Archives de catégorie : Archéologie

Le Dessin d’objets lithiques – partie 1

En 1998 s’est tenu à Venise le colloque « Beyond Tools – Redefining the Lithic Assemblages of the Levant » dans la continuité des Proceedings of the Third Workshop on PPN Chipped Lithic Industries. À cette occasion, l’accent a été porté sur la pertinence du dessin des objets lithiques dans les articles scientifiques. Que doit illustrer un dessin ? ; Doit-il soutenir une argumentation scientifique, et laquelle ? Doit-il souligner une information afin de la rendre davantage perceptible au risque de « caricaturer » l’objet représenté ? Que doit-on dessiner ? La quantité d’objets représentés est-elle un gage d’objectivité ? Qu’est-ce que l’objectivité d’un dessin ? Et est-elle forcément souhaitable ? Que recherche l’auteur de l’article, du dessin et qu’attend le lecteur ?

Toutes ces questions ont été débattues entre préhistoriens et dessinateurs.

Un membre de notre laboratoire, Gérard Der Aprahamian, proposait à cette occasion une normalisation du dessin lithique et des méthodes simples des rendus graphiques. À destination d’étudiants, il proposait aussi alors des « astuces » permettant de réaliser des dessins lithiques à moindre coût. G. Der Aprahamian est issu d’une formation en art plastique et design et en dessin industriel. Il est également un expérimentateur reconnu dans la taille des roches dures. Dans sa démarche, les trois aspects de sa formation sont indissociables :

◊ La Qualité graphique où le trait ne cherche pas à reproduire, à l’image de la photographie, tous les détails d’un objet, mais davantage à illustrer un propos. Ainsi, des détails seront accentués, ou bien encore des représentations d’ondes de choc seront ou non représentées.

◊ Une option de dessin tournée radicalement vers la sobriété et la précision du dessin industriel.

◊ La pratique de la taille expérimentale qui permet d’aller à l’essentiel d’un objet et d’en comprendre pleinement l’histoire de ces caractéristiques. Le talent de G. Der Aprahamian est de tenir compte de ces différents aspects afin de proposer un dessin qui au final semble « plus précis et plus parlant » qu’une illustration photographique .

La pratique du dessin archéologique est aujourd’hui le fait de dessinateurs « manuels » et d’utilisateurs de logiciel informatique.

Il faut remonter à 1985 pour voir apparaître sur le marché les premiers logiciels de dessin vectoriel à destination du grand public. Depuis, ces logiciels ne cessent de se développer en termes d’efficacité, mais aussi de complexité. Après un engouement quasi général, il apparaît clairement que ces outils informatiques ne remplacent pas la souplesse d’exécution et le talent du dessinateur. De même, la nécessaire lecture des objets archéologiques pour la réalisation d’un dessin est irremplaçable. La demande en dessin ou en formation aux dessins archéologiques reste donc toujours aussi forte auprès des étudiants et des chercheurs.

Nous pensons donc qu’il est d’actualité de publier sous la forme de deux volets à l’intérieur de ce blog, et en accord avec son auteur, l’article de 1998 (publié en 2001) de G. Der Aprahamian « Le dessin du matériel lithique ».

Frédéric Abbès


Le dessin du matériel lithique

Gérard Der Aprahamian

Pour conserver au langage graphique son aspect universel, nous devons éviter certains écarts face aux conventions internationalement reconnues.

Nous rappelons quelles sont ces conventions: PI. 1-2.

Après avoir constaté combien il est difficile d’assimiler un objet archéologique à un objet façonné industriellement, nous proposons des «passerelles» pour dépasser les handicaps rencontrés lors du dessin d’objets complexes (nucléus). PI. 3-4.

II n’est pas question d’appliquer la démarche exposée ci-dessus à des objets simples faciles à orienter dans l’espace (outils sur lame ou éclat). Nous oublions cependant trop souvent que le volume d’un objet si simple soit-il ne peut être exprimé par une, voire deux vues opposées, nous devons y ajouter, profils, et section (dessins d’exécution faciles, voir annexe 4).

Avec les planches 5 et 6 nous insistons sur les différences qui caractérisent les méthodes A et E. (La partie 2 de l’article sera publiée le 5 juin 2015)

Une fois enregistrée ces différences, nous n’allons plus mélanger inconsciemment les méthodes A et E. voir planche 7.

La planche 8 insiste sur quelques détails permettant l’interprétation du débitage.

Nous ferons parfois appel à des vues auxiliaires ou à des compositions non classiques, voir planche 9

Ne mélangeons pas les deux méthodes

Planche 1
Faisons notre choix entre ces deux méthodes fig.2_article dessin volet1
Planche 1

 

Projection orthogonale: représentation normalisée

Nous ne pouvons pas choisir entre deux méthodes sans savoir ce qui les différencie

Les vues sont projetées vers l’arrière, dessinées à l’intérieur du cube

fig.3_article dessin volet1

Planche 2

Les vues sont projetées vers l’observateur, dessinées à l’extérieur du cube

 

 

 

 

 

 

CONVENTION GÉNÉRALE

L’objet à représenter est supposé placé à l’intérieur d’un cube dont les faces constituent six plans de projection permettant la réalisation de six vues.

Méthode européenne (méthode E)

Chaque vue est réalisée par un observateur placé de façon que l’objet soit situé entre son œil et le plan de projection (fig. 1). Le cube est développé sur le plan F de la vue de face comme indiqué sur la figure 2. En plus des trois vues définies   précédemment, on obtient :BI

– la vue de droite      vue 4) placée à gauche de la vue de face,

– la vue de dessous   vue 5) placée au-dessus de la vue de face,

– la vue d’arrière        vue 6) placée à droite de la vue de gauche (fig. 3).

 Méthode américaine (méthode A)

Les plans de projection sont supposés transparents et placés entre l’objet et l’observateur (fig. 4). Le développement du cube s’effectue sur le plan de la vue de face : la position des vues par rapport à la vue de face est alors inversée.

Cette méthode peut être utilisée pour la représentation de pièces particulières, de grandes dimensions si elle rend plus facile la lecture du dessin.

Remarques : 1. La méthode de projection doit être précisée par son symbole

fig.4_article dessin volet 1

Planche 3

fig.5_article dessin volet 1

Planche 4

Rappel des normes internationales

fig.6_article dessin volet 1

Les auteurs :
Frédéric Abbès est Ingénieur de Recherche au CNRS. Préhistorien, spécialiste des industries lithiques.
UMR 5133 – Archéorient, MSH Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon.

Gérard Der Aprahamian, dessinateur. Ancien membre de l’UMR 5133 – Archéorient, MSH Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon.


Pour citer ce billet : Der Aprahamian G. et Abbès F. 2015. Le Dessin d’objets lithiques – partie 1, ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 29 mai 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/4112

A la recherche des origines de l’Homme moderne en Arabie

Pendant longtemps, la péninsule Arabique a été considérée comme un no-man’s land de l’archéologie préhistorique. Les termes de « cul-de-sac », « cimetière des éléphants », « tabula rasa » ont été employés pour décrire la pauvreté, si ce n’est l’absence, de restes archéologiques à toutes les périodes de la Préhistoire. Peu de sites, dont presque tous privés de stratigraphie et donc indatables, quasiment aucun vestige osseux pour les périodes les plus récentes de la Préhistoire, et aucun fossile humain pour les périodes les plus anciennes… Que d’inconvénients pour un territoire grand comme plus de six fois la France ! Fort heureusement, et bien souvent grâce à l’investissement, voire l’acharnement de quelques pionniers, cette image a progressivement changé. Et même d’une manière tellement radicale que l’Arabie est aujourd’hui l’un des lieux les plus au centre des débats actuels sur l’origine et les déplacements des premiers groupes humains.

De manière très schématique, il a existé plusieurs vagues de « colonisation » par les premiers hominidés en dehors du berceau africain. Ces espèces, nos ancêtres éloignés, ont donc conquis la plupart des contrées de notre planète à l’exception des Amériques. Elles ont évolué pendant des centaines de milliers d’années, se sont parfois éteintes. En Afrique de l’Est, les premières formes archaïques d’Homo sapiens (aussi appelés Hommes anatomiquement modernes, notre espèce) apparaissent il y a environ 200 à 150 000 ans, vraisemblablement issues de l’évolution des formes locales d’Homo erectus.

Homo sapiens, et son expansion à l’intérieur et en dehors d’Afrique, intéresse tout particulièrement les chercheurs car il s’agit de comprendre l’histoire du peuplement de la Terre par notre espèce jusqu’à son hégémonie la plus totale, telle qu’on la connaît aujourd’hui. Ce sujet est aussi extrêmement populaire auprès du grand public car il s’agit de retracer les lointaines origines que nous avons tous en commun.

L’Arabie dispose d’une place toute particulière dans cette enquête sur nos origines : elle est située à proximité de l’Afrique de l’Est, là-même où les premiers Homo sapiens ont été retrouvés. La péninsule Arabique est donc potentiellement l’une des toute premières terres en dehors d’Afrique à avoir été foulée par l’Homme moderne. Ce sont les généticiens qui les premiers ont essayé de retrouver des indices de passage par l’Arabie dans le grand voyage qui allait mener ces premiers Hommes modernes de l’Asie du sud jusqu’aux confins de l’Océanie vers l’Est (il y a environ 60 000 ans) et en Europe occidentale vers l’Ouest (il y a environ 40 000 ans), avant de finalement atteindre les Amériques (il y a 20 000 mille ans ou plus). En calculant les rythmes de modifications génétiques, d’après une sorte d’ « horloge bio-génétique », des généticiens ont émis de premières hypothèses sur la datation de la sortie d’Afrique aux alentours de 70 000 ans, à partir de modèles prédictifs. Par conséquent, certains préhistoriens (par ex. Mellars et al. 2013) ont formulé l’hypothèse d’une sortie d’Afrique tardive et d’une colonisation très rapide du reste des terres émergées par l’Homme moderne autour de 60-50 000 ans, essentiellement par le suivi des côtes jusqu’en Océanie.

En parallèle, les recherches archéologiques se sont développées sur le terrain en Arabie, autour de cette période appelée Paléolithique moyen (fig. 1). Les fossiles humains sont toujours désespérément absents des découvertes, mais ce sont plutôt les productions matérielles de l’homme qui intriguent fortement les archéologues, jusqu’à démentir en partie les estimations des généticiens. Ces productions, ce sont des pierres taillées, retrouvées sur des sites encore plus vieux que 70 000 ans. Et c’est bien cette incohérence avec les estimations chronologiques des généticiens qui fait débat : des Hommes modernes auraient donc laissé des productions sur leur passage, démontrant ainsi une sortie d’Afrique plus ancienne que celles des modèles génétiques…

Fig. 1 : Le site paléolithique moyen de Al-Kharj AK-31 en cours de fouille en février 2015, dans le centre de l’Arabie Saoudite. (Fouilles R. Crassard et Y. Hilbert (UMR 5133), dans le cadre de la Mission archéologique de Yamama (dir. J. Schiettecatte, UMR 8167) ; photo cerf-volant par T. Sagory, www.du-ciel.com)

Fig. 1 : Le site paléolithique moyen de Al-Kharj AK-31 en cours de fouille en février 2015, dans le centre de l’Arabie Saoudite. (Fouilles R. Crassard et Y. Hilbert (UMR 5133), dans le cadre de la Mission archéologique de Yamama (dir. J. Schiettecatte, UMR 8167) ; photo cerf-volant par T. Sagory, www.du-ciel.com)

De simples outils en pierres pourraient ainsi nous renseigner sur les populations qui les ont fabriqués ? Pas si évident. Il est encore difficile d’associer une production « lithique » (en pierre taillée) avec une espèce particulière. Le débat fait rage par exemple depuis des décennies en Europe, sans que les productions des Néandertaliens et des Hommes modernes ne soient clairement différenciées. Ce qui est sûr pourtant, c’est la présence de témoignages du passage d’Hominidés anciens en Arabie, et au cours de phases climatiques très différentes qui n’étaient pas forcément les plus propices (périodes plus arides par exemple). Et certaines de ces productions d’Arabie sont quasi similaires aux productions des premiers Hommes modernes en Afrique. Il s’agit du « débitage nubien », une manière très particulière de tailler le silex et d’autres pierres qui, jusqu’aux découvertes en Arabie, n’avait jamais été retrouvée en dehors de l’Egypte, du Soudan, de l’Erythrée, de l’Ethiopie et de la Somalie. Seul un de ces sites qui a livré une production de type nubien en Arabie a pu être daté d’un peu plus de 100 000 ans, une période pendant laquelle la technologie nubienne en Afrique de l’Est est encore très présente.

Alors dans quelle mesure les industries lithiques (ces productions en pierres taillées) peuvent-elles nous informer sur les groupes humains ? D’abord, il ne faut pas oublier la totale absence de fossiles d’hominidé en Arabie d’un âge antérieur à quelques milliers d’années. Le passage des groupes humains préhistoriques est donc uniquement matérialisé par leurs productions, des pierres taillées en majorité, seuls témoins par chance toujours bien conservés : outils, éclats, lames, pointes… Ces productions sont très importantes pour la compréhension des habitudes stylistiques et technologiques. Encore plus importants peut-être, les modalités d’obtention de ces outils, de certains types d’éclats ou de lames, nous informent directement sur les méthodes investies dans leur conception, permettant de toucher du doigt la conceptualisation des formes et des traditions culturelles. Comme pour toute production humaine, la manière dont l’homme taille le silex est très étroitement liée à celle utilisée par ses aïeuls. La même façon de faire de père en fils en quelque sorte, et ce, sur plusieurs générations, sur plusieurs millénaires parfois ! Les archéologues préhistoriens spécialistes des industries lithiques doivent donc déceler les moindres variations, les différentes modalités, parfois infimes, parfois évidentes, qui ont été mises en jeu dans la conception des objets taillés.

Dans ce contexte, trois découvertes récentes relancent (ou même simplement posent) les bases d’un débat important sur l’origine de l’Homme moderne en Arabie. C’est d’abord la publication du site de Jebel Faya aux Emirats Arabes Unis, qui nous intéresse directement (Armitage et al. 2011). Il s’agit d’un site qui a pu être daté par des moyens physico-chimiques. Le niveau archéologique le plus ancien, autour de 125 000 ans, a livré une industrie lithique qui est directement rapprochée par ses inventeurs des industries africaines de l’époque, avec la présence de nucléus et d’éclats Levallois, de lames et de bifaces. Cette assertion est cependant discutée par les scientifiques qui voient des ressemblances également importantes avec des sites contemporains du Levant méditerranéen, comme le site de Skhul par exemple.

Une deuxième découverte est celle mentionnée plus haut : la présence de la technologie « nubienne » en Arabie, d’abord retrouvée dans le sud de la péninsule Arabique puis plus récemment dans le centre et le nord de l’Arabie Saoudite (Rose et al. 2011 ; Crassard & Hilbert 2013). Sa présence a ainsi souvent été interprétée comme une preuve évidente d’un lien (qui reste à définir) entre les complexes connus en Afrique de l’Est et en Arabie (fig. 2). En l’absence de sites plus nombreux qui soient bien datés et qui aient livré suffisamment de preuves, il est encore difficile de conclure de manière définitive.

Fig. 2 : Répartition des principaux sites présentant une technologie nubienne en Afrique de l’Est et en Arabie. 1. Al-Kharj 22; 2. Aybut Al Auwal; 3. Shabwa; 4. Hadramawt; 5. Aduma; 6. Gademotta; 7. Asfet; 8. Nazlet Khater 1; 9. Abydos. (Crassard & Hilbert 2013)

Fig. 2 : Répartition des principaux sites présentant une technologie nubienne en Afrique de l’Est et en Arabie. 1. Al-Kharj 22; 2. Aybut Al Auwal; 3. Shabwa; 4. Hadramawt; 5. Aduma; 6. Gademotta; 7. Asfet; 8. Nazlet Khater 1; 9. Abydos. (Crassard & Hilbert 2013)

Enfin, une série de découvertes dans le nord de l’Arabie, tout particulièrement dans le bassin de Jubbah, est de première importance pour comprendre les mouvements potentiels de populations vers ou depuis le nord. Il s’avère que de nombreux sites sont en effet datés d’une période entre 130 et 75 000 ans (Petraglia et al. 2012), qui correspond à des phases plus humides dans l’histoire climatique de la péninsule. Et il se trouve que les industries lithiques de cette période sont assez comparables, à la fois entre elles et avec celles connues aux mêmes époques en Afrique et dans le Levant sur des sites ayant livré des restes d’Hommes modernes. Il est cependant très compliqué et même dangereux d’établir des liens aussi directs et aussi évidents entre des territoires aussi éloignés, à partir de sites dont les datations sont parfois controversées, lorsqu’elles sont disponibles. L’avenir de la recherche est donc éminemment lié à la découverte de sites bien datés, livrant des industries dont les méthodes d’étude doivent être comparables.

