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L’impossible dernier mot

Au presque terme de cinq intenses années de direction, qu’il me soit permis non pas d’avoir le dernier mot – loin de moi cette prétention – mais d’esquisser sous forme de bilan un dernier “mot du directeur”. À l’heure où, sans vouloir pasticher les dernières lignes des Mémoires d’Outre-Tombe, la chaleur estivale commence à lourdement peser sur tout le pays, où les effluves du tilleul séculaire du Palais se font denses et envoûtants, où, malheureusement, de nouveaux collègues viennent d’être placés en garde à vue, et où une nouvelle opération militaire turque est annoncée au nord de la Syrie. Bien sûr, ce bilan ne sera pas personnel, m’étant tout au long de ces années efforcé de dépersonnaliser la fonction ; ce qui ne pourra que faciliter la transition.

Je souhaiterais avant toute chose remercier toutes celles et tous ceux avec lesquels j’ai travaillé dans des contextes turcs et français passablement difficiles. En effet, pour s’en tenir au versant turc, nous aurons connu la guerre interminable dans le pays si voisin qu’est la Syrie, les événements de Gezi (mai-juin 2013), les révélations fracassantes de décembre 2013, les violences de l’été 2015, le massacre d’Ankara du 10 octobre 2015 (dont une 103e victime vient de décéder1), le “coup d’État manqué” – selon l’expression consacrée – du 15 juillet 2016 et les attentats de décembre 2016. Nous conservons dans le bureau de la direction quelques-unes des nombreuses cartouches de gaz lacrymogène atterries sur la terrasse de l’IFEA alors que, durant les événements de Gezi, la police poursuivait des manifestants s’échappant de l’Istiklâl par la rue Nur-i Ziya. Dans ce contexte passablement agité, j’ai pu compter sur une équipe à géométrie variable où les stagiaires, doctorants, chercheurs de passages et chercheurs associés et autres délégués de l’Université ou du CNRS ont joué un rôle déterminant, parallèlement aux personnels plus stables, personnel de droit local, personnel MEAE (en réduction) ou personnel CNRS. Malgré la circulation importante des personnes, la fragilité et l’inégalité des statuts, des dynamiques collectives ont pu être créées en faisant converger le plus possible l’intérêt collectif avec les intérêts individuels, même passagers, ainsi qu’en démultipliant les partenariats ici ou en France.

En effet, même si pendant ces 5 années les subventions ou dotations dévolues par le MAEDI et le CNRS n’ont pas baissé d’un iota – c’est à souligner tout de même – , notre structure a été touchée par deux coups durs en termes de ressources humaines : la dégradation du poste de pensionnaire scientifique archéologue en CRSP (contrat de recruté sur place), effective à compter du 1er septembre 2014, puis deux ans après – deuxième coup dur –, la suppression pure et simple du poste de pensionnaire scientifique responsable de l’antenne de l’IFEA à Bakou (une implantation qui remontait à 2003). Sa titulaire, Adeline Braux, pourtant recrutée moins de trois ans auparavant, fut dans l’obligation de quitter un peu brutalement ses fonctions. Ces deux coups contre l’institution resteront des blessures aussi pour moi.

Malgré tout, durant ces années troublées nous nous sommes attelés à des chantiers multiples dont certains furent de véritables obsessions-passions. Ils constituent un petit héritage qui je l’espère sera préservé et augmenté. Rappelons-en quelques-uns :

  • Commençons par les conditions matérielles de la recherche au quotidien. La sécurité du bâtiment et de ses occupants a été un constant souci et, grâce au soutien du Consulat et de l’Ambassade – ainsi que d’un sponsor opportunément trouvé -, des mesures structurelles et durables ont pu être prises. Certains se souviennent des exercices de simulation conduits au printemps 2013 sur la terrasse dans le cadre de la remise aux normes du système anti-incendie. Au printemps 2017 ce chantier a été enfin presque parachevé.
Formation du personnel à la lutte contre l’incendie, 15 février 2013
  • La bibliothèque (et son dépôt) a été à la fois assainis, étanchéifiés (notamment la salle des Compactus et l’ancienne salle de l’OAC), réorganisés, mieux décrits (merci à Néhémie : https://dipnot.hypotheses.org/1961) et enrichis. Un travail important sur l’histoire de la bibliothèque a été conduit et plusieurs des fonds qui la constituent ont fait l’objet d’une valorisation spécifique (Fonds Capucins, Fonds Hüsrev Tayla, Fonds Thieck, Fonds Poisson…). Surtout, grâce à l’aide d’un sponsor, à une campagne de crowdfunding, à une campagne de parrainage d’ouvrages mal en point, à de nombreuses collaborations dans le but d’organiser des expositions, et à la participation de l’IFEA au projet conduit par la BnF Bibliothèques d’Orient nous avons réussi à faire restaurer des dizaines d’ouvrages anciens bien en peine. La pratique collective du présentoir thématique mensuel – physique, dans la bibliothèque elle-même et pérennisés en ligne – a permis aux chercheurs à la fois de (re)découvrir certaines ressources, de compléter par des acquisitions certaines lacunes et de partager leurs interrogations avec les visiteurs et leurs collègues proches ou éloignés. En outre, l’intégration par l’IFEA de la plateforme Bibliopera portée par Anamed (Koç Üniversitesi) a contribué à renforcer la visibilité de notre bibliothèque et généré de stimulantes synergies avec les bibliothèques proches. Elle permettra aussi d’accroître la mise aux normes du catalogue de la bibliothèque et le rayonnement en ligne de cette dernière, en dépit des aléas des connexions informatiques.
  • Parallèlement les centres de documentation des deux principaux observatoires de l’Institut ont été réorganisés : à l’Observatoire Urbain comme à l’Observatoire de la Vie Politique. Des dossiers inventoriés, à la fois « papier » et numériques sont désormais à la disposition des chercheurs, grâce au travail patient de stagiaires ou de doctorants.
Une double page du livre d’or de l’IFEA tenu dans les années 80
  • Les archives de l’IFEA ont aussi été réordonnées, assainies et surtout valorisées à partir de la fin 2012 avec l’aide précieuse de Cilia Martin. La salle qui les abrite est désormais équipée d’un absorbeur d’humidité. Modestes en termes volumétriques, elles recèlent néanmoins des documents qui peuvent être transformés en sources primaires de la recherche comme le montre la dipnot sur Alfred Laumonier (http://dipnot.hypotheses.org/861). Sans parler des photographies que nous y avons trouvées en bien mauvais état… Désormais, les photos de Jane Laroche et d’Ara Güler sont mieux traitées et exposées dans les escaliers de notre institut. Il reste à faire sur ce chantier. Après les expositions Emmanuel Laroche (2014) et Stéphane Yerasimos (2015), une exposition consacrée à H. Corbin est en chantier avec la collaboration de l’EPHE et de l’Association des Amis d’H. Corbin. Enfin, la cession à l’IFEA fin juin 2017, par son épouse, d’une partie des archives de Stéphane Yerasimos va nous permettre d’aménager une salle Yerasimos cohérente et riche – puisque le Fonds Yerasimos s’y trouve déjà – au service de la mémoire de ce grand chercheur, de la mémoire institutionnelle, et des chercheurs à venir.
  • Du côté de la recherche, si l’ensemble des champs de recherche n’a pas pu être couvert et honoré – en ces temps contraints l’exhaustivité relève du luxe -, l’accent a été mis principalement sur la jeune recherche en collaboration et sur l’action en réseau. Au cours de ces cinq années, de nombreux anciens doctorants de l’IFEA (ex-BAR, AMI pour la nomenclature actuelle du MEAE) ont soutenu leur thèse : cet aboutissement est fondamental pour la crédibilité de notre Institut qui tire une partie de sa raison d’être de sa capacité à accompagner ces jeunes chercheurs et pour l’extension du réseau informel des anciens. Grâce aux partenariats actifs avec le CETOBAC, avec notre homologue l’IFPO, avec l’Orient Institut-Istanbul, l’École Normale Supérieure/PSL, CITERES (Tours), l’IRHT et le Centre Jean Pépin, de nombreux jeunes chercheurs ont pu bénéficier des programmes financés par l’ANR (Transtur, Transfaire, Marges, NMR, i-Stamboul project, Lajeh,…). Deux post-docs ont animé des séminaires multi-sites pendant plusieurs années participant à l’intégration de l’IFEA à une communauté transnationale de chercheurs.
  • Les Régions (Bretagne, pour le projet « Arcus »), l’ERC (« Réception de la philosophie arabe » – programme qui a débouché sur la mise en place en 2015 d’un LIA associant l’Université de Yıldız et le Centre Jean Pépin-CNRS –, WAFAW, Open Jerusalem), le GIS « Moyen-Orient et mondes musulmans ou MOMM », l’AFD (recherche sur les classes moyennes en Turquie), le CNRS (« Attentats-Recherche »), le programme ENVIMED (Amida), le MUCEM, et le Fonds d’Alembert (« Faire Méditerranée », 2013)  ont aussi contribué à la diversification des ressources de même que la collaboration plus étroite avec l’Institut Français (Cinquantenaire de l’accord migratoire franco-turc en avril 2015, colloque d’Ankara sur les migrations en avril 2017…).
  • L’IFEA a aussi émargé à des Labex, comme C-3-Network (Université d’Aix-Marseille) ou Transfert (colloque d’Izmir en octobre 2015). En outre la collaboration avec d’autres IFRE  – comme l’IFPO, le Centre d’Études Alexandrines2, grâce à notre efficace « délégué » partagé Faruk Bilici3, le CEDEJ et le Centre Jacques Berque4 – et avec certaines Écoles françaises (EFR pour le programme « Jeunesses méditerranéennes » et l’ensemble des Écoles françaises pour l’archéologie) a aussi permis à nos chercheurs de circuler et de s’ouvrir des horizons comparatifs. Si la synergie des observatoires urbains du pourtour de la Méditerranée n’a pas pu fonctionner autant qu’on aurait pu le souhaiter, faute de forces vives pour l’animer, les études kurdes à l’articulation entre études arabes et études turques ont connu une importante impulsion grâce à la collaboration avec l’antenne d’Erbil de l’IFPO et l’Université d’Exeter, particulièrement du temps où Clémence Scalbert-Yücel était pensionnaire scientifique (Septembre 2014-fin août 2016).
  • Enfin la formation et la consolidation de l’axe « Migrations et Mobilités » (ou AMIMO) au sein du pôle Études Contemporaines compte parmi les plus grandes réussites de ces années grâce au dynamisme d’Elif Aksaz et de tous les doctorants, stagiaires et collègues qu’elle a su mettre en réseau, avec l’appui du GIS « Moyen-Orient et mondes musulmans », de l’ANR-Lajeh et de nombreuses institutions turques, françaises (Institut Français, OFII) ou internationales (IOM). La conférence Guests and Aliens Re-configuring new mobilities in the Eastern Mediterranean post 2011-9 organisée en décembre 2014 en collaboration avec le Research Network « Re-Configurations. History, Remembrance and Transformation Processes in the Middle East and North Africa » de la Philipps-Universität, Marburg, avec le soutien de l’International Organization for Migration (IOM), restera dans les mémoires. Elle a débouché sur un Dossier de l’IFEA multimédia5.

