Archives de catégorie : Migrations

Carrières internationales : tout se joue en France

Le 19 septembre 2017, dans un discours devant les Français de New-York, le président de la République Emmanuel Macron exhortait les expatriés à rentrer en France, nouvelle « terre de conquête ». Le 26 septembre, dans un discours consacré cette fois à l’Europe, il annonçait vouloir élargir le programme Erasmus à quelques 200 000 étudiants français, contre 75 000 actuellement. Deux messages différents à une semaine d’intervalle : « revenez en France ! » et « partez à l’étranger ! ».

Voilà qui illustre de façon frappante les injonctions contradictoires en matière de mobilité internationale. Derrière cet apparent paradoxe, il y a le principal usage que font les travailleurs qualifiés français de la mondialisation : un mode de certification, une forme d’école. De quoi est-ce révélateur ?

La mobilité internationale est fortement dramatisée dans le débat public : les départs vers l’étranger sont souvent vus comme le signe que la pays va mal, qu’on le fuit, qu’on « vote avec ses pieds » contre le modèle français. J’ai dû construire ma recherche contre cette vision déformée.

  • Colombi D., 2016, Les usages de la mondialisation. Mobilité internationale et marchés du travail en France, Thèse de doctorat en Sociologie, Sciences Po Paris

Une vision déformée

La mobilité internationale est fortement dramatisée dans le débat public : les départs vers l’étranger sont souvent vus comme le signe que la pays va mal, qu’on le fuit, qu’on « vote avec ses pieds » contre le modèle français. J’ai dû construire ma recherche contre cette vision déformée.

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La perception du phénomène est souvent exagérée. Certes, le nombre de Français vivant à l’étranger a effectivement augmenté (plus 35 % depuis 2001) et s’établit désormais à 3,5 millions de personnes. Mais les économistes Etienne Wasmer et Pierre-Henri Bono montrent que la France connaît un taux d’émigration des diplômés du supérieur (2% en 2010) inférieur à ce que connaissent des pays comparables : deux fois moins que l’Allemagne (4%) et quatre fois moins que le Royaume-Uni (8%) – deux pays qui ne semblent pas aller plus mal que l’Hexagone…

De plus, le débat public ne s’intéresse souvent qu’aux départs. Pourtant, la France n’est pas seulement un pays que l’on quitte, mais aussi un pays où l’on revient : selon l’Insee, un quart des personnes entrant en France en 2013 y étaient nées. Et si on ajoute les personnes nées françaises à l’étranger, c’est un migrant sur trois qui est… Français.

  • Bono P.-H., Wasmer E., 2014, « Y-a-t-il un exode des qualifiés français ? », LIEPP Policy Brief n°10
  • Brunel C., 2015, « L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2013 », Insee Analyses n°22

Enfin, le discours sur la mobilité internationale concerne essentiellement les élites scientifiques, entrepreneuriales, artistiques, sportives ou autres. Les plus défavorisés ne sont ni « mobiles », ni « expatriés », mais « migrants » ou « réfugiés ». La sociologie s’est elle aussi concentrée de façon polaire sur les « élites de la mondialisation » et la « mondialisation par le bas ». Entre les deux, la mobilité des des travailleurs qualifiés – des professionnels qui bien que favorisés ne forment pas non plus l’élite du capitalisme – mérite pourtant une attention particulière.

C’est cette diversité de la mobilité internationale depuis la France qui a attiré mon attention: pas seulement celle des élites, mais aussi celle des classes moyennes et supérieures, ; pas uniquement les départs définitifs mais aussi les retours. L’idée de ma thèse était alors la suivante : comprendre ce qui modèle la diversité de ces carrières internationales permet aussi de comprendre les marchés du travail.

Des carrières internationales très nationales

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Pour partir travailler à l’étranger, encore faut-il en avoir eu l’idée. Les 60 entretiens que j’ai mené avec des expatriés font apparaître la prégnance des injonctions à l’international : ils n’en viennent pas à partir à l’étranger après avoir épuisé les possibilités d’emploi en France mais plutôt parce que c’est ce que les marchés du travail français attendent d’eux. L’international constitue une institution – soit une catégorie de pensée qui organise les perceptions et les choix des individus – de ces marchés : les cadres veulent être « internationaux », et les entreprises veulent recruter des personnes qui le soient.

Les migrants qualifiés intègrent d’abord cette institution lors de leur passage dans un enseignement supérieur où l’international est fortement valorisé – échanges universitaires, enseignements en langue étrangère ou sur l’interculturel, etc. Par la suite, leurs employeurs recherchent la « flexibilité », et utilisent la mobilité internationale comme un signal de celle-ci – une « condition sine qua non pour être recruté » d’après l’un des 20 représentants d’entreprises que j’ai interrogé sur leurs pratiques vis-à-vis de la mobilité internationales.

