du Doğru Yol Partisi), la Yeni Demokrasi Hareketi, l’Anavatan Partisi, le Liberal Demokrat Parti, le Yurt Partisi (vis-à-vis duquel nous pouvons nous demander s’il relève du centre-droit ou de la droite radicale), le Toplum Demokratik Partisi (qui était membre de l’Internationale socialiste, ce qui nous oblige à nous interroger sur son appartenance au centre-droit), le Yeni Türkiye Partisi (d’obédience sociale-démocrate, à ne pas confondre avec le parti homonyme d’inspiration libérale, dirigé par Ekrem Alican dans les années 1960-1970) et l’Avrasya Partisi.

Le deuxième dossier cartonné renferme des documents relatifs aux Verts turcs et étrangers. En effet, avant la reprise des thématiques écologiques par le Halkların Demokratik Partisi (fondé en en 2012, ce mouvement se caractérise par un discours non seulement pro-kurde, mais également féministe et écologiste), la scène politique turque a connu l’existence de deux petites formations écologistes : le Yeşiller Partisi (1988-1994) et le Yeşiller Hareketi (2008-2012). La première axait son discours uniquement sur les problématiques environnementales (au détriment des autres enjeux partisans), tandis que le second (avant de s’officialiser en tant que parti politique) avait pour activités principales la réalisation de campagnes de sensibilisation, ou encore la tenue de conférences sur les questions écologiques. Leur successeur (le Yeşiller ve Sol Gelecek Partisi) est né de la fusion (le 25 novembre 2012) entre le Yeşiller Partisi (celui refondé en 2008) et l’Eşitlik ve Demokrasi Partisi (un parti de gauche libertaire fondé en 2010, héritier du Sosyaldemokrat Halk Partisi). En plus d’exprimer des positions écologistes, le Yeşiller ve Sol Gelecek Partisi se fait l’avocat d’un multiculturalisme turc (défense des minorités kurdes et alévies) et prône un certain libéralisme moral (soutien aux revendications LGBT). Ce parti est actuellement l’une des composantes du Halkların Demokratik Partisi.

Le troisième dossier cartonné dispose d’articles de presse relatifs aux partis de gauche modérée, de même qu’une brochure et un livre (rédigé par l’Union Syndicale Démocratique Révolutionnaire, qui ne peut pas nécessairement être considérée comme un mouvement de centre-gauche).

Le quatrième dossier cartonné contient des éléments sur divers partis.

Les cinquième et sixième dossiers traitent (plus spécifiquement) des élections municipales de 2004 : le premier contient des documents de campagne et des rapports, tandis que le second renferme des coupures de presse.

Le septième dossier a pour thématique les élections législatives du 7 juin 2015 : cette boîte s’avère être riche en documents de campagne (couvrant huit partis différents et des candidats indépendants), mais également en exemplaires de journaux (Özgür Gündem, Bir Gün, Cumhuriyet, Zaman, Milliyet et Yeni Şafak).

Enfin, les huitième, neuvième et dixième dossiers concernent les scrutins législatifs de 2002, 2007 et 2011. L’inventaire est disponible ici : http://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/340/files/2015/05/Doc_OVIPOT_legislatives1.pdf

Outre les archives papiers, des conférences en ligne concernant la politique partisane sont disponibles sur le site d’IFEA/Canal-U :

Dossier cartonné N° 1 : PARTIS DE CENTRE-DROIT

Généralités (10 documents) :

Une coupure : un texte de Şükrü Karaca sur la tradition politique des partis de centre-droit (1999).

Neuf coupures de presse provenant de Cumhuriyet, Hürriyet, Radikal et Zaman (2000-2002).

Parti Jeune/Genç Parti (87 documents) :

Uzanlar :

  • Une coupure : Publicité pour l’ouvrage de Memduh Taşlıcalı, intitulé Beyaz yakalı, Cem Uzan Fenomeni.
  • Quarante-sept coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Radikal, de Tercüman et de Vatan (2003).

Le Genç parti :

  • Un tract (2002).
  • Une affiche électorale (2002).
  • Trente-six coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Damga, de Dünya, d’Hürriyet, d’Özgür Gündem, de Star, de Yeni Şafak, de Radikal, de Zaman et de Vatan (2002-2003).
  • Un texte rédigé par Mert Angılı, intitulé 1980 Sonrası Türkiye Siyaseti ve Genç Parti (automne 2004).

Parti Démocrate/Demokrat Parti (ex-Parti de la Juste Voie/eski Doğru Yol Partisi) (2 documents) :

Deux coupures de presse provenant d’Aksiyon et de Zaman (2002-2003).

Action de la Nouvelle Démocratie/Yeni Demokrasi Hareketi (1 document) :

Une coupure de presse provenant de Tempo (date non mentionnée).

Parti de la Mère-Patrie/Anavatan Patisi (40 documents) :

Deux tracts (2002).

Trente-huit coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Dünya, d’Hürriyet, de Milliyet, d’Özgür Gündem, de Radikal, de Tercüman, de Vatan, de Siyaset, de Vatan et de Zaman (2002-2003).

Parti de la Juste Voie/Doğru Yol Partisi (57 documents) :

Le parti :

  • Un texte d’Ömer Laçiner ; intitulé Geçen ayın Birikimi Türkiye (1997).
  • Un programme politique (2002).
  • Vingt-cinq coupures de presse provenant de Vatan, de Cumhuriyet, de Zaman, d’Evrensel, d’Özgür Gündem, de Radikal et de Yeni Şafak (1993-2001-2002-2003).

Congrès :

Trente-et-une coupures provenant de Dünya, de Cumhuriyet, de Milliyet, d’Özgür Gündem, de Radikal, de Siyaset, de Vatan et de Zaman (2002).

Parti Libéral-Démocrate/Liberal Demokrat Parti (2 documents) :

Deux coupures de presse provenant de Siyaset et de Zaman (2003).

Parti de la Patrie/Yurt Partisi (9 documents) :

Neuf coupures de presse provenant de Dünya, de Milliyet, de Radikal, de Cumhuriyet, de Türkiye’nin Sesi Yurt et de Zaman (2002-2003).

Parti de la Société Démocratique/Demokratik Toplum Partisi (7 documents) :

Sept coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Radikal et de Zaman (2002-2003).

Parti de la Nouvelle Turquie/Yeni Türkiye Partisi (1 document) :

Une coupure de presse provenant de Cumhuriyet (date non metionnée).

Parti Eurasiatique/Avrasya Partisi (1 document) :

Une coupure de presse provenant de Dünya (mai 2002).

Dossier cartonné N° 2 : PARTIS ÉCOLOGISTES/YEŞİLLER

Publications des partis écologistes :

Action des Verts (parti turc) :

  • Quatorze documents relatifs au programme politique.
  • Dix-sept articles de journaux et communiqués de presse.
  • Neuf rapports et actes de comférence.

Parti vert européen :

  • Dix documents relatifs au programme politique.
  • Quinze rapports et actes de conférence.

Autres partis écologistes :

  • Quatre documents sur différents partis verts.
  • Deux communiqués des Verts français, turcs et grecs.

Rapports et mémoires sur les partis écologistes :

DELAISTRE Anne-Fleur, « Les Verts de Turquie à la mémoire de leur répertoire d’action. L’institutionnalisation d’un parti politique en Turquie », Institut Français d’Études Anatoliennes, juin 2006, 84 p.

YOLDAŞ Barış Temmuz, « Les Verts de Turquie entre reconstruction et européanisation », Institut Français d’Études Anatoliennes, 22 juin 2006, 52 p.

