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Inscriptions ouvertes pour le stage d’initiation au manuscrit grec et oriental (16-18/10/2018)

Le stage, du 16 au 18 octobre 2018, propose une formation initiale sur le manuscrit grec, avec une ouverture sur le domaine de l’Orient chrétien (en particulier le copte et le syriaque). Cette formation vient en complément des enseignements de paléographie, d’histoire du livre et d’histoire des textes existant par ailleurs en France. Il est destiné en priorité aux étudiants en master et en thèse et, plus largement, à tout autre public intéressé.

Le stage sera assuré par les membres de la Section grecque et de l’Orient chrétien de l’IRHT, ainsi que par Brigitte Mondrain (EPHE), Muriel Debié (EPHE) et Alain Desreumaux (CNRS). Il se déroulera à Institut de grec de Sorbonne Université (Paris 5e) pour les séances plénières de l’après-midi, et dans les locaux de la Section grecque (Collège Sainte-Barbe, Paris 5e) pour les ateliers pratiques du matin, ce qui permettra l’accès à notre documentation : reproductions de manuscrits, catalogues, instruments de travail. Une visite-atelier est prévue dans une ou des bibliothèques parisiennes conservant des manuscrits.

Le stage s’inscrit par ailleurs dans le cadre de la semaine de formation sur le manuscrit médiéval à l’IRHT. En particulier, le lundi 15 octobre, la première journée du « stage d’initiation au manuscrit médiéval et au livre humaniste », qui se tiendra au 40 av. d’Iéna, Paris 16e, proposera une formation généraliste axée sur la tradition occidentale qui peut servir d’introduction au domaine grec et oriental, et qui est ouverte en option aux participants au stage de la Section grecque et de l’Orient chrétien.

Plus de renseignements

Présentation et inscriptions

Annonce de colloque: Translation Activity in Late Byzantium (Venice, 11-13 June 2018)

Translation Activity in Late Byzantium
An International Conference
(Ca’ Foscari, Venice, June 11th-13th, 2018)

During the last two Byzantine centuries, a significant number of texts were translated from Latin, but also from Arabic and Italian, into Greek. Most of them are still unedited or available in editions that do not meet the modern academic criteria. Nowadays, these translations are attracting scholarly attention, as it is widely recognised that, besides their philological importance per se, they can shed light on the cultural interactions between Late Byzantines and their neighbours or predecessors. The “Translation Activity in Late Byzantium” conference aims at addressing this desideratum.
This conference has been organized by the Department of Humanities (DSU) of Ca’ Foscari University of Venice in collaboration to the Saprat Laboratory of École Pratique des Hautes Études (Paris), with the support of PSL University (Paris), of the Centro Interdipartimentale di Studi Storici sul Cristianesimo (Ca’ Foscari, Venice), and of the Associazione Italiana di Studi Bizantini (AISB).
This conference falls under the dissemination activities of the project “Thomas Aquinas’ Summa Theologiae Ia IIae translated by Demetrius Cydones and Bessarion’s incomplete Compendium of the translation – A Critical Editio Princeps” (TASTGCEP). This project has received funding from the European Union’s Horizon 2020 research and innovation programme under the Marie Sklodowska-Curie grant agreement No. 703595.

The Organizing Committee:
Prof. Antonio Rigo (Venice)
Prof. Brigitte Mondrain (Paris)
Dr Panagiotis Ch. Athanasopoulos (Venice)

Program and abstracts

Poster

Dessins et gribouillages dans les manuscrits de la Trinité

À l’heure d’achever le catalogue des manuscrits provenant du monastère de la Trinité de Chalki, et alors que nous envisageons de manière de plus en plus précise la rédaction d’un second volume, consacré à l’histoire de la bibliothèque, nous vous proposons de présenter quelques usages particuliers – et sympathiques – auxquels les manuscrits ont pu donner lieu au cours des siècles.

Commençons par l’un des principaux divertissements du catalogueur (qui en a souvent bien besoin) : les graffitis, gribouillages, griffonnages, essais de calame, esquisses ou véritables dessins dont des lecteurs plus ou moins intéressés par le texte – et plus ou moins doués –, ont bien souvent orné les marges des livres.

Au mieux les catalogues en font d’habitude une rapide mention, rarement davantage : et certes, il ne s’agit pas des éléments les plus nobles des manuscrits. Mais leur côté souvent attendrissant, parfois loufoque, mérite bien qu’on leur accorde aujourd’hui un peu d’attention.