C’est là une première façon de comprendre que les carrières internationales sont en fait nationales : elles répondent à un état des marchés du travail nationaux. Ces expatriés vont en outre être amenés à s’orienter en fonction de ce qui pourra être valorisé en France. Ainsi, une jeune femme ayant travaillé plusieurs années au Vietnam pourra refuser une offre d’emploi en Birmanie parce que ce pays est « trop proche » du Vietnam, et donc n’apporterait rien de plus à son CV. Sa décision provient de sa perception du monde et de la valeur accordée à chaque expérience et à chaque pays, en fonction du marché du travail français, qu’elle n’a donc pas complètement quitté… Pour une bonne partie des travailleurs français, l’attractivité des pays étrangers que la France jalouse tant réside précisément dans le fait qu’ils sont…. étrangers, et qu’ils leur donneront donc une expérience, une qualité, une qualification particulière, celle de travailleurs « internationaux ».

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Les carrières sont aussi modelées par les ressources que les individus vont acquérir à l’étranger : langues étrangères, connaissances pratiques ou juridiques sur les marchés étrangers, réseaux de clients ou de partenaires, expérience des cultures étrangères, etc. Ces ressources sont plus ou moins difficiles à obtenir parce qu’elles demandent souvent un contact avec l’altérité rendu difficile par les modes d’installation et d’intégration dans les pays étranger : se faire un carnet d’adresse en Corée du Sud demande des rencontres difficiles lorsque l’entreprise qui vous y envoie a déjà prévu pour vous un logement au sein d’un quartier français de Séoul… En outre, les ressources ne sont pas toutes aussi intéressantes : si apprendre l’anglais est utile même si l’on décide de revenir en France, apprendre le Coréen n’a de valeur que si l’on décide d’y faire sa vie… Diverses, les ressources ne s’utilisent pas partout : beaucoup d’entre elles ne prennent toute leur valeur qu’au moment du retour en France ou, au mieux, en travaillant pour des entreprises françaises à l’étranger.

Ces éléments permettent de comprendre que la plupart des carrières internationales sont en fait des carrières françaises, c’est-à-dire qu’elles demeurent déterminées par les marchés du travail et les entreprises françaises, par leur rapport avec l’espace national. Bien sûr, des cas où le lien avec la France s’estompe existent mais sont relativement rares et souvent liés à la présence d’un conjoint étranger.

Les nouveaux marchés de la mondialisation

Ces différents éléments font apparaître que la mondialisation et la mobilité internationale sont d’abord des moyens, pour les classes moyennes et supérieures françaises, d’obtenir une certaine qualification. Ils permettent de parler de « migrants qualifiés » : non seulement ils disposent d’un certain niveau de diplôme, mais en plus leur migration les qualifie comme « cadres internationaux » ou « spécialistes de l’international » – là où d’autres, moins favorisés, demeurent des « immigrés » qui souffrent d’un stigmate négatif.

La comparaison avec la certification par les diplômes est ici utile. Car, de la même façon que les diplômes sont devenus de plus en plus nécessaires tout en ayant de moins en moins de valeur, acquérir une expérience internationale est de plus en plus attendu sur les marchés du travail tout en ayant de moins en moins de valeur distinctive – elle ne suffit pas, loin s’en faut, à rejoindre les « élites de la mondialisation ».

CC Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

Disposer d’une telle expérience conserve un certain impact positif sur la carrière, au moins pour ceux qui reviennent en France : c’est ce que je montre en exploitant les enquêtes Histoire de Vie 2004 (Insee) et Trajectoires et Origines 2009 (Ined). Les anciens expatriés peuvent espérer, à leur retour et par rapport à ceux qui ont eu des carrières strictement nationales, des salaires plus importants et même une mobilité sociale ascendante ; mais ils ont aussi droit à des carrières moins stables, avec plus de changements d’emplois.

Ce constat peut paraître étonnant. C’est en fait le signe que ces trajectoires conduisent à des marchés du travail tout à fait particuliers : des marchés professionnels où des individus qualifiés se déplacent facilement d’un emploi à l’autre. Il y a ainsi des marchés réservés à ceux qui peuvent se présenter comme « internationaux » : marché des expatriés français, qui se font une spécialité de pouvoir travailler dans n’importe quel pays ; et marché des professionnels de la mondialisation qui s’occupent de faire le lien entre la France et un autre pays ou une région du monde.

  • Wagner A.-C., Réau B., 2015, « Le capital international : un outil d’analyse de la reconfiguration des rapports de domination », Siméant J. (dir), Guide de l’enquête globale en sciences sociales, CNRS Editions

Ces marchés « internationaux » conservent ainsi une dimension nationale forte et donne un autre sens à « l’internationalisation des marchés » : il s’agit moins de la fusion des marchés nationaux en un marché mondial que de l’émergence de nouvelles ressources – un « capital international » – qui rebattent sensiblement les cartes, faisant apparaître de nouveaux modèles de carrières et de nouveaux marchés. Or, ce sont d’abord des stratégies d’acteurs nationaux (travailleurs et entreprises) qui cherchent à répondre à des problèmes nationaux (trouver ou pourvoir un emploi en France) qui sont en jeu. La mondialisation est finalement un phénomène plutôt national.