On l’a vu, l’hypothèse des généticiens datant une sortie d’Afrique d’Homo sapiens autour de 70 000 ans n’est pas confirmée par les données archéologiques. Au point que de nouvelles études en génétique tendent à vieillir les modélisations chronologiques, parfois du simple au double ! Ce qui est également intéressant est que l’hypothèse formulée par des archéologues d’une sortie d’Afrique unique autour de 60-50 000 ans le long des côtes n’est très probablement pas non plus fondée. Cette sortie d’Afrique a vraisemblablement eu lieu à une époque plus ancienne, ce qui induit des conséquences très importantes pour la compréhension de l’évolution de notre patrimoine génétique, à l’échelle globale. L’Arabie occupe donc dorénavant une place prépondérante car bon nombre de réponses à ces interrogations s’y trouvent enfouies… En fin de compte, La recherche sur le Paléolithique de l’Arabie en est encore à un stade balbutiant ; c’est certainement cet aspect en particulier qui rend les défis encore plus passionnants à relever !

Bibliographie

Armitage S.J., Jasim S., Marks A., Parker A.G., Usik V.I., Uerpmann H. 2011. The Southern route “Out of Africa”: evidence for an early expansion of modern humans into Arabia, Science 331(6016), 453–456. [http://www.sciencemag.org/content/331/6016/453.abstract]

 Crassard R., Hilbert Y.H. (2013) A Nubian complex site from Central Arabia: implications for Levallois taxonomy and human dispersals during the Upper Pleistocene, PLoS ONE 8(7), e69221. doi:10.1371/journal.pone.0069221 [http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0069221]

 Mellars P., Cori K.C., Carr M., Soares P.A., Richards M.B. 2013. Genetic and archaeological perspectives on the initial modern human colonization of southern Asia. Proceedings of the National Academy of Sciences USA 110(26), 10699–10704. [http://www.pnas.org/content/110/26/10699.abstract]

 Petraglia M.D., Alsharekh A., Breeze P., Clarkson C., Crassard R., Drake N.A., Groucutt H.S., Jennings R., Parker A.G., Parton A., Roberts R.G., Shipton C., Matheson C., al-Omari A., Veall M.A. 2012. Hominin Dispersal into the Nefud Desert and Middle Palaeolithic Settlement along the Jubbah Palaeolake, Northern Arabia. PLoS ONE 7(11), e49840. doi:10.1371/journal.pone.0049840 [http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0049840]

 Rose J.I., Usik V.I., Marks A.E., Hilbert Y.H., Galletti C.S., Parton A., Geiling J. M., Černý V., Morley M.W., Roberts R.G. 2011. The Nubian complex of Dhofar, Oman: an African Middle Stone Age industry in southern Arabia. PLoS ONE 6(11), e28239. doi: 10.1371/journal.pone.0028239 [http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0028239]

L’auteur

Rémy Crassard est Chargé de Recherche au CNRS. Préhistorien, spécialiste de la péninsule Arabique. UMR 5133 – Archéorient, MSH Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon.


Pour citer ce billet : Crassard R. 2015. A la recherche des origines de l’Homme moderne en Arabie, ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 22 mai 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/4099

Le Musée de Préhistoire libanaise de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, 15 ans déjà !

Fig.1 : Le Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Fig.1 : Le Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Un peu d’histoire…

Les recherches préhistoriques au Liban ont démarré à partir de la fin du 19ème siècle sous l’impulsion du père Godefroy Zumoffen (1848-1928), véritable fondateur de la préhistoire libanaise auquel ont succédé d’autres savants jésuites tels que Raoul Desribes (1856-1940), Paul Bovier-Lapierre (1873-1950), Auguste Bergy (1873-1955) et Henri Fleisch (1904-1985). Mais c’est avec Francis Hours (1921-1987), le dernier père jésuite préhistorien, que la recherche s’est dotée d’un cadre scientifique pluridisciplinaire.

Grâce aux travaux de ces pionniers qui ont parcouru le Liban à la recherche de vestiges témoignant de la vie des hommes de l’″âge de la Pierre″, on connaît aujourd’hui près de 400 sites préhistoriques au Liban, dont un certain nombre a disparu à cause d’une urbanisation galopante et anarchique durant la guerre qu’a connue le pays (1975-1990), mais aussi faute de politique culturelle bien définie, de mesures de protection et de moyens financiers. Ces savants ont réuni un fonds d’objets qui constitue toujours la référence incontournable de la préhistoire libanaise. Leurs découvertes, d’abord conservées à la Faculté française de médecine de Beyrouth, ont été transférées dans les années soixante au Laboratoire de préhistoire libanaise. Dirigé par le père Henri Fleisch, la gestion de ce laboratoire a été confiée depuis 1986 à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Saint-Joseph. Une partie des collections des pères était exposée dans quelques vitrines du laboratoire. Cet espace, qui au départ était réservé uniquement aux chercheurs, a été entièrement transformé et reconçu pour devenir le Musée de Préhistoire libanaise, un musée moderne et pédagogique, ouvert au public depuis juin 2000. Les résultats de plus d’un siècle d’investigations archéologiques, sur des centaines de sites retraçant près d’un million d’années d’histoire de l’Homme au Liban, y sont conservés et exposés au public (Haïdar-Boustani 2009).

Les objectifs de la création de ce musée

Créé à partir des collections des pères jésuites, le Musée de Préhistoire libanaise a plusieurs objectifs :

  1) Faire connaître le patrimoine préhistorique libanais, sensibiliser le public à la protection et au respect de ce patrimoine.

  2) Initier le jeune public, en particulier scolaire, à la préhistoire.

  3) Accueillir les étudiants et les spécialistes libanais et étrangers travaillant sur la préhistoire.

  4) Conserver le patrimoine préhistorique.

  5) Participer à la recherche préhistorique. En somme les objectifs du musée sont l’éducation, la recherche sans oublier la délectation !

Un parcours thématique et chronologique

L’exposition permanente du musée retrace cette longue histoire, sur un mode scientifiquement rigoureux mais aussi didactique. Conçu d’une manière pédagogique, le Musée de Préhistoire libanaise propose de découvrir plus de 400 objets à travers des vitrines accompagnées de panneaux explicatifs en français et en arabe.

Comme la préhistoire est un domaine peu ou mal connu du public libanais et que nos connaissances de la préhistoire libanaise sont lacunaires pour de multiples raisons, nous avons choisi de placer chaque thème traité à la fois dans le cadre plus général de la préhistoire et dans le contexte proche-oriental où cette période est mieux documentée.

Au fil de la visite, le visiteur découvrira dans cet espace plusieurs thèmes de la préhistoire : l’évolution humaine, l’outil, le feu, la chasse, l’habitat, l’agriculture, etc. Ces thèmes sont représentés évidemment à travers des objets archéologiques, mais aussi des objets expérimentaux et actuels, des maquettes. En outre, une riche iconographie rend le discours scientifique plus explicite. La visite commentée se fait en arabe, français ou anglais. Un film documentaire (version française et arabe) sur le Liban pendant la préhistoire complète la visite.

La recherche

Non sans difficultés, le Musée de Préhistoire libanaise tente de relancer la recherche. Nous nous sommes engagés en 2001, en partenariat avec la Direction Générale des Antiquités et le Council for British Research in the Levant, dans un projet de prospection dans les montagnes de l’Anti-Liban. De cette vaste région montagneuse Wadi Atneine et le plateau de Ard el Kichek, situés au sud du village de Aarsal, ont été prospectées en 1969 et 1972 par Bruce Schroeder de l’Université de Toronto. Des sites épipaléolithiques et néolithiques ont été découverts, parmi lesquels la Grotte de Nachacharini. Mais les travaux de cette mission furent interrompus en 1975. La campagne de 2001 (Garrad et al. 2004) avait quatre objectifs majeurs: 1) Localiser et préciser par GPS la position des sites déjà découverts par B. Schroeder. 2) Prospecter intensivement le plateau de Nachcharini et le Wadi Atneine. 3) Étudier le contexte environnemental afin d’avoir une idée sur les possibilités d’occupation au cours du temps. 4) Évaluer l’état de conservation de la Grotte de Nachcharini pour d’éventuelles fouilles.

Fig.2 : Industrie lithique natoufienne, Jeftelik, Homs-Syrie. Photo mission syro-libanaise-espagnole.

Fig.2 : Industrie lithique natoufienne, Jeftelik, Homs-Syrie. Photo mission syro-libanaise-espagnole.

Fig.3. Céramique néolithique, Tell Al Marj, Homs-Syrie. Photo mission syro-libanaise-espagnole.

Fig.3. Céramique néolithique, Tell Al Marj, Homs-Syrie. Photo mission syro-libanaise-espagnole.

Après le Liban, le Musée de Préhistoire libanaise s’est engagé en Syrie où, de 2004 jusqu’à 2010, une mission tripartie syro-libano-espagnole a mené des investigations archéologiques dans la région de Homs (Haïdar-Boustani et al. 2005, 2007, 2008, 2009). Ces prospections avaient pour objectif non seulement d’inventorier tous les sites du Paléolithique jusqu’à l’époque ottomane, mais aussi et surtout de localiser les sites qui marquent le début de la néolithisation et ceux plus tardifs de l’âge du Bronze ancien. Le choix de ces deux axes de recherches résulte à la fois des problématiques scientifiques des directeurs de la mission et de l’état des connaissances. Les campagnes de prospections et d’études ont été suivies par des sondages et des fouilles sur trois sites : Jeftelik (Natoufien) (Haïdar-Boustani et al., 2007, Ibáñez et al. 2012, Rodríguez Rodríguez et al., 2010, 2013), Tell Al Marj (Néolithique à céramique) et Tell Ezou (Bronze ancien). En outre, un grand nombre de sites mégalithiques a fait l’objet de relevés (Armendáriz et al., 2008, 2011 ; Ibáñez et al. 2010).

Fig.4 : Une partie de la coupe de Tell Labwé Sud, Béqaa-Liban. Photo mission libano-espagnole.

Fig.4 : Une partie de la coupe de Tell Labwé Sud, Béqaa-Liban. Photo mission libano-espagnole.

En 2011 nous sommes intervenus de nouveau sur le territoire libanais, plus exactement sur le site néolithique de Tell Labwé Sud. Situé dans la vallée de la Béqaa à une trentaine de kilomètres au nord de Baalbek, ce site bien connu des préhistoriens avait fait l’objet de sondages réalisés par D. Kirkbride en 1966. L’objectif premier de la campagne de 2011 était de compléter les données livrées par ces sondages en appliquant une approche pluridisciplinaire. La stratigraphie d’une partie de la plus grande coupe préservée du tell a révélé quatre niveaux allant de la fin du PPNB moyen/début du PPNB récent (niveau IV) au Néolithique à céramique (niveau I) riches en vestiges architecturaux, en matériel et en macro-restes végétaux. D’après les datations obtenues la fondation du village remonte à la fin du 7e millénaire av. J.-C. (8100 ± 40 BP) et la dernière occupation au début du 6e millénaire av. J.-C. (7640 ± 40 BP) (Haïdar-Boustani et al., 2014). C’est le plus vieil établissement sédentaire au Liban où la domestication des céréales et des animaux de boucherie est attestée. Les premiers sédentaires de Labwé n’étaient pas isolés du reste du monde. La présence de pièces en obsidienne, matériau allogène, témoigne d’un contact avec la Turquie. Les analyses physico-chimiques ont démontré que ce matériau provenait de la Cappadoce, du Taurus et du lac Van (Khalidi et al. 2013). Des pièces archéologiques découvertes à Tell Labwé Sud sont exposées au Musée de Préhistoire libanaise jusqu’en décembre 2015.

Fig.5 : Outils en os néolithiques, Tell Labwé Sud, Béqaa-Liban. Photo mission libano-espagnole.

Fig.5 : Outils en os néolithiques, Tell Labwé Sud, Béqaa-Liban. Photo mission libano-espagnole.

Fig.6 : Fragment d’un sol peint, Tell Labwé Sud, Béqaa-Liban. Photo mission libano-espagnole.

Fig.6 : Fragment d’un sol peint, Tell Labwé Sud, Béqaa-Liban. Photo mission libano-espagnole.

Un accord de collaboration a été signé en octobre 2012 par l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et l’Université Lumière Lyon 2 autour du projet ANR intitulé PaléoLib, paléoenvironnement et occupation du sol au Liban durant l’Holocène (2010-2014). Ce projet est codirigé par F. Braemer et Bernard Geyer avec la collaboration de Nicolas Jacob, Lévon Nordiguian et la nôtre. Nous avons participé aux prélèvements d’échantillons de sédiments réalisés entre janvier et février 2013 dans les sites marécageux de la Béqaa, et à l’alimentation d’une base de données des sites.

Les résultats scientifiques obtenus dans le cadre du projet PaléoLib ainsi que d’autres projets menés au Liban par des équipes libanaises et internationales seront diffusés au grand public sous forme d’une exposition intitulée : « L’Homme et le paysage au Liban : 200 000 ans d’adaptation ». À portée pédagogique, cette exposition qui offre une vision originale du paysage au Liban et de ses interactions avec l’Homme aura lieu en novembre 2015 au Liban et en France. Cette exposition circulera aussi dans les établissements scolaires du Liban.

Par ailleurs, le Musée de Préhistoire libanaise accueille des chercheurs libanais et étrangers pour l’étude de collections et propose à la consultation le fonds de sa bibliothèque spécialisée qui porte le nom de Lorraine Copeland. Cette dernière fut pendant longtemps la proche collaboratrice du père Francis Hours. Auteure de l’inventaire des sites préhistoriques au Liban, basé en grande partie sur la documentation conservée au Musée de Préhistoire libanaise et publié en trois livraisons dans les Mélanges de l’Université Saint-Joseph, Lorraine Copeland a fait don de sa bibliothèque personnelle au Musée de Préhistoire libanaise.

Les activités

Fig.7 : « L’héritage de Darwin », exposition au Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Fig.7 : « L’héritage de Darwin », exposition au Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Le Musée de Préhistoire libanaise organise plusieurs types d’activités, certaines sont destinées aux étudiants et chercheurs, d’autres aux scolaires. Des conférences et des séminaires sur la préhistoire et l’archéologie du Liban et d’ailleurs y sont fréquents. Quant aux expositions, elles sont plus ponctuelles. Nous développons aussi des ateliers pédagogiques et ludiques à l’intention des écoliers. Lors de ces ateliers axés sur une thématique particulière liée étroitement à la Préhistoire (poterie, parure, vannerie, peinture corporelle, art pariétal…), les participants acquièrent plus de connaissances sur les techniques, les inventions, les découvertes et les modes de vie des hommes préhistoriques. Suite à une introduction historique, le médiateur livre aux élèves des données archéologiques ainsi que les découvertes scientifiques faites au Liban ou ailleurs. Par ailleurs, chaque année à l’occasion de la Journée Nationale du Patrimoine et de la Journée Internationale des Musées qui ont lieu au mois de mai, le Musée de Préhistoire libanaise ouvre ses portes gratuitement aux visiteurs et organise des activités selon le thème proposé chaque année par l’ICOM (Conseil international des musées). À ces journées, vient s’ajouter depuis 2014 « La Nuit des Musées », évènement culturel, organisée par le Ministère de la culture dans le cadre du mois de la francophonie.

Fig.8 : Atelier de vannerie, Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Fig.8 : Atelier de vannerie, Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Fig. 9 : Atelier de peinture pariétale, Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Fig. 9 : Atelier de peinture pariétale, Musée de Préhistoire libanaise, Université Saint-Joseph, Beyrouth.