En voici quelques exemples, tous tirés de manuscrits provenant du monastère de la Trinité sur l’île de Chalki (dans la mer de Marmara, au large d’Istanbul).

Si les représentations humaines dominent, sous une forme tantôt réaliste, tantôt stylisée,

… on trouve aussi plusieurs animaux : oiseaux, chiens, chevaux, lapins, etc.

…et quelques objets, comme ici un bateau, des ciseaux ou des armoiries.

Notons que les ciseaux semblent à l’origine reproduire purement le filigrane de la feuille (que le lecteur avait donc bien observé!).

Souvent, ce sont des motifs géométriques, plus ou moins travaillés.

Naturellement, il est particulièrement délicat, voire impossible, de dater la réalisation de ces dessins. Pour les plus récents, il sont attribuables à des lecteurs de la bibliothèque du monastère de la Sainte-Trinité de Chalki, fondé vers 1540 et dont les manuscrits sont demeurés sur place jusque dans les années 1930. Mais ils peuvent aussi avoir été effectués à une époque antérieure, car la bibliothèque s’est formée en partie par l’acquisition de manuscrits anciens.

Dans quel type de livre les trouve-t-on ? D’une manière générale, c’est plutôt dans les livres d’usage fréquent, en particulier dans les psautiers (qui ne suscitaient manifestement pas le même respect que les manuscrits du Nouveau Testament, par exemple). Les pages entièrement laissées blanches sont bien évidemment l’endroit de prédilection des auteurs de ces œuvres mais il n’est pas rare qu’ils aient aussi laissé leur trace directement dans les marges.

Comme il faut s’en douter, les livres d’usage scolaire apparaissent en bonne position. Voici par exemple un manuscrit des Sept contre Thèbes d’Eschyle (2e moitié du 15e s.) utilisé – manifestement avec beaucoup de succès – dans un cours de littérature classique.

Mais il n’y a pas de règle stricte en la matière : un petit dessin peut apparaître ici ou là au détour d’un luxueux manuscrit patristique !

On l’imaginera aisément, c’est toujours un bonheur de découvrir l’un ou l’autre de ces gribouillages au hasard du catalogage. Ils témoignent d’un aspect des lecteurs des temps passés souvent difficile à cerner autrement et, en un sens, nous les rendent parfois étonnamment familiers.

 

Colloque “Bibliothèques grecques dans l’Empire ottoman” (Réthymno, 26-27 mai 2015)

Trin105, f. 14Dans le cadre du projet ANR i-Stamboul, la Section grecque de l’IRHT organise, en partenariat avec l’Université de Crète, un colloque dédié aux bibliothèques grecques dans l’Empire ottoman.

Le colloque se tiendra à l’Université de Crète (Rhétymno) les mardi 26 et mercredi 27 mai 2015.

Il réunira une quinzaine de contributions, portant sur les livres et les manuscrits grecs de la période post-byzantine, leurs possesseurs, leurs lecteurs et leur histoire.

Télécharger le programme du colloque

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La publication des actes se fera conjointement avec celle du second colloque organisé dans le cadre du projet i-Stamboul (Istanbul, 14-15 octobre 2015) et intitulé: “Autour de la Sainte-Trinité de Chalki : manuscrits grecs à Constantinople après 1453“.

Vient de paraître: “Comparative Oriental Manuscript Studies. An Introduction”

Un nouveau manuel dédié aux manuscrits orientaux vient tout juste de paraître:

Comparative Oriental Manuscript Studies: An Introduction. Edited by: Alessandro Bausi (General editor), Pier Giorgio Borbone, Françoise Briquel-Chatonnet, Paola Buzi, Jost Gippert, Caroline Macé, Marilena Maniaci, Zisis Melissakis, Laura E. Parodi, Witold Witakowski. Hamburg, 2015.

