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Les pressoirs de Syrie du Nord

Ce billet est le verbatim de la conférence donnée par Olivier Callot au Salon du livre francophone de Beyrouth le novembre 2017 à l’occasion de la publication aux presses de l’ifpo de son ouvrage sur les pressoirs antiques de Déhès (Syrie du nord).

Je ne vous expliquerai pas ici en détail comment fonctionnaient les pressoirs à vin ou à huile de Déhès dans le Massif Calcaire de la Syrie du Nord. Pour cela vous avez Déhès II. Les pressoirs. J’ai préféré, dans cette intervention, vous présenter une petite chronique, peut-être un peu décousue, des différentes circonstances qui m’ont mené à cette publication. Ainsi, normalement devrais-je me présenter à vous, tel un bourgeois de Calais, en chemise et la corde au cou. En effet, c’est dans cette tenue que les condamnés devaient faire amende honorable avant d’être brûlés en place de Grève ou pendus à un quelconque gibet de Montfaucon. Toutefois j’ai jugé bon de garder une tenue plus discrète pour vous éviter un spectacle à la fois hollywoodien et certainement de très mauvais goût. Je vais donc simplement essayer de vous raconter l’histoire d’une erreur et même d’une faute qu’à mon grand regret j’avoue avoir commise.

En 1984, je faisais paraître dans cette belle collection qu’était celle de l’Institut d’Archéologie de Beyrouth à l’époque, devenu depuis l’Ifapo et aujourd’hui l’Ifpo. Je faisais donc paraître un ouvrage intitulé Huileries antiques de la Syrie du Nord qui, lors de sa parution, fut assez bien accueilli et, pourtant, il me faut l’avouer, cette étude est en bonne partie fausse.

Mais, revenons quelques années en arrière. En 1964 j’étais un jeune et timide étudiant à l’Ecole d’architecture de Strasbourg, qui dépendait alors de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Passionné d’histoire ancienne et d’archéologie, mais sans la moindre expérience, je suivais en auditeur libre les cours de Daniel Schlumberger, alors professeur à la Faculté des Lettres de Strasbourg. Comme il se trouvait que, par ma mère, j’avais avec lui un lointain cousinage, je le voyais souvent chez lui. Si bien que lorsqu’en 1966 il fut nommé directeur de l’Institut d’Archéologie de Beyrouth pour succéder à Henri Seyrig, il me proposa de participer à une mission archéologique. Il tint parole et je fis mon premier voyage, en avion et en Orient, pour arriver à Beyrouth en juin 1967, afin de participer à la mission de Haute Syrie que dirigeait alors Georges Tchalenko (fig. 1). Ce dernier était alors le spécialiste incontournable (comme on dit de nos jours) de la région que l’on appelle le Massif Calcaire de la Syrie du Nord. Son vaste ouvrage en trois volumes – Villages antiques de la Syrie du Nord – paru entre 1953 et 1958, était considéré, comme l’a souligné Maxime Rodinson, comme un modèle du genre. Cela faisait donc de lui un savant reconnu et quasi intouchable.

Fig. 1 : Georges Tchalenko (au centre, en 1968, à l’hôtel Baron d’Alep) et Henri Seyrig (à gauche en 1966, à droite avant guerre). Photothèque de l’Ifpo.

Georges Tchalenko était un personnage complexe et d’un abord parfois difficile (on m’avait d’ailleurs mis en garde). Né en 1905 à Saint Petersbourg, il était russo-ukrainien par son père et finnois par sa mère. Après avoir fui la Russie dans les années 20, il réside quelques temps en Finlande devenue indépendante. En 1931, il obtient son diplôme d’ingénieur-architecte à Brunschwig, en Allemagne. Il travaille quelque temps avec des membres du Bauhaus tels que Walter Gropius ou Mies van der Rohe. En 1933, pour des raisons politiques, il se voit contraint à fuir l’Allemagne, ce qu’il fait à bicyclette, jusqu’au Danemark. Puis, de là, on le retrouve en 1934 sur les fouilles danoises de Hama dirigées par Harald Ingholt. Remarqué par Henri Seyrig, alors Directeur des Antiquités du Mandat sur la Syrie et le Liban, il entre dans ce service en temps que dessinateur puis architecte en 1934-35. On le retrouve ainsi à Palmyre, mais surtout, depuis 1938 dans le Massif Calcaire de la Syrie du Nord où il dirige les restaurations de Saint Syméon le Stylite et de Qalblozé. À la fin des années 30 il collabore aussi avec Jean Lassus sur le site de Brad. Se passionnant pour cette région particulièrement attachante il parcourt les différents djebels en long et en large (fig. 2), relevant des monuments et prenant quantité de photos qui enrichiront sa très riche documentation. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Seyrig le garde dans l’Institut qu’il vient de créer à Beyrouth dans la belle maison Beyoum (fig. 2), si chère au cœur de bien des archéologues. C’est à ce moment, comme il avait un statut d’apatride, qu’il obtient la nationalité libanaise ainsi que son épouse Gerda  (pour l’anecdote notons que son fils, né en Angleterre avant guerre, était, lui, sujet britannique). C’est durant cette période qu’il élabore son vaste ouvrage sur les villages du Massif Calcaire. Il le rédige en allemand et en établit la version française avec l’aide, et je dirai même la complicité, d’Henri Seyrig.

Comme Georges Tchalenko me l’a souvent avoué il était tombé sous le charme et peut être plus de cette région qui, je le reconnais également, est particulièrement attachante. Cet engouement a fait qu’il a voulu à tout prix en faire une région différente des autres, dotée d’une société et surtout d’une économie toute particulière qui, aux Ve et VIe siècles, était entièrement consacrée à la monoculture de l’olivier et à la production d’huile d’olive. L’abondance des pressoirs, déjà soulignée par les premiers explorateurs de ces montagnes – Melchior de Vogüé ou Howard Crosby Butler – était là pour le confirmer. Ces interprétations n’étaient pas pour déplaire à Henri Seyrig qui fut toujours amateur de théories audacieuses énoncées par des personnages parfois un peu marginaux qu’il se plaisait à promouvoir. Ce sont aussi ces conclusions qui ont séduit Maxime Rodinson, qui voyait dans son ouvrage une « pierre angulaire de la science ».