  • La politique de publications s’est quant à elle recentrée sur l’objectif d’une plus grande présence en ligne avec la relance des Dossiers de l’IFEA (plus de 6 livraisons depuis 20136), les Dipnot (carnets de recherche-IFEA) et le lancement d’une nouvelle collection entièrement en ligne, « Bibliothèque électronique de l’IFEA », dont le premier numéro a été livré en février 2017 (voir : http://books.openedition.org/ifeagd/2180), ainsi que la poursuite des Rencontres d’Archéologie. En parallèle, grâce au remarquable travail de notre IE-CNRS « Projets numériques », la mise en ligne des publications papier de l’IFEA a été accélérée, sur des plateformes de référence comme Persée, Revues.org ou OpenEdition.org. À la fin de cette année, c’est l’intégralité de la collection de notre revue d’Archéologie Anatolia Antiqua qui sera en ligne. Et suite à un accord passé à la fin du printemps 2017 avec la maison d’édition, les numéros de la revue d’histoire Anatolia Moderna seront aussi à terme en libre accès.
  • Les Archives Visuelles sont une innovation de ces années dont nous souhaitons sincèrement la pérennisation. Leur formation résulte de plusieurs constats : nécessité de valoriser les ressources visuelles de l’institut jusque-là trop négligées, nécessité de solliciter tous les chercheurs passés par l’Institut ayant recouru d’une façon ou d’une autre à la photographie dans leurs travaux et surtout nécessité de partager ces sources primaires de la recherche d’une façon plus systématique et durable, au service des recherches à venir. L’hébergement récemment acquis sur Huma-Num va donner un nouveau souffle à ces archives, après les accords passés avec SALT dans les premiers temps de l’entreprise.
Vernissage de l’exposition « Deux siècles de cartographie d’Istanbul et de son environnement » au Lycée Notre-Dame de Sion le 7 mars 2013
  • De nombreuses expositions ont été organisées, dans le hall d’entrée de l’institut (merci à Aksel Tibet) pour les expositions Emmanuel Laroche et Stéphane Yerasimos, et dans divers lieux extérieurs (à Istanbul et hors d’Istanbul) pour les autres. Plusieurs sont en préparation (exposition JH Lambert à Eskişehir à la fin de l’année 2017). Ces expositions nous ont permis à la fois de nous réapproprier l’histoire de l’institution, de valoriser le travail de recherche et d’accumulation documentaire, de redécouvrir et de faire restaurer certaines richesses de notre bibliothèque et de l’Atelier cartographique, tout en nouant de nouveaux partenariats (notamment avec les lycées francophones d’Istanbul, privés et public7) et en nous ouvrant de nouveaux horizons.
  • Sur le versant du débat d’idées, la collaboration avec les Instituts Français d’Istanbul (Mémoires des diasporas anatoliennes de France, 2013-2014 ; puis « Accord migratoire franco-turc de 1965 ») et d’Ankara (Colloque Migrations d’hier et aujourd’hui les 10-14 avril 2017), comme avec le SCAC (10 ans de débats sur le génocide arménien en Turquie, 2005-2015) fut je crois très féconde.
  • L’ouverture anatolienne souhaitée au début de notre mandat s’est réalisée en partie, comme les manifestations organisées à Diyarbakır, Eskişehir, Ankara, Izmir ou Çorum le prouvent. Cette ouverture, pour s’affranchir du tropisme stambouliote, fut salutaire et permit de réactiver toute la mémoire de l’activité de l’IFEA « en régions » pour reprendre cette expression très française.
L’exposition « Entre trois mers » au centre Arkas, Izmir de mai à juillet 2016
Invitation au vernissage de l’exposition « Emmanuel Laroche, un savant en Anatolie », en novembre-décembre 2014

Il ne me reste plus qu’à souhaiter le meilleur à mon successeur qui pourra compter sur le noyau stable de notre petite équipe. Nous travaillerons ensemble pour assurer la meilleure transition possible : des kilos de dossiers « papier » l’attendent, ainsi que des Gb de dossiers numériques! Mais trop de facteurs ne dépendent pas de nous : l’évolution de la situation en Turquie et dans la région, le devenir de l’Université turque plus précisément, mais aussi l’évolution de la politique de nos tutelles vis-à-vis de l’Institut. Souhaitons que la dégradation des statuts et la suppression pure et simple de postes soit arrivée à son terme8. Compte tenu des devoirs que nous voulons continuer à assurer – en termes de formation de jeunes chercheurs et d’aide à la recherche, de capacité de réponse aux besoins formulés de toutes parts et aux sollicitations qui nous sont adressées, de nécessité de faire vivre une certaine tradition scientifique française, en archéologie et dans les sciences humaines et sociales -, une taille critique minimale est nécessaire, qu’il ne faudrait pas mettre en péril sur l’autel par trop encombrant des économies à court terme. En nous appuyant sur un patrimoine de recherche riche que la déjà longue histoire de l’Institut illustre à merveille – d’où l’importance du travail dans les archives qui permet d’étayer les recherches actuelles sur un passé scientifique riche -, il reste beaucoup à faire dans ce grand pays au potentiel considérable – nul besoin de le rappeler en détail. Espérons que la situation se normalise et se stabilise rapidement, que les archéologues puissent continuer à travailler paisiblement avec leurs collègues turcs, et que l’Université turque retrouve une indispensable liberté d’action avec la fin de l’état d’exception et le retour en son sein de tous ces éléments remarquables – suspendus, démissionnés, expulsés de la fonction publique ou même partis à l’étranger-  qui font aussi le dynamisme, la richesse et la diversité scientifiques, potentielles, de ce pays. Il est grand temps que ce gâchis humain et intellectuel qui risque de laisser des traces durables sur des générations d’étudiants cesse au plus vite.