La publication est en open access  en ligne.  Il est également possible de se procurer une version papier (payante):

ISBN: 978-3-7323-1768-4 (Hardcover; €56.29)
ISBN: 978-3-7323-1770-7 (Paperback; €29.01)
ISBN: 978-3-7323-1769-1 (Ebook; €2.99)

L’ouvrage, entièrement rédigé en anglais, est consacré aux manuscrits orientaux parmi lesquels sont représentées les langues suivantes: arabe, araméen, arménien, copte, éthiopien, géorgien, grec, hébreu, slavon, syriaque. Il s’organise en cinq chapitres :

  1. Codicologie.
  2. Paléographie.
  3. Critique textuelle et ecdotique.
  4. Catalogage.
  5. Conservation.

Voir la Table des matières

Cette publication est l’aboutissement du projet européen COMST: Comparative Oriental Manuscript Studies (2010-2014), placé sous l’égide de l’European Science Foundation et porté par Alessandro Bausi (Université de Hambourg).

Elle rassemble le travail de plus de 70 contributeurs d’une quinzaine de pays européens, parmi lesquels figurent deux membres de la Section grecque et de l’Orient chrétien de l’IRHT: André Binggeli et Marie Cronier.

Nouvelle mission de catalogage à Istanbul (novembre 2014)

Dans le cadre du projet ANR i-Stamboul, une nouvelle mission de catalogage à la bibliothèque du Patriarcat œcuménique de Constantinople a été effectuée par André Binggeli, Marie Cronier et Matoula Kouroupou, au cours de la première quinzaine de novembre 2014.

Le catalogage des manuscrits s'effectue en étroite collaboration
Le catalogage des manuscrits s’effectue en étroite collaboration
Examen des manuscrits au Patriarcat

Il s’agissait de poursuivre la description des manuscrits provenant du monastère de la Saint-Trinité sur l’île de Chalki.

Tandis que l’analyse du contenu s’effectue à l’avance sur microfilms, on procède sur place au relevé des caractéristiques matérielles, telles que les dimensions des pages et de la surface écrite

On relève les dimensions de la page puis de la surface d'écriture à l'aide d'un mètre souple
On relève les dimensions de la page puis de la surface d’écriture à l’aide d’un mètre souple

…ou encore le relevé des filigranes (pour les manuscrits de papier) à l’aide d’une planche électroluminescente à lumière froide, qui fait apparaître le filigrane sans endommager le papier.

La planche à lumière froide permet de relever très précisément le motif des filigranes à l'aide d'un papier calque
La planche à lumière froide permet de relever très précisément le motif des filigranes à l’aide d’un papier calque

Pour les reliures comportant un décor par impression de fers (« estampage à froid »), comme c’est le cas de la majorité des reliures byzantines, on effectue un frottis au crayon bleu, permettant de prendre une empreinte des petits fers de manière beaucoup plus lisible qu’à l’aide des photographies.

Frottis de reliure à l'aide d'un crayon bleu
Frottis de reliure à l’aide d’un crayon bleu


Une partie importante de la mission a été consacrée à l’analyse des σπαράγματα (sparagmata) de la bibliothèque du patriarcat œcuménique, c’est-à-dire des fragments détachés des manuscrits, qui ont été recueillis et conservés dans des boîtes séparées.

Une des boîtes dans lesquelles les "sparagmata" sont conservés
Une des boîtes dans lesquelles les “sparagmata” sont conservés

Ces fragments ont été numérotés et classés en différents dossiers.

Les fragments une fois numérotés et classés
Les fragments une fois numérotés et classés

Une description sommaire en a ensuite été effectuée (type de support, dimensions, nombre de folios, nature du texte transmis).

Un fragment constitué d'un feuillet isolé
Un fragment constitué d’un feuillet isolé

Avec quelque recherche, on parvient en général à identifier le texte de ces fragments. Ce travail demande généralement une comparaison avec les éditions imprimées.

Dans les cas particulièrement favorables, une coïncidence à la fois textuelle et codicologique permet de retrouver le manuscrit dont le fragment a été détaché. Par chance, on est parvenu plusieurs fois à cet heureux résultat au cours de ladite mission : on a alors procédé à la remise en place officielle du fragment dans le manuscrit, sous l’égide du directeur de la bibliothèque, le Père Agathangelos.

Un nouvel inventaire

D’autre part, une belle découverte a été faite au milieu de ces sparagmata : un inventaire des manuscrits de la bibliothèque de la Sainte-Trinité, établi dans la seconde moitié du XIXe siècle, alors que cette collection avait déjà été intégrée à l’École théologique (fondée sur l’emplacement du monastère en 1844). Jusqu’à présent, on soupçonnait fortement l’existence de cet inventaire mais il était demeuré introuvable.