Fig. 2 (de gauche à droite) : G. Tchalenko vers 1940 à Bashmishli ; la maison Bayoum, à Beyrouth ; G. Tchalenko à Déhès, en 1966, lors de la visite des gendarmes (photothèque de l’Ifpo)

Quelques années après la parution de ses « Villages », en 1966, Tchalenko entreprend de faire lever par des topographes les plans de trois villages – Me’ez, Sergiblé et Déhès –  dont il souhaitait faire les monographies. La mission de 1967 avait pour but d’achever le plan de Déhès en complétant tous les détails qui ne figuraient pas sur le simple plan topographique. C’est à cette campagne que je fus attaché de juin à novembre. Comme je le disais au début, j’étais à ce moment un jeune étudiant en architecture, ce qui voulait dire pas grand chose, n’ayant jamais travaillé sur le terrain et même n’ayant jamais exécuté un relevé. Pourtant Georges Tchalenko avec qui, contre toute attente, je m’entendais fort bien, me confia un programme précis avec pour simple consigne : « débrouillez-vous » (pour rester poli). Je devais relever la petite église secondaire dite ouest, les tombes et, surtout, les pressoirs (j’y arrive enfin !). Mon travail consistait à ne relever que ce qui était visible de ces pressoirs sans me soucier de ce qui était masqué par de la terre ou des effondrements de blocs. Tchalenko m’expliquait que cette région avait été entièrement consacrée à la monoculture de l’olivier, à la production d’huile et à son commerce et ce, dès l’époque romaine. Donc, à Déhès, comme dans tous les villages voisins, les pressoirs étaient des huileries. Dans les années 40 il avait dégagé l’un d’eux dans le village de Behyo dans le djebel voisin de il A’la à proximité de Qalblozé. C’est cette installation qui, dans son ouvrage, illustre le chapitre sur les pressoirs. C’est apparemment le seul qui ait été fouillé et étudié et cela paraissait suffisant ! Malgré cela, en 1967, je commençais à faire dégager l’un d’eux. Mais cette tentative fut instantanément arrêtée par un ordre sec et impératif : pas de dégagement des pressoirs, il suffit de les indiquer tels quels sur le plan puisque ce sont des huileries dont on connaît le mécanisme de fonctionnement, point final ! J’ai tout de même pu constituer un petit dossier concernant 16 pressoirs sur les 23 identifiés à cette époque. Mais, je le rappelle, sans aucun dégagement ce qui, bien entendu n’était guère propice à une étude détaillée.

Fig. 3 : O. Callot à Brad en 1968 (photothèque de l’Ifpo)

Les années qui suivirent cette première mission, c’est à dire entre 1968 et 1970, furent surtout consacrées à l’étude des églises de villages dites « à bêmas » (fig. 3). Ces bèmas étaient des sortes de tribunes aménagées au centre des nefs sur lesquelles je ne m’étendrai pas aujourd’hui. Toutefois, entre deux bèmas, je continuais à m’intéresser aux pressoirs si nombreux dans tous les villages que je parcourais. Je prenais des notes, faisais des relevés, mais toujours sans procéder à la moindre fouille ! Georges Tchalenko m’avait conseillé de m’intéresser à cette question encore très peu exploitée dans le monde archéologique de cette époque. En effet, il n’existait que des travaux limités, en particulier sur l’Afrique du Nord, ou quelques allusions dans des articles ou des rapports de fouilles, mais il n’existait aucun travail de synthèse. Je fus aussi encouragé dans cette recherche par les deux grandes figures que furent Daniel Schlumberger et, surtout, Henri Seyrig. À ce propos je me souviens d’un passage chez ce dernier en 1971 dans son bel appartement de Neuchâtel où nous eûmes une longue discussion sur ce sujet, mais, bien sûr, il s’agissait toujours d’huileries.

En 1973 j’entrais au CNRS et mon directeur du moment, Jean Pouilloux, me conseilla d’utiliser ma documentation pour en faire une thèse qui ne fut soutenue qu’en 1979 et publiée en 1984 grâce à Ernest Will et Georges Tate. Ce furent mes tristement célèbres Huileries antiques de la Syrie du Nord. Toutefois, à ce moment, ce travail avait été bien accueilli et j’eus même droit à des félicitations et c’est peut-être un peu présomptueux de ma part de penser que j’avais un peu fait un travail de pionnier.

Durant les années qui suivirent, mes activités archéologiques s’éloignèrent nettement des pressoirs. Pourtant, c’est à partir des années 1990-2000 que les recherches sur les pressoirs antiques se multiplièrent dans de nombreuses régions tout autour du bassin méditerranéen. Les publications se multiplièrent et je citerais, tout particulièrement, celles de Jean-Pierre Brun, aujourd’hui professeur au Collège de France,  sur Le vin et l’huile dans la méditerranée antique (2003) ou Archéologie du vin et de l’huile dans l’Empire romain (2004). Dans son chapitre sur la Syrie du Nord c’est avec une bienveillante discrétion qu’il met en doute le fait que ces pressoirs aient tous été des huileries. D’autres chercheurs, moins charitables, ont carrément affirmé que je m’étais lamentablement trompé. Quant à moi, à ce moment, je demeurais persuadé que les théories de Tchalenko restaient les bonnes.

C’est en 1987 que Georges Tchalenko nous a quitté. Comme il me l’a souvent dit, à part Henri Seyrig, il n’avait jamais beaucoup aimé la France et les Français qui, selon lui, n’ont pas été assez reconnaissants à son égard. Mais il vaut mieux oublier tout cela…

C’est en 1998 que Georges Tate, alors directeur de la Mission archéologique de la Syrie du Nord, me fit une proposition qui allait tout changer. Il me demandait en effet de me joindre à l’équipe qui, sous la responsabilité de Bernard Bavant, étudiait le site de Déhès où j’avais fait mes premières armes en 1967. Il souhaitait que j’étudie les pressoirs de ce village et, pour cela, il me donnait les moyens de les fouiller. Et, pour accompagner cette proposition, il me confiait un petit dossier concernant 16 pressoirs retrouvés dan les archives Tchalenko  déposées à Damas. Vous n’imaginez pas quelle fut mon émotion lorsqu’en ouvrant ce dossier j’y trouvais mes relevés de 1967. Ainsi je pu enfin fouiller en détail les pressoirs de ce village, ce que je fis au cours de huit campagnes d’environ un mois chacune en 1998 et de 2004 à 2010. En 1967, nous comptions 23 installations, 29 en 2009, et nous pûmes en fouiller 20 avant que les tristes événements qui ravagent la Syrie nous obligent à arrêter nos travaux.

C’est toujours persuadé qu’il s’agissait d’huileries que j’entrepris ces fouilles sans trop me poser de questions. Toutefois, à mesure de leur progression nous ressentions, mon collègue Bernard Bavant et moi-même, une curieuse impression, un peu comme s’il y avait des ratés dans le moteur, et nous nous disions de plus en plus souvent « et si M. Brun avait raison quand il disait que certains de ces pressoirs étaient plus destinés aux raisins qu’aux olives ». Cependant, bien que pressentant quelque chose, ce n’est que pendant la dernière campagne, en 2010, que j’ai fini par admettre mon erreur, et quelle erreur ! Sur les 29 pressoirs de Déhès, seulement trois étaient des huileries, les autres étaient certainement des pressoirs à raisins.

À présent je vais essayer de vous expliquer, de façon très simplifiée ce qui caractérise ces deux types de pressoirs. Je serai cependant assez bref car, d’une part, le développer de façon trop détaillée nous entraînerait beaucoup trop loin et, d’autre part, vous ne consulteriez pas mon livre. Voyons d’abord les olives. Pour la fabrication de l’huile il fallait procéder à deux opérations successives : le broyage suivi du pressurage, ce qui s’effectuait avec deux appareils différents : un moulin et une presse comme on peut le voir dans le pressoir n°6 de Déhès (fig. 4). Les trois huileries que nous avons fouillées à Déhès (n°6, 22 et 28) sont toutes de ce type et doivent dater de l’époque romaine (IIe – IVe siècles). Seul ce pressoir n°6 a été modernisé et doté d’une presse dite à vis. Les autres ont été abandonnées probablement dès le IVe siècle.