Pour finir mes pensées vont à Annie Pralong, ancienne détachée du CNRS à l’IFEA entre 2002 et 2006, qui vient de nous quitter. On se souvient encore de son dynamisme, de sa disponibilité pour les jeunes chercheurs et de son implication dans le programme de formation en études byzantines des guides touristiques d’Istanbul (ayant débouché sur un bel ouvrage publié chez Kitap Yayınevi en 20119). Et mes plus cordiales condoléances vont aussi à notre cher collègue Philippe Bourmaud, très actif délégué à l’IFEA par l’Université Lyon-III depuis près de deux ans, et à notre amie Hülya, d’Expertise-France, qui ont, chacun, subitement perdu leur père en ce début d’été.

  1. Voir : https://www.artigercek.com/ankara-katliami-nda-olenlerin-sayisi-103-oldu-2
  2. Avec lequel l’IFEA est lié par une convention depuis 2014.
  3. Voir : http://ottoman.cealex.org/
  4. Rappelons cette publication commune CJB/IFEA : http://www.cjb.ma/9-vf/derni%C3%A8res-publications/446-la-circulation-des-productions-culturelles.html
  5. URL : http://books.openedition.org/ifeagd/1829?lang=fr
  6. Citons : Eda GÜÇLÜ, Istanbul Bibliography/İstanbul Bibliyografyası 2000-2013, Istanbul, février 2014, 219 p. ou Uğur KAYA et Dilek YANKAYA, Les relations de la Turquie avec la Syrie, Istanbul, décembre 2013, 72 p.
  7. L’exposition Mamboury réalisée au lycée Galatasaray à la fin mai 2017 constitue un exemple.
  8. La réflexion sur la restructuration des IFRE semble d’ailleurs se poursuivre… : Espérons que cette fois les personnes directement concernées – in situ – par ces projets soient vraiment consultées et intégrées à la réflexion conduite.
  9. Bizans. Yapılar, Meydanlar ve Yaşamlar, ouvrage réédité en 2016 : http://www.kitapyayinevi.com/bizans/ProductDetail/280.aspx

Le mot de la rentrée

Même si les nouveaux doctorants « AMI » ne sont pas encore installés et même si les archéologues sont juste rentrés de leur terrain estival, permettez-moi de vous souhaiter à tous une bonne rentrée, malgré la situation plus que tendue en Turquie et les pluies diluviennes de fin août au nord-est du pays. À l’IFEA, Boursiers de Courte Durée, doctorants, stagiaires et hôtes de passage – comme Driss Mekouar, responsable de la bibliothèque d’études turques, arabes et islamiques du Collège de France – ont contribué à tisser de nouveaux liens.

Fouille des niveaux Chalcolithiques (6000 BC cal.), Tepecik-Çiftlik, 2015
Fouille des niveaux Chalcolithiques (6000 BC cal.), Tepecik-Çiftlik, 2015

Cet été déjà presqu’achevé a été d’abord archéologique, comme à l’accoutumée. Signalons des développements prometteurs pour l’avenir de la fouille de Porsuk – manière d’être fidèle à Emmanuel Laroche, « père » de Porsuk – et la poursuite des activités bouillonnantes à Labraunda. Parallèlement, de nombreuses missions CNRS et/ou MAEDI d’archéologues français ont eu lieu dans diverses fouilles de Turquie, dirigées par des Turcs ou d’autres « étrangers ».
Plusieurs publications en archéologie sont imminentes, un Varia Anatolica fruit d’une collaboration avec le musée du Louvre et les musées archéologiques d’Istanbul, des Rencontres Archéologiques de l’IFEA et, évidemment, la livraison annuelle d’Anatolia Antiqua.

Paysans de Cappadoce, Jane Laroche
Paysans de Cappadoce, Jane Laroche

L’été a aussi été photographique. Le travail de structuration de notre photothèque, à la fois sur le front de la collaboration avec Salt Research pour la numérisation et la mise en ligne, sur le front de la collecte (j’en profite pour renouveler l’appel aux donateurs !) et sur celui de la mise en place de notre propre interface. L’exposition “X Ailesi dont l’ouverture est annoncée pour bientôt à Büyükada comme l’exposition “Nerden geldik buraya” à Salt-İstiklâl et celle d’Emre Arolat à Londres en juin 2015, donnent une visibilité non négligeable à ce fonds et semblent prouver l’utilité sociale d’une telle entreprise. À soutenir et poursuivre !

Signalons que l’Agence de Développement d’Istanbul (İSTKA) a accepté de financer un projet qui permettra de renforcer le réseau des bibliothèques des instituts de recherche de notre environnement proche (“Beyoğlu Araştırma Merkezleri Platformu Ve Kütüphane Toplu Kataloğu”).

L’axe « Migrations et Mobilités » (AMIMO) qui a animé un atelier au Congrès du GIS « Moyen-Orient et Mondes Musulmans » à Paris en juillet 2015, est associé à un programme de recherche ANR principalement porté par des collègues de l’IFPO. Ce programme qui vient d’être sélectionné et va commencer fin 2015, est intitulé LAJEH. Il portera sur les migrations forcées au Moyen-Orient (« Temps des conflits / temps des migrations : Réflexions sur les catégories et la généalogie des migrations au Moyen-Orient »). Ce nouveau projet ANR va permettre de renforcer encore l’axe AMIMO sur une thématique par trop sensible qui fera l’objet d’une communication au colloque “Izmir from past to present” du 4 au 7 novembre 2015 organisé par l’Université d’Égée et le LabeEx TransferS (ENS).

Entretien des parcs et jardins à Istanbul, J.F. Pérouse
Entretien des parcs et jardins à Istanbul, J.F. Pérouse

La rentrée est placée sous le signe du patrimoine (Journées Européennes du Patrimoine le 19 septembre), de la COP21 (séminaire « Environnement » pour 2015-2016 et journée d’études sur « Le changement climatique en Turquie : perspective historique », du 1er décembre 2015) et des problématiques migratoires (outre la nouvelle ANR, mentionnons les journées des 3-4 décembre dans la suite de l’atelier du GIS). La participation au débat d’idées en collaboration avec l’IFI se poursuit sur la thématique « Voix des diasporas anatoliennes de France » (dès le 7 octobre 2015).

En outre, les chantiers d’expositions continuent à nous occuper :

  • exposition pour les dix ans de la disparition de Stéphane Yerasimos,
  • exposition sur la carte de Suphi Bey de Bursa (1862) avec le lycée Saint Benoit
  • exposition « Dardanelles » au lycée Saint-Joseph…

À l’automne 2015 l’IFEA comptera deux nouveaux « AMI » (Julien Boucly et Helin Karaman), outre les anciens reconduits (Ayşe Akyürek et Lydia Zeghmar), un nouveau collègue, historien, détaché de l’Université Lyon-III, en la personne de Philippe Bourmaud (qui partagera son temps entre l’IFEA et l’IFPO/Beyrouth), deux nouveaux contrats doctoraux (dont un, CNRS, explicitement rattaché à l’IFEA), et un collègue en sabbatique. Faruk Bilici a quant à lui achevé ses deux années de délégation à Alexandrie, mais son projet « Alexandrie ottomane » qui l’a amené à séjourner fréquemment en Turquie, n’est pas terminé… De l’INALCO il continuera son entreprise, pilier de la collaboration entre le Centre français d’études alexandrines et l’IFEA, comme le chantier de la publication de ses recherches de mezarologie du début des années 1990. Nous sommes par ailleurs heureux de signaler que deux bourses postdoctorales seront proposées dans quelques semaines grâce à une collaboration avec la FMSH. Le fait que l’IFEA fasse partie des UMIFRE bénéficiaires de ce dispositif en redéfinition est encourageant.

L’été s’est mal terminé. Notre encore si jeune ami et collègue Vangelis Kechriotis est décédé le 27 août 2015 des suites d’une maladie fulgurante. Nous n’oublierons jamais sa gentillesse, son dévouement, son dynamisme à la Tarih Vakfı et son rôle de passeur engagé entre Turquie et Grèce. Il a généreusement partagé avec ses collègues et ses étudiants, alimentant même jusqu’au dernier moment sa page academia.edu. Vangelis avait été boursier de courte durée de l’IFEA du 15 septembre au 15 novembre 2000 alors qu’il était encore doctorant.