Déchiffrement de l’inventaire du XIXe siècle, retrouvé par hasard au milieu des fragments
Déchiffrement de l’inventaire du XIXe siècle, retrouvé par hasard au milieu des fragments
Séjour au monastère, sur l’île de Chalki

La seconde partie de la mission s’est déroulée sur l’île de Chalki, au monastère de la Sainte-Trinité, qui abrite aujourd’hui l’École théologique.

Vue de l’île de Chalki
Vue de l’île de Chalki

Alors que la collection de manuscrits de la Sainte-Trinité de Chalki a été transférée à Istanbul, au Patriarcat, dès les années 1930, les imprimées demeurent toujours sur place.

Entrée de l’École théologique de l’île de Chalki
Entrée de l’École théologique de l’île de Chalki

Des investigations ont donc été menées parmi les plus anciens d’entre eux, dans le but notamment de tenter d’identifier s’il se trouvait encore sur place certaines des éditions imprimées recensées dans l’inventaire de la bibliothèque de la Sainte-Trinité établi à l’époque de Métrophane III (1572).

Les imprimés de la bibliothèque de la Sainte-Trinité (à l’École théologique)
Les imprimés de la bibliothèque de la Sainte-Trinité (à l’École théologique)

Il s’agissait également de préparer l’organisation du colloque de clôture du projet ANR i-Stamboul, qui se déroulera à Istanbul en octobre 2015, et dont la première journée aura lieu dans le monastère lui-même.

Stage d’initiation aux manuscrits grecs et orientaux

Du mardi 21 au jeudi 23 octobre 2014 s’est déroulé le Stage d’initiation aux manuscrits grecs et orientaux, organisé par la Section grecque et de l’Orient chrétien de l’IRHT.

Conférence sur l'histoire du livre grec
Conférence sur l’histoire du livre grec

Pour cette troisième édition, après une première session en 2012 (23-24 octobre) et une seconde en 2013 (9-11 octobre), le stage dédié au manuscrit grec s’est inscrit dans le cadre plus général de la Semaine d’initiation au manuscrit médiéval et au livre humaniste de l’IRHT (20-24 octobre), dont la première journée était commune à tous les domaines linguistiques, avant une spécialisation (latin, roman et hébreu ; arabe ; grec, syriaque, copte et arabe chrétien).

Stage d'initiation au manuscrit médiéval (IRHT)
Stage d’initiation au manuscrit médiéval (IRHT)

Un groupe de 21 stagiaires a été accueilli (16 pour le grec, 5 pour l’Orient chrétien), composé essentiellement d’étudiants inscrits en master ou en début de doctorat dans diverses universités de France et d’Europe (Belgique, Suisse, Italie).

Le groupe des étudiants du stage grec
Le groupe des étudiants du stage grec

Le programme des trois journées s’est réparti entre exposés théoriques au cours des matinées et ateliers pratiques en groupes restreints pendant les après-midis.

Le livret de stage remis aux étudiants propose, outre des informations générales sur l’IRHT, des conseils méthodologiques et des indications bibliographiques.

Atelier d'identification des manuscrits
Atelier d’identification des manuscrits

Les stagiaires ont pu mettre en pratique les connaissances acquises au cours de cette formation lors d’une après-midi de travail direct sur les manuscrits, en groupes réduits, dans l’une des quatre bibliothèques parisiennes qui mettent obligeamment leurs collections à disposition : pour les manuscrits orientaux, à la Bibliothèque nationale de France ; pour les manuscrits grecs, à la Bibliothèque Mazarine, à la Bibliothèque de l’Arsenal et à la Bibliothèque de l’Institut Français d’Études Byzantines.

Atelier de lecture des catalogues
Atelier de lecture des catalogues

La formation a été assurée par les membres de la Section grecque et de l’Orient chrétien de l’IRHT, épaulés par deux intervenants extérieurs : Alain Desreumaux, directeur de recherche émérite au CNRS, qui a assuré la visite du département des manuscrits orientaux de la BNF, et Brigitte Mondrain, directeur d’étude à l’École pratique des Hautes Études, qui a présenté un exposé sur l’histoire de l’écriture manuscrite grecque.