Bibliographie

Armendáriz A., Teira L., Al-Maqdissi M., Haïdar-Boustani M., Ibáñez J.J. and González Urquijo J. 2008. The megalithic necropolises in the Homs Gap (Syria). A preliminary approach », in: Córdoba J., Molist M., Pérez C., Rubio I., Martínez S. (eds.), Proceedings of the 5th International Congress on the Archaeology of the Ancient Near East, Vol. I, Universidad Autónoma de Madrid Ediciones, Madrid, April 3-8, 2006: 151-162.

Armendáriz A., Ibáñez J.J., Al-Maqdissi M., Haïdar-Boustani M., Teira L. and González Urquijo J. 2011. The megalithic necropolises at the West of Homs (Syria), in: Steimer- Herbet T. (dir), Pierres levées, stèles anthropomorphes et dolmens/Standing stones, anthropomorphic stelae and dolmens, Colloque International, Amman 15-17 juin 2007, BAR International Series XXXX : 55-65.

Garrard A., Pirie A., Schroeder B. and Wasse A. with contributions by Clarke J., Haïdar-Boustani M., Rhodes S. and Yazbeck C. 2004. Survey of Nahcharini Cave and prehistoric settlement in the Northern Anti-Lebanon Highlands, Bulletin d’archéologie et d’architecture libanaises 7 (2003) : 15-48.

Haïdar-Boustani M. 2009. Les jésuites pionniers de la préhistoire libanaise, Mélanges de l’Université Saint-Joseph LXII : 35-61.

Haïdar-Boustani M., Ibáñez J.J., Al-Maqdissi M., Armendáriz A., González Urquijo J. and Teira L. 2005. Prospections archéologiques à l’Ouest de la ville de Homs : rapport préliminaire, campagne 2004 , Tempora (Annales d’Histoire et d’Archéologie, Université Saint-Joseph, Beyrouth), vol. 14-15 (années 2003-2004) : 59-91.

Haïdar-Boustani M., Ibáñez J.J., Al-Maqdissi M., Armendáriz A., González Urquijo J. and Teira L. 2007. New data on the Epipalaeolithic and Neolithic of the Homs Gap : Three campaigns of archaeological survey (2004-2006), Neo-Lithics 1/07: 3-9.

Haïdar-Boustani M., Ibáñez J.J., Al-Maqdissi M., Armendáriz A., González Urquijo J. and Teira L. 2008. Prospections archéologiques à l’Ouest de la ville de Homs : rapport préliminaire, campagne 2005, Tempora (Annales d’Histoire et d’Archéologie, Université Saint-Joseph, Beyrouth), vol. 16-17, (années 2005-2006) : 9-38.

Haïdar-Boustani M., Ibáñez J.J., Al-Maqdissi M., Armendáriz A., González Urquijo J. and Teira L., Rodríguez Rodríguez A., Terradas X., Boix J., Tapia J., Sabreen E. 2009. Prospections archéologiques à l’Ouest de la ville de Homs : campagnes 2006-2007, Tempora (Annales d’Histoire et d’Archéologie, Université Saint-Joseph, Beyrouth), vol. 18 (2007-2009) : 7-49.

Haïdar-Boustani M., Ibáñez J.J. avec les contributions de Arranz Amaia, Gratuze B., Himi M., Khalidi L. et Teira L. 2014. Nouveaux travaux archéologiques à Tell Labwé Sud (Béqa‛ nord). Campagne 2011, Bulletin d’archéologie et d’architecture libanaises 15 (2011) : 5-28.

Ibáñez J.J., Haïdar-Boustani M., Al-Maqdissi M., Armendáriz A., González Urquijo J. et Teira L. 2010. Découverte de nécropoles mégalithiques à l’ouest de Homs, in :  Al-Maqdissi M., Braemer F. et Dentzer J.-M. (dirs), Hauran V. La Syrie du sud du Néolithique à l’antiquité tardive. Recherches récentes, Actes du colloque de Damas 2007, Vol. I, Bibliothèque archéologique et historique T. 191, IFPO, Beyrouth : 359-366.

Ibáñez J.J., Terradas X., Armendáriz A., González Urquijo J. et Teira L., Braemer F., Gourichon L., Haïdar-Boustani M., Rodríguez Rodríguez A. 2012. Nouvelles données sur les architectures des sites natoufiens de Jeftelik et Qarassa 3 (Syrie centro-occidentale et du sud) , in : Montero Fenellós J.-L., (éd.), Du village néolithique à la ville syro-mésopotamienne, Vème Rencontre Syro-Franco-Ibérique d’Archéologie et d’Historie Ancienne du Proche-Orient 21-22 novembre 2011, Facultade de Humanidades, Universidade da Coruña, Bibliotheca Euphratica Vol. 1, Universidade da Coruña : 9-33.

Khalidi L., Gratuze B., Haïdar-Boustani M., Ibáñez J.J., and Teira L. 2013. Results of Geochemical Analyses of Obsidian Artefacts from the Neolithic Site of Tell Labwe South, Lebanon , 7th Conference on PPN Chipped and Ground Stone Industries of the Fertile Crescent, Universitat Autònoma de Barcelona, Servei de Publicacions, Spain : 475-494.

Rodríguez Rodríguez A., Haïdar-Boustani M., González Urquijo J.E., Ibáñez J.J., Al-Maqdissi M., Terradas X. and Zapata L. 2010. Jeftelik: A New Early Natufian Site in The Levant (Homs Gap, Syria), Antiquity Vol. 84, issue 323, March 2010, on line : http://www.antiquity.ac.uk/projgall/ibanez323/

Rodríguez Rodríguez A., Haïdar-Boustani M., González Urquijo J.E., Ibáñez J.J., Al-Maqdissi M., Terradas X. and Zapata L. 2013. The Early Natufian Site of Jeftelik (Homs Gap, Syria), in : BAR-YOSEF O. & VALLA F.R. (eds), Natufian Foragers in the Levant. International Monographs in Prehistory. Archaeological Series 19. Ann Arbor, Michigan : 61-72.

L’auteur

Maya Haïdar-Boustani est directrice du Musée de Préhistoire libanaise de l’Université Saint-Joseph et enseignante à la Faculté des lettres et des sciences humaines. Préhistorienne, elle s’intéresse actuellement à la préhistoire du Liban, en particulier la néolithisation de la Béqaa mais aussi de la trouée de Homs.

mpl@usj.edu.lb

www.mpl.usj.edu.lb

 


Pour citer ce billet : Haïdar-Boustani M. 2015. Le Musée de Préhistoire libanaise de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, 15 ans déjà ! , ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 15 mai 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/4072

Le Néolithique en Iran : où en sommes-nous aujourd’hui ?

L’aile orientale du Croissant Fertile – le piémont du Haut-Zagros – s’étend en grande partie sur l’Iran moderne, région peu touchée par la recherche archéologique depuis la révolution de 1979 et la guerre Iran-Iraq qui a suivi, de 1980 à 1988. Cette interruption a aussi frappé la recherche sur le Néolithique qui, dans les années 1970, était dominée par des équipes américaines adeptes de la « Nouvelle Archéologie ».

 Depuis, le pays est resté largement fermé à la recherche internationale, sauf pour des interventions ponctuelles, et seuls de rares programmes de recherche systématique ont réussi à s’implanter. Une des conséquences de cette fermeture est que la perception des zones orientales de l’important foyer de néolithisation que représente le Croissant Fertile reste aujourd’hui très marginalisée, et la région n’apparaît pas, ou peu, dans les modèles explicatifs synthétiques. Mais depuis quelques années d’importantes avancées ont eu lieu dans la recherche et leurs résultats justifient une reprise de la discussion – c’est ce que cette brève contribution souhaite mettre en lumière.

Les progrès de la recherche prennent plusieurs formes : le réexamen des données provenant des anciennes fouilles aide à reconsidérer, voire rectifier parfois la chronologie et livre de nouveaux détails, grâce à une méthodologie améliorée ; plus important, nos collègues iraniens, de leur côté, ont beaucoup investi dans la recherche systématique de terrain et ont produit des données nouvelles qui enrichissent notre connaissance, comme en témoigne la publication récente d’un volume édité en anglais (Matthews & Fazeli Nashli (dir.) 2013). Même si la région reste encore sous-explorée, par comparaison avec, par exemple, la Turquie, où les découvertes les plus spectaculaires datent des années 1980, nous sommes maintenant prêt à investiguer le rôle qu’a joué la partie orientale du Croissant Fertile dans la néolithisation de l’Asie occidentale.

A ce stade de nos connaissances, le Protonéolithique 1 (12500–10200 av. J.-C., selon Aurenche 2009) reste encore mal connu. Les fouilles de grottes dans la vallée de Bolaghi, en Iran méridional, ont attesté une occupation du 14e au 10e millénaire BP (Tsuneki & Zeidi dir. 2008), auxquelles s’ajoutent des traces de présence révélées par des prospections et des sondages menés dans les années 1970 (Rosenberg 2003), mais il semble que la plupart des régions aient été abandonnées pendant les siècles du Dryas Récent : on observe, dans les grottes de Bolaghi comme dans d’autres régions, des lacunes qui restent difficiles à interpréter : on a avancé l’hypothèse que la population serait descendue dans les vallées ou dans des sites de basse altitude pendant une période prolongée, avant de s’y réinstaller au moment où le climat se serait amélioré. Si cette hypothèse est correcte, il est fort probable que certains éléments nous échappent encore, dans la mesure où la sédimentation des fonds de vallées et autres événements géologiques peuvent avoir altéré notre perception d’ensemble des traces d’occupation.

Fig. 1 : la Vallée de Seimarreh, Luristan, Iran occidental : le site Chia Sabz Est au moment de sa découverte en 2007 (Photographie par B. Helwing).

Fig. 1 : la Vallée de Seimarreh, Luristan, Iran occidental : le site Chia Sabz Est au moment de sa découverte en 2007 (Photographie par B. Helwing).

Avec le Protonéolithique 2 (10200-8300 av. J.-C.) le nombre des habitations sédentaires augmente. Elles sont représentées par de nouvelles fouilles à Sheikh-e Abad en Kermanshah (Matthews et al. dir. 2013) et plus particulièrement à Chogha Golan, grand site multi-périodes situé au pied du Zagros. Un sondage y a livré une séquence stratigraphique permettant de suivre l’évolution d’une économie qui commence avec la cueillette des plantes sauvages et aboutit, en deux millénaires, à la culture des céréales. Il témoigne donc d’un processus qui s’est développé sur place et qui inscrit ce site dans le grand courant de la domestication des céréales qui a eu lieu simultanément dans d’autres foyers d’Asie de l’Ouest (Riehl et al. 2013). Une économie de cueillette focalisée principalement sur les légumineuses et les céréales est aussi attestée à Chia Sabz Est, site installé au-dessus d’une source karstique dans la vallée du Seimarreh au Luristan (fig. 1). Ce site a été découvert au cours d’une prospection préventive, avant la construction du barrage de Seimarreh, prospection conduite par une équipe de l’Institut de Recherche Archéologique (ICAR) composée de S. Rasoul, S. Boroudjeni, Hassan Deghanifard et moi-même. Ce site, qui a depuis lors été fouillé par nos collègues iraniens (Darabi et al. 2013), comprend plus de 5 mètres de niveaux culturels et est recouvert de plus de 3 mètres de terre provenant d’un glissement de terrain. Les fouilles y ont dégagé une série de constructions en moellons et deux inhumations, ainsi que des parures en pierre polie connectées aux assemblages lithiques de la tradition trialétienne (fig. 2).

Fig. 2 :Chia Sabz Est : exemples d'outils de l'industrie lithique ramassées en surface lors de la découverte du site (Photographie par B. Helwing).

Fig. 2 : Chia Sabz Est : exemples d’outils de l’industrie lithique ramassées en surface lors de la découverte du site (Photographie par B. Helwing).

On connaît mieux le Néolithique 1 (8300-6900 av. J.-C.) : le nombre de sites augmente et plusieurs fouilles antérieures aux années 1980 illustrent ces étapes de développement. La nouvelle datation de Tepe Ali Kosh (Hole 2000) et le réexamen des assemblages lithiques (par exemple Thomalsky 2014) permet de contextualiser ces données dans un cadre plus large : le courant néolithique du Haut-Zagros se développe au cours des 8e-7e millénaire av. J.-C., avec des habitations sédentaires dans les fonds de vallée, où les vestiges d’une architecture en pisé et moellons contribuent à la formation de “tepes” visibles dans le paysage, suivies de l’introduction de la céramique au cours du 7e millénaire av. J.-C. Ainsi, une occupation bien attestée se manifeste dès le Néolithique 1 dans les vallées du Haut-Zagros, alors que des régions plus reculées comme le Plateau Iranien ne sont occupées qu’au début du 6e millénaire av. J.-C. (pour un résumé : Helwing 2014).

 Comment le Néolithique iranien s’inscrit-il dans le processus de néolithisation d’Asie occidentale ? Comparé à des régions mieux explorées, comme le sud-est de la Turquie et le Moyen Euphrate, le Zagros Iranien fait encore pâle figure : nous ne connaissons ni bâtiments communautaires comme à Jerf el-Ahmar ou à Göbekli Tepe, ni expressions artistiques comparables aux sculptures de Nevali Çori ou aux vases en pierre trouvés dans le cimetière de Körtik Tepe. Les cultures du Zagros n’auraient-elles pas participé aux profondes transformations économiques et cognitives qui caractérisent le Néolithique en général ? Les populations néolithiques du Haut-Zagros ne seraient-elles que les parents pauvres des cultures néolithiques qui fleurissent plus à l’Ouest ? Certainement pas : les communautés néolithiques du Zagros égalent leurs voisins par leur investissement dans la gestion des plantes et des animaux, et leurs usages rituels, tels qu’on peut les reconstituer à partir des vestiges archéologiques qui incluent des équipements comme des bucranes de chèvre sauvage et des ailes d’oiseaux. Il nous manque encore des structures construites ou des bâtiments communautaires, mais il est fort probable que cette lacune ne fait que refléter l’état de la recherche : les fonds de vallée ensevelis de haute montagne, les recherches interrompues depuis longtemps, tout contribue à produire une impression de retard culturel qui ne reflète que l’état lacunaire de nos connaissances. Il ne fait aucun doute qu’un vaste champ d’exploration s’ouvre devant nous !

Bibliographie :

Aurenche O. 2009. La néolithisation du Proche Orient, in: Demoule J.-P. (dir.), La révolution néolithique dans le monde, Inrap-Universcience, Paris, CNRS Editions, 33-48.

Darabi H., Fazeli Nashli H., Naseri R., Riehl S., Young R. 2013. The neolithisation process in the Seimarreh Valley: Excavations at East Chia Sabz, Central Zagros, in: Matthews R.J., Fazeli Nashli H. (dir.), The Neolithisation of Iran: The Formation of New Societies, Themes from the Ancient Near East BANEA Publication Series, Oxford, Oakville, Oxbow Books, 55-76.

Helwing B. 2014. East of Eden? A review of Turkey’s eastern neighbors in the Neolithic, in: Özdoğan M., Başgelen N., Kuniholm P. (dir.), The Neolithic of Turkey 6. New Excavations & New Research, Istanbul, Archaeology & Art Publications, 321-377.

Hole, F., 2000. New radiocarbon dates for Ali Kosh, Iran, Neo-Lithics 2000, 13.

Matthews R.J., Fazeli Nashli H. (dir.) 2013. The Neolithisation of Iran: Patterns of Change and Continuity, Themes from the ancient Near East BANEA publication series, Oxford, Oakville, Oxbow Books.

Matthews R., Matthews W., Mohammadifar Y. (dir.) 2013. The Earliest Neolithic of Iran. The 2008 Excavations at Sheikh-e Abad and Jani, The British Institute of Persian Studies Archaeological Monograph Series IV, Central Zagros Archaeological Project, Oxford, Oakville, Oxbow Books.

Riehl S., Zeidi M., Conard N.J. 2013. Emergence of Agriculture in the Foothills of the Zagros Mountains of Iran, Science 341, 65-67. doi:10.1126/science.1236743

Rosenberg M. 2003. The Epipaleolithic in the Marvdasht, in: Miller, N.F., Abdi, K. (dir.), Yeki Bud, Yeki Nabud : Essays on the Archaeology of Iran in Honor of William M. Sumner. Los Angeles, Cotsen Institute of Archaeology at UCLA, 98-108.