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Couverture d’une plaquette extraite des archives de l’IFEA, carton n° 237, année 1995
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Demande d’hébergement au Palais pour G. Dagron les 10 et 11 juin 1997 ; source : Archives de l’IFEA, carton n° 267, année 1997

Le décès de Gilbert Dagron1 le 4 août – l’auteur de Naissance d’une capitale. Constantinople et ses institutions de 330 à 451 (Bibliothèque byzantine), Paris, PUF, 1974, 578 p. – a aussi endeuillé cet été. Gilbert Dagron avait été l’hôte de l’IFEA au Palais de France les 10 et 11 juin 1996, « au retour d’un voyage en Crimée » (cf. document 2). Le directeur de l’IFEA, dans la demande d’hébergement au Palais qu’il envoie par fax le 10 septembre 1996 précise « L’âge et la position du Prof. Dagron, le plus éminent des byzantinologues français, justifient un hébergement au Palais » (Année 1997, carton numéro 267).

Qu’il leur soit à tous les deux ici rendu hommage.

  1. Pour sa biographie et sa bibliographie, voir : http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article463 ou http://www.cfeb.org/curiculum/mb_dagron.pdf

Un nouveau venu sans surprise dans la presse turque : le quotidien Vahdet

Une du 17 décembre 2014 (n°3)

Une du 17/12/2014 (n°3)

Est-ce une coïncidence? Depuis le 14 décembre 2014, jour même du début de la vague d’arrestations visant la presse de la Cemaat de Fethullah Gülen ou proche de la Cemaat, le paysage agité de la presse quotidienne turque connaît un nouveau titre, Vahdet. Ce mot d’origine arabe – qui signifie union ou unité – et le sous-titre ou la devise qui figure en frontispice « La nostalgie du Peuple » (Milletin Özlemi) permettent presque à eux seuls assez aisément de situer l’entreprise. La rhétorique est celle de la tradition démocrate conservatrice dont se réclame l’AKP, le Milletin Özlemi renvoyant assez clairement à l’épisode Adnan Menderes (le Premier ministre pendu en 1961). Et le projet est celui de l’unité nationale et de la fraternité de religion, dans un contexte de déchirements au sein du camp religieux-conservateur. Paradoxe de cet appel à l’unité dans une ambiance aussi délétère de suspicion et dénonciation.

Les figures politiques qui se sont penchées sur les fonts baptismaux de Vahdet les trois premiers jours de son existence donnent des indices clairs sur les liens congénitaux du quotidien avec le pouvoir actuel : rien moins que le Premier ministre et un Premier ministre adjoint ; sachant que par ailleurs l’ancien1 Président de la République a récemment rencontré la « tête spirituelle » de Vahdet, Ahmet Mahmud Ünlü (dit « Ahmet Hoca » (né en 1967)). Et alors qu’Ahmet Hoca était encore plutôt critique envers Recep Tayyip Erdoğan en 2013 – l’accusant ouvertement de trop fréquenter les organisations juives nord-américaines2 -, depuis quelque mois le hoca n’a de cesse de faire l’éloge du nouveau Président de la République. Il lui consacre même des prières spéciales postées sur Youtube3. Par ailleurs, autre indice, les twits d’encouragement émanant de municipalités AKP, envoyés officiellement au quotidien nouveau-né, ont aussi été légion.

« Les félicitations pleuvent », Vahdet, 17 12 2014, p. 1.

« Les félicitations pleuvent », Vahdet, 17/12/2014, p. 1.

Ainsi, c’est une des dimensions de la stratégie du gouvernement AKP depuis quelques mois, ce quotidien marque la réintégration dans le cercle du pouvoir de confréries jusque-là tenues à distance et la conclusion de nouvelles alliances au sein de la sphère conservatrice. Ainsi Ahmet Hoca (dit aussi « A. H. à la bure ») dispose d’une page quotidienne réservée dans Vahdet. La réhabilitation d’Ahmet Hoca par le pouvoir AKP post-2011 a quelque chose d’assez stupéfiant, compte tenu du caractère plutôt douteux de cette « autorité spirituelle », plus connue pour sa richesse familiale, ses dérapages verbaux (qui lui ont valu de faire 13 mois de prison), son opposition lancinante au Père Noël et ses extravagances en ski nautique que pour la profondeur de ses analyses théologiques. Ainsi, l’attaque d’Ahmet Hoca contre les cemevi dans le numéro 3 – cemevi qui selon ce dernier ne peuvent en aucun cas être assimilés à des lieux de culte comme les mosquées – donne le ton et surtout les limites du discours de l’unité selon Vahdet. Le seul choix offert aux Alévis semble être celui de l’invisibilité fusionnelle : se fondre dans le grand ensemble turco-sunnite, « retourner » dans cet unique giron pour cesser de jouer aux trouble-fête.

« Les cemevi ne peuvent en aucun cas être des lieux de prière » (rubrique d'Ahmet Hoca, Vahdet, 17/12/2014)

« Les cemevi ne peuvent en aucun cas être des lieux de prière » (rubrique d’Ahmet Hoca, Vahdet, 17/12/2014)

Aéroport Atatürk, présentoir à journaux de Turkish Airlines, 12/03/2015 (on ne trouve pas (encore ?) Vahdet).

Aéroport Atatürk, présentoir à journaux de Turkish Airlines, 12/03/2015 (on ne trouve pas (encore ?) Vahdet).

Par ailleurs, imprimé par les presses du groupe İhlas (qui éditent Türkiye depuis 1970), distribué par Turkuvaz (Sabah), Vahdet, dont Şevket Eygi (né en 1933), vieille figure de la synthèse turco-islamique et de Milli Gazete (le quotidien de la mouvance Milli Görüş, apparu en janvier 1973), est un des éditorialistes, n’apporte pas de véritable renouveau4. Du point de vue formel, la ressemblance de Vahdet avec Akit est même surprenante et ne relève sans doute pas du hasard, à un moment où Akit5 – qui pourtant persévère dans un discours de la haine virulent contre les Juifs, les maçons ou les homosexuels – connaît une sorte d’accréditation permanente de la part des gouvernements AKP dont il est devenu un soutien inconditionnel.

Diriliş Postası, 28/02/2015 (premier numéro)

Diriliş Postası, 28/02/2015 (premier numéro)

Au même titre que la relance médiatique remarquée de Diriliş Postası ((Aussi distribué par Turkuvaz. Si l’ours prétend qu’il s’agit de la “trente-troisième année”, c’est au prix d’une écriture de l’histoire contestable…. Son rédacteur Hakan Albayrak a un pedigree très explicite : Milli Gazete, Yeni Şafak, Zaman et enfin Star.)) (dont la devise « Liberté, Justice et Unité de l’Islam » est assez claire), l’irruption impromptue de Vahdet s’inscrit manifestement dans le projet de reconfiguration « par le haut » du champ de la presse, dont le coup de filet du 14 décembre 2014 (voir notre édition du 16 décembre 2014), aux dires du Président de la République lui-même, n’était qu’une première étape. En tout cas avec Vahdet, rien de très novateur dans le champ de la presse quotidienne. Seules les nouvelles alliances et la nouvelle stratégie post-Cemaat de l’AKP nous apparaissent à travers ce médium avec une plus grande limpidité.

  1. Voir : https://www.facebook.com/cubbeliahmethoca/posts/1024262497601216
  2. Voir l’invective du 27 octobre 2013 : https://www.youtube.com/watch?v=SKbS35HMj5A
  3. Voir : http://www.gazetevahdet.com/cubbeli-ahmet-hocadan-erdogana-dua-628v.htm
  4. Vahdet considère avec intérêt la perspective d’une alliance MHP-BBP-Saadet pour les prochaines élections législatives ; formule équivalente à la formule MÇP-Refah-BBP déjà expérimentée en 1991.
  5. On est ainsi surpris de la banalisation d’Akit – journal qui correspondrait à une « face dure, interne » de l’AKP – à laquelle les gouvernements AKP ont procédé ces derniers temps. Si on ne trouve plus un seul journal de gauche – Cumhuriyet excepté – dans les présentoirs « distribution gratuite » de la compagnie aérienne nationale Turkish Airlines, on trouve en bonne position Akit, aux côtés d’Agos (libéralisme confessionnel oblige)!