Dossier cartonné N° 3 : GAUCHE MODÉRÉE

Coupures de presse, documents électoraux et partisans, article de revue et feuillet :

  • Parti de la Nouvelle Turquie : quarante-et-une coupures provenant de Cumhuriyet, de Zaman, de Türkiye et de Radikal (publiés entre le 23 juillet 2002 et le 24 novembre 2003).
  • Gauche modérée (divers) : vingt-trois coupures provenant de Bakış, de Cumhuriyet, d’Özgür Gündem, de Radikal, de Türkiye et de Birikim (publiées entre le 25 mars 2000 et le 25 octobre 2004).
  • Parti Social-démocrate du Peuple : neuf coupures provenant de Gün et de Zaman (publiées entre le 25 novembre 1993 et le 8 novembre 2003).
  • Parti Républicain du Peuple, Parti Social-Démocrate, Parti Social-démocrate du peuple : cent trente-cinq coupures provenant de Cumhuriyet, de Radikal, d’Hürriyet, de Milliyet, de Zaman, d’Özgür Gündem, de Türkiye, de Vatan, de Birgün, de Nokta, de Tercuman, de quatre journaux du CHP et de deux brochures électorales de ce même parti (publiées entre le 26 mars 1983 et le 23 novembre 2005).
  • Parti de la Gauche Démocratique, Parti de la Nouvelle Turquie : coupures provenant de Cumhuriyet, de Milliyet, de Radikal, d’Özgür Gündem, d’Hürriyet, de Zaman, de Star, d’Ekonomist, de Dünya, de Türkiye, d’Evrensel et de Political Parties.
  • Syndicats : vingt-huit coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Radikal, de Zaman, d’Evrensel, d’Özgür Gündem, de Dünya, de Cumhuriyet dergisi, de Yenigündem (publiées entre le 30 avril 2000 et le 27 mai 2003), ainsi qu’un feuillet de trois pages d’annotations.

Deux documents placés au sommet du dossier :

  • Un extrait de revue : « Küreselleşme : Sol ve sağ [Mondialisation : gauche et droite] », Birikim, n° 139, novembre 2010, p. 128.
  • Un livre : DEVRİMCİ DEMOKRATİK SENDİKAL BİRLİK, 1 Mayıs Harbiye Direnişi : Savunmalar – Belgeler, Umut, mars 1992, 128 p.

Dossier cartonné N° 4 : DIVERS

  • Un exemplaire de Birikim (édition du 10 février 2010).
  • Une coupure de presse provenant de Zaman (14 mai 2011).
  • Une plaquette du CHP, intitulée İstanbul : İstanbul aşkına … Türkiye aşkına (2010).
  • Une brochure du CHP, intitulé 2010 değişi projesi. Bilgi myönetim sistemi (2010).
  • Un tract de Mukaddes Çelik et İsmet Sadıkoğlu, candidats du HDP à la mairie de Kadıköy pendant les élections municipales de 2014.
  • Un tract de Kıyasettın Yıldırım, candidat sans étiquette au poste de Muhtar dans le quartier de Yenikent, situé dans le district d’Esenyurt. Date de l’élection non mentionnée.
  • Deux exemplaires d’un tract de Mustafa Yelek, candidat du SP à la mairie de Beyoğlu pendant les élections municipales de 2009.

Dossier cartonné N° 5 : ÉLECTIONS MUNICIPALES DE 2004 – MÉMOIRES ET TRAVAUX

Sous-dossier 1 : documents relatifs à l’ANAP

  • un autocollant Genç Tecrübe – ANAP 18 yaşında – Anavatan Partisi.
  • un disque brisé.
  • document de campagne de Noyan A. Bıyıktay.
  • le programme de l’ANAP.
  • un guide de campagne, à destination des candidats de l’ANAP
  • deux exemplaires de la profession de foi de Zeki Ulvi Süvarioğlu (candidat de l’ANAP à la mairie de Kadıköy).
  • biographie et programme de Zeki Ulvi Süvarioğlu.
  • interview d’Arzu Nizamoğlu (membre de la commission d’administration de l’ANAP).
  • commentaire sur la campagne et les résultats obtenus par l’ANAP, aini que sur la situation de ce parti a Kadıköy.
  • résultats obtenus par l’ANAP lors des élections législatives de 1983 et 1987, résultats obtenus par l’ANAP et le DYP lors des élections législatives de 1991, résultats obtenus par l’ANAP et le Refah lors des élections législatives de 1995, résultats obtenus par l’ANAP, le DSP, le Fazilet et le MHP lors des élections législatives de 1999. Commentaires et citation à propos du score de l’ANAP durant les élections municipales de 2014.
  • liste des personnes ayant participé au groupe de travail sur l’ANAP.

Sous-dossier 2 : document relatif au DYP

rapport manuscrit intitulé : Le Doğru Yol Partisi dans les élections régionales de 2004.

Sous-dossier 3 : documents relatifs au SHP

  • document de campagne, candidat du SHP à la mairie de Beşiktaş.
  • document de campagne d’Aydın Aydınoğlu, candidat pour le contingent à l’assemblée municipale.
  • tract d’A. İlhan Göğüş. Biographie de ce candidat.
  • tract d’A. İlhan Göğüş. Programme pour Beşiktaş.
  • profession de foi de Cihat Başar (candidat du SHP à la mairie de Fatih).
  • affiche de campagne d’A. İlhan Göğüş.
  • affiche de campagne d’Elbette Mustafa Kul, candidat pour le SHP à la municipalité métropolitaine d’Istanbul.
  • rappport intitulé Sosyal Demokrat Halk Partisi incelemesi ve 28 mart 2004 yerel seçimleri.
  • affiche électorale du SHP, parue dans la presse.
  • affiche électorale (parue dans Cumhuriyet, le 13 mars 2004) d’İbrahim Elmas, candidat du SHP à la mairie de Bahçelievler.

Sous-dossier 4 : documents relatifs à l’AKP

  • rapport intitulé Un regard sur l’AKP dans la perspective du Milli Görüş.
  • rapport intitulé Un regard sur les campagnes électorales et en particulier celle de l’AKP pendant les élections locales de 2004.
  • article sans titre, rédigé par Özge Önal.
  • profession de foi d’Erol Kaya (candidat à l’investiture de l’AKP pour l’élection du maire métropolitain d’Istanbul).
  • affiche électorale de l’AKP.

Sous-dossier 5 : document relatif au CHP

rapport intitulé CHP Seçim 2004.

Sous-dossier 6 : documents relatifs au SDP

  • rapport intitulé Sosyalist Demokrasi Partisi (SDP) incelemesi.
  • tract édité à Beşiktaş par la branche locale du SDP.

Sous-dossier 7 : document relatif au DEHAP

affiche électorale du DEHAP.

Sous-dossier 8 : documents divers

  • résultats détaillés des élections locales de 2004.
  • analyse électorale manuscrite, intitulée Seçim sonuçları.
  • article intitulé Türkiye’de Dünden Bugüne Liderler Sultası.

Dossier cartonné N° 6 : ÉLECTIONS MUNICIPALES DE 2004 – COUPURES DE PRESSE

Contenu de ce dossier (327 documents, 11 juin 2003 – 7 novembre 2004) :