Thomalsky J. 2014. Ganj Dareh: new emphasis on an old-fashioned “villagers site,” in: Niknami, K.A., Azizi Kharanaghi, M.H., Khanipour, M., Naseri, R. (dir.), Proceedings of the International Congress of Young Archaeologists. Archaeological Scientific Association, Téhéran, University of Tehran, Iran, 7-26.

Tsuneki A., Zeidi M. (dir.) 2008. Tang-e Bolaghi: the Iran-Japan Archaeological Project for the Sivand Dam Salvage Area, Al-Shark 3, Téhéran, Iranian Center for Archaeological Research [et al.].

L’auteur :

Barbara Helwing est professeur de préhistoire à l’Université Lumière-Lyon 2. Archéologue, spécialiste du Proche et Moyen-Orient.
UMR 5133-Archéorient, MSH Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon.


Pour citer ce billet : Helwing. B. 2015. Le Néolithique en Iran : où en sommes-nous aujourd’hui ? , ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 7 mai 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/4061

Recompositions spatiales du peuplement en Crète minoenne

La Crète de l’âge du Bronze, c’est-à-dire la période minoenne, a vu se développer une brillante civilisation marquée par l’apparition, vers 2000 av. J.-C., de grands édifices administratifs organisés autour d’une vaste cour centrale, les “palais” (fig. 1). Ces derniers étaient entourés de véritables agglomérations urbaines dès le début du 2e millénaire avant J.-C. Comme on s’en doute, les palais ont monopolisé l’intérêt des archéologues, depuis la naissance de l’archéologie égéenne jusqu’à une date récente.

Fig. 1 : vue aérienne du palais de Malia (© EFA).

Fig. 1 : vue aérienne du palais de Malia (© EFA).

Les fouilles ont montré que les principaux palais crétois (fig. 2) ont été détruits une première fois vers 1700 av. J.-C., puis reconstruits, et détruits une nouvelle fois vers 1450 av. J.-C. On parle de “période des Premiers Palais” (ou protopalatiale) et “période des Seconds Palais” (ou néopalatiale).

Fig. 2 : les principaux palais crétois (fond de carte O. Barge).

Fig. 2 : les principaux palais crétois (fond de carte O. Barge).

 Au cours des deux dernières décennies, cependant, les prospections archéologiques se sont multipliées autour des villes minoennes et ont conduit à la découverte de nombreux sites ruraux, d’une superficie variant de la simple ferme isolée à la bourgade de plusieurs hectares. L’analyse des tessons trouvés en surface permet de dater l’occupation de ces sites et, par conséquent, de mettre en lumière l’évolution du peuplement au cours du temps (nombre et taille des sites, mais aussi schéma d’implantation). C’est ainsi qu’on a observé, dans la plupart des régions de Crète, une diminution du nombre de sites entre la période des Premiers Palais et celle des Seconds Palais, et une tendance à la nucléation (regroupement de la population dans des sites moins nombreux et plus grands). Ce phénomène a généralement été expliqué par des facteurs politiques, voire militaires, du fait que Cnossos gagne en importance après la destruction des premiers palais et aurait dominé l’ensemble de la Crète pendant la période néopalatiale.

Fig. 3 : : limites de la prospection archéologique de la région de Malia  (© S. Müller Celka, fond de carte O. Barge).

Fig. 3 : limites de la prospection archéologique de la région de Malia (© S. Müller Celka, fond de carte O. Barge).

Dans la région de Malia, prospectée sur environ 40 km2 entre la côte nord-est de la Crète et le mont Séléna dans le massif du Diktè (Müller 1990, 1991, 1992, 1996, 1998, Müller et al. 2006) (fig. 3), ce phénomène est particulièrement marqué, avec un véritable effondrement du nombre de sites à la fin de la période protopalatiale. Or le relief très contrasté de la région, qui inclut une petite plaine côtière entourée d’anciennes terrasses marines puis de contreforts montagneux s’élevant très rapidement à près de 1500 mètres d’altitude, met clairement en lumière un autre phénomène : la disparition des sites protopalatiaux affecte essentiellement les zones d’altitude alors que la plaine n’est pratiquement pas affectée (fig. 4-5).

Fig. 4-5 : distribution des sites protopalatiaux et néopalatiaux dans la région de Malia (© Etude S. Müller Celka, infographie E. Régagnon). Fig. 4-5 : distribution des sites protopalatiaux et néopalatiaux dans la région de Malia (© Etude S. Müller Celka, infographie E. Régagnon).
Fig. 4-5 : distribution des sites protopalatiaux et néopalatiaux dans la région de Malia (étude S. Müller Celka, infographie E. Régagnon).

Ce constat donne à penser que l’évolution du schéma de peuplement tient peut-être à un changement dans l’exploitation des ressources naturelles (altération ou disparition de certaines ressources, progrès techniques dans les modes d’exploitation de certaines autres…?) ; en d’autres termes, cette évolution pourrait dépendre de facteurs économiques plutôt que politiques, ou à tout le moins d’une combinaison des deux.

Avec mon collègue Dario Puglisi, spécialiste de la Crète néopalatiale, et le paléoécologue Frédéric Bendali, nous avons décidé d’explorer cette hypothèse. Les résultats de notre travail ont paru récemment dans les actes du colloque Physis qui s’est tenu à Paris en 2012 (Müller Celka et al. 2014) ; les grandes lignes en sont résumées ici.

Notre démarche a d’abord consisté à définir les différentes unités paléoenvironnementales de la région de Malia et leur potentiel agricole ; pour ce faire, nous avons eu recours à la méthode phytoécologique, fondée sur un recensement des végétaux actuels et leur analyse statistique par rapport aux données pédologiques et hydrologiques locales (Godron 1970). Il s’agissait ensuite d’examiner la distribution des sites protopalatiaux et néopalatiaux par rapport à ces unités et de trouver dans cette confrontation les raisons qui ont poussé les habitants à abandonner les pentes de la montagne pour s’installer en plaine ou sur les premières terrasses marines. Enfin, il fallait tester notre explication sur d’autres régions de Crète pour lesquelles des prospections archéologiques ont fourni des données sur la distribution des sites d’habitat.

Les résultats de l’analyse phytoécologique ont permis de reconnaître huit unités environnementales (fig. 6) : la plaine côtière à cultures maraîchères irriguées (1), bordée à l’est par une zone humide (1a, marais littoral alimenté par une résurgence karstique), les conglomérats calcaires des basses pentes plus ou moins érodées, aménagées par des murs de terrasse et caractérisées par des olivettes et autres cultures irriguées (2-3), les olivettes non irriguées sur calcaire et schistes à phyllites (4-5), les pentes karstiques à terra rossa avec vestiges d’anciennes terrasses dominées par l’association caroubier-lentisque-olivier sauvage (6), les pâtures d’altitude à genêt et chêne-kermès (7), le milieu forestier (essentiellement chêne-vert) et les pâtures arborées (8).

Fig. 6 : carte des unités phytoécologiques de la région de Malia (© Etude S. Müller Celka, infographie E. Régagnon).

Fig. 6 : carte des unités phytoécologiques de la région de Malia (© Etude S. Müller Celka, infographie E. Régagnon).

Deux limites bioclimatiques ont aussi été mises en évidence : la première, vers 300 m, marque le passage à un climat tempéré humide, les pentes de la montagne étant beaucoup plus arrosées que la côte; la seconde, vers 700 m, correspond principalement à la limite de l’olivier et de la vigne (même si ces cultures sont possibles par endroit jusqu’à 900-1000 m). On sait par ailleurs que le climat de Crète a évolué au cours de l’âge du Bronze vers une saisonnalité plus marquée et une aridité accrue (Rackham et Moody 1996, Moody 2000).

Les sites d’altitude étaient donc les plus propices à une économie diversifiée et aux cultures non irriguées, grâce à une pluviométrie suffisante. Les terres arables de la plaine, au contraire, avaient un rendement faible en culture sèche, mais présentaient un potentiel agricole supérieur à celui de la montagne si elles étaient irriguées, grâce à des températures plus élevées et des surfaces planes plus étendues, moins sensibles à l’érosion des sols.

Si l’on superpose la carte de distribution des sites et celle des unités phytoécologiques (fig. 7), deux observations s’imposent immédiatement : la dispersion des sites protopalatiaux à tous les étages et la désaffection quasi totale de l’étage montagneux à l’époque néopalatiale. On note également que presque tous les sites néopalatiaux se trouvent sous la limite des 300 m. Tous, sauf deux, étaient déjà occupés à la période protopalatiale.

Fig. 7 : distribution des sites protopalatiaux et néopalatiaux dans les unités phytoécologiques de la région de Malia (©  Etude S. Müller Celka, infographie E. Régagnon)

Fig. 7 : distribution des sites protopalatiaux et néopalatiaux dans les unités phytoécologiques de la région de Malia (© Etude S. Müller Celka, infographie E. Régagnon)

Une étude plus détaillée nous montre que les sites de montagne au-dessus de 300 m d’altitude ont en général une superficie inférieure à 500 m2, ce qui signifie qu’ils consistaient en une seule unité d’habitation (alors que la plupart des sites de plaine sont supérieurs à 1000 m2 et peuvent atteindre 10000 m2). Le matériel qu’on y trouve suggère qu’ils étaient occupés de manière pérenne et que l’exploitation du territoire était assez diversifiée mais fondée en grande partie sur l’élevage, la récolte d’espèces spontanées et l’exploitation du miel (fig. 8) plutôt que sur l’agriculture. L’outillage lithique, la céramique et les vestiges architecturaux indiquent, au minimum, un certain degré de dépendance par rapport au Palais de Malia.

Fig. 8 : fragments de ruches (photo S. Müller Celka)

Fig. 8 : fragments de ruches (photo S. Müller Celka)

À partir de ces résultats, il fallait se demander pourquoi les sites d’altitude et les ressources qu’ils offraient avaient été abandonnés à la fin de la période protopalatiale, et si cet abandon avait été progressif ou brutal (par exemple lié à la destruction des Premiers Palais).

Deux lignes d’interprétation possibles se dessinaient : soit un évènement de nature politique ou un épisode climatique catastrophique avait détruit l’infrastructure nécessaire à l’exploitation de l’étage forestier, soit l’effort nécessaire pour exploiter les pentes montagneuses avait perdu son intérêt parce que des innovations techniques permettaient de tirer un meilleur rendement de la plaine et des anciennes terrasses marines. Dans ce second cas, on aurait alors affaire à une transition progressive, sans lien direct avec la destruction des Premiers Palais. Le fait que les sites d’altitude n’aient plus été réoccupés entre la fin de la période protopalatiale et la période vénitienne est un argument déterminant en faveur de cette seconde hypothèse, d’autant plus que la plupart des sites protopalatiaux de la plaine ont continué à être habités ou se sont même développés.

Il faut alors en déduire une amélioration significative des systèmes d’exploitation agricole de la plaine et des basses pentes, que ce soit sous l’effet de la pression démographique ou suite à l’acquisition de technologies nouvelles, qu’elles aient été développées sur place ou importées d’Egypte ou du Proche-Orient. L’élément déterminant peut résider dans le fait, déjà signalé, que la plaine a un meilleur potentiel agricole que les pentes si on parvient à l’irriguer. Une forme embryonnaire d’irrigation était peut-être pratiquée à la période protopalatiale à partir des résurgences karstiques et des torrents saisonniers, sans quoi la plaine n’aurait pas été aussi densément habitée, mais un saut quantitatif a pu intervenir si les énormes réserves hydriques du sous-sol sont brusquement devenues accessibles. On échappe difficilement à la conclusion que de nouvelles techniques d’irrigation ont dû être introduites au début de la période néopalatiale, en particulier des systèmes de retenue et d’extraction (puits à balancier ?) permettant d’accéder aux nappes phréatiques. La découverte récente de puits néopalatiaux (Mcgillivray et al. 2007) et de barrages de retenue en Crète de l’Est (Betancourt 2012, Vokotopoulos et al. 2014) renforce cette conclusion. Il est aussi possible que l’aménagement systématique des premières pentes au moyen de terrasses agricoles remonte à cette période.

Fig. 9 : évolution du peuplement dans différentes régions de Crète, de l'époque protopalatiale à l'époque néopalatiale (diagramme D. Puglisi).

Fig. 9 : évolution du peuplement dans différentes régions de Crète, de l’époque protopalatiale à l’époque néopalatiale (diagramme D. Puglisi).

Pour terminer, nous avons examiné la situation dans d’autres régions de Crète, où le schéma de peuplement présente des trajectoires différentes de celles de la région de Malia (fig. 9). Or il apparaît que les régions qui subissent la plus forte régression du nombre de sites à l’époque néopalatiale sont justement celles dont la superficie est occupée majoritairement par un relief montagneux supérieur à 600 ou 800 m. Il s’agit de milieux caractérisés par de fortes pentes, peu favorables au labourage et à une agriculture intensive. Au contraire, les régions qui semblent connaître un succès croissant en terme de peuplement sont celles qui présentent un relief moins marqué, se situent au-dessous de 300 m d’altitude et sont mieux connectées aux réseaux de communication inter-régionaux. Grâce au cas très contrasté de Malia, les diverses dynamiques de peuplement de l’île trouvent donc une clé d’analyse commune, qui implique dans tous les cas un déplacement généralisé des populations vivant en altitude, ou dans des secteurs marginaux à faible teneur en terres arables, vers les terrasses alluviales basses, plus favorables à la culture intensive des céréales, des légumineuses, de l’olivier et de la vigne, soutenue par une irrigation efficace.

La comparaison entre la région de Malia et les autres régions de Crète semble donc bien conforter notre hypothèse de départ : ce sont principalement des facteurs économiques, liés au mode d’exploitation des ressources naturelles, qui rendent compte des dynamiques de peuplement au tournant des périodes néopalatiale et protopalatiale. Mais il reste beaucoup à faire pour mettre en évidence des traces objectives de ces nouvelles techniques agricoles et pour explorer tous les tenants et aboutissants de leurs conséquences sur le peuplement minoen.

Bibliographie :

Betancourt P.P. 2012. The Dams and Water Management Systems of Minoan Pseira, Philadelphia (INSTAP Academic Press).

Godron M. 1970. Application de la théorie de l’information à l’étude de l’homogénéité et de la structure de la végétation, in : R. TÜXEN (éd.), Gesellschaftsmorphologie, La Hague (W. Junk N.V. Publishers), 31-38.

Macgillivray A., Sackett L.H., Driessen J. 2007. Palaikastro: Two Late Minoan Wells, BSA Supplementary volume 43, Londres (British School at Athens).

Rackam O., Moody J. 1996. The Making of the Cretan Landscape, Manchester-New York (Manchester University Press).

Moody J. 2000. Holocene Climate Change in Crete: An Archaeologist’s View, in : P. Halstead, C. Frederick (eds), Landscape and Land Use in Postglacial Greece, Sheffield (Sheffield Academic Press), 52-61.

Müller S. 1990. Travaux de l’Ecole française d’Athènes en Grèce en 1989 : prospection de la plaine de Malia, BCH 114/2, 921-930.

–   1991. Travaux de l’Ecole française d’Athènes en Grèce en 1990 : prospection de la plaine de Malia, BCH 115/2, 75-84.

–   1992. Travaux de l’Ecole française d’Athènes en Grèce en 1991 : prospection de la plaine de Malia, BCH 116/2, p. 742-743.

–   1996. Travaux de l’Ecole française d’Athènes en Grèce en 1995 : prospection de la plaine de Malia, BCH 120/2, p. 921-928.

–   1998. Travaux de l’Ecole française d’Athènes en Grèce en 1996 : prospection de la plaine de Malia, BCH 122/2, p. 548-552.

Müller Celka S., Laffineur R., Anslijn J.-N. 2006. Travaux de l’Ecole française d’Athènes en Grèce en 2002 : prospection archéologique de Malia, BCH 127/2 (2003) [2006], 456-469.

Müller Celka S., Puglisi D., Bendali F. 2014. Settlement Pattern Dynamics and resource exploitation in MM-LM I Crete: the case of Malia, in: R. Laffineur, H. Procopiou, F. Rougemont, G. Touchais (éds), PHYSIS. Natural environment and human interaction in the Prehistoric Aegean. Proceedings of the conference held in Paris (INHA), 11-14th December 2012, Aegaeum 37, Liège (Peeters), 431-440.