Atelier d'analyse des éléments textuels
Atelier d’analyse des éléments textuels

Télécharger le programme du stage

Télécharger le livret du stage

Contacter les organisateurs du stage : pierre.augustin@irht.cnrs.fr

Un nouveau palimpseste (8e-9e s.) des œuvres ascétiques de Basile de Césarée

À l’occasion de la mission de catalogage à la Bibliothèque du Patriarcat œcuménique (Istanbul) en juin- juillet 2014 (voir le post du 9 juillet) par des chercheurs de la Section grecque de l’IRHT, un nouveau palimpseste a été repéré dans le fonds provenant du monastère de la Sainte-Trinité (Hagia Trias) de l’île de Chalki.

L’examen direct du manuscrit Hagia Trias 124 a permis de constater – ce qui n’est absolument pas visible sur le microfilm– que ce volume de 211 folios, sur parchemin, est entièrement palimpseste (à l’exception de deux folios initiaux et de quatre folios finaux, qui sont des restaurations du 16e siècle sur papier filigrané).

Figure 1
Figure 1 : En-dessous du texte supérieur, à l’encre noire foncée, on aperçoit quelques restes de l’écriture inférieure, à l’encre brun clair. L’écriture est surtout visible dans la marge, où elle n’a pas été recouverte.

L’écriture supérieure doit être attribuée au 13e ou au 14e siècle : il s’agit des Homélies de Jean Chrysostome sur la seconde Épître aux Corinthiens (CPG 4429).

Le texte inférieur, de son côté, est écrit dans une belle majuscule ogivale inclinée, attribuable à la fin du 8e siècle ou au début du 9e.

 

Son déchiffrement est rendu très difficile par deux causes :

(1) le parchemin a été très soigneusement lavé, si bien que sur une grande majorité des folios, on remarque à peine la présence d’un texte sous-jacent ;

(2) le copiste du texte supérieur a conservé exactement la même mise en page que celle du livre qu’il remployait (écriture à pleine page, 27-28 lignes). Les lignes d’écriture se superposent donc exactement, ne laissant apparaître tout au plus que quelques fragments de lettres.

Les parties les plus lisibles sont en marge : numérotations et titres.

Figure 2
Figure 2 : L’écriture inférieure se distingue difficilement car elle est presque entièrement recouverte par l’écriture supérieure, qui utilise les mêmes lignes.

Les quelques passages déchiffrés jusqu’à présent ont été identifiés comme provenant de deux œuvres :

1)       Basile de Césarée, Regulae morales (CPG 2877).

2)       Basile de Césarée, Grand Asceticon (CPG 2875).

 

La présence des Regulae morales permet de proposer une première classification de notre manuscrit à l’intérieur de la tradition manuscrite très vaste de l’œuvre ascétique de Basile. En effet, les Regulae morales ne se trouvent que dans deux branches, la « Vulgate » (V) de J. Gribomont (« Ask 4 » chez J. Fedwick) et la branche « Stoudite » (S) (« Ask 3 ») [1]. Ce sont les deux branches les plus abondamment représentées dans la tradition manuscrite.

Plus précisément, et même si une étude des variantes est rendue extrêmement difficile par les très faibles portions de texte déchiffrables, il semble que le manuscrit de la Sainte-Trinité doive être rangé dans la branche « Stoudite » (S) ou Ask 3 : cela peut être déterminé en particulier par la numérotation des questions, qui varie d’une recension à l’autre. Les numéros déchiffrés dans le palimpseste de la Sainte-Trinité correspondent aux numéros de la recension appelée « Stoudite » par J. Gribomont et « Ask 3 » par P. J. Fedwick. En voici un exemple :

Figure 3
Figure 3 : À la 3e ligne en partant du bas, on distingue le début de la question numérotée ΡΝʹ [150] dans la Vulgate (PG 31, 1181A12) : ΤΟΥΤΟ ΤΟ ΚΡΙΜΑ ΦΑΝΕΡΟΝ ΕΚ Τ…
Le numéro indiqué par le palimpseste, ρκθʹ [129] correspond à celui de la recension « Studite » ou « k »[2].

 

La recension Stoudite est représentée par environ 25 manuscrits, dont le plus ancien est daté de 880 : Moscou, GIM, Sinod. gr. 254 (Vlad. 117), écrit en minuscule et signé par le moine Athanase, au monastère du Stoudion, à Constantinople. Le palimpseste de la Sainte-Trinité est d’environ un siècle plus ancien que le manuscrit de Moscou. Il constituera donc certainement un témoin de premier ordre pour l’histoire du texte de cette recension « Stoudite ».

