Archives de catégorie : Archéologie

Charles Toubin, archéologue et linguiste jurassien

Connaissez-vous Charles Toubin (1820-1891) ? Natif de Salins, ce Franc-Comtois a été l’ami de Courbet et le rédacteur avec Champfleury et Baudelaire du Salut public, éphémère périodique du temps de la révolution de 1848. Il est l’auteur de récits jurassiens, parus d’abord en plusieurs livraisons dans la Revue des deux mondes entre 1854 et 1861 (htm|pdf) avant de faire l’objet d’une publication en un volume en 1869.

Parallèlement il a contribué au débat sur l’emplacement d’Alésia, avec Alesia, Alaise Séquane. Alise en Auxois paru à Besançon en 1857), sa préférence allant à la localité franc-comtoise. A cette production historico-archéologique appartiennent les trois titres suivants, que j’ai trouvé reliés ensemble dans une annexe de la bibliothèque familiale :

Étude sur les champs sacrés de la Gaule et de la Grèce, et en particulier sur celui des Séquanes. Paris : Dumoulin, 1861.

Le Champ sacré des Séquanes, réponse à M. le président Clerc. Paris : Dumoulin ; Besançon : Bulle, 1862. Extrait du Recueil de l’Académie de Besançon.

Du Culte des arbres chez les anciens, étude archéologique. Paris : Dumoulin, 1862.

Voir le compte-rendu de ces ouvrages par Alexandre Tuetey dans Bibliothèque de l’école des chartes, vol. 25 n° 1 (1864), p. 64-67.

Dans les deux premiers, il défend l’idée que la forêt des Moidons sur l’actuelle commune de Molain aurait abrité le mediolan (= lieu sacré central) des Sequanes. Par la suite, il rédigera plusieurs articles parus dans les Mémoires de la Société d’émulation du Jura entre 1869 et 1875 sur les fouilles qu’il a réalisées dans la forêt de Moidons.

« Rapport sur les fouilles faites près des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura,  1869-1870, p. 25-28.

« Nouvelles fouilles dans la forêt des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1874, p. 52-55.

« Fouilles dans les Moidons »,  Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 2e série 1er vol. 1875, p. 7-9.

« Fouilles sur le territoire de Cernans, dans la commune de Clucy », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1880, p. 212-218.

Les recherches linguistiques retiennent son attention

Recherches sur la langue Bellau : argot des peigneurs de chanvre du haut Jura. Besançon, 1868.

Dictionnaire étymologique et explicatif de la langue française et spécialement du langage populaire. Paris, 1886.

Essai sur la dénomination aryenne. Mâcon, 1888.

Essai d’étymologie historique et géographique. Paris, 1892.

 

« Archéologie du bassin de l’oued Noun (Maroc présaharien) : des villes caravanières médiévales aux igudar ruraux d’époque moderne » – 23 Février

La prochaine séance du séminaire Mondes sahariens aura lieu le jeudi 23 février de 11h à 13h dans la salle des étudiants de l’IISMM (96 boulevard Raspail, Paris, 1er étage – éntrée provisoire pendant les travaux par la rue Notre-Dame des Champs). Nous aurons le plaisir d’écouter Youssef Bokbot (INSAP – Rabat) et Jorge Ornubia Pintado (Université de Castilla-La Mancha) qui nous présenterons, à travers leurs travaux, un panorama archéologique et historique d’une vallée saharienne du Maroc.

Baths and Bathing in the East – call for papers ASOR 2017

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About the 2017 Meeting

The 2017 ASOR Annual Meeting will be held in Boston, MA from November 15th to 18th at the Weston Boston Waterfront. The Annual Meeting brings together ASOR’s vibrant academic community to present their current findings and discuss their research. The conference attracts over 1,000 scholars and enthusiasts of archaeology, linguistics, geography, epigraphy, anthropology, and other fields related to the study of the ancient Near East (see the Conference Information on the ASOR website)

About the « Baths and Bathing in the East » Session

Baths and bathing practices have long been important aspects of archaeological investigation, and they still remain crucial for the examination of the ancient world. New discoveries, technologies, and lines of questioning have greatly advanced our understanding of these cultural institutions and have shed more light on their development and evolution throughout antiquity. This session aims to bring together international and North American scholars to present and discuss resent research on baths and bathing in the Near East from the Hellenistic to the Early Islamic periods. By inviting papers on recent fieldwork, comparative analyses, architectural studies, the social use of baths, and other topics, this session will facilitate and inspire a holistic examination of baths and bathing. The wide geographic and temporal spread of this session will also encourage discussions to focus on comparative issues.