Fig. 4 : proposition de reconstitution du pressoir P.6 de Déhès, moulin et presse « à treuil suspendu » (O. Callot).

Quant aux pressoirs à raisins, il en existe de différents types correspondant à une lente évolution des techniques dans le temps. Les premières installations, d’époque romaine, étaient de simples bassins taillés dans le roc où les raisins étaient foulés aux pieds puis, un peu plus tard ont eu l’idée de les écraser avec des rouleaux en pierre (P. 15, fig. 5). Puis, à mesure que la culture de la vigne se développait, on a adopté des méthodes plus performantes avec des installations dotées de presses, probablement inspirées de celles à olives, où les leviers étaient entraînés par des treuils (par exemple P.10, fig. 5).

Fig. 5 : Déhès, bassin et rouleaux du pressoir P.15 (à gauche) et proposition de reconstitution du pressoir P.10 (O. Callot).

Enfin, probablement dès le IVe siècle, mais surtout au Ve, ces presses à treuils furent finalement remplacées par des appareils encore plus puissants où le levier était manœuvré par des vis liées à un lourd contrepoids (par exemple P. 13 ou P.12, fig. 6).

Fig. 6 : Déhès, reconstitution du pressoir à raisin P.13 (à gauche) et détail (à droite) de la pierre d’ancrage du pressoir P.12 (O. Callot).

Ces presses étaient établies dans de grands bassins taillés dans le roc où la niche destinée à caler le levier était placée dans son axe (par exemple P. 9). C’est d’ailleurs la présence du bassin et du levier axé qui caractérisent les presses à raisins. Les grappes devaient être placées dans des sortes de caisses ajourées en bois puis soumises à la pression du levier (par exemple P. 21). Elles exprimaient leur jus qui se déversait dans des recettes. 

Fig. 7 : Déhès, axonométrie du pressoir P.9, à niche axée (à gauche) et restitution du pressoir P.21 (O. Callot).

Ces dernières qui, elles aussi, caractérisent les pressoirs à raisins, étaient des citernes dont la capacité n’était jamais inférieure à 1000 ou 1500 litres (il y en a même une qui pouvait contenir plus de 5000 litres) (par exemple P. 10). Je vous montre ici cette petite grille taillée dans le rocher dans l’orifice qui relie le bassin à la recette dans le pressoir 26. Si nous étions dans une huilerie, cette grille n’aurait jamais pu retenir les noyaux et les pulpes d’olives. En revanche elle convient parfaitement pour des tiges de grappes. C’est certes un très petit détail, mais ô combien éloquent !

Fig. 8 : Déhès, ouverture de la recette du pressoir P.10 (à gauche) et détail (à droite) de la grille séparant le bassin de la recette du pressoir P.26 (O. Callot).

Je remarquerai aussi que toutes ces installations, huileries ou pressoirs à raisins, sont établies dans des zones rocheuses où les différents équipements pouvaient être réalisés. Mais ce qu’il est intéressant de noter c’est que toutes les transformations ont toujours été effectuées dans le pressoir d’origine, quitte à le reconstruire presque entièrement. C’est vous dire la valeur que devaient avoir ces emplacements (par exemple P. 10). Encore un dernier point et certainement pas des moindres, c’est l’intérêt de la fouille par rapport aux idées reçues. Ce simple exemple (le pressoir P.13, avant et après la fouille, fig. 9) en dit suffisamment long.

Fig. 9 : Déhès, le pressoir P.13, avant et après la fouille (O. Callot)

Enfin, pour élargir le débat, on remarquera qu’à l’époque romaine,  et même hellénistique, on peut proposer, dans ces montagnes, l’hypothèse d’une agriculture où ni la vigne ni l’olivier n’avaient un rôle prépondérant, mais participaient simplement à une économie agricole basée sur la polyculture et l’élevage. Ce serait à partir du IVe siècle que la vigne est devenue une culture dominante et c’est à ce moment que l’on construit la plupart des pressoirs à treuils puis à vis destinés à une très importante production et certainement à une exportation vers les grands centres urbains voisins comme Antioche, situé à seulement une quarantaine de kilomètres de Déhès. En revanche ce n’était certainement pas le cas pour l’huile dont la production a production devait à peine suffire à la consommation du village.

On a souvent écrit, et Georges Tchalenko comme les autres, que l’économie du Massif Calcaire n’avait pas survécu à l’invasion arabe du VIIe siècle, qui aurait empêché tout commerce lointain. Et là je m’inscris en faux, comme je l’avais déjà écrit dans ma thèse à propos de l’huile. D’une part, il ne s’agissait pas d’huile, mais de vin et, d’autre part, un commerce lointain n’a probablement jamais existé et les débouchés commerciaux, beaucoup plus proches, étaient toujours là. J’en veux pour preuve, à Déhès, mais certainement dans bien d’autres villages, la construction ou la reconstruction de pressoirs nouveaux au début du VIIe siècle, c’est à dire sous domination Omeyyade. Les fouilles menées de 1976 à 1978 par Jean-Pierre Sodini et Georges Tate à Déhès ont très bien montré que ce n’est qu’à l’époque Abbasside, au IXe siècle, que s’amorce le déclin, cette fois irrémédiable, de cette région qui ne sera définitivement désertée qu’au moment des croisades aux Xe et XIe siècles.

Avant de conclure je souhaiterai rendre un hommage, peut-être un peu tardif, à Jean Sauvaget qui, dès 1941, avait écrit que la prospérité de ces montagnes venait de la culture de la vigne. Hypothèse qui, sans commentaire, avait été qualifiée d’erreur par Tchalenko.

Voilà, j’ai terminé cette petite et peut-être un peu trop longue chronique. Cette mise au point n’est pas vraiment à l’honneur de son auteur, mais il me fallait la faire. Enfin, je conclurais avec un souhait : celui que l’on retourne un jour à Déhès pour pouvoir, dans la paix, achever cette étude trop brusquement interrompue. Cela se fera probablement sans moi, mais les jeunes ne manquent pas…

Olivier Callot

Beyrouth le 8 novembre 2017

À propos du livre d’Olivier Callot :

« Déhès II : les pressoirs, Olivier Callot », collection Bibliothèque archéologique et historique (BAH) 210, ISBN : 978-2-35159-732-3

Quand l’huile se transforme en vin : les pressoirs de Déhès

Pour citer ce billet : Olivier Callot, « Les pressoirs de Syrie du Nord », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 02 avril 2018. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7765

Olivier Callot est Directeur de recherche honoraire au CNRS, chercheur émérite et membre associé du laboratoire Hisoma et de l’Ifpo.