Crédits image à la Une : CC Flickr The People Speak! et crédits image d’entrée : CC

Travail et stratégies migratoires des enfants au Vietnam

Malgré les organisations internationales et les mouvements internationaux ainsi que les efforts de nombreux gouvernements, le travail et la migration des enfants pour le travail sont toujours des questions vives dans les sociétés en développement. Le Vietnam ne fait pas exception.

Dans ce pays, la dénonciation régulière dans les médias de l’exploitation des enfants ne limite pas les flux migratoires pour le travail des enfants ruraux vers les villes. En essayant d’éclairer les raisons pour lesquelles les enfants migrent et supportent de vivre et de travailler dans un environnement défavorable, notre étude sociologique s’appuie sur trois échelles d’analyse : macro avec la présentation des impacts des politiques publiques économiques sur la migration des enfants, micro pour analyser les stratégies des acteurs sociaux et enfin méso pour comprendre le rôle des réseaux sociaux dans cette migration.

  • Bao Chau L. D., 2017, Stratégies migratoires des enfants au Vietnam. Du village à la ville : les petits couturiers de Ho Chi Minh Ville, Toulouse : Presses Universitaires du Midi, Coll. Socio-logiques.

Mondialisation, réformes et stratégies migratoires des paysans pauvres

Dans le contexte général de la mondialisation,  les réformes politiques et économiques du Vietnam ont contribué à améliorer le niveau de vie du peuple, mais d’une façon très inégale. En fait, les Vietnamiens n’ont pas tous bénéficié des effets de la même croissance. De nombreuses recherches ont estimé que la transition du pays vers l’économie de marché a donné lieu à des déséquilibres de croissance entres les zones géographiques et ont accru les inégalités de revenus et d’accès aux services sociaux entre les différentes couches sociales. Dans cette situation largement dominée par les inégalités sociales, les réformes administratives, et surtout l’émancipation de la force de travail grâce aux changements importants dans la gestion des terres et les modes de gestion de la production agricole facilitent et stimulent les migrations internes.

CC Pixabay surendraraj11

Tout comme les migrations des adultes liées au travail, l’envoi des enfants dans les villes pour travailler est une des stratégies de survie et de développement des ménages ruraux, et plus particulièrement des ménages pauvres. Vivant dans la pauvreté, quelquefois extrême, se trouvant en état d’infériorité par rapport aux personnes non-pauvres, les enfants et leurs parents choisissent la mobilité spatiale pour tenter de construire une mobilité sociale. La globalisation économique et les politiques nationales de reconstruction économique et sociale alimentent cette migration par une demande croissante de main d’œuvre jeune et non ou peu formée, mal protégée par la législation en vigueur et le système de santé… et très mal payée.

A côté de ces facteurs économiques, des facteurs socioculturels influencent directement ou indirectement la quantité et la nature du phénomène de la migration des enfants. Au Vietnam comme dans de nombreux pays du Tiers monde, le travail et la migration des enfants d’origine rurale sont considérés comme inévitables, parce que le travail de l’enfant n’a pas seulement pour but d’apporter des revenus au foyer : il est partie intégrante du mode de vie d’un enfant pauvre, celui-ci n’ayant guère d’autre choix que de gagner sa vie très tôt et mettre en place des stratégies utiles pour son avenir.

  • Dang N. A., 1998, « Migration et développement dans le contexte des réformes économiques du pays », Revue de Sociologie, n°1 (61), 3-12.

Sur et sous les stratégies des enfants et de leurs familles

L’analyse du discours des acteurs sociaux permet de décrire la construction et le développement des stratégies de trois acteurs principaux de ce type de migration : l’enfant migrant, ses parents et l’employeur. Pour les parents, la migration de leurs propres enfants, à la place des adultes, est une stratégie économique du foyer. D’une part, elle réduit les dépenses du foyer et crée une source de revenu régulière, d’autre part, elle apporte aux enfants des chances d’accumulation de capitaux symboliques (savoirs, savoir-faire…) pour un avenir moins incertain.

Face aux stratégies des adultes, les enfants migrants ne sont pas toujours passifs. Bien que la décision de la migration soit prise à travers une négociation avec leurs parents, ils sont supposés d’être acteur de leur migration car ils ont aussi des attentes propres, des  projets personnels plus ou moins rationnels ou rationalisés. Contrairement aux apparences, la contribution à l’économie familiale n’est pas le facteur déterminant dans la prise de décision des enfants, mais un prétexte pour accéder le plus vite possible à l’autonomie, à un statut d’adulte et aux capacités économiques qui lui sont associées. Comprenant les attentes des enfants et des parents, les employeurs construisent le plus souvent des stratégies d’exploitation du travail des enfants afin de réduire les coûts de production de leur entreprise.