  • Article de presse du 11 juin 2003 : une coupure de presse provenant de Cumhuriyet.
  • Article de presse du 4 novembre 2003 : une coupure de presse provenant de Radikal.
  • Articles de presse du 8 décembre 2003 : trois coupures de presse provenant de Radikal, Cumhuriyet et Yeni Şafak.
  • Articles de presse du 9 décembre 2003 : six coupures de presse provenant de Vatan, de Zaman, de Vakit (deux coupures), d’Özgür Gündem et d’Evrensel.
  • Articles de presse du 10 décembre 2003 : quatre coupures de presse provenant de Zaman, de Vakit (deux exemplaires) et de Cumhuriyet.
  • Article de presse du 11 décembre 2003 : une coupure de presse provenan de Zaman.
  • Articles de presse du 12 décembre 2003 : cinq coupures de presse provenant d’Evrensel (deux coupures), de Zaman, de Milliyet et de Cumhuriyet.
  • Article de presse du 13 décembre 2003 : une coupure de presse provenant de Zaman.
  • Articles de presse du 14 décembre 2003 : quatre coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Yeni Şafak, de Vakit et de Milliyet.
  • Articles de presse du 15 décembre 2003 : cinq coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Radikal, d’Özgür Gündem (deux coupures) et de Milliyet.
  • Articles de presse du 16 décembre 2003 : six coupures de presse, provenant de Cumhuriyet, d’Evrensel (deux coupures), d’Özgür Gunem, de Radikal et de Zaman.
  • Articles de presse du 18 décembre 2003 : trois coupures de presse provenant de Vakit, d’Özgür Gündem et de Zaman.
  • Articles de presse du 20 décembre 2003 : sept coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Zaman (deux coupures), de Vatan, de Cumhuriyet (deux coupures) et de Yeni Şafak.
  • Article de presse du 21 décembre 2003 : une coupure de presse d’Özgür Gündem.
  • Articles de presse du 22 décembre 2003 : cinq coupures de presse provenant de Vakit, d’Evrensel, de Zaman (deux coupures) et de Milliyet.
  • Articles de presse du 26 décembre 2003 : quatre coupures de presse provenant de Milliyet (deux coupures), de Zaman et de Radikal.
  • Articles de presse du 27 décembre 2003 : quatre coupures de presse provenant de Milliyet et de Zaman (trois coupures).
  • Articles de presse du 28 décembre 2003 : sept coupures de presse provenant de Yeni Şafak (deux coupures), de Radikal, de Cumhuriyet (deux coupures), de Milliyet et d’Özgür Gündem.
  • Article de presse du 1er janvier 2004 : une coupure de presse provenant de Yeni Şafak.
  • Articles de presse du 2 janvier 2004 : quatre coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Zaman (deux exemplaires) et de Yeni Şafak.
  • Article de presse du 3 janvier 2004 : une coupure provenant de Yeni Şafak.
  • Articles de presse du 4 janvier 2004 : deux coupures de presse provenant de Radikal et Evrensel.
  • Articles de presse du 5 janvier 2004 : quatre coupures provenant de Cumhuriyet et de Zaman (trois coupures).
  • Articles de presse du 6 janvier 2004 : trois coupures de presse provenant d’Özgür Gündem, de Cumhuriyet et de Zaman.
  • Articles de presse du 7 janvier 2004 : cinq coupures de presse provenant de Zaman (deux coupures), d’Özgür Gündem et de Yeni Şafak (deux coupures).
  • Articles de presse du 8 janvier 2004 : neuf coupures de presse provenant de Zaman (cinq coupures), de Milliyet (deux coupures), de Yeni Şafak et de Vakit.
  • Articles de presse du 9 janvier 2004 : neuf coupures de presse provenant de Vakit, de Milliyet, de Yeni Şafak, de Vatan, de Zaman (trois coupures), d’Evrensel et de Cumhuriyet.
  • Articles de presse du 10 janvier 2004 : dix coupures de presse provenant de Zaman (quatre coupures), de Vatan, de Yeni Şafak, d’Özgür Gündem (deux coupures), de Radikal et d’Evrensel.
  • Articles de presse du 12 janvier 2004 : onze coupures de presse provenant de Yeni Şafak, de Zaman (quatre coupures), de Radikal (deux coupures), de Milliyet, de Vakit, d’Evrensel et d’Özgür Gündem.
  • Articles de presse du 13 janvier 2004 : neuf coupures de presse provenant de Zaman, d’Evrensel (deux coupures), de Vatan, d’Özgür Gündem (deux coupures), de Cumhuriyet et de Yeni Şafak (deux coupures).
  • Articles de presse du 14 janvier 2004 : dix coupures de presse provenant de Vatan (deux coupures), de Zaman (deux coupures), d’Erensel, de Radikal (deux coupures), d’Özgür Gündem, de Yeni Şafak et de
  • Articles de presse du 15 janvier 2004 : six coupures de presse provenant d’Özgür Gündem, de Yeni Şafak, de Radikal, de Zaman (deux coupures) et de Cumhuriyet.
  • Articles de presse du 19 janvier 2004 : quatre coupures de presse provenant de Zaman (trois coupures) et d’Evrensel.
  • Articles de presse du 20 janvier 2004 : onze coupures de presse provenant de Radikal (deux coupures), de Milliyet, d’Özgür Gündem, de Zaman (deux coupures), d’Evrensel (deux coupures), de Yeni Şafak, de Cumhuriyet et de Vatan.
  • Articles de presse du 21 janvier 2004 : dix-sept coupures de presse provenant de Cumhuriyet (deux coupures), de Vatan (deux coupures), de Yeni Şafak (trois coupures), de Zaman (trois coupures), de Vakit (trois coupures), d’Evrensel (deux coupures), d’Özgür Gündem et de Radikal.
  • Articles de presse du 22 janvier 2004 : quatre coupures de presse provenant de Cumhuriyet (quatre coupures) et d’Evrensel (deux coupures).
  • Articles de presse du 29 janvier 2004 : trois coupures de presse provenant de Milliyet, de Yeni Şafak et de Zaman.
  • Articles de presse du 31 janvier 2004 : deux coupures de presse provenant de Zaman.
  • Article de presse du 1er février 2004 : une coupure de presse provenant d’Özgür Gündem.
  • Article de presse du 7 février 2004 : une coupure de presse provenant de Cumhuriıyet.
  • Articles de presse du 8 février 2004 : six coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Vakit, d’Evrensel, de Yeni Şafak, de Vatan et d’Özgür Gündem.
  • Articles de presse du 9 février 2004 : cinq coupures de presse provenant de Milliyet, de Zaman (deux coupures) et d’Evrensel (deux coupures).
  • Articles de presse du 19 février 2004 : deux coupures provenant de Radikal.
  • Articles de presse du 20 février 2004 : sept coupures de presse provenant de Radikal, de Zaman, de Yeni Şafak, d’Özgür Gündem, d’Evrensel (deux coupures) et de Cumhuriyet.
  • Article de presse du 21 février 2004 : une coupure de presse provenant de Yeni Şafak.
  • Articles de presse du 22 février 2004 : quatre coupures de presse provenant d’Evrensel, de Cumhuriyet et de Zaman (deux coupures).
  • Articles de presse du 23 février 2004 : cinq coupures de presse provenant d’Özgür Gündem, de Cumhuriyet, de Zaman, de Yeni Şafak et d’
  • Articles de presse du 24 février 2004 : douze coupures de presse provenant de Milliyet (deux coupures), d’Evrensel (quatre coupures), de Cumhuriyet (deux coupures), de Zaman (deux coupures), d’Özgür Gündem et de Yeni Şafak.
  • Articles de presse du 25 février 2004 : deux coupures de presse provenant de Cumhuriyet et Zaman.
  • Articles de presse du 28 février 2004 : deux coupures de presse provenant de Cumhuriyet et Zaman.
  • Articles de presse du 3 mars 2004 : six coupures de presse provenant de Zaman (deux coupures), Radikal (deux coupures) et de Yeni Şafak (deux coupures).
  • Article de presse du 5 mars 2004 : une coupure de presse provenant d’Özgür Gündem.
  • Articles de presse du 6 mars 2004 : trois coupures de presse provenant d’Özgür Gündem et de Cumhuriyet (deux coupures).
  • Articles de presse du 7 mars 2004 : quatre coupures de presse provenant de Cumhuriyet, de Radikal et de Zaman (deux coupures).
  • Articles de presse du 8 mars 2004 : sept coupures de presse provenant de Cumhuriyet (quatre coupures), d’Evrensel (deux coupures) et de Radikal.
  • Articles de presse du 9 mars 2014 : huit coupures de presse provenant d’Özgür Gündem (cinq coupures), d’Evrensel et de Zaman (deux coupures).
  • Article de presse du 11 mars 2004 : une coupure de presse provenant de Cumhuriyet.
  • Articles de presse du 13 mars 2004 : huit coupures de presse provenant d’Özgür Gündem (deux coupures), de Yeni Şafak (deux coupures), de Milliyet, de Radikal (deux coupures) et de Zaman.
  • Article de presse du 14 mars 2004 : une coupure de presse provenant d’Evrensel.
  • Articles de presse du 15 mars 2004 : cinq coupures de presse provenant de Yeni Şafak (trois coupures), de Radikal et de Zaman.
  • Article de presse du 16 mars 2004 : deux coupures de presse provenant d’Özgür Gündem.
  • Articles de presse du 17 mars 2004 : trois coupures de presse provenant d’Evremsel.
  • Articles de presse du 19 mars 2004 : trois coupures de presse provenant de Milliyet.
  • Articles de presse du 20 mars 2004 : deux coupures de presse provenant de Cumhuriyet et Zaman.
  • Articles de presse du 21 mars 2004 : une coupure de presse provenant de Milliyet.
  • Articles de presse du 23 mars 2004 : une coupure de presse provenant de Radikal.
  • Articles de presse du 25 mars 2004 : deux coupures de presses provenant de Yeni Şafak et Radikal.
  • Articles de presse du 29 mars 2004 : trois coupures de presse provenant de Cumhuriyet.
  • Articles de presse du 2 avril 2004 : sept coupures de presse provenant de Radikal, de Zaman (trois coupures), de Cumhuriyet (deux coupures) et d’Evrensel.
  • Article de presse du 4 avril 2004 : une coupure de presse provenant de Milliyet.
  • Article de presse du 5 avril 2005 : une coupure de presse provenant d’Evrensel.
  • Articles de presse du 6 avril 2004 : trois coupures de presse provenant de Zaman (deux coupures) et d’un journal non mentionné.
  • Article de presse du 18 avril 2004 : une coupure de presse provenant de Zaman.
  • Article de presse du 18 juillet 2004 : une coupure de presse provenant de Cumhuriyet.
  • Article de presse du 18 août 2004 : une coupure de presse provenant de Cumhuriyet.
  • Article de presse du 26 octobre 2004 : un coupure de presse provenant de Zaman.
  • Article de presse du 7 novembre 2004 : une coupure de presse provenant d’un journal non mentionné.
  • Articles de presse ayant une date incomplète ou non mentionnée. Huit coupures de presse provenant d’Evrensel (deux coupures), de Cumhuriyet, de Yeni Şafak (deux coupures) et de trois journaux non mentionnés.