Akdeniz’in günümüz Türkiyesinde, insan ve toplum bilimlerindeki yeri

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Mart 2015

Version française

« Türkiye tarafından bakınca Akdeniz algısı » konusu bizi hâlâ düşündürten bir mevzu olma özelliğini koruyor. 2013’te d’Alembert fonu sayesinde, İzmir Fransız Kültür Merkezi ve Mersin Üniversitesi ile ortaklaşa düzenlediğimiz konferans dizisinin ardından, enstitümüz, kamu yararına çalışan bir oluşum olan Fransız Sürdürülebilir Akdeniz Kentleri ve Bölgeleri Ajansı’nın 28 Ocak toplantısına, MEDİTER seminerine ve 2013’ten bu yana da MEDILEV seminerine katılmıştır. Çiçekoğlu’nun ve Eldem’in 2000 yılında dile getirdikleri net bir gözlemden yola çıkarak başlayalım: Akdeniz, Türkiye’de insan ve toplum bilimleri nezdinde, bir araştırma konusu, araştırmaları şekillendirebilecek bir çerçeve, bir kaynak noktası teşkil etmediği gibi; ortak bir anlam, özdeşleşilen bir payda veya bir geçmişe özlem unsuru da ifade etmez. Türkiye’de Akdeniz, coğrafi bir ideoloji ve araştırmaların alışıldık bir arka planı olarak karşımıza çıkmaz. Türk araştırmacılığı; Osmanlı İmparatorluğu, Müslüman dünya, Türk dünyası gibi, başka coğrafi ideolojiler ile ulusaşırı ölçekteki geçmişe özlem üzerinde durmaktadır. Akdeniz’in bu görünmezliği, gazeteci olsun, siyasetçi, hatta araştırmacı olsun, dışarıdan Türkiye’ye önsel bir Akdenizli kimliği biçme eğiliminde olanları şaşırtabilir. Türk okul kitaplarının ifadesini tekrar edecek olursak, Rodos’tan Suriye sınırına kadar uzanan, Türkiye’nin 1577 kilometrelik hatırısayılır bir Akdeniz sahiline sahip olmasına rağmen ülke, yurttaşlarının ve yöneticilerinin çoğunluğu tarafından bir Akdeniz ülkesi olarak algılanmamaktadır. Yani, dışarıdan, Akdeniz havzasının kuzeybatısındaki ülkelerce beslenen, Akdeniz’in etrafındaki tüm ülkelerin katılmasının beklendiği, sözde « ortak Akdenizlilik paydası », aslında Akdeniz çevresindeki tüm sakinlerin paylaştığı bir siyasal ve bilimsel öncelik teşkil etmemektedir. Örneğin Türkiye için böylesi bir öncelik söz konusu değildir. İmgelemdeki Akdenizlilik fikri, herkes tarafından paylaşılan bir temsilden çok, Avrupa Birliği’nin siyasi amaçları doğrultusunda ortaya çıkmış bir değerler bütünüdür ve Türkiye’de de, birtakım eşitsizlikleri örtmeye ya da bunların devamlılığını sağlamaya yönelik olarak bir araç olarak algılanmaktadır. Akdenizlilik fikri, Roma İmparatorluğu’nun yayılımcılığıyla şekillenmiş, günümüzde de Avrupa’nın sömürgecilik sonrası siyasetiyle yeniden harmanlandığı bir coğrafi ideoloji gibi görünüp içinde bulunulan yere, zamana ve hâle göre, fırsatçı bir şekilde, bir kaynak olarak karşımıza çıkacakmış gibi durmaktadır. Bu nedenle, CNRS’in 1998’de yayımladığı çalışmanın ismini bire bir koruyarak ifade edecek olursak, Akdeniz’in bilimsel icadı denen şeyin Türkiye dahilinde bir gerçeklik ifade etmediğini söyleyebiliriz. Türkiye’de yayımlanan toplum bilimi araştırmalarında Akdeniz kelimesinin İngilizce ya da Türkçe olarak karşımıza çıktığı yerlerin incelenmesi, Akdeniz’e yapılan göndermenin ne denli sınırlı kaldığını anlamamıza yardımcı olmaktadır. İngilizce’den ve Fransızca’dan çevrilmiş eserleri saymazsak, Akdeniz kelimesine özellikle arkeoloji ve jeoloji kitaplarında rastlanmaktadır (Efe, 2008). Bunun yanı sıra, Akdeniz kelimesinin (1942 yılında ülkenin yedi bölgeye ayrılmasından ötürü de) idari düzeni, turizm kaynaklı ekonomiyi, daha nadir olmakla birlikte Rodos, Kıbrıs ve Girit gibi adaları da ifade etmekte kullanıldığını söyleyebiliriz. Yine de zamansal olarak bakıldığında son yirmi yılda, Akdeniz kelimesinin kullanımının bir nebze ilerleme kaydettiği görülebilir, ki Suna ve İnan Kıraç Vakfı’nın 1996’da açtığı Akdeniz Medeniyetleri Araştırma Enstitüsü’nün de bu ilerlemede kısmi bir katkısı vardır. 2000li senelerin başından beri, İzmir’den Antakya’ya Akdeniz kıyısındaki üniversite şehirlerinde, ulusal söylemlerden uzak, daha çok Akdeniz’i temel alan tarihi anlatıların ve hâlihazırda üzerinde çalışılan yerel ve uluslararası gerçeklik ve kaynakların yazılmasını sağlayan yerel girişimlere de tanıklık edilmektedir. Hâl böyleyken, son yıllarda Akdenizliliğe yapılan göndermelerde, ulusal bilim ve kültür politikalarından ziyade yerel ölçekte ve sivil toplum nezdinde bir artış gözlenmektedir. IFEA kitaplığı da söz konusu kırılgan Akdenizliliğe Türkçe dilindeki eserlerinin azlığıyla işaret etmektedir.

Kaynakça:

  • -ALBERA D., BLOK A. et BROMBERGER C. (2001), L’anthropologie de la Méditerranée, Cahors : Maisonneuve et Larose, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.
  • -ALBERA D. et TOZY M. (2005), La Méditerranée des anthropologues, Coll. L’atelier méditerranéen, éd. Maisonneuve & Larose, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Paris, 2005, 385 pages.
  • -ANTOINE S. (1993), “18 pays riverains dans un même bateau? Le souci de l’environnement et du développement durable, “La Méditerranée Assassinée”, Peuples Méditerranéens n°62-63, pp. 255-277.
  • -BAZIN M. (1996), “La protection de l’environnement, enjeu régional pour la Méditerranée orientale?”, In : THOBIE J., PEREZ, R. et alii (coord.) (1996), Enjeux et rapports de force en Turquie et en Méditerranée orientale, Varia Turcica XXVIII, IFEA (Istanbul), L’Harmattan (Paris), pp.27-32.
  • -BENSIDOUN I. & CHEVALIER A. (1996), Europe-Méditerranée : le pari de l’ouverture. Paris, Economica, “CEPII”, 176 p.
  • -BRUMMETT P. (1994), Ottoman Seapower and Levantine Diplomacy in the Age of Discovery, New York, State of New York University Press, SUNY (Series in the Social and Economic history of the Middle East), 285 p.
  • -COUTAU-BERAGIE, H. (1987), “Mare Nostrum : esquisse d’une géostratégie de la Méditerranée”, Hérodote, n°45, pp. 31-60.
  • -ÇİÇEKOĞLU  F. &  E. ELDEM,  La Méditerranée turque, Paris, Maisonneuve et Larose, 2000.
  • -EFE Recep et alii (ed.) (2008), Natural Environment and Culture in the Mediterranean Region, Cambridge: Cambridge Scholars Publishing.
  • -FARRERE C. (1926), Mes voyages en Méditerranée, Paris, Flammarion.
  • -GENTELLE P. (1995), “A propos de la Méditerranée : de la géo- à la néographie”, L’Espace Géographique, n°3, pp. 203-208.
  • -“Jeter les bases d’un dialogue euro-méditerranéen”, Arabies, juillet-août 1995, pp. 30-31.
  • -KALEAĞASI B. (1994), “Les relations entre la Turquie et l’Union européenne”, Ayna, Istanbul, n°3-4, pp. 19-22.
  • -KANCAL S. (1997), “La Turquie méditerranéenne : affirmation régionale et ouverture internationale”, communication au colloque d’Antalya, septembre 1997.
  • -KARAOSMANOĞLU A. (1985), “La région sud-est de l’OTAN”, Revue Internationale de  Défense, 10/1985, 1569-1576.
  • -KEFELİ E. (2006), Edebiyat Coğrafyasında Akdeniz, İstanbul : 3F Yayınevi.
  • -KITSIKIS  D. (1996), L’Empire turco-grec, Istanbul, İletişim (en turc).
  • -OULD AOUDIA J. (1996), “Enjeux économiques de la politique euro-méditerranéenne”, Monde Arabe Maghreb-Machrek, n°153, pp. 24-44.
  • -PARLAR DAL E. (2010), « Le paradoxe méditerranéen de la Turquie », L’Europe en formation, 2010/2, Centre international de formation européenne, p. 87-99. URL : http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=EUFOR_356_0087
  • -Perouse J.-F. (1997), «La “mer Blanche”  des Turcs ou en quoi la Turquie est-elle aussi méditerranéenne?», Hérodote, 90, 1997, p. 163-177. (URL : http://www.ifea-istanbul.net/website_2/images/stories/Perouse_1998_mer_blanche_Herodote.pdf )
  • -Perouse J.-F. (2002), “Istanbul est-elle une métropole méditerranéenne ? Critique d’un lieu commun tenace », dans Cahiers de la Méditerranée, Actes du Colloque Les enjeux de la nouvelle métropolisation dans le monde arabe et méditerranéen, Grasse 22-24 novembre 2000, R. Escallier (dir.), Nice, 2002, n.64. (URL  : http://cdlm.revues.org/index76.html )
  • -Perouse J.-F. (2001), «La Turquie et la Méditerranée : une appartenance en voie de (re)construction   », In : Vincent Moriniaux (dir.), La Méditerranée en questions, Paris : Editions du Temps, pp. 343-376.
  • -PICARD E. (sous la dir.) (1993), Nouvelle dynamique au Moyen-Orient. Les relations entre l’Orient Arabe et la Turquie, Paris, L’Harmattan, 214 p.
  • -SANGUINETTI A. (1982), “L’intérêt stratégique de la Méditerranée”, Peuples Méditerranéens, n°19, avril-juin 1982, pp. 33-38.
  • -THOBIE J., PEREZ R., KANCAL S. (coord.) (1996) Enjeux et rapports de force en Turquie et en Méditerranée orientale, Varia Turcica XXVIII, IFEA (Istanbul), L’Harmattan (Paris), 490 p.
  • -VERGIN N. (1996), “Présence et identité de la Turquie en Méditerranée orientale”, In : THOBIE, J., PEREZ, R. & KANCAL, S. (coord.), 1996 : Enjeux et rapports de force en Turquie et en Méditerranée orientale, Varia Turcica XXVIII, IFEA (Istanbul), L’Harmattan (Paris), pp. 19-26.
  • -YERASIMOS S. (1984) “Le conflit de la mer Égée”, Hérodote, n°32 (“Géopolitiques de la mer”), pp. 123-143.
  • -YERASIMOS S (1988), “Le Sandjak d’Alexandrette : formation et intégration d’un territoire”, Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée Aix-en-Provence, n°48-49, pp. 198-212.

La Méditerranée dans les sciences sociales et humaines turques : une discrète nouvelle venue ?

1694_Romeyn_De_Hooghe_mer_mediterranée300La question de la Méditerranée “vue de Turquie” continue à nous préoccuper. Après le cycle de conférences organisé en commun avec l’Institut Français d’Izmir et l’Université de Mersin en 2013 (financement D’Alembert), l’IFEA participe en 2015 à la fois au GIP “Agence Française des Villes et Territoires Méditerranéens Durables” (conférence du 28 janvier 2015), au séminaire MEDITER (Universités Paris I et Paris VIII, Casa de Velazquez, EfR, EfA…) et au séminaire MEDI-LEV (Efa, Inalco, LAU et IFEA) actif depuis 2013.

Partons d’un constat simple, qui reprend celui de Çiçekoğlu et d’Eldem en 2000 : la Méditerranée n’est pas une évidence pour les sciences sociales et humaines turques, ni comme objet de recherche, ni comme cadre d’organisation de la recherche ni comme référent ; et moins encore comme horizon de sens, d’identification ou de nostalgie. Ce n’est pas une géo-idéologie qui serait un « arrière-plan » habituel de la recherche. D’autres géo-idéologies et d’autres nostalgies transnationales (Empire ottoman, monde musulman ou monde turc…) travaillent la recherche turque. Cette absence de Méditerranée peut surprendre ceux qui, de l’extérieur – qu’ils soient journalistes, politiciens ou même chercheurs -, seraient enclins à procéder à une assignation identitaire en apposant a priori une identité méditerranéenne à la Turquie.

En Turquie, alors même que le pays possède une façade méditerranéenne importante (1577 km de Rhodes à la frontière syrienne, pour s’en tenir à ce que les manuels scolaires turcs considèrent comme la Méditerranée1 ), le pays n’est pas vraiment pensé et vécu par le plus grand nombre de ses habitants et dirigeants comme un pays méditerranéen. Donc la prétendue « évidence méditerranéenne » à laquelle tous les pays du bassin méditerranéen devraient souscrire selon une perspective normative « externe » – alimentée par les pays du nord-ouest du bassin – renvoie en fait à un agenda politique et scientifique non coproduit par tous les riverains du bassin ; un agenda dont la Turquie se sent en fait largement exclue. La communauté (imaginée) méditerranéenne est une représentation inégalement partagée, un paradigme produit de visées politiques européennes, et perçu en Turquie comme destiné à masquer et perpétuer certains déséquilibres. La Méditerranée apparaît comme une géo-idéologie forgée par l’impérialisme romain et réinvestie par le post-impérialisme européen. Elle peut prendre sens opportunément, en tant que ressource.

Pour cette raison, on peut soutenir que l’invention scientifique de la Méditerranée – pour reprendre le titre de l’ouvrage paru en 1998 aux éditions du CNRS – n’a pas eu lieu en Turquie. Analyser les occurrences du terme « Méditerranée » – que cela soit sous sa forme turque, Akdeniz, ou anglaise – dans les titres des recherches en sciences sociales publiées en Turquie, permet de saisir les limites de la référence méditerranéenne. Si l’on met à part les ouvrages traduits de l’anglais ou du français, le terme apparaît surtout dans les ouvrages d’archéologie et de géologie (Efe, 2008), il apparaît aussi en référence au cadre administratif (une des sept régions statistiques définies en 1942 portait le nom de « Méditerrannée »), à l’économie touristique et aux îles de Rhodes, de Chypre et de Crète, dans une moindre mesure. Cependant, un examen diachronique ferait apparaître une montée en puissance relative de la référence méditerranéenne ces vingt dernières années, que la création du Akdeniz Medeniyetleri Araştırma Enstitüsü2 par la Fondation Suna ve İnan Kıraç en mai 1996 a partiellement accompagnée. Depuis le début des années 2000 on assiste en effet à des inventions locales, dans les villes universitaires des côtes de la Méditerranée, d’Izmir à Antakya, qui participent chacune à l’écriture de récits historiques affranchis des récits nationaux, et plus ancrés dans la Méditerranée, « réalité » et ressource à la fois locales et internationales, en cours d’investissement. Ainsi, depuis quelques années on note une recrudescence des références à l’entité méditerranéenne, plus au niveau local et dans la société civile qu’au niveau des politiques scientifiques et culturelles nationales.

La bibliothèque de l’IFEA, en tout cas pour ses titres en langue turque, reflète bien cette faible méditerranéité turque. 