CC Wikimedia Commons Goran tek-en

Une fois qu’ils sont exploités et qu’ils ont une conscience plus ou moins claire de cette situation, les enfants migrants construisent des stratégies tantôt défensives,  tantôt offensives, les unes et les autres s’interpénétrant. Ce sont des stratégies d’accumulation de capitaux économiques, sociaux et symboliques pour renégocier leur reconnaissance dans les sociétés de départ et d’arrivée, ainsi que pour acquérir une autonomie plus solide dans l’avenir. Ces stratégies reposent sur les ressources des enfants – leur « habitus » pour parler comme Pierre Bourdieu : la soumission propre à une population défavorisée très recherchée par les marchés urbains du travail informel, d’autre part la puissance des réseaux sociaux.

L’importance des réseaux sociaux dans la migration

Dans tous les cas, les réseaux sociaux de migration sont des ressources importantes pour les enfants, surtout quand ils sont arrivés en ville. Ils jouent un rôle non négligeable dans la transformation des intentions, les hésitations au niveau de la prise de décision de migrer, la construction des stratégies d’accumulation des capitaux.

  • Les réseaux sociaux dont il est ici question ne doivent pas être confondus avec les réseaux socio-techniques (Twitter, Facebook, You Tube…). Il s’agit de réseaux personnels, c’est-à-dire de personnes avec lesquelles nous entretenons les relations les plus suivies, qu’il s’agisse de liens faibles (voisins, collègues…) ou plus forts (famille, amis proches…).

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Ces réseaux sont construits par des liens faibles et des liens forts. Concernant les liens forts, les parents jouent un rôle majeur dans la construction et l’exécution des stratégies individuelles et collectives. Ils protègent à distance les enfants contre les dangers et facilitent la réalisation de leurs projets initiaux. En les encourageant à migrer pour  contribuer à l’économie familiale et en leur permettant de revenir au village en cas d’échec, les parents sont en même temps la cause et la conséquence de la migration. Il n’est donc pas exagéré d’affirmer qu’ils organisent et structurent largement (et souvent efficacement) la migration de leurs enfants.

Mais le réseau familial existe aussi, d’une certaine manière, dans la société d’arrivée. On rencontre en effet les « parents-employeurs » et les « parents-collègues de travail », surtout dans le travail à domicile. Ce dernier rend nécessaires la construction de relations professionnelles et extra-professionnelles sur le lieu de travail. Un oncle, une tante, un frère, une sœur ayant une position dans l’atelier pourra apporter à l’enfant migrant des privilèges dans la négociation de ses revenus. Sa présence active constitue un gage et une garantie de sécurité. Pour les parents de la société d’origine, les relations familiales dans la société d’arrivée assurent la réussite des stratégies collectives en exerçant un rôle de protection, de surveillance et de guidage.

A côté de ces liens forts souvent très efficaces, existent des liens faibles : amis, collègues travaillant dans le même atelier et plus largement, relations dans le marché du travail informel. Tous sont, à des titres et à des degrés divers, une source d’aide importante. Par exemple, c’est dans le groupe d’amis que les enfants satisfont leurs désirs d’autonomie. Alors que l’interdépendance est l’une des caractéristiques forte de la famille vietnamienne, l’échappatoire à la surveillance directe des parents pour vivre une vie plus ou moins libre entre amis, devient une motivation importante pour les enfants migrants.

  • Bidart C., Degenne A., Grossetti M., 2011, La vie en réseau. Dynamique des relations sociales, Paris : PUF.
  • Degenne A., Forsé M., 2004, Les réseaux sociaux, Paris : Armand Colin.

De l’enfant migrant à l’adulte prématuré

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C’est dans le contexte de l’interdépendance entre zones rurales et zones urbaines, entre demandeurs d’emploi et employeurs, entre parents et enfants que les enfants migrants s’engagent dans des relations de dette vis-à-vis de leurs parents et de leurs patrons.

Ces relations de dette et de contre-dette avec les parents et l’employeur et la vie très difficile en ville, la faible quantité de leurs capitaux ne leurs permettent pas d’être des acteurs autonomes comme peuvent l’être les adultes. Quittant le statut d’enfant dépendant, ils deviennent acteurs sociaux incomplets, adultes prématurés sans avoir les moyens matériels et symboliques des adultes. Beaucoup vivent dans des conditions de précarité,  de marginalité, d’insécurité sociale et sanitaire, voire dans une situation de «handicap social ». Ils demeurent toujours invisibles en ville, malgré la construction de stratégies d’accumulation de capitaux pour négocier leur statut social.

D’une certaine manière, au Vietnam et dans nombre de pays en développement, la migration des enfants (re)pose non seulement la question de la mise en œuvre de dispositifs de protection publique des enfants, mais encore celle de la relation entre développement économique et développement social et humain.

  • Castel R., 2009, La montée des incertitudes. Travail, protection, statut de l’individu, Paris : Le Seuil, coll. La couleur des idées, 457 p.

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CEDEJ Khartoum offers 2 scholarships for PhD candidates in Social Sciences and Humanities

In the framework of the partnership between the University of Khartoum and the French Centre for Economic, Law and Social Studies in Khartoum (CEDEJ Khartoum), the latter offers two ten-month scholarships for PhD candidates in Social Sciences and Humanities.