Dossier cartonné N° 7 : ÉLECTIONS LEGISLATIVES de 2015

Documents de campagne :

Documents de campagne de l’AKP :

  • cinq tracts
  • une brochure.
  • une affiche de campagne, parue dans la presse.

Documents de campagne du CHP :

neuf tracts.

Documents de campagne du MHP :

trois tracts.

Documents de campagne du HDP :

  • trente-cinq tracts.
  • un objet décoratif.
  • un journal.
  • un magazine.

Document de campagne du Emek Partisi :

un tract de soutien au HDP.

Documents de campagne du Vatan Partisi :

trois tracts.

Documents de campagne du Saadet Partisi :

  • sept tracts.
  • carte de visite de Şeref Kanber, candidat de ce parti à Istanbul.

Documents de campagne de candidats indépendants :

trois tracts.

Presse :

Édition du 5 juin 2015 :

un exemplaire d’Özgür Gündem, paru le 5 juin 2015.

Éditions du 8 juin 2015 :

  • Un exemplaire de Bir Gün.
  • Un exemplaire de Cumhuriyet.
  • Un exemplaire d’Özgür Gündem.
  • Un exemplaire de Zaman.
  • Un exemplaire de Milliyet.
  • Un exemplaire de Bas Haber/Bas Nûçe.

Dossiers cartonnés N° 8, 9 et 10 : ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DE 2002, 2007 et 2011

Détail du contenu disponible ici : http://ovipot.hypotheses.org/11249

Tournant stratégique de la Turquie en Syrie et en Irak : qu’en pensent ses partenaires et ses voisins ?

partenaires et voisins1Au lendemain de l’attentat de Suruç, le 20 juillet, d’un contact téléphonique entre les présidents Obama et Erdoğan, le 22 juillet, et des premières frappes aériennes turques en Syrie et en Irak, le 24 juillet, beaucoup d’observateurs ont annoncé que la Turquie était en passe d’accomplir un tournant stratégique majeur, en matière de diplomatie régionale. Suspecte de relations opaques avec les rebelles djihadistes syriens et accusée de passivité complice pendant le siège de Kobanê l’année passée, Ankara semblait ainsi se détourner de ses premières inclinations, en se mettant enfin à bombarder les positions de l’Etat islamique en Syrie…

Las ! Les jours qui ont suivi ont montré que la nouvelle posture régionale turque restait aussi complexe que ses positions antérieures. La lutte contre l’Etat islamique a été intégrée par la Turquie à une offensive globale contre le terrorisme dont le PKK, auteur de récents attentats, est devenue la cible principale. La mise à disposition de la base d’Incirlik, pour frapper l’organisation djihadiste, continue de faire l’objet de tractations entre Turcs et Américains. Dés lors, plus de 20 jours après l’attentat de Suruç et les événements qui s’en sont ensuivis, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la réalité du tournant stratégique en question, en y voyant plutôt une opération cosmétique, destinée à faire oublier une réputation de laxisme, voire de complaisance à l’égard des djihadistes. Quoi qu’il en soit, une manière d’évaluer l’ampleur et la crédibilité de ce revirement turc peut être de le soumettre au regard de ses partenaires et de ses voisins au Moyen-Orient. Ce que nous nous proposons de faire en l’occurrence.

Les alliés occidentaux d’Ankara modèrent leur optimisme

Les alliés occidentaux de la Turquie ont réagi en ordre dispersé, mais au départpartenaires et voisins2 leur opinion globale était, bien sûr, plutôt favorable. Les pays européens ont peu commenté séparément la nouvelle donne stratégique turque ; en revanche, l’Union européenne et l’Allemagne se sont rapidement inquiétées des frappes contre le PKK et de leurs retombées négatives sur le processus de paix, recommandant au gouvernement turc «une riposte proportionnée».

Pour leur part, les Etats-Unis ne s’attendaient manifestement pas à la «contrepartie kurde» des frappes turques engagées contre Daech. Ils ont pris acte du droit d’Ankara à se défendre contre les violences du PKK, ce qui ne les a beaucoup engagés puisqu’ils considéraient déjà de longue date l’organisation rebelle kurde comme une organisation terroriste. Toutefois, on observe que le paramètre kurde intervient, de toute façon, dans l’ouverture de la base d’Incirlik, puisque les Turcs veulent empêcher les avions qui décollent de son sol de frapper partenaires et voisins3Daech pour porter main forte aux Kurdes syriens, comme cela s’est produit pendant le siège de Kobanê et par la suite. Washington souhaite néanmoins engager Ankara dans une lutte générale et de longue haleine contre l’Etat islamique. L’administration américaine estime en effet que les frappes turques contre l’organisation djihadiste s’intègrent dans le plan d’action de la coalition. C’est l’une des raisons avancées d’ailleurs pour expliquer la faiblesse des opérations menées jusqu’à présent par la Turquie contre Daech. Il faudrait attendre que les Etats-Unis aient établi une feuille de route. Les Américains aimeraient aussi que d’autres bases, comme celles de Malatya ou Diyarbakır, leur soient ouvertes. En tout état de cause, les Turcs insistent pour conserver un droit de regard systématique sur toutes les opérations aériennes engagées et pour que l’ouverture de leurs bases ne concerne pas que les Etats-Unis, mais aussi d’autres puissances importantes de l’OTAN, comme le Royaume-Uni, la France ou le Canada.

À cela s’ajoutent des négociations laborieuses pour essayer de mettre sur pied une zone tampon en Syrie, afin d’accueillir les réfugiés et de poursuivrepartenaires et voisins4 l’entrainement de rebelles syriens modérés. En réalité, si une lutte d’ensemble contre Daech est vraiment engagée, Américains et Turcs ne semblent pas en avoir la même conception. Pour les premiers, il s’agit d’être le plus efficace possible, de réduire les formalités dans la chaine de commandement et de profiter d’une nouvelle opportunité géographique (la bas d’Incirlik). Pour les seconds, il s’agit de s’engager de façon mesurée, en conservant un contrôle rigoureux des opérations. Le refus turc de voir les Kurdes syriens bénéficier des frappes que les Etats-Unis mèneront depuis Incirlik contredit par ailleurs la démarche de la coalition internationale, qui en se refusant de déployer des troupes au sol, a fait des Kurdes son bras terrestre armé pour enrayer la progression de Daech. En bref, les Occidentaux ont pris acte avec satisfaction de l’évolution stratégique formelle de leur allié turc, mais ils mesurent que la concrétisation de cet acquis est loin d’être gagnée.