Vokotopoulos L., Plath G., McCoy F.W. 2014. The Yield of the Land: Soil Conservation and the Exploitation of Arable Land at Choiromandres, Zakros in the New Palace Period, in: R. Laffineur, H. Procopiou, F. Rougemont, G. Touchais (éds), PHYSIS. Natural environment and human interaction in the Prehistoric Aegean. Proceedings of the conference held in Paris (INHA), 11-14th December 2012, Aegaeum 37, Liège (Peeters), 251-262.

L’auteur :
Sylvie Müller Celka est chargée de recherche au CNRS, archéologue, spécialiste du monde égéen.
UMR 5133-Archéorient, MSH Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon.

Pour citer ce billet : Müller Celka S. 2015. Recompositions spatiales du peuplement en Crète minoenne, ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 1 mai 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/3999

Quand les Anciens rivalisaient avec la nature : Pierres fines et matières vitreuses à Ougarit (Syrie)

Le royaume méditerranéen d’Ougarit au Levant Nord (actuelle côte syrienne, district de Lattaquié) connut une période de prospérité au cours des deux derniers siècles de l’âge du Bronze (XIVe – début du XIIe siècle avant notre ère). Cet État marchand, entre Orient et Occident, Anatolie et Égypte, était alors vassal de l’empire hittite qui rayonnait sur l’Anatolie.

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Carte du Proche et Moyen-Orient

La civilisation qui s’y développa est bien connue, grâce à l’exceptionnelle documentation archéologique et épigraphique livrée pour l’essentiel par les fouilles archéologiques menées sur trois sites du royaume, devenus des sites de référence pour l’étude de la civilisation urbaine et palatiale de l’âge du Bronze au Proche-Orient et en Méditerranée orientale.

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Carte du Royaume d’Ougarit (Mission archéologique de Ras Shamra)

Il s’agit du tell de Ras Shamra (à une dizaine de kilomètres au Nord de Lattaquié), où sont exhumés les vestiges de la capitale, Ougarit, et de deux sites appartenant au district métropolitain, Minet el-Beida, antique Ma’ḫadu, où se trouvait le port principal, et Ras Ibn Hani, probablement Ra’šu, sur la péninsule la plus avancée du littoral syrien en face de l’île de Chypre.

Les textes découverts, pour la plupart écrits sur tablettes d’argile, sont rédigés soit en ougaritique, la langue locale (au moyen d’un alphabet écrit avec des signes cunéiformes), soit en accadien, la lingua franca de l’époque (au moyen d’un système d’écriture cunéiforme logo-syllabique) et renseignent sur tous les aspects de la vie administrative, politique, économique, intellectuelle et religieuse de ce royaume aux marges méridionales de l’empire hittite.

On apprend ainsi que les Ougaritains savaient fabriquer un matériau qui ressemblait au lapis-lazuli, qui avait la couleur du lapis-lazuli, mais qui n’en était pas ! Une lettre en accadien précise même l’envoi d’un substitut en vue de tromper sciemment le destinataire : cas flagrant d’« erreur sur la substance » qui fut de suite découvert. Le document témoigne de l’importance de l’affaire, puisqu’elle concerne deux souverains contemporains.

La lettre adressée par un haut fonctionnaire de la cour hittite, dénommé Taguhli, au roi d’Ougarit nous apprend que ce dernier a cherché à se soustraire à l’obligation de fournir du lapis-lazuli comme tribut au roi hittite de Karkémish (ville au nord-est d’Alep) : « Le cœur du Roi est fort irrité et c’est à moi que le Roi s’en est pris : « est-ce que cet homme ne se moque pas de moi ? Une pierre comme cela, il l’a ramassée par terre et il me l’a fait porter en disant : à présent, je te fais porter du lapis-lazuli !’ Est-ce bien du lapis-lazuli que tu m’as envoyé ? Mieux vaudrait ne rien envoyer plutôt que de ramasser et d’envoyer une pierre (glose : de la fritte) de cette sorte, afin de ne pas irriter ainsi le cœur du roi ! Maintenant, trouve du lapis-lazuli venant de quelque part… » (traduction de Sylvie Lackenbacher).

Matoian_Vue aérienne du Palais royal d’Ougarit (cliché Alain Saint-Hilaire)

Vue aérienne du Palais royal d’Ougarit (cliché Alain Saint-Hilaire)

Le dossier épistolaire comprend une autre missive exprimant clairement la déception du roi hittite car le roi d’Ougarit ne lui a pas livré la roche fine tant appréciée : « Au sujet du lapis-lazuli, dont tu as écrit au Roi : “j’ai cherché du lapis-lazuli mais je n’en ai pas trouvé”, le cœur du roi est plein de griefs contre mon seigneur ; maintenant, que mon seigneur cherche du lapis-lazuli chez quelqu’un et qu’il en fasse porter au Roi. Le Roi recherche fort le lapis-lazuli. Si tu lui fais porter du lapis-lazuli, tu verras si le Roi ne te fait pas de faveurs…» (traduction de Sylvie Lackenbacher).

Les pierres semi-précieuses furent appréciées au Proche-Orient dès les époques anciennes. Parmi ces roches, le lapis-lazuli, recherché d’Iran en Égée et d’Égypte en Anatolie pour sa couleur, sa beauté et sa préciosité, occupait une place de choix. Il était importé depuis les régions lointaines d’Asie centrale, où plusieurs sources d’approvisionnement sont connues, au premier rang desquelles les gisements du Badakhshan.

Fig1_Matoian_Macrophotographie d'un bloc de matière de "bleu égyptien" (cliché C2RMF)

Macrophotographie d’un bloc de matière de “bleu égyptien” (cliché C2RMF)

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Perle en lapis-lazuli de Ras Shamra,  L. 2;16 cm (Mission archéologique de Ras Shamra)

Dans la documentation textuelle d’Ougarit, les mentions du lapis-lazuli font généralement référence au monde du divin et à celui de la royauté. L’ougaritique iqnu et l’accadien uqnû désignent le lapis-lazuli, ainsi que la couleur bleue. La couleur est en effet un critère essentiel de classification des pierres dans le Proche-Orient ancien. La pureté en est un autre. Dans des textes d’Ougarit, la roche est parfois qualifiée de « pure ». On aurait alors affaire au véritable lapis-lazuli, laissant entendre que l’absence du qualificatif pourrait correspondre soit au lapis-lazuli, soit au « faux » lapis-lazuli.

En ce sens, la documentation livrée par Ougarit n’est pas unique car, très tôt, les hommes créèrent des matériaux artificiels imitant / reproduisant la couleur de ces roches fines, ainsi que d’autres de leurs qualités, comme la brillance, l’opacité ou la translucidité, voire la transparence. Mais quelles valeurs revêtaient précisément ces différents matériaux aux yeux des Ougaritains ? Notre documentation reste trop lacunaire pour que nous puissions répondre aisément à cette question et la réponse dépend du contexte dans lequel le matériau fut utilisé. Valeur symbolique et valeur « marchande » furent probablement étroitement imbriquées et il n’est pas acquis que l’équivalence entre « pur » et « vrai » ait été systématiquement retenue.

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Éléments d’incrustation en forme de boucle, en lapis-lazuli (à gauche), en verre (à droite), Ras Shamra (cliché V. Matoïan). Le verre, aujourd’hui très altéré, était à l’origine de couleur bleue.

Dans la lettre mentionnée plus haut, le mot accadien pour désigner la matière envoyée en substitut au lapis-lazuli est fondé sur une racine signifiant : « verser, couler » et c’est probablement à une matière vitreuse de couleur bleue – du verre, du « bleu égyptien », voire peut-être une « faïence » – que le texte fait référence. Si les deux matériaux – le lapis-lazuli et le matériau artificiel – n’ont pas la même valeur, le second, « ramassé par terre », étant de qualité moindre par nature, on remarquera que le terme de « faux » n’est cependant pas employé.

L’étude de la culture matérielle offre matière à réflexion car les fouilles à Ougarit ont montré la présence, à côté d’objets taillés dans des pierres fines ou des résines fossilisées, d’artefacts en matériaux vitreux « imitant » ces matériaux naturels. On a ainsi retrouvé des perles en verre de couleur ocre imitant l’ambre, en verre rubané marron et blanc imitant l’agate, ou encore en verre incolore – une des plus anciennes attestations connues à ce jour – imitant le cristal de roche.

Matoian_Macrophotographie d’un verre couleur ambre, Ras Shamra (cliché C2RMF, I. Biron).

Macrophotographie d’un verre couleur ambre, Ras Shamra (cliché C2RMF, I. Biron)

Si les occurrences de ces trois matériaux et de leurs imitations restent rares à Ougarit, l’étude du lapis-lazuli et de ses possibles substituts révèle une situation bien différente. Les recherches ont permis d’identifier un corpus d’une trentaine de pièces en lapis-lazuli d’une part (la turquoise n’est pas attestée), et plusieurs centaines d’objets en « bleu égyptien », en « faïence », en verre de couleur bleu d’autre part. Les types et les formes sont très variés avec majoritairement des perles, mais aussi des pendeloques, des bagues, des sceaux-cylindres, des scarabées, des pions de jeu, des vases, des pièces d’incrustations… Quelques formes sont communes aux deux ensembles (par exemple, des perles globulaires côtelées en lapis-lazuli et en « bleu égyptien » ou encore des éléments d’incrustation en forme de boucle ou volute en verre bleu et en lapis-lazuli).

Plusieurs programmes de recherche, menés par V. Matoïan, A. Bouquillon, I. Biron et S. Pagès-Camagna, dans le cadre d’une collaboration avec le Centre de Recherche et de restauration des Musées de France (C2RMF), le Louvre, la Direction générale des Antiquités et des Musées de Syrie, la Mission archéologique syro-française de Ras Shamra, le CNRS, ont privilégié l’étude archéométrique de ces matériaux vitreux. De nombreuses méthodes d’examen et d’analyse ont été mises en œuvre : loupe binoculaire, microscopie électronique à balayage, diffraction des rayons X, colorimétrie… et AGLAE, l’Accélérateur Grand Louvre d’Analyse Élémentaire, un outil d’investigation à la pointe de la modernité permettant des analyses élémentaires non-destructives. Ces travaux ont permis de connaître la structure et la composition chimique de ces différentes matières vitreuses, d’en définir les caractéristiques techniques, qu’elles soient de nature homogène (verre) ou hétérogène (faïence, « bleu égyptien »), colorées dans la masse ou uniquement en surface à l’aide d’oxydes métalliques (cuivre et cobalt principalement). Des recettes de fabrication ont aussi été mises en évidence, montrant le grand savoir-faire technique des artisans de l’époque, capables de maîtriser la transformation de la matière sous l’action de la chaleur (à des températures supérieures à 800° C). Si les principaux composants sont les mêmes (silice, alcalis, chaux, oxydes métalliques pour la coloration) pour ces différentes espèces siliceuses artificielles, les proportions diffèrent d’un matériau à l’autre, de même que les recettes de fabrication.

Pendeloque en forme de grappe de raisin en faïence monochrome bleu-gris importée d'Égypte, H. 5,07 cm, Minet el-Beida (cliché V. Matoïan) La coloration est obtenue grâce à l'ajout de cobalt.

Pendeloque en forme de grappe de raisin en faïence monochrome bleu-gris importée d’Égypte, H. 5,07 cm, Minet el-Beida (cliché V. Matoïan). La coloration est obtenue grâce à l’ajout de cobalt.

Matoian_Pion de jeu, Ras Shamra (cliché C2RMF). L'objet est fabriqué dans une pâte siliceuse colorée par du "bleu égyptien".

Pion de jeu, Ras Shamra (cliché C2RMF). L’objet est fabriqué dans une pâte siliceuse colorée par du “bleu égyptien”.

Les artisans savaient obtenir différentes nuances de bleu, en jouant sur la granulométrie, la nature du pigment, le choix du ou des oxydes métalliques présents dans le mélange. L’oxyde de cobalt produit un bleu plus profond. L’ajout d’une faible proportion d’oxyde de manganèse à de l’oxyde de cobalt permettait d’obtenir une glaçure monochrome bleu-gris plus foncé… Dans certains cas, les analyses en laboratoire apportent des éléments discriminants pour définir l’origine d’une production. Des produits importés d’autres régions, par exemple d’Égypte, ont ainsi été mis en évidence. Dans d’autres cas, ce sont au contraire des innovations locales qui ont été découvertes tels ces objets fabriqués à partir d’une pâte siliceuse colorée avec du « bleu-égyptien », témoignant que le « bleu égyptien » ne fut pas seulement un pigment pictural dans l’antiquité.

Ainsi, les Anciens, pour pallier la rareté de certains matériaux nobles, précieux et rares, pour imiter leurs couleurs et d’autres de leurs qualités, ont su faire preuve d’inventivité et mettre au point des techniques innovantes.

À paraître

L’ensemble des résultats des programmes de recherche menés en collaboration avec le C2RMF sera publié au printemps 2016 dans un ouvrage de la série Ras Shamra – Ougarit, qui paraîtra à l’occasion d’une journée d’étude au C2RMF :

Matoïan V., Biron I., Bouquillon A. et Pages-Camagna S. à paraître. L’analyse des matières vitreuses de Ras Shamra – Ougarit, Faïence, bleu égyptien, verre, céramique à glaçure du Bronze récent, Leuven, Éd. Peeters (Ras Shamra – Ougarit XXIV).

Pour en savoir plus

* sur la mission archéologique syro-française de Ras Shamra – Ougarit : http://www.ras-shamra.ougarit.mom.fr

* sur les matières vitreuses d’Ougarit

Biron I., Matoïan V., Henderson J. and Evans J. 2012. Scientific analysis of glass beads from Ras Shamra-Ugarit (Syria), in : Ignatiadou, D.  et Antonaras, A. (dir.), Annales du 18e congrès de l’Association Internationale pour l’Histoire du Verre, à Thessalonique (20-25 septembre 2009), Thessalonique, 27-32.

Bouquillon A. et Matoïan V. 2007. Les faïences à glaçure monochrome bleu-gris d’Ougarit (Syrie), in : Goyon, J.-P. et Cardin, C.  (dir.), Actes du Neuvième Congrès International des Égyptologues (Grenoble, 2004), Orientalia Lovaniensia Analecta 150, Leuven – Paris – Dudley, 207-220.

Matoïan V. 2000. Données nouvelles sur le verre en Syrie au IIe millénaire av. J.-C. : le cas de Ras Shamra-Ougarit, in : Nenna, M.-D. (dir.), La route du verre, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée (TMO 33,) 23-47.

Matoïan V. 2008. Ougarit blues, in : C. Roche (dir.), D’Ougarit à Jérusalem. Recueil d’études épigraphiques et archéologiques offert à Pierre Bordreuil, Orient & Méditerranée 2, Paris, Éditions de Boccard, 81-96.

Matoïan V. et Bouquillon A. 2000. Le “bleu égyptien” à Ras Shamra-Ougarit (Syrie), in : P. Matthiae, A. Enea, L. Peyronel et F. Pinnock (dir.), Proceedings of the First International Congress on the Archaeology of the Ancient Near East (Rome, 18-23 mai 1998), Rome, 985-1000.

Matoïan V. and Bouquillon A. 2003. Vitreous materials in Ugarit: new data, in : Potts, T. , Roaf, M.  and Stein, D.  (dir.), Culture through Objects: Near Eastern, Studies in Honour of P.R.S. Moorey, Griffith Institute Oxford, 333-346.

Matoïan V. et Bouquillon A. 2006. Les matières bleues de l’antique cité d’Ougarit, Documents d’archéologie syrienne IX, Damas, Direction Générale des Antiquités et des Musées (ouvrage bilingue, en français et en arabe).

Matoïan V. et Vita J.-P. sous presse.  Faire du faux, dire vrai et son contraire à Ugarit, Journal Asiatique 301.1 (2015).

* Sur les roches d’Ougarit

Icart J.-C., Chanut C. et Matoïan V. 2008. Le matériel en pierre du Palais royal d’Ougarit : diagnose, nomenclature, provenance et usage, in : Matoïan, V.  (dir.), Le mobilier du palais royal d’Ougarit, RSO XVII, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 157-190.

* Sur le lapis-lazuli dans l’Orient ancien

Casanova M. 2013. Le lapis-lazuli dans l’Orient ancien, production et circulation du Néolithique au IIe millénaire av. J.-C., Paris.