Session Chair: Craig Harvey, University of Michigan

Submission: All abstracts must be submitted via ASOR’s Online Abstract Management System powered by Oxford Abstracts.  The deadline to submit paper abstracts for the 2017 ASOR Annual Meeting is February 15, 2017.

Submit online: English or French

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Le hammâm de Qalhât (Oman)

Auteur : Axelle Rougeulle (Cnrs – Umr 8167 Orient & Méditerranée)

Qalhât

Couvrant environ 35ha intra-muros, Qalhât était une grande ville portuaire du Sultanat d’Oman, datée des XIIe-XVIe siècles, qui fait l’objet depuis 2008 d’un important programme de recherche et de développement (Qalhât Development Project)[1]. En 2003, lors de la seule campagne de fouille menée sur le site avant le début du QDP[2], un hammâm avait été découvert et fouillé, qui ne fut jamais étudié ni publié en détail[3]. Les fouilles ont été complétées en 2016 et le bâtiment est actuellement en cours d’analyse et de conservation.

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Le hammâm

Ce hammâm, le seul jamais répertorié en Oman, se trouve à la porte nord-ouest de la ville médiévale, dans une sorte de sas d’entrée cerné de murailles qui avait été aménagé en terrasses à flanc de berge pour permettre à la route côtière d’atteindre la ville depuis le lit du grand wadi qui la borde au nord, près de 40m en contrebas. Il mesure environ 9.60m x 14.80m et a été largement érodé vers le wadi, en même temps que les terrasses et le mur de soutènement de la muraille nord.

La porte du hammâm se trouvait près de son angle sud-est et donnait accès par quelques marches à la pièce d’entrée, large d’environ 3.20m (I, 26m²). Le fond de la pièce était aménagé avec une grande plateforme d’environ 35cm de hauteur, qui se poursuivait comme une banquette le long du mur est. Les bases de trois petites niches sont visibles dans la partie conservée de ce mur, au sud.

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Au centre du mur ouest de cette entrée, une porte donnait accès à un corridor (H), long d’environ 3.20m, qui ouvrait par une seconde porte sur une grande pièce oblongue (C) de 7.80 x 2.60m (20.30m²). A l’est, de part et d’autre du corridor, se trouvaient deux pièces de taille moyenne (A-B, ca 6.80m²), chacune munie d’une baignoire contre son mur extérieur. A l’ouest s’ouvraient quatre petites pièces (D-G, ca 3.40m²), chacune avec un petit bassin dans l’angle sud-ouest. Et contre les murs nord et au sud de la pièce centrale se trouvaient deux baignoires.

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L’hypocauste, la chambre de chauffe et les circuits de circulation d’air

Toute cette partie du bâtiment reposait sur un hypocauste haut d’environ 90cm, constitué de rangées de petits piliers surmontés de linteaux en pierre ou d’arcs en briques, un matériau absent par ailleurs à Qalhât. Cet hypocauste est en fait divisé en deux parties non communicantes par un mur axial plein qui passe sous le mur entre les pièces E et F et se subdivise ensuite en deux branches, laissant le centre de la pièce C et le corridor en dehors de la zone chaude. Située à l’extérieur du bâtiment, au centre du mur ouest, la chambre de chauffe permettait de chauffer les deux moitiés du bâtiment, nord et sud, les petites pièces D-E/F-G  surtout, puis les baignoires de la pièce centrale C, enfin les pièces A et B, sans doute beaucoup moins chaudes ; la circulation de l’air était permises par des cheminées en terre cuite maçonnées dans l’angle des pièces. La chambre de chauffe a malheureusement été partiellement détruite mais deux phases architecturales ont pu y être repérées ; l’analyse des cendres conservées sur le substrat, sous le niveau d’arrêt des fouilles de 2003, a montré la présence de nombreux os de poissons, qui devaient donc servir de combustible comme cela a déjà été mis en évidence dans les fours de potiers fouillés sur le même site (un parallèle « thermal » récemment mis en évidence existe également dans des bains monumentaux d’époque byzantine, à Bosra, en Syrie du Sud).