Eligibility:

The scholarship is open to candidates in Social Sciences and Humanities: Sociology, Geography, History, Political Science, Anthropology, Economy and Law. Applicants must be registered as PhD candidates at the University of Khartoum. Please do note that this scholarship does not cover the registration fees at the University of Khartoum.

Description:

This scholarship is the result of a partnership between the University of Khartoum and the CEDEJ Khartoum with the aim of supporting PhD candidates in their research activities. Each scholarship is planned for a period of 10 months with a monthly amount of 2,000 SDG. The beneficiaries shall become Associate PhD students of the CEDEJ Khartoum and shall actively take part into the research programs of CEDEJ, in collaboration with the University of Khartoum. The two successful candidates will have access to the Centre’s library in Khartoum 2. They will present the progress of their research once a year at the occasion of the seminars organized in CEDEJ Khartoum, or at the University of Khartoum.

Proposals with an emphasis on the following research areas are most welcome:

– Migrations within/from/to/through the Horn of Africa

– Political Islam and processes of radicalization

– Urban studies

– Political Economy

Application and Selection

Applicants have to submit a detailed CV, a motivation letter, their PhD research project (5 pages max) and a document certifying their actual registration as PhD student in the University of Khartoum. Application material – in English – shall be sent by email to cedejkhartoum@gmail.com.

Closing date for application: 15th of June 2017.

A panel of preselected candidates will be interviewed in the following weeks by a commission composed of the Dean of the Faculty of Economic and Social Studies of UofK, the Coordinator of CEDEJ Khartoum and members of the Faculty’s Departments. The interview will take place in CEDEJ Khartoum. The scholarships will then start as soon as possible.

L’évolution récente de la population turque à l’échelle des départements, d’après les dernières données officielles

À la fin de l’année 2016 la population de la Turquie avoisine les 80 millions d’habitants selon les derniers chiffres fournis fin janvier 2017 par l’Institut Turc des Statistiques1 (TÜİK). À la lumière des données fournies et de leur première cartographie, on voudrait ici juste esquisser quelques remarques relatives à l’évolution très récente (entre 2015 et 2016) de la population à l’échelle des quatre-vingt-un départements.

  1. D’abord, au niveau national, admettons que le plafonnement de la croissance est confirmé. Avec 1,35 % de croissance annuelle la Turquie n’est décidément plus un pays dynamique du point de vue démographique. Cependant – et c’est une des limites de ces statistiques – il faut préciser que la population syrienne2 n’est pas prise en compte par ce recensement3, comme on le voit avec l’exemple du département de Kilis qui affiche une croissance infime (0,1 %) alors même que sa population effective a doublé du fait des immenses camps ouverts pour accueillir les Syriens4. Ou, dans une moindre mesure, avec le département du Hatay5 (Antakya) qui n’affiche qu’1,4 % de croissance alors qu’il compte deux camps importants et de nombreux Syriens hors les camps.
Les camps du Hatay Source : http://bianet.org/bianet/siyaset/174229-multecilerin-sartlari-kotu-hatay-da-herkes-tedirgin

  1. Les départements qui affichent une croissance remarquable, plus de deux fois supérieure à la moyenne nationale, sont rares et tous situés à l’ouest du pays, à l’exception de trois départements du nord-est dont les performances paraissent étranges/suspectes au premier abord (Giresun6, Bayburt7 et Gümüşhane8 ). Tekirdağ et Yalova, tous les deux localisés dans l’aire d’influence d’Istanbul sont les départements caractérisés par la croissance la plus forte, avec respectivement 36,6 % et 36,5 %. Bilecik, Bolu, Bursa, Eskişehir, Kocaeli, Sakarya et Düzce – tous dans la mouvance d’Istanbul – se distinguent aussi par des croissances relativement soutenues.
  2. En contraste, onze départements ont perdu de la population entre 2015 et 2016, tous à l’est du pays à l’exception d’Edirne9 (-0,2 %), marge extrême-occidentale du pays et sorte de glacis frontalier. Les plus touchés sont ceux qui ont été le théâtre de violences extrêmes depuis juillet 2015 : soit Hakkari (- 40,1 %) et Şırnak (-13,1 %) en premier lieu. Le cas de Tunceli (-46,2 %), département de violences endémiques, est à mettre à part puisque ce département, le moins peuplé et le moins dense du pays, perd de la population depuis longtemps. À noter que la dépopulation de ces départements de l’est est d’autant plus frappante que ces mêmes départements ont des indices synthétiques de fécondité encore très supérieurs à la moyenne du pays. C’est donc la dynamique migratoire qui est à incriminer.
  3. Par ailleurs, la croissance des grandes agglomérations urbaines s’est aussi ralentie avec la généralisation du fait urbain et la saturation du cœur de ces aires : 1 % pour Istanbul, 1,43 pour Ankara, 1,3 pour Izmir et 1,7 pour Antalya. Ces valeurs modestes devraient nous conduire à réviser une image désormais fausse de l’évolution de la population des métropoles de Turquie.
  4. En ce qui concerne l’est du pays il est frappant de constater que les évolutions sont très disparates : au nord-est se trouve une couronne de dépopulation prononcée, d’Artvin à Muş ; on a déjà évoqué les cas extrêmes des départements les plus touchés par une dynamique négative. À tous ceux-ci s’opposent des départements comme Gaziantep (21,7 %) ou (Şanlı)Urfa (25,2 %) à la croissance soutenue due à la conjonction d’une dynamique naturelle et d’une dynamique migratoire positives.