* Traductions extraites de l’ouvrage

Lackenbacher S. 2002. Textes akkadiens d’Ugarit : Textes venant des vingt-cinq premières campagnes, Littératures anciennes du Proche-Orient 20, Paris, Éditions du Cerf.

* Petit glossaire technique

– Matière vitreuse : une matière vitreuse est une espèce siliceuse renfermant une phase vitreuse.

– « Bleu égyptien » : d’une manière générale, dans la littérature archéologique et technologique, le « bleu égyptien » désigne soit un pigment, soit encore la matière constitutive de certains objets. Son composant caractéristique est la cuprorivaïte CuCaSi4O10 (silicate double de cuivre et de calcium) dont la formule a été donnée par le chimiste français Fouqué en 1889. Le « bleu égyptien » est en réalité un mélange complexe. Il comprend, d’une part, des phases cristallines parmi lesquelles la cuprorivaïte mais aussi le quartz, la tridymite et, d’autre part, une phase vitreuse. Ce mélange a été obtenu au terme d’une série de procédés de frittage, broyage, cuisson dans une atmosphère oxydante (entre 876° et 1050° C) d’un mélange initial de sable, de calcite, de composés de cuivre et d’alcalins.

– « Faïence » : La faïence antique est un matériau hétérogène comprenant un corps de pâte siliceuse recouvert d’une glaçure de nature alcaline.

 L’auteur

Valérie Matoïan est archéologue, chargée de recherche au CNRS (HDR). Directrice française de la Mission archéologique syro-française de Ras Shamra – Ougarit
UMR 5133 – Archéorient, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon

Pour citer ce billet : Matoïan V. 2015. Quand les Anciens rivalisaient avec la nature : Pierres fines et matières vitreuses à Ougarit (Syrie), ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 24 avril 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/3952

L’exploitation des eaux du bassin de l’Oronte : des premiers aménagements hydrauliques aux problèmes actuels d’accès à l’eau

Depuis 2012, la Maison de l’Orient et de la Méditerranée participe au programme Exploitation des eaux du bassin de l’Oronte : Enjeux et perspectives pour une gestion concertée des ressources hydriques. Dirigé par Ronald Jaubert, professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève, et financé par la Direction du développement et de la coopération suisse, ce programme a pour objectif de contribuer à la gestion coordonnée de l’eau dans le bassin de l’Oronte, partagé entre le Liban, la Syrie et la Turquie. Le réseau de collaborations qui s’est constitué inclut des partenaires du monde académique suisse, français, libanais, syrien et turc, mobilisant des disciplines aussi variées que l’hydrogéologie, les sciences politiques et l’archéologie.

Impliquée dans l’identification d’actions en matière de gestion de l’eau et d’intervention d’urgence, cette coopération pluridisciplinaire et internationale a conduit notamment à la production d’un atlas en ligne. Cet atlas offre une vue d’ensemble des thématiques explorées par le programme, du milieu physique aux effets du conflit en Syrie, en passant par la longue histoire des aménagements hydrauliques dans la région. C’est sur ce dernier sujet, des plus anciens aménagements aux difficultés d’accès à l’eau liées au conflit actuel, que nous allons présenter une synthèse des connaissances. L’état actuel de cette synthèse porte sur les parties libanaise et syrienne du bassin, la partie turque étant en cours d’intégration.

Les spécificités de l’Oronte

L’Oronte, caractérisé par un débit moyen abondant et régulier et l’absence de crues dévastatrices (Weulersse 1940), s’écoule dans une région relativement bien arrosée, en limite occidentale du Croissant fertile. C’est ainsi que le bassin de ce fleuve constitue un pôle historique et économique depuis des millénaires. Les cités prestigieuses qui s’y sont développées sont nombreuses, dominant de riches territoires. Nous pouvons citer en exemple Émèse (Homs), Hamath-Epiphania (Hama) ou encore Antioche (Antakya), caractérisées par la pérennité de leur occupation. Cette prospérité est liée à la présence du fleuve, mais aussi à l’exploitation de l’ensemble des eaux du bassin – sources, nappes phréatiques et nombreux affluents. Le bassin de l’Oronte se définit également par la diversité de sa topographie et des sols, la saisonnalité des précipitations et une aridité marquée dans sa partie sud-est. La complexité du bassin et la variété des ressources en eau ont ainsi conduit au façonnement de paysages distincts mais souvent caractérisés par la présence d’aménagements hydrauliques, comme les fameux « jardins de l’Oronte » et leurs norias (fig. 1).

Fig.1 : Jardins et noria à Hama dans les années 1930 (© IFPO)

Fig.1 : Jardins et noria à Hama dans les années 1930 (© IFPO)

Les aménagements hydrauliques antiques

Des pratiques d’adduction d’eau ont dû être expérimentées très tôt, à l’aide d’aménagements divers dont il reste aujourd’hui de nombreux témoins. Ces structures hydrauliques sont des barrages, des canaux ou des aqueducs, des qanats (galeries drainantes souterraines connectées à la surface par une série de puits), des norias (roues à eau), des moulins mais aussi des puits, construits ou plus simplement creusés sommairement dans les nappes alluviales. Ces aménagements alimentaient les cités, irriguaient les cultures ou servaient à des fins industrielles.

Si les aménagements hydrauliques anciens datés avec certitude ne sont pas antérieurs à l’époque romano-byzantine, il est fort possible que des puits, canaux ou barrages aient été construits bien avant cette période. Comment ne pas penser en effet à la florissante période de l’âge du Bronze qui vit se développer le phénomène urbain ou, bien plus tôt, au Néolithique, dès lors que sont attestés en plusieurs points du Proche-Orient le fonçage de puits et la canalisation de l’eau (Galili & Nir 1993 ; Stordeur et al. 2000). Cependant, dans le cas du bassin de l’Oronte, nulle preuve tangible n’a été encore découverte pour des périodes antérieures à l’époque romaine, durant laquelle se développe la construction d’ouvrages monumentaux traversant plus aisément les âges. Les plus impressionnants d’entre eux font même l’objet de légendes locales : le « canal de Zénobie » (fig. 2), qui aurait conduit l’eau de Laboué dans la Beqaa jusqu’à Palmyre en Syrie centrale mais dont on perd le tracé près d’Hisyah (fig. 3), ou le « canal de l’amoureux » (qanat al ‘Ashiq) entre Salamiyah et Apamée (Afamiya), dont la longueur de 150 km dépasse de loin celle des plus grands aqueducs de la Rome antique (Balty 1987).

Fig.2a : Parcours du « Canal de Zenobie » sur le piémont de l’Anti-Liban et détail (clichés M. Al-Dbiyat)

Fig.2a : Parcours du « Canal de Zenobie » sur le piémont de l’Anti-Liban et détail (clichés M. Al-Dbiyat)

Fig.2b : détail sur le parcours du « Canal de Zenobie » sur le piémont de l’Anti-Liban (clichés M. Al-Dbiyat)

Fig.2b : détail sur le parcours du « Canal de Zenobie » sur le piémont de l’Anti-Liban (clichés M. Al-Dbiyat)

 Les données disponibles dans la littérature, les images satellites (CORONA, Google Earth, Bing Maps) et les cartes topographiques au 1/50000e des années 1940 ont permis d’inventorier et de cartographier plus de 400 structures hydrauliques historiques dans le bassin, liées à l’exploitation des cours d’eau, des sources et des nappes superficielles. Les plus nombreuses sont de loin les moulins, suivis des norias et des qanats (fig. 3) ; les puits n’ont pas été pris en compte pour les périodes anciennes. À ces aménagements s’ajoutent une trentaine de canaux et une demi-douzaine de barrages et d’aqueducs. L’apparition et l’histoire de ces différentes structures est relativement bien connue à l’échelle du Proche-Orient. Localement, cette restitution se complexifie. Quelques exemples sont cependant notables dans le bassin de l’Oronte.

Fig. 3 : Carte du bassin versant de l’Oronte et des aménagements hydrauliques historiques dans les parties libanaise et syrienne du bassin

Fig. 3 : Carte du bassin versant de l’Oronte et des aménagements hydrauliques historiques dans les parties libanaise et syrienne du bassin

Nous avons évoqué le « canal de l’amoureux », aqueduc servant à acheminer l’eau des sources d’Ayn ez Zarqa’ jusqu’à la cité d’Apamée. Les données testimoniales permettent de dater sa construction en 116-117 de notre ère (Balty 1987). Détruit par un tremblement de terre en 1157, l’aqueduc fut restauré en 1491 et son parcours modifié en direction de Hama (Kamel 1990), offrant la seule portion de son tracé qui a pu être cartographiée avec précision (fig. 3). L’existence des norias est quant à elle attestée depuis la période byzantine (395-636 ap. J.-C.) grâce à une mosaïque d’Apamée, datée de 469 (Dulière 1974 ; fig. 4). Leur construction s’est poursuivie jusque dans les années 1940, à l’exception de la noria d’Al Rawaniyya à Hama, édifiée dans les années 1990 (De Miranda 2007). Quant aux qanats et aux moulins, les premiers sont dans de nombreux cas associés à des sites romano-byzantins (Lightfoot 1996), et les seconds remonteraient fréquemment à l’époque ottomane, comme le moulin de Rabun (associé à une noria) au sud-est de Hama, daté de 1563 (De Miranda 2007). Mais ce type d’aménagement est utilisé dès l’antiquité, au moins depuis la période romaine (Mays 2010). Enfin, la construction initiale de certains barrages, dont le plus célèbre, celui de Qattinah, daterait de l’Antiquité, si ce n’est plus tôt (Calvet & Geyer 1992).

Fig. 4 : Mosaïque d’Apamée représentant une noria (© Musée de Hama)

Fig. 4 : Mosaïque d’Apamée représentant une noria (© Musée de Hama)

La datation avérée des premiers aménagements hydrauliques dans le bassin de l’Oronte remonte donc à la période romaine, ce qui n’exclut pas leur existence dès l’âge du Bronze, voire plus tôt. Les premiers aménagements de grande ampleur – aqueducs, qanats et norias – ne sont en revanche probablement pas antérieurs à l’Antiquité. Progressivement sont façonnés les « paysages hydrauliques » de l’Oronte : les cultures irriguées et canaux de la plaine de Qusayr-Homs, les zours et norias de Rastan à Hama, complétés par tout un réseau de qanats dans le sud-est steppique aride du bassin. Dès la fin de l’Antiquité, l’architecture des zones d’irrigation contemporaines est donc globalement en place.

La période contemporaine est cependant témoin de bouleversements profonds et rapides de l’exploitation de l’eau, ayant des conséquences sur le milieu naturel, dont l’anthropisation s’accélère considérablement. On peut distinguer trois périodes, correspondant à la mise en place des politiques d’aménagement du fleuve en Syrie et en Turquie (notamment des plaines du Ghab et de l’Amouk), au développement des puits et de l’exploitation à grande échelle des eaux souterraines, et à la crise en Syrie depuis 2011, qui voit une redistribution spatiale de la consommation et une forte réduction des extractions en eau pour l’irrigation, du fait notamment de la destruction des aménagements hydrauliques.

La période contemporaine : entre pérennité de l’usage d’aménagements anciens et bouleversements récents

Les aménagements hydrauliques actuellement en service sont pour partie des réhabilitations d’infrastructures antiques du Haut et Moyen Oronte, tels que le barrage de Qattinah, les canaux alimentant le périmètre de Qusayr, ou l’extension de réseaux d’irrigation pré-existants, dans la plaine de Homs par exemple (fig. 5). Autour de Salamiyah, les réseaux de qanats byzantins ont par ailleurs été restaurés lors du repeuplement sédentaire de la région à la fin du XIXe et au début du XXe siècle (Al-Dbiyat et Jaubert 2006).

Fig. 5 : Carte du bassin versant de l’Oronte et des aménagements hydrauliques contemporains dans les parties libanaise et syrienne du bassin (en 2010)

Fig. 5 : Carte du bassin versant de l’Oronte et des aménagements hydrauliques contemporains dans les parties libanaise et syrienne du bassin (en 2010)

La fin des années 1950 marque un tournant dans l’exploitation des ressources en eau. La construction des barrages de Rastan et de Muharadah sont la première étape des grands travaux d’aménagement des plaines d’Al Asharinah et du Ghab. Certains aménagements, tels que les qanats et les norias, ont été progressivement abandonnés (fig. 6) ; seul l’intérêt patrimonial de ces dernières a permis leur préservation, essentiellement dans la ville de Hama. La transformation principale de l’exploitation des ressources hydriques du bassin découle de l’introduction et de la multiplication des motopompes qui ont permis d’extraire d’importants volumes d’eau souterraine. Introduit dans les années 1950, principalement dans la région de Salamiyah, le forage de puits explose littéralement dans les années 1980 et 1990, dans la région frontalière de Al Qusayr, les plaines de Homs et de Salamiyah et Muhardah. La très forte augmentation de l’exploitation des aquifères du Crétacé et du Jurassique a pour conséquence une diminution drastique du débit de certaines sources, une surexploitation localisée des aquifères ainsi qu’une diminution progressive du débit de l’Oronte dans sa section avale.

Fig.6a : Noria à Al ‘Asharinah en 1932 (©IFPO)

Fig.6a : Noria à Al ‘Asharinah en 1932 (©IFPO)

Fig. 6b : Noria à Al ‘Asharinah en 2002 (cliché M.-L. Chambrade)

Fig. 6b : Noria à Al ‘Asharinah en 2002 (cliché M.-L. Chambrade)

La crise qui débute en 2011 en Syrie modifie de nouveau profondément les modalités et la spatialité de l’exploitation des ressources en eau. Le bassin de l’Oronte est l’une des régions les plus touchées par le conflit syrien (Haj Asaad et Jaubert 2014) : sur les 4 millions de personnes qui habitaient dans la partie syrienne du bassin en 2011, on estime que trois-quarts ont été déplacés depuis le début du conflit. Les combats, les destructions d’infrastructures, dont celles d’adduction d’eau potable et d’irrigation, ont provoqué de graves problèmes d’accès à l’eau potable et participé à une chute de la production agricole de 70% en 2014. D’autre part, la diminution brutale de la consommation en eau pour l’irrigation a provoqué une augmentation soudaine du débit de l’Oronte dans la partie avale, après un siècle de réduction graduelle.

Conclusion

De tous temps un pôle d’attraction, le bassin de l’Oronte a connu une alternance de périodes d’expansion et de densification de l’occupation humaine et de périodes de recul de cette occupation, les différentes parties du bassin n’étant pas toujours simultanément concernées. L’analyse de ces dynamiques d’occupation et des réponses apportées par les populations d’alors à des contraintes liées au milieu naturel ou aux conditions politiques et sécuritaires offre un éclairage précieux sur les bouleversements en cours. Les aménagements hydrauliques constituent de ce point de vue un reflet de ces évolutions et adaptations multimillénaires.

Références bibliographiques

Al-Dbiyat M. & Jaubert R. 2006. Le repeuplement sédentaire des Marges arides à l’époque contemporaine (1848-1960), in : R. Jaubert & B. Geyer (dir.), Les marges arides du Croissant fertile. Peuplements, exploitation et contrôle des ressources en Syrie du Nord, CS2, TMO 43, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 71-79.

Balty J.-C. 1987. Problèmes de l’eau à Apamée de Syrie, in : P. Louis, F. Métral & J. Métral (éds), L’homme et l’eau en Méditerranée et au Proche-Orient IV, L’eau dans l’agriculture, TMO 14, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 9-23.

Calvet Y. & Geyer B. 1992. Barrages antiques de Syrie, CMO 21, Série Archéologique 12, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée.

De Miranda A. 2007. Water architecture in the lands of Syria: the water wheels, Studia Archaeologica n° 156, Rome, “L’Erma” di Bretschneider.

Dulière C. 1974. Mosaïques des portiques de la grande colonnade, Fouilles d’Apamée de Syrie, Miscellanea fasc. 3, Bruxelles, Centre Belge de recherches archéologiques à Apamée, Syria.

Galili E. & Nir Y. 1993. The submerged pre‐pottery neolithic water well of Atlit‐Yam, northern Israel, and its palaeoenvironmental implications, The Holocene 3/3, 265‐270.