Sélection d’ouvrages

  • -ALBERA D. , BLOK A. et BROMBERGER C. (2001), L’anthropologie de la Méditerranée, Cahors  : Maisonneuve et Larose, Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme.
  • -ALBERA D. et TOZY M. (2005), La Méditerranée des anthropologues, Coll. L’atelier méditerranéen, éd. Maisonneuve & Larose, Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Paris, 2005, 385 pages.  
  • -ANTOINE S. (1993), “18 pays riverains dans un même bateau? Le souci de l’environnement et du développement durable, “La Méditerranée Assassinée”, Peuples Méditerranéens  n°62-63, pp. 255-277.
  • -BAZIN M. (1996), “La protection de l’environnement, enjeu régional pour la Méditerranée orientale?”, In : THOBIE J., PEREZ, R. et alii (coord.) (1996), Enjeux et rapports de force en Turquie et en Méditerranée orientale, Varia Turcica XXVIII, IFEA (Istanbul), L’Harmattan (Paris), pp.27-32.
  • -BENSIDOUN I. & CHEVALIER A. (1996), Europe-Méditerranée : le pari de l’ouverture. Paris, Economica, “CEPII”, 176 p.
  • -BRUMMETT P. (1994), Ottoman Seapower and Levantine Diplomacy in the Age of Discovery, New York, State of New York University Press, SUNY (Series in the Social and Economic history of the Middle East), 285 p.
  • -COUTAU-BERAGIE, H. (1987), “Mare Nostrum : esquisse d’une géostratégie de la Méditerranée”, Hérodote, n°45, pp. 31-60.
  • -ÇİÇEKOĞLU  F. &  E. ELDEMLa Méditerranée turque, Paris, Maisonneuve et Larose, 2000.
  • -EFE Recep et alii (ed.) (2008), Natural Environment and Culture in the Mediterranean Region, Cambridge: Cambridge Scholars Publishing.
  • -FARRERE C. (1926), Mes voyages en Méditerranée, Paris, Flammarion.
  • -GENTELLE P. (1995), “A propos de la Méditerranée : de la géo- à la néographie”, L’Espace Géographique, n°3, pp. 203-208.
  • -“Jeter les bases d’un dialogue euro-méditerranéen”, Arabies, juillet-août 1995, pp. 30-31.
  • -KALEAĞASI B. (1994), “Les relations entre la Turquie et l’Union européenne”, Ayna, Istanbul, n°3-4, pp. 19-22.
  • -KANÇAL S. (1997), “La Turquie méditerranéenne : affirmation régionale et ouverture internationale”, communication au colloque d’Antalya, septembre 1997.
  • -KARAOSMANOĞLU A. (1985), “La région sud-est de l’OTAN”, Revue Internationale de  Défense, 10/1985, 1569-1576.
  • -KEFELİ E. (2006), Edebiyat Coğrafyasında Akdeniz, İstanbul : 3F Yayınevi.
  • -KITSIKIS  D. (1996), L’Empire turco-grec, Istanbul, İletişim (en turc).
  • -OULD AOUDIA J. (1996), “Enjeux économiques de la politique euro-méditerranéenne”, Monde Arabe Maghreb-Machrek, n°153, pp. 24-44.
  • -PARLAR DAL E. (2010), « Le paradoxe méditerranéen de la Turquie », L’Europe en formation, 2010/2, Centre international de formation européenne, p. 87-99. URL : http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=EUFOR_356_0087
  • -Pérouse J.-F. (1997), «La “mer Blanche”  des Turcs ou en quoi la Turquie est-elle aussi méditerranéenne?», Hérodote, 90, 1997, p. 163-177. (URL : http://www.ifea-istanbul.net/website_2/images/stories/Perouse_1998_mer_blanche_Herodote.pdf )
  • -Perouse J.-F. (2002), “Istanbul est-elle une métropole méditerranéenne     ? Critique d’un lieu commun tenace », dans Cahiers de la Méditerranée, Actes du Colloque Les enjeux de la nouvelle métropolisation dans le monde arabe et méditerranéen, Grasse 22-24 novembre 2000, R. Escallier (dir.), Nice, 2002, n.64. (URL     : http://cdlm.revues.org/index76.html )
  • -Perouse J.-F. (2001), «La Turquie et la Méditerranée : une appartenance en voie de (re)construction   », In : Vincent Moriniaux (dir.), La Méditerranée en questions, Paris : Editions du Temps, pp. 343-376.
  • -PICARD E. (sous la dir.) (1993), Nouvelle dynamique au Moyen-Orient. Les relations entre l’Orient Arabe et la Turquie, Paris, L’Harmattan, 214 p.
  • -SANGUINETTI A. (1982), “L’intérêt stratégique de la Méditerranée”, Peuples Méditerranéens, n°19, avril-juin 1982, pp. 33-38.
  • -THOBIE J., PEREZ R., KANÇAL S. (coord.) (1996) Enjeux et rapports de force en Turquie et en Méditerranée orientale, Varia Turcica XXVIII, IFEA (Istanbul), L’Harmattan (Paris), 490 p.
  • -VERGIN N. (1996), “Présence et identité de la Turquie en Méditerranée orientale”, In : THOBIE, J., PEREZ, R. & KANÇAL, S. (coord.), 1996 : Enjeux et rapports de force en Turquie et en Méditerranée orientale, Varia Turcica XXVIII, IFEA (Istanbul), L’Harmattan (Paris), pp. 19-26.
  • -YERASIMOS S. (1984) “Le conflit de la mer Égée”, Hérodote, n°32 (“Géopolitiques de la mer”), pp. 123-143.
  • -YERASIMOS S (1988), “Le Sandjak d’Alexandrette : formation et intégration d’un territoire”, Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, Aix-en-Provence, n°48-49, pp. 198-212.
  1. La mer Égée est décrite et perçue comme une mer à part… distincte de la Méditerranée.
  2. AKMED : http://www.koc.com.tr/tr-tr/faaliyet-alanlari/sosyal-kulturel-faaliyet-alanlari/akmed

Planification régionale et territoriale en Turquie

photo_prsntrTürkçe çeviri

Le dernier et dixième « Plan quinquennal de développement » (Kalkınma Planı) – qui concerne la période 2014-2018 – a été rendu public au printemps 2013 par le ministère du Développement (Kalkınma Bakanlığı), institution récemment apparue, sans qu’aucune référence n’ait été faite à l’Organisation de Planification d’État (DPT), institution pourtant jusqu’alors centrale dans l’élaboration de ces plans (Akçay, 2007 ; Kansu, 2004). En effet le DPT a été dissout en tant qu’institution autonome en juin 2011, à l’occasion d’une vaste restructuration de l’administration centrale1. On peut parler d’une mort précoce, puisque cette institution avait juste cinquante ans. Après sa fondation en 1961 dans un climat d’exaltation planificatrice et d’élitisme positiviste, le DPT a enregistré tout au long de son existence – et répercuté – les mutations de l’appareil d’État, de l’usage de celui-ci ainsi que celles des rapports de force politiques et sociaux. Avec l’effacement du DPT, on peut dire que le souci étatique de la planification territoriale en Turquie a aussi fortement décliné.
Or la conscience de l’existence de « disparités régionales » existe dans l’appareil d’État dès les débuts de la République turque. On peut même dire que la décision très volontariste de transférer la capitale politique d’Istanbul à Ankara, prise au moment même de la mise en place de la République, est une expression de cette conscience précoce. En effet, pour les promoteurs d’Ankara et dirigeants de la nouvelle République, la capitale avait pour fonction d’être un « pôle de développement » irradiant le progrès au cœur de l’Anatolie. Mais au fil du temps, la mise en formulation politique de ces disparités a varié.
L’expression très française de « disparités territoriales » n’a pas d’équivalent stabilisé dans la langue turque. On parle plutôt d’« inégalité régionale » (bölgesel eşitsizlik) (Sönmez, 1998), d’« inégalité entre les régions » (bölgelerarası eşitsizlik) ou de « déséquilibre entre les régions » (bölgeler arası dengesizlik) (Payzin, 1967). Ces formulations supposent qu’on se fasse une certaine idée de l’équilibre (ou de l’égalité) souhaitable, d’une part, et de la délimitation des régions, d’autre part. En outre, le terme même de territoire est difficilement traduisible en turc : on parle davantage du « pays » (ülke) ou de la « patrie » (vatan), notions assez abstraites et chargées d’un fort affect nationaliste. La foi en l’État et en la nation (unitaire) qui caractérise la culture politique dominante aurait ainsi pour effet de nier les aspérités du territoire, voire même parfois de déplacer les montagnes.
Donc à l’heure où, sous l’impulsion européenne (Loewendahl-Ertuğal, 2005), la Turquie s’est engagée dans une réforme de son système de gestion territoriale – dans le sens d’une certaine décentralisation administrative amorcée par une série de lois adoptées en 2003 et 2004 et prolongée par la mise en place des Agences de développement à partir de 2006 –, faire un point bibliographique n’est pas inutile. Les ouvrages de la bibliothèque de l’IFEA relatifs à ces questions – avec une tradition de recherche initiée notamment par Marcel Bazin (1991, 2000 & 2005) et Stéphane de Tapia (1991), reprise par l’Observatoire Urbain depuis la fin 1988 (même si la planification urbaine a toujours fait de l’ombre à la planification régionale), renforcée par Stéphane Yérasimos (dont l’article paru en 1988 dans la REMM est véritablement canonique) et prolongée par Élise Massicard (2008), Benoît Montabone (2011 et 2013) et d’autres… – sont éclatés entre l’économie, les statistiques, l’histoire contemporaine et l’Observatoire Urbain. Des acquisitions récentes sur l’aménagement de l’espace rural (Bakırcı 2007 ; Geray 2011) sont cependant utilement venues compléter le matériel existant.