Pour conclure, ces résultats – qui traduisent une réaction démographique immédiate aux bouleversements politiques survenus en 2015 – prouvent une fois de plus que la Turquie est bien engagée dans la transition démographique, en dépit de toutes les incitations natalistes de certains de ses dirigeants. Elle est entrée dans le club très occidental des pays où la question du vieillissement de la population est devenue une question de première importance. La politique de fixation/intégration de la population syrienne – globalement beaucoup plus jeune – pourrait à certains égards être considérée comme une réponse à ce défi.

  1. Voir : www.tuik.gov.tr/PdfGetir.do ?id =24638
  2. Cette population comptée à part est désormais qualifiée par les autorités turques de « population jouissant d’un statut provisoire de protection » ; il ne s’agit pas de réfugiés, contrairement à ce que l’on dit trop souvent. Estimée à plus de 2,8 millions à la fin de l’année 2016, elle est composée d’un dixième seulement de populations résidant dans les 24 « centres d’hébergement provisoires » (ou camps) mis en place.
  3. Voir aussi : http://www.dunyabulteni.net/genel/284795/il-il-turkiyedeki-suriyeli-gocmen-haritasi
  4. Voir : http://www.sabah.com.tr/galeri/turkiye/kilisteki-multeci-kampi-ilk-kez-goruntuledi/9 et http://t24.com.tr/haber/suriyeli-sayisinin-yerli-nufusu-gectigi-kiliste-kiralar-patladi,328204
  5. Voir : http://bianet.org/bianet/siyaset/174229-multecilerin-sartlari-kotu-hatay-da-herkes-tedirgin
  6. Voir : http://www.iha.com.tr/haber-giresunun-nufusu-ne-kadar-2017-621499/
  7. Certains considèrent que cette augmentation subite serait liée à des considérations/manipulations électorales ; voir : http://www.sozcu.com.tr/2015/gundem/bayburtta-nufusa-ne-oldu-831691/
  8. Voir : http://www.sondakika.com/haber/haber-gumushane-nin-2016-nufusu-belli-oldu-9215267/
  9. Le département avait subi une notable décroissance de sa population entre 1990 et 2010 (passant de 404 000 à 390 000 durant ces vingt années) ; la légère reprise survenue depuis n’aurait été donc que très provisoire…

Netsereab Andom’s participation to « The Regional Workshop on International Migration from the Horn of Africa to Sudan and from there Onwards »

Netsereab Andom, PhD candidate at the University of Khartoum and associated with CEDEJ Khartoum, recently presented a paper in « The Regional Workshop on International Migration from the Horn of Africa to Sudan and from there Onwards ».

Organized by the Centre for Refugees, Migration & Development Studies of the Faculty of Community Development of the University of Gadarif and funded by the German international development cooperation agency GIZ, this conference was held from November 27th to 30th, 2016 in the premises of the University of Gadarif. 

Netsereab Andom’s presentation was entitled “Social Networks, Media and Eritrean Diaspora’s Role in the National Youth Out-Migration Challenges from Eritrea to Sudan”. In this presentation, Netsereab Andom discussed the oft-overlooked role of socio-cultural factors in border-crossing(s).

Netsereab Ghebremichael Andom is a PhD-Candidate at the Department of Sociology & Social Anthropology, University of Khartoum. He is also PhD student associate with CEDEJ Khartoum. As a former Eritrean refugee (1985-1991) in Eastern Sudan, his area of interest has remained on “migration and refugee studies.” Having completed his B.A degree in Sociology and Anthropology from the University of Asmara in 2000, he did his BSc (Hon.) and M.Sc. in Sociology from the University of Natal (Republic of South Africa) in 2003 and end of 2004, respectively. His Master’s thesis was on “Socio-Economic Re-Integration of Refugee Returnees in Eritrea: the Case of PROFERI Project in Dige Sub-Zone.” Having served as a lecturer for eight years in various Eritrean institutes of higher learning, since 2014 he also frequently works as a part-time lecturer at the University of Medical Sciences and Technology (Khartoum), Faculty of Economic, Social and Environmental Studies.