Les acteurs des conflits syrien et irakien dubitatifs, voire déçus, à l’exception des Kurdes irakiens

partenaires et voisins5Les principaux acteurs des conflits syrien et irakien ont exprimé des points de vue beaucoup plus contrastés que ceux des alliés occidentaux de la Turquie. L’accroissement de l’activité diplomatique turc-américaine, depuis le printemps dernier, indispose les djihadistes de Daech, pour lesquels le gouvernement de l’AKP reste trop dépendant des intérêts de Washington dans la région. Daech, qui s’est servi de la Turquie comme d’une base arrière depuis le début de la guerre civile, redoute les possibles évolutions stratégiques d’Ankara, et entend les empêcher. Ces griefs étaient patents dans la seconde livraison de Konstantiniyye, le magazine turcophone de l’Etat islamique, qui, à la mi-juillet et pour la première fois, s’attaquait à la Turquie et à son président, en des termes peu amènes. L’organisation djihadiste en outre reproche aux Turcs le processus de paix, qui a vu les Kurdes disposer d’une présence accrue dans le système politique turc (municipalités, société civile, forte présence au parlement…). Ces Kurdes de Turquie constituent pour les djihadistes un adversaire qui se trouve de l’autre côté de la frontière et qui a été leur cible, lors de l’attentat de Suruç.

Les Kurdes syriens sont les grands déçus de la nouvelle politique turque enpartenaires et voisins6 Syrie. Depuis le début de la guerre civile et notamment depuis qu’ils ont pris le contrôle de zones autonomes dans le nord de la Syrie, ils rêvent de disposer d’un partenaire puissant dans la région, et notamment de convaincre les Turcs d’établir avec eux des relations de coopération comparables à celles que ces derniers ont établies avec leurs frères irakiens. Peine perdue ! De longue date, le gouvernement turc se méfie des Kurdes du Rojava, qu’il considère comme étroitement liés au PKK turc et dont il redoute qu’ils ne soient instrumentalisés par le régime de Bachar el-Assad.

En revanche, la solidité de la relation entre Ankara et Erbil a été une fois de plus confirmée. Ankara a envoyé une délégation en Irak du nord pour expliquer la reprise de ses frappes contre le PKK. Le président kurde, Massoud Barzani en personne, a demandé à l’organisation rebelle d’évacuer ses bases de la région partenaires et voisins7autonome qu’il dirige en Irak. Il semble donc que l’union sacrée, qui avait prévalu entre Kurdes, l’an passé, face à la menace représentée par les avancées de Daech, ait vécu. En Irak, c’est en fait le gouvernement fédéral irakien de Bagdad, qui a protesté contre les bombardements turcs, en estimant qu’ils «constituent une dangereuse escalade et une violation de la souveraineté de l’Irak.» Parallèlement en Syrie, à Damas, le régime de Bachar el Assad a émis des doutes sur le changement d’orientation stratégique de la Turquie. Le ministère des affaires étrangères a ainsi déclaré : «Mieux vaut tard que jamais, mais les intentions de combattre les terroristes de Daech, le Front al-Nosra et les groupes liés à al-Qaeda sont-elles sincères ? Ou les intentions ne sont-elles pas plutôt de frapper les Kurdes en Syrie et en Irak, pour des raisons d’ordre intérieur? »

Les acteurs régionaux sans illusion dans l’ensemble

Les récentes évolutions stratégiques turques n’ont guère ému Le Caire. Après lespartenaires et voisins8 premières frappes turques, le gouvernement égyptien a insisté sur la nécessité de préserver l’unité de la Syrie. Il n’a certes pas ouvertement mentionné la Turquie, mais sa réprobation était latente dans sa réaction, et n’a pas échappé aux observateurs avertis. Dans le sillage de la position égyptienne, la Ligue arabe a d’ailleurs condamné les frappes turques contre les bases du PKK, en estimant qu’elles violaient la souveraineté irakienne, non sans que le Qatar ne se démarque de cette position, en volant au secours de son allié turc.

partenaires et voisins9Pour sa part, l’Iran que la Turquie a informé des opérations aériennes en cours, reste dubitatif, quant à une évolution stratégique de son voisin, qui pourrait l’en rapprocher toutefois sur le dossier syrien. Recep Tayyip Erdoğan a téléphoné à son homologue Hassan Rohani, et le ministre des affaires étrangères de la République islamique, Mohammad Zavad Jarif, est attendu, la semaine prochaine, à Ankara. L’Iran entend donc se faire une idée avant de juger sur pièces mais il entend surtout poursuivre ses échanges de vues sur le sujet avec le gouvernement turc. Enfin, la Russie a réagi, le 6 août, de façon plus nette par lapartenaires et voisins10 voix de son premier ministre, Dmitri Medvedev. Alors que la Turquie a ignoré la récente proposition russe de mettre sur pied une alliance régionale contre l’Etat islamique, Moscou s’est, comme à son habitude, placée sur le terrain du droit international, pour émettre des critiques à l’égard des initiatives turques en Syrie et en Irak, en estimant que les seules frappes légitimes étaient celles actuellement conduites en Irak par la coalition internationale, car elles interviennent officiellement à la demande de Bagdad. Le gouvernement russe a donc émis des doutes sur l’action de la même coalition en Syrie, en estimant qu’elle n’avait pas l’accord du gouvernement syrien (de Damas), et sur les bombardements turcs contre le PKK en Irak, qui ont été condamnés, comme on l’a vu précédemment, par le gouvernement fédéral de Bagdad.

Ce rapide tour d’horizon montre le peu d’appuis dont dispose actuellement la Turquie dans la région. L’aura diplomatique turque, qui prévalait jusqu’à 2012, semble avoir vécu. Les voisins d’Ankara ont peu d’illusions sur un tournant stratégique turc auquel les alliés occidentaux essayent encore de croire, alors que le processus de négociations, qui est toujours en cours sur l’usage de la base d’Incirlik ou sur la création d’une zone tampon, risque de s’éterniser…

JM

La Turquie entre choix stratégiques incertains et échéances électorales probables.

stratégie et élections1Près de quinze jours après l’attentat de Suruç et les événements qui s’en sont ensuivis (embuscades du PKK, frappes aériennes turques contre l’Etat islamique en Syrie et contre le PKK en Irak du nord…), nombre d’observateurs continuent à s’interroger sur les évolutions stratégiques et politiques, qui sont en cours actuellement en Turquie (cf. nos éditions des 24 juillet 2015 et 26 juillet 2015. Or, en dépit de la dimension internationale, que lui ont donnée l’entrée en action de l’aviation turque et l’ouverture de la base d’Incirlik à la coalition anti-Etat islamique, cette crise semble bien devoir être lue d’abord sous l’angle d’échéances et de préoccupations nationales.

Quelles mutations stratégiques ?

Depuis le début des frappes aériennes turques sur la Syrie et l’Irak, la principale cible des opérations conduites a été le PKK, dans le nord de l’Irak. Après le 24 juillet, date des premiers raids menés par Ankara contre les djihadistes, l’Etat islamique n’a guère été concerné. Le 28 juillet, lors de la brève réunion d’urgence qu’a tenue l’OTAN, les Occidentaux se sont fait une raison de la poursuite des positions complexes et ambivalentes de leur allié turc, en reconnaissant le droit de celui-ci à se défendre et à riposter aux assassinats de policiers et de militaires que le PKK a commis depuis l’attentat de Suruç. Il ne semble pas néanmoins qu’une contrepartie antikurde figuraitstratégie et élections2 dans l’accord que Turcs et Américains ont laborieusement négocié depuis le printemps.