Page personnelle et bibliographie sur le site du laboratoire Hisoma : http://www.hisoma.mom.fr/annuaire/callot-olivier

Le monastère dit de « la source du baptême » dans la région d’Hébron : une enquête de terrain en cours…

Figure 1 : Cadre environnemental du site (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Figure 1 : Cadre environnemental du site (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Le monastère de ʿAin el-Maʿmoudiyeh, situé à 8 km à l’ouest d’Hébron, est considéré comme tel en raison d’une inscription grecque gravée sur un linteau monumental découvert à terre, en 1946, qui fait mention d’un certain « Démétrios et sa communauté » (fig. 1). En dehors de ce témoignage, peu d’éléments sur place indiquent l’existence d’un ensemble monastique semblable à ceux que l’on connaît dans les campagnes de Judée, si ce n’est sa situation isolée au fond d’un wādī aux pentes escarpées. On y trouve actuellement, au milieu des champs d’oliviers et des vignes aménagés en terrasse, les ruines d’une chapelle baptismale paléochrétienne et d’un bâtiment médiéval (fig. 2).

Figure 2 : Localisation des vestiges 1 : secteur de la chapelle baptismale ; 2 : secteur du bâtiment médiéval (© Geomolg)

Figure 2 : Localisation des vestiges 1 : secteur de la chapelle baptismale ; 2 : secteur du bâtiment médiéval (© Geomolg)

L’enjeu des travaux entrepris sur le site par l’Ifpo, en collaboration avec le ministère du Tourisme et des Antiquités de Palestine, consiste à mettre au jour les différentes composantes architecturales du monastère afin de comprendre l’organisation et la fonction de cette communauté implantée dans ce lieu retiré, non loin d’une ancienne voie de communication reliant Gaza à la vieille cité d’Abraham. Une source souterraine qui jaillit des entrailles de la roche calcaire pourrait constituer l’élément fondateur de cet établissement. C’est elle qui a vraisemblablement dicté l’emplacement du baptistère dont le rôle au sein de cet ensemble pourrait avoir été central. Ces deux composantes, la source et le baptistère, sont à l’origine du nom du site qui nous est parvenu jusqu’à aujourd’hui sous l’appellation ʿAin el-Maʿmoudiyeh (« La source du baptême »,عين المعمودية). Cette association avait permis jadis à Clemens Kopp, fin connaisseur de l’histoire des pèlerinages de Terre sainte, d’évoquer le site comme le lieu du « désert » où saint Jean-Baptiste, dans sa jeunesse, a commencé son ministère avant de faire son entrée sur la scène biblique en se retirant dans la région du Jourdain (Luc. I, 80).

Le baptistère

L’analyse architecturale et l’étude du matériel archéologique permettent de situer la construction du baptistère au cours du ᴠɪe siècle. L’édifice adopte le plan d’une chapelle à nef unique dotée d’une abside inscrite à l’intérieur d’un chevet plat (figs. 3 et 4).

 

Figure 3 : Chapelle baptismale (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Figure 3 : Chapelle baptismale (Tous droits réservés Bertrand Riba)

 

Figure 4 : Plan simplifié de la chapelle et des dispositifs qui lui sont associés (les hachures indiquent l’emplacement du bassin primitif) ; (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Figure 4 : Plan simplifié de la chapelle et des dispositifs qui lui sont associés (les hachures indiquent l’emplacement du bassin primitif) ; (Tous droits réservés Bertrand Riba)

La cuve maçonnée, insérée dans le sol dallé devant l’abside, est l’une des plus grandes de Palestine avec un diamètre de 1,80 m et une profondeur de 1,30 m. Le système hydraulique mis en œuvre est conçu de manière à ce qu’elle soit alimentée en permanence : un souterrain creusé dans la paroi sud du wādī permet de capter la source 11 m plus loin afin d’acheminer l’eau vers la cuve par le biais d’un chenal creusé dans la roche. Un second orifice était destiné à évacuer l’eau par le nord vers l’extérieur du monument. Ce système ingénieux permettait d’obtenir une eau courante, sans cesse renouvelée, et non souillée. Ces fonts baptismaux se distinguent ainsi de la grande majorité des baptistères palestiniens dont les cuves étaient reliées à un réservoir par un conduit ou bien simplement remplies au moyen de récipients et vidées de la même façon. Cette conception peu commune renvoie aux premiers temps du christianisme, à une période où certains écrits, tels que la Didachè, préconisent de pratiquer le baptême dans une eau courante, « vivante », en mouvement, à l’image de celle du Jourdain où fut baptisé le Christ, ou de celles des sources sanctifiées par des baptêmes évangéliques. La chapelle de ʿAin el-Maʿmoudiyeh semble donc témoigner de la volonté de renouer avec une pratique attachée au souvenir d’épisodes bibliques liés à l’origine de ce sacrement. Rappelons également que le souci de conserver l’eau vive à l’état de pureté naturelle et l’aménagement de la cuve dans le sol correspondent aux conditions requises en ce qui concerne la pratique du bain rituel dans le judaïsme. Ainsi, la conception de la chapelle, inspirée des formes classiques issues du monde gréco-romain, telle que l’architecture thermale, paraît ici se conjuguer à une organisation particulière prévue pour répondre aux besoins de rites judéo-chrétiens précis.

Récemment, les fouilles archéologiques ont mis au jour un état antérieur au baptistère. Le monastère n’a donc pas été édifié d’un seul tenant au ᴠɪe siècle pour célébrer une tradition naissante, comme on a pu le supposer, mais il s’inscrit dans une histoire plus ancienne. C’est ce qu’indique un bassin quadrangulaire dont le seul côté entièrement conservé présente une longueur de 2,10 m (fig. 5).

Figure 5 : Bassin primitif en cours de fouille découvert sous l’abside (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Figure 5 : Bassin primitif en cours de fouille découvert sous l’abside (Tous droits réservés Bertrand Riba)

La profondeur exacte demeure inconnue puisque l’installation a été tronquée au moment de la construction de l’abside et de la pose d’un dallage, mais les parties restantes montrent que celle-ci dépassait 1,40 m. Le sol est pavé d’une mosaïque monochrome, tandis que les parois sont recouvertes d’un enduit hydraulique contenant des tessons qui ne semblent pas antérieurs au ve siècle. Dans l’état actuel de la recherche, la fonction de ce bassin primitif doit être précisée. Il pourrait s’agir d’un simple réservoir d’eau, mais sa situation à l’emplacement de la chapelle baptismale actuelle joue plutôt en faveur d’une installation destinée dès le départ à l’accomplissement de rites. L’hypothèse d’un baptistère plus ancien n’est pas à exclure.

Par ailleurs, l’édifice se distingue par le système d’évacuation mis en oeuvre et le parcours de l’eau à l’extérieur de l’édifice. Le liquide était d’abord récupéré par un bassin circulaire, de 0,54 m de profondeur pour 1 m de diamètre, surmonté d’une margelle de facture identique à celle de la grande cuve intérieure. Les dimensions de ce dispositif conviendraient parfaitement au baptême des enfants, mais rien pour le moment ne permet de s’en assurer. Cette petite cuve bénéficiait également d’une eau courante évacuée par deux orifices dont l’un seulement conserve un conduit de terre cuite par lequel le liquide s’écoulait vers une seconde cuve quadrangulaire juxtaposée à une troisième partiellement dégagée. Ce dispositif peu ordinaire de récupération et de redistribution de l’eau par l’emploi de trois bassins distincts soulève diverses interrogations sur la fonction de ces différents contenants et le statut de l’eau après son passage à l’intérieur de la chapelle. Si la première cuve était bien associée au baptême d’enfants, quel était le rôle des deux autres ? Ces installations étaient-elles liées d’une quelconque manière à la liturgie baptismale ou bien jouaient-elles un rôle d’ordre strictement pratique ? Les prochaines campagnes de fouilles permettront sans doute une meilleure compréhension de cette organisation particulière.