Sélection d’ouvrages

-AKÇAY Ü. (2007), Kapitalizmi Planlamak. Türkiye’de Planlama ve DPT’nin Dönüşümü, İstanbul : SAV (Sosyal Araştırmalar Vakfı).
-BAKIRCI M. (2007), Türkiye’de Kırsal Kalkınma. Kavramlar-Politikalar-Uygulamalar, Ankara, Nobel. OBS URB 1684
-BAZIN M. (1991). « Disparités et déséquilibres régionaux », in : DUMONT, P. & GEORGEON F. (dir.) : La Turquie au seuil de l’Europe, Paris, L’Harmattan, pp. 23-45.
-BAZIN M. (2000), “La région, cette inconnue… Réflexions sur l’identité régionale dans le monde turco-iranien”, in : Hommes et Terres d’Islam. Mélanges offerts  Xavier de Planhol (réunis par D. Balland), Tome II, Téhéran, Institut Français de Recherche en Iran (IFRI), Bibliothèque Iranienne n°53, pp. 345-358.
-BAZIN (2005). « Diversité ethnique et disparités régionales », in S. VANER (dir.), La Turquie, Paris : Fayard, pp. 389-428.
-GERAY C. (2011), Kırsal Gelişme Politikaları, Ankara : Phoenix.
-KANSU G. (2004), Planlı Yıllar (anılarla DPT’nin öyküsü) (Les années planifiées (l’histoire du DPT à travers des souvenirs)), İstanbul, Kültür Yayınları.
-KÖYMEN N. K. (1948), Bölge Plancılığı, Memleket Kalkınması, İstanbul.
-Le rôle des statistiques dans la planification du développement, Organisation de la Conférence Islamique, Centre des Recherches Statistiques…., 1988, Ankara. OBS URB 32.
-LOEWENDAHL-ERTUĞAL E. (2005). « Europeanisation of Regional Policy and Regional Gouvernance : The Case of Turkey », European Political Economy Review, Vol.3, N°1 (Spring 2005), pp. 18-43.
-MASSICARD E., 2008, “Régionalisme impossible, régionalisation improbable : La gestion du territoire en Turquie à l’heure du rapprochement avec l’Union Européenne.” Revue d’Etudes Comparatives Est-Ouest, 2008, pp.171-203. ˂halshs-00800247˃
-MONTABONE B. (2011), La cohésion territoriale en périphérie de l’Union européenne: les enjeux du développement régional…. , Thèse, 2011. (TEZ 032/2011)
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-MUTLUER M. (2009), « Inégalités interrégionales en Turquie et études de planification régionale », in : Les vertus de l’interdisciplinarité. Mélanges offerts à Marcel Bazin. Les Cahiers de L’IATEUR, N° Spécial, pp. 111-128.
-PAYZIN Z. (1967), Türkiye’de Yerleşim Sorunları ve Bölgeler Arası Dengesizlikler, Ankara.
-SÖNMEZ M. (1998). Bölgesel Eşitsizlik (inégalité régionale), İstanbul : alan yayıncılık.
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-YERASIMOS S. (1988), “La planification de l’espace en Turquie”, Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, 50/4,  pp. 109-122.

  1. Qui a vu, entre autres changements, la création d’un ministère de l’économie auquel ont été rattachés certains départements de l’ancien DPT, d’un ministère du développement (auquel ont été rattachés les autres départements) et d’un ministère de l’environnement et de l’urbanisme.

Arşivlere yaz dalışı

Version française

İstanbul’un oldukça sıcak geçen yazında, birçok misafire ev sahipliği yapan IFEA, kararlı çalışmalara sahne oldu. Cumhurbaşkanının ilk kez sandık başında seçildiği oylamanın 10 Ağustos 2014’teki ilk ayağında belli olmasının ve 17 Ağustos 1999 İzmit-Gölcük depreminin on beşinci yıldönümünün yanı sıra, Suriye ve Irak’taki vahşetin Türkiye’nin bu yazki gündemi sarsmasının ülkedeki yabancı turist sayısının 2013’e oranla % 13 artmasını engellemediğini görmüş bulunuyoruz!

Céline Pierre-Magnani’nin desteğiyle, IFEA’nın fotoğraf arşivinin dijital kısmı ile daha dağınık ve korunmaya daha çok ihtiyaç duyan analog kısmı bir düzene girmeye başladı. Yeniden keşfedilen güzel kareler arasında, 1953-1969 arasında Jane Laroche’un çektiği 150’den fazla fotoğraf ile Yılmaz Kaini’nin objektifinden Mağlova Sukemeri fotoğraflarını sayabiliriz. Kayıt altına alınan ve tasniflenen bu analog görseller, sıraları geldikçe, taranmaktadır. Ayıklanmalarının ve tanımlanmalarının halihazırda devam ettiği elektronik ortama aktarılmış binlerce fotoğrafın kitlesel erişime açılmasını sağlayacak çevrimiçi bir ara yüz üzerinde çalışılmaktadır. Bu derleme fotoğraf bağışı ile ilgili yaptığımız duyurunun güncelliğini koruduğunu belirterek bu çağrıya yanıt verenlere de teşekkürlerimizi gönderiyoruz!

Tüm bunların yanı sıra, Cilia Martin enstitümüzün yavaş yavaş düzene giren arşivlerindeki araştırmalarını, kütüphanemizin tarihi ile -gelecek kasım sonunda eski IFEA müdürü Emmanuel Laroche hakkında düzenlenecek IFEA Arkeoloji Buluşmaları’nın arifesinde- Laroche dönemi (1965-1974) hakkındaki belgelere yoğunlaşarak sürdürdü. Arşiv belgelerinin bir kısmı internet sitemizde şimdiden yayımlandı. Yolu IFEA’dan geçmiş bazı araştırmacıların bıraktığı ilginç izlerle de karşılaştık. Bu belgeler zaman içinde taranarak günümüz araştırmacılarının kullanışına açılmak üzere korunmaya alınmış bulunuyor.

1965’te Fransa ile Türkiye arasında imzalanan işgücü anlaşmasının 50. yıldönümüne ilişkin etkinlikleri düzenleyen sosyolog Elif Aksaz, 9-10 Aralık 2014’te gerçekleşecek Türkiye’deki Suriyeli göçmenler konulu uluslararası konferansın da hazırlığı içindeydi. Söz konusu etkinliğin parçası olduğu, Ortadoğu ve Arap Dünyası Bilimsel Proje Ortaklığı((Groupement d’intérêt scientifique « Moyen-Orient et mondes musulmans »)) ile Transfaire Araştırma Programı((ANR Transfaire))’nın maddi desteğini alan ve göç üzerine yoğunlaşan toplumsal bilimlerin karşılaştırmalı tarihini işleyecek seminerler dizisi, 2014-2015 yılı boyunca takip edilebilir.

Paris I Üniversitesi’ndeki görevi nedeniyle aramızdan ayrılan Ségolène Débarre, Transfaire Araştırma Programı’nın İstanbul ayağı sorumluluğunun Anouck Corte-Real’e geçmesi ile ilgili hazırlıkları tamamladı. Diğer yandan da Fransa Ulusal Kütüphanesi (BnF) ile ortaklaşa düzenlenecek bir sergi için İÜ Bilim Tarihi Bölümü ve başka birçok Türk kurumu ile ilişkilerin sağlamlaştırılmasını sağladı.

İstanbul dışındansa Bakü şubemizin bir dipnot metni yayımlandığını ve Milas Labranda kazılarında da bir yazıtın gün yüzüne çıkarıldığını belirtelim. Labranda sit alanının yönetimini Olivier Henry’nin, resmi kuruluş olarak IFEA himayesinde, devraldığını ve sit alanına da artık bir kazı evi kazandırıldığını ekleyelim. Aynı şekilde Niğde Porsuk’taki kazılar için de yeni bir depo hizmete girmiş bulunmakta.

Gidenlerin yakın zamanda geri dönmelerini umuyor, yeni gelenlere de içten bir “hoşgeldiniz” diyerek herkese güzel bir çalışma yılı diliyorum.