En réalité, en frappant les djihadistes modérément et en ouvrant la base d’Incirlik, Ankara a surtout procédé à une opération cosmétique, destinée à améliorer son image de marque internationale et à en finir avec sa réputation d’alliée de Daesh. Car pour l’instant, l’engagement formel de la Turquie aux côtés de la coalition contre l’Etat islamique ne change guère la donne militairement. On ne sait pas jusqu’où les avions américains pourront agir en Syrie à partir des bases aériennes turques qui leur ont été ouvertes. On ignore si les avions turcs renouvelleront leurs opérations contre l’Etat islamique. Quant au projet de constitution en Syrie, le long de la frontière avec la Turquie, d’une zone tampon tenue par des rebelles modérés, il apparaît toujours aussi flou. Turcs et Américains n’ont guère entrainé que quelques dizaines de ces rebelles. Et certains d’entre eux ayant été enlevés par le Front Al-Nosra, on ne voit pas très bien comment une telle zone pourrait prendre corps, ni quelle organisation en serait responsable. De toute façon, cette idée turque, déjà ancienne, de créer une aire de protection, qui permettrait notamment d’abriter une partie des réfugiés qui continuent de fuir les combats, a peu de chance d’aboutir, si parallèlement une zone d’exclusion aérienne n’est pas établie. Or, on sait que les Américains sont depuis toujours opposés à une telle initiative, qui risquerait de placer leur aviation en situation de confrontation directe avec celle de Bachar el-Assad, seul acteur dans le conflit syrien à disposer de moyens aériens. Dès lors, le seul résultat positif pour les Occidentaux du virage stratégique contrôlé qu’aurait accompli Ankara au cours des deux dernières semaines, sera peut-être la volonté turque de lutter avec plus d’ardeur qu’auparavant contre la porosité de la frontière. Cet engagement pourrait gêner effectivement les djihadistes, à condition bien sûr que l’intention d’Ankara se confirme dans les faits et dans la durée.

Vers une marginalisation du HDP ?

Pour le reste, il semble bien que les principaux développements que l’on doive attendre stratégie et élections3de toute cette affaire soient plutôt d’ordre intérieur. Après avoir riposté aux reproches dont ils étaient l’objet à l’issue de l’attentat de Suruç, en dénonçant tous les terrorismes, les responsables de l’AKP s’en prennent désormais sans ménagement au HDP, le parti kurde parlementaire, qui a obtenu plus de 13% des voix et qui a fait perdre sa majorité au parti au pouvoir. Le 28 juillet, Recep Tayyip Erdoğan, a évoqué la levée de l’immunité parlementaire «de ceux qui abusent de la tolérance et de la patience du peuple et de l’Etat», et Ahmet Davutoğlu a surenchéri, en estimant que les députés kurdes devaient «choisir entre les armes et la démocratie». De façon significative, ce même jour, le gouvernement a envoyé une délégation (composée entre autres du ministre de la défense, Vecdi Gönül, du chef des services de renseignement, Hakan Fidan et d’une série de responsables diplomatiques de haut rang) informer successivement les deux partis d’opposition CHP et MHP, des récentes opérations transfrontalières. Mais il a tenu le HDP à l’écart de ces consultations. De toute évidence, l’heure est à la marginalisation de la formation kurde, à laquelle le vice-premier ministre, Yalçın Akdoğan, a reproché, le 29 juillet, d’avoir sacrifié, lors des dernières élections, le processus de paix, à l’objectif de franchir le seuil de 10%. Pour sa part, alors qu’il pourrait voir lui-même son immunité parlementaire levée pour des propos tenus contre un député de l’AKP, pendant la dernière campagne électorale, Selahattin Demirtaş a accusé le gouvernement de vouloir accroître les tensions nationalistes à des fins électorales.

Peu de chance de constituer “une grande coalition”

Il est vrai que la tenue d’élections anticipées à l’automne prochain apparaît comme de plus en plus probable. Un troisième round de négociations pour tenter de mettre sur pied un gouvernement “de grande coalition” AKP-CHP s’est achevé, le 3 août. Kemal Kılıçdaroğlu,stratégie et élections4 le leader kémaliste, a reconnu la bonne volonté du premier ministre, Ahmet Davutoğlu. Mais il a expliqué que celui-ci n’était pas libre de ses mouvements et que le premier obstacle à la mise sur pied d’une coalition parlementaire était Recep Tayyip Erdoğan, en personne. Le chef de l’Etat n’a en effet aucun intérêt à l’avènement d’un gouvernement de coalition. Car ce dernier mettrait fin à la lecture semi-présidentielle de la Constitution, qui a prévalu depuis son élection à la présidence de la République. Des élections anticipées sont donc la seule chance pour lui de restaurer et de garantir son leadership de président sur l’exécutif. Le désengagement présidentiel de la vie politique a été pourtant moins mis en avant dans le round de négociations qui vient de se dérouler. Le CHP s’est apparemment employé à donner toutes ses chances à une coalition parlementaire pour rendre, le cas échéant, l’AKP (et notamment Recep Tayyip Erdoğan) responsable de l’échec du processus. Il reste que, si l’on sort de ces aspects tactiques, les désaccords sont importants sur le fond. Ils concernent en fait 5 dossiers clés : la politique étrangère turque au Moyen-Orient (le CHP demande une révision durable des stratégies qui ont conduit à des impasses en Syrie, ainsi qu’à des situations conflictuelles avec Israël et l’Egypte) ; la réforme de l’éducation (les kémalistes voudraient notamment une remise en cause du système du 4+4+4, qui avait provoqué de nombreuses manifestations, il y a 3 ans), la reprise de l’élaboration d’une nouvelle Constitution (l’AKP continuant à défendre l’idée d’un régime présidentiel, tandis que le CHP veut renforcer le régime parlementaire), la poursuite du processus de paix avec les Kurdes (que le CHP voudrait voir se dérouler sous le contrôle du parlement), certains problèmes sociaux (notamment la réforme des retraites).

Des élections anticipées de plus en plus probables

Dans un tel contexte, certains sont déjà entrés en campagne électorale. Recep Tayyip Erdoğan qui, du fait des récents développements internationaux, a retrouvé de sa superbe, ne manque pas une occasion de se faire entendre, même lorsqu’il est en déplacement à l’étranger. C’est de Chine que, le 30 juillet, il a ainsi répondu à Selahattin Demirtaş, qui avait estimé que le “Gladio turc” était derrière l’attentat de Suruç, en déclarant que cette affirmation n’avait aucun fondement et qu’elle était «vulgaire». Pour sa part le MHP, qui avait placé la barre stratégie et élections5très haut pour la constitution d’un gouvernement de coalition avec l’AKP (entre autres : engagement de poursuites judiciaires pour corruption contre Recep Tayyip Erdoğan et son fils Bilal, abandon par le président de son palais de 1000 pièces pour revenir à la résidence de Çankaya…), ne cesse de presser le premier ministre d’en finir avec les incertitudes actuelles. Le 4 août, le parti nationaliste a annoncé qu’il était prêt à soutenir l’investiture d’un gouvernement minoritaire de l’AKP, à condition que ce dernier s’engage à renvoyer les électeurs aux urnes, dans les plus brefs délais. Quant à Devlet Bahçeli (photo à gauche), la teneur de ses propos les plus récents ne laisse aucun doute sur le caractère hautement électoral des préoccupations qui peuvent être les siennes actuellement. Le leader nationaliste a en effet voué aux gémonies, le 3 août, «ces gens riches sans honneur» qui ont voté pour le HDP, «en sirotant leur whisky, dans leurs résidences sur les bords du Bosphore».

Dans ce contexte de tensions internationales et nationales, le HDP semble en mauvaise posture, pris entre les accusations gouvernementales de complicité avec le terrorisme et une surenchère du PKK qui a débouché sur la multiplication des attentats meurtriers contre l’armée et la police, depuis le 20 juillet. Si les électeurs sont sensibles au climat sécuritaire qui est en train de s’instaurer, l’audience de la formation kurde pourrait être entamée. A cela s’ajoute aussi, pour elle, le risque d’une réforme de l’exigence du seuil de 10%, qui pourrait bénéficier aux partis traditionnels, en particulier à l’AKP.