La quête des bâtiments communautaires

Si leur place varie dans les provinces de Palestine, les baptistères intègrent toujours un ensemble architectural cohérent destiné à répondre au mieux aux besoins de la liturgie. L’église, dans laquelle se déroule l’eucharistie, était rarement éloignée du lieu du baptême de façon à ce que les différentes étapes de la cérémonie de l’initiation puissent s’enchaîner. Les baptistères se placent donc tantôt dans l’une des annexes qui longent les collatéraux des basiliques, tantôt dans l’une des salles qui flanquent l’abside. D’autres, un peu plus éloignés du côté ouest, étaient accessibles par l’atrium ou le narthex. À ʿAin el-Maʿmoudiyeh, les travaux archéologiques n’ont pas permis de mettre en évidence le contexte architectural dans lequel s’inscrivait le baptistère en dehors d’une cour où se trouvaient les bassins évoqués plus haut. En revanche, les fouilles programmées dans le secteur du bâtiment médiéval, sur les premières hauteurs du versant septentrional du wādī, ont révélé les traces d’installations contemporaines du baptistère. La découverte d’un pavement de mosaïque soigné, malheureusement très endommagé par les constructeurs médiévaux et les pilleurs, indique l’emplacement d’un bâtiment paléochrétien adossé à la paroi rocheuse. Ce témoignage, malgré son aspect très fragmentaire, permet d’envisager l’existence d’une chapelle semi-rupestre semblable à celle que l’on trouve dans certains monastères établis dans les wādīs du désert de Judée. Les fouilles ont aussi mis au jour un second pan de mosaïque associé au même niveau de sol, caractérisé par un tapis de fleurettes comparable à ceux fréquemment employés dans les ensembles religieux du ᴠɪe siècle (fig. 6).

Figure 6 : Pavement de mosaïque d’un édifice protobyzantin (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Figure 6 : Pavement de mosaïque d’un édifice protobyzantin (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Ce sol est connecté à la façade occidentale d’un bâtiment dont seul l’angle sud-ouest a été dégagé, dévoilant un nouveau sol de mosaïque situé à une hauteur supérieure et auquel correspond un conduit destiné à l’évacuation de l’eau depuis l’intérieur du bâtiment. La poursuite des travaux dans ce secteur devrait permettre de préciser le plan et la fonction de ce monument inédit.

L’occupation du site à partir de la période médiévale

Il est trop tôt pour préciser les modalités de l’occupation du site à partir de la conquête arabo-musulmane de la région survenue au ᴠɪɪe siècle. En revanche, la période franque est bien représentée par le matériel céramique et les vestiges de l’édifice qui s’élèvent actuellement contre le flanc nord du wādī, dans la zone des bâtiments protobyzantins évoqués ci-dessus (fig. 7).

Figure 7 : Ruine du bâtiment médiéval (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Figure 7 : Ruine du bâtiment médiéval (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Un mur massif, large de 2 m, est relié à la paroi rocheuse par une voûte en arc brisé surbaissé. La construction se distingue par la présence d’un oculus quadrilobé typique de l’architecture latine. Cette ouverture zénithale, singulière par son emplacement dans la voûte à l’aplomb du passage entre la paroi rocheuse taillée et le mur (fig. 8), s’explique par le besoin d’aérer et d’éclairer l’espace qu’il surplombe.

Figure 8 : Oculus quadrilobé (Tous droits réservés Bertrand Riba)

Figure 8 : Oculus quadrilobé (Tous droits réservés Bertrand Riba)

L’attestation ou non d’un étage permettra de préciser si l’oculus captait directement la lumière du soleil ou bien s’il était inséré dans le sol d’une pièce supérieure. Le labour des cultures situées devant ces ruines n’a laissé aucun vestige en place, mais les tranchées réalisées à cet endroit ont permis d’observer des entailles dans le substrat dont la présence indique l’emplacement d’un mur parallèle, également épais de 2 m. L’amorce d’une voûte visible à la hauteur de la dernière assise du mur conservé témoigne du type de couverture autrefois mis en œuvre entre les deux constructions. Par ailleurs, du côté ouest, le départ d’un grand arc brisé aplati perpendiculaire aux vestiges en place révèle l’existence d’un second corps de bâtiment aujourd’hui disparu. Ce constat permet d’envisager une croisée de voûte au niveau du coude dessiné par les deux ailes du bâtiment. Ainsi, malgré le caractère très mal préservé des ruines, l’analyse architecturale en cours donne l’occasion de mieux comprendre le plan initial de l’édifice. Enfin, l’occupation du site se poursuit au-delà du retrait des Croisés. La période mamelouke est particulièrement bien représentée par des foyers, de la vaisselle et quelques monnaies. Cette population se contente de réoccuper les lieux en y apportant quelques remaniements mineurs.

Conclusion

Cette brève présentation a pour but de mettre en lumière l’importance qu’il convient d’accorder au site de ʿAin el-Maʿmoudiyeh. À ce jour, les récents travaux engagés sur le terrain ont permis de mieux saisir les caractéristiques particulières du baptistère, de localiser certaines composantes architecturales inédites et de préciser l’histoire du lieu. Le site est aussi l’un des rares ensembles archéologiques conservés à offrir l’occasion d’étudier le développement d’un établissement monastique à partir d’une source sanctifiée. La conception de la chapelle et sa relation avec l’eau naturelle appuient en effet l’hypothèse formulée par Clemens Kopp selon laquelle il convient d’enraciner dès l’Antiquité une tradition médiévale relative à la jeunesse de saint Jean-Baptiste administrant le sacrement du baptême à cet endroit. L’ancrage de cette tradition pourrait être le fait de la communauté religieuse soucieuse de hisser le site, en termes de notoriété, au niveau des lieux bibliques renommés attachés à la pratique du baptême. Cette stratégie a pu constituer un bon moyen de susciter l’attrait des fidèles qui sillonnaient les routes de Palestine, et si de prime abord la situation isolée du site à l’écart des axes principaux ne semble guère propice à la pratique du pèlerinage, les prospections récentes ont mis en évidence son accessibilité. Il était relativement aisé, en réalité, d’emprunter cet itinéraire bis par l’embouchure ouest du wādī et de suivre celui-ci jusqu’au monastère avant de remonter ses pentes vers l’est en direction de la prestigieuse cité des patriarches (Hébron) située à quelques kilomètres de là. La présence d’un petit fortin protobyzantin au point culminant d’une colline qui domine le site, renforce l’idée d’un lieu de passage fréquenté. Au cours de la période médiévale, le site continue d’être occupé, mais son rôle à cette époque reste encore à préciser.