 

L’étude du texte de Basile préservé dans ce palimpseste n’a encore porté que sur un échantillon très restreint. En effet, seuls quelques fragments ont pu être identifiés jusqu’à présent, tant l’écriture inférieure est difficile à déchiffrer : la grande majorité des pages du manuscrit originel demeurent presque entièrement illisible à l’œil nu. Il faut espérer que l’utilisation de techniques adaptées au déchiffrement des palimpsestes, comme celles récemment mises au point par exemple pour le célèbre palimpseste d’Archimède ou pour l’Euripide de Jérusalem, permettront de tirer de plus grand bénéfices de ce nouveau témoin.


[1] J. Gribomont, Histoire du texte des Ascétiques de S. Basile, Louvain, 1953 (Bibliothèque du Muséon, 32) : table de concordance, p. 174 ; J. Gribomont, « Les Règles Morales de saint Basile et le Nouveau Testament », in Studia patristica. Vol. II. Papers presented to the Second International Conference on Patristic Studies…, ed. K. Aland and F. L. Cross, Berlin, 1957, pp. 416-426 ; P. J. Fedwick, Bibliotheca Basiliana Universalis. A Study of the manuscript tradition, translations and editions of the works of Basil of Caesarea, t. III. The Ascetica, Contra Eunomium 1-3, Ad Amphilochium de spiritu sancto, dubia et spuria with supplements to volumes I-II, Brepols, 1997.

[2] Cf. Gribomont, Histoire du texte, table de concordance, p. 174 ; Fedwick, t. III, p. 66.

Un feuillet volant restitué à son emplacement original

Le travail direct sur les manuscrits du fonds du monastère de la Sainte-Trinité sur l’île de Chalki (Hagia Trias, Ἁγία Τριάς) effectué lors de la mission de catalogage au patriarcat œcuménique (30 juin-5 juillet 2014,voir le post précédent) a permis de faire d’intéressantes trouvailles.

Par exemple, il a été possible retrouver l’emplacement original d’un feuillet volant, conservé à la fin du manuscrit Hagia Trias 147 (un manuscrit de parchemin en caractères slavons, de contenu ascétique).

Ce feuillet de papier, du 14e siècle, dont le texte est grec et de contenu astronomique, présente une souscription du copiste, Georges de Crète (Γεώργιος Κρής), avec la date de 1381. Il porte aussi, dans l’angle supérieur externe, une foliotation au crayon : “338”. Ces élément ont permis de déterminer qu’il s’agit du f. 338 (dernier du volume) du manuscrit Panaghia 157. Ce dernier appartient au fonds du monastère de la Panaghia Kamariotissa de l’île de Chalki, également conservé à la bibliothèque patriarcale (Istanbul).

Dans le catalogue récent des manuscrits du fonds de la Panaghia1, ce folio est signalé comme absent. Cependant, une reproduction en est donnée2 : elle a été faite à partir du microfilm effectué par l’équipe de Dumbarton Oaks, en 1962.

Une comparaison de la reproduction du catalogue et du folio retrouvé ne laisse aucune place au doute, comme on peut le voir :

Le folio perdu du Panaghia 157 a été retrouvé et remis en place
Le folio perdu du Panaghia 157, connu seulement d’après un microfilm effectué en 1962, a été retrouvé et remis en place le 30 juin 2014

On peut donc affirmer qu’à cette époque le feuillet se trouvait encore en place.

Cependant, comme le microfilm du manuscrit Hagia Trias 147, effectué à la même période, présente également une reproduction de ce feuillet volant, il semble bien que ce soit lors de cette campagne de microfilmage, en 1962, que le feuillet ait été déplacé involontairement.

En conséquence, le feuillet a été officiellement restitué au manuscrit Panaghia 157, le 30 juin 2014, par le directeur de la bibliothèque, le Père Agathangelos.

  1. M. Kouroupou & P. Géhin, Catalogue des manuscrits conservés dans la Bibliothèque du Patriarcat Œcuménique. Les manuscrits du monastère de la Panaghia de Chalki, Turnhout, Brepols, 2008, vol. 1, p. 386
  2. Ibid., vol. 2, p. 321