Filmer les réfugiés

Ce billet est l’introduction de l’ouvrage qui vient de paraître aux éditions L’Harmattan, dans la collection « Mondes en mouvement », Filmer les réfugiés. Cinéma d’Enquête. Études Visuelles. Subjectivité Assumée. Documentaires. Films Ethnographiques. Ethno-fictions ou Ego-fictions ? par Fabienne Le Houérou. *** Persévérer à utiliser les images animées comme heuristique scientifique s’est heurté à de telles difficultés qu’il me semblait important de revenir sur cette méthodologie avec le plus d’exhaustivité possible en évitant les prétentions à la vérité absolue. Depuis que j’utilise des documentaires et des rushes filmés … Continuer la lecture de Filmer les réfugiés

Mondialisation, trafics de sexe et de drogues

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CC Pixabay Geralt

La mondialisation a de multiples dimensions. Certaines d’entre elles, comme la politique, l’économie ou la démographie font l’objet de recherches nombreuses, fouillées et « multinationales » ; d’autres sont plus rares, y compris à l’échelle internationale. C’est le cas de La mondialisation criminelle, qui a donné son titre au dernier ouvrage du sociologue Alain Tarrius.

Contrairement à un livre précédent dont Mondes Sociaux a rendu compte, il ne s’agit plus de synthèses ou d’actualisations de recherches menées depuis trois décennies, mais d’une série d’enquêtes, d’un enchaînement de terrains et de situations, qui éclairent crûment le phénomène social étudié : les trafics de femmes pour le travail du sexe et de drogues, ainsi que les rapports entre ces deux types de trafics. Et ce depuis la Mer Noire jusqu’aux pays européens de l’espace Schengen.

  • Tarrius A., 2015, La mondialisation criminelle, La Tour d’Aigues : Editions de L’Aube, Coll. Monde en cours, 150 p.
  • Tarrius A., 2015, Etrangers de passage. Poor to poor, peer to peer, La Tour d’Aigues : Editions de L’Aube, Coll. Monde en cours, 175 p.

L’espace circulatoire international des réseaux criminels

CC Pixabay OpenClipartVectors

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Le rapport femmes/drogues est au centre de la libéralisation-globalisation des milieux criminels. L’auteur étudie avec une grande précision les filières transeuropéennes russo-italiennes et plus particulièrement leur proximité avec les territoires circulatoires des transmigrants du poor to poor, autrement dit de la mondialisation par le bas, celle qui affecte les pauvres, mais qui ne concerne pas que les pays pauvres. Les origines des « marchandises » et des marchands sont en fait à l’échelle de la globalisation des marchés : Balkans et Caucase pour les femmes ; Afghanistan, Turquie, Géorgie et Russie caucasienne pour les drogues opiacées ; Albanie, Géorgie, Serbie pour les recruteurs ; Italie du Sud, Levant espagnol, routes françaises, Etats permissifs des pays de l’Europe du Nord pour les consommateurs. Par ailleurs, ces trafics ont une forme réseautique, surtout depuis le début des années 1990.

Ces zones de mœurs ou « moral areas » sont, pour reprendre une notion forgée par le sociologue nord-américain Robert Ezra Park, des espèces d’espaces au sein desquels s’organisent des échanges souterrains et officiels, visibles et cachés.

Selon Alain Tarrius (in Fragments sur les temps présents), « La notion de ‘moral area’, ou ‘zone de mœurs’, est utilisée par l’ensemble des sociologues de l’Ecole de Chicago pour décrire l’attraction et le brassage, souvent nocturne et dérogatoire de ‘l’ordre urbain’, de populations variées autour d’activités mêlant plaisirs et intérêts. Les ‘moral areas’ jouent un rôle essentiel, bien que non reconnu, masqué, dans les transformations urbaines ».

Transmigrantes, ces femmes le sont assurément, elles qui parcourent en cinq ou six années l’ensemble des moral areas évoquées ci-dessus ; évidemment les temporalités ne sont pas les mêmes que celles des transmigrants économiques de « l’entre pauvres », mais les cosmopolitismes de route sont proches et les investissements à l’égard du lieu d’origine souvent identiques. Alain Tarrius l’a constaté en suivant une cohorte de femmes accompagnées de parentèles, frères, sœurs, jeunes parents et proches amis du village ou du quartier d’origine. Ces accompagnateurs travaillent et habitent à proximité des femmes, non loin des clubs prostitutionnels. En outre, ils maintiennent un lien constant avec le milieu d’origine et sont les acteurs résolus de la réalisation du projet de retour.

Pour être clandestin, ce phénomène transmigratoire n’est pour autant ni invisible – pour peu qu’on daigne l’observer –, ni numériquement insignifiant. Les enquêtes ont permis d’évaluer à 10 800 le nombre des femmes originaires des Balkans et du Caucase qui travaillent dans le seul Levant ibérique, puis de chiffrer les importants blanchiments des revenus des drogues (illégales) liées au travail légal du sexe : ainsi, le commerce des seules drogues opiacées rapporte 1,9 milliard d’euros et celui du sexe 1,3 milliard…

CC Pixabay Pijon

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Un sociologue à la poursuite de ses objets de recherche

Les investigations d’Alain Tarrius, souvent réalisées avec l’aide de commissaires territoriaux espagnols chargés de surveiller les clubs de prostitution, ont conduit le sociologue sinon à migrer avec les migrantes, du moins à suivre, en live ou à distance, les mêmes routes qu’elles. Ainsi, une enquête auprès de 120 femmes, entre 2009 et 2011, lui a permis de maintenir le contact, via Skype, avec un réseau de 47 informatrices, et d’avoir des entretiens avec 17 d’entre elles le long des routes et autoroutes françaises. Il y a gagné, dans les aires de service des autoroutes, le surnom de « mac boiteux ». Il a été également l’objet de multiples contrôles « sur le terrain », non par des membres du « milieu » qui exploite ces femmes, mais par des personnes appartenant aux sphères commerciales et politiques locales. C’est dire que certains avaient intérêt sinon à empêcher ces investigations, du moins à les limiter dans l’espace et le temps.