Pour autant, le HDP est loin d’avoir perdu tous ses atouts. Un sondage de Metropoll a montré récemment l’inquiétude des Turcs à l’égard de Daesh et des menaces d’une guerre sur la frontière syrienne. Il n’est pas sûr que le retour en force de Recep Tayyip Erdoğan sur lastratégie et élections6 scène politique et son omniprésence actuelle dans la sphère médiatique rassurent les électeurs, alors que le président est accusé par l’opposition d’avoir gêné la constitution d’un gouvernement de coalition, et de vouloir favoriser un retour aux urnes pour préserver sa position exécutive. Le scrutin du 7 juin avait indiqué un fort rejet de la présidentialisation du régime et un doute sur la personne du président qui s’était beaucoup engagé dans la campagne électorale. En cas d’élections anticipées, même dans le cadre nouveau découlant des événements récents, il est peu probable que ce sentiment disparaisse comme par enchantement. Par ailleurs, il faut se souvenir que la stratégie nationaliste sécuritaire hostile à la poursuite de la relance du processus de paix avec les Kurdes que le chef de l’Etat semble à nouveau décidé à suivre, a conduit l’AKP à une impasse lors des élections du 7 juin. Elle l’a en effet privé d’une partie de son électorat kurde, sans pour autant attirer à lui les électeurs nationalistes, qui ont préféré porter leurs voix sur le MHP. Enfin, toujours dans l’hypothèse où des élections anticipées auraient lieu, l’expérience prouve qu’un électorat, consulté de façon consécutive, a plutôt tendance à reproduire son vote, plutôt qu’à le modifier radicalement.

JM

Sécurité internationale, développement économique et crise politique. Les stratégies des acteurs turcs dans le secteur énergétique au Kurdistan irakien

adobe-pdfMémoire présenté par Aydan GÜLER sous la Direction d’Aude SIGNOLES en vue de l’obtention du grade de Master mention Politique Comparée à l’Institut d’Études Politiques d’Aix en Provence en juin 2015.

Ce mémoire propose une analyse politique, économique et énergétique de la transformation dans la politique étrangère turque envers le Kurdistan irakien. Il soutient que les acteurs économiques jouent un rôle important dans le processus de prise de décisions politiques en privilégiant les entreprises énergétiques turques qui ont investi dans la région kurde de l’Irak. Il montre que ces entreprises ont influencé la politique étrangère de la Turquie envers le Kurdistan irakien avec leur présence et leurs activités dans la région depuis 2002, à partir de la théorie de « l’Etat commerçant » (Trading state) de Richard Rosecrance. Il montre également les limites de cette influence en analysant la conjoncture politique de la région et la question kurde qui, quand il s’agit de la région kurde de l’Irak, se transforme d’un élément de la politique interne à celui de la politique externe de la Turquie.

A timeline of the Turkish Africa policy

turkey-africaIt has been stressed many times during the last years that the Turkish foreign policy towards Africa started with the came into power of the Justice and Development Party (Adalet ve Kalkınma Partisi, AKP) in 2002. In this article we try to better understand the time path of the relations between Turkey and the African continent in the last two decades. This timeline aims to give a general idea about the development of the Turkish foreign policy towards Africa. It does not pretend to be an exhaustive document.

As witnessed by Murat Bilhan who was Ambassador in Ethiopia from 1996 to 2000, when he started his duty in Addis Ababa in 1996 the activities of Turkish Embassies in sub-Saharan Africa were rather insignificant.1 The limited number of the Turkish diplomatic missions in sub-Saharan Africa constituted a too scarce presence to establish strong diplomatic, economic, but also cultural relations in the continent.2 This lack of knowledge about the African continent for Turkey is one of the factors that led the Turkish Government to think about a new way to deep its diplomatic activities in sub-Saharan Africa.

This occurred especially in a period – the 90s – when Turkey was resuming its geopolitical role after the end of the Cold War era; indeed the Turkish foreign policy was subjected to the bipolar system in the second half of the 20th Century. After the end of the two-block opposition, Ankara found consequently its new path to regain its foreign policy’s independence and thereby the improvement of the relations with its neighbors. This was the case for the Balkans3 and for the central Asian countries, born from the dissolution of the USSR. These last nations where particularly important due to their linguistic, cultural, religious, ethnic, and historical links with Turkey.4

Therefore, alongside this attention to central Asia and the Balkans, at the end of the 90s, Turkey developed the will to expand its relations with the sub-Saharan countries. As a first step toward Africa, a program named “Africa Action Plan”, designed by the Turkish government, was adopted in 1998. The plan was aimed, among other things, to: increase the number of Embassies in Africa, improve official representing cadres of some sub-Saharan African Embassies, organizing high level invitations from African states (President, Prime Minister and Minister), increase political consultations and communications in International organizations (UN, OIC), promote humanitarian aid to Africa, signing official agreements to facilitate trade and economic relations, sending Turkish experts and organizing technical support programs, encouraging Turkish banks to open branches in selected African countries, providing credit from Eximbank5 for Turkish businessmen to encourage the export to Africa, realization of bilateral business people’s visits etc.6. This comprehensive “Africa Action Plan” drew Turkey’s road map for the improvement of the relationship with the African states. Unfortunately the Turkish government could not realize many elements of the Plan up until mid-2000s. The failure in the effective implementation plan can be explained by two main events that happened in Turkey at that time: the 1999 earthquake and the economic crises in 2000/2001.7

Consequently, the most concrete steps towards Africa have been done after the came into power of AKP in 2002. A first program adopted by the AKP government in 2003 was the “Strategy for enhancing the economic and commercial relations with Africa”. It is however in 2005 that the AKP’s “Open to Africa Policy” took shape in a more consistent way. Indeed, 2005 was declared the “Year of Africa” by the Turkish Government. The same year, Turkey was accorded observer status at the African Union8 and the Turkish Think Thank TASAM organized the first Turkish-African Summit in Istanbul. Moreover in the commercial and industrial field, TUSKON9 started to organize the Turkey-Africa Trade Bridge in 2006.

The first Turkey-Africa Cooperation Summit took place in Istanbul on 18-21 August 2008. In the same year Turkey was declared a “strategic partner” by the African Union Summit held in Addis Ababa. In a meeting of the governors within the African Development Bank the Turkish application for the membership was accepted and Turkey became also member of the Intergovernmental Authority on Development Partners Forum (IGAD). It can therefore be said that the Turkish efforts towards Africa have been repaid from the African Countries in the 2008 elections of Turkey as non-permanent member at the UN Security Council for the period 2009-2010, when for the first time 50 out of 53 African states supported the Turkish membership10.

Subsequently, in 2010, a new strategy for the strengthening of these relations was adopted and the first Turkey-Africa Cooperation High Level Official Meeting took place in Istanbul in December. This meeting was followed by the adoption of the “Joint Implementation Plan of Africa-Turkey partnership for the period 2010-2014”.

While in 2002 the value of the projects undertaken by Turkish contractors in Africa was 9.6$ billion, this figure reached 46.4$ billion in 2012.

In 2013 TUSKON opened its first office in Africa in Addis Ababa. In the same year, Turkey participated for the first time at a meeting of the African Development Bank as an effective member and the 2nd Turkey-Africa Cooperation High Level Official Meeting was held in Addis Ababa.

The second Turkey-Africa Cooperation Summit took place in Malabo (Equatorial Guinea) in November 2014. At the end of this meeting a Declaration and the “2015-2019 Joint Implementation Plan”11 were adopted, and besides the political consultations, many commercial meetings have been also organized by DEİK.