Haj Asaad A. & Jaubert R. 2014. Geostrategic stakes and the impact of the conflict in the Orontes River basin, Confluences méditerranée 89, 173-184.

Kamel M.W. 1990. L’importance structurale du qanayé et de la noria en Syrie, in : B. Geyer (éd.), Techniques et pratiques hydro-agricoles traditionnelles en domaine irrigué : approche pluridisciplinaire des modes de culture avant la motorisation en Syrie, BAH 136, Paris, P. Geuthner, 383-394.

Lightfoot D.R. 1996. Syrian qanat Romani: history, ecology, abandonment, Journal of Arid Environments 33/3, 321-336.

Mays L.W. 2010. A brief history of Roman water technology, in : L.W. Mays (éd.), Ancient water technologies, Dordrecht, Springer, 115-137.

Stordeur D., Marechal C., Molist M. & Taha A. 2000. Matériaux et types de constructions, aménagements domestiques, in : D. Stordeur (dir.), El Kowm 2. Une île dans le désert, Paris, CNRS Editions, 37‐51.

 Weulersse J. 1940. L’Oronte. Étude de Fleuve, Tours, Arrault.

Les auteurs

Marie-Laure Chambrade est docteur en archéologie, territoires et environnement, et associée au laboratoire Archéorient-UMR 5133. Géographe, elle s’est spécialisée dans l’étude des relations hommes-milieux en zones arides au Proche-Orient.

Myriam Saadé-Sbeih est docteur en sciences de l‘environnement, et chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement. Elle assure la coordination scientifique du programme Exploitation des eaux du bassin de l’Oronte.

Le village de Jerf el Ahmar (Syrie, 9500-8700 CAL BC). Ou comment interroger l’architecture pour comprendre la société qui l’engendre

Sur la rive gauche de l’Euphrate, au Nord de la Syrie (fig. 1), le village de Jerf el Ahmar est occupé pendant plus d’un demi-millénaire, entre 9500 et 8700 cal BC. Le processus de néolithisation est en chemin depuis 13 000 cal BC. La sédentarisation est acquise, les signes de production de subsistance se précisent. Justement, à Jerf el Ahmar et dans d’autres sites contemporains, la pratique d’une forme primitive d’agriculture est mise en lumière (Stordeur et Willcox 2009). Mais cette innovation majeure n’est pas la seule. Elle s’accompagne d’un développement exceptionnel de l’organisation sociale et d’une intense créativité dans les domaines techniques, symboliques et artistiques. A Jerf el Ahmar, le développement des structures sociales se lit particulièrement bien à travers les architectures et la gestion de l’espace villageois (Stordeur sous presse). Mais que lit-on au juste ?

Fig. 1. Situation géographique de Jerf el Ahmar.

Fig. 1. Situation géographique de Jerf el Ahmar.

Les maisons

Deux tendances se dessinent du début à la fin de l’occupation dans la construction des unités domestiques. La première concerne les contours. Progressivement les plans, arrondis à l’origine, tendent vers des formes quadrangulaires. La deuxième concerne le nombre de pièces. Au début de l’occupation aucune maison n’est subdivisée. A la fin, certaines maisons comportent jusqu’à cinq pièces. Si on combine ces deux tendances, on en déduit que les premières maisons construites à Jerf el Ahmar sont arrondies et monocellulaires (fig. 2), et les plus récentes rectangulaires et pluricellulaires (fig. 3). Mais le chemin de l’invention n’est pas si simple.

Fig. 2. A la phase ancienne toutes les maisons sont arrondies et monocellulaires. EA28 (IV/E) coupe EA37 (V/E), plus ancienne. Photo Mission El Kowm-Mureybet

Fig. 2. A la phase ancienne toutes les maisons sont arrondies et monocellulaires. EA28 (IV/E) coupe EA37 (V/E), plus ancienne. Photo Mission El Kowm-Mureybet

Fig. 3 : A la phase récente apparaissent les premières maisons quadrangulaires (EA17, 0/E). Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Fig. 3 : A la phase récente apparaissent les premières maisons quadrangulaires (EA17, 0/E). Photo Mission El Kowm-Mureybet.

D’abord l’innovation architecturale à Jerf est cumulative. Des modèles nouveaux apparaissent successivement dans les onze épisodes villageois (niveaux) détectés sur le site. Mais les anciens modèles ne sont pas tous, pour autant, abandonnés. Ce qui revient à dire que plus le temps passe, plus la diversité architecturale croît (fig. 4 : a et b).

Cette variété marque une étape dans l’histoire des architectures domestiques. Avant l’époque de Jerf (Horizon Pre-Pottery-Neolithic A, soit PPNA) toutes les maisons se ressemblent, la forme arrondie, sans subdivision est pratiquement la seule, parce que c’est la seule que l’on sait construire. Après l’époque de Jerf (dès l’horizon Pre-Pottery-Neolithic B, soit PPNB ancien) toutes les maisons se ressemblent à nouveau, mais pour une toute autre raison. C’est la société qui impose un modèle standardisé.

Fig. 4. L’épisode villageois II/W (phase récente). La diversité architecturale est à son maximum. Les maisons, de plain-pied, entourent un bâtiment communautaire enterré. Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Fig. 4a : L’épisode villageois II/W (phase récente). La diversité architecturale est à son maximum. Les maisons, de plain-pied, entourent un bâtiment communautaire enterré. Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Autre spécificité de Jerf, à partir du moment où les maisons ont plusieurs pièces, leur structure intérieure varie, tout en obéissant à des règles. A partir de la forme géométrique dessinée par les murs de subdivision, trois modèles se distinguent : tripartite, à pièces en enfilade, quadripartite en croix. Quant aux variantes, elles tiennent au fait qu’une même structuration intérieure peut s’inscrire dans des contours différents. Par exemple, les maisons tripartites, dont les murs intérieurs dessinent un T, ont d’abord des contours arrondis. Plus tard les murs extérieurs deviennent rectilignes, les angles restant arrondis (fig. 3). Enfin ces maisons tripartites deviennent rectangulaires. Mais, dans un même niveau récent, des maisons tripartites arrondies et rectangulaires se côtoient (fig. 4 : b).

Fig. 4b : relevé de terrain (M. Brenet) simplifié (E. Régagnon)

Fig. 4b : Relevé de terrain (M. Brenet) simplifié (E. Régagnon)

Enfin bien que répondant à des modèles, les maisons de Jerf el Ahmar ne sont nullement standardisées. Chaque construction est unique, dans sa forme et ses dimensions. Sauf lorsqu’une nouvelle maison est reconstruite, à l’identique, sur une maison arasée.

Les bâtiments communautaires

Deux types de bâtiments communautaires ont été édifiés à Jerf el Ahmar (fig. 5 et fig. 6). Ils se succèdent dans le temps. Ils ont en commun d’être très grands (6 m à 8 m de diamètre) et enterrés (2 m à 2,5 m sous le sol). Tous ont été incendiés volontairement.

Fig. 5 : Bâtiment communautaire polyvalent à subdivisions radiales (EA30, II/W, phase récente). Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Fig. 5 : Bâtiment communautaire polyvalent à subdivisions radiales (EA30, II/W, phase récente). Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Les plus anciens (comme EA30, phase récente, PPNA) sont compartimentés et polyvalents, tout en servant principalement au stockage des céréales (fig. 4 et fig. 5). Ils sont subdivisés par deux murs porteurs et des murets, qui partent de la circonférence et partagent l’espace intérieur en formant une figure géométrique rayonnante, caractérisée par une symétrie bilatérale. Six petites cellules font face à une large banquette. Il reste au centre un grand espace polygonal vide. Aucun passage direct n’est prévu entre cet espace central et les cellules. La communication ne peut s’effectuer qu’en enjambant les murets, grâce à deux petits escaliers d’angle. Les deux bâtiments de ce type qui ont été découverts à Jerf el Ahmar dessinent des figures semblables, identiques aux bâtiments communautaires contemporains de Mureybet (Aurenche 1980 ; Stordeur et al 2000 ; Stordeur 2006). Un peu plus tard, avec quelques variantes, on les retrouve à Tell ‘Abr 3 (Yartah 2005). Ces constructions, contrairement aux maisons, sont donc standardisées. Leur modèle est imposé, non seulement à l’intérieur du site, mais dans un ensemble de sites qui s’échelonnent sur presque 100 km le long de la rive gauche de l’Euphrate.

Fig. 6 : Bâtiment communautaire non subdivisé, à banquette ornée (EA53, -II/E, phase de transition PPNA/PPNB). Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Fig. 6 : Bâtiment communautaire non subdivisé, à banquette ornée (EA53, -II/E, phase de transition PPNA/PPNB). Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Les plus récents (EA53 phase de transition PPNA/PPNB) ne sont pas subdivisés (fig. 6). Leur seul aménagement est une banquette intérieure adossée au mur, qui dessine un hexagone équilatéral. Elle entoure un grand espace vide. A chaque angle de l’hexagone, un gros poteau en bois recouvert de terre a été planté pour soutenir la toiture (fig. 7). La banquette est renforcée, sur le devant, par de lourdes dalles en craie soigneusement taillées et polies, posées de chant. Leur bord supérieur est gravé avec la volonté claire d’offrir au regard un décor continu, parcourant tout le tour de la banquette sans être interrompu par les poteaux centraux, eux-mêmes décorés pour assurer le relais. Il consiste en une frise horizontale et régulière de triangles en champlevé, à laquelle s’ajoute parfois des lignes ondulées ou brisées (fig. 7).

 Fig. 7 : Devant la banquette de EA53 (Fig. 6), six poteaux en bois enduits de terre séparent des dalles calcaires verticales. Poteaux et dalles sont ornés d’un même type de décor. Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Fig. 7 : Devant la banquette de EA53 (Fig. 6), six poteaux en bois enduits de terre séparent des dalles calcaires verticales. Poteaux et dalles sont ornés d’un même type de décor. Photo Mission El Kowm-Mureybet.

Pour le moment, vu la faiblesse de la documentation on ne peut pas parler de standardisation pour ces bâtiments. Mais leur structure annonce celle des bâtiments spectaculaires de Göbekli, où les modestes poteaux de Jerf seront devenus des piliers mégalithiques sculptés, pesant plusieurs dizaines de tonnes (Schmidt 2002 et 2007).

Projets communs.  Projets à grande échelle. Existence d’une autorité ?

Plusieurs signes clairs montrent que des projets à grande échelle étaient conçus et exécutés par la totalité ou une partie du groupe qui résidait à Jerf el Ahmar. Les premiers sont les bâtiments communautaires qui se distinguent facilement des maisons individuelles par leur localisation, leur implantation, leurs dimensions et leurs fonctions (Stordeur et al 2000). Les autres signes se détectent à travers la préparation du terrain à construire, la planification de l’espace construit, la structure de l’espace villageois.

La préparation du terrain à bâtir évolue du début à la fin de l’occupation de Jerf el Ahmar. Dès la phase moyenne de l’occupation, il s’agit de « grands travaux » coordonnés par une autorité. Quelle forme d’autorité ? La question se pose, mais la réponse est inaccessible quand il s’agit de préhistoire.

A l’origine, les habitants de Jerf s’installent sur une colline, vers le milieu d’une pente qui descend vers un petit ruisseau encaissé. Durant la phase ancienne du site, le sol des maisons est horizontal, mais on ne voit aucun signe d’aplanissement de leur environnement. Dès le début de la phase moyenne (niveau III/E), les premiers indices d’un aménagement global de l’espace construit apparaissent sur cette même pente. A partir du sommet, lui-même égalisé, des terrasses sculptent le terrain et des maisons s’établissent sur chacune d’entre elles. Les choses se précisent un peu plus tard (niveau II/E). Les terrasses anciennes sont reprises et consolidées, après une destruction totale du village par incendie. On voit bien les murets qui en soutiennent le front (Fig. 8). Surtout lorsqu’ils coupent (en servant de marche) un étroit passage entre deux maisons. Murs de maisons et muret de terrasse sont alors chaînés, ce qui veut dire que l’ensemble était construit en même temps.

Fig. 8 : Un village en terrasses. La phase moyenne (niveau II/E) avec ses maisons reliées par les murets de soutènement de terrasses (restitution en 3D du relevé de fouille : O. Albdiyat).

Fig. 8 : Un village en terrasses. La phase moyenne (niveau II/E) avec ses maisons reliées par les murets de soutènement de terrasses (restitution en 3D du relevé de fouille : O. Albdiyat).

Comment une telle orchestration pouvait-elle se réaliser sans que le projet et les directives aient été centralisés ? Cela paraît difficile, voilà pourquoi nous pensons que ces travaux d’envergure impliquent l’existence d’une autorité. Celle-là même qui se détectait dans la capacité du groupe à concevoir et construire, forcément à plusieurs, de grands bâtiments communautaires enterrés.

Autre exemple de construction planifiée de tout un ensemble villageois, à la phase récente (niveau II/W), des maisons de plain-pied, de modèle très diversifié, entourent sur trois côtés un bâtiment communautaire enterré (fig. 4). Leurs orientations sont régulières, parallèles. Cette image d’une petite agglomération bien organisée, symétrique, est d’une rare clarté.

Groupes différenciés de maisons. Premières inégalités ?

L’implantation des maisons autour des bâtiments collectifs, on l’a vu, est clairement organisée. Or on note que le type, la grandeur et la qualité d’exécution des constructions n’est pas la même selon qu’elles sont bâties à proximité ou non des bâtiments communautaires (fig. 9).

Fig. 9 : Deux groupes de maisons se distinguent à la phase récente (niveau I/E). Les plus proches du bâtiment communautaires sont toutes tripartites, symétriques. Les plus éloignées sont hétéroclites, irrégulières (relevé simplifié E. Régagnon, présentation O. Albdiyat

Fig. 9 : Deux groupes de maisons se distinguent à la phase récente (niveau I/E). Les plus proches du bâtiment communautaires sont toutes tripartites, symétriques. Les plus éloignées sont hétéroclites, irrégulières (relevé simplifié E. Régagnon, présentation O. Albdiyat

Contrairement à ce qui se passe souvent, dans les sociétés anciennes comme actuelles, le bâtiment qui réunit le groupe n’est pas construit au point le plus haut de l’agglomération. Il ne la domine pas. Au contraire, il est enfoui à ses pieds. Il est placé à la limite de la zone construite tout en étant partiellement entouré par les maisons qui lui sont les plus proches. A la phase moyenne (niveaux II/E et I/E) ces premières maisons, qui ont une vue directe sur le lieu le plus prestigieux du village, sont toutes bâties sur le même modèle et particulièrement bien construites (fig. 9). Les quatre maisons qui s’alignent sur la terrasse basse sont de type tripartite et comportent soit trois pièces, soit deux pièces et une cour. Les contours, réguliers, tendent vers des formes rectangulaires. Les plans sont symétriques. Les matériaux utilisés sont de facture très soignée. Ces maisons sont accrochées les unes aux autres par des murets.

Plus haut, et jusqu’au sommet de la colline, un autre groupe se dégage (fig. 9). Contrairement au précédent il n’est pas homogène. On y trouve des petites maisons monocellulaires et d’autres à deux pièces symétriques. Plusieurs sont bâties selon une conception tout à fait particulière, par adjonction successive de cellules indépendantes. La symétrie ne caractérise que rarement ces maisons. Le niveau d’exigence y est nettement moins poussé que pour les maisons du premier groupe et ceci à tout point de vue : technique aussi bien que formel.

Or toutes ces constructions sont bien des habitations comme le montrent les restes et les équipements qui y sont trouvés. Alors pourquoi ce clivage en deux groupes si nettement distincts ? N’a-t-on pas ici le reflet, ou le révélateur, d’une différenciation sociale ? Correspond-elle à des divisions internes de type clanique ? Ou est-elle le reflet de véritables inégalités, explication qui n’est pas incompatible avec la première ?

Et pour finir…

La néolithisation est un moment clé de notre histoire. Comprendre le fonctionnement des sociétés qui l’ont construite, étape par étape est un enjeu particulièrement stimulant. Des modèles variés, souvent inspirés par l’ethnologie, ont été proposés depuis bien longtemps. Mais nous avons aussi, entre nos mains, l’or des découvertes archéologiques elles-mêmes. Elles ne nous permettront jamais d’arriver à des certitudes. Mais leur étude précise, approfondie, collective et interdisciplinaire, donne de plus en de substance à ce que l’on imagine. Une certitude en tout cas, les sociétés néolithiques étaient organisées, différenciées, et en perpétuelle transformation.