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Les bassins et circuits de circulation d’eau

La chambre de chauffe était surmontée d’un bassin cylindrique (L, dia 1.80m), destiné à l’eau chaude. Ce bassin n’est conservé que sur une cinquantaine de centimètres de hauteur et son système d’alimentation n’est pas connu. Dans le fond, deux canalisations en terre cuite permettaient d’alimenter deux réseaux distincts de circulation de l’eau chaude, jusqu’aux bassins/baignoires des moitiés nord et sud du hammâm ; ces canalisations reposaient sur une étroite banquette maçonnée le long des murs périphériques, traversant les refends. Au sud du bassin circulaire un second bassin, rectangulaire (J, 1.50 x 2.10m), était installé sur un socle plein, légèrement au-dessus du bassin d’eau chaude qu’il approvisionnait sans doute. Deux petites canalisations dans son angle nord-est permettaient d’alimenter les deux réseaux de circulation d’eau froide, par des canalisations maçonnées au-dessus de celles de l’eau chaude. Les diamètres progressifs des canalisations de sortie des bassins, et la pente légèrement ascendante des banquettes, permettaient de contrôler le débit et d’éviter les pertes. De même, la pente soigneusement calculée des sols des bassins et des pièces, tous recouverts d’un bel enduit hydrofuge, permettait l’évacuation des eaux usées à travers les seuils jusqu’à deux petites canalisations longeant les grands côtés de la pièce centrale et s’évacuant à l’extérieur vers le wadi. L’eau nécessaire au fonctionnement du hammâm provenait d’un grand puits situé à une douzaine de mètres vers l’ouest, probablement par une canalisation aujourd’hui disparue. Adossé au mur de soutènement de la muraille nord, ce puits de près de 1.50m de diamètre et d’une vingtaine de mètres de profondeur ne fut pas véritablement creusé à partir du niveau de la terrasse mais pour l’essentiel taillé dans la berge originale du wadi qui fut ensuite rechapée par la muraille.

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Datation et origine

Rien n’est connu du matériel exhumé lors des fouilles de 2003 et il est donc impossible de restituer les superstructures du hammâm ; il est néanmoins probable que la présence d’un décor aurait été notée. De même il n’est pas possible de dater ce bâtiment à partir du matériel associé. Pourtant il peut vraisemblablement être attribué à l’époque de l’apogée du site, sous le règne de Baha al-Dîn Ayâz Seyfin, gouverneur de Qalhât pour le royaume d’Hormuz, et de sa femme Bîbî Maryam (c. 1280-1320). Sous l’autorité de cette dernière la ville connait en effet à cette époque un intense programme de construction qui inclut non seulement un magnifique mausolée et un grand complexe architectural centré autour d’une nouvelle grande mosquée, mais également la restructuration du quartier central et l’extension de la ville vers les quartiers périphériques. La construction d’un bâtiment aussi unique que ce hammâm, associée très probablement à celle du puits et donc de la muraille nord et de l’ensemble du sas d’entrée, ne peut que lui être attribuée. Et ceci d’autant plus que Bîbï Maryam et Ayâz étaient tous deux d’anciens esclaves turcs du prince d’Hormuz  Mahmûd al-Qalhâtî. Il est logique de penser qu’ils ont voulu doter leur ville d’un système de bains, par ailleurs étranger à la tradition locale.

Axelle Rougeulle (Cnrs – Umr 8167 Orient & Méditerranée)

[1] Ministère du Patrimoine et de la Culture d’Oman / CNRS UMR8167 / Eveha International  / World Monuments Fund / MAEDI

[2] Mission omano-australienne dirigée par T. Vosmer. Le site n’a par ailleurs fait l’objet que de rares prospections, dans les années quatre-vingt-dix.

[3] Vosmer 2004. Qalhât, an ancient port of Oman: results of the first mission. Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 3, p. 389-404 (hammâm p. 396-397).