In conclusion about the Turkish-African Relations it must be underlined that during the decade of the AKP “Open to Africa Policy” the trade volume has increased significantly passing from 750 million USD in 2000 to 23.4 billion in 2013 with all Africa. As for the economic presence it can be said as a relevant factor that DEİK established 19 new Business-Councils with African Countries, achieving the quota of 24 Bilateral Business-Councils12. Moreover, the number of businessmen which attended TUSKON’s Turkey-Africa Trade Bridges reached the number of 1.300 people in 2011. In the humanitarian field, TIKA Agency currently operates 11 Program Coordination Offices in Africa and its projects consist in education, restoration, irrigation, agricultural development, health, transportation projects and constructing schools and hospitals. The presence of Turkish humanitarian and commercial NGOs increased substantially after the beginning of the AKP’s “Open to Africa Policy” as well as the number of Turkish International Schools linked to the faith-based Gülen movement. Along this economic, humanitarian, and cultural presence, the Turkish diplomatic missions reached the number of 39 embassies in Africa.13

However, despite all this achievements, Turkey’s Africa Policy is now facing major challenges in many aspects. First of all in the economic field, because in spite of the recent progress, figures remain far behind the targets of the Turkish government.14

In addition, although the number of diplomatic missions in Africa has significantly increased, their activities and staff are rather insufficient so the missions are not fully operational.15

As shown in the case of Ethiopian-Turkish relations, the political instability in Turkey that arose from the last general election held on 7th June, the break-up of the alliance with the Gülen movement16, as well as the regional instability in the MENA area, will most probably influence in some way the relations with the African countries. Moreover it seems that, at the closure of the first decade of the Open to Africa Policy, Turkey has not yet the resources needed for the sustainability of the promises it made in Africa. This aspect is due also to the presence of other major international actors – such as Brazil, China, India and Russia – which contribute to exacerbate the competition in the African continent.

  1. Murat Bilhan was Ambassador in Ethiopia in the period 1996-2000. Now he is Vice-Chairman of the Turkish Think Thank TASAM and Professor of International Relations at the Istanbul Kültür University. Interviewed at Istanbul Kültür Üniversitesi on 13.05.2015 and at TASAM on 02.06.2015.
  2. The Turkish Embassies active in 1996 in sub-Saharan Africa were seven and were in Ethiopia, South Africa, Nigeria, Senegal, Sudan, Democratic Republic of Congo and Kenya. Source Turkish Ministry of Foreign Affairs: http://www.mfa.gov.tr/ .
  3. Zehra Eroglu, “Turkish foreign policy towards the Balkans in the post-cold war era”. Thesis submitted to the Graduate School of Social Sciences of Middle East Technical University. Ankara, April 2005.
  4. As reported by Thomas Wheeler in “Turkey’s role and interests in Central Asia” (Saferworld, October 2013): “After the independence of several regional states in the early 1990s, Turkey focused significant diplomatic effort on its stated goal of assisting the ‘Turkic sister republics’ to become functioning, stable states that were integrated into the international system. Underpinning this engagement were the perceived linguistic, cultural, religious, ethnic, and historical links with the Turkic peoples of Central Asia. Following its rejection of membership by the European Union in 1989, Turkey hoped that by building ties with these new states it could build a Turkic community that would fall under its own leadership, a concept put forth by then Turkish President Turgut Ozal”. Namely these countries are: Kazakhstan, Kyrgyzstan, Tajikistan, Turkmenistan and Uzbekistan.
  5. Türk Eximbank was created in the framework of the Export Growth Strategy adopted by Turkey in the early 1980s. It supports Turkish exporters, contractors and investors through various credit, guarantee and insurance programs. The Bank does not compete, but works closely with commercial banks encouraging them to increase their support for the export sector. As well as providing direct lending, the Bank also provides insurance and guarantees to Turkish commercial banks to encourage them to finance export transactions backed by sales made on deferred payment terms.
  6. Oğuzhan Tekin, Turkish Foreign Policy towards Africa: motivations and interests 2001-2010”. Thesis submitted to the Institute of Social Sciences in partial fulfillment of the requirements for the degree of Master of Arts in International Relations, Fatih University, June 2012.
  7. Ufuk Tepebaş, “Turkey in Africa: achievements and challenges”. May 2015, Istanbul.
  8. http://www.mfa.gov.tr/turkey-africa-relations.en.mfa .
  9. TUSKON (the Confederation of Businessmen and Industrialists of Turkiye) is a non-governmental and non-profit umbrella organization representing seven business federations and 216 business associations with more than 50.000 businesspeople over 100.000 companies. It is the largest and most widespread NGO in Turkish business community. Its primary objective is to support both Turkish and international business people for coming together and forming a synergy between them. However its links with the faith-based Gülen Movement are now creating a major hurdle to their activities in Africa, attempting to undermine the successful result of the trade relations by them established. http://www.todayszaman.com/business_government-oppression-of-confederation-hurts-turkish-exports-to-africa_374850.html.
  10. Ufuk Tepebaş, “Turkey in Africa: achievements and challenges”. May 2015, Istanbul.
  11. The Joint Implementation Plan 2015-2019 adopted in Malabo aims to further strengthen the comprehensive cooperation for the benefit of both parties, especially on the fields of: institutional cooperation (e.g. through consultations on political matters, inter-parliamentary relations, cooperation within International Organizations, cooperation with Regional Economic Communities and Civil Society); trade and investment (e.g. the creation of a joint database at the level of Chambers of Commerce and business councils, the establishment of a friendly business environment for the creation of joint ventures, holding of joint trade fairs and exhibitions of products, the establishment of Africa-Turkey business councils and cooperation in establishing industrial zones); agriculture sector and Small and Medium Scale Enterprises (e.g. cooperating on the preparation of Agriculture Master Plans in the African countries Sharing of experiences gained from the Rural Development Investments Support Program of the Ministry of Food, Agriculture and Livestock of Turkey, training experts and cooperating on seed sowing and seedling cultivation, combat desertification, sand dune fixation works, the impact of climate changes on soil and water resources in African countries, water harvesting, drought, erosion and desertification); health; peace and security (e.g. establishing joint mechanisms to counter terrorism, to suppress the finance of terrorism, and transnational crimes and for capacity building through training programs in Counter-Terrorism Academy and similar institutions in Africa); conflict resolution and mediation (e.g. through the exchange of views on the issues related to conflict prevention and resolution, mediation and facilitation); migration (e.g. encouraging legal and lawful means of travel); infrastructure, energy, mining and transport (cooperating in the fields of infrastructure, transportation, information and communication technologies water and sanitation, enhancing energy infrastructure in Africa with a view to further develop the energy industry in Africa including the promotion of renewable energy and improved energy efficiency); culture, tourism and education (e.g. encouraging African and Turkish academic institutions to exchange languages instructors and/or students to promote indigenous African and Turkish languages cooperation between the academic institutions of both sides, especially on the training of the youth in diplomacy); media, information and communication technologies (e.g. encouraging the production and broadcasting of programs, including films and dramas produced by Turkish and African producers); environment (e.g. increasing the cooperation and consultations on adaptation to climate change issues within multilateral context; youth and sport (e.g. establishing joint research teams to be constituted by experts and researchers, joint projects in the fields of youth and sports including competitions and games between Turkish and African sports clubs, youth exchanges between African countries and Turkey). Source: http://afrika.mfa.gov.tr/data/turkey-africa-joint-implementation-plan-2015-2019.pdf
  12. DEİK’s bilateral Business-Councils existent before 2000s: with Morocco, Tunisia and Algeria, opened in 1990; with Egypt opened in 1992 and with South-Africa, opened in 1997. After 2000s: with Libya in 2007; Ethiopia and Sudan in 2008; with Kenya in 2010; with Angola, Gambia, Ghana, Nigeria, Tanzania, Mauritania, Rwanda and Uganda in 2011; with Cameroon, Ivory Coast and Mauritius in 2014; with Republic of Congo, Djibouti, Mozambique and Senegal in 2015. Source: http://www.deik.org.tr/
  13. Turkish Embassies in Africa were 7 in 1996 and 12 in 2009.
  14. Turkey’s goal was to reach a trade volume of about $50 billion for 2015. This figure was $23,4 billion in 2014 and it is unlikely that the goal will be attained during this year.
  15. As stated by Ufuk Tepebaş (TASAM).
  16. Namely the opposition of the government to release entrance visa to Turkish businessmen to attend the TUSKON Turkey-Africa Trade Bridge in 2015 caused a major drop in the participation at the event. http://www.todayszaman.com/business_government-oppression-of-confederation-hurts-turkish-exports-to-africa_374850.html