 

Bibliographie

Aurenche O. 1980. Un exemple de l’architecture domestique au VIIIe millénaire : la maison XLVII de Mureybet, in : Margueron J. (dir.), Le Moyen Euphrate, zone de contacts et d’échanges, Leiden, E. J. Brill, 35-54.

Schmidt K. 2002. The 2002 Excavations at Göbekli Tepe (Southeastern Turkey). Impressions from an enigmatic Site, Neo-Lithics, 2, 8-13.

Schmidt K. 2007. Göbekli Tepe, in:  Özdöğan M. et Başgelen N. (dir.), Neolithic in Turkey. The Cradle of Civilization. New Discoveries. Istanbul, Arkeolojive sanat Yayinlari, 1, 115-129, 2, 105-116.

Stordeur D., Brenet M. et Yartah T. 2000. Jerf el Ahmar. Un site néolithique englouti sous un lac de barrage. Une opération de sauvetage du patrimoine, in : Weyer A. (dir.), Rettung des Kulturerbes. Projekte rund ums Mittelmeer/ Sauvetage du patrimoine culturel. Projets autour de la Méditerranée, Hambourg, Glöss Verlag (Hornemann ed 3.3), 85-100.

Stordeur  D. 2006. Les bâtiments collectifs des premiers néolithiques de l’Euphrate. Création, standardisation et mémoire des formes architecturales, in : Butterlin P., Lebeau M., Montchambert J.Y., Montero-Fenollos J.L. et Müller B. (dir.), Les espaces syro-mésopotamiens. Dimensions de l’expérience humaine au Proche-Orient. Hommage offert à Jean Margueron. Bruxelles, Brepolls (Subartu 17), 19-31.

Stordeur D. et Willcox G. 2009. Indices de culture et d’utilisation des céréales à Jerf el Ahmar, in: De Méditerranée et d’ailleurs. Mélanges offerts à J. Guilaine, Toulouse, Archives d’Ecologie préhistorique,  693-710.

Stordeur D. sous presse. Le village de Jerf el Ahmar (Syrie, 9500-8700 avant JC). L’architecture, miroir d’une société complexe, Paris, CNRS Editions.

Yartah T. 2005. Les bâtiments communautaires de Tell ‘Abr 3 (PPNA, Syrie), Neo-Lithics 1/05, 3-9.

L’auteur :
Danielle Stordeur est Directeur de Recherche émérite au CNRS. Préhistorienne, Néolithicienne, elle a été Directrice de la mission permanente El Kowm-Mureybet (Syrie) du Ministère des Affaires Étrangères. CNRS UMR 5133 – Archéorient, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, Lyon


Pour citer ce billet : Stordeur D. 2015. Le village de Jerf El Ahmar (Syrie, 9500-8700 CAL BC). Ou comment interroger l’architecture pour comprendre la société qui l’engendre, ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 10 avril 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/3900

Des mots et des images : gravures rupestres et graffiti médiévaux des pays d’Islam

Pour la troisième année consécutive, le CIHAM et le GREMMO ont organisé une journée d’étude sur un thème jusque-là peu abordé pour le monde musulman médiéval : les gravures rupestres et graffiti. Cette rencontre faisait suite à celles consacrées aux Jeux et jouets en 2013 et aux Lieux d’hygiène et lieux d’aisances en 2014 (en cours de publication). Devant l’impossibilité de représenter toute la diversité géographique et typologique de ce phénomène, les chercheurs réunis ont exposé et analysé des cas variés, particulièrement significatifs et couvrant une aire géographique allant de la Péninsule Ibérique et du Maghreb jusqu’au Proche-Orient, avec une ouverture sur le monde occidental chrétien.

Sources historiques à part entière, les graffiti sont aptes, par leur caractère relativement marginal, à éclairer des pans mal connus de l’histoire des pays d’Islam au Moyen Âge, et cela dans des domaines aussi variés que l’islamisation, la religiosité populaire, la progression de l’arabisation des couches populaires de la société, l’anthroponymie, l’architecture navale, l’organisation des espaces ruraux, les réseaux commerciaux… C’est du moins ce que cette journée d’étude avait pour ambition de démontrer.

Fig. 1 : graffito en arabe sur la porte de l’église de Qaṣr Ibn Wardān (cliché M.-O. Rousset © mission Marges Arides)

Fig. 1 : graffito en arabe sur la porte de l’église de Qaṣr Ibn Wardān (cliché M.-O. Rousset © mission Marges Arides)

Mais de quels graffiti parlons-nous ? Il s’agit, bien sûr, d’inscriptions au sens strict, des noms propres, des mots ou des phrases, en arabe – éventuellement en hébreu, ou en berbère et caractères tifinagh –, incisés, gravés ou piquetés, plus rarement peints, sur des supports divers : éléments d’architecture (fig. 1), parois rocheuses…, les matériaux périssables étant rarement conservés. On retrouve aussi des représentations figurées ou abstraites : symboles, objets, animaux, personnages, etc., sur les mêmes supports, parfois associées à des inscriptions.

Même si leurs auteurs leur ont sans doute souhaité une certaine pérennité, gravures et graffiti ne sont pas tous conçus dans l’idée d’atteindre la postérité ; ils nous sont d’ailleurs parvenus de façon tout à fait aléatoire, en fonction surtout des conditions de conservation des supports. Les graffiti à l’encre, par exemple, ont besoin de conditions particulières, tels ceux découverts à l’intérieur de la forteresse de Sadr, dans le Sinaï  (Mouton 2010). D’autres n’étaient a priori pas conçus pour être vus, comme une discrète basmala (« au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux ») de quelques centimètres gravée sur un rocher des hauts pâturages de la Sierra Nevada (fig. 2-3).

Fig. 2-3 : graffiti en arabe de quelques centimètres à l’intérieur des lettres latines de l’inscription du pont d’Alcántara (cliché Helena Gimeno)

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Si certains « gribouillis » gravés dans l’enduit des murs des latrines de la mosquée de Tyr par une personne en position accroupie, relevaient peut-être plutôt de l’« écriture automatique », pour d’autres, en revanche, il est difficile de faire la différence entre un graffiti à l’écriture soignée et une inscription « officielle » de caractère fruste.

Comment dater les graffiti ? Cela n’est pas toujours aisé, loin s’en faut. On dispose parfois d’une datation absolue, dont Ma A. Martínez Núñez et F. Imbert nous ont montré des exemples : ceux de la citerne de la grande mosquée de Tolède, gravés en 1075 par le maçon dans l’enduit frais et ceux jalonnant la route de pèlerinage au sud de La Mecque dont le plus extraordinaire est le graffiti en arabe transitoire, daté de 570 ap. J.-C., ce qui en fait le plus ancien découvert à ce jour. Mais la datation repose souvent sur des critères indirects évoqués par F. Imbert. Du plus au moins fiable, il s’agit, à défaut de date explicite, de s’appuyer sur la mention de personnages ou d’évènements historiques, sur le formulaire , sur la manière dont est mentionné le Prophète, puis sur la paléographie. Cette dernière, cependant, si elle s’avère fort utile pour les manuscrits ou les inscriptions officielles, ne suit pas d’évolution linéaire dans le cas des graffiti. La question devient beaucoup plus complexe dans le cas de gravures rupestres figurées schématiques, dont on ne s’étonnera pas qu’elles aient été fréquemment attribuées à des époques bien plus anciennes. L’accumulation des graffiti sur un même support est un phénomène qui a toujours existé (et qui est bien connu des services de nettoyage urbain actuels). Cette juxtaposition de signes et d’inscriptions, sur une longue durée, complique – quand elle ne rend pas impossible – la datation des motifs par association à une écriture. C’est ce qu’ont montré P. Cressier et J. I. Barrera Maturana dans le cas de la Sierra de los Filabres (Almeria), qui présente une densité de gravures importante. La prospection systématique et quelques relations stratigraphiques entre supports datés (des parois de citerne) et motifs permettent d’attribuer ces derniers à l’époque médiévale voire moderne. En revanche la différenciation des groupes sociaux ou confessionnels s’avère impossible car le répertoire est en partie le même au Maroc et en Andalousie : personnages, animaux, croix, fer à cheval, clés, etc., certains signes ayant une signification clairement prophylactique (fig. 4).

Fig. 4 : représentation figurée rupestre sur la dalle sommitale du grenier fortifié d'Amtoudi (province de Guelmim, Maroc, cliché Patrice Cressier)

Fig. 4 : représentation figurée rupestre sur la dalle sommitale du grenier fortifié d’Amtoudi (province de Guelmim, Maroc, cliché Patrice Cressier)

Si les thèmes érotiques, voire pornographiques – si présents dans l’Antiquité et à l’époque actuelle –, sont presque totalement absents au Moyen Âge, chrétien comme islamique, d’autres bien particuliers et fréquents dans toutes les régions considérées auraient mérité un traitement spécifique. Il en est ainsi de celui des bateaux et de la navigation. On les trouve, depuis des époques bien antérieures à l’Islam, loin de la mer parfois et même dans des lieux incongrus, comme les égouts de la ville califale omeyyade de Madînat al-Zahrâ’ (Xe siècle ; Barrera et al. 1999), mais aussi dans des ports, où ils peuvent constituer des ensembles complexes, composés sur une longue durée, comme le rappelle l’exemple de Denia (Bazzana et al. 1984). Leur apport historique, pour la connaissance de l’architecture navale en particulier, est essentiel. Les graffiti militaires étudiés par A. Zouache sont eux aussi complémentaires d’autres types de représentations écrites ou figurées et renseignent sur les soldats, l’armement, les techniques de combat, les mouvements des armées, etc.

Pourquoi ces graffiti ? C’est une des principales questions car il n’y a pas qu’un seul type de graffiti, pas plus qu’une seule motivation pour qu’un individu (plus rarement une communauté ou un groupe d’individus) choisisse de marquer ainsi son espace. Sauf exception, leurs auteurs ne sont ni des lettrés, ni des hommes de science, et ils appartiennent à des classes sociales n’apparaissant d’ordinaire que de façon fortuite ou indirecte dans les sources écrites, dont nous pouvons saisir ainsi les croyances ou les activités du quotidien. En effet, si la gratuité – voire la futilité – du geste, que nous percevons fossilisé par le temps, est souvent bien réelle, elle n’est pas du tout systématique. Les contre-exemples sont nombreux, depuis les indications portées sur les matériaux de construction d’un chantier ou sur les objets, plus particulièrement les céramiques (marques de propriétaires ou de commerçants, etc.) jusqu’aux signes jalonnant certains territoires parcourus et contrôlés par des groupes de pasteurs.

Parmi les gestes évoqués, le plus futile mais aussi l’un des plus représentés est peut-être l’affirmation de sa présence en un lieu par un individu qui y appose son nom. La pratique est, on s’en doute, très ancienne. Dans les pays de l’Europe chrétienne, les graffiti de prisonniers constituent un vaste répertoire. J.-M. Poisson nous en a offert un aperçu en présentant le cas très particulier de la « tour blanche » d’Issoudun, où des graffiti en hébreu éclairent l’épisode de l’expulsion des juifs de France ordonnée par Philippe le Bel en 1306. En al-Andalus, on connaît mieux les inscriptions laissées par des pèlerins ; un exemple discuté est celui des graffiti inscrits sur les parois de l’une des cellules du ribât de Guardamar del Segura (Alicante), étudiés par C. Barceló (2004). Ils auraient été gravés bien après l’abandon de l’établissement, mais alors que ses ruines étaient encore accessibles et qu’une certaine sacralité leur était attribuée. Le phénomène touche l’ensemble du monde médiéval : à Tyr, A. Zouache a remis en question l’interprétation des graffiti laissés par des croisés sur l’enduit de la chapelle de l’hippodrome (Pringle 2004). Inscrire son nom reste d’ailleurs un geste très actuel et rend compte du désir d’ancrage mémoriel, voire de la vanité du touriste, à l’image des gravures faites par les visiteurs européens des XVIIIe et XIXe siècles sur les monuments du Moyen-Orient ou d’Égypte.

Dans la grande mosquée de Kairouan, c’est à l’interprétation de graffiti inédits de haute époque (fin du VIIIe siècle) que s’est attaché L. Abdeljaouad. Ces textes, accompagnés de gravures, ont été rédigés dans le contexte de la conquête de la Sardaigne et de la Sicile. Ils comportent des encadrements à queue d’aronde, tracés avant l’inscription et qui interrogent sur le rapport entre inscriptions monumentales et graffiti.

Enfin, l’affirmation d’une piété populaire est l’un des traits marquants des graffiti  d’époque islamique. Les graffiti jalonnant les itinéraires du pèlerinage évoqués par F. Imbert (Imbert 2011) dans son intervention sont massivement à contenu religieux et ont fourni une information précieuse pour la connaissance de l’Islam précoce (fig. 5).

Fig. 5: exemple de coufique dit « souligné » trouvé sur le site d’al-Murakkab (Najrân, Arabie, cliché F. Imbert).

Fig. 5: exemple de coufique dit « souligné » trouvé sur le site d’al-Murakkab (Najrân, Arabie, cliché F. Imbert).

Cette journée, riche d’échanges interdisciplinaires, a montré que l’inventaire des graffiti présente encore de fortes disparités d’une région à l’autre, dues à l’état de la recherche archéologique autant qu’à des concentrations avérées dans certains secteurs. Avec toutes les limites que supposent les parallèles perçus à grande distance et sur la longue durée, la comparaison des corpus de graffiti et de gravures rupestres schématiques d’al-Andalus et du Maghreb avec d’autres, bien connus ou encore inédits, du Proche et du Moyen-Orient ou d’Afrique saharienne (De Moraes Farias 2003), s’impose et fournira d’utiles pistes d’interprétation.

Bibliographie :

Barceló C. 1997. Graffiti árabes. Un ensayo de clasificació, in: Gimeno Glay, F. M.  et Mandigorra Llavata, Ma L. (dir.), Los muros tienen la palabra. Materiales para una historia de los graffiti, Valence, 121-147.

Barceló Torres C. 2004. Capítulo IV. Los escritos árabes de Guardamar, in: Azuar Ruiz R. (dir.), Fouilles de la Rábita de Guardamar I. El ribât califal. Excavaciones e investigaciones (1984-1992), Collection de la Casa de Velázquez 85, Madrid, 131-145.

Barrera Maturana J. I., Cressier P. et Molina Muñoz J. A. 1999. Garabatos de alarifes: los graffiti de las galerías de desagüe de Madînat al-Zahrâ’, Cuadernos de Madînat al-Zahrâ’ 4, 39-81.

Bazzana A., Lamblin M.-P., Montmessin Y. 1984. Los graffiti medievales del Castell de Denia, Alicante.

De Moraes Farias P. F. 2003,.Arabic Medieval Inscriptions from the Republic of Mali: Epigraphy, Chronicles and Songhay-Tuareg History, Sources of Arabic History 4, Oxford, British Academy – Oxford University Press.

Imbert, F. 2011.  L’islam des pierres : expression de la foi dans les graffiti arabes des premiers siècles, in: Écriture de l’histoire et processus de canonisation dans les premiers siècles de l’islam, hommage à A.-L. De Prémare, REMMM, 129, 57-77.

Mouton J.-M. (dir.) 2010. Sadr, une forteresse de Saladin au Sinaï, Paris, Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 43.

Pringle D. 2004. A Crusader Chapel in the Hippodrome of Tyre, Archaeology and History in Lebanon 20, 2-8.

Les auteurs : Patrice Cressier et Sophie Gilotte sont chercheurs dans le laboratoire CIHAM-UMR 5648 (CNRS, Lyon) et spécialistes de l’Islam d’Occident. Marie-Odile Rousset est chercheur au GREMMO-UMR 5291, associé à Archéorient-UMR 5133 (CNRS, Lyon) et spécialiste du Proche-Orient médiéval.


Pour citer ce billet : Cressier P., Gilotte S. et Rousset M.-O. 2015. Des mots et des images : gravures rupestres et graffiti médiévaux des pays d’Islam, ArchéOrient – Le Blog (Hypotheses.org), 03 avril 2015. [En ligne] http://archeorient.hypotheses.org/3878