CC Patrick Mignard pour Mondes Sociaux

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C’est ainsi que lors d’une passionnante enquête sur le passage des drogues et des femmes à la frontière franco-espagnole du Perthus, il a mis en évidence un phénomène relevant de la moral area touchant les communes espagnoles frontalières de La Junquera et du Perthus : l’omniprésent clientélisme politique des exécutifs départemental des Pyrénées-Orientales et municipal de la ville de Perpignan qui fait le lit des milieux mafieux russo-italiens gérant ces trafics de l’autre côté de la frontière. Malgré les lois en vigueur sur la drogue et la prostitution, une « communauté morale » transfrontalière s’est construite et renforcée par les mobilités des hommes – consommateurs et trafiquants –, et par la circulation de l’argent. Les conséquences sont multiples. Ainsi, par exemple, des adolescent(e)s des collèges, lycées, centres de formation des Pyrénées Orientales sont devenus des proies faciles pour la pénétration des drogues chimiques, et certain(e)s finissent par être happé(e)s par le dispositif prostitutionnel espagnol.

gerhergherhLe livre s’achève sur les routes et autoroutes françaises, de Narbonne à Avignon, où l’auteur suit les femmes, accompagnées ou non de parentèles. Elles poursuivent leur transmigration européenne pour rejoindre les pays permissifs de l’Europe du Nord ou retournent dans leur pays d’origine à partir de Marseille ou de Lyon. Ces franchissements fréquents des frontières étatiques, mais aussi des frontières entre les univers de la marchandisation des femmes et ceux de leur coexistence avec leurs parentèles d’accompagnement, permettent une anthropologie des aller/retour vers une humanité ordinaire de ces femmes-marchandises, anticipant leur réinsertion dans les milieux d’origine.

Alain Tarrius livre un récit passionnant et inquiétant à la fois. Mais aussi un récit « instructif » : des chercheurs, des travailleurs sociaux, des étudiants, et plus généralement toute personne curieuse des continuités entre mondes souterrains et officiels y trouveront du grain à moudre pour réfléchir et agir, à l’instar des travaux de Robert Ezra Park.

On regrettera cependant que ne soient pas davantage utilisées les ressources de l’analyse des réseaux : l’occasion se présentait d’exposer les rapports que suggèrent les notions de « territoires circulatoires » et de « réseaux ». En effet la formalisation graphique des relations criminelles déployées dans l’espace social des territoires des circulations était aisée : Alain Tarrius décrit en effet ces relations en termes de fonctionnalités (id est les marchandises drogues et femmes) qui se prêtaient à ces figurations de réseaux.

Enfin, le lecteur pourra être frustré par l’absence d’un travail de recherche approfondi sur le retour des femmes au pays et sur leurs « nouvelles » conditions de vie. D’autant qu’au détour d’une phrase, l’auteur relève qu’elles « réalisent dans leur transmigration de six années l’ascension sociale que ne leur aurait jamais permis la sédentarité… ». Une recherche en cours dans le cadre du programme Mobilités, Réseaux, Migrations du Labex toulousain « Structuration des mondes sociaux » lui permettra de questionner la pertinence de cette affirmation. Rendez-vous en 2017 ?

Crédits image à la Une : CC Pixabay Geralt

Ester Serra Mingot’s PhD research on « Transnational Social Protection. How Sudanese migrants in the Netherlands and the United Kingdom and their families in Sudan make use of social protection, locally and transnationally »

CV_picEster Serra Mingot, PhD Candidate at the Faculty of Arts and Social Sciences in Maastricht University is currently doing her PhD on « Transnational Social Protection. How Sudanese migrants in the Netherlands and the United Kingdom and their families in Sudan make use of social protection, locally and transnationally ».

In Sudan, CEDEJ Khartoum will support her fieldwork.

Here is a brief extract of Ester Serra Mingot’s research plan:

« This study, thus, investigates how Sudanese migrants in the Netherlands and the UK, and their families, in Sudan, make use of different forms of social protection, locally and across borders. I will do this by answering the main research question:
“How do Sudanese migrants in the Netherlands and the UK and their families in Sudan make use of different forms of social protection, locally and across borders?”

In order to answer this question, four sub-questions have been identified:

  • What forms of social protection do Sudanese transnational families use, in order to receive and provide protection?
  • Are different forms of social protection used to address different needs, and if so how?
  • What factors of receiving country contexts influence the forms of social protection used?
  • How do the different forms of social protection affect the relationships between the migrants and their families ‘back home’?