Bibliographie

  • C. Kopp et A.-M. Steve, “Le désert de Saint Jean près d’Hébron”, Revue Biblique n° 53, p. 547-575, 1946. Consultable sur JSTOR : http://www.jstor.org/stable/44091167

Pour citer ce billet : Bertrand Riba, « Le monastère dit de « la source du baptême » dans la région d’Hébron : une enquête de terrain en cours… », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 07 février 2018. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7573

Betrand Riba

Betrand Riba

Bertrand Riba est chercheur à l’Ifpo, Territoires palestiniens. Il dirige les travaux archéologiques sur le site de ʿAin el-Maʿmoudiyeh, dans la région d’Hébron, en collaboration avec le ministère du Tourisme et des Antiquités de Palestine. Son domaine de recherche se concentre sur le phénomène du pèlerinage chrétien au cours de la période protobyzantine au témoignage de l’archéologie.

Page personnelle et bibliographie sur le site de l’Ifpo : http://www.ifporient.org/bertrand-riba

The Southern Bathhouse of Antiochia Hippos

By Arleta Kowalewska

The ancient city of Antiochia Hippos, founded upon the crest of Mount Sussita, two kilometers east of the Sea of Galilee, was one of the cities of the Decapolis. As from year 2000, this Israeli national park has been excavated for a month every summer. The ongoing Hippos Excavation Project (from 2012 directed by Michael Eisenberg), of the Zinman Institute of Archaeology, University of Haifa, Israel, has unearthed a substantial part of the city center. For over ten seasons, one of the investigated areas of the site has been the Southern Bathhouse.

Aerial view of the southern slopes of Mount Sussita, with the Southern Bathhouse, and the forum visible above it (© Hippos Excavation Project).

The bathhouse was identified in 2005, during excavations of the fortifications of the southern wall of the city, consequently called the Southern Bathhouse. During the last two excavation seasons (2016 and 2017) the critical mass of data has been reached in order to reconstruct the plan of the bathhouse. The first publication in Hebrew (below) is about to be followed by a more detailed English version, in the meantime presented on the ASOR 2017 Meeting.

Hypocaust excavated in hall V (© Hippos Excavation Project).

The Southern Bathhouse is one of the three bathing complexes discovered in Antiochia Hippos. It was a middle-sized facility (estimated to 1050 m2), craftily constructed and luxurious, in many ways conventional, but in others unique. One of its most peculiar characteristics is the asymmetric plan, a result of adaptation of previously standing constructions and spatial constrain. As to the construction materials and techniques, the same ways as in other bathhouses of the Decapolis can be identified (basalt foundations, limestone ashlar walls and vaults, slab-made tubuli etc.).

The Southern Bathhouse functioned between the 2nd and the beginning of the 4th cent. AD, so it is one of the few bathhouses of the region that are not used into the Byzantine period.

Plan of the area with excavated halls of the bathhouse indicated (© Hippos Excavation Project).

References:

CRAHAM

La bibliothèque du Centre Michel de Boüard, centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales CRAHAM
La bibliothèque du Centre Michel de Boüard a des collections spécialisées sur l'archéologie médiévale.
Adresse : Université de Caen Normandie Campus 1, Esplanade de la paix, bâtiment Sciences N salle SB116, 14032 Caen Cedex
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Le christianisme dans le golfe Arabo-Persique : une histoire ancienne mais encore obscure

Une version en langue anglaise de ce billet est accessible à l’adresse suivante  : http://mafkf.hypotheses.org/1286

La présence de chrétiens dans le golfe Arabo-Persique remonte probablement à la fin du IVe s. Les chercheurs demeurent néanmoins en désaccord quant à la longévité de l’occupation chrétienne et à son maintien après l’islamisation de la région au VIIe s. Pourtant, si les sources écrites n’y mentionnent la présence de diocèses et de monastères que jusqu’au VIIe s., l’archéologie atteste, quant à elle, la présence de communautés chrétiennes jusqu’au IXe s. En effet, au moins trois sites chrétiens – al-Qusûr au Koweït, Khârg en Iran et Sîr Banî Yâs aux Émirats Arabes Unis – étaient encore occupés au début de la période abbasside. Un ouvrage sur le monastère de Khârg a été publié récemment (Steve 2003), al-Qusûr est en cours de fouille et Sîr Banî Yâs fait l’objet d’une étude qui doit déboucher sur la publication de travaux archéologiques anciens. Dans l’attente des résultats finaux que réservent ces deux derniers sites, une synthèse des connaissances actuelles, des données textuelles et archéologiques dont nous disposons déjà permet de mieux comprendre le christianisme ancien dans la région du Golfe.

Les témoignages textuels : une occupation chrétienne de la fin du IVe s. à la fin du VIIe s.

L’une des premières mentions écrites faisant référence à des chrétiens dans le Golfe apparaît dans les actes du synode de Séleucie-Ctésiphon (410). Cet important concile mentionne les évêques des « îles maritimes », correspondant aux îles de l’archipel de Bahreïn, alors placées sous l’autorité de l’évêque de Séleucie-Ctésiphon. Ce texte atteste une présence chrétienne antérieure à la tenue de ce synode. En l’absence de vestiges archéologiques contemporains, il est difficile de dater précisément l’apparition du christianisme dans le Golfe, mais des communautés chrétiennes devaient y être présentes, selon les textes, dès la fin du IVe s., peut-être avant.

Différentes hypothèses ont été formulées pour expliquer cette christianisation partielle. Des tribus arabes, en contact avec le centre chrétien d’al-Hîra en Irak pourraient avoir contribué à diffuser le christianisme dans le Golfe. Il semble en outre que l’Église de l’Est y ait développé des activités missionnaires, conduisant progressivement à la christianisation de populations locales. La persécution des Nestoriens sous Shâpûr II, empereur de la dynastie sassanide de 309 à 379, aurait également pu, selon certains chercheurs, pousser des populations chrétiennes à migrer hors de l’Empire, peut-être vers le Golfe.

Après 410 et le synode de Séleucie, de nombreuses sources syriaques (chroniques, actes de synodes, lettres ou récits hagiographiques) mentionnent l’existence d’évêchés et de monastères dans le Golfe, attestant la présence de nombreuses communautés chrétiennes. Ces textes fournissent des informations importantes sur la localisation et l’organisation des communautés. Il en ressort que la partie ouest du Golfe correspondait à la province ecclésiastique de Bêt Qatrayê ; délicate à localiser, elle semble se situer dans à la partie nord-est de l’Arabie, sa limite sud pouvant être approximativement située entre le Qatar et la ville de Sohâr en Oman. L’évêque de Bêt Qatrayê était placé sous l’autorité du métropolite de Rev Ardashir (Bouchehr actuelle), lui-même sous l’autorité du Catholicos qui dirige l’Église de l’Est. Cinq centres ont d’ailleurs pu être localisés grâce aux sources écrites : Dayrin, Hagar et Hatta (Arabie Saoudite), ainsi que Mâshmâhîg et Talûn (Bahreïn). Les découvertes archéologiques attestant des occupations chrétiennes restent, quant à elles, assez pauvres pour cette période. Il est possible que les sites précoces n’aient pas encore été mis au jour ou que les bâtiments religieux, qui sont des marqueurs d’identité confessionnelle, n’aient pas pu être identifiés par les archéologues dans le cas de cérémonies se déroulant dans les maisons elles-mêmes.

les établissements chrétiens dans le golfe Arabo-Persique

Fig. 1: les établissements chrétiens dans le golfe Arabo-Persique : localisation d’après mentions écrites (non-soulignés) et sites archéologiques (soulignés) (J. Bonnéric 2015, Source image : By NASA [Public domain], via Wikimedia Commons http://commons.wikimedia.org

La dernière référence à des communautés chrétiennes dans le Golfe actuellement connue mentionne un synode réuni par le catholicos Guiwarguis Ier en 676 pour résoudre les désaccords existant sur l’autorité religieuse de Bêt Qatrayê. À cette occasion, la région obtient son autonomie institutionnelle vis-à-vis du Fârs ; son premier métropolite, cité dans les actes, se nomme Thomas. Le Golfe semble ne plus apparaître ensuite dans les textes. Toutefois, un nouvel examen des sources syriaques pourrait révéler des mentions actuellement inconnues, peut-être plus tardives.

Les témoignages archéologiques : une présence chrétienne du VIIe au IXe s.

Constatant l’absence de mentions relatives aux chrétiens dans les sources syriaques après 676, certains chercheurs ont situé la disparition du christianisme dans le Golfe à la fin du VIIe s. Pourtant, au moins trois sites associés à une occupation chrétienne plus tardive (de la fin du VIIe au IXe s.) – al-Qusûr, Kharg et Sîr Banî Yâs – y ont été découverts. En se fondant sur les textes, ils ont donc d’abord été attribués aux Ve-VIe s. Toutefois, suite aux travaux de Robert Carter (2008), plusieurs chercheurs ont proposé une datation plus tardive. En effet, l’étude de la céramique en particulier suggère que ces sites ont été occupés de la fin du VIIe s. au début du IXe s. Ils ont clairement été identifiés comme chrétiens grâce à la découverte d’une église et de croix gravées ou moulées dans le stuc. D’autres sites ont révélé des églises ou des croix, mais demeurent difficiles à dater. Principalement situés sur la côte, ces établissements pourraient avoir été utilisés comme des lieux d’étapes sur des routes menant vers l’Inde ou la Chine, itinéraires qu’auraient empruntés en particulier des moines et des marchands chrétiens.

 

Fig. 2 : les églises de Sîr Banî Yâs, Khârg et al‑Qusûr.

Fig. 2 : les églises de Sîr Banî Yâs, Khârg et al‑Qusûr.

 

Les églises de Khârg, al-Qusûr et Sîr Banî Yâs sont relativement similaires en plan et dans leurs techniques de construction : un narthex précède trois vaisseaux conduisant à un sanctuaire rectangulaire encadré de deux annexes, les espaces étant séparés par des murs-piliers. Les sols et les murs étaient enduits de plâtre tandis que des frises ornementales décoraient les bâtiments de motifs géométriques et végétaux tels que des palmettes et des rosettes. Des croix en stuc, moulées ou sculptées, agrémentaient également l’intérieur des bâtiments.

croix en stuc

Fig. 3 : croix en stuc découverte dans l’église monumentale d’al‑Qusûr puis partiellement détruite durant la guerre du Golfe (MAFKF 2015)

Ces églises semblent faire partie d’un monastère. D’ailleurs, la nature monastique du site de Khârg est claire. Bien que des informations stratigraphiques essentielles manquent, le site ayant été fouillé extensivement durant deux mois en 1959 et 1960, les travaux ont fourni une vue d’ensemble d’un monastère cénobitique dans le Golfe : une église centrale entourée de cellules pour les moines, d’un réfectoire ou encore d’une bibliothèque. Les cellules, petits bâtiments à trois pièces, sont construites les unes contre les autres, dans l’angle nord-ouest du monastère. En revanche, le site d’al-Qusûr sur l’île de Faïlaka (Koweït) n’a pas révélé de cellules de ce type, ni de mur de monastère, durant les campagnes de fouilles conduites par des missions italiennes, françaises, slovaques et polonaises depuis les années 1970. La mission archéologique franco-koweïtienne de Faïlaka a néanmoins découvert, en 2014, un réfectoire situé au sud-ouest de l’église monumentale. Ce large édifice, très proche de celui de Khârg, semble démontrer la nature monastique de la partie centrale du site. Il reste encore à déterminer si les nombreux bâtiments à enclos composés d’une structure domestique, d’une cuisine, d’un enclos et parfois d’une pièce de stockage, qui entourent les églises d’al-Qusûr (sur environ 2,80 x 1,60 km), constituent des cellules de moines ou des maisons pour les habitants d’un village.

hoto aérienne de la partie centrale d’al-Qusû

Fig. 4 : photo aérienne de la partie centrale d’al-Qusûr : les bâtiments à enclos encerclant les églises sont-ils des cellules ou des maisons ? (Y. Guichard, DAM, 2009)

L’histoire du christianisme dans le Golfe est donc marquée par un paradoxe : à l’époque sassanide, les sources écrites témoignent de la présence de chrétiens dont il n’existe pas de trace archéologique claire, tandis qu’au début de l’Islam, les découvertes archéologiques mettent en évidence des établissements chrétiens qui, en revanche, n’apparaissent pas dans les textes. L’analyse des sources syriaques et arabes devrait être poursuivie. L’étude archéologique est également fondamentale, non seulement pour établir une chronologie du christianisme dans le Golfe et mettre au jour les traces du christianisme le plus précoce, antérieur à l’Islam, mais aussi pour mieux comprendre l’organisation de ces communautés chrétiennes.

La publication par Marie-Joseph Steve des fouilles anciennes du monastère de Kharg ainsi que les fouilles conduites à al-Qusûr par la mission archéologique franco-koweïtienne de Faïlaka atteste la persistance du christianisme après la conquête musulmane au VIIe s et l’islamisation de la région, confirmant les hypothèses de R. Carter. La présence de chrétiens à cette période dans le Golfe n’est pas étonnante au regard de la tolérance de la plupart des premiers califes abbassides tels qu’al-Mahdî (775-785), Hârûn al-Rashîd (786-809) ou al-Ma’mûn (830-833). Bien que la situation des chrétiens soit relativement instable et intimement dépendante des décisions des souverains musulmans, les chrétiens occupèrent d’importantes positions dans l’administration du calife et à sa cour. À l’instar de l’Égypte et de la Syrie, le Golfe représente un exemple de cohabitation religieuse, non seulement dans les catégories intellectuelles et administratives, mais également populaires.

Mafkf

La Mission archéologique franco-koweïtienne de Faïlaka (Mafkf) s’intéresse à deux sites, la forteresse hellénistique de Tell Sa’id (resp. M. Gelin) et l’établissement chrétien d’époque islamique d’ al-Qusûr (resp. J. Bonnéric). L’étude de ce dernier offre l’opportunité de questionner l’évolution du christianisme dans le Golfe au tournant de l’Islam. La Mafkf est le fruit d’une collaboration entre le National Council for Culture, Arts and Letters (NCCAL) du Koweït et l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo). Elle bénéficie par ailleurs d’une aide de la Fondation Total et de Total Kuwait. Elle collabore avec le Centre français d’archéologie et de sciences sociales (CEFAS), ainsi qu’avec l’Institut français et l’Ambassade de France au Koweït. Ses travaux sont régulièrement présentés sur Le carnet de la MAFKF. Recherches archéologiques franco-koweïtiennes de l’île de Faïlaka (Koweït) (https://mafkf.hypotheses.org/) ainsi que sur Les carnets de l’Ifpo (voir http://ifpo.hypotheses.org/6164 et http://ifpo.hypotheses.org/7321).

Bibliographie

  • Beaucamp Joëlle et Robin Christian, 1981, « Le christianisme dans la péninsule Arabique d’après l’épigraphie et l’archéologie », in Hommages à Paul Lemerle, Paris, p. 45‑61
  • Bernard Vincent et Salles Jean-François, 1991, « Discovery of a Christian Church at Al-Qusur, Failaka (Kuwait) », Proceedings of the Seminar for Arabian Studies 21, p. 7‑21
  • Bonnéric Julie, 2015, « Christianity in the Arab-Persian Gulf: an ancient but still obscure history », Le carnet de la MAFKF. Recherches archéologiques franco-koweïtiennes de l’île de Faïlaka (Koweït), 23 décembre 2015. [En ligne] http://mafkf.hypotheses.org/1286
  • Briquel-Chatonnet Françoise, 2010, « L’expansion du christianisme en Arabie : l’apport des sources syriaques », Semitica et Classica 3/1, p. 177‑187
  • Carter Robert, 2008, « Christianity in the Gulf during the first centuries of Islam », Arabian Archaeology and Epigraphy 19/1, p. 71‑108
  • Elders Joseph, 2003, « The Nestorians in the Gulf: Just Passing Through? Recent Discoveries on the Island of Sir Bani Yas, Abu Dhabi Emirate, UAE », in D. Potts, H. Al Naboodah & P. Hellyer, Archaeology of the United Arab Emirates. Proceedings of the First International Conference on the archaeology of the United Arab Emirate, Londres, p. 229‑236
  • Salles Jean-François, 2011, « Chronologies du monachisme dans le Golfe arabo-persique », in F. Jullien et M.-J. Pierre (dir.), Monachisme d’Orient : images, échanges, influences. Hommage à Antoine Guillaumont, cinquantenaire de la chaire des « Christianismes orientaux », Turnhout, p. 97‑111
  • Salles Jean-François et  Callot Olivier, 2013, « Les églises antiques de Koweït et du golfe Persique », in F. Briquel-Chatonnet (dir.), Les églises en monde syriaque, Paris, p. 237‑268
  • Steve Marie-Joseph, 2003, L’île de Kharg : une page de l’histoire du Golfe Persique et du monachisme oriental, Neuchâtel

Pour citer ce billet : Julie Bonnéric, « Le christianisme dans le golfe Arabo-Persique : une histoire ancienne mais encore obscure », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), le 22 juin 2017. [En  ligne] http://ifpo.hypotheses.org/7572

Julie Bonnéric  est docteur en histoire et archéologie de l’Islam médiéval. Elle  a soutenu en novembre 2013, sous la direction de Jean-Michel Mouton (EPHE, IVe section), une thèse intitulée « Lumière et mosquées en Égypte et Syrie médiévales, des conquêtes arabes (milieu du VIIe s.) à la fin de la dynastie ayyūbide (milieu du XIIIe s.) : gestion de l’éclairage et portée symbolique ». Elle s’intéresse également à d’autres thématiques comme les implantations chrétiennes en Irak et dans le golfe Arabo-persique ou les odeurs en terre d’Islam. Céramologue et archéologue de terrain, elle participe ou a participé à des missions au Liban, en Jordanie, en Égypte, en Lybie et dans le Golfe où elle est actuellement en charge de l’étude du site médiéval d’al-Quṣūr (Koweït). Elle est responsable scientifique, depuis juillet 2014, de la partie française de la Mission archéologique franco-koweïtienne de Faïlaka.

Page personnelle et bibliographie sur Ifporient : http://ifporient.org/julie-bonneric

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Charles Toubin, archéologue et linguiste jurassien

Connaissez-vous Charles Toubin (1820-1891) ? Natif de Salins, ce Franc-Comtois a été l’ami de Courbet et le rédacteur avec Champfleury et Baudelaire du Salut public, éphémère périodique du temps de la révolution de 1848. Il est l’auteur de récits jurassiens, parus d’abord en plusieurs livraisons dans la Revue des deux mondes entre 1854 et 1861 (htm|pdf) avant de faire l’objet d’une publication en un volume en 1869.

Parallèlement il a contribué au débat sur l’emplacement d’Alésia, avec Alesia, Alaise Séquane. Alise en Auxois paru à Besançon en 1857), sa préférence allant à la localité franc-comtoise. A cette production historico-archéologique appartiennent les trois titres suivants, que j’ai trouvé reliés ensemble dans une annexe de la bibliothèque familiale :

Étude sur les champs sacrés de la Gaule et de la Grèce, et en particulier sur celui des Séquanes. Paris : Dumoulin, 1861.

Le Champ sacré des Séquanes, réponse à M. le président Clerc. Paris : Dumoulin ; Besançon : Bulle, 1862. Extrait du Recueil de l’Académie de Besançon.

Du Culte des arbres chez les anciens, étude archéologique. Paris : Dumoulin, 1862.

Voir le compte-rendu de ces ouvrages par Alexandre Tuetey dans Bibliothèque de l’école des chartes, vol. 25 n° 1 (1864), p. 64-67.

Dans les deux premiers, il défend l’idée que la forêt des Moidons sur l’actuelle commune de Molain aurait abrité le mediolan (= lieu sacré central) des Sequanes. Par la suite, il rédigera plusieurs articles parus dans les Mémoires de la Société d’émulation du Jura entre 1869 et 1875 sur les fouilles qu’il a réalisées dans la forêt de Moidons.

« Rapport sur les fouilles faites près des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura,  1869-1870, p. 25-28.

« Nouvelles fouilles dans la forêt des Moidons », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1874, p. 52-55.

« Fouilles dans les Moidons »,  Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 2e série 1er vol. 1875, p. 7-9.

« Fouilles sur le territoire de Cernans, dans la commune de Clucy », Mémoires de la Société d’émulation du Jura, 1880, p. 212-218.

Les recherches linguistiques retiennent son attention

Recherches sur la langue Bellau : argot des peigneurs de chanvre du haut Jura. Besançon, 1868.

Dictionnaire étymologique et explicatif de la langue française et spécialement du langage populaire. Paris, 1886.

Essai sur la dénomination aryenne. Mâcon, 1888.

Essai d’étymologie historique et géographique. Paris, 1892.